‹ Ce que femme veutChapitre 56 sur 71 · DEUX HEURES · texte numérisé non relu

DEUX HEURES

L'ardeur se ralentit un peu. On s'assoit un instant sur la lisière des bois, ou sous un arbre; chacun cherche l'ombre. On regarde le gibier tué; on critique, on taquine; il yen a même qui essayent de placer la petite anecdote.

— On ne s'imagine pas à quel point on voit d'étranges choses en fait de ricochets; ainsi, je me souviens qu'en 67, >e.,.

— Ne m'en parlez ptas, il se produit les effets les

plus extraordinaires; ainsi, moi, j'ai vu, en,.. 1877, ricocher un coup qui n'avait pas été tiré...

— Vous blaguez toujours, mais je vous assure que je suis très sérieux...

— Eh bien, et moi donc!

Un des chasseurs, regardant le sac du peth jeune homme qui a donné un louis au garde pour lui faire tirer des perdreaux . — C'est à vous ce sac, monsieur?

— Oui, monsieur.

— Mais ce n'est pas un sac, c'est une malle. (///e^ow/ève.) Bigre 1 mes compliments, monsieur; il faut que vous soyez très fort pour porter ça sur votre dos.

Le tetit jeune homme. —

— Peut-on sans indiscrétion regarder l'intérieur pour savoir si c'est capitonné en plomb?... Ah 1 qu'est-ce que toutes ces fioles?

— C'est une pharmacie, monsieur.

— Ah! très gentil!... Et tous ces petits instruments, pinces, ciseaux, crochets!... et des bandes de toile! C'est vraiment très complet; ce serait fâcheux qu'il n'arrivât pas d'accident pour utiliser tout ça !

— Comment! voilà ']u^ vous recommencez déjà à manger, vous?

— Mais dame ! Il y a longtemps que mon déjeuner est dans mes mollets...

— Ça prouve en faveur de votre estomac...

— Oh! il estde fait qu'il est bon, mon estomac... Tenez, je vous parie un louis que je mange toute la terrine de foie gras, à grandes cuillerées, sans pain, et que je n'en suis aucunement incommodé ; est-ce dit?...

— Non. J'aime mieux vous donner un louis pour que vous m'en laissiez...

— Allons, il est temps de nous remettre en route si nous voulons aller dans les pièces du haut.

Un CHASSEUR, allongé sur llierbe. — Déjà!

— Pourquoi diable chasses-tu, toi ? Tu as l'horreur de la marche, tu tires comme un sabot; tu ferais bien mieux de rester sur un banc dans le parc ou dans le billard.

— Je sais bien; mais je ne chasse que pour oser fumer ma pipe...

— Qu'est-ce qui t'empêche de la fumer ailleurs?

— Ces dames, parbleu I

— Il est inutile de la fumer sous leur nez, mais... dans ta chambre...

— Ah bien, ouiche! Avant-hier, madame d'Armyde a déblatéré contre ça pendant une heure. « Cette horrible odeur me poursuit, disait-elle, je

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saurai découvrir d'où elle vient. » Et je sentais qu'elle me regardait; naturellement je n'ai pas bronché, mais j'ai emprunté un fusil à d'Estourdy et me voilà; ça me rend malade de ne pas fumer ma pipe...

On se remet en marche. Il y a pas mal de lièvres, mais très peu de perdreaux; malgré toute la bonne volonté du garde, le louis du petit jeune homme est aventuré. Les chasseurs avancent en ligne.

Le général et d'Estourdy marchent l'un près de l'autre. En passant un fossé Je route, d'Estourdy butte et lâche son fusil; le coup part.

Le général. — Sacré nom de nomll! J'ai jamais eu si peur de ma vie! !

— Je vous demande pardon, général...

Le général, examinant le fusil. — Tiens I il est cassé!

D'Estourdy, inquiet. — Cassé?

— Mais oui; les chiens sont partis. U n'y a plus de chiens!

— Il n'y en a jamais eu, général.

— Vous badinez.

— Du tout, c'est un fusil Hammerless...

— Alors, comment voit-on quand c'est armé?

— On ne le voit pas.

— Mais c'est horriblement dangereux , mon-

sieur! Si je voyais un outil pareil entre les mains d'un de mes subordonnés, je...

— C'est bizarre, avec votre Purdey et vos cartouches chargées outre mesure, vous n'avez encore tué qu'un lièvre...

— C'est vrai, je n'y comprends rien...

— Je vais vous dire, moi; ces fusils-là, ça ne tue que de loin; ne tirez pas si près.

— Mais j'ai la vue basse.

— Ah! vous m'en direz tant!...

— Ca vous amuse, vous, de tirer des cailles?

— Non, mais enfin cela vaut encore mieux que rien.

— Vous rappelez-vous notre ouverture de l'année dernière? Moi, j'ai tué seize perdreaux.

— Non, je n'étais pas ic/ l'an dernier, j'itais aux Prés-Fieuris.

— C'est vrai. {Finement.) Vous y chassiez plusieurs gibiers. Est-ce qu'on s'amuse aux Prés- Fleuris?

— Assez ; seulement il y a trop de lemmes et pas assez de gibier.

— Le fait est qu'on devrait bien choisir entre les femmes et la chasse; les deux réunis, c'est trop fatigant...

— Ah ! ça m'assomme, il y a une heure que je

23o UNE OUVERTURE

n'ai tiré un coup de fusil. (// s'arrête, désarme son fusil et tire son porte-cigare.) Voulez-vous?

— Sont-ils forts?

— Non, très innocents.

— Quelle heure est-il donc ? Je ne serais pas fâché <de rentrer. Je suis moulu. Fichtre! vous me disiez que ce cigare n'était pas fort!

— 11 n'est pas fort , mais probablement vous l'êtes encore moins que lui...

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