TROIS HEURES — DANS LES TRIBUNE
Tribune de gauche. — Un groupe hésitant cherche une place favorable pour s'asseoir. Une fort belle personne brune en toilette toute noire. Bouquet de grenades à l'épaule et au chapeau.
Deux messieurs l'accompagnent. L'un pâle, le nez busqué, l'air malsain; l'autre, très joli garçon, le plus soigné de tous les députés... colorés.
La dame parle très haut et s'agite beaucoup.
— Vous seriez très bien ici, je vous assure...
— Non, il y a trop de monde...
— Pourquoi donc craignez-vous le monde?...
— Je ne le crains pas, je le déteste... Je regrette d'être venue ici...
— Pourquoi ? il faut voir le Grand Prix. ..Tenez, voici une petite place délicieuse, à l'abri...
— Quelles sont donc ces femmes qui sont là... à gauche?... cher monsieur, vous qui connaissez tout le monde...
— Mais non, je ne connais pas tout le monde...
— liens 1 le général! appelez-le donc? Il passe sans nous voir.
— Je crois, au contraire, qu'il nous a très bien vus, mais...
— Mais?...
— Mais ici, il laisse de côté la politique ; il vient pour s'amuser.
— Merci! Gomment! vous aussi, vous trouvez notre monde moins amusant que l'autre ?
— Je ne connais pas l'autre, mais je le crois plus gai...
— Vous pensez que les fêtes de la princesse sont plus belles que les miennes?
— Oui!
— Et qu'on s'y amuse davantage }
— Oui ! dans notre monde, toutes les femmes ont la rage de poser pour la vertu... Je ne dis pas cela pour vous, madame; vous comprenez que dans ces conditions-là, les réunions manquent de charme, sans compter que l'intimité n'y gagne rien...
— Ah çà, vous tournez à droite .\..
— Rassurez-vous, mes moyens ne me le permettent pas, sans ça...
— Moi, je trouve toutes ces femmes très ordinaires : déplus, on les dit ignorantes...
— Oh! vous savez, moi, la science, ça m'est égal... surtout pour les femmes, et pour les hommes aussi, du reste!... [Au pâle qui ne parle pas.) N'est-ce pas aussi votre avis ?
— Sans doute, le monde, la liberté, la France, l'indépendance dans les idées, le désintéressement
sont de belles choses, mais la femme prime tout; la femme « nature », belle, grande et blonde, blonde surtout! ne sachant ni lire, ni écrire, mais sachant... tout le reste; et pourquoi la faut-il ignorante? poui qu'elle «''ignore, parce que si elle s'ignore...
— Regardez, regardez, voici les chevaux...
— Ah ! laissez-nous donc causer I...