‹ ce que je sais de dieuChapitre 27 sur 31 · CREDO SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

CREDO SCIENTIFIQUE

La science la plus moderne est idéaliste ; Char-

de les Henry, le fondateur de la théorie du Rayonnement, écrit: « gravité, lumière, bio-psychisme

« sont des qualités dérivées de notre conscience »,

et Henri Poincaré déclare : « Il n’y a de réel que

« l'esprit et ses manifestations ». Cet esprit, par

qui toutes choses se manifestent, se nomme Dieu.

— Je sais que cet Esprit est un, parce que toutes

ses manifestations sont coordonnées ; parce que

(1) Cet essai est inspiré en maints endroits par la gé-.. néralisation de la « Théorie des Radiations » de Ch. Henry (Hermann, 1925).

les lois que la Science découvre font apparaître, chaque jour davantage, l’interdépendance des phénomènes de la Nature, à quelque catégorie qu'ils appartiennent. L'idée de donner le titre de substance à la seule matière et de l’opposer de façon irréductible à l'esprit, le dualisme en un mot, n’est plus soutenable depuis que Charles Henry a montré que nos différentes représentations gravitiques (toucher, matière), électro-magnétiques (vue, odeur), bio-psychiques (vie, pensée), correspondaient aux vibrations de différents modes de l’éther dont les racines carrées étaient proportionnelles, et depuis qu’il a mesuré les fréquences, les masses, les dimensions des résonances élémentaires de la matière, de l'électricité, de la vie et de l'âme. L’empire des nombres, comme le voulaient Pythagore et Platon, régit l'Univers, les êtres animés ou inanimés et prouve la magnifique Unité de toutes choses (1). Des relations numériques relient les phénomènes les plus infimes aux plus grandioses, tellement que la durée d’une vague de lumière, par exemple, (quelques trillonièmes de seconde), est proportionnelle à l’évolution d’un Univers ; ou que, comme le pensait Képler, les masses gravitiques des planètes et du soleil sont en équilibre avec la masse biologique la plus infime.

La subjectivité étant une qualité essentielle de l’esprit, je sais que l’Esprit-Un, Dieu, est sujet en toutes choses et présent dans toutes ses mauifestations.

(4) Lire: « Lettres Egyptiennes », par Robert Mirabaud, chez Fischbacher, 1925.

Les éléments vibrants de l’esprit, ayant des fréquences très grandes et des dimensions très petites, l’Esprit-Un et universel doit correspondre à des fréquences et à une subtilité infiniment voisines de la limite, c’est-à-dire équivalentes à l’immobilité et au point mathématique ; je sais donc que Dieu peut être considéré comme hors du

temps et de l’espace, où pourtant il est partout présent.

Je sais que Dieu s’est limité et transposé dans les âmes des êtres vivants : limité, puisque la loi des complémentaires, découverte par Ch. Henry, fixe les bornes de la conscience individuelle et puisque les fréquences nerveuses de l’homme par exemple ne s'étendent que sur six octaves de vibrations, alors que le nombre des octaves possibles des ébranlements de l’éther est plus grand que toute quantité donnée ; — transposé, puisque des mécanismes appropriés rendent les vibrations subjectives de la représentation, proportionnelles à celles de l’excitant quand il s’agit des êtres inférieurs, et proportionnelles à leurs logarithmes quand il s’agit d'êtres supérieurs. Dans les êtres

dits inanimés, Dieu réduit sa manifestation au mécanisme.

Je sais que nous ne pouvons connaître Dieu tel qu’Il est, parce que la transposition opérée par nos sens perturbe la réalité; mais les représentations dont nous avons conscience, Temps, Espace, Matière gravitante, Lumière, Vie, nous suggèrent l’image d’une telle grandeur et d’une telle puissance, que nous éprouvons, dans la recherche du divin, la sensation de l’abîme, un vertige en face

de son mystère, un besoin d’humiliation et d’ado-

ration devant sa Majesté devinée.

La finalité étant inséparable de l'esprit, je sais que Dieu, l'Esprit total, en se limitant et se métamorphosant, en donnant par suite naissance à la multiplicité et aux différents aspects de la vie manifestée, agit en vue d’un but. Nous trouvons les marques de ce but dans les soins pris par l’Esprit pour entretenir la vie : dans la faim qui conserve l'individu, dans l’amour qui perpétue l’espèce. dans les auto-régulations de la joie et de la douleur, de la conscience morale. Nous trouvons la raison des oppositions. des luttes et de la douleur dans la création de l'effort, nécessaire pour stimuler l'énergie des races et des individus, pour produire le progrès par la concurrence, pour susciter le mérite et la’ gloire par le dévouement et le sacrifice. La perturbation, le voile de la représentation, engendre la beauté du mystère, de la poésie, de l’amour et la recherche de la vérité (1).

Qu'on ne dise pas que l’inflexibilité des lois de la Nature bannit la finalité de l’Intelligence suprême ; ni que les processus de l’Evolution suffisent à expliquer le progrès sans qu’il soit utile de faire intervenir un dessein préconçu de l'Esprit : volonté intelligente et mécanisme rigoureusement mathématique ne s’excluent pas: c’est ainsi que la morphologie est le résultat d’un équilibre nécessaire entre deux mécanismes, l’un gravitique et inconscient, l’autre psychique et finaliste. C’est ainsi, également, que l'instinct et la voyance, qui,

(4) Voir l'Un-Multiple, chez Alcan, par Robert Mirabaud.

chez l'être primitif et dans l’animalité, jouent le rôle d’une révélation, sont la conséquence obligatoire de représentations objectives moins pertur-. bées, et donc plus voisines de Ia réalité. Cette correspondance entre matière et esprit se conçoit puisque les mécanismes inconscients sont, en vertu de la définition même de Dieu, des expressions de sa volonté. Mais, en admettant que, jusqu'ici, l’on ait pu hésiter entre la conception d’une évolution aveugle et celle d’un dessein providentiel, le doute, aujourd’hui, n’est plus permis depuis que Charles Henry a découvert la loi des complémentaires. Cette loi est si nouvelle et elle jette une telle clarté sur le processus de la limitation et sur la formation simultanée de l’état conscient individuel et de l’auto-régulation morale que j’entrerai ici dans quelques détails: d’après la théorie des Radiations, la durée modifie nos sensibilités, dont les valeurs passent par différentes phases, très exactement mesurées ; la première est la qualité donnée par l’instantanéité ; la troisième est l'inverse de la première, dont elle est dite complémentaire. — Si donc la sensibilité première est trop prolongée ou trop vive, il y aura dépression pour la troisième, et inversement. Cette loi, d’abord constatée pour les couleurs, est applicable à toutes nos sensations et même aux différentes

fonctions de notre vie : couleurs, odeurs, saveurs ont leurs complémentaires ; les sensations électromagnétiques et gravitiques (vue, toucher) sont complémentaires de la sensation génitale ; l’assimilation est complémentaire de la reproduction ; la locomotion, du travail statique ; la faim et la soif, de la sensation musicale. Le phénomène est

si général que l’on peut énoncer cette loi : Il n’y a de sensibilités conscientes que celles qui ont leurs complémentaires (1).

D’autre part, la loi des complémentaires donne Heu à un phénomène d’auto-régulation parfaitement net : l’abus, la prolongation excessive de la jouissance sexuelle, par exemple, affaiblira la vue et diminuera par suite, chez l'individu, les moyens de se livrer à de nouveaux excès. De même le travail de tête trop prolongé affaiblira l’activité physique, et inversement.

Ainsi, dans le monde manifesté, pas de conscience sans complémentaire et pas de complémentaire sans auto-régulation ; ceci à une immense portée : les rudiments de la morale sont constitués en même temps que l’état conscient et par les mêmes moyens. — Des nombres établissent les limites du conscient, des nombres lui imposent leur loi.

Par ces nombres, Dieu donne à notre âme, au moment même où il l’engendre, une règle, une discipline, à laquelle elle ne peut échapper, une direction morale qui fait partie de sa vie, qui se développe avec elle, qui corrige ses erreurs et la ramène.au bien. La conscience universelle manifeste ainsi le soin « providentiel » qu’elle a pris pour protéger ses « sous-consciences » à quelque degré qu’elles soient dans l'échelle de la vie, car -]à même où le conscient n’est encore qu’une lueur, chez le protozoaire par exemple l’auto-ré-

(4). I1 y a, à la limite d'un champ nerveux, des vibrations qui, bien qu'ayant tous les caractères de la sensation, sont cependant inconscientes.

gulation existe déjà (1). La providence de Dieu prouve sa bonté.

Je sais, par l'expérience religieuse de l’humanité, que Dieu, s’il ne peut être atteint par les sens, entre parfois en communication directe avec notre âme, quand celle-ci se trouve en de certains états, nommés intuition, instinct, voyance, prière, adoration, communion, extase. Ces états sont des équilibres immédiats entre nos résonateurs psychiques et la résonance infinie de l’Esprit suprême. La possibilité de tels équilibres entre les esprits terrestres et célestes est prouvée par l'existence de l'équilibre qui constitue la vie manifestée et qui se réalise entre la matière, l’électro-magnétisme et l’esprit-vie, en dépit des abîmes qui séparent ces différents ordres de vibrations ( les atomes biologiques ont une masse qui diffère de trentetrois zéros de la masse élémentaire des éléments gravitant).

L’intuition est une sorte d’instinct humain qui décèle l’action directe du divin. La prière, onde mêlée de résonances élastiques et psychiques, est un langage adressé à Dieu et aux esprits intermédiaires entre Lui et nous. Ce langage est d’autant mieux entendu du « Roi de toutes choses » qu’il vient d’un cœur plus rempli d’amour et de bonté, car ces sentiments, dont l'existence en Dieu nous est révélée par sa providence, établissent mécaniquement des intervalles de concordance entre les rayonnements de la source divine et ceux du cœur

(4) Charles Henry. Idéalisme scientifique et finalité, par Robert Mirabaud, chez Fischbacher, 1925.

pieux (1). Dans l’extase les éléments psychiques de notre moi se libèrent momentanément de la relativité, où les tient habituellement leur union avec les ondes gravitiques et électriques, pour rayonner vers Dieu.

Je sais que les lois de l'Univers découvertes par la Science, sont l’expression de la volonté de l’Esprit, mais je sais aussi que cette volonté, étant la Loi Suprême, des manifestations extraordinaires de sa puissance, auxquelles nous donnons le nom de miracles, peuvent se produire en dehors des lois connues ou même connaissables. La prière peut déclencher le miracle.

Je sais enfin que les atomes vibrants, qui constituent le moi et la pensée, atomes mesurés par Ch. Henry, ne sont pas atteints par la rupture d'équilibre entre les forces gravitiques, électriques et biologiques, rupture qui constitue la mort, pas plus que les combinaisons ou les dissociations chimiques n’influent sur les électrons. La mort manifestée, notre mort, est un incident physico-chimique, qui affranchit les systèmes biologiques de la relativité. Les résonateurs élémentaires de nos âmes, de nos vies, rendus indépendants des liaisons stationnaires, deviennent immuables, fixes, omniscients ; étant de masse extrêmement petite, ils peuvent rapporter à leur éther propre les mouvements d’autres résonateurs de masse incomparablement plus grande ; la notion de vitesse absolue n’est pas illusoire pour eux et cette yitesse absolue se confond avec l’immobilité ; ils se donnent à eux-mêmes leurs axes, ils sont fixes et cette

(4) Voir « l’Echelle de Jacob », par Robert Mirabaud,

fixité, jointe à l’état de communication instantanée et perpétuelle avec des masses infiniment grandes et infiniment éloignées de l’Etre me paraît l'équivalent d’une universelle présence et, puisqu'ils sont supposés psychiques, d’une universelle conscience ; en langage courant je dirai que les éléments les plus subtils de la vie et de l’âme, se séparent du corps au moment de la mort de l’individu, et se confondent, immobiles et omniscients, avec la vie sans limite et divine (1).

(4) CH. HENRY par Robert Mirabaud, Fischbacher, 1925.

Le Docteur P. L. Couchoud.

Le docteur P.-L. Couchoud a écrit sur le Mystère de Jésus un livre qui a mérité de longues discussions. IL y soutient que le Christ a existé comme Dieu et point comme bomme.

Le docteur Couchoud dirige une collection d'ouvrages historiques et exégétiques.

Nous nous sommes fait un devoir A le consulter ; il nous a répondu sans imposer à sa pensée le moindre déguisement, la moindre atténuation.

Ce curieux nom commun, employé sans article comme un nom propre, Dieu, est une représentation mentale commune aux juifs, aux chrétiens et aux musulmans, c’est-à-dire à près de la moitié de l’humanité.

L’Extrême-Orient connaît des dieux, mais ne leur fait pas jouer un grand rôle. Dans le bouddhisme, être dieu est une condition comme être pierre, animal ou homme; le dieu n’est pas plus près du salut que l’animal ou l’homme. Le confucianisme se tient respectueusement à l’écart des dieux.

Scientifiquement conduite, l’expérience ne montre dans l’univers ni dieux ni Dieu. La pure philosophie renonce depuis Kant à prouver l'existence de Dieu. La prouver par une révélation, c’est un cercle vicieux ; par une expérience mystique, c’est sans doute uné illusion psychologique.

Au problème philosophique de l'existence de Dieu se substitue aujourd’hui le problème histo-

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rique de la naissance de Dieu. Quand, où, comment, dans quelles conditions historiques, topographiques, sociologiques, a été conçu le Dieu unique et universel ?

Un djinn, le génie local d’une petite source du désert arabique, dont on croyait avoir surpris le nom, lao, lah ou Jahvé, fut adopté par une troupe de mercenaires fugitifs. C’était un dieu entre mille dieux. C'était un peuple entre mille peuples. De leur alliance allaient sortir de grandes choses.

Quand les Hébreux, se croyant inspirés par leur dieu, conquirent Canaan, lahvé gravit un degré. Il devint un démon, un baal, pourvu de terres, de courtisanes sacrées, de prophètes.

Quand Juda se sépara d'Israël, le temple de Jérusalem fut déclaré lieu unique du culte. En conséquence Iahvé fut déclaré Dieu unique. A son profit on dépouilla le Marduk de Babylone du titre de créateur du monde et des mythes cosmogoniques. Pour diffuser plus tard cette foi dans le monde il fallut une piété extraordinaire et un concours d’heureuses conjonctures.

A tout homme qui a quelque connexion spirituelle avec Jérusalem s’impose l’existence de Dieu. Pour les autres, c’est une croyance humaine, c’està-dire un fait sociologique.

P.-L. CoucHour.

M. Paul Souday.

Le critique du « Temps » montre chaque jour l'étendue de sa culture philosophique. Brunschvicg et Meyerson n'ont pas plus de secrets pour lui qu'Epicure et Kant. On le qualifie assez souvent de « Voltairien ». Mais voyez s'il n'est pas venu un siècle plus tard que Voltaire.

Mon cher Confrère,

Je m'excuse d’avoir tant tardé à vous répondre, d’autant plus que je n’ai pas de réponse intéressante à vous donner. L'existence de Dieu est une question sur laquelle il est facile de dire des bétises — on le prouve depuis combien de siècles! — mais à peu près impossible aujourd’hui d’être original.

Voltaire était encore déiste, d’ailleurs sans préciser beaucoup l’idée qu’il se faisait de Dieu. Celle d’un Dieu personnel et distinct du monde, créateur, rémunérateur et vengeur, a toujours été malaisée à soutenir, quoique soutenue par des milliers de philosophes ou de théologiens et crue par des millions d’hommes.

Elle avait été fort entamée par Epicure et Lucrèce (sans compter que des théistes comme Platon et Aristote n’admettaient pas la création et croyaient la matière éternelle). Kant a définitive-

ment détruit, dans la Critique de la raison pure, ces preuves traditionnelles de l'existence de Dieu,

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