‹ Ce que je tiens à direChapitre 6 sur 32 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Un bal costumé. — Présentations réciproques. — Nina Gaillard et Emmanuel des Essarls. — Le salon de Nina.

— Verlaine vers les vingt ans. — Les trois frères Cros.

— Invention du téléphone. — La découverte de la pâte de verre colorée. — Le Rhinocéros en mal d'enfant. — Camille Pelletan et Edmond Lepelletier. — Les cabrioles de Raoul Piigault. — Rigault commissaire de police. — Le fugace Anatole France. — Le timide Yalade.

— Mérat « le cigare dédaigneux ». — Yilliers de l'Isle- Adam. — Conseils aux jeunes arrivistes.

Chaque année Mmc O'Connell organisait un bal costumé qui était, et à juste titre d'ailleurs, un des événements mondains de chaque hiver. C'est dans un de ces bals que notre petit groupe d'amis s'augmenta d'un autre petit groupe, et que se fonda une sorte d'association intellectuelle qui décida de la vie de plus d'un parmi nous.

Par un phénomène d'attraction spontanée, nous nous trouvâmes réunis autour d'une jeune fille d'aspect très frêle, toute maigre, toute menue, et plutôt laide, d'une laideur si intelligente, si éveillée, si distinguée, qu'elle la rendait plus attrayante que les plus belles jeunes filles qui fussent là. et il y en avait

de fort jolies — notamment la fille de Decamps.

Et puis la laideur est-elle chose possible avec les deux plus merveilleux yeux noirs qui jamais aient éclairé une figure, avec le plus grand air d'intelligence qui jamais ait fait vibrer un masque? Elle s'appelait tout banalement Nina Gaillard. Le soir où, d'un geste, elle lia en gerbe toute la jeunesse que sa grâce attira pour jamais, elle portait un costume d'Algérienne de fantaisie. Il l'immatérialisait à proprement parler. Avec sa jupe courte, ses jambes fines et nerveuses, avec ses pieds tout petits frémissant dans la fine prison de leurs escarpins et qui semblaient créés pour courir sur la pointe des herbes diamantées par la rosée les effleurant, en compagnie d'Ariel, de Puck et de Galiban, avec les couleurs chatoyantes de ses jupes pailletées, et de sa ceinture de soie bariolée, avec l'éclat de ses yeux brillants comme des soleils et noirs comme la nuit, elle semblait un être de rêve, un feu follet, un oiseau-moucher un papillon, un petit être de féerie dont le rôle serait d'éveiller, d'animer tout autour de lui des envolées de rêves et d'idées.

Et telle fut en effet sa destinée.

Derrière elle se tenaient deux vieilles femmes r dont l'une était sa mère, le nez chaussé d'un lorgnon qui Taisait grimacer son masque noirâtre et ridé,, les gestes empreints d'une vivacité doublée d'un peu d'ahurissement. L'autre dame mûre et conservant des restes d'une grande beauté, était la femme du correspondant parisien d'un des grands journaux quotidiens de Londres, Edward Yapp, un homme charmant tout à fait supérieur, et très accueillant pour nous tous.

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Devant elle étaient ses deux filles qui étaient l'une et l'autre les plus purs modèles de la beauté des jeunes Anglaises très belles.

La présentation, chez Mme O'Connell, s'était faite avec une aisance extraordinaire, que justifiait relativement la liberté d'un bal costumé. Nina se tournant vers les deux jeunes Anglaises les avait priées de me présenter à elle, ce qu'elles firent le plus naturellement du monde. Mais comme elles ne me connaissaient pas, elles prièrent Nina de vouloir bien à son tour [me présenter à elles, maintenant quelle était en règle avec les convenances vis-à-vis de moi. Et de ce moment-là nous eûmes tous quatre la sensation d'être bons amis depuis toujours et pour toujours. Et si bien qu'un de leurs jeunes camarades, Emmanuel des Essarts, venant à passer, elles nous mirent aussitôt la main dans la main. Et ce fut le début d'une amitié profondément fraternelle, qui désormais lia pour la vie Emmanuel des Essarts et moi.

Il n'était pas d'aspect imposant, mon cher Emmanuel; il était de petite taille, trop gros pour sa hauteur et surtout pour son âge, il bredouillait en parlant. Sa réputation de poète commençait à poindre, et il lisait ou récitait volontiers ses poèmes, mais il les assassinait par des excès de cadence, par des roulements d'yeux imploratifs et mélancoliques, par une gesticulation d'escarpolette, par le retournement cocasse de ses mains accompagnant la courbe de ses bras trop courts. Une myopie excessive eût achevé de le rendre ridicule si on n'avait point su par avance quel homme de valeur, quel vaillant esprit et quel brave cœur on avait devant soi.

Bientôt nous nous retrouvions dans l'appartement occupé rue Chaptal par Nina Gaillard et sa mère. De M. Gaillard, nous ne savions rien, sinon que c'était un ancien avocat, jouissant d'une assez belle fortune et qui. par horreur du bruit et de l'excessive fantaisie de sa femme et de sa fille, avait loué pour son usage personnel , dans la même maison , trois étages plus haut, un appartement où il restait invisible pour nous tous.

Le salon de Nina et de sa mère devint le point de ralliement, le véritable port d'attache de nombreux jeunes gens tous fort jeunes. Nina était la bonne confidente de chacun de nous; elle comprenait les rêves, les joies et les peines de tous, et à tous elle donnait du courage àla besogne. Elle était, d'avance, heureuse de tout succès que chacun de nous pourrait avoir. Elle ignorait toute coquetterie.

Son salon pouvait, dans une certaine mesure, être mis en parallèle avec celui de la princesse Mathilde, quoiqu'il en différât complètement et par la tournure des esprits et par l'absence de toute contrainte mondaine. S'il avait eu son historiographe, il aurait pu l'apparenter vaguement à celui de Mme Geoiïrin. Si l'on citait la liste des jeunes gens qui en étaient les hôtes assidus et presque les hôtes permanents, on aurait à peu près complète celle des écrivains marquants de notre génération. On y respirait l'amour du beau et la passion du travail. Les moindres parmi ceux qui ont vécu là ont accompli dans la vie le maximum de leurs efïorts.

Ceux qui firent exception à cette règle furent raresr et le malheur voulut que Nina épousât l'un d'entre eux. Nous tous qui le connaissions, nous fîmes tout

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pour en détourner notre chère amie, et pour lui faire comprendre son erreur, mais nous n'avions ni l'âge, ni la qualité nécessaires pour parler librement et il nous fut impossible d'éviter le désastre que nous avions prévu mais moins terrible pourtant qu'il le fut en réalité. Pendant longtemps Nina nous cacha toutes les tristesses de sa vie conjugale et on n'en connut toute l'étendue que le jour où son admirable raison, pendant quelques mois, sombra.

J'ai plaisir à retrouver aujourd'hui, dans ma mémoire et tels qu'ils étaient à vingt ans, ceux qui formaient la bande d'artistes et de lettrés dont Nina était en quelque sorte l'initiatrice et l'inspiratrice. Musicienne hors de pair, pianiste applaudie dans les plus beaux concerts des salles Herz ou*Érardi elle avait une prédilection marquée pour le musicien exquis, original, insaisissable, sublunaire qu'était ce doux petit Charles de Sivry, à la science profonde duquel on doit les plus beaux travaux de reconstitution de la musique antique. Sivry venait là avec sa mère et sa sœur qu'il adorait. Entraîné par son admiration pour Verlaine, qui déjà avait donné le meilleur de son œuvre, il fut, pour le malheur de tous les siens, le principal ouvrier du mariage de sa sœur avec ce malheureux Verlaine, qui, au point de vue purement humain et social, fut un véritable monstre, une sorte d'aliéné d'une inconscience farouche, féroce.

Et à tel point que lorsque Verlaine apparaissait, on s'empressait de fermer les tiroirs du buffet où se trouvaient les couteaux ; on ne laissait dehors que des couteaux à bouts ronds, car, à plusieurs reprises, Verlaine avait saisi des couteaux pointus et avait

tenté (l'en frapper les uns ou les autres d'entre nous, notamment Camille Pelletan, qui me rappelait le fait l'autre jour, au cours de l'inauguration du monument de Verlaine au Luxembourg. Et ceci n'est qu'un des nombreux exemples de ce qu'il était déjà lorsqu'il avait moins de vingt-cinq ans. 11 faut donc, avec le recul du temps, lui pardonner bien des fautes que, lui vivant, on n'avait pas le pouvoir d'admettre.

Ce qui constituait assurément la plus grande originalité de notre monde de jeunes gens, c'était la présence des familles de bon nombre d'entre nous, en ce milieu de large fantaisie, de liberté d'allure complète, où malgré le dédain des grimaces, on pratiquait l'art de tout dire sans jamais dépasser les hornes de la bienséance. C'est peut-être pour cela qu'il mérite un tout petit bout de croquis rapidement crayonné, et dans les traits duquel les historiens apprendront à connaître mieux la prime jeunesse d'hommes dont quelques-uns ont droit à leur attention. Nous avons tous fini par nous habituer à retrouver, et en grand nombre, nos premiers compagnons de route dans la vie, consacrés soit par par leur effigie érigée sur quelque place publique, soit par leurs noms écrits sur les plaques indicatrices des rues de Paris. Aujourd'hui nous savons à peu près quels sont ceux d'entre nous à qui semblables honneurs seront rendus après leur mort.

Parmi les familles qui avaient établi leur quartier général au milieu de nous, la plus nombreuse et la plus remarquable, sous les rapports les plus divers, était la famille Cros. Elle se composait du père, de ^a mère, d'une jeune fille qui ne nous paraissait plus

jeune, étant donnée la moyenne de nos âges, et enfin tic trois fils : Antoine, Henri et Charles.

Charles avait déjà écrit, sinon puhlié,lc Co/Jrelde santal. Il récitait souvent, — un peu trop souvent peut-être, — ce chef-d'œuvre : V Archet, qu'on peut mettre en parallèle avec le Sonnet d'Arvers, ou avec le Vase brise de Sully Prud'homme. Charles avait une figure d'hindou et des gestes très raffinés.

Il était très savant, ce qui explique pourquoi certains de ses amis ont pu de bonne foi lui attribuer linvention du téléphone et celle de la photographie des couleurs. L'invention attribuée à Charles n'avait pas, au demeurant, plus de valeur réelle que les inventions d'Égard Poé, d'Hoffman, de Jules Verne ou de Robida.

La vérité sur cette prétendue invention, la voici : Je travaillais à une série de contes scientifico-fantastiques à la manière de ceux d'Hoffmann ou d'Edgar Poé.

Ils devaient fournir la matière d'un volume qui fut annoncé en 1869 sur *e f&ux t^re d'un volume sous le titre de Contes fous et qui le fut ensuite sous celui de Lugubreries bouffonnes ainsi que Bergerat, dans ses Souvenirs d'un Enfant de Paris (t. I, p. 221), me la rappelé à moi-même qui l'avais oublié.

L'un d'eux, intitulé Atroce Erreur, avait pour thème la transfusion du sang et son influence psychologique. Il y était mis en scène deux individus guillotinés par erreur et dont on avait récolté les têtes sur leurs corps respectifs en les interchangeant. Chacun aimait en l'autre la moitié de son moi et haïssait en l'autre la moitié contraire. En fin de compte, conduits par un même amalgame d'idées et

de tempéraments, ils finissaient la corde au cou, bien serrée sur la « zone neutre », et on les trouvait pendus aux branches de deux arbres situés sur un même point, de chaque côté de la route, rigides, face à face, les yeux hors de leurs orbites, grimaçant et se tirant la langue.

Un autre conte avait pour titre l'Ame du Silence. Il avait pour héros un savant qui avait appris à déchiffrer le langage de tous les animaux, d'après leur conformation et était parvenu à entendre les infiniment petits, au moyen d'appareils capables de recueillir et d'enregistrer les bruits grossis par des appareils qui étaient pour l'ouïe ce que le microscope est pour la vue.

Pour établir l'outillage de mon bonhomme il fallait me tuyauter — le mot n'existait pas encore — sur les questions de mécanique et d'accoustique y attenant, et je n'avais rien trouvé de plus simple que d'avoir recours à Charles, le savant de notre phalange; et, assis sur le canapé du salon de Nina, côte à côte — je nous y revois encore — nous avions cherché, en commun, les livres qui pourraient mètre les plus utiles. J'ai encore dans ma bibliothèque un petit volume à vingt sous, Le Son, de Tyndall, quia été mon principal outil.

Et voici toute l'histoire.

L'Ame du Silence, ce petit roman, long d'une centaine de pages, a paru dans le Moniteur Universel au début du premier trimestre de 1877. Or, d'après une réclamation formulée par Charles, c'est seulement le 3o avril 1877, qu'il a révélé sa soi-disant découverte. Il y a mieux, le brouillon de ma copie — que j'ai retrouvé par hasard — porte une correc-

tion écrite — (en 1870) — de la main de Gautier. Et Gautier est mort en 1872. Il y a mieux encore : L'édition de i8^5 du Dictionnaire de Littré donne la description d'un appareil analogue à celui de Charles et à celui de mon conte.

Tout ceci est dit, non pour me vanter d'avoir inventé le téléphone — je n'ai jamais rien inventé — mais pour dire, pièces en main, que la fameuse légende de Charles Cros inventeur du téléphone tant et tant de fois réimprimée, repose uniquement sur une autosuggestion de Charles.

Quant à sa photographie des couleurs, le procédé en a été essayé par le savant lithographe Lemercier, ce qui prouve qu'il était en tout cas fort intéressant. J'en ai causé plusieurs fois avec Lemercier, mais j'ignore les causes de l'échec des deux collaborateurs tout autant que la part d'invention revenant à chacun d'eux.

Plus tard, le pauvre Charles, — passant des sciences aux lettres, et des lettres aux sciences, — en était arrivé à la misère, et, né pour la gloire des grands écrivains et des grands savants, il finit dans l'unique célébrité d'un monologue qui charmait les imbéciles, V Hareng saur. Pour y trouver son pain et celui de sa famille, car il s'était marié, il allait de cabaret en cabaret montmartrois, récitant alternativement Y Archet, ce pur bijou qu'on n'écoutait que vaguement, et l'Hareng saur qu'on lui redemandait sans cesse et qu'on bissait sans lin.

La dernière fois que j'ai aperçu Charles Cros c'était le soir des funérailles de l'amiral Courbet. Je voulais me rendre compte de l'effet^que les insanités dites dans des cabarets soi-disant littéraires, pou-

vaient produire sur des matelots du Boyard invités par le tenancier de je ne sais plus quel Chat Noir. C'est là que je vis arriver, la démarche mal assurée, mon pauvre Charles; plus maigre que jamais; sa face jaunâtre d'Indien que surmontait une forte chevelure grisonnée par la cinquantaine avait conservé toute son originalité. Dès qu'il fit son entrée elle fut saluée par ce cri cent fois répété sur l'air des Lampions : UHareng saur! L Hareng saur ! ! Marchaitil droit, ou bien s'il titubait aviné, ou bien encore Teflet que me produisit son entrée dans cette cage aux bêtes me donna-t-il une sorte de trouble de la vue? Je ne le saurai jamais. Toujours est-il que je me sentis à ce moment une si violente envie de pleurer que je me sauvai pour ne pas entendre Charles Cros réciter Y Hareng saur! devant ces brutes.

A quelque temps de là j'apprenais sa mort.

Antoine, le plus âgé des frères Cros, était médecin. Il professait des théories médicales qui étaient à lavant-garde de la science contemporaine et, comme telles, semblaient extravagantes. A l'heure actuelle elles sont en grande partie devenues courantes. Il avait un art tout personnel d'écrire, trop personnel parfois, pour le temps où il débuta. Il précédait et annonçait ce qu'on a appelé plus tard l'Ecole symboliste.

Il faisait d'autre part des travaux de philosophie proprement dite. J'avoue, sans nulle honte, n'y avoir jamais rien compris, pas plus qu'à ceux d'autres philosophes. Je n'en parlerai donc que pour ne pas sembler vouloir les omettre.

L'autre frère, le sculpteur Henri Cros, avait à

cette époque déjà, achevé son chef-d'œuvre, une statue à laquelle il avait donné pour titre : « le Réveil », qui est restée en plâtre, faute d'argent pour la traduire en marbre. Le plâtre avait été hospitalisé dans l'atelier de Félix Régamey ; à la mort de Régamey il a disparu. A-t-il été réduit, mis en morceaux? Ce serait, je ne crains pas de l'écrire, une très grosse perte pour l'art français. Un croquis fait d'après Nina, un soir au cours de nos causeries, en avait été l'origine première.

Comme ses frères, Henri était un savant en même temps qu'un artiste, et dès le début de sa vie d'artiste, il s'était mis en tête de marier la peinture à la statuaire en reconstituant la sculpture polychrome des anciens. Il s'était donné à tâche de retrouver le secret de la fabrication et de la coloration de leurs pâtes de verre. En attendant mieux, il se contentait de produire de très belles figures de cire peinte, à la façon de la Madone de Raphaël dont s'enorgueillit le musée de Lille, et dont il fit une très belle copie pour Alexandre Dumas fils. Humaniste de premier ordre, il fouillait les bibliothèques, consultant tous les textes grecs et latins, pourchassant le secret des verriers antiques; chimiste, il analysait tous les fragments de verre coloré que sa petite bourse trop plate lui permettait d'acquérir. Chaque fois que la bonne chance me permettait de rencontrer Henri Cros, j'en étais heureux et charmé. Or. un jour que je passais rue de Rennes, il m'aborda et d'une voix heureuse lança, lui aussi, son Eurêka! et, en même temps, il sortit de son gousset un petit morceau de pâte de verre. Joyeux, il me conta ses trente ans de recherches dans les bouquins et dans les labora-

toires. II avait atteint son but et déjà il commençait l'exécution de ce bas-relief de pâte de verre coloré intitulé l'Eau qui resplendit dans le vestibule du musée du Luxembourg, et dont un jour (il faudra bien s'y décider) le musée du Louvre s'honorera.

Depuis l'avènement de cette oeuvre décorative, la première qui ait été dans les temps modernes exécutée en cette matière de verre. Henri Cros en a produit quelques autres qui, plus parfaites et plus importantes encore, pourraient être installées victorieusement dans le voisinage des fresques de Puvis de Cha vannes avec lesquelles, d'ailleurs, elles ont de nobles analogies.

Je n'ai pas la compétence nécessaire pour évaluer la part que les découvertes de Henri Cros peuvent avoir eues dans la création de cette industrie très supérieure où se sont illustrés Galle et ses disciples, mais je crois ne rien aventurer de trop hardi en prétendant que les travaux de Henri Cros ont exercé une importance décisive sur la production des verreries d'art. Ce grand artiste, ce génial inventeur, usé par l'excès de travail et par l'excès d'efforts, n'eut pas le temps de créer de nombreuses œuvres en cet art retrouvé par lui. Toutefois il semble avoir donné sa mesure toute entière dans un bas-relief vraiment prodigieux qui figure place Royale au Musée Victor Hugo. Il n'eut pas non plus ni le pouvoir, ni le temps nécessaire pour transmettre à des élèves, la doctrine de son art particulier, et la technique de ses préparations. L'art retrouvé par lui en son entier a péri tout entier avec lui.

Quand on voyait ces trois frères étroitement unis

accompagnés de leur père, philosophe, lettré, ayant quelque peu l'aspect d'un alchimiste, de leUr mère, femme du devoir accompli, [et de leur sœur qui n'était pas moins supérieure que ses frères, on comprenait que ces trois jeunes gens fussent formés tels qu'ils étaient. Et c'était un noble spectacle.

Parmi les fidèles habitués de la rue Ghaptal, se trouvait Léon Dierx, qui déjà se faisait, malgré ses cheveux noirs, la tète de Leconte de Lisle. Il avait déjà composé son chef-d'œuvre, Les Yeux, et ne craignait pas de le réciter chaque fois qu'on le lui demandait, ce qui lui arrivait assez souvent.

Non moins fidèle à nos petites assemblées, Camille Pelletan, terriblement chevelu, la barbe en broussaille, un bras trop court, |de l'esprit jusqu'au bout des ongles (qui souvent lui servaient à débourrer sa pipe). Il apportait à notre compagnie le charme de son savoir prodigieux. Il était encore, je crois, élève de l'Ecole des chartes, et l'on se demandait où il avait pu ramasser tout ce qu'il avait déjà acquis. Contrairement à Dierx, il n'était ni majestueux, ni grave: il était toujours des premiers à entonner le refrain de la chanson spéciale à notre petit cercle: Le rhinocéros en mal d'enfant, dont les paroles étaient de Verlaine et d'Edmond Lepelletier. De qui était la musique? on ne l'a jamais su. Etait-elle de Charles de Sivry ? était-elle de Nina? était-elle de tout le monde? n'était-elle de personne? Elle était brutale et diabolique. Lepelletier faisait hurler le piano et tonitruait son ineptie de cette voix d'ara en colère qui lui servit à dominer le tumulte des assemblées électorales durant les batailles politiques. Et ça disait :

Et quand le rhinocéros Qui avait avalé un os, Mourait du tétanos...

Ces trois vers suffisent à en prouver l'idiotie, du reste.

On nous eût bien fait rire si l'on nous avait promis alors un siège de législateur pour l'auteur du Rhinocéros en mal d'enfant et nous nous serions tordus à la seule pensée de voir Camille Pelletan faire son entrée dans les villes et les arsenaux entre deux haies de troupe présentant les armes et au bruit du canon et de la Marseillaise. Camille, qui s'adonnait alors plus spécialement à l'érudition et aux Lettres, laissait pressentir son penchant pour la politique, mais ^il ne manifestait néanmoins aucun mépris pour la chorégraphie même fantaisiste. Souvent. Lepelletier, de Sivry et Pelletan se donnaient la réplique, en ces jeux de fous bons garçons, en proie au besoin de gigoter pendant quelques minutes.

Parfois, sur le petit espace laissé libre dans le salon, on voyait apparaître un camarade dont les entrechats acrobatiques et les cabrioles rythmées rappelaient les danses de la Comète, de Chicard, et de Rigolboche. Il chantait en dansant et, à certains moments, il avait des furies de mouvement qui le faisaient ressembler à un Aïssaoua ou plutôt encore à un derviche tourneur et surtout hurleur. Ajoutez à cela qu'il boitait, et que, myope à l'excès, il se cognait à tous les meubles. Et plus il s'y cognait et plus il dansait, et plus il vociférait. Ce détraqué dont les gestes touchaient de droite, de

gauche, les personnes ou les meubles, ce danseur malgré lui, c'était tout bonnement Raoul Rigault.

Au risque de passer pour un monstre, je ne parviens pas à ajouter à l'âpre sévérité à laquelle Raoul Rigault a certes droit, le sentiment de haine méchante que peuvent justifier, j'en conviens, les atrocités qu'il a commises, les horreurs qu'il a faites, y comprises celles qu'on lui a attribuées, apocryphes ou véridiques.

Il m'est resté cette idée paradoxale, mais juste, quant au fond, que la passion du chahut a été maintes fois le mobile du dérèglement de la vie et des déhanchements de sens moral de Rigault.

Tenez, voici un exemple de la légèreté féroce de ce demi-aliéné, lequel ne jouissait du reste parmi nous d'aucune estime, n'ayant jamais donné aucun gage d'une valeur personnelle quelconque :

Dans les derniers jours de septembre 1870, comme je passais au carrefour de la rue Cadet, je vis venir à moi Raoul Rigault, toujours boitant. Dans la poussée qui avait suivi la Révolution du Quatre Septembre Rigault avait déniché un emploi de commissaire de police. Les gouvernants, pas bêtes, avaient trouvé plus malin de l'avoir au dedans que de le sentir dehors. Or donc, tout en continuant à gigoter sur place, de son pas de danseur incurable, Raoul Rigault s'écria : « Oh ! chic ! chouette ! je vais arrêter Marguerite Bellenger. Y viens-tu avec moi? »

Vous savez ce que c'était que Marguerite Bellenger; c'était la connaissance à Napoléon III. et comme je dis à Rigault que je n'avais nulle envie de l'accompagner, nous nous quittâmes rapidement

car il était fort pressé d'exécuter son mandat. Mais voilà que, au moment où nous allions nous séparer, il fit avec brusquerie une sorte de pirouette, puis passant sa main droite dans la poche gauche de sa redingote, il me dit d'un accent très joyeux :

« A propos, veux- tu voir mon écharpe de commissaire? »

Je lui répondis que je n'y tenais guère; il en parut vaguement froissé. Et il partit plus sautillant que jamais. Pour un peu, il eût. malgré son écharpe, pincé un cancan en pleine rue Lafayette. De ce jour-là, je crus le connaître bien à fond, et quand, après l'insurrection du 18 mars, il fut devenu l'un des principaux personnages du gouvernement éphémère de l'Hôtel de Ville, je résistai avec acharnement aux braves gens qui, sous prétexte qu'il était mon camarade, me priaient d'aller lui demander de vagues explications sur les intentions des futurs Communards.

J'avais trop bien vu le Raoul Rigault véritable en cet instant, où puérilement ivre du bonheur de pouvoir faire souffrir, ne fût-ce que pendant quelques instants, une femme sans défense, il laissait apparaître le fond de son tempérament de mystificateur féroce.

N'allez pas croire que cet état quasi-épileptique et tintamarreux, dont les entrechats de chat-fou de Rigault marquaient le maximum, fût la règle de notre compagnie.

Pendant que les agités s'agitaient, les sages, sans y faire autrement attention, devisaient sagement. Parmi les gens volontiers graves, et il y en avait, on comptait Anatole France. Ce prodigieux savoir qui,

CE QUE JE TIENS A DIRE 5l

en son âge mûr et alors qu'il est en pleine gloire incontestable et incontestée, ajoute un charme aux merveilles de sa causerie, il l'avait déjà en partie malgré son extrême jeunesse. Notre camaraderie avec lui y perdait en familiarité et en sans-gêne ce qu'elle y gagnait en estime et peut-être même en une façon de respect particulier, et relatif, qui était déjà néanmoins du respect.

Un autre jeune homme grave, c'était Albert Mérat. Il avait déjà cette façon de marcher lentement, sans rien perdre de sa haute taille, et la tête redressée comme pour contempler de plus haut la foule. Déjà il avait cette manière spéciale de fumer qui lui valut le surnom : « Le cigare dédaigneux ». Il n'apparaissait jamais sans son alter ego, le délicieux poète Léon Valade, grêle, chétif, timide, qui disait tout doucement d'une jolie voix très fine des choses exquises, tout en luttant sans succès contre l'indiscipline de la mèche noire qui s'acharnait à flotter en travers de son œil droit et <le l'aveugler.

Léon Valade a son monument sur la grande place du petit patelin normand où il est né ; il comporte un buste très ressemblant. Avec son air ahuri et goguenard, il semble dire aux passants : « Vous ne saurez jamais comme ça me semble drôle de me trouver ici. »

Quant à Mérat, devenu fonctionnaire du Sénat et étant logé au Luxembourg, il avait simplifié la question du buste. Comme il était célibataire, il avait fait de son buste — œuvre très louable d'un camarade — son plus intime compagnon. Il l'avait placé sur la table de sa salle à manger et il prenait

tous ses repas en tête-à-tête avec lui. Albert Mérat,. qui avait certes, beaucoup de talent, s'en attribuait plus qu'il n'en avait. Ayant passé la soixantaine, il se considérait — c'était relativement vrai — comme méconnu; ayant longtemps et sans succès lutté contre la mauvaise santé, il nous fit en un triste soir de printemps la douloureuse surprise de se suicider.

Il a légué son buste soit au musée du Luxembourg, soit à celui du Petit-Palais.

Ah ! tête ! Ah ! diantre ! Ah ! ventre ! J'en allais faire de la belle ouvrage!

Par bonheur, lorsque je corrige mes épreuves je ne manque jamais de guetter du coin de l'œil ce qui se passe sous mes fenêtres. Histoire de me reposer sans me reposer. Et voici que cette fois j'aperçois une voiture de commerce portant sur son bandeau cette mention : n3, rue Yilliers de l'Isle Adam.

Hé quoi? Ai-je bien lu? Yilliers aurait toute une rue pour lui tout seul! Et elle aurait n3 numéros au moins? La voiture allait vite; et il me restait des doutes. Pour les lever sur l'heure, je me précipitai chez un voisin et consultai son Bottin.

Eh bien oui, c'est la pure vérité, la rue existe, elle est large, elle comporte plus de n3 numéros, elle mesure 690 mètres de longueur. Bottin l'affirme. Et il n'est point un farceur, Bottin.

Et j'allais oublier Villiers! un homme qui a une si belle rue, si longue, si large, alors que Auguste Barbier — qui n'a fait, du reste, que les ïambes, Lazare, le Pianto, les Rimes héroïques et le reste —

n'a pas même une impasse; alors aussi qu'Albert Samainquia fait Aux flancs du vase et d'autres merveilles et aussi son Polyphème tout comme Ottin, l'auteur pseudo-anonyme de la fontaine de Médicis, a fait le sien.

Samain ri slxxvsl jamais de sa mort le plus vague cul-de-sac.

Me voyez-vous comparaissant au tribunal de la Postérité et obligé de répondre à cette question articulée d'une voix sévère et biblique : « Qu'as-tu fait de Villiers? »

Je viens d'échapper à ce malheur. Que bénis soient le commerçant du numéro n3 et sa voiture de livraison. Par ainsi, je n'y avais mis nulle méchanceté. J'avais oublié Villiers par habitude. J'ai de tous temps oublié Villiers. Je ne pensais jamais à lui que juste pendant l'instant où il était devant moi, c'est-à-dire toutes les fois que j'allais rue Ghaptal, car il y était sans cesse.

A l'époque où il daignait nous honorer de son voisinage, il ne faisait aucun de ces travaux bons pour le vulgaire. Nous ne lui connaissions d'autre position sociale que celle de « dernier descendant des chevaliers de Malte », ni d'autre avoir que sa part des galions de la baie de Vigo, c'est-à-dire une fortune colossale que la mer devait lui restituer d'un jour à l'autre.

Comme bagage littéraire il avait deux volumes : Axel et Y Eve future qu'il avait eu l'art étonnant de faire publier en édition de luxe. Plusieurs personnes prétendaient les avoir lus. Elles affirmaient que cela contenait de fort belles choses parmi bien des obscurités ; elles ne parvenaient jamais à dire

lesquelles avaient la beauté, lesquelles étaient incompréhensibles.

Il avait toutes les apparences d'un être original, mais il les avait trop. Dans ses attitudes il y avait une dose excessive de « chiqué. »

Yilliers épatait les gens par l'imprévu de ses répliques spontanées, mais pour nous, qui le pratiquions journellement, ses petits trucs étaient éventés. Ils l'étaient d'autant mieux qu'il avait un jour laissé tomber de sa poche, un petit cahier sur lequel ses improvisations verbales et imprévues étaient écrites d'avance dans leur texte même. Ce sont ces boutades-là qui devinrent ses Contes cruels.

Je les ai lus pour la première fois l'été dernier pendant les grandes chaleurs et cela m'a, en efïet, paru plutôt cruel de les lire.

S'il s'était appelé Auguste Yilliers tout court, il n'aurait jamais existé et l'avenue du même nom n'aurait pas subi le cousinage d'une rue de G90 mètres. Mais il portait avec une simplicité hautaine et titubante le titre de dernier des chevaliers de Malte et il attendait le repêchage de ses galions. Il se distinguait du commun des mortels par une démarche qui lui donnait toutes les apparences d'un homme qui a trop bu.

Or tout est là. C'est la plus efficace de Routes les réclames.

Bibemus Titubemus. C'est la devise de la saine pratique de la vie ; elle est tout à la fois et la pince monseigneur de la popularité et le rossignol de la survie.

Aussi dirai-je à la jeunesse sincèrement arriviste

qui pullule : Lâchez Beroaldc de Verville et son vieux Moyen de parvenir.

Je vous apprendrai, ô jeunes ambitieux, ce qu'il faut faire pour inscrire votre nom au Temple de Mémoire. Sachez d'abord que pour se faire un nom, il faut avoir un nom bien fait dût-on le fabriquer soi-même.

Les gens timides devront se contenter — s'ils ont un nom trop répandu — de l'adorner d'un prénom attrayant et qui marque sa place : Théogène, Polycarpe ou même Fiacre et y ajouter quelque appellation plus ou moins nobiliaire bien sonore, bien ronflante. Mais ce sont là de petits moyens.

Le grand, le bon moyen pratique c'est de greffer sur votre personnalité un scandale quelconque. L'ivrognerie — vraie ou fausse — est celui qu'on se procure le plus facilement. Le public ne retient guère facilement que ces notoriétés-là.

Pour vous en fournir des preuves, après être passé rapidement devant les cas de PierreDupont. d'Aristide Bruant, de Louis Desnoyers, de tant de seigneurs de seconde importance, j'arrive à celui de mon camarade Verlaine. Il existe trois portraits de lui, deux admirables peintures dont l'une est de Fantin et l'autre de Carrière. Sauf les artistes et quelques snobs on ne les connaît guère. Mais tout le monde connaît la photographie de Verlaine, imparfaitement saoul et se cramponnant à la banquette •d'un café, la tête calée sur la vitre, les mains agrippées à une table où une absinthe attend le moment d'aller rejoindre les nombreuses absinthes déjà absorbées. Eh bien, que vous le vouliez ou non, il reste acquis que sans cette réclame ivro-

gnesque, la gloire de Verlaine — et elle est légitime — n'eût jamais été ce qu'elle est. Verlaine, pour le grand public et pour plus d'un parmi ses thuriféraires, c'est «le pauvre Lélian».Etle pauvre Lélian c'est l'homme à l'absinthe. Je ne m'en plains pas. car le poète exquis a son buste au Luxembourg. Mais pourquoi diable l'a-t-on juché sur un énorme cruchon de parfumeur ?

Autre monument du Luxembourg, autre cas de beuverie : Gabriel Vicaire. On se demande pourquoi on a fait à Vicaire, parmi les arbres centenaires, une jolie petite place. Son cas est tout simple cependant.

Il avait pour tout bagage, ou à peu près, un gentil petit volume de vers provinciaux : Emaux bressans. Or un ministre quelconque l'ayant décoré, ses camarades lui avaient offert un banquet. Au sortir de cette petite solennité il était en un état tel que les agents durent le conduire au poste, malgré sa boutonnière fleurie d'un beau ruban rouge tout neuf.

... Et alors commença l'interrogatoire.

L'Agent. — Votre nom ?

Lui. — Je suis Vicaire.

L'Agent. — Je ne vous demande pas si vousêtes vicaire, cardinal ou chanoine ; je vous demande votre nom.

Lui. — Je suis Vicaire.

Et il ne sortait pas de là. Les choses allaient mal tourner quand survinrent les camarades qui le réclamèrent. Tout s'éclaircit et il fut relâché.

Le lendemain l'aventure était répétée et enjolivée dans vingt journaux. Elle fit rire la galerie et lin-

connu Gabriel Vicaire eut son moment de célébrité.

11 eut le bon esprit de mourir rapidement et avant qu'elle fût éteinte. Et c'est ainsi qu'il fut possible à ses amis de placer son buste là où il est.

Les exemples sont légion; celui d'Alfred de Musset — ce pur génie — est le plus probant.

Celui-là a pour lui son nom qui est joli ; ses œuvres comptent pour les lettrés et pour quelques personnes sensibles, mais il n'aurait pas le dixième de la popularité dont il jouit s'il n'avait eu d'abord pour lui les histoires de Lui et Elle, et, par-dessus cola, sa réputation de buveur intempérant.

Mercié, que, méchamment ses camarades représentent volontiers comme un homme peu intelligent, a compris son sujet; il l'a traité selon le goût et la jugeote du bon public lorsqu'il a placé sur le piédestal de beurre, (orné du nom de ceux de l'assiette au beurre qui l'ont inauguré, )le groupe où l'on voit Alfred de Musset affalé sur un banc de pierre, hors d'état de se relever tout seul et résistant aux instances d'une jeune personne (en marbre couleur <le sucre) qui lui montre du doigt l'officine du pharmacien d'en face et l'invite à traverser la place pour aller respirer de l'ammoniaque.

Et Musset indésaoulablement de bafouiller : « Peux pas, je suis trop bu. »

Aussi, jeunes gens que tourmente la noble ambition de laisser après vous ou votre buste ou une plaque bleue et blanche au coin d'une large rue, de (igo mètres et de plus de n3 numéros, profitez de mes leçons et de celles que dans le même esprit bien d'autres pourraient vous donner.

Titubez, et n'oubliez jamais cette vérité contraire à I Ecriture, mais conforme au bon sens :

La Bible dit que le genre humain descend du père Adam. L'expérience historique lui répond qu'elle descend de ce vieux pochard de Xoé.

Buvez et titubez. Restez digne du Grand Ancêtre.

Et les voitures de commerce, émules des hommes sandwich, essaimant de toutes parts, trimballeront à tout jamais votre nom, par les rues de la grande ville et sur les routes de sa banlieue.

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