‹ Ce qui se passe au ConcileChapitre 26 sur 31 · ADRESSES DES ÉTÊQUES SUPPLIANT LE PAPE D'ÉCARTER LA DÉFINITION · texte numérisé non relu

ADRESSES DES ÉTÊQUES SUPPLIANT LE PAPE D'ÉCARTER LA DÉFINITION

DE l'infaillibilité.

Pour conjurer le danger, il était urgent d'agir.

Le 23 janvier, des adresses signées par cent trentesept évêques appartenant aux grandes nations catholiques sont déposées aux pieds du Pape pour le supplier a de ne pas permettre que la doctrine de l'infaillibilité soit présentée à la discussion du concile ^))

ta Gazette d'Augsbourg a publié l'adresse des prélats allemands*, à la tête desquels se trouvent les cardinaux de Vienne et de Prague, NN. SS. R|iuscher et Schwarzenberg, le primat de Hongrie Mgr Simor, les archevêques de Cologne, Munich, Salzbourg. . . , les évêques de Mayence, Trêves, Breslau, Augs-

^ Univers du 89 janvier; Français du 34 janvier. 2 Univers des 25 et 29 janvier.

bourg, etc., NN.*SS. Haynald de Colocza, et Strossmayer de Firmium , les deux premiers orateurs du concile. Onze évèques seulement se seraient abstenus de signer * .

Après avoir précisé dans quelles conditions avait été introduit le postulatum de l'infaillibilité et montré combien « il est étonnant de voir les juges de la foi* irivités à publier ^ avant la cause entendus ^ une déclaration'revêtue de leur signature ^ relative à la sentence qui doit être rendue », les vénérables prélats déclarent avec une noble fermeté « qu'il ne semble nullement opportun d'imposer aux peuples catholiques plus de dogmes que les Phres de Trente n'en ont proclamé

» Les temps ne sont plus où les droits du Saint- Siège étaient révoqués en doute.....

» Le concile de Florence, qui doit être d'autant plus scrupuleusement observé qu'il est . le résultat d'un commun accord entre l'Église latine et l'Église grecque, le concile de Trente, ont édicté ce que les fidèles doivent tenir de l'autorité du Pontife romain. . .

)) De grandes difficultés provenant des paroles et des actes des Pères de l'Église, consignés dans des documents authentiques de l'histoire et de la doctrine catholique elle-même, s' opposent à la thèse recommandée par le postulatum, A moins qu'elles ne fussent résolues , il serait impossible que cette doctrine fût imposée aux peuples chrétiens comme ré-* vélée par Dieu... »

Et ils terminent ainsi :

* Français du 31 janvier. France du 40 février.

« Mais notre esprit recule devant de pareilles discussions, et confiants en votre bienveillance, nous vous adjurons de ne pas nous imposer la nécessité de telles délibérations.

» En outre, comme nous remplissons les fonctions «épiscopales chez les nations catholiques les plus importantes, nous connaissons par l'usage quotidien l'état des choses qui existe chez elles. Or il est constant pour nous que la définition qui est demandée fournirait de nouvelles armes aux ennemis de la religion pour exciter contre l'Église catholique le ressentiment même des hommes notoirement les meilleurs, et nous sommes certains que du moins en Europe la chose livrerait aux gouvernements de nos contrées un motif ou un prétexte d'empiéter sur les droits qui restent encore à l'Église... »

Plusieurs évoques accentuent encore davantage leur opinion par quelques réflexionsqu'ils ajoutent à leur signature. On cite les deux suivantes : celle du cardinal Schwarzenberg : « La religion est perdue dans la Bohême si cette définition a lieu ; )) et celle d'un prélat de Hongrie : « Rien ne peut faire comprendre les maux que causera à la religion dans toute la Hongrie la définition de l'infaillibilité*. »

Une adresse semblable, si ce n'est la même, a été signée par trente-trois évêques français*, parmi' lesquels on cite les archevêques de Paris , de Reims , de

* France du 40 février.

2 On dit que quinze seulement ont signe le postuîatum de Pinfaillibilité; trente-cinq se seraient abstenus.

Sens, d'Albi et d'Avignon; les évoques de Grenoble, d'Orléans, de Dijon, d'Autun, d'Évreux, de Cahors, de Perpignan, de Constantine, de Luçon, de la Rochelle, de Metz, d'Oran, de Gap, de Saint-Brieuc, de Bayeux, de Valence, de Coutances, de Pamiers, de Viviers, de Nice, de Montpellier, de Soissons, d# Châlons, de Marseille, de Nancy \..

Les autres épiscopats seraient ainsi représentés :

Vingt-sept Américains , les plus distingués ; à leur tête les archevêques dfe Saint-Louis , de New-York, d'Halifax, de Cincinnati;

Vingt-trois Orientaux du rite non latin , les seuls vrais représentants de l'Orient, car ils servent de ^.rait d'union entre l'Église latine et l'Église grecque;

Tous les Portugais; un certain nombre d'Italiens, parmi lesquels les archevêques de Milan et de Turin; deux Irlandais et deux Anglais... : Mgr Manning n'aurait avec lui qu'un seul prélat, six se seraient abstenus. Beaucoup d'évêques, qui n'ont pas signé pour des causes diverses, auraient formellement déclaré qu'ils voteraient contre l'infaillibilité; de ce nombre sont le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, et l'évêque de Vannes*.

Il est à remarquer que la plupart des signataires

gouvernent une population catholique considérable. Les diocèses de Paris, de Cologne, devienne, dé-

* La France, \ février ; Français du 4 1 ; Univers du 4 2.

2 Français, 34 janvier; 4, 44, 42 et 45 février; 9 et 42 mars. Univers du 26 janvier; 42, 45 et 46 février; 9 mars. France du 40 février.

passent deux millions d'âmes; celui de Breslau, deux millions cinq cent mille, c'est-à-dire autant que les anciens États pontificaux, qui sont représentés au concile par cent quarante-trois évêques. En généralisant l'observation , on peut affirmer que les prélats modérés ont derrière eux plus 'des deux tiers de la catholicité si l'on s'en tient au nombre, et rimmense majorité si l'on pèse la* valeur morale. C'est un nouvel exemple de l'inconvénient du mode de votation par tête, adopté pour le concile du Vatican ^

Les partisans de l'infaillibilité répliquent, il est vrai, qu'ils ont pour eux « l'archevêque de Westminster, le primat de Belgique (archevêque de Malines), l'épiscopat suisse et tous les vicaires apostoliques chargés des trois quarts du monde qui sera chrétien, et que l'on pourra voir entrer dans l'Église avant un siècle * ! »

On s'est étonné quejes évêques se soient adressés au Pape et non au concile, et que leur « libéralisme » les ait conduits à demander au Souverain Pontife un acte d'autorité pour étouffer une discussion. Le motif est bien simple : le Pape s'est attribué dans le règlement le droit d'apprécier souverainement le sort de chaque postulatum soumis à la commission nommée par lui. Le concile n'était pas saisi de la question de l'infaillibilité; c'était donc nécessairement au Pape

* On a voté par nation à Constance et à Bâle, précisément pour remédier à cette inégalité.

3 M. Veuillot, lettre de Rome ; Univers du 7 février.

que la requête devait être soumise. Il était d'ailleurs assez habile de profiter de la rigueur même du règlement pour mettre le Saint-Père respectueusement en demeure de faire cesser, dans l'intérêt de la paix religieuse, une agitation et des entreprises auxquelles, disait-on*, il était resté personnellement étranger.

LES AUTRES POSTULATA DES ÉVEQUES MODÉRÉS.

Il ne suffisait pas de supplier le Saint-Père d'écarter des délibérations du concile une question irritante et dangereuse : les droits séculaires des assemblées œcuméniques avaient été supprimés ou amoindris par le règlement imposé aux Pères du Vatican; toute discussion sérieuse avait été rendue impossible. Il était du devoir des évêques de maintenir les prérogatives du concile, et de réclamer sans relâche la sainte liberté qui lui est nécessaire pour accomplir sa mission . Les membres de la minor^ité , cette fois encore, n'ont pas manqué à remplir leur nouvelle et pénible tâche.

Dès le mois de janvier, des postulata sont déposés, signés par un grand nombre d'évêques, pour protester contre le règlement qui enlève aux Pères le droit d'initiative solennellement reconnu à Trente, et pour revendiquer la faculté de nommer les membres de la commission des postulata\ On demandait encore les réunions préparatoires dans des bureaux, l'élection de commissions spéciales pour chaque pro-

* Univers du 27 janvier.

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jet, avec choix d'un rapporteur, le rétablissement des discussions préalables de théologiens , la lecture d'un procès-verbal à l'ouverture de chaque séance ', etc.

En même temps, une adresse était remise aux légats pour « les prier, vu r impossibilité de se faire entendre ni comprendre dans /a salle du Vatican , d'indiquer une autre salle mieux appropriée !

)) En effet, la mutuelle communication des pensées , la vraie discussion des matières , la délibération en commun entre les Pères sont absolument impossibles dans celte salle C'est un fait notoire et que

des cardinaux eux-mêmes ont librement déclaré dans leurs discours en plein concile Or, cela est nonseulement contraire à la nature même de l'œuvre qui est à faire et au vrai caractère d'un concile, mais cela est en outre plein de périls si' l'on pense à l'avenir ; car il est évident que les ennemis de l'Église ne manqueront pas d'accuser le concile de n'avoir pas eu la liberté et la possibilité de discussion. »

Et ces diverses demandes si sages étaient présentées « au nom de la liberté du concile et de la responsabilité des Pires devant Dieu, pour qu'il y ait dorénavant des discussions vraies et sérieuses *. »

Plusieurs dès prélats qui désirent le plus la définition se sont associés à ces démarches , craignant que les actes du concile ne soient plus tard rejetés comme nuls pour cause de violation des règles canoniques et de défaut de liberté.

^ Univers au H février.

2 Univers du 4 % février.

Aucune satisfaction n'a été accordée aux évoques; on leur a répondu en leur enlevant, par le règlement additionnel du 20 février, les dernières garanties que leur avait laissées la bulle Multipliées inter.

Enfin, on affirme que les évêques français ont proposé une série de réformes qui , si elles étaient adoptées , constitueraient un remarquable progrès et feraient disparaître beaucoup de difficultés et de malentendus.

On cite parmi les principales : la réunion périodique des conciles généraux ; le rétablissement des conciles provinciaux vraiment libres ; des modifications importantes dans la composition du Sacré Collège et des Congrégations romaines, modifications basées sur le principe d'une représentation proportionnelle des nations catholiques; la suppression ou la restriction de l'Index, des précautions pour refréner les écarts d'une certaine presse catholique *

* UniverSj 43, 46 janvier. Les ultramontains, qui savent que beaucoup d'ëvèques supportent difficilement la tyrannies d'une certaine presse catholique », redoutant de trop nombreuses adhésions, ont pris les devants et ont fait réclamer dans le concile par un des leurs le privilège pour les journaux religieux, surtout dans les grandes villes comme Paris et Vienne, de ne relever que du Saint- Siège, par cette raison assez singulière de leur part, a que les journaux étant les rois de Vopinion, leurs causes, comme toutes les causes royales, devaient être réservées au tribunal du Pape. » L'éloquent prélat Strossmayer a victorieusement réfuté cette étrange prétention. (France j 1®"^ février.)

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