LE PARTI DE LA RESISTANCE EN ALLEMAGNE ET EN FRANGE
C'est d'Allemagne que partit le premier cri d'alarme, sous la forme d'une adresse des catholiques de Coblentz à l'évêque de Trêves.
M. de Montalembert , dans une lettre de félicitations, écrite « au bord de la tombe », avec a cette indépendance des hommes et des choses dont la mort seule a le privilège », constatait ainsi l'importance de » ce glorieux manifeste de la conscience et de la raison des catholiques » :
1 La conviction de sa propre infaillibilité ressort d'ailleurs de tous les brefS; lettres, bulles, allocutions, encycliques de Pie IX. Le bref adressé au vicaire capitulaire d'Adria que nous avons déjà reproduit (p. t%) en est un exemple significatif; on en trouvera des preuves développées au chapitre V.
3i CHAPITRE DEUXIÈME.
« •.... J'ai cru voir luire un éclair au milieu des ténèbres, et entendre enfin un accent viril et chrétien au milieu des déclamations et des adulations
écœurantes dont nous sommes assourdis » Et il
continuait, non sans amertume : « Vous me permettrez d'ajouter que je me sens un peu humilié par la pensée que vous autres Allemands du Rhin, vous avez eu cette fois l'initiative d'une démonstration qui convenait si bien aux antécédents des catholiques français, comme aux convictions qui, pendant la première moitié du dix-neuvième siècle, nous ont valu l'honneur d'inaugurer la défense de la liberté religieuse sur le continent. »
La France n'avait pas abdiqué, comme le croyait l'illustre écrivain; c'est dans les rangs du clergé et de l'épiscopat français que devaient se lever les plus intrépides défenseurs de la liberté et des traditions dé l'Église.
Il n'entre pas dans le plan de cette étude, exclusivement consacrée à préciser les projets du Vatican, de reproduire ni même d'analyser les manifestations du parti modéré qui se sont succédé depuis le mois de juin i869. On se contentera de les citer avec leurs dates :
Adresse des catholiques de Coblentz à l'évêque de Trêves. — Réponse de l'évêque. — Juin 1869'.
Adresse des catholiques de l'Université de Bonn à l'archevêque de Cologne. — Juin i 869 *.
^ et 2 Officielle AklenstUcke.,., Berlin, 1869.
Lettre de M. de Montalembert aux catholiques de Coblentz. — Réponse du comité. — Juillet-août. Dans la réponse du comité de Coblentz on déclare qu'un grand nombre d'ecclésiastiques et de laïques ont déjà donné leur adhésion publique ou de vive voix aux doctrines des deux adresses.
Lettre pastorale de dix-neuf évoques allemands réunis à Fulda au clergé et aux fidèles de leurs diocèses. — 6 septembre 1 869 * . — Mémorandum secret adressé au Pape, dans lequel l'infaillibilité est énergiquement combattue et le Saint-Père supplié d'abandonner « les vastes projets qu'on lui prête ».
Congrès catholique de Pesth auquel assistent le primat et onze évoques hongrois; discours du prêtre Kulhi contre l'ultramontanisme : résolutions libérales^. — Octobre 1869.
Mémoire de la Faculté de théologie de Munich en réponse aux questions posées par le prince de Hohenlohe*. — Août 1869. Ce mémoire est surtout curieux à consulter parce qu'il signale le trouble grave qui doit résulter de la proclamation de l'infaillibilité dans les rapports de l'Église et de l'État*.
Le Pape et le Concile, par « Janus », ouvrage dû à
1 Journal des Débats, 22 septembre 4869; Avenir catholique, p. 455.
2 Débats du 20 octobre 1869.
* Avenir catholique, p. 457.
^ La minorité a publié une protestation. Mais deux des plus grands noms de la théologie allemande contemporaine, Dœllinger et Michaelis, ont signé le mémoire. — La faculté de Wurtzbourg a fait une réponse qui est invoquée par les deux écoles.
la plume de plusieurs éminents théologiens catholiques et qui a produit en Allemagne une profonde sensation* Ce livre a été mis à l'index depuis l'ouverture du concile * .
En Angleterre, la correspondance des docteurs Newman et Pusey.
En France, l'ouvrage en deux volumes de Mgr Maret, le savant doyen de la Faculté de théologie de Paris, Du Concile général et de la paix religieuse, dont les premiers exemplaires ont été distribués le 19 septembre 1869. Il a été envoyé par l'auteur à tous les évoques français. — La Défense du même prélat , intitulée le Pape et les Évêques, qui reproduit ses réponses à NN. SS. de Poitiers, de Rodez et de Nimes.
Le mandement de l'archevêque de Paris sur le prochain concile , 28 octobre 1 869 , qui , sans aborder la question de Tinfaillibilité , mais avec la forme habile adoptée par les évêques de Fulda pour rassurer les catholiques sur la sagesse des futures décisions du concile, trace un tableau saisissant des nécessités de l'esprit moderne *.
Un article publié dans le Correspondant du 1 octobre 1 869, dont l'importance est considérable tout à la fois par l'étendue de la science, l'élévation de la
1 Une traduction française de cet ouvrage a paru à la Librairie Internationale.
^ On pourrait citer les mandements de bon nombre d'autres prélats également éminents par leur savoir et par leur esprit libéral : NN. SS. de Châlons, de Grenoble» de Saint-Brieuc, de Perpignan , de Bayeux, de Gahors; de Reims, de Dijon, etc.
PRÉUMINAIRES DU CONCILE. 37
pensée, le talent de l'exposition et l'autorité des noms qui l'ont inspiré.
Trois lettres de Tévêque d'Orléans avant son départ pour Rome. — La première, destinée au clergé et aux fidèles de son diocèse, est un mandement d'adieu; 1 novembre 1 869. — La seconde, adressée au clergé de son diocèse, est intitulée : Observations sur la controverse soulevée relativement à la définition de VinfaiU Utilité au prochain concile; 1 i novembre 1 869. — La troisième est également adressée aux prêtres du diocèse d'Orléans pour leur donner communication de son Avertissement à M. Veuillot; 21 novembre 1869.
C'était la première fois* qu'un évèque parlant comme évèque, avec son autorité doctrinale, osait repousser ouvertement le projet de l'infaillibilité sinon quant au fond, au moins en raison du défaut d'opportunité. C'était la première fois qu'un évèque avait le courage de dévoiler et de stigmatiser les procédés de la presse ultramontaine qui « faisait l'émeute à la porte du concile ».
Par l'intervention de ce nouvel adversaire, la polémique quei , depuis plus d'un mois , l'évêque de Sura soutenait seul contre les évêques de Poitiers, de Mmes, de Rodez, de Laval et de Montauban, s'agrandit et se passionne.
On était à la veille du concile, beaucoup de prélats avaient déjà quitté leurs diocèses. La lutte se poursuit pendant les étapes de la route S elle se continue
1 Des évoques français se rangent à côté de Mgr Dupanloup, d'autres Tattaquent avec violence. Des adresses de condoléance
à Rome. Les évèques de Versailles*, de Westminster*, de Matines ', écrivent de nouvelles lettres. Enfin la Curie romaine s'interpose et refuse Vimpri^ matur; par une coïncidence fâcheuse, l'interdiction frappe précisément Tévêque d'Orléans au moment où il voulait exercer son droit de réponse*.
sont envoyées au Pape. La presse religieuse se laisse entraîner à des excès inouïs (Y Univers, VUnità caitolica, \c Tablet, le Weecly Register, le Bien public de Liège}. A Rome, Tévèque d'Orléans est éloquemment défendu, dans le sein du concile, contre les insinuations calomnieuses d'un prélat italien, par les membres les plus éminents de Tépiscopat allemand.
* Univers du 47 décembre 4869. L'évéque de Versailles, qui est grand partisan de Tinfaiilibilité, passe en même temps pour trèsdévoué au gouvernement impérial. La lettre que nous citons doit être méditée par les hommes politiques : elle peut servir d'enseignement pour montrer le cas que font des gouvernements les prélats ultramontains les mieux disposés, quand la cause romaine est enjeu.
2 Univers du 34 décembre : la lettre est du 20.
3 La lettre est datée du 30 novembre. Elle a été publiée seule» ment le 40 décembre, deux jours après l'ouverture du concile, par VUnivers et les journaux ultramontains de Belgique.
* La Gazette de France du 4 9 janvier, le Français et la France du 20 janvier signalent cet acte regrettable en publiant la lettre écrite par l'évéque d'Orléans à l'archevêque de Malinôs pour lui annoncer les motifs de son silence. L'archevêque de Malines a répondu à l'évoque d'Orléans qu'on n'avait fait que lui appliquer une règle générale. Mais il faut reconnaître que la Civiltà n'a pas cessé de soutenir la cause de l'infaillibilité avec V imprimatur pontiûcal, et que le parti ultramontain a toujours trouvé à Rome des presses pour imprimer les divers documents qui paraissaient de nature à introduire et à faire triompher la définition.