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Ce qui va arriver au Mexique

Des correspondances américaines, généralement mal disposées à l'égard de l'expédition française , annoncent l'entrée de nos troupes à Puebla. Le fait est croyable, s'il n'est pas certain.

Ce qui est certain aussi, pour tout homme qui connaît le Mexique et les Mexicains, c'est que notre armée sera prochainement maîtresse de leur capitale.

Ce que les Américains ont fait en 1847 avec dix mille hommes, les Français, à plus forte raison, le feront en 1 863 avec trente mille.

Qu'arrivera-t-il alors?

Voudra-t-on occuper indéfiniment Mexico? et si les vingt autres États de ce pays immense se refusent à traiter, malgré la prise de la capitale, faudra-t-il en faire successivement la conquête?

11 ne faut pas oublier que le Mexique a trois mille huit cents kilomètres de long sur une largeur moyenne de mille

huit cents, et qu'il compte au moins huit millions d'habitants.

Cette population est peu aguerrie et indisciplinable, il esterai, mais une guerre civile qui dure depuis cinquante ans sans interruption a donné aux Mexicains l'habitude du maniement des armes, et j'ai entendu dire à l'illustre général Scott, qui commandait l'armée américaine en 1847, que, comme tous les mauvais soldats, ils étaient redoutables à l'abri des murailles et des rochers qui forment une série d'embuscades naturelles au milieu de ce pays montagneux.

Il y a là une analogie évidente avec la désastreuse campagne d'Espagne sous le premier Empire : moins de population, moins d'énergie certainement, mais le pays est dix fois plus grand.

Que de milliers d'hommes à transporter à deux mille lieues de la France, et que cle milliards à dépenser avant d'occuper solidement le Mexique !

Le gouvernement de l'Empereur est trop sage et trop habile pour se lancer dans de pareilles éventualités. L'Empereur l'a déclaré dans ses instructions au général Forey : II a voulu seulement renverser un gouvernement qui était F opprobre du pays et la terreur des étrangers. — H laissera les Mexicains libres de se choisir le gouvernement qui leur conviendra. — Enfin, il appartient à la France, la première des nations latines, de porter la civilisation et la paix chez les peuples latins du Nouveau-Monde, envahis et écrasés par la supériorité de la race anglo-saxonne.

Ces grandes et belles idées ont été accueillies avec acclamation par la France entière.

Cependant, il y a de notre temps une foule d'esprits exacts, peu disposés à l'enthousiasme des grandes choses, qui se sont demandé quel bien matériel il résulterait des millions qui seraient dépensés au Mexique.

Ces gens-là n'ont pas encore compris que les expéditions de Chine, de Cochinchine e du Mexique, les expéditions

lointaines, comme les appellent ces esprits chagrins, procureront dans l'avenir, et même dans le présent, de grands avantages à notre commerce en lui ouvrant des débouchés immenses, c'est-à-dire qu'en échange de nos marchandises les capitaux afflueront en France et viendront décupler la prospérité nationale.

Les Anglais, qui sont, on me permettra de le dire, de plus habiles négociants que nous, ne s'y sont pas trompés et ne marchandent jamais l'argent à leur Gouvernement, quand il s'agit de ces questions vitales pour leur industrie.

Au Mexique, où nous nous serons créé de solides alliés en appliquant les principes de l'Empereur, quelle ne sera pas, une fois la sécurité revenue, la consommation des objets de luxe de fabrique française qui y sont recherchés maintenant à tout prix et payés au poids de l'or, malgré les difficultés du transit.

Mais ces résultais magnifiques sont si évidents pour tout homme quia étudié la question qu'il est inutile que j'entreprenne de les indiquer plus longuement.

Ce que je veux prouver, c'est que l'expédition française au Mexique peut non-seulement être remboursée intégralement et rapidement de tous les frais qu'elle aura coûtés, mais encore que dans un temps rapproché elle peut fournir à la France assez de métaux précieux pour T aider à diminuer, sinon à payer sa dette nationale.

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