‹ Ce qui va arriver au MexiqueChapitre 2 sur 7 · TOPOGRAPHIE MÉTALLURGIQUE DU MEXIQUE · texte numérisé non relu

TOPOGRAPHIE MÉTALLURGIQUE DU MEXIQUE

Qu'on porte un instant les yeux sur la carte des États- Unis mexicains, et on verra que l'intérieur de ce vaste pays est entièrement occupé par la chaîne des Cordillères, une des plus hautes du globe, qui jette vers les deux Océans de nombreuses ramifications.

Ces montagnes et ces vallées sont le centre des plus riches gisements métallurgiques qui existent: l'or, l'argent, le platine, le cinabre ou minerai de mercure s'y rencontrent sous toutes les formes et sous toutes les combinaisons.

Pour parler de l'argent seulement, on en compte plus de six mille filons ou amas de minerai, donnant lieu au moins à quatre mille exploitations, qui s'étendent depuis Mexico jusqu'à San Bartomeo et Cohahuila.

Malgré la guerre civile permanente, malgré le manque de bras et l'absence de moyens mécaniques d'exploitation, le Mexique fournissait, dans ces dernières années, pour cent millions d'argent par an, sans compter les produits de l'or et des autres métaux.

Tout le monde sait cela; mais, ce qu'on ne sait pas assez en France, c'est que ces richesses métallurgiques ne sont

rien à côté de celles que contiennent les régions montagneuses des Cordillères, qui vont se relier par le nord du Mexique aux montagnes Rocheuses, ce centre de la production moderne de l'or en Californie et dans l'Orégon.

A partir de Zacatecas, où se trouvent les fameuses mines d'argent sulfuré, les Cordillères se bifurquent en deux branches, dont l'une se dirige à traders les États de Durango et de Chihuahua vers la Sonora, au nord de laquelle elle se relie à la Sierra Verde, l'autre traverse le Cohahuila, envoie un rameau vers le Texas, et, franchissant la frontière à Paso del No rte, va former la Sierra Obscura : entre ces deux hautes chaînes, la Sierra Verde et la Sierra Obscura, s'étend la vallée du Nouveau-Mexique, acquise par les États- Unis à la suite de la guerre de 1847.

Comme je le prouverai tout à l'heure, c'est dans cette partie septentrionale du Mexique que se trouvent enfouies les plus riches mines de l'univers.

Cette immense contrée est à peine connue; bien peu d'Européens y ont pénétré, et bien moins encore en sont revenus.

Outre les difficultés que peut présenter un pays complètement inculte, il y a un obstacle plus réel, et contre lequel sont venus se briser jusqu'ici les efforts des chercheurs d'or, excités par les rapports merveilleux qu'on faisait sur ce nouvel Eldorado.

Cet obstacle, ce sont les Apaches.

Les rives du Rio Gila à l'est, du Rio del Norte à l'ouest, les montagnes du centre même sont occupées par les nombreuses tribus de cette grande nation indienne.

On évalue à vingt ou trente mille le nombre des guerriers qu'ils peuvent armer, et quoique sur ces espaces immenses ils soient rarement réunis en troupes de plus de trois ou quatre cents, ils sont assez redoutables pour rendre impossible toute exploitation particulière des mines du pays.

Les Apaches ce sont les Bédouins de l'Amérique : armés de mauvais fusils à pierre et de la hache nationale, montés à poil et nus sur les petits chevaux sauvages du désert, ils parcourent des distances immenses avec un peu de viande séchée au soleil et quelques grains de maïs pour toute nourriture.

Toutes les expéditions parties de Sonora ou de Chihuahua à la recherche de l'or sont revenues diminuées de moitié par cette hostilité incessante des Indiens.

Beaucoup même n'en sont jamais revenues!

La terreur inspirée par les Apaches est telle dans le nord du Mexique, sans cesse ravagé par leurs rapides excursions, que toutes les villes, tous les villages, toutes les rancherias même y sont fortifiés.

Enfin les hardis aventuriers de la Californie n'ont pas encore osé s'établir dans le pays de ces terribles Indiens.

Aussi n'existe-t-il aucune exploitation des métaux précieux dans cette immense contrée.

Outre les rapports merveilleux des gambusinos, ou chercheurs d'or mexicains, il y a des données certaines sur les mines du territoire indien; ces données sont dans les cartons du ministère de la guerre à Washington.

J'ai recueilli aux États-Unis, en 1851, des renseignements positifs cle la part d'un des ingénieurs américains, envoyé dans le pays avec l'expédition chargée de la délimitation des frontières ; cet ingénieur, qui était en même temps un savant minéralogiste, avait recueilli des échantillons et fait des relèvements de filons, qu'il m'a communiqués à une époque où il songeait à aller en Europe pour y former une compagnie minière.

Voici un résumé des renseignements qu'il m'a donnés.

Page 1