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— Mon Dieu ! mon Dieu ! dit Cécile , paidonnez-moi.
Samuel crut avoir mal entendu et continua :
La faiblesse ne fit qu'augmenter, il eut encore deux ou trois accès que l'on eût cru que c'était la vie qui revenait, mais, au contraire c'était l'âme qui disait adieu au corps , et à trois heures moins cinq minutes , Mademoiselle, je le vois encore comme je vous vois, il se souleva, regarda autour de lui d'un œil fixe, prononça votre nom et retomba sur son oreiller. Il était mort.
— Après, après, Samuel?
— Dam ! après, vous savez Mademoiselle, abord la cérémonie n'est pas longue, surtout quand le défunt est mort d'une maladie contagieuse. Je passai un miroir devant la boiî-
elle du pauvre garçon ; tonsoir, il n'y avait plus d'haleine. Puis j'allai dire au capitaine? Capitaine, c'est fini, il est mort.
— Mon Dieu ! mon Dieu ! murmura une seconde fois Cécile, n'est-ce pas que vous me pardonnerez ?
— Eh bien ! me dit le capitaine , puisqu'il est morl, Samuel, mon ami , tu vas venir avec nous faire le procès-verbal, après quoi tu reprendras ton poste.
— Pardon, capitaine, répondis-je, mais je n'ai pas fini. Pauvre monsieur Henri ! Et qui donc le coudra dans son hamac ? parce que c'est un simple passager, il ne faut pas pour cela le jeter h la mer comme un chien ; ça ne serait pas juste.
— Tu as raison, dit le capitaine, mais fais vite.
Je répondis par un signe de tête et je me mis à la besogne, car tout le monde à bord était pressé de se débarrasser de ce pauvre cadavre. Aussi la cérémonie ne fut pas longue. Quand je vins dire au capitaine que M. Henri était enseveli, lui as-tu mis un boulet au pied ? demanda le capitaine.
— Deux, capitaine, deux , répondis-je , il ne faut pas lésiner avec ses amis.
— C'est bien dit le capitaine. Qu'on monte le corps sur le pont ?
Je le pris dans mes bras, je l'apportai , on le mit sur une plnncbe. Le capitaine, qui est Irlandais et par con><équent catholique , récita quelques prières; puis on leva la planche, le cadavre glissa , s'enfonça dans la mer et disparut. Tout était dit.
— Merci, mon bon Samuel , merci , dit
Cécile ; mais nous devons approcher de cet endroit où tu l'as jeté à la mer ?
— Ma foi, mademoiselle, nous y touchons ; dans cinq minutes, quand nous aurons vu ce grand palmier qu'on voit sur l'île la plus proche de nous en face de notre beaupré , ça sera là.
— Et d'où a-t-on jeté son corps, Samuel?
— De bâbord. Tenez , ajouta-t-il , de là vous ne pouvez pas voir l'endroit , la grande voile nous le cache, entre l'escalier et les haubans d'artimon.
— C'est bien, dit Cécile.
Et la jeune fille s'avança vers l'endroit indiqué et disparut derrière la grande voile.
— Pauvre mademoiselle Cécile , murmura Samuel.
-— Quand nous serons à Tendrait juste, Samuel , dit Cécile , tu me préviendras n'est-ce pas?
— Soyez, tranquille, mademoiselle.
Samuel se baissa de manière à regarder sous la voile. Il vit Cécile à genoux et priant.
Cinq minutes à peu près s'écoulèrent , pendant lesquelles le pilote tint les yeux fixés sur le palmier. Puis, comme le palmier se trouvait enfin juste par le travers du beaupré,
— C'est ici , dit-il.
— Me voilà , Henri , répondit une voix.
Puis le bruit d'un corps pesant tombant dans l'eau se fît entendre.
— Quelqu'un à la mer , cria d'une voix forte le second , qui faisait son quart.
Samuel ne fit qu'un bond du timon au bastingage. Il vit quelque chose de blanc qui tournoyait dans le sillage du navire; puis celte espèce de vapeur, flottant à la surface de l'eau, s'enfonça et disparut.
— Voilà donc pourquoi , reprit Samuel en reprenant la barre de son gouvernail , voilà donc pourquoi elle priait Dieu de lui pardonner.
VAnna-Bell continua sa route , et, après dix-huit autres jours de traversée, arriva heureusement à la Pointe-à-Pître.