SUITE DU JO0NAL D'UN FOU
Il semble que noire malheureux ami soit destine à traverser toutes les phases de la folie. Son dernier accès a été signalé par une bizarrerie qui m'afflige d^autant plus qu'elle est étrangère au délire d'amour qui a troublé sa rnison; cette fois le désordre était tout en-
lier dans sa tête : ce qu'il y a de vraiment extraordinaire, c^est que dans les pages suivantes, il fait preuve d'un genre dMrudition que je ne lui soupçonnais pas : serait-il vrai, comme je vous Tai souvent entendu dire, que cette même affection cére'brale qui nous fait perdre des connaissances acquises, peut quelquefois en de'velopper en nous de nouvelles ?
Quoi qu'il en soit , je connaissais à Anatole tous les dons naturels que le cœur d'un homme peut renfermer, et les plus brillantes facultés de Pesprit; mais j'ignorais complètement qu'il eût eu le temps ou la patience de converser avec les vieux livres , et qu'il fût érudit.
J'ai lieu de croire qu'un bouquin
poudreux , laissé par hasard sur la cheminée de sa chambre à coucher <f a fait naître chez lui la série dépensées tristement bouffonnes, dont vous trouverez Fempreinte dans les feuilles que je vous envoie. C'était un livre ascétique de sainte Thérèse , intitulé la Tour dwine. Anatole passa toute la journée d'hier à lire attentivement ce volume. Je ne jugeai point convenable de le troubler. Cette lecture me semblait plutôt une occupation machinale , qu'un travail de l'esprit, et je me félicitais devoir sa pensée, en se fixant sur un objet, reprendre un peu de calme.
A la fin de ce traité mystique, se trouve une liste fort longue des écrirains ecclésiastiques qui ont traité le
même sujet que sainte Thérèse : ce fut là, autant qu'il m''est permis de le présumer, ce qui attira spécialement les regards et causa la méditation de notre pauvre ami.
La voici telle qu'il Va écrite '.
• Cette partie de l'Histoire d'un Fou est littéralement historique.