‹ Cécile, ou, les passions (volume 4)Chapitre 5 sur 24 · ANATOLE A CECILE · texte numérisé non relu

ANATOLE A CECILE

Aux Biuvtrcs .... i'

De quelles inexprimables angoisseâ , de quel accès de desespoir, Charles ne m^a-t-il pas sauvé , en me faisant lire d'' abord la lettre de ma sœur, et les derniers mots de la tienne?... Tu vis....

nous vivons !

Ma Cécile, je puis arrêter un moment mes yeux et ma pensée sur ces lignes effacées par mes larmes ^Je meurs

tout entière,',., il est un terme à mes souffrances,,., il n'en est point a mon amour!... Dans ce moment même, où mon cœur est rassuré sur le sens épouvantable de ces mots, je ne puis les lire sans me sentir saisi du frisson de la mort.

Comment cet écrit dont je baise Tun après Fautre chacun des caractères , me fait-il passer en un moment de Pabime du désespoir au comble de la félicité ! Je ne veux point chercher à t''exprimer ce bouleversement de tout mon être. Il est des émotions qui doivent passer de mon cœur dans le tien , sans l'intermédiaire du langage ; disons seulement que la nature équitable envers nous a récompensé le plus grand des maux par le plus grand des plaisirs, et qu'un malheur tel que le nôlre man-

querait encore à la destine'e la plus heureuse.

Nathalie! adorable effusion de deux cœurs prédestines Fun à Tautre , que tu seras aimée ! Oui, je réprouve, Cécile ; cet amour si tendre, si puissant que tu mVvais inspiré, et que je croyais sans bornes , il pouvait donc s'augmenter encore; tu ne m^is jamais été si chère, et, le nouveau lien qui nous unit, en achevant de confondre nos âmes, me fait connaître une autre sorte d''amour que le tien m''a révélé.

Quel doux avenir s'ouvre devant nous ! C'est ici que fut ton berceau ; j'y vais préparer celui de ta fille; l'hymen nous y réunira dans quelques mois; Charles et Emilie viendront s'y fixer près de nous, et dan? cette douce retraite , loin du monde et du bruit , l'a-

moiir, la nature et rainilie ne nous iatsscront pas un souhait à former sur la terre.

Ne me dis pas , ma Cécile , que dans l'ivresse de la joie qui me transporte , je me crée un bonheur fantastique qu'un miracle seul pourrait re'aliser; s'il faut un miracle , ma bien-aimoe , qui nous empêche d'y croire après l'événement qui vient de m'arriver, et dont je te ferai le récit dans ma prochaine lettre. J'aurais trop de peine en ce moment à distraire mon cœur et mon esprit du sentiment qui les absorbe : adieu , ma tendre amie; adieu, l'autre bien-aimée de mon anîe; je vous couvre de mes baisers.

OO CliCII.E.

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