ANATOLE A CECILE
Je fai promis , Cécile , le récit d*'un miracle qui sVsl opéré sous mes yeux ^ et qui m''a réconcilié avec loules les histoires de fées et de revenans dont on berce trop souvent Tenfance.
Depuis que je suis aux Bruyères, le bonhomme Mouret , vieux concierge de soixante dix-sept ans, ne manquait pas, chaque matin, de venir me faire un nouveau conle sur les esprits , les
fées, les revenans qui hantaient, disait-il, une des ailes du château, bâtie sous la seconde race , et qu'on avait été forcé de laisser tomber en ruines, faute de trouver des ouvriers assez hardis pour y pénétrer. Je ine moquais du bonhomme, qui tremblait de tout son corps à la seule pensée que j'oserais un jour m'introduire dans ce manoir infernal. « Si Monsieur, me disait-il, avait seulement passé une fois, vers minuit , sous le chêne des darnes^ ou sans aller si loin , s'il se trouvait à la même heure dans la bruyère, au pied de la tour des archives ^ il verrait, ou du moins il (étendrait des choses qui lui ôteraient le courage de tenter une pareille entrej)rise. )» Je me promis bien de commencer par cette première épreuve, r.'idée mVn revint mardi dernier, en
jetant les yeux sur la tour enchautée où je croyais voir briller et disparaître une clarté rongeàtre à travers une des meurtrières de la tour.
Je descends , et je vais me tapir dans la bruyère qu'avait indiquée le concierge. J'y étais à peine que j'entendis les sons prolongés d'une espèce de cornemuse , au moyen de laquelle on cherchait à imiter un long gémissement ; presqu'en même temps, je vis voltiger sur la plate-forme quelques feux violets , qui tous me paraissaient sortir du même foyer où ils revenaient s'éteindre. Après avoir réfléchi quelques momens sur ce phénomène, que je m'expliquais de diverses manières, des éclats de rire, accompagnés du son lugubre de la cornemuse, fixèrent à peu près mes idées sur cette étrange aventure.
Le lendemain, Charles, qui s'était absente' depuis quelques jours, revint à Termitage; je lui fis part de mes observations de la nuit dernière, et nous convînmes de commencer, dès le soir même, la chasse aux esprits.
Le bonhomme Mouret, instruit de notre dessein, avait d'abord refusé, sous diftérens prétextes, de nous donner les clefs de ce pandeaionium j mais, quand il nous vit décidés à faire sauter les portes , il nous apporta , en tremblant, le petit coffret de fer où elles étaient renfermées , en nous prévenant qu'il allait quitter le château pour ne pas être témoin de sa destruction et de la nôtre. Nous faulorisinnes à aller passer la nuit en prières, chez le curé de Souing-, son arrière-neveu.
Nous n'attendons pas l'heure du sab-
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bat pour nous mettre en quête; armés jusqu'aux dents , et munis chacun diVuie lanterne sourde, nous voilà traversant avec précaution une vieille galerie dont le plancher, écroulé en plusieurs endroits, nous oblige à Hu're notre chemin de solive en solive jusqu\i la porte fatale qui donne entrée dans la tour. Nous rouvrons avec d'autant plus de facilité, que la serrure énorme qui la ferme sVst à peu près détachée du bois vermoulu oii elle était encastrée; mais, à notre grand désappointement, nous trouvons cette ouverture murée de l'autre côté de la porte.
Tandis que nous délibérons sur ce qui nous reste à faire, je m'aperçois que la dernière fenêtre de la galerie auprès de laquelle nous nous trouvons, communique à une embrasure de la
tour par un petit pont à bascule que l''on n'a pas eu soin de relever. Nous y passons, et nous voilà parvenus à Tun des repos de Tescalier étroit et circulaire qui conduit dans Tintërieur de la tour. Sans monter plus haut , nous passons sous une petite voûte en forme de corridor, qui paraissait se terminer par nne muraille rouge et transparente :
nous avançons et nous nous trouvons derrière une simple cloison de serge; nous faisons, aux deux extrémités, des de'coupures pour y appliquer nos yeux.
Dans une salle ronde , éclairée par une lampe de fer suspendue au plafond ,un vaste lit de camp, séparé en plusieurs parties, forme un demi-cercle précisément en face du lieu où nous sommes; au milieu de la salle, positivement au-dessous de la lampe, une table,
dressée et servie avec une sorle dV'légance sauvage , annonce que Ton attend cinq convives. Au-dessus de chaque lit, un feutre pointu ou un bonnet de plumes de coq indique le sexe de la personne qui Toccupe.
Pendant que nous nous communiquions nos observations à voix basse, les sons lugubres que j'avais entendus laveilleparviennentjusqu^\ nous, et sont interrompus quelques momens après piir les éclats de rire qui annonçaient probablement la lin de cette scène de fantasmagorie. Comme j'en faisais la remarque, un rideau semblable à celui derrière lequel nous étions placés , se lève, et nous voyons entrer à la file, un homme à longue barbe , le corps ceint d'un cordon; trois femmes : Tune àgèc d'environ cinquante ans ( l'ima-
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gination ne se représente pas la fatalité sous d'autres traits ) e'tait suivie de deux jeunes filles un peu trop légèrement vêtues, même pour la chaleur excessive qu'il faisait, et d'un petit garçon de quatorze ou quinze ans qui fermait la marche. Les cinq fantômes se mirent à table, et chacun raconta l'emploi de sa soirée.
Le chef de la troupe avait été désensorceler une femme du village de Contre, sur laquelle on avait jeté un sort; la vieille, avec ses deux filles, avait été danser autour du chêne des dames , dans les bois de Cheverny , et rapportait quelques offrandes en grains, en vin ou en monnaie, qu'elles avaient imposées à la frayeur des paysans. Le petit garçon était resté en sentinelle sur le haut de la tour, d'où il avait vu
le bonhomme Moiiret s'enfuir du château, vers six heures , en jetant des regards effrayes sur la tour.
Cette circonstance parut donner à penser au magicien en chef qui ordonna au petit garçon de monter sur la tour, et à ces dames d'aller lever le pont de la galerie, tandis qu'il irait la parcourir intérieurement. La troupe sortit par où elle était entrée, et l'homme à la grande barbe , après avoir allumé à la lampe un flocon d'étoupes imbibées d'esprit de vin , s'avance de notre côté, fait glisser sur une coulisse le panneau qui nous cachait à lui , et se trouve face à face de deux pistolets dont nous le menaçons à la fois.
Cet homme recule quelques pas en témoignant plus de surprise que de crainte , et nous demande ce que nous
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lui voulons. « Cest à nous à vous interroger , lui dit Charles tandis que je le tenais en joue : que faites-vous ici?
— Je suis chez moi, re'pondit-il , dans l'habitation que m''ont iëgue'e mes ancêtres, et que nous possédons de père en fils depuis près de trois siècles. — Vous savez cependant que cette tour est une dépendance du chàteaus des Bruyères, et que la crainte et la superstition vous en ont seules assure' la jouissance. — Nous possédons au même litre que la plupart des hommes, ajouta-t-il avec fierté', et dès-longtemps la prescription nous est acquise.
— Je ne vois en vous , lui dis-je , qu'un chef de bandits qui de'solez la contrée, et si vous ne me suivez à Tinslant, je vous brûle la cervelle. — Nous n\ivons jamais fait de mal à personne,
et si, pour assurer notre existence, nous avons mis un impôt sur la sottise et la crédulité des habitans de la Sologne, manquons-nous de nobles exemples pour justifier notre conduite? Vous pouvez me tuer, ajouta-t-il, en se retirant lentement à l'autre bout de la salle, mais je ne vous suivrai pas. — Nous tV forcerons bien , lui dis-je , en me précipitant sur ses pas. — N'allez pas plus loin, il y va de votre vie... » ajouta -t- il en disparaissant derrière Tautre draperie de la chambre.
Nous marchons sur ses traces, mais la crainte de tomber dans quelque piège ralentit notre course. Nous Tentendons, à quelque distance de nous, pousser un cri articulé, mais inintelligible , et nous arrivons assez tôt à Pescalier pour voir toute la famille des-
cendre, ou plulôt se precipilei', audessus de nos têtes , par le noyau du même escalier, au moyen d'une corde qui le traversait dans toute sa longueur. Arrivés au bas, c'est-à-dire à vingtcinq ou trente pieds au-dessous du sol, nous nous trouvons dans un vaste souterrain , au centre duquel vient aboutir, à cinq ou six pieds de terre, le noyau de IVscalier.
Ce cachot n'a pas d'autre issue que la porte étroite par laquelle nous venions d'entrer. Bien sûrs que les esprits très- matériels que nous poursuivons sont cachés dans ce souterrain , au milieu duquel pendait encore la corde qui les y avait conduits, nous en parcourions tous les coins, lorsque Charles, en approchant sa lanterne de la muraille, y lut ces mots : Gare aux oiihliet-
tes !... Gel avertissement nous remet en mémoire les vieilles traditions du château, et nous finissons par découvnr, au centre du cachot , la trape fatale qui s'ouvrait sous les pas des malheureux que la vengeance précipitait jadis dans ce lieu de destruction : il n^ avait pas moyen d''en douter ; c'était par-là que sVtaient échappés le gnome et sa famille. Nous n'étions pas tentés de les poursuivre dans cet ahîme, et nous nous contentâmes d'amonceler assez de pierres et de décombres sur l'ouTerture du gouffre pour nous assurer que les hôtes de la tour ne pourraient y rentrer, dti moins par ce passage.
Cette expédition faite, nous remontâmes dans la tour pour y visiter, plus en détail , des lieux où se perpétuait, depuis trois siècles, une famille iucon-
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nue à ses contemporains. Ce que nos recherches nous ont jusqu'ici procure de plus curieux , c'est un manuscrit qui me paraît renfermer This^oire de cette sinoulière colonie. En voici Pextrail :
PHILIPPE ET BERENGERE.
Vers la fin du règne de Pexecrabie Louis XI , ce tyran forouche , renferme dans le châleau du Plessis-les-Tours , voulant récompenser son compère Tristan de ses bons et loyaux services , lui iii don du domaine et du château des Bruyères. Cet exèculeur cmèrite des volontés du monstre couronne' avait amené avec lui, dans cette retraite, ou plutôt dans ce repaire , une petite fille de treize ans et un jeune homme
de dix-huit, que le roi avait confiés à sa garde depuis leur enfance el dont Tristan lui-même ionorait Toriiiiîie.
Philippe et Bérengère ( seuls noms sous lesquels ils aient été connus ) vivaient, depuis deux ans, enfermés dans la tour des Archives, d^où ils ne sortaient que pour être représentés à Louis XI, qui venait, à jour fixe, tous les trois mois, s''assurer de Tétat de ses jeunes prisonniers.
La dernière visite quMl leur fit le 20 mars 1482, fut beaucoup plus longue. Le roi les fit dîner avec lui , dans la chambre à coucher de son compère, s\issura de leurs progrès dans tous les genres , les combla de caresses qui furent assez'mal reçues par le jeune Philippe, et les quitta en disant à Tristan, après avoir baisé Timage de Noire-
Dame d'Embrun attachée à soi» bonnet : Demain /.... la poire est mure.
Leur arrêt était prononce'; rien n'en '[jouvait retarder Texëcution. Le lendemain, à !a pointe du jour, Tristan luimême fit descendre Philippe et Berengère , attaches Fun à Fautre par un bias , dans le cachot souterrain dont il ne referma la porte qu'après avoir entendu trébucher sous eux la trappe des oubliettes.
Far un miracle que Fauteur du manuscrit explique d'une manière naturelle, Finfernale machine qui devait mettre les jeunes infortunés en lambeaux, les descendit sains et saufs au fond de l'abîme. Philippe que son courage et sa présence d'esprit n'avaient pas abandonné dans ce terrible moment , s'occupa d'abord de détacher son lien ; un
hasard plus heureux peut-être que celui de sa chute , lui fit îrouver dans la poche de sa soubreveste un petit ustensile de ménage dont il s'e'tait servi phis d^ine fois pour raHnmer sa lampe pendant la nuit, dans la chambre de la tour. Il en Fit usage avec assez, de succès pour éclairer un moment le gouflfrc où il était plongé, et pour fixer rélincelle bienfaisante dans un petit foyer qu'il alluma au moyen de quelques morceaux de ses vètemens et des débris de végétaux dont ce cloaque ^tait tapissé.
Après avoir rappelé les sens de sa petite compagne, au moyen des gouttes d'eau que la terre laissait transsuder autour d'eux, Philippe et Bérengère en vinrent à regretter que le sort leur eût conservé quelques heures de vie . pour
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les laisser lentement périr dans les tourinens de la faim.
Us commençaien! à en sentir les angoisses, quand Philippe se levant avecfureur : Il II me reste assez de force, ditil, pour ne pas mourir sans vengeance; • et ce malheureux jeune homme essaie de remonter dans le cachot supe'rieur, à Taide de la machine homicide qui les a descendus dans les entrailles de la terre : il y parvient , mais la porte de fer du cachot est fermée ; n'aurait- 11 fait que changer de tombeau. En tâtonnant, sa main rencontre une grosse corde perpendiculaire dont le bout est Hxé à un anneau ; ils^ cramponne, la (le'tache, et dans le même moment il se sent enlever à une très-grande hauteur. A la clarté' de la lune, il a reconnu le palier où il se trouve; il con-
ilull il la salle d'armes qui précède ia chambre à coucher de Tristan. Philippe y entre, se saisit d'un poignard aKache à la muraille, pénètre sans obstacle par la porte secrète qu'il connaît , jusqu'au pied du lit du monstre qui dort ; il le re'veille par ces mois : La poire est mure., et le poignarde.
Le coup terrible qu'il a frappe' n'a pas interrompu le silence qui règne dans le château : l'inlrèpide jeune homme en connaît les détours, il va s'approvisionner à l'office des objets dont il a le plus pressant besoin, et court se replonger vivant, à travers les mêmes dangers , dans l'abîme où Bèrengère n'attendait plus que la mort.
Heureux d'avoir satisfait sa vengeance , Philippe ne songe plus qu'à sa jeune compagne : l'expérience qu'il
vient de faire avec tant de bonheur et qu'ils pourraient répéter ensemble , ne leur laisse cependant aucun espoir de salut; Tristan est mort , mais son odieux fils aussi cruel que son père , mais Louis XI vivent encore ; ils auraient bientôt ressaisi leurs victimes. Cet abîme a conserve leur vie, il en protégera le cours ; peut-être existe-t-il quelque issue : cVst à cette recherche qu''ils vont consacrer le temps dont ils n'auront plus que leurs besoins pourmesure.
Ils touchaient à la fin de leurs petites provisions, et Philippe hii-méme ne songeait pas sans effroi, à remonter dans la tour pour s'en procurer de nouvelles , lorsqu'en passant dans une espèce de galerie souterraine qu'ils avaient déjà déblayée dans un assez long espace , ils découvrirent un canal
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en maçonnerie, que Philippe reconnut pour un ancien aqueduc. « Courage, Bérengère, s'écria-t-il , nous sommes sauves. » Ils Tétaient en effet : après une heure de marche, sous une voûte dont vingt siècles n'avaient pu de'tacher une seule pierre, ils revirent la lumière au sommet d'une de ces collines dont le lac de Soing est environné.
Dès ce moment leur plan est fait ; le miracle, auquel ils doivent la vie, est pour eux-mêmes la preuve d'une mission divine; ils ne rentreront pas dans la société des hommes, et ne se feront eownaître à leurs semblables qu'entourés du prestige d'une existence surnaturelle. Plusieurs apparitions nocturnes aux bords du lac , au haut de la tour , les ont déjà signalés à la superstition publique. La mort de Tristan ^ celle de
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son fils qui ne lui survécut que de quelques mois , la maladie mortelle dont le tyran du Plessis-les-Tours est frappe', sont Touvrage de la fée Argine et de Penchanteur Abriel (c'est le nom que leur donnent les paysans de la Sologne, dont ils sont à la fois la terreur et Tamour ).
Etablis d*'abord dans la partie la plus exhaussée et la plus commode de Taqueduc, ils communiquent, à la fois, dans la campagne et dans la tour des Bruyères, et telle est Tépouvante qu'ils y répandent , que les habitans du château finissent par la leur abandonner tout entière.
Quelques années s'écoulent, pendant lesquelles il est permis de croire que Tamour vint embellir la solitude des deux jeunes magiciens; car, en pour-
suivant la lecture de ce manuscrit, on retrouve plusieurs fois Bérengère dansant avec ses deux filles autour du Chêne des Dames, à la lueur des feux follets qui voltigent de branche en branche,
La suite de ce grimoire de vingt e'crilures diffe'rentes, la plupart indéchiffrables, ne contient que des notes sans ordre et sans dates, entremêlées de recettes, de formules, de prédictions; mais cependant on peut encore y trouver la preuve que la famille souterraine , dont Philippe et Bérengère furent la souche, sVst perpétuée sans lacune et sans mésalliance depuis le milieu du quinzième siècle jusqu'à nos jours; que pendant ce laps de temps elle est rest<je en possession de la tour du château des Bruyères d'où je viens
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de la déloger impitoyablemeiit et sans exauiiner si ses droits de proprie'té»
mpiiis lëgitiiiies que les miens, ne sont pas plus sacres'. a -■-'''■' j' »
•tut \ t:\ yt..
' Cette anecdote, Tondée sur une vieille tradition du pays , se trouvait en effet consignée dans un manuscrit que je me souviens d'avoir vu dans la bibliothèque du château d'Herbeaux, oppurtenanl à la famille Maurepas. Mais j'ai depuis habité la Sologne, et j'ai pu m'assurer que le récit d'Anatole manque d'exactitude sur plusieurs points : on ne connaît pas de château qui s'appelle ou qui se soit appelé les Bruyères f aux environs du lac de Soing ; on y voit le tracé d'un camp romain , et des fouilles récemment commencées ont fait découvrir quelques antiquités ; mais je n'ai point entendu dire qu'on y ait encore trouvé aucun vestige d'aqueduc. Ces erreurs de localités paraissent avoir été commises dans l'intention de dépayser le lecteur.
( Note de l'Éditeur. )
Cécile , tu ne me reprocheras pas cette injustice quand tu sauras le projet que j'ai formé.... Nous avons aussi nos Tristan et nos Louis XL... et nous habiterons la tour des Archives !
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CHARLES D EPIVAL A MADAME D HOUDETOT , POCR REMETTRE A MADAME DE NEUVir.LE '.
Beauvoir, lo heures du matin, 1787.
Revenez, ma tendre amie, mais ne pressez pas votre retour. Hëlas ! il n'est plus temps.... madame de Clenord aura cesse' de vivre quand vous recevrez celte lettre.... Pauline, par qui je re-
' On reconnaît encore ici une lacune de plusieurs lettres.
çois celle afiPreuse nouvelle, ne l'a apprise elle-même que depuis quelques heures. J^ignore les raisons de M. de Clénord pour avoir caché à loul le monde rélatde'sespéré où se trouvait depuis huit jours sa malheureuse épouse, mais j''ai su de lui-même qu'il avait fait partir hier mademoiselle d^Obson ' pour Nice, avec Tordre de ramener sa fille.
On m'assure que des prêtres, du choix de M. de Clénord, se sont emparés des derniers momens de sa femme, et (j'ai plus de peine à le répéter qu'à le croire) qu'on a exigé d'elle , avant de recevoir les sacremens , qu'elle rétractât le consentement qu'elle avait donné par écrit au mariage de Cécile et d'Anatole.
Chaque ligne que je trace déchire
' La fcniine de cluimbre de Cécile.
voire cœur, je le sais; mais de quoi servirait-il de vous laisser ignorer quelques jours de plus un pareil malheur?
A huit heures du soir.
Elle n'est plus , je me hâte de retourner aux Bruyères, où j'ignore comment je m'y prendrai pour instruire Anatole de la perte qu'il vient de faire. Je suis encore forcé de vous faire partager les inquie'tudes qu'il me donne ; depuis quelque temps Texaltation de sa tête augmente, et le moindre e'branlement peut altérer sa raison. Hier,avant mon départ, il m'a entretenu sérieusement du projet de conduire Cécile, aussitôt son arrivée, dans la tour des Archives , et d'v mener avec elle la vie
de la famille de Bohe'miens que nous venons d'en chasser.
P. S. Ci-joint un billel ostensible que vous pourrez communiquer à Cécile.
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