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Au début, d'après la description de ces auteurs, l'atrophie optique du tabes serait marquée par la diminution de l'acuité visuelle, le rétrécissement du champ visuel avec ou sans scotomes et la dyschromatopsie.
La diminution progressive de l'acuilé vi le fait le plus frappant : le malade a la sensation d’un voile ou d’un brouillard qui s'étend petit à petit devantses yeux. Nous ne voyons nullement d'utilité à admettre, avec Samelsohn, que cette sensation de brouillard est due à une excitation du nerf optique; il nous semble tout naturel de comprendre qu'un malade dont l'acuité visuelle se trouve diminuée, non seulement pour la vision à distance, mais aussi pour la vision rapprochée, ait la sensation d’un nuage uniforme de plus en plus épais qui s'inter-
suelle est certainement
pose entre son œil et les objels.
C’est de ce brouillard progressivement épaissi que la grande majorité de nos malades se sont plaints au début. Le plus sou-
vent, c'est à l’occasion d’un exercice délicat de la vue que le
sujet se sent gêné; la lecture quotidienne d'un journal si profondément entrée dans les mœurs, est, à cel égard, des plus précieuses:; beaucoup de malades se sont tout d'abord aperçus qu'ils avaient de plus en plus de mal à lire leur journal (observations de Barr..., Bou, Cou, etc.). Si on mesure à ce moment leur acuité visuelle, avec l'échelle de Snellen, par exemple, on s'aperçoit qu'elle est déjà très réduite.
Certains se sont brusquement aperçus un jour qu'ils ne pouvaient plus lire leur journal, alors que, la. veille encore, ils l'avaient lu à peu près sans hésiter. D'autres, moins nombreux encore, se trouvent en pleine rue incapables de voir de l'un ou de l'autre œil ou parfois des deux à la fois. C'est ainsi que le malade Rain... descendait un jour du train, à la gare de Sceaux, quand, brusquement, il n’a plus vu clair; il a fallu qu'on le reconduisit chez lui. Le malade Beauv..., charretier, conduisait un jour Sa voiture rue de Rivoli; il accrocha une voiture sur sa gauche, il ferma instinctivement l'œil droit et fut tout étonné de
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ne plus rien voir du tout; il s’aperçut ainsi que la vision de l’œuù gauche était absolument perdue; l'œil droit voyait encore mais déjà assez mal. Le malade Bréav..…., après une nuit génitalement active, se reveilla un matin aveugle. Il faut dire, d’ailleurs, que la cécité brusque, comme la diplopie brusque, n’est jamais persistante et que la vue revient d'ordinaire dans les heures ou les jours qui suivent, mais notablement atténuée et pour disparaître ensuite progressivement.
Les deux symptômes que, en dehors de la diminution de l’'acuité visuelle, on considère comme annonçant l’amaurose tabétique, sont le rétrécissement du champ visuel et de la dys-
chromatopsie. Ces deux symptômes nous ont paru fort loin
d’être constants ou même communs; nous avons eu peu l'oc- -casion, nous l'avons dit, d'examiner des tabétiques aux premiers stades de leurs troubles visuels, mais nous avons interrogé soigneusement beaucoup de tabétiques aveugles sur le début de leurs troubles, et nous avons été frappés du petit nombre de ceux qui ont reconnu dans leurs antécédents les deux symptômes en question. Nous reconnaissons, cependant, qu'il peut être difficile à des sujets non prévenus, souvent peu attentifs ou peu intelligents, de faire la part de semblables modifications de leur vision tant qu’elles ne sont pas considérables : aussi nous ne prétendons attacher qu'une importance relative aux renseignements fournis par nos malades à ce sujet.
Les opinions les plus diverses ontétéémises sur les modifications du champ visuel des tabétiques; Lebert considère qu'il se limite concentriquement, Galézowski parle aussi d’un rétrécissement périphérique ; Charcot indique qu'ilestbien concentrique, mais inégalement, et insiste sur la différence qu'il présente avec le rétrécissement concentrique régulier de l’hystérie; Von Graefe, au contraire, admet le rétrécissement du côté nasal; et Schweigger, Fürster, le rétrécissement du côté temporal. La seule diversité de ces opinions doit faire penser qu'il n'existe pas, en réalité, de forme de rétrécissement caractéristique du tabes.
Les auteurs signalent aussi l'existence assez fréquente de scotomes qui, d'abord périphériques, formantencoches, gagneraientle centre, mais en n'occupant généralement qu'un ou plusieurs secteurs où quadrants. La continuité de deux de ces quadrants donnerait lieu parfois à un véritable rétrécissement à forme hémiopique qu'il y aurait lieu de distinguer de l'hémianopsie véritable : Bunge (1), Althaus, Berger, Panas (2) ont signalé des rétrécissements {abétiques à forme hémianopsique ; M. Jocqs (3) est revenu récemment sur ce sujet et en a rapporté trois exemples. Nous avons nous-même rencontré chez un tabélique très incoordonné avec troubles de la vision au début une hémianopsie « dans le sens vertical », si l'on peut s’exprimer ainsi, c'est-à-dire l'extinction de toute la moitié inférieure du champ visuel de l'œil droit : nous avons pu constater à l'ophthalmoscope que toute la moitié supérieure de la papille correspondante était beaucoup plus blanche que la moitié inférieure.
Un seul fait est bien admis par tous les auteurs, c'est qu'on ne constate, pour ainsi dire, jamais dans le tabes le scotome central, qui est la signature, dans bien des cas, des amblyopies toxiques; de Grosz (4) a encore récemmentinsisté sur ce sujet, et sur cent un cas de tabes il aurait constaté cent fois un rétrécissement du champ visuel périphérique et une seule fois un «cotome central : nous dirons plus loin quel intérêt prend, à notre sens, celte constatation clinique quand nous chercherons à apprécier le point de départ anatomique des lésions de l'amaurose tabélique.
Parmi nos labétiques aveugles, un petit nombre seulement ont
reconnu dans leurs antécédents les signes d'un rétrécissement
(1) Bunge, Ueber Gesichtsfeld und Faserverlauf Halle, 188%.
(2) Panas, Traité des maladies des yeuæ, 189%. Ù
(3) Jocqs, Du rétrécissement hémiopique du champ visuel chez les tabétiques, Clinique ophthalmologique, 10 mars 1902,
(4) De Grosz, Atrophie tabétique des nerfs optiques, Clinique ophthalmologique, 10 septembre 1899, Congrès d'Utrecht, 1899.