‹ Cécité et tabesChapitre 4 sur 67 · ÉTUDE CLINIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE CLINIQUE

FRÉQUENCE DE LA CÉCITÉ DANS LE TABES FRÉQUENCE DU TABES COMME CAUSE D'AMAUROSE

(Statistiques des auteurs et statistiques personnelles.)

La cécité a été considérée, depuis que l’on connaît le tabes, comme un des phénomènes les plus graves et les plus précoces de cette affection: jusqu'à ces derniers temps, elle en a été envisagée comme une terrible complication et beaucoup de médecins ont encore l'opinion qu'un tabétique est fort exposé à devenir aveugle.

Dans sa description initiale de la maladie, Duchenne (de Boulogne), en 1858, notait que, « chez la plupart des malades, la paralysie de la sixième paire ou de la troisième paire, ou l'affaiblissement et même la perte de la vue avec inégalité des pupilles, étaient des phénomènes ou de début ou précurseurs des troubles de la coordination des mouvements ». Dans les observations qu'il cite, on trouve, en effet, l'amblyopie et l’amaurose notées avec une grande fréquence, et les deux cas qu'il rapporte comme les plus remarquables par leur longue durée, concernent deux sujets chez lesquels la première période seule, constituée par les troubles oculaires et les douleurs, dura douze et vingt ans. — Mais l'anatomie pathologique de la maladie n'existait pas encore

etla maladie de Duchenne était « caractérisée par des troubles

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généraux de la coordination des mouvements »: aussi la cécité ne pouvait être considérée comme dépendant de « l'ataxie locomotrice » que du jour où les troubles ataxiques avaient paru.

La découverte du signe de Westphal et des nombreux grands et petits signes de la période préataxique du tabes, que l’on doit en toute première ligne au professeur Fournier, permit d’attribuer à cette maladie bien des cas de cécité dont jusqu alors on ignorait la nature.

D'autre part, l'examen du fond de l'œil à l’aide de l’'ophthalmoscope avait déjà montré à Duchenne « une décoloration à divers degrés en blanc de la papille du nerf optique et une atrophie des vaisseaux de la rétine en raison directe des degrés d’affaiblissement de la vue » : la justesse de cette observation fut affirmée parles nombreuses recherches ultérieures, et Galézowski et Charcot purentdécrirel’aspect spécial dela « papille tabétique ». Il serait exagéré cependant de prétendre qu’actuellement encore le seul examen à l'ophthalmoscope puisse permettre d'affirmer le tabes : nous aurons à revenir sur ce sujet.

Quoiqu'il en soit, le tabes débutant par la cécité était dès lors plus facile à dépister à la fois par la multiplication des signes révélateurs de l'affection spinale et par les caractères mêmes de l'affection oculaire.

On reconnul aussitôt l'extrème fréquence de l’amaurose dans le tabes, et l'on put affirmer que le tabes est de beaucoup l’affection du système nerveux qui s'accompagne le plus fréquemment de l’atrophie des nerfs optiques.

Les statistiques des différents auteurs sur ce sujet ne peuvent prendre une valeur qu’à partir du moment où l'on a bien connu les symptômes de la période préataxique du tabes: aussi les statistiques anciennes donnent-elles des chiffres extrêmement variables ; Düchenne (1) trouve dix-sept fois sur vingt des troubles

(1) Duchenne, Traité de l’électrisation localisée, 2e édit., 1861.

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