‹ Cécité et tabesChapitre 45 sur 67 · TROUBLES GÉNITAUX · texte numérisé non relu

TROUBLES GÉNITAUX

À propos des troubles génitaux, nous répéterons ce que nous avons dit pour les troubles sensitifs, moteurs el vésicaux : ces troubles existent chez beaucoup de tabétiques aveugles, qu'il s’agisse de tabétiques vrais ou de tabétisants; mais d'ordinaire on les rencontre chez ceux-ci à un degré minime: ceci est vrai pendant une assez longue période.

Heveroch (de Prague) (1) a recherché en 1902, dans le service de Bicêtre, les troubles génitaux chez 31 labétiques dont dix aveugles; mais il a étudié seulement la perte des érections ou l’anaphrodisie, et considéré en bloc tous les aveugles, quels que soient leurs troubles concomitants. Il a ainsi trouvé que les aveugles comptent pour 22 p. 100 seulement parmi les tabéliques à fonctions génitales diminuées ou abolies, et pour 66 p. 100 parmi les tabétiques dont la fonction génitale est conservée : il a conclu que chez les tabétiques à fonctions génitales diminuées on trouve moins souvent la cécité que chez les autres.

Nous ne sommes pas tout à fait d'accord avec Heveroch : nous croyons bien comme lui que les troubles génitaux graves, impuissance ou abolition des érections, sont moins fréquents chez les amaurotiques; mais nous pensons que des troubles plus minimes, légère diminution de la puissance virile, faiblesse, insuffisance et surtout rareté desérections, pollutions nocturnes sans éjaculations, sont presque aussi fréquents chez les tabétiques aveugles que chez les tabétiques vulgaires, et que, d'autre

(1) Heveroch, Soc. de neurol., avril 1902,

part, les tabétisants occupent, pour ce qui concerne ces troubles, presque autant de place que les tabétiques vrais ; mais ils sont, au moins pendant longtemps, plus légers: les troubles graves sont beaucoup plus fréquents et surtout plus précoces chez les tabétiques vrais, amaurotiques ou non.

Malheureusement sur ce point comme sur la plupartdes troubles viscéraux minimes, il faut s'en rapporter à l'appréciation du sujet : or, sur ce sujet en particulier, on peut penser à quelles erreurs peuvent mener les statistiques basées sur l'appréciation des malades eux-mêmes : non seulement ils ont à se rendre compte de leur élat antérieur, mais ils ont à tenir compte de leur âge dans une juste proportion qu'il est à peu près impossible de leur faire comprendre; à moins que les troubles ne soient absolus, on peut dire que presque toujours les renseignements sont sujets à caution. Aussi, nous n’attachons à notre statistique que la valeur d’un document d'attente, que de nouvelles recherches viendront utilement compléter.

Sur quinze malades encore vivants interrogés au point de vue des troubles génitaux, sept seulement n'ont reconnu jusqu'ici aucun trouble génital; cinq avaient des troubles plus ou moins sérieux, caractérisés quatre fois par une diminution notable des désirs vénériens, mais sans disparition complète des érections et sansimpuissance réelle, et une fois par des pollutions nocturnes, répétées, sans éjaculations; trois seulement auraient été complètement impuissants et n'auraient même plus eu aucune érection. Dans la première catégorie (absence complète des troubles) figurent quatre tabétisants (Beuch..., River..…., Ramel..…., Rain...) un tabétique vrai (Giraud...) et deux douteux dont l'un très incoordonné (Leeb..…., Bloch...) Dans la seconde catégorie (troubles légers) figurent quatre tabétisants (Beauv..., Fin, Cour..., Barr...) et un tabétisant devenu tabétique, mais qui avait déjà quelques troubles alors qu'il pouvait encore être considéré comme tabétisant (Chéz...); dans la troisième catégorie (troubles sérieux) figurent un tabétique vrai (Jouv...), un

labélisant en train de devenir tabétique, mais qui est impuissant depuis les premiers temps de son tabes (Dupl...), un tabétisant, enfin, dont toute puissance el même toute érection a disparu depuis bien peu de temps, car il déclare que sa femme a accouché récemment (Verb...).

Presque tous les tabétiques amauroliques, suivis Jusqu'à leurs dernières années, présentent des troubles génitaux sérieux : dans deux observations seulement sur quinze (observations Bout... et Despr...), nous ne trouvons noté aucun trouble génital; un aurait eu des pertes séminales fréquentes (Audib...), un autre une simple disparition des désirs sexuels depuis la mort déjà lointaine de sa femme (Ang...), dès le début de son labes : onze autres auraient eu, au moment où ils ont été examinés, généralement plusieurs années avant leur mort, une très grande diminution génitale où une incapacité complète, le plus souvent même avec abolition des érections. Or, parmi ces onze sujets, figuraient sept malades que, d'après les autres renseignements de l'observation, nous avons cru pouvoir nettement ranger parmi les tabélisants.

De ces chiffres, résulte pour nous la conviction que le tabétisant est à l'abri des troubles génitaux du tabes bien moins que des autres troubles viscéraux, mais que, cependant chez lui, pendant une bien plus longue période que chez les tabétiques vulgaires, ces troubles restent, en général, moins prononcés.

Il est superflu d'ajouter qu'il ÿ a lieu de tenir compte del’âge, mais que presque tous nos tabétisants étaient à une période où physiologiquement la fonction génitale doit être assurément notablement diminuée, mais non abolie : si nous prenons l'âge moyen auquel est survenue l'impuissance chez nos tabétiques, nous voyons que cet âge est plutôt au-dessous qu'au-dessus de cinquante ans. D'ailleurs, Heveroch a noté déja, d'après ses cas, que c'estsurtout chez les tabétiques jeunes que l'on constate

une diminution de la fonction génitale.

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