I. — MALADES ACTUELLEMENT VIVANTS
NPA BRIISAINTS;
OgsERvaTIONS I. — Barr... (Victor), sellier, entré à Bicêtre le 28 Mars 1902.
Antécédents héréditaires. — Son père à élé tué en 1870.
Sa mère est morte en 1870, probablement tuberculeuse. Il n'a eu qu’une sœur, qui est morte en couchesil ÿ a vingt ans.
Aucune maladie nerveuse dans sa famille.
Anlécédents personnels. — Il a eu sur le gland, à trente et un ans, en 1891, un chancre qui a duré trois mois ; il semble avoir eu, à la suite, un peu de roséole à la face et quelquefois des maux de gorge : mais jamais de plaques à l'anus ni à la verge. Très peu de temps après son chancre, il aurait eu à la jambe droite deux grosseurs qui ont suppuré pendant assez longtemps (gomme). Il a suivi un traitement très court et n'a pris qu'une seule boîte de pilules mercurielles; alors qu'il avait encore son chancre, il est allé consulter à l'hôpital du Midi, où on lui a fait mettre de la poudre de calomel sur l'ulcération et où on lui a donné des pilules mercurielles qu'il n'a pas prises.
A eu une première blennorragie à vingt ans, puis une nouvelle blennorragie et une orchile en même temps que son chancre.
Avant ce chancre il avait vécu avec une femme pendant cinq ans, de vingt-trois à vingt-huit ans, il en avait eu trois enfants dont le premier est mort à huit mois, le deuxième à deux ans et le troisième à trois semaines ; il n’a pas eu d'enfants depuis.
Histoire de la maladie. — Le premier symptôme semble avoir été,
en 1897, une douleur à l'épaule droite au niveau de la région sousépineuse; cette douleur assez vive s'accompagnait d'engourdissement et de douleurs dans le bras droit. Il se serait fait, à son dire, dans la région sous-épineuse une sorte de grosseur qui disparaissait, puis reparaissait par les temps humides (actuellement on ne constate rien à ce niveau et il n'y a aucune paralysie).
Ces phénomènes ont disparu en 1899 après un traitement ioduré.
ll prétend que depuis 1898 il avait des douleurs testiculaires vives, pendant quelque temps, chaque fois qu'il avait des rapports sexuels, parce que ses testicules remontaient vers l'anneau ; parfois cette ascension testiculaire douloureuse serait survenue spontanément, par exemple, au moment d'une émission de gaz par l'anus. En réalité, quand on examine le malade, on peut penser qu'il s’agit chez lui d’une simple anomalie, car il présente une hyperactivilé remarquable des crémasters, et, à chaque mouvement respiratoire, les testicules, surtout le gauche, remontent violemment vers l'anneau, rendant très difficile la recherche du réflexe crémastérien.
L'affaiblissement de la vision remonte à la fin de juillet 1899; il commence par un brouillard devant l'œil droit; le malade s'en apercoit en lisant le journal et en faisant des piqûres dans la sellerie. Ce brouillard s'épaissit progressivement. En août, il va consulter M. Galézowski, qui lui fait faire des frictions mercurielles. En septembre, il va consulter aux Quinze-Vingt, on diagnostique « atrophie optique !», on le met au traitement ioduré, et on lui fait trente-six piqûres de cyanure de mercure et quelques-unes d'huile grise; ce traitement dure jusqu’en novembre. Pendant ce temps, 1l n’a pas interrompu les frictions mercurielles. C'est vers la fin de ce traitement, en octobre ou novembre 1899, qu’on lui apprend aux Quinze-Vingt que l'œil gauche n’est pas indemne et qu'on le Tui fait remarquer. La vue à diminué petit à petit de l’un et de l’autre œil par épaississement progressif d'un brouillard étendu devant les yeux, il a vu pendant quelque temps Lous les objets blancs, parfois il a eu la sensation de fleurs, de bouquets de violettes devant ses yeux. Il n’a nullement vu son champ visuel se rétrécir progressivement; il n’a pas vu comme dans un entonnoir; cependant il aurait vu pendant quelque temps de l'un et de l’autre œil par le côté temporal ce qu’il ne voyait plus en face.
Il n’a jamais vu double.
En 1899, en même temps que sa vue baissait, ont commencé quelques troubles urinaires; 1l lui est arrivé de temps en temps de perdre
Let
ses urines soit dans son lit, soit dans son pantalon, il y avait non seulement incontinence de quelques gouttes, mais quelquefois d’une miction plus ou moins complète; d'ailleurs, depuis cette époque il ne se sent pas uriner. '
Depuis la même époque, il a parfois une abondante .sudation à l'occasion d'un effort quelconque, même en mangeant.
Depuis 1900, les désirs génésiques auraient un peu diminué. Le 27 septembre 1901, il est entré à Lariboisière dans le service de M. Delens, on lui a fait encore près de soixante-dix piqûres de cyanure de mercure (il en aurait reçu cent deux en tout); il est sorti de Lariboisière pour entrer à Bicètre le 28 mars 1902, pendant l'hiver 1901-1902, il a eu quelques vagues douleurs, quelques élancements passagers dansles jambes tous les deux ou trois jours; une seule fois, il a eu des douleurs dans les chevilles pendant toute une nuit. Vers le 5 ou 6 avril 1902, il a eu, pendant peu de jours, des douleurs lancinantes et lérébrantes, comme si on lui enfoncait un fer rouge dans la partie externe et postérieure de la cuisse droite seule, rien à gauche.
Examiné en 1902, on trouve une diminution considérable de l’acuité visuelle surtout à droite; l'œil droit voit passer la main à 50 centimètres, l'œil gauche voit encore et compte les doigts à 1 m. 50. Il voit encore suffisamment pour se conduire, sauf quand il y a des voitures. L'œil droit est un peu porté en dehors. Myosis bilatéral. Aucun réflexe pupillaire à la lumière.
11 marche très bien, mais dit cependant que la jambe droite a de la tendance à se porter un peu en dehors. I n'y a pas trace de Romberg, il se tient très bien debout les pieds rapprochés, sans oscillations notables, que les yeux soient ouverts on fermés ; il tourne facilement. Aucune incoordination des membres inférieurs ou supérieurs. Pas d'asynergie cérébelleuse. Pas d'hypotonie musculaire.
Les réflexes rotuliens et achilléens sont abolis. Le réflexe plantaire se fait en flexion.
11 ne ressent aucune douleur soit périphérique, soit viscérale; aucune crise gastrique, anale, mais il a toujours mal digéré.
I perd aussi quelquefois un peu d'urine dans son pantalon quand il fait un effort, mais il n'a pas d'envie pressante, à proprement parler.
Quoique les besoins génésiques aient diminué, il a encore des rapports sexuels très normaux, mais l'érection est peu intense, lente, et la jouissance diminuée. Il a quelques pollutions nocturnes Sans éjaculation à l'occasion de rêves érotiques.
La nutrition générale est excellente; il pèse 79 kilos.
Revu le 10 novembre 1903. — La cécité a fait de notables progrès, l'œil droit voit encore passer les objets, l'œil gauche n’en distingue plus que la couleur blanche ou noire, mais est incapable de les reconnaître ou de les compter. Les pupilles sont en myosis très accentué, presque punctiformes, égales et régulièrement circulaires.
Elles se dilatent très bien par l’atropine. Aucun réflexe lumineux, mais il subsiste un certain degré de rétrécissement et de dilatation à l'accommodalion, quand le malade suit sa main que l’onrapproche et que l’on écarte de ses yeux. Atrophie blanche des deux pupilles avec vaisseaux pelits; les artères surtout sont petites proportionnellement au volume des veines; les bords de la pupille sont très nets quand on l’examine à l’image renversée, mais l'examen à l’image droite montre sur les bords des effilochures et une série de petites taches brunâtres.
La mobilité des globes oculaires est normale.
I n’y atoujours que de très faibles troubles de motilité ; cependant, il est obligé d’écarter un peu les jambes pour marcheret aurait une certaie difficulté à marcher sans canne parce qu'ilne peut se tenir surun pied qu'il vacillerait au moment où un seul pied pose à terre. Il ne lance nuliement les jambes, ne talonne pas. Il descend très bien les escaliers. Pas trace de Romberg, il se lient très bien debout les yeux fermés et tourne très bien. Aucune ataxie des membres supérieurs ou inférieurs. Pas d'hypotonie.
Les réflexes rotuliens, achilléens et olécrâniens sont absents: le réflexe radial semble exister très faible à gauche seulement. Le réflexe crémaslérien existe à droite; il est très difficile à rechercher àgauche à cause du grand mouvement d'ascension du testicule àchaquerespiration Le réflexe abdominal existe des deux côtés. Le réflexe pharyngé existe, mais un peu faible. Le réflexe plantaire est en flexion.
Il n'a eu aucune douleur depuis avril 1902. Vagues sensations de üraillement dans les bourses quand il marche.
Les différentes sensibilités sont Lout à fait normales (contact, piqûre, chaud et froid); pas d'anesthés'e plantaire, péronière, cubitale, ni périorbitaire. Sensibilité des globes oculaires à la pression peut-être un peu diminuée. Sensibilité profonde au diapason notablement diminuée aux membres inférieurs (4 el demi aux deuxtibias), un peu au membre supérieur gauche (7 et demi à la main), pas au membre supérieur droit (8 et demi). Le sens musculaire est très bien conservé, ainsi que le sens stéréognostique.
La digestion est toujours pénible, mais il n'y a aucune crise d’esto-
mac, ni douleur vive. La langue est très belle, large et épaisse, sans aucun tremblement, ni atrophie.
Aucun trouble laryngé.
Cœur normal. Pouls petit.
Quelques gouttes d'urine involontaires dans les efforts, quelques gouttes terminales involontaires.Pas de besoins pressants ; il n’est pas obligé d'attendre et de pousser pour uriner.
Sens génital encore très bien conservé, car il y a trois semaines, il aurait encore pratiqué le coït quotidiennement pendant quinze jours. Erections fréquentes.
L'ouïe est très bonne, il entend la montre à 50 ou 60 centimètres à droite et à gauche. Rinne normal, Weber normal. Le goût et l'odorat sont bien conservés.
La nutrilion est excellente, le malade a un air gras et replet sans adiposité excessive. Son teint est rose, il paraît très jeune pour son âge. Il pèse 73 kilogrammes, il mesure 1 m. 69.
En résumé, sa vue diminue toujours, mais lentement; depuis le début de sa cécité, il a eu quelques douleurs passagères, jamais très fortes ni très fréquentes, aujourd'hui disparues; quelques troubles urinaires augmentent plutôt; aucun autre trouble viscéral; pas d’incoordination notable; nutrition excellente.
Onservarion II. — BEauv..., soixante ans, homme de peine.
-Antécédents personnels. — Nie absolument la syphilis.
.Aurait eu à dix-neuf ou, vingt ans, un érysipèle; « eczéma » à la suite aux mains, aux bras etaux jambes. Aurait eu un nouvel eczéma en 1886, traité à Saint-Louis parles arséniates et la belladone.
En 1882 ou 1883, auraiteu brusquement une hémorragie sur l'œil, un « coup de sang » ; aurait été soigné par des injections au bras et une pommade à l'oxyde rouge de mercure.
Histoire de la maladie. — En 1885 et 1886, pendant dix-huit mois, il a eu trois ou quatre fois des douleurs gastriques, des « coliques dans Je bas del'estomac », sans vomissements, pendant quelques heures : ces douleurs survenaient lentement, progressivement.
Depuis 1887 ou 1858, il s’est senti affaibli, mais à pu continuer à travailler. Depuis cette époque, il serait plusieurs fois tombé la Lête en avant et se serait relevé aussitôt : la nature de ces « vertiges » n'est pas nettement déterminée.
En janvier 1891, s’est aperçu brusquement en conduisant sa voiture, rue de Rivoli, que son œil gauche ne voyait plus, il avait accro-
ché une voiture surle côté gauche, il avait fermé l'œil droit et s'était aperçu que du côté gauche il ne voyait plus du tout; l'œil droit voyait encore, mais déjà assez mal.
Au début, il a vu les lumières multipliées, mais n'a jamais eu de diplopie vraie. Il est allé consulter M. Galézowski qui fitle diagnostic d'« atrophie double par ataxie ».
Il futsoigné ensuite aux Quinze-Vingt par M. Chevallereau; puis, en octobre 1891, M. de Wecker pratiqua l’élongation du nerf optique gauche et fit deux ou trois piqûres sur la conjonctive; le malade prétend qu'il voyait encore de l'œil droit avant l'opération, mais que quinze jours après, la cécité était complète.
TH n’a pas vu son champ visuel se rétrécir, il n'a pas vu comme dars un entonnoir. N'a jamais vu double, n’a jamais eu de chute de la paupière.
En janvier 1892, il aurait eu une « congestion avec commencement de paralysie de lalangue », pas de paralysie des membres, il est resté cinq ou six jours couché.
Ce n’est qu’à partir de 1892 que le malade a eu des douleurs fulgurantes dans les jambes, il est très affirmatif à ce sujet. Ces douleurs survenaient surtout aux changements de temps: elles siégeaient aussi bien dans les bras et dans la tête que dans les jambes, elles n'avaient ni localisation ni trajet fixe; elles duraient une demi-journée, parfois un ou plusieurs jours.
Secousses électriques quelquefois. Vers la même date, il a eu de violentes douleurs de tête, surtout quand on faisait du bruit autour de lui.
Est entré à Bicêtre en 1895.
Vers décembre 1895, il dit qu'ilauraitété malade pendant six semaines, il aurait déliré, divagué, et dans ses moments de lucidité il aurait eu conscience qu'il « allait perdre la tête »; il a continué à aller et venir.
Examen en 1900. — Il est complètement aveugle. La pupille droite est un peu plus petite que la gauche, il n'y a aucun réflexe à la lumière. Légères secousses nystagmiformes par moments. Pas de déviation des axes oculaires.
La marche est excellente, il peut se tenir sur un seul pied avec quelques oscillations,
Abolition des réflexes rotuliens.
Douleurs fulgurantes,.
Pas de troubles de la miction; il ne se mouille jamais; c’est à peine s’il est obligé de pousser un peu.
il a peu de désirs génésiques depuis qu'il est aveugle, mais il a encore
des érections et des pollutions nocturnes. Il n'entend la montre que presque au contact.
État de la nutrition superbe.
Examen en 1902. — La vue est abolie. Les pupilles sont inégales, celle de l'œil gauche, qui a été opéré en 1891, est la plus large.
La démarche est bonne, peut-être un très léger talonnement, mais, pas d'incoordination aux membres supérieurs. Pas d'hypotonie, pas d'asynergie. L'équilibre statique dans le décubitus est parfait. Les réflexes rotuliens paraissent exister très faibles. Les réflexes achilléens sont absents. Les réflexes crémastériens manquent; les abdominaux sont : le droit, faible ; le gauche, normal. Le réflexe anal est conservé. Les orteils fléchissent.
Pas de douleurs. Aucun trouble gastrique ni laryngé. Langue normale ni déviée, ni atrophiée.
Niincontinence, ni rétention d'urine; un peu de peine à uriner après les excès alcooliques.
Erections presque abolies.
Examen le 17 octobre 1903. — N'a aucune impression lumineuse, ne distingue pas le jour de la nuit, ne voit pas les becs de gaz. A eu récemment quelques hallucinations visuelles colorées, verdâtres surtout. Les deux papilles sont atrophiées, blanches, avec des vaisseaux entrecroisés peu volumineux, leur rebord n'est pas absolument net; elles ne sont pas typiquement en painà cacheter. Pas de dépôts pigmentaires au pourtour des papilles.
Les pupilles sont plutôt un peu larges. La pupille droite est irrégulière. La pupille gauche (côté opéré) est sensiblement plus large que la droite. Il n'ya aucun réflexe à la lumière ni à l’'accommodation. Secousses nystagmiformes transversales continuelles. La sensibilité des globes oculaires à la pression parail faible.
La mobilité est très bonne, la marche se fail très bien, sans talonnement sensible, le malade descend bien les escaliers. Pas de signe de Romberg, cependant il a un peu plus de difficulté à tourner quand les yeux sont fermés que quand ils sont ouverts, malgré son absolue cécité Il se tient mal sur une jambe.
Les réflexes rotuliens sont très faibles, mais existent des deux côtés; les réflexes achilléens sont abolis, les radiaux et les olécràniens sont plutôt un peu forts.
Les réflexes crémastériens paraissent manquer complètement, les abdominaux sont normaux. Flexion des orteils des deux côtés. Réflexe pharyngé normal.
Pas de douleur notable, aucune crise viscérale.
Aucun trouble de la sensibilité tactile douloureuse ou thermique. Pas d’anesthésie plantaire, ni cubitale. Sensibilité périoculaire diminuée, surtout à gauche.
La sensibilité au diapason est normale aux membres supérieurs (8 et demi à la main droite, 8 et demi à la main gauche), à peine diminuée aux membres inférieurs (6 au tibia gauche, 6 et demi au tibia droit).
Ouïe altérée : entend la montre à 1 centimètre à gauche, à 3 centimètres à droite. Rinne positif des deux côtés. Weber normal.
Nutrition générale exceilente, très bon embonpoint, très bon teint. Aucune paralysie ni atrophie. Pèse 67 kg. 200, mesure 1 m. 62.
L'examen du liquide céphalo-rachidien a montré une lymphocytose moyennement abondante.
En résumé, les douleurs ont apparu après la cécité, mais après une période d’acuité elles sont devenues moins fortes; de plus le malade accuse moins de tremblement, moins de faiblesses qu'autrefois; il n'y a aucune crise viscérale, pas d’incoordination sensible, aucun trouble de la sensibilité objective.
OBSERVATION IT. — Beucx... (Louis), charpentier, cinquante ans, entré à Bicêtrele 17 juin 1896.
Anlécédents hérédilaires. — Père et mère encore vivants (ont
quatre-vingts et soixante-quinze ans). Trois sœurs et un frère sont bien portants, il n'a perdu ni frère ni sœur.
Anlécédents personnels. — Nie absolument toute syphilis; en interrogeant avec soin, on ne retrouve aucun accident secondaire : ni roséole, ni éruption cutanée d'aucune sorte, ni plaques muqueuses, ni céphalées; n'a eu de maux de tête assez fréquents, Loutes les trois ou quatre semaines, que quand il a commencé à devenir aveugle.
N'a eu aucune maladie, mais des accidents divers : à douze ans (1865)1l s’est cassé la jambe droite: à vingt-sepl ans (1880), une voiture l'a renversé et lui a de nouveau brisé celle jambe, En septembre 1890, il est tombé et s’est fracturé l'arcade sourcilière droite sil s'est fait sur l'œil droit un épanchement sanguin qui l'a empêché de voir pendant près de trois mois, puis la vue est revenue. En avril 1893, il s'est fait une plaie à l'annulaire droit ; cette plaie s’est infectée, il s’est développé un phlegmon diffus de la main et du bras et on a dû lui amputer l'annulaire droit,
Il a vécu pendant onze ans avec une femme : cette femme n’a eu ni enfants, ni fausse couche.
Histoire de la maladie. — En juillet 1893, en se relevant après son phlegmon diffus, il a vu double tout d'un coup; les objets vus par l'œil droit se trouvaient“déviés à gauche. Puis la vue a progressivement baissé pour l'œil droit d’abord, et huit mois après pour l'œil gauche. L'œil droit ne voyait plus du tout au commencement de 1894, l'œil gauche a vu encore un peu pendant un an ; la cécité était complète au début de 1595.
Depuis juillet 1898 jusqu'à l'été de 1899, il a eu sept ou huit crises de douleurs légères dans les jambes, douleurs durant tout au plus vingt-quatre ou quarante-huit heures. Ces douleurs ont cessé au milieu de 1899 et ont repris plus vives vers 1901 ; elles surviennent très irrégulièrement avec des intervalles de deux ou trois semaines, parfois de plusieurs mois; elles durent toujours plusieurs jours, parfois huit ou dix jours; elles siègent alternativement dans un membre inférieur ou dans l’autre, mais pas simultanément dans les deux, aussi bien dans le milieu des segments que dans les articulations. Elles produisent l'effet de coups de couteau, mais sont limitées et ne parcourent pas les membres. Le malade n’a jamais eu de douleurs ailleurs que dans les membres inférieurs.
N'a jamais eu aucun trouble gastrique, urinaire ou génital.
Un examen superficiel a été fait en 1896 et en 1900.
En 1896, les réflexes rotuliens sont déjà absents, il n’y a aucune espèce de titubalion.
En juin 1900, on note l'abolition des réflexes rotuliens, la disparilion des réflexes pupillaires à la lumière, la mydriase de l'œil gauche, une légère divergence des axes oculaires; le malade marche sans aucune incoordination etpeut se tenir à cloche-pied. Il y a de l’'hypoalgésie en ceinture à la partie moyenne du thorax, de l'hypoalgésie de Ja face antérieure des cuisses, de l’analgésie de la partie interne des mollets. L’ouïe est très bonne, la nutrition est excellente, le facies n’est nullement tiré.
Examen en novembre 1903. — La cécité n’est pas absolue, en ce sens que le malade distingue encore le jour de la nuit et aperçoit les becs de gaz comme des lueurs.
A l’ophtalmoscope, on constate une atrophie papillaire grise bilatérale: les papilles, blanches au centre, sont grisâtres sur tout leur pourtour ; leurs limites ne sont pas très nettes, mais iln’ya pas d’épaississement et de bouleversement péripapillaire comme dansles névrites.