‹ Cécité et tabesChapitre 50 sur 67 · MAS · texte numérisé non relu

MAS

Les vaisseaux sont peu nombreux, les artères sont très petites relativement au volume des veines, elles ne font pas de coude en passant de la papille sur le reste du fond de l'œil comme cela s'observe quand la papille est œdématiée.

Les pupilles sont inégales, la gauche est un peu plus dilatée que la droite, elle est irrégulièrement ovalaire sans former de coude, sans être bridée. Il semble subsister un très faible réflexe à la lumière (?)

L'œil droit est légèrement dévié en dehors. Tous les mouvements se font très bien ; le malade marche sans aucune incoordination, sans lancer les jambes, sans talonner. Il n’y a pas trace de Romberg, il se tient même bien sur un seul pied. Aucune incoordination des membres supérieurs.

Les réflexes rotuliens et achilléens sont complètement abolis, les réflexes radiaux et olécrâniens sont, au contraire, assez forts. Le réflexe plantaire se fait en flexion à droite et en extension à gauche; ce signe permet de penser à l'atteinte simultanée du faisceau pyramidal. Les réflexes crémastériens sont forts, les abdominaux sont faibles, sans doute à cause de l’adiposité, Le réflexe pharyngé fait défaut ou est très faible.

Le malade ressent assez souvent des douleurs lancinantes ; celles-ci sont plus fortes et plus fréquentes qu'au début.

La sensibilité à la piqûre et au pincement est un peu diminuée, exactement au même endroit qu'en 1900, c'est-à-dire surtout sur la partie postéro-interne des jambes, moins sur la face antérieure des cuisses, moins encore sur une zone lransversale qui entoure le thorax depuis le niveau des aines jusqu'au niveau de l'appendice xyphoïde. Au niveau de ces zones d'hypoalgésie la piqûre n'est pas nettement distinguée du pincement. Le contactest bien senti partout. Pas d'anesthésie périorbilaire. Anesthésie des globes oculaires à la pression.

Diminution très légère de la sensibilité au diapason aux membres

inférieurs (6 aux libias).

[ n'y à el il n'y a jamais eu aucun trouble viscéral. Aucune douleur gastrique, digestion excellente, langue large, sans déviation, ni atrophie, ni tremblement. Pas de trouble laryngé. Aucun trouble urinaire : n'est nullement obligé d'attendre avant d'uriner, ne perd pas les dernières gouttes. Les érections sont assez fréquentes et le pouvoir génital n’est nullement diminué, si ce n’est légèrement en raison de son âge et de sa cécité. |

L'ouïe est assez bonne : il n'entend cependant la montre qu'à 15 centimètres à droile, à5 centimètres à gauche. Rinne normal, Weber localisé à gauche. Le goût et l'odorat sont bien conservés.

La nutrition générale est excellente : c'est un homme très fort et très gros, son facies est très bon ; il pèse 85 kilogrammes (il aurait pesé 110 kilogrammes) et mesure 1 m. 62. Sa force est assez grande, au dynamomètre il donne 36 à gauche, mais seulement 24 à droite, parce que l'annulaire est ampulé et que l'auriculaire et le médius sont parésiés depuis qu'il aeu un phlegmon de la main.

En résumé, la cécité n’a plus sensiblement augmenté depuis 1885, puisqu'il voit encore le jour et les lumières : la diminution de la vue avec diplopie a été le premier symptôme ; depuis lors, il n’y a eu que des douleurs d'abord peu vives en 1898 et 1899 el plus vives depuis 1901 : aucun trouble viscéral, aucune incoordination, aucune altération de la santé générale.

Osservarions IV.— Cour... (Georges), quarante-sept ans, émailleur.

Antécédents personnels. — À eu une blennorragie à seize ans, un chancre à vingt-deux ans; ce chancre ne fut suivi d'aucun accident, ni plaques muqueuses, ni violentes céphalées.

N'a jamais eu d'accidents saturnins.

N'est pas marié, n'a pas eu d'enfants.

Histoire de la maladie. — À eu, à trente-quatre ans, vers 1890, une atteinte brusque de diplopie ; ilélail dans la rue, il n’a pu finir une course; la diplopie a disparu au bout d'une heure ou deux; il n'a plus jamais vu double ensuite.

En 1892, il a eu des douleurs « névralgiques » très violentes dans la partie postérieure de la tête; elles étaient plus fortes la nuit, elles duraient quelques heures et se sont montrées pendant plusieurs mois.

La diminution de la vue a commencé quelques mois après le début de ses douleurs (1892) ; elle a été progressive; un brouillard s’est épaissi devant ses yeux; iln'a pas vu Son champ visuel se rétrécir petit à petit, il n'a pas vu comme dans un entonnoir ; aucun accident n’indique qu'il ait pu avoir eu de l'hémianopsie; la diminution de la vue a été simultanée pour toutes les couleurs; iln'y a pas eu de dischromatopsie.

En janvier 1894, il était complètement aveugle.

Depuis le moment où ses yeux $e sont pris, il a eu dans les jambes, de temps en temps, quelques « faiblesses » sans véritables douleurs ni fléchissement des jambes ; il a eu aussi de très légères douleurs dans le bras gauche, mais jamais aucune douleur vive, et, en particulier, aucune douleur fulgurante. |

Examen en 1960. — On note qu'il distingue bien le jour de la nuit. Léger myosis des deux yeux. Pas de réflexe pupillaire, Pas d'halluci-

nations visuelles. Légères divergences des axes oculaires. Marche très bien, sans incoordination. Ne peut se tenir sur une jambe que pendant quelques secondes. Pas d’incoordination des membres supérieurs.

Abolition des réflexes rotuliens.

Quelques vagues douleurs dans les membres inférieurs seulemenl.

La sensibilité tactile est normale; la sensibilité à la piqûre est conservée sur tout le corps, mais les piqûres intenses, quoique très bien ressenties, ne paraissent pas douloureuses ; le malade dit : « ça pique fort, mais ça ne fait pas mal ».

Aucun trouble gastro-intestinal, aucun trouble urinaire.

Diminution marquée de la puissance génitale sahs impuissance absolue.

Le deuxième bruit aortique est claquant, le premier un peu soufflant. Battements violents des carotides.

Il n'entend la montre que presque au contact. Le sens de l’orientalion est remarquable. Il va de Bicêtre à Ménilmontant ou à Belleville tout seul et se retrouve dans les rues. Si, cependant, on l'interpelle en route el qu'on lui fasse tourner la tête, il lui arrive de se tromper de direction. |

Le caractère est un peu bizarre.

L'état de la nutrition est tout à fait florissant. Il pèse 78 kilogrammes el mesure { m. 66.

Examen en janvier 1903. — Il marche très bien, n'a pas d’incoordination dans les membres supérieurs ou inférieurs. Pas de Romberg, pas d'asynergie. Équilibre statique dans le décubitus dorsal normal,

Abolilion des réflexes rotuliens. Flexion des orteils.

Pas de douleurs dans les jambes, n'a qu'une sensation de fraicheur dans la jambe gauche.

Pas de troubles gastro-intestinaux, ni laryngés.

’as d'inconlinence d'urine.

Ereclions rares.

Examen le 15 octobre 1903. — Il continue, depuis 1894, à distinguer le jour de Ja nuit, sa vue passant « gris clair au gris foncé »; il dislüingue la lueur d'un bec de gaz comme un disque uniformément clair, mais ne reconnail pas la flamme.

Les pupilles sont un peu petites, inégales et irrégulièrement ovalaires sans former de coudure; leur irrégularité s'accentue encore sous l'influence de l'atropine. Le réflexe à la lumière est nul à l'éclairage ou direct ou consensuel.

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Les deux pupilles sont blanches, les vaisseaux sont petits, il n'y a pas de halo gris au pourtour.

Il se tient très bien debout, les pieds rapprochés, et tourne très bien. Il lui est très difficile de se tenir quelques secondes sur un pied. Il marche très bien et très vite, sans talonner ni lancer les jambes; il a un sens d'orientation exceptionnel, il fait de très grandes promenades dans Paris sans sefaire traverser les chaussées; il suitle bord des trottoirs qu'il touche du bout de sa canne et se dirige où il veut en comptant le nombre des rues qu'il traverse.

Il a parfois quelques étourdissements ; quand il se sent en sûreté, pendant son tour favori autour de Bicêtre, il accélère le pas; sinon, au contraire, il s'arrête. Quelquefois, il a pendant cinq ou dix minutes l'impression « d'être dans le feu », il est alors obligé de s'arrêter.

Abolition des réflexes rotuliens et achilléens, pas de réflexes cutanés; réflexe pharyngé faible; réflexe plantaire en flexion.

Quelques rares « faiblesses » dans les jambes.

Sensibilité tactile et douloureuse à la piqûre et au pincement parfaite. Aucune anesthésie plantaire, cubitale, péronière ou péri-oculaire. Sensibilité des globes oculaires à la pression diminuée. Sens musculaire et stéréognostique très bien conservés. Sensibilité au diapason normale aux membres supérieurs (8 et demi à la main droite, huit à la gauche), modérément diminuée aux membres inférieurs (5 aux deux tibias).

Pas de trouble viscéral. Il urine fréquemment, mais sans retard, ni incontinence relative au commencement ou à la fin.

Erections conservées, puissance génitale peut-être amoindrie, mais encore très notable. ,

N'entend la montre qu'à 5 centimètres de chaque côté.

Rinne positif des deux côtés. N’entend ni d’un côté ni de l’autre les diapasons appliqués sur le vertex.

Caractère bouillant, excité, bizarre, très enjoué, peu patient, remarquable d’exubérance pour son âge (quarante-sept ans el demi).

Nutrition parfaite; homme très fort sans adipose excessive, joues pleines, teint coloré. Aucune tendance à l'amaigrissement.

En résumé, après comme avant sa cécilé, la symptomatologie est restée presque nulle : pas d’incoordination, douleurs presque nulles, pas de troubles viscéraux, pas de troubles sensitifs; les céphalées du début ont disparu; la diplopie momentanée ne s'est jamais reproduite ; les réflexes sont abolis et permettent seuls d'affirmer le

tabes.

\ ÈLE. se À el Es OgservarTion V.-— Fin... (Georges). Entré à Bicêtre en 1872. Anlécédents hérédilaires. — Plusieurs membres de sa famille avaient

des maladies nerveuses, mais il ne peut indiquer la nature de ces

maladies. Plusieurs membres de sa famille avaient aussi la vue très basse.

Anlécédents personnels. — Aläge de neuf ans, il se serait brusquement aperçu un jour à l’école, d’une diminution de l’acuité visuelle : dès ce moment, le trouble de la vueaugmenta progressivement; il n'a jamais pu lire que très difficilement. Il s'occupa dans son pays à de gros travaux. À l’âge de trente-trois ans ne pouvant plus travailler, il vint à Paris (1868).

En 1869 ou 1870, il eut un chancre surla verge qui futsuivide «crêtes de coq », mais sans plaques muqueuses de la bouche ni de l'anus, sans angine, sans maux de tête. Il fut successivement hospitalisé à l'Hôtel- Dieu, à Laennec, au Midi.

11 entra à Bicètre en 1872, voyant encore assez pour se conduire. Depuis son entrée, sa vue a baissé progressivement, et, depuis vingt ans environ, il n'a plus aucune sensation lumineuse.

Depuis 1893, il a des douleurs très vives, atroces, passant brusquement dans les jambes, à la plante des pieds, dans les côtés, dans la tête. Depuis quatre ou cinq ans déjà il avait des maux de tête très violents, généralisés, mais prédominant à la région temporale, loutes les trois semaines environ. Ces douleurs de tête ont diminué et presque disparu depuis qu'il a des douleurs dans les jambes.

En 1899, il a eu quelques troubles urinaires, de la rétention, d'abord, qui a nécessité un cathétérisme, puis de l'incontinence surtout

nocturne,

Il n'a jamais eu aucun trouble de la marche ni aucune crise viscérale,

Etat acluel (31 octobre 1903). — Le malade n’a aucune sensation

lumineuse, il ne sait pas où est la fenêtre; il se dirige très bien dans Bicètre et aux environs parce qu'il aurait la mémoire des lieux, mais il parait bien ne distinguer absolument ni le jour ni aucune lumière.

On ne peut examiner le fond de l'œil à cause d'une cataracte double : on voil très nettement, à gauche surtout, le point central d’une cataracte polaire antérieure, affection assurément congénitale. D'ailleurs, le malade explique très bien qu'au début il a vu un point noir, puis que ce point noir a augmenté, et, actuellement, il a la sensation de mouches el d'élincelles et celle d'un disque noir entouré d’un cercle clair.

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