D. —DOUTEUX
OBsERvATION XIV. — BLoc.…., cinquante-trois ans, serrurier. Antécédents héréditaires. — Père bien portant, à soixante-seize ans. Mère morte par accident (serait tombée d'une échelle).
N'a eu ni frère ni sœur.
Antécédents personnels. — N'’aurait jamais eu aucune maladie de l'enfance. Aurait eu un chancre à vingt-trois ans; il s'agissait d’une pelite ulcération, qu'il ne croit pas avoir été indurée, qui a détruit le frein du gland : elle n'aurait été suivie ni de roséole (?), ni de plaques
muqueuses, ni de céphalées.
11 s'est marié pour la première fois trois ans après : sa femme à eu six enfants qui sont tous morts en venant au monde ou en bas âge; la mère est morte en couches. D'un second mariage, ila eu quatre enfants dont deux, le premier et le quatrième, sont encore bien. portants el deux sont morts de «méningite » à deux ans et demi et à dix mois. Sa femme n'a pas fait de fausse couche.
Il a eu une blennorragie et une orchite.
[1 a eu le scorbut en faisant son service militaire au Sénégal et au Dahomey.
Histoire de la maladie. — Le début s’est fait à la fin 1898 ou au commencement de 1899 par des douleurs dans les membres intérieurs et par quelques vomissements ; ces douleurs siégeaient dans les talons et survenaient comme des « éclairs ». Puis il a eu des douleurs terribles dans le fondement, surtout la nuit, de véritables « crises rectales » et, un peu plus lard, des «crises gastriques » avec douleurs et
vomissements qui se sont répétés fréquemment tous les huit ou
dix jours.
En 1898 ou en 1899, il a, pendant un ou deux mois, laissé échapper
ses urines la nuit, deux ou trois fois par semaine : cet accident ne s'est jamais reproduit depuis. |
La vue a commencé à baisser d'abord pour l'œil gauche, puis pour l'œil droit environ six mois après, en juillet 1899. Il a dû cesser tout travail le 15 octobre de, la même année ; la vue a continué à diminuer progressivement el il est complètement aveugle depuis 1901.
Un brouillard s'est épaissi petit à petit devant ses yeux, mais son champ visuel ne s'est pas rétréci, il n'a pas vu comme dans un entonnoir. Cependant il a souvent été obligé de se pencher pour regarder obliquement ce qu'il voyait mal de face : il ne voyait pas des objets tombés à terre; il semble qu'il y ait eu des lacunes dans son champ visuel, des scotomes multiples.
Depuis le début de ses troubles visuels il lui est arrivé quelquefois de perdre tout d’un coup la vision pendant quelques instants, au plus d'une journée.
Examen en avril 1900.— La vue est très mauvaise, il a un brouillard devantles yeux; il distingue encore, cependant, les objets, mieux d'un peu loin que de près; à l'échelle de Wecker, à 5 mètres, l'œil droit voit un quart, l'œil gauche voit difficilement un sixième: les deux yeux réunis voient un tiers. Le malade voit encore assez pour se conduire. .
Les pupilles se contractent à l'accommodation, mais donnent à la lumière une réaction paradoxale, surtout à gauche. Aucune paralysie des muscles de l'œil. En marchant il ne talonne pas el ne lance pas les Jambes, mais festonne un peu. Il se tient bien debout, les pieds ra pprochés, que les yeux soient ouverls ou fermés, mais ne peut se tenir sur un pied.
Les réflexes rotuliens sont abolis, les crémastériens conservés, les plantaires en flexion.
Il y a quelques douleurs en ceinture et des douleurs lancinantes, lérébrantes dans les membres inférieurs : elles changent de place, mais n6 parcourent pas brusquement les membres.
I n’y a pas de lroubles de la sensibilité objective, il sent bien le sol sur lequel il marche (à un moment il croyait marcher sur des cailloux).
Les crises gastriques qui avaient cessé pendant quelque temps ont repris plus violentes avec vomissements abondants.
Quelquefois, bruit laryngé léger à l'aspiration, mais pas de crise laryngée vraie. |
Il urine parfois avec un peu de difficulté et perd assez souvent quelques gouttes d'urine.
Le malade a des érections et peut avoir des rapports sexuels, mais la puissance génitale est diminuée.
Aucun trouble trophique.
Examen en 1902. — Il voit encore les lumières et distingue le jour de la nuit. Ila parfois la sensation d'élancements dans les yeux ou se figure qu'on lui arrache les yeux. Les pupilles sont inégales et immobiles à la lumière. Il marche avec une canne et titube quand on la lui enlève ; il présente un léger degré d'incoordination, il monte bien les escaliers, se retourne sans hésiter. Il n'y a pas d’incoordination des membres supérieurs, ni hypotonie, ni asynergie.
Lesréflexesrotuliensetachilléens sont absents, le réflexe crémastérien existe à droite seulement. Lesréflexes plantairessontenflexiontrèsnette.
[n'y a plus de douleurs qu'au niveau des membres inférieurs, de temps en temps une douleur dans les bras ou dans le fondement.
Aucun trouble de la sensibilité objective.
Il a encore quelques crises gastriques avec douleurs et vomissements pendant plusieurs jours. Rarement quelques douleurs lancinantes précordiales légères sans irradiations brachiales; le cœur ne présente aucune lésion, le pouls est à 92° régulier.
La nulrition est moyennement conservée.
Examen le 17 octobre 1903. — Le malade distingue encore avec l'œil droit l'endroit où se trouve un bec de gaz dans une chambre sombre, mais serait incapable de distinguer le jour de la nuit. Les pupilles sont assez régulières et moyennement dilatées; la droite un peu plus large que la gauche. Aucun réflexe lumineux, aucun réflexe à l'accommodation imaginative. A l'ophtalmoscope, les papilles présentent l'aspect de l'atrophie blanche: elles sont très blanches, leurs bords n’ont pas la nétteté des papilles en « pain à cacheter », les vaisseaux sont petits. Léger ptosis à gauche.
Les mouvements se font comme l’année précédente avec une faible incoordination des membres inférieurs ; légère titubation quand il marche sans canne, mais pas trace de Romberg; il tourne bien les yeux ouverts ou fermés. 11 monte bien les escaliers, mais ne peut se tenir que très difficilement sur la jambe gauche seule; au contraire, il se tient à peu près bien sur la jambe droite.
Les réflexes rotuliens, achilléens, radiaux, sont absolument abolis. La percussion même légère du tendon du triceps brachial droit provoquer une contraction paradoxale nette du biceps; à gauche, le réflexe olécrânien existe quoique faible; les réflexes plantaires sont en flexion, le réflexe pharyngien est complètement aboli.
Il y a encore quelques douleurs dans le fondement, mais MOINS violentes qu'autrefois.
Il n'y a aucun trouble de la sensibilité au contact, à la piqûre ou au pincement. Sensibilité périorbilaire normale, sensibilité des globes oculaires à la pression conservée.
Sensibilité au diapason modérément diminuée aux membres supérieurs {7 et demi) et inférieurs (5 à gauche, 5 et demi à droite).
N'a plus que de rares douleurs lancinantes.
Aencore environ tous les six mois des crises gastriques avec douleurs et vomissements qui durent depuis huit jours environ.
Depuis un mois il est obligé de «s’y reprendre à plusieurs fois pour uriner » ; il doit aussi attendre el urine souvent les dernières gouttes dans son pantalon, mais jamais un jet entier. Les désirs génésiques sont conservés, la puissance génitale existe encore; il a eu des rapports sexuels en juillet dernier, il a des pollutions nocturnes toutes les semaines.
L'ouïe est assez bonne ; il entend la montre à 20 centimètres à droite et à gauche. Rinne et Weber normaux. Il n'y a pas de troubles du goût et de l’odorat. Aucun trouble intellectuel.
La nutrilion générale est assez bonne quoiqu'il soit un peu maigre; il pèse 55 kg. 500, il mesure 1 m. 64. La force musculaire est assez notable ; au dynamomètre il serre 34 à droite, 28 à gauche.
En résumé, les douleurs sont devenues moins fortes, moins fréquentes et moins étendues, les crises gastriques sont plus rares, l'incontinence n'est maintenant que très relative (dernières gouttes) l'incoordination est faible, mais aucun des symptômes, sensitifs, moteurs, gastriques, ou urinaires, n'a complètement disparu depuis la cécité.
O8BsEervaTION XV. — Dig... Victor, soixante et un ans, machiniste théâtral. Entré à Bicètre le 19 novembre 1900. Antécédents hérédilaires. — Père mort à soixante-quinze ans.
Mère morte « asthmalique » à soixante-quatorze ans. I à un frère bien portant,
Il a perdu deux frères et une sœur : l’un des frères est mort à soixante-six ans de hernie étranglée, l'autre à cinquante-quatre ans de tuberculose (?) avec lésion cérébrale (?) (céphalées, troubles oculomoteurs et visuels); la sœur avait été perdue de vue depuis vingt ans.
Antécédents personnels. — Il a eu a dix-neuf ans ce qu'il appelle un « chancre volant »; ce chancre ne lui a pas paru dur, mais il est resté unique; il n'a été suivi d'aucun accident, ni roséole, ni plaques
muqueuses, n1 céphalées violentes, ni alopécie.
À vingt-six ans, il aurait eu dans les genoux seulement une attaque de rhumatismes qui l’a retenu trois semaines au lit; cette attaque s’est renouvelée l’année suivante.
Il s'est marié à quarante-six ans, il n’a pas eu d'enfants, sa femme n’a pas fait de fausse couche.
En avril 1898, étant sur la scène, il est tombé sur un escalier de terre, la tête a porté en arrière, il a perdu connaissance, on l'a ramené chez lui, il est resté quatre jours sans boire ni manger, dans un état subcomateux, « il ne faisait que dormir ». On l'a porté ensuite à Saint- Louis, où il est resté six semaines. Il recommença alors à travailler. Depuis cette époque, il a eu des étourdissements qui ont persisté jusqu’à maintenant, il n’avait aucune paralysie des membres; il s'était seulement senti les doigts de la main droite un peu faibles pendant quelques jours ; il voyait clair, mais quand il se baissait pour ramasser quelque chose, il avait tendance à tomber en avant.
Histoire de La maladie. — Depuis 1898 également, il souffre de douleurs d'estomac continuelles; cet « embarras gastrique » l’a d’abord tenu deux mois ‘au lit. En 1899, il est allé consulter le médecin du théâtre qui a certifié un « embarras des voies digestives avec débilité générale ». En 1899, il eut une sensation de constriction en ceinture à la partie inférieure du thorax ; cette sensation a persisté ensuite.
L'affaiblissement de la vue date de 1900; elle a débuté par l'œil gauche, un brouillard s’est épaissi devant cet œil et dans l’espace de quatre mois cet œil était complètement perdu; c’est alors seulement qu'il aurait constaté une diminution progressive aussi dans la vision de l'œil droit, et au bout de quatre nouveaux mois la cécité étail complète. En 1901, M. de Wecker lui fit dix injections et certifia une « atrophie complète des nerfs optiques ». Il n’a jamais vu double.
Examen en 1902. — On constate du myosis bilatéral, lasymétrie des axes oculaires, l'absence d'incoordination, d'hypotonie et d'asynergie ; l'équilibre statique est parfait; la force musculaire est intacte, les réflexes rotuliens sont abolis, mais les achilléens persistent, les orteils fléchissent. Il a encore la sensation d’une « ceinture de plomb », il ne parait pas avoir eu de crises gastriques, il a eu quelques troubles vésiCaux.
Examen du 21 octobre 1903. — Le malade distingue le jour de la nuit, il reconnaît même les beaux temps et les temps sombres, la lumière d’une lampe ne produit qu’une vague lueur.
L'examen ophthalmoscopique montre deux papilles grises et des artères petites, relativement au volume des veines.
La papille gauche est plus grise que la droite avec très peu de vaisseaux. Les milieux sont transparents, la chambre antérieure paraît très peu profonde.
Les pupilles sont très petites, sensiblement égales, la gauche cependant un peu plus large que la droile, ovalaire sans coupure; la droite est surtout un peu aplatie de haut en bas; leur irrégularité s'accentue par l'atropinisalion et elles restent moyennement dilatées. Les deux pupilles sont absolument immobiles à la lumière.
Les globes oculaires paraissent un peu saillants; la mobilité des yeux n’est qu'assez bonne dans les différentes directions; il y a quelques secousses dans les positions transversales. Les sacs lacrymaux forment sous la peau une saillie notable quoiqu'ils ne soient nullement durs. La sensibilité oculaire à la pression est diminuée.
Il se tient bien les pieds réunis; que les yeux soient ouverts ou fermés ; il tourne assez facilement. Il marche bien sans talonner, à petits pas. Aucune incoordination des membres supérieurs n1 inférieurs. La motilité de tous les segments est bonne, mais il n’est pas très fort. :
Les réflexes rotuliens et achilléens sont nuls, les radiaux existent, les olécräniens semblent paradoxaux, surtout à droite. Le réflexe crémastérien est net à droite, très faible ou nul à gauche: les réflexes abdominaux sont très faibles. Le réflexe plantaire se fait en flexion à droite, il est difficile à trouver à gauche, mais il semble être aussi en flexion.
Le réflexe pharyngien est aboli.
Le malade n'a pas et n’a jamais eu de douleurs fulgurantes ; il a eu seulement, il y a deux semaines, pendant quelques jours une douleur dans la fesse droite avec irradiations dans les bourses.
La sensibilité est normale partout au contact, à la piqûre et au pincement. La sensibilité périorbitaire est normale. La sensibilité du diapason est normale, aux membres supérieurs (8 et demi à la main), moyennement diminuée aux membres inférieurs (5 à gauche, 6 à droite).
Le malade a des douleurs d'estomac qui sont nettement en relation avec les repas; elles surviennent toujours une ou deux heures après le repas, elles durent une heure ou deux, et sont plus fortes quand le repas a éLé un peu copieux ; aussi cherche-t-il à les éviter en mangeant peu. Après s'être produites pendant une huitaine de jours à la suite de chaque repas, elles s'interrompent pendant une quinzaine. Elles siègent plutôt dans l'hypochondre gauche qu'à l’épigastre; elles pro-
Van
duisent l'effet d'un point de côté, d’une torsion où d’un déchirement de l'estomac, mais nullement la brusquerie de douleurs lancinantes. Elles ne sont jamais accompagnées de vomissements.
Il n'y a aucun trouble urinaire, si ce n’est que la miction est très lente, mais non retardée, de malade n’est pas obligé d'attendre; il n'y a pas d’incontinence des dernières gouttes ; il n'urine qu’une fois la nuit.
Pas de désirs sexuels, pas d'érections ; cependant il ne paraît pas être impuissant.
La montre n’est entendue qu’à 5 centimètres à droite et à gauche, Rinne positif ; il n'entend pas le diapason sur le vertex. Le goût et l'odorat sont très bons.
La nutrition générale est assez mauvaise, il a un faciès quelque peu cachectique, il est amaigri, mais il a toujours été maigre ; la peau est flasque, on voit qu'il a beaucoup maigri. Son ventre est pendant, en besace à triple saillie.
Il existe une hernie gauche moyennement volumineuse.
Quoiqu'il affirme n'avoir jamais eu de paralysie si ce n’est un peu de faiblesse des doigts dans la main droite après son accident en 1898, le menton est un peu dévié à gauche, et la langue est très nettement déviée du même côté.
En résumé, le malade n’a jamais eu d'autre symptôme de tabes que la cécité et l'abolition des réflexes avec quelques douleurs vagues, si l'on élimine des douleurs gastriques dont la relation avec le tabes n'est nullement certaine. La nutrition générale est cependant actuellement très atteinte, mais le malade à soixante et un ans.
Ogservarion XVI. — LEeB.…, quarante-deux ans, ciseleur, entré à Bicêtre le 17 avril 1903.
Antécédents héréditaires. — Son père s’est suicidé à la suite de
mauvaises affaires. Il était bien portant.
Sa mère est morte « asthmatique » à cinquante-cinq ans.
Un frère est bien portant, il a quarante-quatre ans.
N'a perdu ni frère ni sœur.
Anlécédents personnels. — A eu la syphilis à dix-huit ans en TSH chancre à la verge, à la suite plaques muqueuses buccales, peut-être roséole (?) Pas de céphalées. IL s’est mal soigné; pendant deux mois et demi seulement il a suivi un traitement à l'iodure de potassium et au protoiodure de mereure.
Il s'est marié à vingt-huit ans ; sa femme a fait quelques mois après,
une fausse couche; l'année suivante elle a eu un enfant qui a maintenant douze ans et est bien portant ; elle-même est bien por-
tante.
Il a eu des bronchites répétées.
Histoire de la maladie. — En 1891, à trente ans, il commence à
ressentir quelques douleurs surtout dans les bras et les mains, douleurs vives, apparaissant brusquement et disparaissant de même, comme des coups de couteau, durant quelquefois pendant une journée ou deux et séparées par de longs intervalles de repos.
Vers trente-deux ou trente-trois ans, il a eu des douleurs persistantes, fixes et sourdes en différents points du corps et des membres; surtout quand il était couché sur le dos; elles duraient huit jours, disparaissaient, puis revenaient au bout d’un mois; 1l les atténuait par la pression. Les douleurs lancinantes dans les jambes apparaissaient alors de temps à autre, mais elles ne sont devenues vraiment fortes et longues que vers trente-six ans (1897).
Vers trente-six ans également, il a eu des crises de diarrhée abondante sans douleurs, durant quatre ou cinq jours et résistant à tout médicament et à tout régime.
Vers l’âge de trente-sept ans, un matin, après avoir eu des douleurs violentes dans le bras gauche, il sentit sa main gauche engourdie et insensible ; il ne put plus se servir de ses outils de ciseleur et depuis il n’a plus pu travailler. Il n'a pas eu de paralysie véritable, mais le métier de ciseleur exige une trop grande délicatesse de main pour qu'il ait pu le continuer.
Six mois après, même sensation subjective d'engourdissement aux orteils gauches, puis un mois plus tard aux orteils droits. En même temps, la marche devenait vacillante, il titubait légèrement; par moments ses Jambes fléchissaient sous lui, mais sans le faire tomber. La marche s’est beaucoup troublée dans le courant des six mois suivants. Il remarqua, en oulre, que certains terriloires de ses membres inférieurs restaient insensibles au contact alors qu'ils restaient sensibles à la piqûre.
Il est alors allé consulter M. Babinski qui lui fit faire quatorze piqûres de calomel (1898). Pendant ce traitement, sa main droite a présenté les mêmes troubles que les autres extrémités.
Trois mois après la cessation du traitement il ne pouvait plus marcher qu'accompagné.
Depuis 1898 et 1899, il présente de la dermographie ; la pression provoque une lache rouge avec centre blanc surélevé.
Depuis 1900, il ne sent plus le passage de l'urine pendant la miction, ni des matières pendant la défécation.
Depuis 1902, il éprouve des douleurs intestinales analogues à ses douleurs de jambes et non accompagnées de diarrhée.
La diminution de la vue ne s'est fait sentir qu'en janvier 1903 : il est allé de nouveau consulter M. Babinski qui lui a fait une nouvelle série de dix-sept piqûres de calomel; malgré ces piqûres la vue a baissé très notablement et à son entrée à Bicêtre en avril 1903, il distingue seulement la silhouette des personnes. Il n’a jamais vu double.
Examen en avril 1903. — Il distingue juste le contour de la figure des personnes qui sont devant lui; quand elles sont en pleine lumière, il voit si elles sont brunes ou blondes, mais n’en distingue pas les traits. Il voit sa main, mais ne distingue ses doigts entre eux que quand ils sont écartés. L'œil droit voit seulement dans quelle direction est un bec de gaz placé à 50 centimètres, l'œil gauche compte difficilement les doigts à 2 mètres. A l'ophthalmoscope, atrophie papillaire simple, sans œdème péripapillaire.
Les pupilles sont petites, mais non punctiformes. Elles ne réagissent pas du tout à la lumière, mais réagissent bien à l'accommodation. La motilité des globes oculaires est normale, les réflexes palpébraux sont exagérés : la chaleur de la lampe, le contact, etc., provoquent une violente réaction.
La démarche avec l’aide d'une canne est nettement incoordonnée, quoiqu'il faille faire la part de la cécité récente dans les troubles de la locomotion. Le malade ne peut se tenir debout, les jambes réunies ou même légèrement écartées. On constate une incoordination nette quand, le malade étant couché, on lui fait toucher la main avec la pointe du pied ; il lui est difficile de limiter le mouvement. Il existe du ballottement des deux pieds, mais pas d'hypotonie. Il n'existe pas d'incoordination des membres supérieurs.
Péflexes rotuliens et achilléens complètement abolis. Réflexes crémastériens et abdominaux abolis. La recherche du réflexe plantaire montre à un premier examen de l'immobilité des orteils avec un retrait du pied, à un deuxième examen un chatouillement très léger provoque de la flexion à droite, de l'extension à gauche. À gauche aussi, existe le phénomène de Strümpell, c’est-à-dire l’adduction avec rotalion interne du pied quand le malade s'oppose aux tentatives de flexion de sa jambe; à ce phénomène, Strümpell a attribué la même valeur qu'au signe de Babinski.
La concomitance de ces deux signes est peut-être à rappr cher de
l'engourdissement qui a débuté et qui est toujours plus prononcé sur les membres supérieur et inférieur gauches.
Crises douloureuses dans les bras ou les jambes tous les huit ou dix jours. En dehors de ces crises, douleurs continues avec exacerbation toutes les deux ou trois minules en six endroits symétriques, au dire du malade : les deux aines, les deux hanches, le haut des deux fesses.
La sensibilité au contact est abolie sur les membres inférieurs jusqu'à la racine des cuisses; la sensibilité à la piqûre est conservée, mais elle est très diminuée sur le côté externe de la cuisse gauche et sur les côtés externe et interne de la cuisse droite; les jambes sont un peu plus sensibles à la piqûre, surtout la jambe droite.
La sensibililé tactile, mesurée par M. Rousseau avec une aiguille du poids de 40 centigrammes, est également abolie sur le bord externe de la face dorsale et sur le bord interne de la face ventrale du bras gauche, ainsi que sur le bord interne de la face ventrale du bras droit; elle est très diminuée sur la face dorsale du même bras, et des deux côtés depuis l'extrémité de la main jusqu'au milieu de l'avant-bras. La sensibilité à la piqûre est très diminuée sur le bord interne des deux bras el sur toute leur région cubitale (ventrale et dorsale).
Perte de la notion de position des membres: il perd toujours ses jambes dans son lit.
Le sens stéréognostique estcomplètement aboli pour les deux mains: il lui est impossible de reconnaitre un crayon, un porte-plume en fer, une clef; il lui est impossible de compter avec une seule main ces trois objets ; il sent toutefois qu'il y a une plus grande épaisseur quand il s'agit d'une montre que quand il s'agit d’un sou.
Jamais de douleurs gastriques ni de vomissements, mais des douleurs intestinales survenant par accès persistent depuis un an. Pas de troubles laryngés. Pas d'atrophie de la langue. Pas de troubles urinaires sauf un léger degré d'incontinence quand il fait un effort pour aller à la selle.
Il à conservé des idées génitales el a des érections et des rapports sexuels. Il a eu des éjaculations nocturnes assez fréquentes autrefois, il n'en à plus maintenant.
Ouïe bonne des deux côtés : entend la montre à 30 ou 40 cenlimètres.
Nutrition générale bien conservée, pèse 57 kg. 500.
Examen du 9 novembre 1903. — La vue a beaucoup diminué depuis l'entrée à Bicèêtre : 1l distingue aujourd’hui à peine le jour de la nuit; il ne voit le Jour que quand il est dehors et ne se rend pas compte
quand il fait du soleil. [ne voit plus du tout les figures, il reconnaît à peine la position d'un bec de gaz comme une vague lueur, il perçoit une lampe électrique que l'on allume contre son œil comme une étincelle. À
Papilles blanches, assez nettement en pain à cacheter quand on les examine à l'image renversée, mais présentant sur les bords à l'image droite de petites taches de pigment et de petites irrégularités. Les artères sont petites relativement au volume des veines.
Les pupilles sont un peu inégales, régulières, la droite étant un peu plus grande; elles sont absolument immobiles à la lumière et à l'accommodation ; elles se dilatent assez bien à l’atropine.
Ilne peut absolument pas se tenir debout, même énergiquement soutenu, parce qu'il ne voit plusetqu'il ne sent plus où il a les jambes. En se tenant à une barre de lit, il peut encore se soutenir parce que la barre est froide et que les paumes des mains sentent encore un peu. Les mouvements des membres inférieurs sont des plus incoordonnés. Notable incoordination des membres supérieurs.
Tous les réflexes tendineux font absolument défaut. Le réflexe crémastérien est absent, le réflexe abdominal existe, mais assez faible des deux côtés. Les orteils restent immobiles au chatouillement de la plante. Le signe de Strümpell, plusieurs fois recherché, n'a pu être retrouvé. Le réflexe pharyngien est très diminué. :
Les douleurs des membres sont à peu près semblables à celles du début, elles diminuent cependant un peu d'intensité, mais elles sonttrès fréquentes, reprennent tous les trois ou quatre jours, parfois seulement tous les huit ou dix jours; elles sont lancinantes, térébrantes, brûülantes, surviennent simultanément dans plusieurs segments de membres (cuisses, genoux, bras, coudes, etc.), mais ne parcourent jamais les membres de la racine à leur extrémité. Les douleurs continues et paroxystiques des hanches, qui étaient parmiles plus pénibles, ont disparu depuis le mois de juillet ou août en même temps que les douleurs abdominales ; actuellement il a des douleurs fixes et continues assez fortes dans les lombes, de chaque côté de la colonne vertébrale.
La sensibilité au contact est à peu près abolie ‘pour les membres inférieurs, très diminuée à peu près partout ailleurs. Il sent la piqûre comme une brûlure, particulièrement à la plante des pieds où le simple froltement estextrêmement douloureux; les mêmes zones d'hypoalgésie, qu'on a constatées au mois d'avril, existent. Pas d'anesthésie périorbitaire ni d'anesthésie des globes oculaires à la pression. I! sent partout le chaud et le froid, mais avec quelque hésitation et un très grand retard
aux membres inférieurs et surlout aux jambes. Lorsqu'il arrive à sentir le chaud et le froid, il les sent d’une façon tout à fait excessive, c’est ainsi qu'il se sent « rôti » quand on le met dans un bain à une température tout à fait ordinaire. Il ne sent aucunement le sol sur lequelil à les pieds, ne sait pas s’il est sur un lapis ou sur un parquet, mais sent seulement que le sol est plus ou moins froid.
Il ne se rend absolument pas compte de la position de ses membres inférieurs; quand on lui demande de toucher ses pieds, 1l n’arrive à les sentir, quand il les tient dans la main, que parce qu'ils sont froids. Il se rend très mal compte de la position de,ses mains et de ses avant-bras.
Le sens musculaire est extrêmement altéré, surtout aux membres inférieurs, mais également aux membres supérieurs; il ne sent assez bien les différents mouvements provoquésdes segments de ses membres que quand on fait remuer l'épaule, mais, par exemple, il ne retrouve pas sa main quand on la déplace, le coude restant appuyé.
Le sens stéréognostique est à peu près nul, il sent seulement les « angles » des objets.
La sensibilité au diapason est extrêmement diminuée partout : aux tibias zéro à droite, et demi à gauche; aux mains, 4 et demi à droite, 2 à gauche.
Il n’a pas de sensations subjectives de froid ni de bouffées de chaleur.
Aucun trouble gastrique ni laryngé. Ni étouffement, ni palpitation, rien au cœur.
Il ne sent pas le besoin d'uriner, il urine par raison ‘sans cependant être obligé d'attendre et de pousser; il ne sent pas le passage de l'urine, cependant il n’a jamais uriné au lit, il ne perd même pas actuellement ni les premières ni les dernières gouttes.
Ne sent pas le passage des matières el ne se rend compte qu'il a été à la selle que par la sensation de vide abdominal; il sent cependant le besoin d'aller à la selle.
Les érections sonttrès fréquentes, Loutesles nuits, elles sontexagérées el même gênantes quoique non désagréables. La puissance sexuelle est restée normale et le malade se plaint de ne pouvoir en user assez depuis son entrée à Bicèlre. Pollutions nocturnes assez fréquentes par rêves sexuels.
L'ouïe est assez bonne; il entend la montre à 30 ou 40 centimètres des deux côtés. Rinne et Weber normaux. Le goût et l'odorat son bons.
L'élat mental est excellent ; malgré l'évolution récente et rapide de