BA T'ES
est aveugle, les douleurs ont diminué d'intensité, mais augmenté de fréquence ; il s'est développé une incoordination toute momentanée qui a disparu et surtout une anesthésie vésico-rectale et des crises vésiCcorectales très violentes qui persistent encore ; l'impuissance est absolue depuis le début, avant la cécilé même ; la nutrition générale s’est for-
tement allérée dans les derniers temps.
Ogservarion XIII. — Cuez.…, garcon livreur, entré à Bicêtre en mai 1900.
Antécédents héréditaires. Son père avait des douleurs dans les jambes, une sciatique à droite; il avait « le cerveau dérangé » et est mort gàteux.
Sa mère est morte d'une affection aiguë.
Une sœur est bien portante, légère surdité.
Pas d'autre parent.
Antécédents personnels. — À eu un chancre à dix-huit ans : ila duré très peu de temps et n’a élé suivi d'aucune manifestation syphilitique cutanée, muqueuse ou viscérale.
A eu la fièvre thyphoïde en 1860.
Éthylisme réel sans être très accentué.
Marié, puis divorcé : a eu deux enfants qui sont bien portants. Depuis 1894 ou 1395
Histoire de la maladie. 5, il a eu des douleurs
dans les membres inférieurs; ces douleurs sont survenues par accès durant quelques jours et séparées par des intervalles d’un ou deux mois ; même pendant ces journées où il souffrait continuellement, il y avait des paroxysmes à caractère électrique. Ces douleurs débutaient par la racine du membre en arrière et descendaient jusqu'aux pieds elles n'augmentaient pas par la marche. Il n’a jamais eu de douleurs ni dans le membre inférieur gauche, ni dans le membre supérieur, ni dans la ceinture; pas de sensation de constriclion ou de corset; pas de douleur viscérale.
La vue s’est troublée progressivement à partir de juin 1899, en commençant par l'œil gauche ; le début a été subit, il a vu double et depuis lors, la vue a baissé progressivement. Après la diplopie du début, 1l n'a plus jamais vu double, la paupière n’est jamais tombée. En novembre 1899, il n'apercevait plus que des ombres, mais pouvait encore se conduire.
De novembre 1899 à mai 1900, il a eu une seule fois en février des douleurs fulgurantes dans la jambe droite et quelquefois des vomissements. I a uriné au lit pendant quelque temps.
En mai 1900, étant devenu tout à fait aveugle, il entra à Bicôtre.
Examiné en juin 1900. — On constate qu'il distingue le jour de la nuit. L'œil gauche est le plus pris ; peut-être est-il moins aveugle qu'il cherche à en avoir l'air, cependant il se fait toujours accompagner pour sortir. MM. Delens et Chevallereau ont diagnostiqué l'atrophie des nerfs optiques.
Il existe une légère réaction paradoxale à la lumière, les pupilles se dilatent légèrement lorsqu'on Îles éclaire, Les yeux sont symétriques ; il y a quelques légères secousses; comme si le globe oculaire cherchait à reprendre sa position par secousses successives: ce ne sont pas des secousses nygstagmiformes; les globes oculaires peuvent rester fixés.
ll setient bien debout, les pieds rapprochés, avec de très légères oscillations : les oscillations s’accentuent sans aboutir à la chute quand on lui fait fermer les yéux. Il lui est très difficile de se tenir sur une jambe ; il y arrive cependant pendant plusieurs secondes, surtout sur la jambe gauche.
En marchant, il lance légèrement les jambes el « festonne » un peu; il s'arrête bien : il peut marcher une heure et demie sans fatigue. Il monte et descend bien les escaliers en se tenant à la rampe.
Aucune espèce d'incoordination des membres supérieurs.
Les réflexes rotuliens sont complètement abolis.
Il n'a nullement perdu la notion de position de ses membres.
11 mange bien, n'avale jamais de travers, n’a ni troubles gastriques, ni troubles intestinaux ; pas de crise de diarrhée, pas de crise rectale, ni atrophie, ni déviation de la langue. Aucun trouble laryngé.
Cœur tout à fait normal. Pouls à 80°.
[1 lui arrive parfois d'attendre un peu pour uriner ; il n'a plus aucune incontinence.
Les désirs génésiques sont un peu diminués, mais la fonction semble se faire à peu près normalement.
Il entend bien la montre des deux côtés, mais l’ouïe est affaiblie.
L'état de la nutrition est très bon.
Ses réponses sont d'une précision parfaite el rien n'indique dans son état mental que des symptômes de paralysie générale doivent se MOntrer plus tard. Cependant, il a laissé à Bicêtre le souvenir d'une sorte d’escroc, comptant des histoires non seulement aux malades, mais encore au personnel pour se faire remettre de l'argent ou des objets qu'il allait vendre: il aurait commis nombre d'indélicatesses.
Chez sa sœur, il fouillait les tiroirs et la dévalisait.
Le dimanche de Pâques 1901, il est arrêté cassant des carreaux, oubliant de payer des consommations, faisant des excentricités. Il est envoyé à Sainte-Anne.
Examiné le 12 avril 1901, dans le service de M. le professeur Joffroy.
Pas de désorientation, pas de trouble de la mémoire, euphorie, bienveillance ; il veut faire des cadeaux à tout le monde. Idées de richesse et de grandeur (cousin de M. Goron).
Impossibilité de se tenir sur un pied. Réflexes tendineux abolis. Pas de trouble de la parole. Cécité absolue. Atrophie des papilles. Pupilles égales, déformées, immobiles à la lumière, réagissant à l’'accommodation imaginative. Nystagmus latéral double.
La ponction lombaire montre une assez grande quantité de lymphocytes.
Le 13 avril et le 19 avril 1901, il écrit des lettres où il parle d'un héritage qu'il a fait, d’une jeune fille qu'il va épouser. A partir du milieu de mai, il cesse de délirer. M. Joffroy a fait le diagnostic de bouffée délirante (avec prédominance des idées de richesse), ayant duré un mois environ au cours du tabes.
Le 6 août 1901, douleurs en ceinture.
Le 22 août 1901, la marche est devenue difficile; on constate une paralysie des muscles antéro-externes de la jambe gauche. Dès le lendemain, paralysie des mêmes muscles du coté droit.
Le 12 juin 1902, l'état mental est tout à fait bon, il a pleine conscience de l’état délirant par lequel il est passé, il prétend qu'un mauvais plaisant lui a lu une lettre dans laquelle on lui annonçait un hérilage el que c’est là-dessus qu'il a bâti son délire.
Les phénomènes paralytiques sont en voie d'amélioration. On constate une arthropathie tabétique du cou-de-pied droit. Il quitte Sainte- Anne,
Examiné le 15 avril 1903. — Il est presque complètement aveugle ; cependant, on s'aperçoit qu'il distingue encore des ombres. Nyslagmus.
I a maintenant la démarche d'un grand incoordonné.
Les réflexes rotuliens et achilléens sont abolis. On ne trouve ni réflexes crémastériens, ni réflexes abdominaux. Les orteils restent immobiles au chatouillement de la plante du pied. Il n’y a pas de « phénomène de Strumpell ».
Pas d'incontinence d'urine. Érections conservées.
Force musculaire bonne, sauf pour l'extension des pieds, par suite
ss
de la paralysie des fléchisseurs du pied; le pied ballotte surtout à gauche. Il n’y a pas d'hypotonie dans les autres segments des membres.
En résumé, avant la cécité, il. n’y avait eu que des douleurs de la jambe droite qui peut-être n'étaient pas liées au tabes; depuis la cécité s’est développée une grosse incoordination, il s’est fait une arthropathie tabétique et une paralysie des museles antéro-externes des jambes; il a eu quelques douleurs en ceinture ; de plus, il a eu pendant un mois une bouffée délirante avec prédominance des idées de richesse
qui a fait penser à la paralysie générale.