D. — DOUTEUX
OsservarioN XLI. — Bor..…., soixante-quatre ans, cultivateur. Antécédents personnels. — Syphilis à trente-deux ans. Histoire de la maladie. — À eu les premières douleurs fulgurantes
vers 1880 où 1882, mais elles ne sont devenues réellement fortes qu’en 1883, à la suite d'une attaque de diplopie.
Au mois d'août 1883, en conduisant une voiture, il a eu une obnubilation brusque de la vue sans cécité*véritable ; en même lemps, Le senti une chaleur brûlante et subite dans les épaules et a eu des sifflements dans les oreilles; il a dû se mettre dans sa voiture et il a eu des nausées. Quelques minutes après, il a pu faire quelques pas en titu-
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bant et ramener sa voiture à vingt minutes du lieu oùilélait. [lest rentré chez lui en titubant comme un homme ivre, quoique n'ayant fait aucun excès alcoolique. A partir de cette époque, ila eu pendant quelque temps une diplopie à images superposées el à éprouvé des névralgies dans toute la tête. Il a suivi un ttaitement ioduré pendant un mois ; au bout de ce temps, la diplopie a diminué et il a pu lire son journal assez bien.
En 1884, il a eu de nouveaux accidents tout à fait semblables. À la suite de cette nouvelle attaque la vue a baissé : il a pu conduire encore sa voiture, mais en ne voyant presque pas, pendant deux ans.
En 1894, il fut pris de douleurs violentes dans les jambes; la vue a complètement cessé depuis lors.
En 1893, il a eu de l’incontinence relative qui a persisté. La même année, à l'occasion de fortes douleurs, il a eu, à plusieurs reprises, du fléchissement des jambes.
Depuis 1894 ou 1895, il prétend ne plus avoir eu de douleurs.
Examiné en 1900. — Il a encore la sensation de lumière, mais à peine suffisante pour se guider. Perte des réflexes pupillaires à la lumière.
Marche sans incoordination, mais en frappant fortement la plante des pieds. Peut faire de longues courses. Peut se tenir quelques secondes sur un seul pied.
Absence des réflexes rotuliens.
Anesthésie plantaire. Sensibilité à la piqûre diminuée sur les jambes à partir du genou, un peu plus diminuée à droite qu’à gauche.
Pousse et attend pour uriner, incontinence relative, impuissance.
N'entend pas la montre au contact, des deux côtés.
Plutôt un peu maigre, les traits ne sont pas tirés, la couleur du teint est bonne.
Examiné en janvier 1903. — La vue esl presque complètement abolie; il reste cependant une vague perception de lumière. Il marche bien et fait volontiers de grandes courses. Peu ou pas d’incoordination des membres inférieurs; pas d’incoordination des membres supérieurs. Pas d’asynergie, pas d'hypotonie.
Extension du gros orteil à gauche extrêmement nelle ; extension des orteils à droite légère.
A quelquefois de la peine à uriner.
N'a plus d’érections.
Mort le 1° mai 1903.
OsservarioN XLIL. — FREY.., cinquante-quatre ans, camionneur au
chemin de fer.
Entré à Bicètre le 26 juillet 1888, mort le 11 mars 1901.
Antécédents héréditaires. — Père mort à soixante-cinq ans, paralysé deux mois avant sa mort.
Mère morte âgée, pas de maladie nerveuse.
Ne sait rien de ses grands parents. |
A eu onze frères et sœurs: deux sont morts en bas âge, deux sont morts tuberculeux et deux autres d’affections inconnues; cinq restent vivants.
Antlécédents personnels. — À eu un chancre en 1872, chancre très pelit; à la suite a eu des plaques muqueuses dans la bouche qui se seraient reproduites à plusieurs reprises pendant dix ans (?); jamais d'éruption cutanée, pas d'autre accident secondaire. Jamais d'autre maladie.
Ethylisme.
Histoire de la maladie. — Le début date de 1883: il s’est fait par des douleurs dans les jambes; elles étaient fulgurantes, « instantanées comme l'éclair », très violentes; elles se reproduisaient par intervalles, tous les cinq ou six jours et duraient un jour et une nuit ; une seule fois la crise s’est prolongée pendant trois jours.
En juin 1886,1il a commencé à avoir des troubles visuels ; il voyait du
brouillard autour des becs de gaz, puis du brouillard autour du soleil; ce brouillard s’est progressivement épaissi, et deux ou trois mois après ilne pouvait déjà plus compter son argent ; depuis septembre 1886, il ne voit plus assez pour se conduire dans la rue; depuis 1887, cécité complète, 1l distingue seulement le jour de la nuit. Il n’a Jamais vu comme dans un entonnoir, n’a jamais eu d'hallucinations visuelles.
Impuissance depuis 1895.
Légers troubles laryngés depuis 1896 ou 1897.
Examiné en 1890, par Joannès Martin (Thèse de Berne, observalion V). — Distingue seulement le jour de la nuit, perception lumineuse conservée. Acuité visuelle — 0. A l'ophthalmoscope, atrophie grise des deux papilles.
Pupilles égales et très dilatées. Signe d'Argyll-Robertson. Léger
Le] ptosis des deux côtés, survenu après la cécité. Rétrécissement congé-
nilal de la fente palpébrale. Pas de strabisme.
as d’incoordinalion. Pas de signe de Romberg. Pas de troubles de la motilité en général.
Réflexes patellaires abolis.
Douleurs fulgurantes de même intensité que par le passé.
Sensibilité au contact, à la piqûre, à la température intacte et sans relard de transmission. Sens musculaire bien conservé.
Re et he Du t'a fetntaet de mme. où 7 à
Ouïe très affaiblie, à gauche surtout.
Examiné en juillet 1900. — Ne voit plus pour se cond uire, distingue encore le jour de la nuit. Mydriase des deux yeux. Pas de réflexe pupillaire à la lumière. Peut-être un peu de chute de la paupière gauche. Clignement fréquent des yeux avec mouvements nystagmiformes.
Marche très bien, tourne sans difficulté, se tient quelques secondes sur l’une ou l'autre jambe. Pas d'incoordination des membres supérieurs, fait du filet toute la journée et est très adroit.
Pas de réflexes tendineux (M. Déjerine a noté dans la thèse d'Ingelrans qu'en janvier 1894 les réflexes rotuliens avaient réapparu ; mais encore peu apparents, et qu'en novembre de la même année ils étaient complètement revenus).
Les douleurs sont encore très fortes à certains moments; il est rare qu'elles s'espacent de plus de huit jours. Elles siègent dans les membres inférieurs, parfois au niveau du thorax, rarement dans les membres supérieurs. Elles sont, somme toute, un peu moins fortes qu'avant la cécité.
Jamais de crises gastriques.
Un peu de laryngisme tabétique ; tousse par suite d'un chatouiltement dans la gorge.
Pas d'insuffisance aorlique, mais second bruit clangoreux ; se plaint d'avoir fréquemment des élourdissements quand il se lève de sa chaise.
Urine difficilement, est obligé d'attendre et de pousser; incontinence
relative.
Impuissance.
N'’entend presque pas la montre au contact, d'un côté ou de l’autre; ne l'entend pas quand on l’applique sur les os du cràne.
L'état de la nutrition est médiocre, il est maigre et parait largement son âge. Léger tic d'élévation de la lèvre supérieure, surtout marqué à gauche.
‘N'a pas été revu jusqu'à sa mort.
En résumé, début par des douleurs trois ans avant l’affaiblissement de la vue; depuis la cécité, les douleurs ont persisté aussi fréquentes, mais peut-être un peu moins intenses; quelques troubles urinaires légers et l'impuissance sont survenus tardivement, l'état de la nutri-
tion s'est médiocrement conservé.
OgsservarioN XLIIE. — Gor.……., soixante-deux ans, peintre en céra-
mique.
Entré à Bicêtre en septembre 1887, mort le 3 août 1900.
ersr à ASE
Antécédents héréditaires. — Père mort de tuberculose pulmonaire à l’âge de quarante-cinq ans.
Mère âgée de quatre-vingts ans et bien portante.
Deux frères et sœur bien portants; tic de la face chez la sœur.
Antécédents personnels. — Variole à l’âge de neuf ans. Chancre à l'âge de dix-sept ans avec bubon suppuré: traité par les pilules de Dupuytren ; pas d'accidents secondaires.
Blennorragie aux colonies, pas d’alcoolisme.
Marié à vingt-sept ans, a eu trois enfants: un est mort en naissant, deux âgés d'une trentaine d'années sont bien portants.
Histoire de la maladie. — Le débuts’est faiten 1873 par des douleurs de tête, en même temps les paupières sont tombées pendant environ trois semaines, l'œil gauche s’est dévié en dehors et le malade a vu double. Vers la même époque, a débuté une légère incoordination des Jambes qui a, ensuite, été en augmentant. En 1877, Landolt a fait la section d’un tendon oculo-moteur, et, à partir de ce moment, le malade a vu mieux, mais 1l a été gêné dans sa profession par des troubles de l’accommodation.
De 1877 à 1880, le malade a vu assez bien; en même temps il avait des fourmillements dans les membres supérieurs et inférieurs sans douleurs fulgurantes.
À partir de 1880, les troubles de la vue ont progressé rapidement : la vue a disparu petit à petit comme si le malade voyait dans un entonnoir de plus en plus étroit.
Depuis 1887, il a quelques douleurs fulgurantes ou plutôt quelques élancements assez peu douloureux dans les membres inférieurs.
À son entrée à Bicèêtre en 1887, il ne voyait plus les maisons. Depuis 1894, il ne voit même plus les fenêtres et ne marche plus du tout.
Examen en 1890, par Joannès Martin (Thèse de Berne, observation XVII).
Il est presque totalement aveugle, son acuité visuelle égale 1/8°; à l'ophthalmoscope, atrophie blanche des deux papilles (Berger). Pas de chule des paupières, pas de strabisme ; l'œil gauche présente un certain degré de parésie du droit externe. Les yeux sont saillants, les pupilles contractées, sans myosis intense, complètement immobiles à toute espèce d’excitation.
Marche avec une légère incoordination : signe de Romberg ; peut se tenir sur une jambe (?). Force musculaire considérable, pas d’atrophie musculaire.
Pas de réflexe patellaire, réflexe plantaire exagéré.
LPS Tr.
Sensibilité tactile et douloureuse normale aux membres inférieurs et supérieurs sans retard ; sensibilité à la chaleur sensiblement diminuée avec retard, sensibilité au froid légèrement diminuée.
Les douleurs fulgurantes surviennent sous la forme d'éclairs, surtout la nuit, pas très ‘intenses, très légères dans les membres supérieurs.
Sens musculaire peu touché, notion de position des membres un peu altérée.
Au cœur léger bruit de galop, éclat du deuxième bruit à l'aorte.
Examen le 8 juin 1900. — Le malade ne voit pas le jour, il ne sait pas où est la fenêtre. Les pupilles ne sont pas absolument rondes. Tout réflexe est aboli à la lumière et à l'accommodation.
I1 est absolument immobilisé au lit. Aucune incoordination des membres supérieurs. Force musculaire des jambes, diminuée surtout à droite. Hypotonie très marquée.
Très légères douleurs, en particulier dans le coude; parfois sensation de gant, mais, en réalité, les membres supérieurs sont très peu atteints.
Sensibilité très diminuée dans les régions innervées par les branches supérieures du trijumeau ; bien conservée, au contraire, au menton. Légère diminution générale de la sensibilité du côté gauche du corps. Anesthésie presque complète autour du rectum, sur les bourses et sur la verge. Sensibilité. thermique intacte. Sensibilité musculaire abolie.
Abolition des réflexes rotuliens. Réflexe abdominal manque à droite, existe à gauche, réflexes crémastériens abolis. Réflexe pharyngé aboli.
Pas de trouble viscéral marqué. Le malade urine parfois difficilement, pousse quelques instants el perd parfois quelques gouttes dans son pantalon.
L'ouïe est affaiblie, le malade entend à peine la montre à droile au contact et ne l'entend pas à gauche.
Nutrition générale assez bonne, face rouge assez ronde, avec assez grosse exophtalmie et divergence des axes oculaires.
En résumé, la vue a diminué en même temps que survenaient de légers troubles moteurs, la diminution de la vue a marché beaucoup plus vite que les troubles moteurs, mais, à la fin, la cécité et l'incoordination des membres supérieurs ont été complètes.