‹ Célibat et célibatairesChapitre 2 sur 103 · RUE DES SAINTS-PÈRES · texte numérisé non relu

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f Deux grandes voies sociales s’ouvrent à Tliumanité pour parcourir la vie : le- Mariage et le Célibat. Divergentes et diamétralement opposées, ces deux routes sont né^^moins reconnues, autorisées, permises, consacrées et ^ protégées également par les lois civiles et reli- I gieuses des sociétés modernes. Arrivés à la ( nubilité, l’homme et la femme peuvent choisir

I librement l’une ou l’autre, et s’y engager I ensemble ou séparément à leur gré, suivant l leurs goûts, leurs aptitudes, leurs caractères, ^ leurs tempéraments, leurs préférences ou leurs r passions. Aucun pouvoir ne peut s y opposer I d’une manière absolue, dès leur majorité lé- I gale. La loi les protège contre toute contrainte I à ne pas satisfaire leur volonté. La liberté inctividuelle est donc absolue et complète à cet ■ égard.

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La première, droite et large, est choisie et adoptée par le plus grand nombre, en vertu de la loi natureilOi, physiologique et morale, (pu rapproche et réunit les deux sexes pour s'aimer, s’entr aider et se fortifier mutuellement dans le dur combat de la vie contre les obstacles et les embûches du chemin. Elle conduit à la famille, source de joies, d’espérances et d’ambitions, richesse de l’avenir pour l’individu et la patrie, en contribuant à l’agrandissement de la société et la puissance de l’État, qu’elle perpétue indéfiniment. C’est la route royale par excellence, dont les conditions et les avantages ont été précédemment indiqués dans le Mariage, en féclairant de manière à guider en parfaite connaissance de cause ceux qui veulent la suivre. Les règles de la Génération UNIVERSELLE oiit eiisuite été fixées dans les lois, les secrets et les mystères, qui la régissent chez les deux sexes. Puis les impédiments et les obstacles de flMPuissANCE physique et morale, delà Stérilité humaine et de THer- MAPHRODisME, de FOnanisme seul et à deux, sous toutes ses formes, ont été décrits et analysés successivement dans autant d’ouvrages distincts, séparés. Les intéressés sont initiés, par là, à ces infirmités redoutables pour les éviter ou s’en préserver, et meme s’en guérir au besoin.

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Cette œuvre de XHygime de la Génération serait évidemiiient incomplète sans’ le facteur principal et essentiel du problème : le célibat. Négation absolue, au sens strict et rigoureux du mot, de cette fonction si éminente et délectable que la vie est difficile, sinon impossible sans elle, il constitue la seconde voie opposée à la précédente. C’est la route étroite et tortueuse, bourbeuse même, où l’on s’engage seul, isolé, sans appui ni secours, et qui aboutit fatalement au néant. Le célibataire choisissant librement cette direction, sans obligation ni devoir impérieux qui le lui impose, offre ainsi l’image de fégoïsme en vivant pour lui seul, dans la société ou en dehors, sans souci des autres. Il ne se survit pas, sauf de rares exceptions; tout finit avec lui, son nom et Je plus souvent ses œuvres. Il personnifie le néant.

Entre ces deux grandes voies sociales, se rencontrent, il est vrai, d’autres issues intermédiaires, les réunissant r une à l’autre. Les époux séparés par la loi ou la mort rentrent naturellement dans le célibat; la famille seule les en distingue et les protège. Il en est aussi d’irrégulières et immorales, comme la prostitution publique, existant ouvertement sous la tolérance de la loi et de l’autorité, Ainsi s’éta-

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blit le faux ou pseudo-célibat par la prostitution, les unions libres, clandestines, bâtardes, illégitimes, inavouées, et le concubinage où se réfugient et se cachent les braconniers du mariage. Tels sont encore les faux ménages à trois qui constituent l’adultère.

Tous ces chemins de traverse, ces sentines obscures et ténébreuses de la nuit, ouverts, percés, creusés, minés frauduleusement par le libertinage et le vice, se transformant parfois en repaires infâmes, en tanières criminelles, font échec à ces deux grandes routes légales du mariage et du vrai célibat, sans être ni l’im ni l’autre. Ils n’en ont ni la sécurité, ni la sérénité, les joies pures et les douceurs ineffables; tandis qu’ils en doublent et triplent les soucis, les tourmen ts, les disputes, les dégoûts et les charges, en allant trop souvent jusqu’aux voies de fait, au meurtre et au suicide.

Tel est le correctif trop bien connu et mis à profit par la plupart des célibataires des deux sexes entre eux pour satisfaire leurs besoins, leurs passions, et atténuer ou conjurer les dangers de leur célibat légal. C’est leur intermédiaire secret et mystérieux. Mais sous ces différentes formes, mixtes et variées, ses effets, plus étendus par son accroissement, n’en sont que plus déplorables et pernicieux. Au lieu d’une personne isolée, il en atteint toujours

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plusieurs à la fois. Doubles ou triples, ses effets malfaisants se multiplient parfois à Finfini. La prostitution publique ou privée, les unions clandestines ou le concubinage, formant par ordre de fréquence les trois étapes ordinaires et presque inéluctables du pseudo-célibat — quand ce n’est pire encore — produisent des maux identiques. C’est toujours de même par le libertinage, l’immoralité, l’illégitimité, ravortement, l’infanticide qui en résultent, ou la mortalité précoce du fruit impur de ces unions bâtardes, sans compter la misère et le déshonneur, le meurtre et le suicide qui en sont de si fréquentes conséquences.

Vrai ou faux, réel ou simulé, le célibat est donc, sauf les honorables exceptions qui seront signalées explicitement à leur place, un outrage à la morale publique par son contraste frappant avec l’union légitime et physiologique des mariés, autant que par les mauvais exemples et les désordres publics en résultant. Gomme la prostitution, l’adultère, l’illégitimité, l’abandon qu’il engendre et entretient, il est une véritable calamité sociale par la dépopulation et les maladies qu’il entraîne, les crimes qu’il provoque. Ses analogies avec l’onanisme frappent ainsi par la démoralisation, la dépravation et les perversions qui raccompagnent,

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comme l’égoïsme en est le but et le néant la fin.

Telle est la route sombre et ténébreuse dont il s’agit d’explorer les sinuosités, de sonder les détours cachés, les méandres obstrués par les ronces et les épines qui encombrent le chemin, les précipices où tant de célibataires, jeunes et vieux, vont se perdre. Inexplorée k ce point de vue spécial, elle doit révéler comment tant de personnes sont entraînées à leur insu dans ce sentier triste et sombre, par leur froideur, leur insouciance ou leur libertinage, alors que d’autres préméditent d’y rester en feignant le contraire par des motifs inavouables. Il faudra montrer pourquoi ceuxci s’y vouent volontairement, sans en connaître les périls, alors que ceux-là y restent par nécessité. Énumérer les causes qui le légitiment et en signaler les bienfaits; démasquer ceux qui sont retenus par des passions honteuses ou des liens secrets, sont les points principaux à mettre en lumière dans cette étude.

Sujet aussi vaste et intéressant que difficile à élucider, par le défaut de documents précis, de preuves irréfutables, de caractères distinctifs, absolus, de cette lèpre sociale. Conséquemment, les historiens et les économistes, les romanciers, poètes et moralistes s’en sont plus occupés que les physiologistes, les hygiénistes et les médecins. Le mot ne se trouve

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même plus dans les derniers dictionnaires de médecine, sinon pour renvoyer aux accidents et aux maladies qui lui sont attribués. Le célibat religieux, considéré à tort comme le seul possible de la continence, est particulièrement visé, en raison de ses conséquences redoutables. D’où l’incertitude, l’indécision, l’erreur même qui planent sur cet état anormal, plus fréquent maintenant que jamais dans la société française.

Il ne s’agit point ici d’un livre pour rire, comme leVieux Célibataire de Collin d’Harleville et les Célibataires de Balzac, dont le but est d’exagérer les caractères, les travers, les passions et les vices de ces personnages ; Béranger les a peints aussi en de plaisants couplets. L’imagination joue le principal rôle dans ces œuvres dont l’esprit forme tout le mérite. Quand la famille était en honneur et en vogue, il n’y avait qu’à rire et se moquer de ceux qui voulaient s’y soustraire. Il y a mieux à faire contre le célibat dominant et vanté du jour, par l’étude et l’observation de ses causes réelles, positives et de ses effets pernicieux sur la dépopulation. Un préjudice considérable en résulte pour la moralité et la puissance nationales.

Considéré au triple point de vue médico-

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social et hygiénique, ce sujet complexe comporte trois parties distinctes :

I. Le Célibat et ses différentes espèces, selon ses causes et ses effets, chez les deux sexes.

II. Les Célibataires, distingués d’après leurs caractères, leurs mœurs, leurs passions, leurs maladies.

ni. L’Hygiène de cet état anormal et de ses sectateurs aux divers âges, suivant les professions et les conditions variées, chez l’homme et chez la femme.

Tous les célibataires, veufs, séparés et divorcés, volontairement ou malgré eux, auront ainsi un guide utile à consulter à leur portée pour s’éclairer sur les règles à suivre, les précautions à prendre, à l’exemple des religieux, pour éviter les inconvénients, les accidents et les maladies pouvant en résulter d’après leur constitution et leur tempérament.

P. Garxier.

61 , rae de Clichy.

Paris, 31 août 1886.

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