‹ Célibat et célibatairesChapitre 3 sur 103 · ET SES VARIÉTÉS · texte numérisé non relu

ET SES VARIÉTÉS

Tout le monde comprend la signification du mot célibat comme désignant l’état de toute personne majeure non mariée. D’où le nom de célibataire appliqué exclusivement à celles qui sont aptes au mariage, d’après l’âge variable fixé pour cet acte dans les divers pays. C’est la qualité civile attribuée par le Code aux individus des deux sexes placés dans ces conditions, lorsqu’ils figurent dans des actes authentiques. Il est donc bien l’opposé de l’union conjugale consacrée par l’acte civil du mariage. C’est l’unique définition à en donner. Impossible de la rendre plus précise pour en comprendre exactement tous les cas.

La loi meme emploie ce mot sans le définir plus explicitement. Elle admet, autorise et consacre le célibat sans dire en quoi il consiste, autrement que par la qualité de célibataire, attribuée à l’homme et la

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femme non mariés... civilement après leur majorité légale. Aussi le législateur, évitant avec soind’employer ce substantif indéfini et vague, le consacre-t-il de préférence adjectivement. Il se rencontre ainsi très rarement dans la loi et ne se trouve même pas aux tables alphabétique, analytique et chronologique du plus volumineux recueil de nos Godes et Lois usuelles par MM. Loger et Sofel(l).De ce défaut de précision sont résultées de grossières erreurs, une logomachie abusive donnée au titre de célibataires, quoique la plupart soient mariés... illégalement.

Aussi muette est la loi sur le début du célibat. Il devrait coïncider avec fage légal du mariage ou de la nubilité des deux sexes, variable suivant les pays et les climats. Dès que le mariage n’est pas réalisé à la majorité légale, le célibat doit commencer. Les officiers ministériels ne le consacrent pourtant pas dans leurs actes et attribuent simplement la qualilication de majeur aux garçons et hiles de cet âgé ; ils ne leur accordent le titre de célibataire que plus tard, suivant la coutume locale de l’âge réel du mariage. Il était à Paris de 29 ans pour l’homme et de 24 chez la femme au dix-huitième siècle. Il s’élevait à 30 ans 1/2 chez l’un et 26 ans et 2 mois chez l’autre, d’après la statistique générale de la France de 1837 à 1860. C’est donc à cet âge qu’il conviendrait de le fixer.

La raison de ce silence est toute simple. Naturel et transitoire dans la généralité des cas, le célibat en lui-même est la négation du droit et du devoir, de

(1) Un vol. grand in-8o de 1,430 pages. Paris, 187G. Librairie Garnier frères.

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l’autorité et la responsabilité, comme de la société et delà famille. Il échappe, à ce titre, à toute législation, tandis qu’elle est l’affaire essentielle du mariage pour régler les droits et les devoirs des deux parties contractantes dans le présent et dans l’avenir, en vue des conséquences possibles de leur union. Ne devenant définitif que par une rare exception, le célibat, par son immoralité contre le vœu delà nature, n’avait donc pas autrement à occuper le législateur, sinon pour en limiter et restreindre les droits.

Contrairement à la loi civile, les lois religieuses ont attribué une vertu spéciale au célibat : la chasteté, la pureté. Le catholicisme romain en a fait un^ dogme dont il impose l’observation, d’une manière absolue et irrévocable, à tous ses ministres et ses religieux des deux sexes. Aussi le définit-il plus strictement que le Code. Il n’exclut pas seulement le mariage, ce célibat consiste encore essentiellement à vivre seul, isolé, dans une parfaite continence de corps et d’esprit, sans enfants ni famille. Bossuet en a fait une imitation des anges. Il suppose la sainteté, dit

A. Martin, mais il ne la donne pas. On verra au

Célibat religieux ce qu’il faut en penser; il suffit d’établir ici, par ces différences avec le célibat civil, combien ce mot est élastique et à double sens.

A défaut d’une définition satisfaisante, on a cherché à caractériser cet état par ses effets opposés à ceux du mariage pour le rendre plus sensible et haïssable. Au lieu de l’arbre chargé de fruits que le jar-

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rünier veut conserver, le célibat est comparé à un arbre stérile : le figuier maudit de l’Écriture qui fut arraché et jeté au feu comme indigne d’occuper une place sur la terre. (Venette, De la Génération chez l'homme, Cologne, 1696, page 80). Il est la mort et le néant, contrairement au mariage qui fait rayonner l’amour, naître à la vie en donnant une expansion salutaire à toutes les facultés affectives de l’être, dit-on encore, etc., etc. Toutes ces comparaisons sont vaines en visant l’homme seul ; le nombre de filles-mères et leurs cliampis ou bâtards, courant les rues, montrent tout le contraire. Ceux-ci accusent suffisamment son concours effectif.

f.es poètes en ont surtout fait l’idéal de la liberté de corps et d’esprit, si indispensable au succès de leurs productions. Casimir Delavigne Ta célébré dans les vers suivants :

Dans mon gouvernement, despotisme complet :

Je rentre quand je veux, je sors quand il me plaît;

Je dispose de moi, je m’appartiens, je m’aime,

Et sans rivalité je jouis de moi-même.

Célibat! Célibat! le lien conjugal A ton indépendance offre-t-il rien d’égal ?

et Émile Augier de répliquer vertement :

Le Célibat, morne, désert et rude,

N’est plus la liberté, mais bien la solitude.

tandis qu’un autre célibataire s’empresse de s’exclamer ; Pour quelques œuvres de génie fécondées par le sourire de la femme, combien n’en est-il pas qu’il a empêchées d’éciore !

Les grands écrivains ont, en effet, enfanté leurs

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immortels chefs-d’œuvre dans la paix et le silence de la solitude, si propice aux conceptions du génie. Le génie est célibataire, c’est vrai ; mais comme l’égoïsme perce dans les vers précédents ! On juge bien que si tant d’artistes ont produit leurs plus belles œuvres dans le célibat, c’était moins en l’observant qu’en donnant libre carrière à leurs passions, leurs caprices et leurs dérèglements. L’histoire n’en offre que trop d’exemples célèbres, dont Anacréon en personnifie les amours faciles, comme Horace et A. Chénier, à leurs moments perdus. Byron, A. Musset et Murger sont les derniers représentants de cette brillante jeunesse, qui, en prenant leurs amours partout, jusque dans la ruelle, la boue, le vice, en sont blasés sitôt, qu’en mourant avant l’âge ils s’écrient déjà ;

Amour, fléau du monde, exécrable folie...

La jeunesse seule, en effet, en procure à ces forçats de génie, traînant le boulet du célibat, comme l’appelle Murger.

La caractéristique du célibat n’est donc pas de vivre seul, isolé, libre, sans enfants, ni famille, comme on l’a dit suivant l’étymologie du latin cælehs, dont il est dérivé. On a aussi indiqué cœ, un, répondant à êlia du sanscrit ou caoles, borgne. Celle de libéré ou iubere, aimant à être un, seul ou dans la solitude, ne vaut guère mieux, non plus que celle tirée du grec coüé et leipo, signifiant l’absence du lit conjugal.

La vie publique de la plupart de ceux qui l’adop»

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tent offre la démonstration éclatante du contraire, ils \ivent en société, sinon en ménage, dont le concubinage, par la survenance de bâtards, est l’exemple évident et immoral. L’augmentation des avortements, des infanticides, et des mort-nés chez les fillesmères, en dépose hautement. Leur état ne diffère souvent de celui des mariés que par le défaut de l’acte solennel et public qui unit légitimement ceuxci, comme la preuve en est faite au Pseudo-célibat.

La privation de toute affection le caractérise plus justement. 11 n’y a de triste célibat que celui du cœur, a dit une femme. Ce besoin d’aimer est si grand, qu’elle ne peut vivre sans donner son cœur. De là tant de femmes célibataires par amour trompé ou déçu. Elles se vouent à Dieu sous la forme de Jésus qui le personnifie. Mais c’est le contraire des célibataires vicieux, dont la plupart, hommes comme femmes, sont des plus mondains; ils n’aiment que par la satisfaction et la jouissance de leurs sens; leur cœur en est absent.

Ondulant et divers par ses causes diversifiées et ses formes multiples, cet état est indéfinissable d’une manière exacte pour les comprendre toutes. Contraste ou l’opposé du mariage est encore sa meilleure définition. Balzac place ainsi sa vieille célibataire de Provins entre l’union chaste de deux jeunes amants bretons, dont elle est le bourreau. Elle est si affreuse physiquement et moralement, qu’il juge ne pouvoir fixer l’attention sur elle qu’à l’aide de ce couple charmant devenu sa victime. Toute la morale du célibat est dans ce contraste frappant.

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D’où la nécessité d’invoquer souvent le mariage dans ce livre du célibat pour les comparer et les opposer l’un à l’autre, afin de mieux faire comprendre et saisir la complexité de cet état anormal dans ses variétés principales, ses indications, ses causes et ses effets, sans le confondre avec les célibataires qui n’en ont souvent aucun des attributs. Tant de gens inaptes au mariage contractent cette union, tandis que les plus vaillants générateurs restent en dehors, qu’il importe de préciser ces différences pour mieux les faire observer.

L’uniformité du célibat, dans ses effets civils et sociaux, le rend indivisible seulement en apparence comme le mariage, dont plusieurs formes sont manifestement distinctes. Il n’est pas plus indifférent de se marier jeune ou vieux qu’entre étrangers ou parents, surtout quant au but essentiel de la progéniture. De là une première distinction à faire entre le célibat transitoire, plus ou moins prolongé, et celui qui est indéfini, comme pour le clergé catholique et les religieux des deux sexes, avec celui des militaires et marin: engagés au service de l’État. On a toujours distingué également le célibat laïque du célibat religieux, par la différence de ses causes et de ses résultats, comme il est impossible de confondre le célibat vrai, réel, du pseudo-célibat faux, apparent, simulé, rendu évident par la prostitution. D’où la division établie plus loin.

La meilleure base de celte classification sont les

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causes multiples et diversifiées qui le déterminent. Toutes les formes sous lesquelles il s’observe se réduisent néanmoins à deux ou trois espèces. Il est toujours, en effet, volontaire, obligatoire ou forcé, suivant les motifs usuellement allégués pour le justifier. C’est ]a division adoptée dans le Mariage, à défaut (Tavoir pu le considérer dans tous ses détails pour en montrer l’antagonisme.

D’après les déclarations mêmes des célibataires, ils ont toujours été conduits, entraînés à cet état anormal, obligés ou forcés d'y entrer par des raisons plausibles et légitimes de position, de profession, de santé, de fortune, de famille, etc. Alors que garçons et filles, voulant se marier, le déclarent bien haut à l’age voulu, sans pruderie ni fausse honte, jamais personne n’accuse franchement la volonté ferme et délibérée, la résolution préméditée de ne pas le faire; il n’y a d’exception que pour le célibat religieux, en honneur dans les pays catholiques, ou pour cause d’infinnités, de difformités, de maladies apparentes. Autrement, cette détermination est si équivoque et ceux qui l’ont formée tacitement en ont si bien conscience, qu’ils invoquent toujours un autre mobile tant soit peu vraisemblable. Ils se retranchent alors derrière leur liberté, leur indépendance, leur position, l’antipathie des enfants, de la famille, sinon l’amour de ceux-ci, pour légitimer ou pallier leur résolution antisociale. Les filles allèguent surtout le défaut d’avoir rencontré un parti convenable, à leur goût ou leur portée, leur rang. Ces causes, parfois réelles, accusent un profond égoïsme aussi honteux, quand

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C0 n’est pas pour dissimuler des relations secrètes ou des passions inavouables.

Il serait encore possible, à la rigueur, de simplifier cette classification et de la rendre plus claire en distinguant seulement les deux formes principales du célibat. N’est-il pas toujours libre, volontaire, choisi, accepté ou par opposition : obligatoire, imposé oi. forcé ? En apparence, il n’en paraît pouvoir être au trement et chaque espèce étant subdivisée en variétés ou catégories distinctes, suivant les mobiles différents qui y conduisent^ on aurait tous les cas en ressortissant.

En réalité, il n’est parfois, au contraire, ni volontaire ni forcé, dans les cas assez nombreux d’indécision ou d’irrésolution pour le mariage. L’absence ou le défaut de volonté pour ou contre, en prolongeant le Célibat par indifférence, le rend souvent indéfini. Celui-ci a donc l’avantage de marquer positivement la scission des deux formes précédentes.

Mais en se particularisant à l’infini par quelque trait spécial dans les différents cas, ces causes, si nombreuses et variées, sont le plus souvent inséparables par leur action solidaire et simultanée. Leur connexité les fait même changer alternativement de rôle. L’une, principale ici, devient secondaire ou accessoire là; de directe dans un cas, elle est simplement contingônte dans un autre. Sauf les difformités physiques et les aberrations morales, suffisant à le produire à elles seules, il ne s’en rencontre guère deux exemples absolument identiques.

Le célibat religieux, notamment, qui semble exclu-

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sivement et uniformément déterminé par l’amour de Dieu, de Jésus ou de Marie, l’est très souvent au contraire par celui de T homme et de la femme. Que d’amours contrariés, déçus, trompés, ont jeté leur victime dans le cloître ou le couvent, à l’exemple d’Héloïse et d’Abeilard ! L’amour maternel y fait même rester beaucoup de fdles-mères trompées et abandonnées, qui, par ce seul fait, se réhabilitent hautement. L’amour de la charité suffit à y conduire. D’autres y cherchent le repos et la tranquillité d’une vie agitée, dissipée, corrompue ou semée des plus amères déceptions, en se condamnant, par le remords et le repentir, à cette dure expiation.

Suivant cette méthode, il faudrait décrire séparément le célibat par amour, en distinguant celui-ci en divin et humain. Comment apprécier dès lors la vraie cause qui le détermine pour défalquer l’élément humain du mobile religieux? Il en serait de même du célibat par misère ou pauvreté, par noblesse, vanité ou ambition, timidité ou peur du mariage. Le célibat par inconstance comme Anacréon, par libertinage ou prostitution, devraient aussi avoir leur place. Sans trop forcer la note, il y aurait lieu d’ériger par opposition au célibat par misère celui de la richesse et de tant d’autres. Le nombre en serait dès lors infini autant que les causes qui y concourent et dont la simple énumération suffit, d’après leur importance.

Il est aussi difficile à classer d’après sa fréquence. Le célibat religieux mériterait sans doute le premier rang, comme il l’occupe d’ordinaire, par le grand nombre de personnes des deux sexes qui l’embrassent

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et Tobservent le plus complètement, d’après le vœu indéfini qu’ils forment et l’âge avancé de ceux qui y sont engagés. C’est le célibat vrai et réel; mais il y a aussi le faux ou simulé, comme en toutes choses, qu’il faut absolument en distinguer. Déguisé ou masqué, ce faux célibat est beaucoup plus fréquent que le vrai, comme la prostitution et le concubinage en sont la démonstration la plus apparente. Lq pseudocélibat figurerait ainsi par antithèse en première ligne, aujourd’hui surtout que l’on se marie après un célibat, si prolongé parfois, qu’il serait préférable de le rendre indéfini.

Une distinction s’impose dès lors entre ces deux formes essentielles. Le célibat prolongé, par ses nombreuses causes sociales de plus en plus exigeantes, est non moins grave et dangereux que le célibat indéfini auquel il conduit très souvent.

Aucune de ces divisions n’est donc applicable. Elles manqueraient de précision et de clarté et seraient d’autant plus insuffisantes que le même célibat peut être à la fois libre, volontaire, choisi, de hasard, ou imposé, obligatoire et forcé. Il faudrait donc le répéter dans ces différentes espèces, suivant la cause qui l’a produit. Au point de vue pratique, c’est l’indication essentielle pour déjouer les fausses allégations et montrer les conséquences .et les dangers des vrais motifs qui l’engendrent. En connaissant la cause déterminante du célibat, il sera toujours plus facile de le prévenir ou de le faire cesser.

Une classification d’après les causes immédiates serait le pur idéal sans doute; mais comment les dé-

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voiler sûrement, les analyser elles défalquer de leurs accessoires ou contingentes? Elles sont rarement isolées, uniques, et forment d’ordinaire un ensemble complexe. Les causes secondaires sont si souvent accusées en première ligne, pour mieux dépister les soupçons sur les véritables, niées, occultes ou cachées, (|ue la tâche est impossible. Leur alliance n’a d’ailleurs rien de fixe; l’imprévu et le hasard en sont les règles. L’énumération seule en serait infinie, sans pouvoir leur donner toujours la place et le rôle qui leur conviennent. D’où la méthode mixte suivie de préférence.

Après la définition et V étymologie du célibat, son origineQi^on histoire, son es.s’CTice et sa caractéristique, dans autant de sections distinctes, avec ses indications et contre-indications formelles, chez les deux sexes, toutes les causes les plus ordinaires sont signalées à la suite, d’après leur degré d’importance, avec les développements et les cas propres à en faire saisir les différences. Les formes de célibat qu’elles entraînent ^ ont ainsi fixées, sans qu’il soit besoin de les décrire s^'parément sous des titres distincts. Autrement, il eût fallu énumérer successivement le célibat par difformités et infirmités, timidité, laideur, misère ou pauvreté, domesticité, richesse, luxe, vanité etambition, par noblesse, passion, vice, onanisme, maladies, syphilis. Si réelles et positives que soient ces variétés, d’après ces causes, l’impossibilité même de leur assigner des caractères tranchés, distincts, ni aucun signe particulier, eût rendu cette classification bizarre et

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fastidieuse, sans utilité pratique. L’uniformité du célibat se distingue seulement par l’habit de ceux qui en font profession. Les signes extérieurs, attribués aux vieilles filles et vieux garçons, sont trop vagues et incerLains pour les reconnaître sûrement. Le regard effronté et l’allure provoquante des prostituées ne suffisent même pas à les en convaincre. Tant de femmes mariées leur ressemblent que les plus connaisseurs s’y trompent. D’ailleurs, toutes les prostituées ne sont pas célibataires.

La coïncidence commune de plusieurs causes agissant de concert pour déterminer le célibat, dans ces variétés particulières, empêche aussi de le rattacher exclusivement à une seule; ce serait trop absolu. L’amour vrai fait exception en étant toujours prédominant dès qu’il s’y mêle. D'où le titre spécial consacré à cette variété, autant pour en montrer les formes diverses que l’impossibilité même de le faire pour les autres causes. V indifférence, trop souvent alléguée faussement, méritait de figurer à part pour la mettre mieux en relief. Ordinairement, en effet, il y a toujours ceci, puis cela, et encore autre chose. On pourrait dès lors ne pas les reconnaître au titre principal, en nier la réalité et passer outre, en invoquant d’autres raisons accessoires. Les énumérer et les décrire à la suite, en les mettant également en lumière, ne permettra à personne de s’y tromper. Dévoilées et éclairées d’exemples dans ce tableau étiologique, les véritables ne peuvent échapper, surtout aux intéressés, qui seuls en possèdent et en cachent souvent le secret intime.

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Les effets, dangers et inconvénients du célibat, viennent ensuite, avec leurs différences suivant les sexes et les mesures restrictives à y apporter comme un moyen de prévenir et d’empêcher efficacement un état si anormal.

Après les diverses variétés étiologiques, exposées avec leurs particularités distinxites, il restait à étudier les formes principales du célibat servant de base à cet ouvrage. Elles sont décrites séparément, sous les noms connus et consacrés, dans l’ordre suivant;

Célibat volontaire, libre, choisi;

Célibat obligatoire, forcé, imposé;

Célibat par indilFérence ;

Célibat religieux ;

Célibat transitoire ou prolongé ;

Célibat par amour;

Célibat à deux;

Célibat faux, simulé, ou pseudo-célibat,

Tout en étant contraire, opposé aux lois mêmes de la création et de la conservation humaine, le célibat paraît remonter à la plus haute antiquité. L’homme ni la femme ne sont faits pour vivre seuls, d’après l’historique même de la création. Dès que l’homme fut placé sur la terre. Dieu lui donna une compagne et leur fit ce premier et supi’ême commandement : Croissez et multipliez. L’interprétation de ce grand fait peut sans doute dilférer suivant les

doctrines régnantes; mais qu’il ait été spontané, conformément au texte biblique, ou qu’il soit résulté graduellement des forces et des lois natarelles de l’évolution, cette loi suprême n’en est pas moins impérieuse et inéluctable en s’étendant à toute la nature végétale et animale; les minéraux même aident à son exécution par leurs propriétés et leurs forces. Le devoir de l’homme, placé au sommet de Téchelle, est donc d’obéir à cette loi divine ou naturelle, en parfait accord avec les lois physiologiques et sociales de l’humanité.

Le célibat dut être ignoré dans la société naissante, sinon réduit aux cas de difformités physiques s’opposant à runion sexuelle. Pourquoi chacun ne se serait-il pas soumis avec empressement, le pouvant, à cette loi si douce et naturelle, lorsqu’il y était incité? Celle-ci devait constituér alors le mariage comme dans l’état sauvage. L’enl'ant qui en était le sceau formait le lien indissoluble entre les parents.

La doctrine de Zoroastre enseignait à ses sectateurs la sainteté du travail et du mariage, comme elle leur inspirait l’horreur du mensonge et des plaisirs honteux. La Genèse, dans ses dénombrements des premiers hommes, tout en signalant la polygamie, l’inceste, l’adultère, le viol, l’onanisme et la sodomie parmi ces peuples primitifs, ne cite aucun cas d’homme ni de femme vivant seuls, Joseph n’était qu’un jouvenceau pudibond lorsqu’il résista aux attaques de la femme de Putiphar; il se maria dès sa sortie de prison avec As^enath, qui lui donna Manassé

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et Ephraïm. Il est impossible ae rencontrer ancuii indicj de l’origine de cet état anormal dans ce premier livre de l’iiistoire tliéocralique du monde. Tous sacrifiaient avec empressement au commandement souverain donné à leurs ancêtres.

Au contraire, la stérilité et le célibat étaient une sorte d’opprobre parmi les Hébreux et une cause d’exclusion des assemblées du peuple. « Celui qui est eunuque, soit pour avoir été froissé, soit pour avoir été taillé, n’entrera point dans l’assemblée de l’Cternel, dit Moïse. Le bâtard, même jusqu’à sa dixième génération, n’entrera pas dans l’assemblée de l’Ëternel. » (Deutéronome, XXllI, 1, 2.) Ses ordonnances proscrivaient également la prostitution ;

Qu’il n’y ait point de prostituées entre les filles d’Israël et qu'aucun de ses fils ne se prostitue à l’infamie. » {Idem, XVII.) Elles prescrivaient et encourageaient le mariage par la dispense du service militaire. « Quand quelqu’un prendra une nouvelle Cemme, il n’ira point à la guerre et on ne lui imposera aucune charge ; un an durant, il sera exempt dans sa maison et il réjouira la femme qu’il aura prise. » {Idem, XXIV, o.)

La suprême importance attribuée à l’hérédité dans la génération comme à l’hygiène, dont toute l’œuvre de 3Ioïse est empreinte, explique la rigueur de ces préceptes. L’être difforme, impur, vicieux, malade, en donnant des produits analogues ou semblables, doit être exclu du peuple élu, afin de ne pas le corrompre et nuire à sa conservation, car « le Dieu fort et jaloux punit l’iniquité des pères sur les enfants

en la troisième et quatrième génération de ceux qui le haïssent, et fait miséricorde en mille générations à ceux qui l’aiment et gardent ses commandements. » {Le Décalogue, 5, 6.)

Il est aussi remarquable que cet ensemble de mesures de prudence et de sagesse conservatrices, édictées particulièrement contre le célibat, s’étendaient jusqu’aux Lévites ou prêtres chargés du culte de l’Éternel. Il est dit explicitement que « le sacrificateur devait se marier tout spécialement à une vierge. » Le législateur d’Israël avait donc parfaitement compris, en s’inspirant de l’esprit divin, que la fonction de la génération est inséparable de l’humanité. Les douze tribus y furent également soumises, comme étant la meilleure garantie de la pureté des mœurs, de l’accroissement et de l’hygiène de la population. Du commencement à la fin de son code sacré, il édicta les peines les plus sévères contre le célibat et rien ne prouve qu’il ait existé parmi le peuple élu.

On ne saurait en dire autant des peuples contemporains, livrés à l’idolâtrie, qu’il vainquit dans sa marche conquérante sur la terre promise. Les défenses expresses et réitérées de Moïse de les imiter dans leurs abominations, sous les peines divines les plus rigoureuses, peuvent bien se rapporter en partie à cet état anormal. 11 suffit de constater que la croyance et la foi en un Dieu unique l’en ayant prémuni, tous les peuples modernes qui la partagent devraient se faire un honneur et un devoir de les imiter, comme un caractère de la civilisation chré-

tienne dont ils ont été les initiateurs. C’en serait la consécration suprême.

Ces lois anciennes n’ont pas cessé d’être en vi- /gneur parmi les Juifs. Elles n’ont jamais laissé et ne laissent pas encore la liberté à personne de ne pas se marier. Tous les anciens législateurs se sont signalés par leurs rigueurs contre les célibataires.

Sauf de très rares exceptions, le mariage est obligatoire pour tous les Israélites, dès qu’ils ont atteint leur majorité. D’après les maximes des casuistes juifs, tout liomme qui ne prend pas les mesures nécessaires pour se donner des héritiers n’est pas un homme ; il doit être regardé comme liomicide.

C’est un de leurs préceptes et la circoncision qu’ils pratiquent dès la naissance sur tous les garçons, à l’égal du baptême, est une opération propre à le favoriser, en prévenant les difformités et les maladies du prépuce qui y mettent obstacle dans certains cas relatés à I’Impuissance. Les Chrétiens, qui les anathématisent si facilement, feraient donc bien mieux de les imiter sous ce rap[)ort.

En vieillissant, le monde se corrompit et il se forma bientôt une classe d’égoïstes vivant pour eux seuls et s’inquiétant peu de la société où ils tenaient une place. Ainsi se forma et se répandit le célibat, au point que tous les grands législateurs patriotes furent obligés de réagir, à l’exemple de Moïse, contre cotte redoutable lèpre sociale. Lycurgue à Sparte, 900 ans après lui, décrète ainsi les célibataires d’infamie, en les excluant des charges civiles et inili-

taires, voire même des spectacles et des jeux publics. Lui, qui sacrifiait à la naissauce les enfants mal conformés ou infirmes, comme ne pouvant être d’aucune utilité pour l’État, devait être impitoyable pour ceux qui vivaient seuls et sans progéniture, par égoïsme, avarice ou autrement. 11 les faisait exposer, à certains jours de fête, à la risée du peuple et promener nus, autour des places publiques.il était même permis aux femmes, d.ans une solennité particulière, de les traîner ainsi aux pieds de leurs autels pour faire amende honorable à la nature. Elles les accablaient de coups, de soufflets, et les forçaient à chanter des chansons infamantes composées à cette occasion contre eux.

Des lois pénales furent aussi édictées contre le célibat dans les autres républiques grecques, en raison de son accroissement scandaleux, sous l’influence de l’amour grec qui les dépeuplait et qui causa leur ruine. Sans être parvenues à la postérité, ces lois semblent consacrées par l’usage infamant de placer un vase noir destiné au bain sur la tombe des célibataires ; coutume indiquée par Démosthène dans son plaidoyer contre l’un d’eux. P>aton méprise aussi ces mœurs de son siècle et, dans son livre des Lois, il inflige une amende aux célibataires et les déclare indignes de la moindre déférence.

La civilisation romaine, sous l’influence des mê-mes abus, dut recourir aux mêmes lois contre le célibat. Les descendants de ceux qui avaient enlevé les Sabines ne pouvaient voir d’un bon œil des ci-

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toyens rester inutiles à la patrie. A chaque recensement quinquennal, une amende était imposée par les censeurs aux célibataires. Elle s’appelait œs uxorium. Après le siège de Veies, Camille les força même à épouser les veuves des citoyens morts en défendant la patrie.

« En continuant à se corrompre, dit Montesquieu, les mœurs contribuèrent beaucoup à dégoûter les citoyens du mariage, qui n’a plus que des peines pour ceux qui ii’ont plus de sens pour les plaisirs de l’innocence. » Les discordes civiles, les triumvirats, les proscriptions affaiblirent Rome plus que la guerre. Il restait peu de citoyens et la plupart étaient célibataires. Les conséquences de ce mal devenant rapidement plus graves. César rétablit la censure qu’il voulut même exercer pour la rendre plus effective. Puis il donna des récompenses à ceux qui avaient beaucoup d’enfants et défendit aux femmes au-dessous de quarante-cinq ans, sans mari ni enfants, de porter des pierreries et de se servir délibérés. C’était une excellente méthode d’attaquer le célibat par la vanité et cependant elle ne réussit pas à le détruire.

Auguste fut encore plus pressant par l’augmentation des peines aux premiers, et des récompenses aux seconds II promulgua de nouvelles lois, dont l’esprit général était d’accorder toujours la préférence aux mariés sur ceux qui ne l’étaient pas, les pères ayant des enfants à ceux qui n’en avaient pas. Tout citoyen romain ayant trois enfants était exempt de toute charge personnelle. Les célibataires, au con-

traire, ne pouvaient rien recevoir des étrangers par testament. « Aussi arriva-t-il bientôt, dit Plutarque, que les Romains se mariaient pour être héritiers plutôt que pour en avoir. »

Celte espèce d’ostracisme contre le célibat ne le lit pourtant pas disparaître. Effet ou non des lourdes charges imposées par le mariage en raison du luxe croissant des femmes, des prévenances et des attentions de toutes sortes dont les célibataires étaient l’objet par ceux qui briguaient une place dans leur testament, toujours est-il qu’il continua à avoir de nombreux partisans. Les résultats, presque négatifs à Rome comme à Athènes, de cette législation oppressive, attentatoire à la liberté humaine en ce qu’elle a de plus intime et délicat, ne semblent donc guère favorables à imiter cet exemple, si opposé aux mœurs et aux habitudes actuelles.

Le Christianisme naissant, qui survint dans ces conditions de l’empire romain, semblait devoir y mettre fin bien plus efficacement que les lois civiles. Inspiré de la loi et des prophètes de l’Ancien Testament, il devait contribuer essentiellement à l’observation du divin commandement ; Croissez et multipliez. Son esprit de pureté et de sainteté était éminemment fait pour réagir contre les mœurs corrompues des célibataires et les sectes philosophiques enseignant l’éloignement des affaires; il devait amener ainsi tous ses adhérents dans les liens purs du mariage et de la famille. Mais l’idée dominante de perfection, attachée à tout ce qui mène une vie spécula-

so

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tive, prévalut ; d’où réloignement pour les soins et les embarras d'une famille. Venant après la philosophie rpii avait préparé ces idées, la religion chrétienne les fixa définitivement. Elle se jeta dans l’excès contraire en faisant de la continence l’état par excellence et en conviant tous ses adeptes à approcher le plus possible de cette perfection.

On vit dès lors les nouveaux convertis mariés, enthousiastes et fanatiques, se séparer volontairement ou vivre ensemble comme s’ils ne l’étaient pas. L’éloignement du mariage fut considéré comme le degré supérieur de la perfection religieuse et S. Justin le condamna « comme un usage illégitime servant à satisfaire le désir de la chair. » Tertullien écrivait à sa femme, avec cette dialectique qui en fit l’un des premiers et des plus grands rhétoriciens de la nouvelle doctrine: « Sinon» lisons dans les Écritures qu’il vaut mieux se marie’’ que brûler, quel cas doiton faire, je vous le demande, d\in bien qui n’est bien queu égard au mal ? S’il est permis de se marier, ce n’est qu’autant que cela est moins mauvais que de brûler ; mais combien n’est-il pas plus salutaire et plus heureux de ne point se marier et de ne pas brûler? » Il est impossible de dire plus... chrétiennement à sa femme que l’on peut se passer d’elle. Sous l’inlluence de ces doctrines extrareligieuses, on vit des époux se marier pour vivre ensemble et y coucher, sans aucun rapport amoureux la nuit même des noces, comme l’un des plus riches sénateurs d’Auvergne en offrit l’exemple, au dire de Grégoire de Tours. Par cette abstinence conjugale, les premiers

chrétiens imitèrent le culte des Druides. Quoique mariée, la prophétesse druidique était astreinte à de longs célibats, dit Michelet. Ce fut sur ces sophismes que se fonda le célibat religieux, décrété ensuite par l’Eglise catholique et qui fut depuis la cause de tant d’abus et de maux. L’extension illimitée. des cloîtres, des monastères et des couvents au moyen âge, le rendit si commun, que la société en eût été menacée, si l’extrême fécondité des mariages et de la bâtardise n’eût amplement rempli tous les vides. Son premier exploit fut ainsi de porter atteinte à la population.

Un grand bien en résulta, a-t-on dit, parce que tous les célibataire's enfermés dans ces asiles de la paix adoucirent les mœurs barbares du temps, par l’exemple de leur dévouement et leur austérité. On devrait même à ces moines, qui défrichèrent les grandes forêts de la Gaule et de la Germanie, la conservation du flambeau de la science et de >a civilisation. C’est possible ; mais, en échange de ces services, quels biens innombrables n’ont-ils pas amassés et ravis à leur profit ! Ils régnaient et gouvernaient partout en maîtres, au nom de Dieu, du fond de leurs églises, leurs monastères et leurs couvents qui couvraient le pays, et ce fut devant leur domination envahissante, leur ambition insatiable qu’ils tombèrent, sous la réprobation générale, sans que l’on pût jamais les faire disparaître complètement. Tous les autres détails à ce sujet se rencontrent au Célibat religieux.

Au moyen âge, le célibat était regardé à Venise comme l’état lé plus heureux, en permettant' de se

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livrer au jeu, à Famour et à l’intrigue, qui sont les trois grandes passions de ses habitants.

La féodalité institua ensuite, sur les mêmes subterfuges, son célibat politique. Contrairement aux anciennes Républiques, qui, pour conserver leurs membres et leur autonomie, prescrivaient le mariage afin d’avoir le plus grand nombre de citoyens, la société féodale imposa le célibat pour entretenir le lustre et l’éclat des grandes familles. En vertu du droit inique qui accordait tous les biens à l’aîné, les enfants puînés étaient fatalement condamnés au célibat dans les carrières qui leur étaient dévolues : l’armée et les honneurs ecclésiastiques pour les garçons et les couvents pour les filles. D’où les abus en résultant pour la morale sociale et religieuse. Des hommes élevés dans le luxe, habitués au jeu, à la chasse, la débauche, étaient obligés violemment de se réfugier dans des carrières répugnant à leurs goûts et leurs habitudes. D’où la licence qui s’introduisit dans le haut clergé, occupé par les lils puînés des. grandes familles. Les filles en faisaient autant dans leurs couvents, où elles étaient souvent jetées de force. De là date surtout le discrédit du célibat religieux et l’extinction de la noblesse.

Dans la plupart des États européens, cet état des plus iniques, au point de vue de lajustice, de l’équité et de la morale, persista jusfju'à la Révolution française. En abolissant le droit d’aînesse et les privilèges, elle émancipa les peuples et il ne resta’ sous le joug du célibat que ceux qui le voulurent bien. Eu France, il est parfaitement loisible à tous les citoyens de le gar-

der sans encourir ni la censure des lois, ni celle de l’opinion publique.

Telle est la tradition historique du célibat contredite par l’observation moderne. A en juger par les faits authentiques et irrécusables, constatés dans ces derniers temps, des vices de conformation physique et des perversions morales, empêchant absolument l’union sexuelle entre filles et garçons, le célibat a dû en résulter forcément. Ces anomalies, spéciales à l’espèce humaine, ont pu exister dans tous les temps et le célibat doit ainsi être aussi vieux que le monde. Il a pu exister plus fréquemment ici ou là à différentes périodes, suivant les coutumes et les lois régissant les populations, la paix ou la guerre régnant parmi elles. Les faits précités ne sont que les épisodes marquants des anciennes civilisations dont ITiistoire est parvenue concernant le célibat. Ils en montrent seulement les principales fluctuations et leurs causes; ce qui permet d’admettre, en jugeant du connu à l’inconnu, qu’il en a été de même dans celles dont la narration est perdue. If n’est pas plus ancien c|ue moderne, il a existé inévitablement partout et toujours, en subissant l’inlluence des mœurs et des civilisations, sans que l’on puisse en préciser la fréquence dans les diverses contrées du globe.

Exemple : il était, d’après M. Le Play, partierdièrement favorisé par les mœurs et les lois en Chine et surtout au Thibet, où le mariage, dit-il, « empêche presque toujours de parvenir aux honneurs et aux premières fonctions de l’État. Le peuple chinois, où Ton compte le plus de célibataires, est aussi le plus

corrompu de la terre. Il n’est pas de pays où l’infan» ticide soit plus pratiqué et qui ait plus à se plaindre de l’excès de population, dont le correctif, d’après certains économistes, serait le célibat. » (La Réforme \ sociale, Paris.) ;

Vu l’impossibilité d’aller véritier ces assertions sur ( place, il y a peu d’années encore, dans ces pays loin- i tains et fermés, des auteurs prétentieux ont bien pu les risquer sans crainte d’être démentis. Mais le progrès et la guerre les ont ouverts, rapprocliés, et voici un Chinois, fort instruit et éclairé aussi bien sur son pays que sur les mœurs et les coutumes des Occidentaux, Scheng-Ki-Torig, contredisant ces assertions ' de fond en comble. « Le vieux garçon et la vieille fille ' sont des phénomènes en Chine, dit-il ; ce sont des produits essentiellement occidentaux. Cette manière ] de vivre est absolument contraire aux mœurs de l’Empire du Milieu, où quiconque est bon pour le mariage se marie. Le célibat y est considéré comme : un vice, il faut avoir des raisons pour l’excuser ; tandis que l’on donne parfois des explications et des excuses au mariage en Europe, comme s’il n’était ~ pas naturel et moral. » (La Chine et les Chinois, Paris, 1884.) -

Il est donc impossible, d’après cet exemple, de savoir au juste ce qu’il en est actuellement du célibat chez les différents peuples, sinon d’après la statistique.

Sa fréquence doit varier suivant les causes natu- % relies et artificielles qui le provoquent. Mais il n’est pas admissible que les lois qui l’entretenaient en Europe autrefois et le prolongeaientdé mesurément

ESSENCE OU CARACTÉRISTIQUE parmi les nobles comme chez les ouvriers, en proscrivant ou en empêchant le mariage, subsistent encore. Les principes d’égalité de la Révolution française, en pénétrant partout, ont détruit ces entraves, autant que les déplorables effets en résultant. 11 serait hors de propos d’examiner ici cette question, elle sera mieux à sa place au Célibat prolongé^ d’après les causes sociales qui le provoquent et l’entretiennent encore actuellement.

ESSENCE OU CARACTÉRISTIQUE

En s’opposant à la reproduction, le célibat effectif, réel, est la négation même de la vie. Tout ce qui en jouit dans la nature universelle, végétaux et animaux, des plus petits aux plus grands, tend à se reproduire pour se conserver et se perpétuer indéfiniment, réaliser la vie dans sa véritable acception, c’est-à-dire infinie comme le temps. L’ayant reçue par un don gratuit, tout être vivant est tenu, obligé, soumis indistinctement à la transmettre à son tour. Les plus passifs y sont conduits, forcés irrésistiblement. Les plantes les plus simples, comme les animaux les plus rudimentaires, n’apparaissent, n’éclosent et ne brillent un moment sur la terre que pour sacrifier à cette loi immuable. C’est la condition même de leur existence de communiquer la vie dont ils sont dépositaires pour mourir aussitôt. Les principaux exemples en sont indiqués dans la Génération universelle, dont les éphémères offrent le plus frappant.

CÉLIBAT

Dans cette image, ce miroir de la nature animée, se révèle manifestement la loi absolue, souveraine, de la reproduction générale universelle. Elle est évidemment le but et la fin essentiels de la pensée, la volonté divine qui a présidé à la création. Appelez-la Nature, force créatrice ou Dieu, et cette volonté éclatante n’en doit pas moins être suivie, respectée, exécutée par tous. Commandement suprême dont la^, transgression entraînerait rapidement la ruine mêmt? ^ de cette œuvre admirable, sublime, de la création tout entière. Scliopenbauer est ainsi d’avis, pour hâter la fin du monde, de recourir au célibat absolu ; cependant. très paillard, il ne put jamais se passer lui-même d’un cotillon.

L’accomplissement de cette loi naturelle est si absolu que l’impossibilité matérielle de son exécution en est la seule et unique dispense légitime. C’est la stérilité dont quelques êtres sont frappés. D’où la llétrissure de cette épithète à tout ce qui reste sans fruit et l’interprétation sinistre donnée autrefois à cette infirmité exceptionnelle de ne pouvoir reproduire sou semblable. C’était comme un opprobre pour ses victimes et un effet de la malédiction divine exprimée sous dilférentes formes dans l’Écriture sainte. La facilité pour l’homme de l’imposer artificiellement aux plantes et aux animaux, afin de la faire servir à ses desseins et ses intérêts, a montré l’erreur de cette interprétation religieuse. Ses véritables causes par difformités ou maladies ont été mises ainsi en évidence dans la Stérilité humaine pour en démontrer a fatalité.

ESSENCE OU CARACTÉRISTIQUE

Sauf ces exceptions rarissimes, tout être vivant en liberté sacrifie avec bonheur, empressement et volupté au besoin stimulant, qui l’anime et le tourmente, de la reproduction. C’est l’acte le plus spontané de la nature vivante. A défaut du pouvoir individuel, de la force ou de la volonté de l’exécuter, toutes les puissances actives de la nature viennent à son secours pour l’aider spécialement dans cette oeuvre. La chaleur, l’électricité, les vents, les cours d’eau, insectes, oiseaux, tout concourt à la réaliser plus sûrement. Démonstration éclatante qu’elle est à la base même de l’ordre naturel et conforme au dessein de Dieu.

Par une étrange contradiction, l’espèce humaine, placée au sommet de l’échelle organique par sa supériorité intellectuelle et morale, est la seule à enfreindre volontairement ce commaudement suprême. Au contraire, les sauvages le respectent et le suivent comme les animaux et, parmi les nations civilisées, ceux qui se rapprochent davantage de l’état de nature, les ignorants et les pauvres, en sont encore les plus fidèles observateurs. En vertu même de la civilisation, la richesse et la liberté dont elles 'jouissent, les populations les plus éclairées sont les premières à y contrevenir. Garçons et filles catholiques,' en particulier, se vouent dès leur plus tendre jeunesse, et aiï nom de Dinu même, au célibat religieux et restent ainsi isolés, dans l’unique but de ne pas procréer ni se survivre 1 i !

A défaut de pouvoir définir le célibat sous ses dif-

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fér(^tes formes, est-il possible au moins de le caractériser ? Cette tentative paraîtra superflue, puérile et sans utilité, à ceux qui y restent à leur insu, sans savoir pourquoi, ni comment. Ce n’est rien, diront-ils, et il dépend simplement des conditions plus ou moins favorables où l’on se trouve à l’àge du mariage. La profession, la santé, quelques billets de mille de plus ou moins, la vie d’un ancêtre ou d’un parent dont l’héritage est attendu, l’instruction, l’éducation, des relations platoniques, une intrigue, une passion ou de mauvaises habitudes, suffisent à en éloigner la pensée ou à en empêcher la réalisation. Des occupations absorbantes, la poursuite d’un but en vue, d’une aflaire, d’une découverte, de recherches ou d’études, une ambition à satisfaire, en sont également des motifs fréquents et analogues. Que l’occasion ne s’en présente pas ou manque, et le célibat peut s’ensuivre de part et d’autre indéfiniment, parce qu’il est ridicule et dangereux de se marier quand l’âge en est passé.

Mais à l’ége que j’ai, songer au mariage?

Dieu sait comme chacun va rire à mes dépens.

(Le' Vieux Célibataire, acte iv, scène i.)

Il n’est ainsi qu’un simple effet du hasard, comme le mariage, pour qui les considère superficiellement l’un et l’autre sans y attacher l’examen ni la réflexion qu’ils méritent.

Toutes ces allégations et bien d’autres aussi vaines ont pu sans doute retenir temporairement dans le célibat les indifférents du mariage pour les joies Dures du cœur, de la famille et la morale en résul-

ESSENCE OU CARACTÉRISTIQUE tant. Dès qu’ils peuvent en satisfaire autrement les besoins, ils s’en passent facilement en attendant l’occasion favorable et tout est dit. Si elle ne se présente pas, le célibat persistera même indéfiniment avec les habitudes immorales, comme les militaires en offrent surtout l’exemple. Ce n’est donc pas l’occasion du mariage qui a manqué, en pareil cas, mais la moralité.

Quiconque a horreur de l’isolement du célibat, par l’immoralité qu’il entraîne et le vide qu’il laisse au cœur, agit autrement. Il n’attend pas l’occasion de se marier, il la cherche et la provoque et ne manque jamais de la trouver. Combien de vieux célibataires, retenus forcément au foyer par le besoin ou la volonté des parents, se marient même à un âge déraisonnable quand l’obstacle a disparu ! L’âge, ni aucune des vulgaires raisons précédentes, ne sont donc des causes de célibat indéfini; il faut en chercher l’essence ailleurs. ■ -

On en a fait diversement et par ordre de fréquence l’emblème de l’égoïsme, du libertinage, des passions, du vice, et le fait est qu’il personnifie souvent, ensemble ou séparément, ces vilains attributs de l’espèce humaine. Bien d’autres encore lui sont également connexes, en raison même de son essence anormale. L’avarice en est la compagne ordinaire et il coïncide surtout avec les apparences d’un cerveau mal équilibré ou détraqué . L’hypocondrie chez l’homme, l’hystérie chez la femme , la manie sinon l’idiotie et l’imbécillité chez les deux sexes , en sont fréquemment toute l’explication.

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Mais il s’observe aussi sans aucune de ces tares vicieuses ou morbides. Tout à l’opposé, il se rencontre parmi les esprits les plus distingués. On dit même qu’il est l’état propre aux grands génies, d’après l’exemple de Platon, Anacréon, Lucrèce, Virgile, Horace, restés célibataires comme Michel- Ange, Newton et tant d’autres. Aristophane, le prince des critiques grecs, resta célibataire, dit-on, pour mieux railler à son aise le mariage et les mariés. Bacon, La Fontaine, Goethe, produisirent leurs chefs-d’œuvre

dans le célibat et ne se marièrent régulière mœnt

qu’ensuite. Il est même parfois l’expression d’une vertu parfaite; mais ces cas sont si rares... si rares, que cette qualification vient en dernière ligne. Le pins grand nombre le choisissent comme se prêtant mieux au débordement de toutes les mauvaises passions.

• En se produisant surtout et de préférence dans ces conditions extrêmes et opposées du génie et de la folie, le célibat, d’essence anormale, antiphysiologique et antisociale, n'est-il pas le résultat direct de cette surexcitation, perversion ou débilité de l’esprit même? Il est bien permis de l’admettre envoyant la très grande majorité des deux sexes, le commun des martyrs, suivre la règle générale du mariage. Une incitation secrète, pressante, en fait ainsi un devoir, une nécessité, pour l’exercice régulier, normal, des fonctions génératrices. On souscrit d’autant plus facilement à cette loi universelle qu’elle a pour corollaires l’entretien de la santé, le respect de la morale publique et l’avenir de la famille, de la société na-

ESSENCE Oü CARACTÉRISTIQUE

tionale, de la Patrie. Comme le dit Marcel dans la Demande en mariage :

J’ai vingt-cinq ans sonnés, je ne veux pas vieillir Ainsi qu’un égoïste et sans cœur et sans àme.

Cécile Gay.

Pour résister volontairement à ces puissantes déterminations, sans y être forcé par aucun motif familial, social ou personnel, il faut évidemment avoir l’esprit dans un état particulier, que le sang-froid, le bon sens ordinaire fassent défaut d’une manière ou de l’autre. Il suffit d’être emporté par un idéal de génie, de gloire ou de richesse, dans les hautes sphères de la science, des lettres ou des arts, du commerce ou de l’industrie même, en proie à des passions absorbantes comme l’ambition, l’avarice, le libertinage, le jeu, l’amour-propre et tant d’autres, pour ne pas laisser place aux vulgaires préoccupations du mariage et n’en pas sentir le besoin, l’aiguillon. Le principal devient alors l’accessoire et à moins d’une occasion favorable, comme Joséphine se présentant sous la m.ain à Bonaparte, ces personnages rares, exceptionnels, restent indéfiniment dans le célibat.

De même des esprits simples, faibles, irrésolus, fantasques, pervertis ou déprimés, les cérébraux en un mot, ne s’appartenant plus et qui voguent à tous les vents de leurs désirs ou leurs passions insensées. Comment se fixeraient-ils pour le mariage, à moins qu’on ne les prenne ? Une grande ressemblance existe à cet égard avec les premiers.

ingenium sine mixtura dementiæ, a dit un ancien, et ce fait a été constaté par les modernes. Le génie

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touche à la folie, a répété Moreau (de Tours) ; car il prédispose esseutiellement à la surexcitation du cerveau. La plupart sont ainsi vifs, colères, emportés, jaloux, vindicatifs et l’on ne devient un grand génie sans avoir eu longtemps une idée fixe, dit Descuret dans sa Médecine des passions.

En signifiant souffrance, la passion indique toujours un état morbide de l’aine ou de l’esprit. Toutes les passions prédisposent ainsi à la folie et l’on a dit justement qu’elles en étaient l’avant-scène ou comme la préface. L’origine morbide en est confirmée par les adjectifs mêmes qui les caractérisent. Ne dit-on pas communément la manie de l’avarice, la passion du vin, le délire de la volupté et la fureur du jeu?

En dehors de ces deux types, ceux que le jeu, la colère, l’ambition, l’avarice, fivrognerie ou le libertinage retiennent dans le célibat, subissent à la longue des habitudes spéciales d’esprit qui l’absorbent et l’altèrent. « La volonté pervertie fait la passion, dit S. Augustin; l’asservissement à la passion fait l’habitude, et le défaut de résistance à l’habitude fait la nécessité. ^^[Confessions, \T1I, 5). Comme le fumeur passionné ne pouvant plus penser ni agir sans la pipe ou le cigare, ils sont sans cesse préoccupés du but à atteindre et des moyens d’y parvenir. Ils en rêvent ou n’en dorment pas et échappent ainsi dans le jour à la conversation ou lui font faillite. Toutes les occupations continues et absorbantes produisent le même effet. L’esprit en est tour à tour surexcité ou déprimé, comme par le tabac et l’alcool, et il n’est pas douteux que des altérations n’en résultent aussi

ESSENCE Oü CAKACÏÉRiSTIQÜE sur le cerveau. Le priapisme, le satyriasis dont le libertin, le débauché est frappé, sont évidemment produits par l’état spécial de l’esprit, réagissant sur les organes, de meme que l’anaphrodisie amène le contraire. Les aberrations ou les dépravations génitales, dont les victimes sont retenues dans le célibat, sont certainement causées par des altérations cérébrales et des troubles moraux en résultant sur ce sujet spécial. L’esprit est donc toujours la cause principale du célibat quand le corps est à l’état normal, comme par opposition, une difformité latente, cachée, est à prévoir chez les gens raisonnables et bons qui l’observent en pouvant s’y soustraire.

11 n’en saurait être autrement de ceu.x qui adoptent de propos délibéré un genre de vie aussi contraire à la nature humaine et la morale publique, de préférence au mariage. L’exemple des animau'; les condamne : jamais ils ne s’y soumettent spontanément, l’homme seul les y enchaîne par caprice ou intérêt et ce n’est jamais impunément. Le chien en devient I spontanément enragé, la femelle comme le mâle, et des maladies aussi redoutables atteindraient inévita- , blement le bœuf et le cheval en tentant de s’opposer / à leur accouplement sans les désexuer. Contrevenir aussi ouvertement, en vertu de la liberté individuelle, à des lois si impérieuses de l’hygiène, de la santé physique et morale, la société, c’est se constituer en révolte permanente contre elles, au mépris du respect humain et de l’opinion publique. Sans motifs patents ou plausibles, comme la claustration monastique, le célibat ne se comprend que par un trouble de l’esprit,

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de la raison, sous l’empire de passions cachées, inavouables, ou une déviation, une aberration, sinon une neutralilé sexuelle. Impossible de jouir de toutes ses facultés et sa liberté pour vivre seul; les vices de conformation qui y obligent retentissent même sur le moral.

Ce fait est surtout manifeste dans les campagnes, où les célibataires, sans infirmités physiques, sont tous tous ou écervelés, originaux ou toqués. Trop se marient encore pour l’argent. Aussi les raisonnables sont taxés d’être onanistes ou neutres, et l’on ne se gêjie pas de leur eu faire honte publiquement. Dans les villes, au contraire, le célibat se rencontre chez les personnes les plus opposées par l’état de leur esprit et placées aux deux pôles extrêmes de l’intelligence. Sa prolongatioji iiidélinie, comme sa cessation subite, inopinée, sans raison apparente ni motif plausible, à tout âge, ne se justifient que par l’état vacillant et indécis de leur raison. Ils veulent et ne veulent pas, résistant parfois à leuî s passions, leurs perversions lubriques, avec la même énergie qu’ils s’y laissent aller ensuite. La désharmonie ou plutôt l’anarchie de leurs facultés intellectuelles et affectives les fait tomber d’un excès dans l’autre; n’étant plus libres n maîtres d’eux-rnêmes, ils succombent au courant du moment, suivant l’action ou la réaction provoquée par leurs aberrations, comme des exemples en sont relaté? dans V Impuissance par anaphroclisie morbide, p. 340.

Restées dans le célibat sans le vouloir ou malgré

ESSENCE OU CARACTÉRISTIQUE elles, certaines personnes semblent échapper à cette réglé. Le hasard seul les a rendues célibataires, disentelles ; mais il est bien plus justement l’effet de leur indifférence, leur indécision. Elles ne sont jamais fixées pour se prononcer et remettent sans cesse à une meilleure occasion. Un mais les arrête toujours au moment propice; leurs sens obtus ne les obligeant pas d’obéir. Elles recherchent le mariage froidement, plutôt d’après l’exemple des autres et pour s’y conformer qu’en y étant spontanément poussées, excitées. L’âge le plus favorable, de 25 à 28 ans pour les garçons et de 20 à 22 pour les filles, se passe ainsi en alternatives de résolution et d’irrésolution. Ne trouvant plus ensuite comparativement les partis avantageux et à leur goût qu’elles avaient rencontrés et abandonnés, elles vieillissent sans se décider et restent indétîniment célibataires. On peut juger, d’après cette histoire littérale de beaucoup de vieux garçons et filles, s’ils échappent, par leur indécision, à la loi générale d’un esprit de travers.

Au sens le plus vrai du mot, le célibat volontaire, choisi, réfléchi, prémédité, semble donc rexpression d’un état anormal ou morbide de l’esprit sur ce sujet spécial. Il n’en saurait être autrement pour avoir en dégoût, mépris ou horreur, le mariage et la famille qui sont la loi physiologique et morale de l’humanité entière. Pour se laisser absorber par d’autres sentiments, il faut évidemment ne pas avoir le sens commun, le bon sens ordinaire. Les plus sensés se défendent ainsi de ne pas avoir voulu se marier. N’avoir pas rencontré un parti convenable est leur excuse la

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])lus habituelle, sans s’apercevoir qu’ils accusent par là un fol amour-propre ou un orgueil démesuré, sinon un cœur sec.

Les partisans du célibat ne manquent pas d’invoquer, àl’appuideleurchoix, les nombreuses demandes en séparation et divorce dans les divers pays où ils existent. L’objection serait plus sérieuse en reposant sur les causes mêmes de cesdemandesde dissolution. 11 n’y en a pas en effet de plus légitime que l’infécondité même de l’union conjugale. La famille étant le but et la base du mariage, son absence devrait en emporter logiquement, de plein droit, la dissolution, dès que les intéressés la demandent. Tous les États devraient alors l’admettre, car elle est dans l’intérêt de la population et de la société.

Sur 27,827 demandes de séparation formées en France de 1840 à 1860, 10,727 émanaient de ménages sans enfants, soit plus du tiers. Sur 858 formés à Madrid de 1854 à 1864, 603 étaient dans le même cas. Or, comme la majorité de ces demandes étaient faites par les femmes, il est bien permis d’en inférer que le besoin, le sentiment de la maternité en est souvent la cause. L’empressement que les divorcés mettent partout à se remarier, dans une proportion supérieure à celle des veufs et des célibataires de ieur âge, témoigne hautement que ce n’est pas le joug du mariage que les séparés fuient, mais celui qui leur est devenu insupportable. On peut juger par là de l’injustice de la défense légale, faite aux veuves de

ESSENCE OU CARACTÉRISTIQUE rinde, de se Aussi règne-t-ii une grande

agitation locale en ce moment contre cette loi inique par les préjugés qu’elle consacre et entretient contre ces mariages et toutes les horreurs qui, de près ou de loin, en sont la conséquence.

Des célibataires avouent même candidement n’avoir pas trouvé le temps de penser à se marier. Ce sont les passionnés du travail ou plutôt ses esclaves, car il est leur unique maîtresse. Au besoin de celle-ci, ils vont au gros numéro ou à l’adresse indiquée, à prix fixe ou débattu d’avance. A ce degré extra normal, le travail cache toujours l’amour de l’argent dans le commerce, c’est-à-dire l’intérêt ou l’avarice ; la passion de l’étude, du savoir ou de l’ambition chez les savants. Au contraire, le goût normal du travail prédispose au mariage et à la famille en donnant conliance dans l’avenir.

Avouer cyniquement ainsi n’avoir jamais pensé au mariage, c’est accuser son anaphrodisie ou son immoralité. Celle-ci est si familière à tant de vieux célibataires par le libertinage, la débauche, le concubinage et la prostitution dont ils -donnent l’exemple, que c’en est la confirmation. Un égoïsme stupide, l’avarice, l’ambition ou tout vice dégradant comme l’ivrognerie, accusent aussi souvent cette déviation. D’autres affectent un esprit fort et frondeur, en invopiant hautement leur indépendance et leur liberté pour vivre à leur guise ou leur aise. Une œuvre spéciale quelconque : commerce, art, science, musique, enseignement, la charité môme, les voyages, suffisent à absorber leur activité, leur vie. Î1 en est qui consa-

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creiit leur amour aux livres, aux tableaux, aux autographes, aux monnaies ou des curiosités analogues. J’en connais un dont ia jeunesse s’est passée, dans un village, à établir un véritable musée d’assiettes, de plats anciens et d’autres antiquités. 11 a 56 ans et ne pense plus à so marier. D’autres mettent tout leur bonheur dans les animaux ; un chien ou un chat, un oiseau même remplissent leur cœur, comme les religieux le donnent à Dieu. Le théâtre, la musique, est pour certains mélomanes l’unique cause de leur célibat, afin de satisfaire librement leur innocente passion.

Sous CCS apparences excentriques, cet esprit absolu, une observation attentive révèle souvent des passions cachées; il s’y mêle toujours de vilains défauts. Tous CCS types sont généralement bizarres, fantasques, capricieux, querelleurs, maniaques, insociables, malpropres, avares, prodigues ou dissipateurs. Ceux qui ont l’esprit le plus sain ont souvent l’âme noire, et, sous un extérieur séduisant, ils ou elles cachent parfois des vices monstrueux. A ces traits communs des célibataires des deux sexes, qui ne reconnaîtra l’aberration ou la perversion de l’esprit?

ïl résulte souvent aussi de la folie sous ses différentes formes : l’idiotie, l’imbécillité, des vésanies et autres affections nerveuses, l’hystérie, l’épilepsie et l’hypocondrie notamment. De là son analogie avec l’onanisme produit par un délire génital et qui se rencontre particulièrement aussi chez les intelligences anormales, les caractères bizarres, excentriques, à idées fausses, délirantes. L’unif[ue différence est

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que le délire roule ici spécialement sur le mariage. La connexité de ces deux états est si grande, qu’ils se confondent souvent en coïncidant chez le même individu. L’un engendre l’autre ; l’onanisme et le célibat sont presque inséparables C’est, toujours l’éloignement, sinon la répulsion de l’autre sexe.

Tous les crimes dout les célibataires se rendent coupables, beaucoup plus fréquemment que les mariés, en sont une autre preuve encore plus convaincante. Tandis que les jeunes de 16 à 21 ans se livrent particulièrement au meurtre et à l’assassinat, les vieux donnent la préférence au viol et aux attentats à la pudeur sur des enfants au-dessous de quinze ans ; à Tavortement et à l’infanticide sur les adultes. Une statistique officielle à ce sujet, de 1826 à 1880, montre que ces derniers crimes n’ont cessé de s’élever, au point de doubler et de quintupler, en raison de l’indulgence excessive des jurés à cet égard, sans que la suppression des tours paraisse y jouer un rôle marqué ; au contraire, les premiers ont diminué sous l’influence d’une juste -sévérité (1). C’est une grave leçon pour ceux qui fuient le mariage, dont le détails officiels confirmatifs sont relatés à Célibataires.

Ces défauts, ces passions, ces crimes, dira-t-on, s’observent aussi chez les mariés. D’accord, mais il y a entre eux toute la différence de l’exception à la règle. Ceux-ci se sont mariés avant l’àge et eussent mieux agi de rester dans le célibat, car ils font de mauvais

(1) De la CriminalUé en France, Paris 1884.

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ménages. Les célibataires à l’esprit droit et sain finiss-mt tôt ou tard par se marier, s’ils ne remplissent pas des devoirs de famille comme s’ils l’étaient. Il faut avoir l’esprit de travers ou de mauvais penchants pour résister à cet entraînement si naturel et impérieux. Rien n’y supplée que le libertinage ou la dépravation. Des relations ou des engagements, sinon des passions, sont les seuls aliments du célibat qui puissent forcer d’y rester. A leur défaut, on en trouve encore la raison parfois dans une timidité d’anaphrodite ou une excessive incertitude de l’esprit. Ils n'ont ainsi rien à répondre lorsqu’on les interroge sur leur état.

Que veux-tu?... j’ai toujours aimé le célibat,

dit nonchalamment Dubriage, le Vieux Célibataire, à son domestique, le plaignant d’être si malheureux.

A ces accusations, quelques célibataires ont pourtant essayé de justifier leur état en le comparant à celui des veufs, des séparés ou divorcés, pour montrer qu’il n’avait rien d’anormal ni de singulier. La famille, pour le plus grand nombre de ceux-ci, suflit à réfuter cette prétention, réduite à néant par les statistiques suivantes du docteur Bertillon sur leur propension constante au mariage, contrairement aux garçons et tilles qui n’en ont pas.

Dans les Pays-Bas, par exemple, la proportion des veufs de 22 à 24 ans, remariés pendant la période décennale de 18o5 à 1864, a été de 213 sur 1,000 par année, alors qu’elle était de 4,6 seulement chez les garçons.

ESSENCE OU CARACTÉRISTIQUE

De 25 à 35 ans, où le mariage est le plus fréquent chez tous les hommes, la proportion, de 110 à 112 chez ceux-ci par année, s’élevait de 327 à 356 veufs de cet âge.

Tout en diminuant plus tard chez les uns et les autres, cette ardeur au mariage est toujours, à tous les âges et sans aucune exception, trois ou quatre fois plus grande chez les veufs que ojiez les célibataires du même âge.

La même tendance se retrouve chez les femmes, quoique dans une moindre proportion. La nuptialité des filles de 18 à 21 ans étant en Hollande de 22 sur 1,000, celle des veuves du même âge est de 44. De 25 à 29 ans, où la nuptialité est le plus fort, elle s’élève à 115 filles et 157 veuves par 1,000; différence qui se maintient jusqu’aux limites de l’âge.

Loin d’être isolés, ces résultats sont presque identiques en Suisse, où la nuptialité des garçons est plus faible qu’en Hollande, mais où celle des veufs est encore bien plus grande. Ils s’y marient à chaque âge quatre fois plus que les garçons.

Le mariage des divorcés donne une démonstration encore plus péremptoire de cette propension naturelle, d’après la statistique comparative faite en Belgique et en Suisse comme en Hollande. Malgré tous les raisonnements plausibles qui semblent devoir l’exclure en pareil cas, leur nuptialité l’emporte sur celle des garçons, excepté jusqu’à 25 ans, à cause de leur nombre restreint. Au-delà de cet âge, ils prennent si amplement leur revanche, que, de 30 à

CÉLIBAT

3o ans, leur nuptialité de 186 sur 1,000 l’emporte du double sur celle des célibataires, qui est de 112. Elle augmente si rapidement jusqu’à 45 ans, en raison de leur nombre croissant, qu’elle est alors six fois plus considérable que chez, les vieux célibataires et dépasse même celle des veufs. Tout en s’affaiblissant ensuite, elle conserve toujours cet avantage jusqu’à la mort.

En Suisse, dès l’âge de 25 à30 ans, les divorcés ont une nuptialité double des garçons et cette différence augmente, comme en Hollande, à mesure qu’ils avancent en âge. Elle est du triple au simple de 35 à 40 ans et l’emporte sur celle des veufs de 45 à 50.

Les divorcées se marient moins que les tilles en Hollande et en Belgique jusqu’à 30 et 35 ans; mais, plus tard, leur nuptialité dépasse même celle des veuves et reste deux fois et deux fois et demie plus forte que celle des tilles. Des résultats presque identiques, constatés en Suisse, leur donnent une grande valeur, quoique reposant sur des nombres moindres que pour les hommes.

Sauf de légères ditiérences, la statistique a constaté les mêmes faits en France et en Angleterre, à Paris comme à Berlin, et surtout en Belgique, où la différence entre la nuptialité des veufs et des célibataires est plus marquée que partout ailleurs. L’amour de la vie conjugale est si profond chez les hommes qui en ont une fois goûté les charmes, qu'il reprend le dessus à partir de 30 ans. Que la mort ou les malheurs domestiques rompent cette association et l’homme semble la regretter aussitôt qu’il l’a perdue;

ESSENCE OU CARACTÉRISTIQUE la majorité se hâte à tout âge de réparer cette perte. 11 sent le prix de la vie de famille plus que celui qui ne Ta jamais connue. De là le concubinage fréquent des séparés; loin de se réjouir d’être soustrait au joug de la famille, l’homme s’empresse de s’y replacer, en montrant par là qu’il n’est pas aussi pénible que les célibataires le prétendent.

Tout en étant moins prononcée chez la femme, la tendance à une seconde union existe aussi dès que la mort ou le divorce ont rompu la première. Il suffît d’un certain âge pour que tous les inconvénients du premier mariage soient oubliés. Si elle se remarie moins souvent que l’homme dans ces deux cas, l’explication en est dans cette règle : les femmes ont moins besoin de nous que nous n’avons besoin d’elles.

Cette différence, constatée tout récemment en calculant et en comparant suivant les âges, et non en masse comme on le faisait, tout extraordinaire qu’elle paraît, s’explique naturellement. Le garçon et la fîlle n’ayant pas eu de goût prononcé au mariage avant 30 à 33 ans ne se marient guère plus tard, par le défaut d’occasions ou de partis et l’affaiblissement progressif de leurs désirs. Au contraire, les veufs et les veuves de tout âge, comme les divorcés, conservent en général la même inclination qui les a fait se marier une première fois.

Le veuvage ni le divorce ne peuvent donc être invoqués en faveur du célibat pour en atténuer l’anomalie. Ils la démontrent au contraire par l’imanimité des résultats obtenus. Si le sens commun.

CÉLIBAT

l’esprit sain, physiologique et mora], préside à cette adhésion générale et persistante au mariage, c’est démontrer implicitement que son aberration seule peut entraîner au célibat indéfini quelques personnes. Qu’elles vivent comme mariés, c’est possible ; mais le fait seul de ne pas souscrire à la loi générale est une singularité, une protestation, une révolte contre la loi établie et acceptée par la majorité. C’est une preuve que le célibat se produit sous l’inüuence de sentiments physiques et moraux diamétralement opposés k ceux du mariage dont il est la négation. C’est bien moins dans le défaut d’occasion, de rencontre, de choix ou de position pour se marier, comme on l’invoque, que par le peu d’empress^eraent ou le dégoût, l’aversion que l’on éprouve à le faire. Une préméditation latente ou inconsciente existe évidemment chez la plupart des célibataires.

Une cause apparente, avouable, permet seule de s’en défendre. Autrement, on encourt toujours le soupçon ou l’accusation d’un esprit bizarre ou excentrique, de vices cachés, de relations secrètes, d’habitudes ou de passions inavouables.

L’anomalie de l’instinct, qui rapproche les individus du même sexe entre eux, à l’exclusion de l’autre, sans trouble moral, ni difformité physique apparente, rend cette cause évidente. Des observateurs émérites, comme le professeur Charcot, en ont constaté scientifiquement des exemples dans ces derniers temps, chez des hommes âgés et des filles jouissant de toute leur raison, nés avec des senti-

ESSENCE OU CARACTÉRISTIQUE ments et des 'affections opposés à leur vrai sexe. Par une inversion originelle du sens génital, des garçons normalement conformés sont portés, candidement pour ainsi dire, dès l’éveil de J’instinct génésique et pendant toute la durée de leur existence, vers les individus de leur sexe, à l’exclusion absolue, la répulsion même invincible de l’autre.

Il ne s’agit ici ni d’une simple déviation momentanée des facultés affectives, observée chez les adolescents des deux sexes et résultant de la promiscuité absurde entretenue dans les internats, ni de ces fous raisonnants, dégénérés ou détraqués, appelés cérébraux ou toqués, fantasques ou débauchés, dont tant courent le monde sans rien offrir de semblable. Cette anomalie de l’instinct résulte évidemment d’un défaut ou d’un vice d’organisation congénitale du cerveau, comme d’autres naissent avec un pied bot ou une difformité quelconque. Aucun enseignement préalable n’avait provoqué cette inversion génésique, chez les individus des deux sexes qui en ont fait l’aveu simple et naïf à la sollicitation active et scientifique du médecin, comme les exemples en sont relatés à Y Onanisme, page 59.

C’est évidemment l’une des plus infaillibles causes de célibat et si nouvelle que soit sa découverte et son interprétation, elle a dû régner à toutes les périodes. La répulsion de ses victimes pour l’autre sexe, comme dans l’anaphrodisie sexuelle, doit la rendre aussi ancienne que le monde, de même que les déviations, les anomalies et les monstruosités de l’organisation physique. C’est l’indication positive que

CÉLIBAT

le célibat se produit par une disposition de l’esprit contraire et opposée à celle du mariage.

Une réserve doit être faite ici sur cette inversion originelle du sens génital, admise sans restriction dans Y Onanisme, sur l’autorité des auteurs de cette nouvelle interprétation. Cette anomalie congénitale de l’instinct sexuel, imaginée sans démonstration possible, d’après deux observations, pour expliquer i’onanisme et le célibat, est contredite par l’observation même d’un plus grand nombre de faits. Un garçon suisse de plus de 40 ans, s’étant livré normalement au coït jusqu’à ans, même avec excès étant militaire en Algérie dans la légion étrangère, conçut une si profonde déception de l’abandon d’une maîtresse vivement aimée, qu’il se livra ensuite de préférence à l’onanisme solitaire, puis à deux et graduellement à toutes les autres variétés jusqu'à la sodomie active avec ses pareils ; une fistule anale opérée ne lui permettant pas de s’y soumettre passivement. Des hommes mariés, avec enfants, se laissent aller aux mêmes aberrations par suite d’abandon, de séparation ou de veuvage, aussi bien jeunes que vieux. Tardieu a relaté plusieurs exemples semblables d’hommes mariés, convaincus de se livrer de préférence à ces perversions; de Germ... en est un des plus mémorables par sa condamnation.

Gomment accepter dès lors l’origine congénitale de cette inversion? En rapprochant invinciblement ces hommes de leurs semblables, ils seraient restés de même dans le célibat. Leur mariage avec enfants, et le développement des perversions génitales ensuite,

ESSENCE OU CARACTÉRISTIQUE contredisent donc cette interprétation. Qu’il survienne consécutivement des troubles du cerveau, de l’imagination ou de l’esprit pour amener un tel changement de goûts, de désirs, il faut bien l’admettre, si tant est que des actes aussi pervers i^e puissent avoirlieu sans lésions ou difformités organiques. Elles peuvent résulter sans doute des chagrins ou malheurs conjugaux ; mais l’action de l’habitude, dans cette voie comme en toute autre, peut bien agir insensiblement, progressivement et amener toutes ces aberrations. C’est là notre opinion.

L’emblème le plus vrai et exact du célibat est un esprit faible, troublé, dérangé, malade, par aberration du sens moral ou obstruction du sens commun par une passion antisociale. Cette interprétation, conforme à la loi qui l’impose aux fous et aliénés, simples, imbéciles et idiots privés de raison, est démontrée par tous les faits de notre observation, relatés dans ce livre. On s’en convaincra aussi par les types créés au théâtre, dans le roman et la chanson, signalés à Célibataires. En révélant une impulsion morbide de l’esprit à ne pas agir comme tout le monde, on peut en faire une simple névrose suivant l’usage en vogue. Toutes les grandes passions animales, la débauche et le libertinage y entraînent en réagissant sur le moral et en l’affaiblissant. L’esprit obsédé, enchaîné par une vive préoccupation de soi-même, l’égoïsme ou l’amour-propre, l’ambition, l'avarice, la paresse, le jeu, la crainte, le désespoir,

CELIBAT

y portent également en remplaçant le conjoint. Volontaire et prémédité avec l’esprit intact, il est ordinairement causé et entretenu par une perversion ou une aberration génésique, sinon il faut y chercher seulement des difformités physiques, des lésions apparentes ou cachées, l’ayant imposé, forcé. De là ses analogies par l’immoralité avec l’onanisme. Aussi sont-ils le plus souvent associés; l’un ne va guère sans l’autre, d’une manière quelconque, dans la prostitution et le concubinage.'^ Par sa négation meme de la génération et de la famille, il est aussi assimilable à l’impuissance et la stérilité. Il ne s’accorde bien qu’avec ces défauts ou ces vices, physiques et moraux, et forme l’attribut particulier de la prostitution et du vice. Tel est le célibat.

D’où l’horreur, le mépris et la profonde répulsion qu’il inspire, quand il n’est pas justifié par la pitié. Il faut être sans cœur pour le choisir ou n’aimer que soi-même. L’égoïsme, source de tous les plus mauvais instincts, pervers et contre nature, en est ainsi la personnification générale.

Loin d’être toujours volontaire, le célibat est souvent indiqué, commandé, forcé, imposé par certaines conditions physiques et morales, sociales même, qui en font une obligation pour le bonheur de la vie. Telle passion, qui y retient tant d’individus, en est souvent une indication pressante, absolue. Le mariage

IN'DICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 59 n’est heureux qu’à la condition de pouvoir en remplir réciproquement les fonctions et d’y apporter dé part et d’autre des qualités d’esprit et de cœur, de caractère et de volonté, de conduite et de moralité permettant de vivre ensemble par des concessions mutuelles. L’amour initial prépare sans doute à ces heureuses dispositions ; mais dès qu’un défaut capital, une passion insociable existe chez l’un ou l’autre des conjoints, c’en est assez pour rompre l’harmonie et changer aussitôt ce paradis en enfer.

Quiconque est atteint de l’un de ces vices rédhibitoires du corps ou de l’esprit ne doit pas hésiter à rester seul, sans river indissolublement à son côté une existence souvent innocente et vertueuse.il suffit même d’être prédisposé de bonne heure à la paresse, l’ivrognerie, le libertinage, la dépravation, la colère pour attendre dans le célibat et s’éprouver à résister à ces tendances contraires au mariage. Les douceurs de l’union matrimoniale, les joies de la famille, l’amour et le besoin du travail peuvent les corriger sans doute ou même les empêcher d’éclorf, sinon en diminuer l’intensité ou la violence ; mais il est rare qu’elles cessent complètement, dès qu’elles se sont manifestées. Comme le cancer, la phtisie et la syphilis, elles repullulent jusqu’à la ruine et la mort du corps qui leur a donné naissance pour le plus grand malheur de la progéniture.

Au point de vue médical, le célibat obligatoire a beaucoup plus d’indications qu’au point de vue so-

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cial. M. Le Plyy ne l’acceptait; dans sa Réforme sociale^ « que pour les individus des deux sexes moralement et physiquement incapables de se conduire et de régler leur vie. Au milieu des populations les plus heureusement douées, dit-il, il existe toujours une proportion considérable d’individus qui, à raison des vices de leur constitution physique, des lacunes de leur intelligence, et, en général, de l’infériorité de leurs aptitudes sociales, ne peuvent être utilement admis au mariage. » Cette formule vague comprend sans doute, en premier lieu, ceux que la loi frappe d’interdiction à cet égard ; mais combien y échappent encore, beaucoup plus dangereux à marier que les fous, par les difformités cérébrales et sexuelles, apparentes ou cachées, dont ils sont affectés ! D’oii la nécessité de les signaler et de les décrire en détail.

Il ne s’agit donc pas d’abolir le célibat, malgré ses mauvais effets; ü est nécessaire et utile, indispensable môme dans certains cas, et devrait être alors imposé, forcé. Beaucoup de personnes sont inaptes au mariage au point de vue de la génération qui en est le but essentiel. Et comme l’a dit Bernardin de Saint-Pierre : tout homme qui se voue au célibat y vouant nécessairement une fille, un certain nombre de celles-ci y sont condamnées malgré elles, du fait seul de l’homme. De là sa raison d’être.

Mais il ne faut pas davantage l’encourager ou le prescrire en le rendant obligatoire pour le service militaire et sacerdotal, fatal même par la prostitution inscrite. Agir ainsi, c’est renouveler ce qui avait lieu utrefois dans les familles sous l'empire du droit

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 61 d’aînesse, existant encore dans certaines contrées de TAllemagne et en Angleterre notamment, en vertu de l’institution monarchique et de l’aristocratie dominante. Au contraire, il doit être limité à des causes positives, en dehors desquelles il devrait être passible, à un certain âge, de la privation des droits civils, compensateurs des devoirs sociaux dont il dispense.

Comme les publicistes du xvui° siècle et les grands orateurs révolutionnaires s’étaient élevés contre les scandales donnés par les familles nobles — dont les aînés vivaient dans le luxe et la débauche, tandis que les filles et les cadets étaient condamnés au célibat par leur naissance même — M. Le Play, trop indulgent pour les institutions de l’ancien régime, s’est justement prononcé contre les lois et les mœurs actuelles qui poussent au célibat. Il engendre en effet autant de maux dans la société moderne par les institutions qui l’entretiennent, sans que l’on y apporte aucune restriction en vertu de la liberté individuelle. Le rétablissement du divorce, mettant un terme au célibat forcé des époux séparés, est pourtant un premier pas dans cette voie légale qui pourra utilement servir à en faire d’autres, à l’avenir, contre le célibat national.

Considéré à ce double point de vue scientifique et social, il pourrait être efficacement combattu dans sa fréquence extrême, ses causes et ses résultats déplorables. Il engendre fimmoralité par la prostitution et la débauche qu’il entretient ; et ses conséquences directes : la syphilis, l’adultère, l’illégitimité, l’avor-

tement et l’infaDticide, seraient atténuées dans leur effet principal, la dépopulation, qui menace actuellement la France. Préciser les conditions qui le commandent et celles qui permettent de le supporter sera, par exclusion , en formuler les contre-indications positives.

D'après M. J. Simon, au contraire, la conservation de l’espèce est assurée, de telle sorte que le célibat ne peut être ni un danger, ni un inconvénient. Maxime fausse, cadrant bien avec l’imprévoyance et l’indécision qui ont caractérisé les actes de l’illustre écrivain comme homme d’État. D’où sa lourde chute ou plutôt son exeat du pouvoir. Allez-vous-en, sortez d’ici, ont pu lui signifier hautement les coalisés du 16 mai, sans qu’il ait su prévoir ni découvrir leurs menées et leurs machinations pour atténuer le coup fatal qu’ils voulaient porter à la République. C’est en négligeant les nombreuses causes d’immoralité qui provoquent et entretiennent le célibat — au point d’en faire une redoutable plaie sociale contre la force et la puissance de la nation — qu’il a pu émettre cette doctrine erronée. La dépopulation actuelle en est un avertissement.

En ne s’appuyant sur aucun principe de droit public ni privé, on absout par de telles maximes tous les vices et les immoralités, portant la plus grave atteinte à la virilité et la puissance de son pays C’est abuser du crédit et de l’autorité de sa parole que de la lancer aussi légèrem'ent. Clérical, malgré son libéralisme partial, son auteur a voulu sans doute ménager ainsi le célibat religieux, le plus mal-

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 63 faisant de tous, pour se donner libre carrière à cet égard.

Un triage est donc nécessaire pour désigner les incapables et les indignes du mariage, soit à temps, soit indéfiniment. Voyons d’abord ceux-ci, les autres viendront au célibat transitoire ou prolongé.

La société n’aurait d’abord rien à perdre, ni la vigueur de la population non plus, à ce que les individus disgraciés, moroses, insociables, aimant vivre à Fécart, loin des regards de leurs semblables, restassent absolument dans le célibat. L’hygiène ne s’oppose pas davantage à celui de ces hypocondriaques qui ne pensent qu’à leur santé et pour lesquels la moindre impression organique est un événement. Ils ne peuvent apporter dans le mariage qu’une inquiétude puérile, une agitation désordonnée, au détriment du repos de leur conjoint.

La plupart des onanistes, surtout à deux, après 25 ans, sont inaptes au mariage par leur impuissance sexuelle ordinaire. Ils ne trouveraient ni ardeur ni volupté dans les rapports normaux par l’éreintement et l’obtusion de leurs organes. Un professeur de 27 ans voulut ainsi forcer sa jeune épouse à le masturber, la première nuit de ses noces, sous prétexte de l’impossibilité de l’intromission. Ce sont autant d’anaphrodites près des femmes, sans ce stimulant, par leur indifférence, sinon leur aversion pour elles. Toutes les aberrations génitales entre les deux sexes les enchaînent ainsi réciproquement au célibat, par

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leurs goûts dépravés et leurs habitudes perverses. Le saphisme y condamne aussi les ülles.

Wonanisme, seul et à deux, quelle qu’en soit la forme, commande donc le célibat aux personnes des deux sexes qui y sont adonnées par habitude. Dès qu’il se prolonge exclusivement après la nubilité, soit de 25 à 30 ans, sans rapports normaux ni raison forcée, comme l’isolement, l’emprisonnement ou la déportation entre sexes séparés, l’union normale est rendue impossible. La surexcitabilité hyperesthésique, l’éréthisme développé par ces pratiques immondes et artificielles avec la bouche ou la main, sinon des moyens mécaniques, sur les organes ou les voies anormales qui y sont soumis, neutralise toute autre sensation naturelle. D’où la persistance à recourir de préférence aux rapports anormaux.

Aussitôt mariés, masturbateurs, gamahucheurs et sodomistes tentent de soumettre leurs jeunes femmes à ces ignobles procédés. Des exemples authentiques en sont relatés dans V Onanisme par le retentissement qu’ils ont eu devant les tribunaux. Sous prétexte quelle ne pouvait le recevoir, l’un de ces misérables nous demandait même la formule d’un aphrodisiaque pour l’y contraindre plus facilement.

Ne pouvant amener son mari au clitoridisme buccal, une modiste payait de vils pédérastes pour satisfaire sa passion ou permettait, en échange, à des sodomistes d’assouvir la leur. Voilà pourquoi les onanistes, hommes comme femmes, sont indignes du mariage.

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS C5 V anaphrodisie sexuelle, c’est-à-dire ^,’:imour faux, dévié, perverti, pour ses semblables, est aussi une contre-indication analogue. Originelle ou acquise, elle se décèle souvent par l’onanisme seul ou à deux. Il peut en être ainsi la source et Tindice initial. Les jeunes enfants des deux sexes se rapprochant intimement de leurs semblables par une affection tendre, quoique étrangers, aimant à être seuls ensemble et se faisant de douces confidences, en sont particulièrement menacés.

Tout en s’observant chez les deux sexes lors de la nubilité, elle est rendue plus manifeste, apparente, chez les garçons que chez les filles, par fintensité de leurs désirs, leur défaut de pudeur et de retenue à se découvrir devant leùrs semblables. Enclins à l’onanisme à deux, ils se cherchent, se rapprochent elles plus hardis ou passionnés, sinon les plus vicieux, s’adonnent ainsi de bonne heure à la prostitution masculine en se livrant à des hommes plus âgés qu’eux.

Plus timides, timorés ou retenus par leur éduca» tion morale, leur instruction, d’autres restent seuls„ isolés, persistant dans leur vice secret. N’éprouvant aucun attrait pour les plaisirs de leur âge entre les deux sexeS) ils les fuient en se sentant plus attirés vers les garçons que vers les filles dans ces réunions. Leur anaphrodisie peut être ainsi occulte, latente, cachée, de longues années, depuis 20 à 30 ans. Hésitants sur leur propre sexe, malgré leurs érections spontanées, les plus décidés cherchent à se fixer. Ils vont voir les filles, souvent dans les plus mauvaises

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conditions, et n’éprouvant rien à leur contact, ils demeurent impuissants. La vue, la conversation de ces femmes ne les touche ni ne les érneut ; ils sont embarrassés en leur présence et aucun sentiment de convoitise ne s’élève ni dans leur cœur ni dans leurs sens. Ils sont froids et impassibles et ne ressentent même aucune excitation de leurs agaceries, leurs provocations, leurs attouchements. L’épreuve est alors décisive et la plupart retournent ainsi à l’onanisme seul ou à deux et y restent définitivement.

Les garçons efféminés, lymphatico-nerveux, timides, émotifs, strumeux, à la peau blanche, glabre, imberbes, tissus mous, pâles, aux formes arrondies, sont les plus exposés à cette infirmité avec les filles nerveuses, hystériques. Les faits relatés à l’anaphrodisie, &diX\?>Y Impuissance physique et morale, page 33^, en témoignent. Mais ces caractères n’ont rien d’absolu, comme le démontrent les nouvelles observations suivantes.

Un garçon pâtissier de 20 ans, élancé et très efféminé, est adonné depuis quatre ou cinq ans à l’onanisme mutuel et réciproque avec ses compagnons, contracté dans la promiscuité du travail et du coucher. Il ne s’est jamais senti entraîné aux autres plaisirs de son âge. Il vient me consulter dans la désolation et enclin au suicide, parce qu’il est en butte, dai2è ses promenades publiques solitaires, à des propositions, des attaques impudiques de la part des hommes, tandis qu’il n’éprouve rien pour l’autre sexe. Un ecclésiastique l’avait même provoqué récemment en wagon. Je le renvoyai dans sa famille,

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 67 dont il était Tunique rejeton, pour le mettre en garde contre ces tentations masculines, auxquelles il était près de succomber, m’avoua-t-il. Je lui prescrivis un traitement moral hygiénique, que le service militaire obligatoire a dû seconder efficacement.

Un ouvrier tailleur de 29 ans, gros et court, extrêmement timide et embarrassé, Tesprit obtus, tout en raisonnant juste, vient me demander quel est son sexe, parce qu’il n’a jamais rien éprouvé pour les femmes et se sent excité à la vue des beaux garçons et attiré vers eux. Il s’est ainsi plus masturbé que jamais pendant son service militaire, en voyant ses camarades s’habiller et se déshabiller sans réserve. Il en rêvait la nuit, sans avoir jamais eu aucun contact avec eux. Il résistait, en rougissant, à ses inclinations dont il avait honte.

Depuis, il travaille seul dans sa mansarde et n’a pas d’amis. Il se distrait par la lecture. Une jeune tille de sa maison, aux mœurs faciles, croyant se faire épouser, a voulu le séduire en partageant son lit. Tout en saisissant avec plaisiT cette occasion de s’essayer, il est resté complètement impuissant, bien que normalement conformé avec érections spontanées et pollutions voluptueuses. Sa timidité et son anaphrodisie sexuelle paraissent les seules causes de son impuissance.

Adonné à la masturbation solitaire depuis l’âge de 13 à 14 ans, un Anglais de 33 ans, d’un esprit çultivé et distingué, m’avoue candidement n’avoir pu s’en détacher. Il a fréquenté les filles après vingt ans, plutôt par imitation que par incitation, sans en

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éprouver jamais ni attrait ni volupté. Ses rapports sexuels se ralentirent ainsi graduellement jusqu’à trois mois d’intervalle, sans que l’habitude et le besoin de l’onanisme en fussent diminués. Son goût de l’étude des langues est si prononcé, qu’il écrit correctement et élégamment en français, en italien, en allemand, en espagnol et fait de la musique à livre ouvert. Cette facilité remarquable de l’étude des langues m’a été démontrée par un autre jeune onaniste elïi^éné qui, en trois ans, de 17 à 20, avait appris, sans maître, l’anglais et l’italien, an point de traduire en français, à livre ouvert, le Paradis perdu et la Jérusalem délivrée. 11 est aujourd’hui parfaitement guéri. . . de l’onanisme, mais peut-être malade autrement par des excès sexuels.

En persistant avec intensité chez l’Anglais, l’onanisme manuel a retenti sur la vue et l’ouïe. Des spécialistes consultés ont attribué ces accidents à des excès vénériens et les ont défendus, sans se douter du contraire et sans faire aucune question dans ce sens. C’est une plaie que l’on ne soupçonne pas assez. Les femmes, même les plus belles, sont complètement indifférentes à ce garçon, quoique vivant dans leur société et prenant de l’agrément dans leur conversation ; mais un bel homme éveille ses désirs, il s'y sent attiré, écrit-il, tout en ayant résisté jusqu’ici par respectahility . Un artiste parisien distingué, âgé de 27 ans, est absolument dans le même cas.

Malgré leurs différences, ces faits ont une commune origine : c’est toujours l’homme attiré et excité par la vue de l’homme qu’il connaît par lui-

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS G9 même, à l’exclusion de la femme dont il a parfois l’expérience. Avec leur raison et leun rsisomiement d’indignité, ces pseudo-célibataires ne peuvent se défendre de ce sentiment anormal; vainement ils luttent, se font violence pour résister et se soustraire à ce tyran , ils restent impuissants ou bien l’acte est sans charme ni volupté et ils se retirent dégoûtés, tout en ayant même combattu parfois pQur vaincre. C’est donc bien là une anaphrodisie sexuelle.

Faut-il l’attribuer à l’habitude de la masturbation? Non. Le masturbateur qui se livre au coït par genre ou libertinage, sinon pour dépister les soupçons, en est toujours imparfaitement impressionné par l’hyperesthésie habituelle de ses organes et éprouve aussitôt le besoin de le compléter par sa manoeuvre ordinaire. Un gentilhomme espagnol de 22 ans, mis au courant de l’onanisme à deux par son professeur, m'a confirmé ce fait : il était seulement surexcité par le coït et, rentré chez lui, le faisait suivre de la masturbation solitaire comme plus voluptueuse. Roubaud a cité des cas semblables et un masturbateur effréné, incorrigible, m’écrit la même chose, en sollicitant la résection du cordon spermatique pour le guérir sans trace de castration. Des médecins lui ayant prescrit ce remède des femmes, comme un spécifique infaillible, il y recourut à plusieurs reprises, sans pouvoir s’empêcher de se masturber ensuite, séance tenante, pour éteindre son priapisme. Tel est l’effet morbide de cette déplorable habitude : le coït ne la guérit pas, si ces garçons n’y sont pas portés spontanément; au contraire.

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il Ja redouble chez certains masturbateurs pervertis.

Qu’elle procède de l’onanisme ou lui soit étrangère’ c(dto anaphrodisie complète ou incomplète exclut donc le mariage de ceux qui en sont atteints. Leurs unions sont fatalement malheureuses. Garçons et filles préfèrent ainsi vivre à deux comme amis avec leurs pareils, au lieu de se marier. Caché, mystérieux et incompréhensible, le mobile de ces ménagés d’hommes ou de femmes, non soupçonné en général, est dévoilé au Célibat faux ou à deux. Ils sont heureusement rares par l’impureté môme de ces amours; ce qui les rend instables et fragiles. Ils se brisent comme ils se forment, car il est très exceptionnel qu’ils soient partagés au même degré pour être durables et se consolider, surtout entre hommes. I^e saphisme y retient plus los femmes ; ses caractères distinctifs ont pu en être ainsi observés à l’hôpital de Lourcine. Lorsque des intérêts de parenté ou d’autres causes aussi naturelles n’expli- ([uent pas ces unions monstrueuses dans le célibat entre deux personnes du même sexe, il y a lieu de soupçonner des rapports contre nature entre elles.

Moins exceptionnels que l’on ne pense, ces cas sont inconnus par le secret qui s’y attache. Les pédérastes, vieillis dans ce vice infâme sans rapports normaux, partagent cette anaphrodisie sexuelle. L’absence de désirs et le défaut de volupté dans les rapports physiologiques font tomber rapidement l’érection. Leur imagination est à d’autres idées, leurs organes habitués à d’autres manœuvres, d’autres sensations ; l’eftèt de l’habitude les rend incapa-

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 71 blés d’achever l’acte normal, sans volupté pour eux. Toute leur impuissance est dans la perversion de leurs désirs et leurs abus vénériens.

Marié à une jeune et jolie femme, dit Tardieu dans sa 69® observation, un garçon de 27 ans, charcutier et débitant de boissons près Paris, ne tarda pas à la quitter. Ancien cuisinier dans une pension de garçons, il en avait corrompu plusieurs. Reprenant ses habitudes de prostitution, il fut bientôt arrêté. Sa femme dénonça son impuissance et ses goûts honteux furent confirmés par tous les signes de la pédérastie constatés chez lui et ses complices.

Hî ^

L’influence du moral est si puissante sur le physique, chez certains individus impressionnables, qu’elle le domine . En dehors des besoins indispensables à l’entretien de la vie, comme de manger et boire, toutes les autres fonctions, celle de la reproduction en particulier, peuvent rester engourdies, suspendues et comme paralysées. L’âme fortement préoccupée d’un objet, éprise d’une idée sublime et persistante, rend le célibat utile et même nécessaire, comme l’amour trompé, déçu, la perte d’un être aimé peut le faire supporter longtemps. « La peinture est une jalouse qui ne souffre point de rivale, » répondait Michel-Ange quand on lui proposait de se marier. Le célibat pouvant cesser avec la cause qui l’entretient, il f&ut respecter ces rares exceptions.

« Les grands hommes sont les plus diflîciles à repétrir, dit A. Barine en parlant deCarlyle, justement

CÉLIBAT

parce qu’iis sont faits d’une autre pâte, plus fine et pins résistante, que le commun de l’humanité. C’est •pourquoi, sans vouloir décourager de les épouser, il n’est peut-être pas sans utilité de faire voir que ce qu’ils ont à offrir, en échange de ce qu’ils ont le droit d’exiger, n’a aucun rapport avec ce que l’on entend vulgairement par le mot bonheur. La satisfaction que peut espérer une madame Carlyle on une lady Byron est d’une nature différente, plus élevée peut-être aux yeux de quelques-unes, moins délectable assurément au goût de la plupart; il est sage de ne la choisir qu’en connaissaijce de cause et si l’on a tout à fait la vocation d’être la femme d’un grand homme, comme Carlyle, d’après le

tabjeau de sa v’c . » {Revue des Deux Modules, 15 octobre 18ç>4.)

Beaucoup de savants, d’artistes, d’auteurs sont par là aussi impropres au mariage que les misanthropes, les hypocondriaques, les aliénés même, par l’anaphrodisie morbide qui les frappe. Le génie est célibataire. La contention, la fixité de leur esprit à leurs idées favorites, sinon leurs. rêves, leurs images poétiques, les paralyse; comme l’inquiétude, la crainte, le chagrin, la frayeur suffisent à déprimer, affaiblir les autres en les bouleversant au moral et au physique. Un certain nombre restent justement dans le célibat par cette cause secrète, révélée par la stérilité même des unions de ceux qui se marient. *

Filles et garçons adonnés passionnément aux arts, sciences et lettres, tout en pouvant remplir leurs

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 73 devoirs conjugaux, sont ainsi peu aptes à faire le bonheur de leur conjoint. Ils ne sont pas assez libres d’eux-mêrnes pour s’y consacrer comme il convient. Leur passion de la musique, des livres, des tableaux, de l’atelier, si ce n’est de l’amphithéâtre ou du laboratoire, les enchaîne trop pour s’y dévouer et leur donner le temps et les soins nécessaires. S’ils ont des enfauts, c’est en petit nombre; souvent leur mariage reste stérile par leur âge ou leurs préoccupations. On ne peut servir deux maîtres, sans que l’un soit négligé, sacrifié; le plus fort l’emporte toujours. Si tant de savants ont de mauvais ménages et des femmes infidèles, la faute en est à eux, eux aussi ont leur maîtresse. A moins de choisir un homme spécial à leur service, les femmes savantes, doctoresses surtout, n’ont pas à se plaindre d’un pareil sort.

La preuve en a été récemment faite parmi le corps enseignant de la Faculté de médecine de Paris. Sur 34 professeurs, 5 sont célibataires et sur les 29 mariés, 9 sont sans enfants. Les 20 autres professeurs ont de un à trois enfants au plus ; un seul, d’origine anglo-saxonne, fait exception; il en a six ou sept!

Ce fait n’est pas exceptionnel, car la Faculté de médecine de Lyon qui, par ordre d’importance, vient immédiatement ensuite, est à peu près dans le même cas. Sur 28 professeurs, 5 sont célibataires et des 23 mariés, 2 sont restés stériles. C’est le quart de non -valeurs. Les 21 ménages féconds comptent 77 enfants jusqu’ici, soit une moyenne de 3,58 ; c'est donc plus qu’à Paris.

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A Bordeaux, la corporation baisse pavillon devard son aînée. Des membres de la Faculté, o sont célibataires et les 17 mariés comptent seulement 45 enfants, soit 2,6 par ménage, sans aucun de sierile. L’avenir d’ailleurs n’est pas entièrement ferme à tous et plus d’un pourrait encore prendre une bonne revanche.

Il serait curieux de poursuivre cette statistique dans les autres Facultés de médecine en province, pour décider si le même fait anormal se produit. 15 célibataires sur 84 hommes, c’est presque 18 pour 100 et 11 ménages stériles sur 69 donnent aussi une forte proportion. En tout, presque 31 pour 100 de non-valeurs génératrices, soit le tiers environ. Démonstration évidente, mathématique , que l’étude et la concentration de l’esprit sur des abstractions, surtout chez les plus savants, nuisent essentiellement à la faculté génératrice et à la procréation.

Toute personne parvenue par son génie au sommet des connaissances humaines, dans une faculté quelconque, est ainsi infailliblement prédisposée au célibat, dès qu’elle ne s’est pas mariée jeune, faute d’y penser ou en en étant empêchée par sa situation précaire. La tension, l’élévation de l’esprit sur un sujet d’études spéciales en fait d’aussi mauvais générateurs que les idiots. U y a opposition, antagonisme entre la génération matérielle et la génération intellectuelle, d’après la disposition même du système nerveux cérébro-spinal. «Dans la station perpendiculaire surtout, dit Virey, la colonne vertébrale est comme une pile éîeciriqiie d’os superposés et séparés par des carti-

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 75 lages renfermant au centre la moelle épinière. Deux pôles antagonistes sont placés à ses extrémités ; le cerveau en haut et les extrémités nerveuses coccygiennes en queue de cheval en bas, animant les organes génitaux. Plus le pôle supérieur domine par son activité, plus» le pôle intérieur ou génital perd de son énergie. Le contraire existe chez les individus incultes et abrutis. De là l’extrême salacité des idiots. Le pôle inférieur est généralement celui des pertes ou des dégradations, parce qu’une partie de l’influx vital ou l’électricité animale des nerfs se décharge par laquelle; in cauda venenum; le pôle supérieur est, au contraire, le foyer de la perfection chez tous les animaux vertébrés. »

Ce même auteur a prétendu que les hommes d’État et de lettres étaient aussi impropres au mariage ; mais Fodéré l’a contredit, en soutenant que les professions intellectuelles le réclament. « L’amour d’une épouse et les soins d’une famille allègent ces travaux ardus et les encouragent, dit-il; ils en adoucissent les loisirs. «Tout dépend évidemment à cet égard du tempérament et du caractère des individus;

' mais la règle est de recommander la continence conjugale aux hommes voués au travail de l’esprit. Une maîtresse pourrait donc leur suffire et c’est ainsi que Sainle-Deiive en usait, dit-on, d’une manière intermittente tous les vendredis ; c’était son jour habituel de débauche.

La résolution préméditée de rendre son mariage stérile, de ne pas avoir d’enfants, aussi bien que les

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diftbrmités physiques s’y opposant, en est une contre» indication formelle. Cette préméditation, insensée et coupable, en rend non seulement indigne, elle expose ceux qui la forment à toutes les aberrations, les attentats et les maladies pour réussir, et à tous les crimes en cas d’insutcès. Un libertin I débauché, ayant du médecin... le titre, après un à carahinage licencieux et dépravé, captive la cou- j

tiance d’une veuve qui lui accorde sa jeune fille en |

mariage. Elle n’avait pu s’enquérir de sa vie anté- \ rieure, ni découvrir ses goûts et ses habitudes déré- .■ glces dans sa nouvelle situation. Il les montre bientôt, en déclarant à sa jeune femme qu’il ne veut pas d’enfant et il la rudoie, la maltraite chaque fois qu’en s’abandonnant à ses caresses, elle le retient dans t ses bras. Sa nature brutale et grossière éclate chaque jour davantage et à la tristesse, les larmes de sa fille, * . la mère découvre bientôt son secret. Son gendre était un monstre moral. Elle reprit son enfant pour ne pas la laisser corrompre et demanda une sépara- ■ tion judiciaire, fondée sur de mauvais traitements, | qui lui fut accordée. i

Un fait plus monstrueux encore, publié par le docteur Gafifé, de Nantes, servira à donner au pré- l cèdent l’authenticité qui lui manque. Une fille de ^ 24 ans, élevée avec son cousin du même âge, resté • orphelin à 7 ans, déclare à sa mère, bon gré, mal gré, qu’elle veut l’épouser, ni par intérêt ni par inclination, mais parce qu’elle a entendu dire qu’elle n’aurait jamais d’enfants avec lui et qu’elle n’en veut pas avoir.

Si donc la femme, dont la maternité est l’essence,

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 77 peut concevoir et avouer hautement un tel dessein, il est bien admissible chez son conjoint.

L’examen de ce garçon imberbe de 24 ans, réclamé par sa tante, montra en eftet tout l’extérieur féminin : voix, traits fins, peau délicate, blanche et glabre, formes arrondies, pieds et mains comme à quinze ans, avec deux seins parfaitement dessinés, mamelon rose, gros et érectile, cartilage thyroïde sans saillie coïncidant avec tout l’extérieur du bassin et des parties génitales delà femme. Mais l’infundibulum vaginal n’avait qu'un centimètre et demi de profondeur sans aucune ouverture, tapissé d’une membrane blanchâtre, dure et coriace, à peine sensible; tandis qu’ au-dessus, l’organe correspondant au clitoris avait le volume du petit doigt et mesurait trois centimètres et demi de longueur en érection, avec un canal de l’iirèthre perméable se terminant par un méat urinaire sous le gland, rendant ainsi le prépuce incomplet. (Journ. de méd. et chir. prat., février 1885.)

Contrairement à la conclusion de cet examen, c’était bien un homme atteint d’hypospadias avec rétention des testicules et toutes les apparences extérieures de la femme, c’est-à-dire un cas de pseudohermaphrodisme analogue à ceux dont il sera question plus loin. L’homme et la femme ici étaient donc deux monstres, l’unau physique, l’autre au moral; ils ne pouvaient mieux faire que de s’associer.

Le célibat est l’état d’élection de ces monstres indignes et incapables du mariage. Leur seule union possible est dans la prostitution et le concubinage.

CÉLIBAT

OÙ ils peuvent rencontrer des partenaires aussi vi- j cieux et corrompus qu’eux. 1

Toutes les grandes passions humaines sont aussi des ; motifs puissants du célibat, en troublant et en alté- j rant l’esprit et la santé de leurs victimes. Elles sont ainsi inaptes au mariage. Arrivées à leur summnm d’intensité, ces passions confinent à la folie, et la loi s’oppose au mariage des fous. Malheureusement, elles n’existent souvent qu’en germe, à l’àge normal du mariage, et font ainsi le malheur de nombreuses familles qu’elles frappent dans leur honneur et leur avenir. Il suffit que des indices s’en révèlent, comme |

le libertinage, la débauche, l’ivrognerie, la paresse, i

le jeu, l’avarice, la jalousie, pour que le célibat soit à

une nécessité absolue. On admet à tort que le mariage |

corrige tous les défauts et les vices. Dès qu’une pas- |

sion existe, surtout à l’état héréditaire, elle ne dispa- |

raît guère, comme la maladie, qu’avec la vie, en corn |

tirmant le dicton : qui a bu boira, et qui a joué I

jouera. I

Placées autrefois à tort dans le foie ou le cœur, ces | affreuses passions résultent souvent d’affections ou ^ de diathèses latentes, c’est-à-dire la prédisposition ou ^ le germe de graves altérations organiques. Mais elles M les produisent aussi spontanément à la longue. Les affections tristes : l’envie, la haine, le chagrin comme léla jalousie, en réagissant sur le cerveau et le cœur, \ déterminent à la longue des maladies graves et pré- ^ coces. Un cancer du sein se montra à iO ans chez une vieille fille qui avait fait jusque-là le malheur

5KÜ1CATI0NS ET €ONTRE-iP{DICATIONS 79 •des siens, par son caractère acariâtre et surtout sa jalousie et sa méchanceté. Née avec un physique disgracieux et qui provoquait la répulsion, elle fut le bourreau de sa jeune sœur Elise, très avenante, agréable et d’un si bon naturel, qu’elle formait un contraste frappant avec elle. Elle n’avait pu la voir devenir l’objet des soins maternels sans en éprouver une profonde jalousie. Malgré la préférence de la mère, qui tolérait ses mauvais traitements envers sa jeune sœur, elle lui meurtrit le visage et l’accabla de coups, un jour qu’un passant s’extasiait sur sa gentillesse.

Lsi jalousie innée, dont l’amour est l’excitant le plus redoutable, contre-indique dès lors le mariage, car ce sentiment exclusif empoisonne ordinairement l’affection à laquelle il devrait servir d’aliment. Elle est plus fréquente et grossière chez l’homme que chez la femme, mais beaucoup plus profonde chez -celle-ci, étant surtout jalouse du cœur de celui qu’elle aime et pouvant supporter le partage de ses caresses tant qu’elle croit posséder son affection ; elle n’a plus ni retenue, ni limite quand elle en est privée, délaissée. «La femme jalouse est la douleur et l’affliction du cœur; mon visage en a pâli de peur, dit l’Ecclésiastique. Sa langue fait entendre le sifflement du fouet et elle se plaint à tous ceux qu’elle rencontre. {XXVI, 5 à 9.)

« Lorsque la jalousie, dit Montaigne, saisit ces pauvres âmes foibles et sans résistance, c’est pitié comme elle les tirasse et tyrannise cruellement. La

CÉLIBAT

vertu, la santé, le mérite, la réputation du mary, sont les boutefeux de leur rage ; cette fiebvre laidit et corrompt tout ce qu’elles ont de bel et de bon d’ailleurs et d’une femme jalouse, quelque chaste qu’elle soit et mesnagière, il n’est action qui ne sente à l’aigre et à l’importun. »

L’homme, au contraire, soupçonne très facilement la femme d’une infidélité matérielle, surtout à cause de l’alfront qui le rend un objet de risée. Presque toujours la femme expie ainsi les atteintes portées à la foi conjugale par elle et son complice, tandis qu’ellemême pardonne facilement à l’homme les infidélités qu’elle découvre et fait retomber son ressentiment sur ses rivales. Les irrigations de vitriol sur la face, employées si facilement aujourd’hui, en sont devenues une preuve à la mode. L’homme pardonne plus volontiers à son rival et reporte toute sa vengeance sur celle dont f inconduite le déshonore et peut introduire des bâtards dans sa famille.

La fréquence des accès de cette passion chez l’homme et les tempêtes qu’elle soulève dans le cœur des femmes, suffisent à empoisonner tout le bonheur domestique., Les annales des fureurs de la jalousie en attestent tous les orages et les drames. Les ménages irréguliers du concubinage, par l’immoralité, la débauche, le libertinage qui ont présidé à leur formation, en offrent surtout l’exemple.

Sur 1,000 crimes, d’après la statistique, 16 sont dus à la jalousie et sur 103 affaires criminelles jugées en lS40, 13 étaient attribuées à cette passion. En 18o3, çlles s’élevaient à 23 sur 138 affaires.

En 1857, on a constaté 3 meurtres de rivaux préférés et 25 suicides causés par la jalousie entre amants et époux : 14 hommes et 11 femmes. Tous les jours, les tribunaux retentissent de ces drames dont le célibat n’est pas exempt. (Descuret, Médecine des passions, t. II, p. 272.)

La paresse impose peut-être le plus impérieusement le célibat, alors que les garçons et les filles, atteints de ce vice, recherchent avidement le mariage comme pouvant entretenir leur fainéantise, leur oisiveté. Riches ou pauvres, ils n’aspirent qu’au mariage pour se décharger du soin de la vie sur leur conjoint, en comptant sur son argent ou sur le fruit de son travail pour vivre plus paresseusement et n’avoir plus qu’à manger et dormir surtout. Que peut être un ménage de paresseux, sinon le désordre, la gêne, la misère et ses suites? En engendrant tous les vices, l’oisiveté conduit à l’ivrognerie, au jeu, au vol le plus souvent, et même au crime, pour se créer des ressources. Même avec la fortune, un homme ou une femme paresseux arrivent promptement à la ruine. Et comment, n’aimant ni Tordre ni le travail, pourraient-ils enseigner par l’exemple ces saints devoirs à leurs enfants? L’Écriture frappe ainsi la paresse de réprobation, comme l’ennemie de la société, la rouille cle l’intelligence et la source de tous les vices, dans les livres des Proverbes et de VEcclésiaste.

Si elle se rencontre partout, chez les deux sexes, elle semble plus fréquente parmi les garçons que chez les filles de la classe pauvre, tandis que le con-

CÉLIBAT

traire existe parmi les riches. L’oisiveté dans laquelle | les lilles sont élevées jusqu’à leur mariage, dès que | tes parents possèdent de la fortune ou de l’aisanc:-, ^ sinon une position équivalente, en est la cause. On f rougirait de leur donner une profession. Les arts Jj d’agrément suffisent aies occuper, et comme elles i

ont des domestiques pour les servir, elles ne savent |

souvent rien faire dans l’intérieur du ménage. i

Mariées, elles sont à la merci de leurs domestiques 1 et, si elles n’en peuvent avoir, la maison est dans le | désordre; madame lit des romans ou joue du piano et, quand le mari rentre, il faut aller dîner au restaurant. C’est souvent plus économique, car ne sachant pas cuisiner, on dépense le double et on ne fait rien ^ de bon. La bourse s’épuise vite et la discorde suit. Qu’est la vertu d’une femme dont le travail n’est pas la sauvegarde? De là la dissolution de tant d’unions, quand l’ordre et le travail n’en fortifient et n’en resserrent les liens.

Les habitants des villes sont particulièrement enclins à la paresse, surtout dans les climats chauds; mais on la rencontre aussi à la campagne et jusque dans le Nord. C’est un vice presque fatalement incurable, lorsqu’il est constitutionnel et héréditaire. • ’

Le jeu, compagnon ordinaire de l’oisiveté et de la paresse, de l’amour du bien-être, sinon du libertinage, est la passion la plus funeste au mariage.

Ceux qui s’en sentent atteints devraient rester fer- / mement dans le célibat pour être malheureux seuls, sans danger d’en faire d’autres. Ils ne recherchent

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 83 guère Je mariage d’ailleurs que pour mieux satisfaire leur passion, ne se reconnaissant pas un gain assuré pour établir une famille. La plupart restent heureusement célibataires, en vivant isolés du monde et de la société, sinon pour cacher le vice qui les ronge. Il n’est guère de joueur passionné qui ne se soit vu à bout de ressources et cette alternative doit toujours lui faire fuir le mariage pour ne pas réduire sa femme et sa famille à la misère.

Jeunes encore, il est pourtant des joueurs qui se marient pour se livrer avec plus de facilité à leur passion favorite. Ils délaissent leur femme en allant passer les nuits dans des tripots, sans lui rendre compte de l’emploi de leur temps. Comment travailler ensuite fructueusement dans le jour avec l’esprit troublé par les émotions du gain ou de la perte de la nuit ? Les disputes, les duels, les procès en sont la conséquence fréquente. La vie du joueur est ainsi surmenée et tourmentée sans cesse par la crainte et de remords . Aussi se termine- t-elle prématurément par des lésions organiques du cœur ou du cerveau. La paralysie, la folie, le suicide y mettent ordinairement lin. 193 joueurs se sont suicidés en France, de 1836 à 1857, d’après les comptes généraux de la justice criminelle.

U avarice est sans contredit la passion la plus basse et dégradante du cœur humain, la plus misérable et odieuse. Triste, froide, dure et même cruelle, en réduisant à toutes les misères de la pauvreté, sans ses douceurs, elle atteint à la fois le

CELIBAT

corps, l’esprit et le cœur. Incompatible avec les vertus et les qualités, elle les neutralise, les efface et annihile tout sentiment humain. C’est l’égoïsme jusqu’à la folie, au point de cacher son or, comme le fait l’avare, de manière à ce que personne n’en puisse jouir après lui. Incapable d’aimer autre chose que son trésor, l’avare est donc indigne du mariage.

L’inhumanité, l’ingratitude, le parjure, l’usure, le vol, le meurtre, sont souvent les conséquences de ce vice monstrueux. Au lieu de payer son tribut à Vénus, pour s’exonérer du prurit génital qui le tourmentait, un célibataire avaricieux avait choisi de préférence la masturbation. Plaçant une pièce de cent sous sur la table, il se polluait devant son idole. Autant de gagné, disait-il avec joie, en la remettant dans sa poche. Le mariage de l’avare n’est jamais qu’un calcul.

En se développant à l’àge mur, l’avarice se montre surtout dans toute son horreur durant la vieillesse. A père avare, enfant prodigue, dit le proverbe. Cette hérédité est redoutable, surtout quand elle se manifeste par quelque signe dès la jeunesse. La mélancolie, l’hypocondrie, la folie, qui en sont fréquemment la terminaison, indiquent l’origine de cette passion dans un trouble du cerveau. D’où le danger de s’unir à un avare.

La colère, surtout lorsqu’elle est héréditaire, contre-indique aussi le mariage; la patience, la tolérance en étant les vertus nécessaires pour être heureux. Les g^ns bilioso-nerveux sont particulièrement

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 85 enclins à la colère ronge. Héritier comme ses trois frères de cette fâcheuse disposition, Alphonse B... ne savait mettre aucun frein à ses emportements. Il était d’une extrême irascibilité et sa violence, jointe à sa force athlétique, le rendait tout jeune la terreur de son voisinage. Après une jeunesse des plus fougueuses, par les rixes que son caractère violent provoquait, il fut condamné à la prison et dut s’engager ensuite. Il renouvela là ses violences et était sur le point de passer en conseil de guerre, lorsqu’un coup de pied de cheval nécessita l’amputation de sa jambe droite. Retiré du service, il établit un commerce et se maria avec une femme jeune et très aimable, qu’il aimait beaucoup. Néanmoins, ses emportements réitérés la rendaient si malheureuse, que sa santé s’altéra après la naissance d’un garçon. Un soir, rentrant chez lui après avoir bu quelques verres d’eau-de-vie, il s’essayait à rallumer le feu lorsque, lèvent lui renvoyant des bouffées de fumée, il entre dans une vraie fureur : déchire le soufflet, le jette au feu en criant et sa rage devient telle en le voyant brûler, qu’il renverse le couvert placé à côté, s’empare ensuite d’un large couteau et se le plonge dans le ventre. Il succomba ainsi à 33 ans, en laissant deux êtres malheureux.

Les filles nerveuses , hystériques, craintives, peureuses, sont aussi inaptes .“iu mariage que les hommes emportés. Celles qui sont nées de mères hystériques, épileptiques, maniaques, folies, devraient rester dans le célibat, par le danger d’être comme

elles et de transmettre ces affections à leurs enfants. Elles ne se marient pas souvent, par crainte d’être malheureuses en ménage ou de perdre leur mari s’il les rendait heureuses. Ce fut la réponse de mademoiselle de Ménerdo au docteur Descuret. Changeante et fantasque, toujours souffrante et malheureuse, elle ne cessa de se montrer égoïste et ingrate en rapportant tout à elle jusqu’à sa mort, arrivée à 73 ans ! De telles femmes sont un tourment, un enf T pour leur entourage, par toutes les pensées, les soupçons qui leur traversent l’esprit. Tant qu’il n’y a pas indication pressante de les marier, par l’intensité de l’aura utérin qui les tourmente, mieux vaut encore qu’elles restent dans le célibat où elles n’ont ni mari, ni enfants pour les tourmenter et leur rendre la vie insupportable.

Par sa fatale hérédité, Vhystérie bien constatée est une contre-indication formelle au mariage. Outre la stérilité fréquente de ces femmes mal réglées, un tiers donnent naissance à des lilles hystériques comme elles et engendrent souvent des enfants scrofuleux, rachitiques. Sauf de rares ^exceptions, elles sont aussi exposées aux avortements et à des accouchements laborieux. Arrivés à terme, leurs enfants meurent dans une proportion épouvantable. Au lieu de 25 pour 100, chiffre moyen, leur mortalité s’élève jusqu’à 60 et sur 220 filles survivantes nées de 100 mères hystériques. 124 le sont devenues comme elles et 5 ont eu«des convulsions.

Le célibat est donc le plus sage parti à prendre dans ces cas et c’est toujours une grave responsabi-

lité que de conseiller le mariage. D’une victime, on en fait deux et souveot plusieurs pour toute la vie.

La prostitution officielle entraîne fatalement le célibat de la femme inscrite, en carte ou en maison de tolérance, dès qu’elle n’a pas été mariée auparavant, comme il en existe quelques exemples. Elle l’exige autant par son stigmate et la flétrissure qu’il imprime que par la stérilité incurable dont elle frappe ordinairement ses victimes. L’administration, en mettant la main sur une fille libre, qui commet publiquement des actes de prostitution, et en la for- ■çant à se mettre en carte, la condamne donc à un eélibat perpétuel. Rien n’est plus difficile pour elle, en eliét, que d’obtenir sa radiation du registre de la police des moeurs, dès qu’elle y est inscrite, selon l’aveu de M. Lecour, l’un de ses chefs.

Publique ou privée, clandestine, la prostitution des femmes n’est jamais qu’un moyen d’entretenir et de prolonger le célibat des garçons ou de remplacer la concubine chinoise pour certains maris ayant ménage en ville. Le mariage devrait donc être aussi formellement interdit à toute prostituée qu’il l’était à Rome aux concubines. Leur infériorité de naissance, de condition et de vie, correspondait assez exactement à celle de la plupart des prostituées actuelles pour les assimiler sous ce rapport. Dès qu’une fille s’est enrôlée dans ce vice dégradant et infâme, elle devrait être privée du droit de se marier légalement, autant pour la punir de ses désordres, que comme mesure prophylactique contre la syphilis

CÉLIBAT

et le respect des bonnes mœurs. Si elle peut être digne de pardon, elle doit le chercher et le mériter dans un célibat exemplaire.

Le ^célibat des prostituées forme un quantum aussi considérable, sinon plus, que celui des religieuses. Malgré son contraste et son opposition même, la religion contribue, comme la débauche, à former la majorité du célibat féminin. Les extrêmes se touchent. Si les mesures les plus arbitraires sont, il est vrai, employées contre les unes poulies enrégimenter dans le vice, même lorsqu’elles sont encore mineures, contrairement à la loi, ne pèse-t-on pas également sur la conscience des autres pour les conduire forcément à la vertu, la chasteté ?

Quel homme, le sachant, consentirait à donner publiquement son nom à la femme frappée d’une telle abjection? D’où le nom flétrissant de souteneur infligé à qui consent ù vivre avec elle. Le danger d’une erreur possible n’en existe pas moins après la radiation, comme elle s’opère parfois. Jetées dans la prostitution, la plupart des filles ont le désir d’en sortir ; beaucoup ne font qu’y passer trois ou quatre ans, pour avoir ensuite un homme, un mari, un commerce. Un très petit nombre obtiennent leur afîranchissement, du moins en France, et parviennent à se réhabiliter par le travail. De malheureuses domestiques sont parfois dans ce cas, sans pouvoir échapper d’aller en cachette à la visite, tous les quinze jours. Trois exemples en sont rapportés par M. Yves GuyOt.

Rien d’impossible, en pareil cas, que ces filles, une fois affranchies de l’inscription qui les asservit, ne cherchent à se marier. Transportées souvent loin du lieu où elles ont exercé leur métier, elles y réussissent facilement, soit en travaillant comme modistes ou couturières, soit en rentrant dans leur rôle de femmes galantes, libres ou entretenues. Quiconque se marie à la légère ou au hasard, surtout dans les grandes villes, s’expose ainsi à épouser une ancienne prostituée en la croyant vierge. Tous les efforts de la police ne peuvent rien pour empêcher ces erreurs ; son devoir même est de ne pas révéler le secret fatal. Avec la liberté de la prostitution clandestine , cette fille reprend toutes les chances de mariage des femmes galantes, dont quelques-unes se marient même richement. Des filles tarées ont été rencontrées et reconnues par d’anciens clients au bras de leurs amis ou connaissances dont elles étaient devenues les femmes légitimes. L’inscription seule prévient ces dangereuses méprises en condamnant la prostituée à rester fille et à vivre dans le célibat... légal à perpétuité.

Le danger est encore plus grand pour les femmes, en présenc e de la prostitution occulte, cachée, des hommes entre eux, qui s’exerce en réalité dans les grandes villes, comme les tribunaux en offrent des preuves partout. S’il est exceptionnel qu’ils recherchent le mariage, le fait de rencontrer des gens, mariés dans cette ignoble phalange montre qu’il est possible. D’autant mieux que ces garçons-là offrent souvent des charmes particuliers de beauté, de for-

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mes plastiques et ont des manières engageantes et séduisantes, comme il convient à leur rôle. Tels étaient les deux individus qui nous ont consulté à cet égard. Malgré leur anaphrodisie sexuelle, ils avaient inspiré l’amour.

Les vices de conformation, apparents ou cachés, des organes génitaux, en coïncidant souvent avec des perversions morales chez les deux sexes, exigent aussi le célibat. Une conformation anormale du pénis, surtout par le siège du méat urinaire, Temprisonnement du gland, son atrophie sous le prépuce rétréci ou son étranglement au-dessus de la couronne, sont autant d’obstacles au mariage par la difficulté ou l’empêchement qu’ils forment à la copulation. L’absence ou la rétention des testicules, une spermatose incomplète, insuffisante, suite de leur compression ou leur atrophie, sinon une maladie générale comme le diabète sucré, sont aussi une indication du célibat chez l’homme, par l’impuissance relative et la stérilité pouvant en résulter.

11 en est de même de la jeune fille dont la menstruation ne s’exécute pas normalement et régulièrement en quantité et en qualité du sang. C’est le signe presque absolu de sa fécondité. Celui-ci manquant, l’absence ou l’altération d’organes importants, analogues aux testicules, est toujours probable, malgré une bonne conformation apparente. C’est donc la négation même du mariage, comme l’occlusion, la fermeture du vagin ou tout autre obstacle aussi absolu à l’imion des sexes.

Le pseudo-hermaphrodisme, dont un exemple est précité page 77, en est une autre cause absolue chez les deux sexes, par Taltération des organes génitaux externes, leur malformation faisant prendre et déclarer par erreur à la naissance un garçon pour une fille et réciproquement. Ces erreurs se montrent de plus en plus fréquentes, à mesure que les caractères en sont mieux connus. De nombreux et curieux exemples, anciens et récents, en sont relatés dans la Stérilité humaine, dont l’hermaphrodisme est le type. Jamais ces individus mal sexués ne peuvent accomplir normalement le coït; iis sont toujours partiellement impuissants et fatalement stériles par l’état rudimentaire des organes de leur vrai sexe, comme dans l’exemple ci-dessus.. Ils devraient donc être absolument voués au célibat, malgré leurs incitations sexuelles, car ils remplissent parfois alternativement le rôle d’homme et de femme, par l’imperfection de leurs organes et de leurs désirs.

Au législateur incombe le devoir de prévenir toutes ces abominations, résultant de l’erreur du sexe déclaré lors de la naissance suivant ses prescriptions. Dans l’impossibilité, parfois absolue, de pouvoir le fixer positivement jusqu’à six mois, un an et même davantage, j’ai proposé, dans un mémoire lu à la Société de médecine légale le 8 juin 1885, comme je l’avais déjà indiqué dans la Stérilité humaine, une addition restrictive ou suspensive à l’article 57 du Code civil, prescrivant la déclaration du sexe dans les trois jours. Voici dans quelles circonstances :

Di

Une femme de 37 ans, enregistrée et élevée comme fille, mais ayant toute l’allure et la désinvolture d’un homme, se présenta à mon examen pour savoir à quel sexe elle appartenait. N’étant pas réglée et n’ayant jamais rien éprouvé pour les hommes qui l’avaient courtisée et demandée en mariage à son père, elle les avait refusés; tandis qu’en se trouvant en rapport avec une fille plus jeune qu’elle, une passion très vive s’était établie réciproquement. C’était bien un homme avec un pénis imperforé, nécessitant l’accroupissement pour uriner, mais susceptible d’érection et de pollutions voluptueuses, quoique sans testicules dans le scrotum. Elle me demanda d’établir son état d’hypospade cryptorchide par un certificat, afin de faire constater légalement son vrai sexe, également attesté par deux autres médecins, en vue du mariage. En insistant, malgré mes observations, elle parvint, six mois après, à se faire déclarer légalement homme et à en porter les habits. Tel est le fait brut; le surplus reste une énigme indéchiffrable.

En exigeant, sans restriction ni réserve, la déclaration du sexe à la naissance, la loi se met donc en contradiction avec la nature ; celle-ci, dans certains cas exceptionnels de malformation native, le lais.^ant absolument indéterminé et impossible à fixer. Elle rend dès lors possible ainsi, favorise et détermine le mariage civil et religieux, qu’elle consacre légalement ensuite, entre personnes du même sexe, et les force même à vivre ensemble sans pouvoir procréer. N’est-il pas monstrueux de provoquer ce qu’elle con-

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 93 damne fomiellement dans d’autres conditions analogues du moral, seul interverti ?

Aujourd'hui, l’erreur dans la personne mariée est, il est vrai, une cause de divorce qui permet toujours la dissolution de ces unions abominables. Mais n’estil pas immoral que la loi les laisse se réaliser et persister jusque-là, au mépris des bonnes mœurs, au lieu de les prévenir en se modifiant conformément à la science ? Les membres de la 'Sçciété de médecine légale en ont pourtant jugé autrement, en n’adoptant pas la modification demandée de l’article 57 du Code civil ; ils ont vu là une cause de nullité du mariage par erreur de la personne, suivant l’article 180, et en ont réclamé fapplication dans les additions à faire à la loi du divorce. Le mariage ne sera donc pas moins contracté, contrairemeiit à la science et à la morale, ce qu’il s’agissait surtout d’éviter. Si peu que les faux époux ignorants prennent patience à s’essayer pendant plus de six mois, comme il y en a des exemples authentiques, leur union restera indissoluble, d’après l’article 181. L’erreur et le mal que nous voulions prévenir persisteront dès lors indéfiniment.

\J aspermatisme — absence de sperme — est une autre indication aussi formelle du célibat pour l’homme que l’absence des ovaires ou leur atrophie, décelées par le défaut des règles, chez la femme. Ces deux infirmités, également irrémédiables, sont absolument négatives de la génération. Il en est pourtant qui se marient par ignorance dans ces conditions et

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il n’est pas douteux que la stérilité en résultant ne démontre ces infirmités latentes dans certains cas.

Deux exemples s’en sont offerts à mon observation, dont il importe de donner ici les principaux caractères en raison de leur rareté. Un garçon de 36 ans, petit et délicat, conformé normalement, n’a jamais pu compléter la copulation. Sans être ardent, il a toujours aimé les femmes et en est exclusivement impressionné ; mais ^i longs et prolongés que soient l’exorde et l’acte, la péroraison a constamment fait défaut ; elle a manqué dans toutes les occasions, si favorables fussent-elles. Jamais il n’a éprouvé la moindre éjaculation ni pollution consécutive. La couleur, l’odeur, la consistance et l’impression voluptueuse du sperme lui sont inconnues, n’en ayant jamais expulsé. Intelligent et désireux do se marier, il a voulu se convaincre de sa virilité par la fréquentation, depuis dix-huit mois, d’mie femme galante, à intervalles plus ou moins rapprochés. Ils ont acquis ensemble la triste assurance qu’il était radicalement incapable d’éjaculation pendant et après le coït. Il en avait des idées, plutôt que des envies, des besoins, sans en avoir jamais connu le prurit ni la volupté.

Il venait de fort loin m’en demander la cause. L’examen décela des testicules très petits, de véritables billes, sans épididyme appréciable, et des cordons imperceptibles, filiformes. Prostate insensible, urèthre perméable, sans la moindre trace d’affection vénérienne, ni syphilitique. C'était un cas d’aspermatose essentielle dont j’avais constaté précédemment un exemple analogue.

C’était chez un étranger de 25 ans, petit et grêle, conformé à peu près comme le précédent, mais plus efféminé. Depuis ses études terminées, il vivait oisif, avec ses camarades, dans la compagnie des cocottes, sans avoir eu, ni cherché jusque-là, aucun rapport sexuel. A table, comme au théâtre et dans les soupers, ses baisers, ses caresses et tous ses propos galants et éwtiques n’amenaient que des érections vagues, indécises, fugitives, avec écoulement de mucus uréthral ou prostatique, clair et transparent, assez rare, sans pollution consécutive. La masturbation lui était inconnue.

S’étant essayé avec la maîtresse délaissée de Fun de ses amis, qu’il trouvait la plus belle et convoitait beaucoup, il ne put arriver à la consommation de l’acte, malgré sa prolongation. Il remit au lendemain, et à trois reprises, avec pareil intervalle, il ne put obtenir ce qu’il désirait le plus, malgré tous les avantages de sa prise de possession. Ses tentatives prolongées et redoublées n’avaient eu d’autre résultat que d'amener une balano-posthite aiguë, pour laquelle il me consultait. L’accessoire étant plus intéressant que le principal, je m’y suis attaché de préférence.

Le célibat est surtout impérieusement commandé aux filles rachitiques, difformes, contrefaites, bossues, boiteuses, atteintes le plus souvent d’une déformation du bassin, avec rétrécissement. Au-dessous de trois pouces de diamètre antéro-postérieur, ce rétrécissement, en s’opposant à l’accouchement à

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terme, en est une indication positive. En pareil cas, la vie de la mère et de l’enfant est toujours compromise. Ordinairement impropres à la génération, ces lilles ne doivent jamais s’y soumettre sans un examen préalable du médecin. Mieux vaut pour elles se consacrer au célibat religieux, enfermées dans un cloître à l’abri des excitations sexuelles, que de vivre dans le monde et en subir les tentations, à cause des suites redoutables qui en résultent souvent.

Les affections diathésiques, héréditaires et transmissibles , inévitablement mortelles ou entraînant fatalement la dégénérescence de l’espèce, méritent à bien plus juste titre, parleur fréquence et leur gravité, de fixer l’attention à ce sujet. Le cancer, la tuberculose, la folie, sous leurs formes multiples et variées, en sont les plus redoutables. Beaucoup de personnes se marient sans connaître la fatale hérédité qui les menace, elles et leur progéniture, n’étant averties d’avance par aucune atteinte. On ne s’inquiète pas assez de ces graves maladies de famille dont on cache jusqu’au nom. Elles passent inaperçues, tant que la famille n’est pas décimée, et l’on s’aperçoit trop tard que l’on a donné naissance à une race vouée d’avance à toutes sortes de souffrances et d’affections graves, en vertu de son origine. N’eût-il pas mieux valu rester dans le célibat, si l’on n’avait fignorance pour excuse?

Une prudente réserve au mariage devrait donc être observée par toutes les personnes prédisposées héréditairement à ces affections. Elles sont autant

d’indications positives d’un célibat prolongé jusqu’à l’àge où elles se développent d’ordinaire. Autrement, on court le danger de les transmettre au conjoint et à la postérité. On refuse de s’allier à un bossu, boiteux, aveugle, sourd, par crainte d’avoir des enfants dillormes ou infirmes, et l’on ne prête aucune attention aux maladies et affections cachées de l’esprit ou du corps, bien plus susceptibles de se transmettre à la progéniture.

Impossible pourtant de proscrire le mariage à toutes les personnes des deux sexes entachées de quelque affection diathésique ou héréditaire. Le nombre des célibataires serait alors supérieur à celui des mariés. Il est d’autant plus indiqué pour la majorité que les douceurs de l’union matrimoniale sont parfois le plus sûr moyen d’atténuer, corriger ou neutraliser la diathèse dont il s’agit. La régularité de la vie, l’ordre et l’hygiène physique et morale, imposés par le mariage, sont toujours des conditions favorables à cet égard. Mais il en est une autre absolument indispensable en pareil cas : c’est de chercher et prendre pour conjoint une personne d’une santé forte et vigoureuse, d’une bonne cons litu lion, exempte de toute lare organique, semblable ou analogue à celle dont on est menacé. L’intervention d’un organisme sain a suffi parfois à annihiler toute trace de celle-ci sur la descendance. Autrement, l’action de l’hérédité morbide est fatale.

Une au moins, la plus-grave de toutes, est une indication absolue du célibat contre laquelle on ne

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peut invoquer l’ignorance, car on a toujours ressenti ses atteintes avant de la communiquer ou la transmettre. On la connaît d’autant mieux qu’elle siège primitivement sur les organes génitaux. C’est la syphilis ou vérole. Elle exclut absolument le mariage, pendant un stage de quatre ans au moins après la disparition de tout symptôme équivoque et des épreuves suffisantes pour en confirmer la guérison radicale. Sa communication est si fatale entre les deux sexes, que tous ceux qui en sont atteints, hommes comme femmes, devraient être sévèrement isolés, relégués dans des lazarets, à l’exemple des lépreux d’autrefois, dont il existe encore des cas dans quelques pays. Elle se transmet si fréquemment aux enfants. que ses victimes devraient être condamnées à un céliliat complet et absolu jusqu’ù guérison, sinon à perpétuité!

On ne sait, en effet, jamais sûrement si l’on est parfaitement guéri et débarrassé de cette vérole ; si une nouvelle rechute ne couve pas encore ; si une récidive no surgira pas tout à coup. Un célibataire syphilitique ne se marie donc jamais en toute sécurité. Et tandis que ce danger n’emporte que des dommages personnels, tant qu’il reste dans cet état, ce sont de vrais désastres, s’il se marie, pour sa femme et ses enfants, aussi bien dans le présent que dans l’avenir. On a toute la vie pour rester dans le célibat; dès que l’on se propose au contraire de se marier, après toutes les folies et les maladies de jeunesse, il faut toujours réfléchir sérieusement aux graves responsabilités que l’on encourt, dès que l’on a éprouvé l’un

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS 99 de ces accidents suspects qui font craindre et redouter la vérole. Si la constitution n’est pas solide et exempte de tout reproche, une épreuve aux eaux chaudes sulfureuses des Pyrénées, Ludion ou Aulus. avec un traitement spécifique simultané, est toujours de rigueur, avant de se décider et s’engager définitivement.

Voici l’arrêt d’une mère de famille sur ce sujet délicat: «N’y eût-il qu’une chance sur mille d’infecter sa femme ou ses enfants, l’homme doit rester célibataire et le devoir du médecin est de faire tout. son possible pour que cet avis soit suivi. Aucun rapport n’est à établir entre le chagrin que ce candidat au mariage peut éprouver de ne pouvoir le réaliser, comme la punition d’une faute commise volontairement, et les tortures d’une jeune femme, la mort ou les maux toujours renaissants de pauvres petits êtres innocents du mal dont ils vont être victimes. Si son désespoir est certain, sa mort même est préférable à celui d’une famille entière. Une continence absolue ou toute autre mesure analogue peut seule conjurer la dissémination croissante du rrial au point d’en faire une calamité publique et nationale.»

L’infection de ces malades est si inévitable, que la femme et les enfants n’y peuvent échapper. La mortalité infantile de ce fait seul est si fréquente, qu’elle doit être comptée aujourd’hui comme l’un des facteurs principaux de la dépopulation française. Sur 1500 enfants nés de familles syphilitiques , M. Fournier a trouvé une moyenne de 68 morts pour 1 00 ! Sur 403 grossesses d’un père syphilitique, 115 nou-

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veau-nés étaient morts, soit plus d’un sur quatre. C’est bien pire quand la mère est atteinte : 44 grossesses de femmes syphilitiques ont donné 43 mortnés et un seul survivant. 100 femmes syphilitiques ayant eu 208 grossesses, ont donné 148 morts, soit plus de 71 pour 100. (Acad, deméd., 3 mars.)

Ces chiffres effrayants démontrent l’urgence absolue, pour toute personne syphilitique non mariée, de rester dans le célibat ou d’observer une abstinence complète, une séparation volontaire chez les mariés. Autrement, chacun encourt de terribles responsabilités par les conséquences inévitables des infractions à cette continence indispensable. Réduit à cet état et maudissant la personne qui en est l’auteur, qui voudrait à son tour s’en rendre volontairement coupable? Il n’y a donc qu’un seul recours en pareil cas pour les fiancés, amants ou époux : la continence et la stérilisation volontaire jusqu’à parfaite guérison. Coûte que coûte, on doit s’y soumettre avec résolution, tant que durent le traitement et les manifestations secondaires, pour ne pas aggraver le mal et le répandre. La rougeur de la gorge ou la moindre excroissance, un bouton, une excoriation, uneégratignure, un aphthe de la bouche, des lèvres ou de la langue, suffisent à transmettre le mal par un baiser, quand ce n’est pas par la salive, un verre ou tout autre objet usuel. Le contact immédiat suffit pour que l’absorption et la contagion du virus en résultent, comme par l’inoculation de la vaccine ou la piqûre d’un animal venimeux, danger déjà indiqué à la Stérilité humaine.

« Tenez-vous-le donc pour dit, marieurs et marieuses de tout genre et de toute robe, pères mères, tantes, sœurs, parentes au 14° degré; tenez-vous-le bien pour dit, ou plutôt comprenez à demi-mot. Lorsqu’un jeune homme, que rien ne semble autrement détourner du mariage, oppose aux ouvertures de ce genre une résistance peu en rapport avec son caractère, ses dispositions antérieures et ses sentiments habituels; s’il n’apporte aucune bonne raison à l’ap- . pui de ses refus, si surtout il lui échappe de dire, en termes plus ou moins catégoriques : « Je vous » assure que vraiment je ne le puis en ce moihent, » arrêtez-vous, votre insistance pourrait faire le malheur de deux familles. »

Voilà la règle; mais, comme à toutes, celle-ci comporte des exceptions. Si rares soient-elles, il faut les signaler. Les médecins ordinaires en rencontrenttrop souvent, et des spécialistes compétents permettent, autorisent le mariage dans certaines conditions spéciales, et vont même jusqu’à le préconiser comme un moyen favorable, avec certaines femmes, d’atténuation, sinon d’extinction du mal. C’est affaire à eux et leurs suppositions ingénieuses, leurs a 'priori, de réaliser ces miracles. « Pour une syphilis à tendance décroissante, dit M. Diday, un bon mariage compte parmi les meilleurs auxiliaires du traitement. Au contraire, nous répétons avec d’autres aussi autorisés : celui-là commet toujours une mauvaise action, étant encore sous le coup d’une dette à payer à la vérole, qui associe aux chances du désastre menaçant de sa ruine sanitaire et financière la femme

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et les enfants qu’il s’engage à soutenir et à protéger. Aucune considération humaine ne peut faire plier ce principe, que l’exception même soumise à votre observation directe, sans qu’il soit possible de la formuler autrement. » (Le Péril vénérien dans les familles, Paris, 1881.)

Malgré ces indications expresses du célibat, les difformités les plus choquantes, apparentes ou occultes, avec toutes les infirmités probables quelles entraînent, les passions et les vices, comme les caractères les plus insociables, les maladies incurables, n’empêchent pas une foule de ceux qui en sont atteints de se marier, contre toutes les règles de la prévoyance la plus élémentaire, sans que l’argent en soit toujours le mobile. S’ils prenaient seulement un conjoint capalile, par ses qualités physiques ou morales, de corrigeiy atténuer ou neutraliser leurs vilains défauts, leur progéniture aurait du moins chance de s’améliorer par cette sélection. Au contraire, les plus laids, difformes, estropiés et infirmes choisissent de préférence leurs pareils, sinon pires, par crainte d’encourir un refus. Des générations de bossus et de cagneux se perpétuent ainsi jusqu’à extinction, tandis que des générateurs de choix se stérilisent volontairement dans le célibat religieux ou dans la prostitution 1

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Après les diverses indications du célibat, il paraît superflu d’en signaler les causes, sinon comme une redite, un pléonasme; celles-ci devant comprendre nécessairement celles-là. Rationnellement oui ; c’est pourquoi nous n’y reviendrons pas, en considérant toutes les indications précédentes comme des causes acquises, les plus pressantes et les mieux justifiées. De là leur place et leur distinction.

Mais la raison qui préside aux premières ne dirige pas toujours les secondes. Le caprice, le hasard, la pauvreté comme ia richesse, la naissance, l’éducation, l’âge, la profession, la noblesse, la religion, l’amour même le plus pur et le plus profond, en sont parfois les seuls mobiles. Au contraire, la prostitution et le libertinage, l’hystérie et la vérole, qui en sont des indications positives et absolues, ne le déterminent pas toujours, hélas! en conduisant trop souvent au mariage. D’où la différence fondamentale de ces causes avec les indications du célibat: c’est de le déterminer souvent sans nécessité ni utilité.

Elles sont évidemment de deux sortes, comme tous les mobiles humains morales et physiques, suivant la dualité de l’homme, homo, duplex. Si les , difformités, les vices de conformation, les maladies héréditaires ou acquises, en sont les plus apparentes,

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il y a aussi des raisons morales. Une passion violente comme une grande bêtise, des vices profonds ou une simplicité niaise, l’expliquent dans beaucoup de cas. Les extrêmes se touchent, ici comme partout, et produisent un effet identique.

Une troisième classe résulte des causes sociales les plus nombreuses, actives et prépondérantes, en s’associant aux doctrines en vogue. L’observation montre la diminution des mariages et de la population, quand un État marche à sa ruine par un mauvais gouvernement ou une excessive inégalité des fortunes. Au contraire, la population a une vigueur enviable dans les pays bien gouvernés, où la propriété est assez divisée pour que la grande majorité des habitants puisse se marier, s’établir et vivre avec leur famille. La Grèce au temps d’Aristide et de Léonidas, et la Grèce corrompue du Bas-Empire; Rome sous la sagesse des consuls, et Rome abattue sous le despotisme de ses féroces empereurs, en offrent les exemples. Le célibat fait des progrès épouvantables chez les peuples réduits à un état précaire, quand les fortunes ou le pouvoir sont répartis très disproportionnellement. L’érotisme et l’alfectionnivité prennent alors une forme clandestine, le nombre des avortements et des infanticides augmente avec celui des enfants trouv-^s, signes évidents de la dépravation des mœurs.

L’augmentation actuelle du célibat et sa persistance chez les garçons, en France, dépendent plus du positivisme matériel en vogue que de toute autre cause. Par crainte de se créer des charges trop lour-

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des, et ne plus pouvoir se donner le luxe, le bienêtre ou le confortable rêvé, filles et garçons sacrifient le mariage au célibat, pour avoir, leurs aises. De part et d’autre, on impose même un frein à l’amour, lorsqu’il se manifeste, si ce n’est pas dans les conditions voulues de stérilisation; à l’aide de raisonnements les plus machiavéliques, on élude le mariage, sous prétexte d’être un esprit fort et supérieur, alors qu’il ressemble au plus faible .

La désertion des campagnes pour les villes est aussi une cause très influente de son augmentation croissante. Où vient le blé, il se fait un mariage, et tous ceux qui le peuvent se marient de bonne heure. Le célibataire libertin et volontaire se rencontre ainsi plus fréquemment dans les villes que dans les campagnes.

Il dépend essentiellement surtout de l’idée dominante, comme de la passion, qui s’empare de l’esprit ou du cœur de l’homme lors de la virilité. Elle y germe et s’y implante si fortement, qu’elle le tient sous le joug durant toute son existence. A ce moment décisif, chacun conçoit ou rêve son ambition de l’avenir. Chez la majorité, elle est assez simple et modeste pour être compatible avec le mariage et le réclamer. C’est de s’établir le plus souvent, suivant le métier, la profession ou la carrière choisie ou suivie, et le mariage en est parfois une condition inséparable. Pour l’ouvrier et l’artisan des champs et des villes, les prolétaires des deux sexes, l’établissement n’est pas autre chose : s’établir, c’est se marier. La débauche ouïe libertinage, la paresse et le vice, qui se rencon-

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trent surtout dans les villes, en sont les seuls obstacles.

Les étudiants de toute sorte, sciences, lettres et arts, ne font pas exception à cette règle. En possession de leur grade par un diplôme ou un brevet, pourvus d’un poste fixe dans rinstruction ou l’administration, publique ou privée, ils pensent surtout à se marier pour suivre leur carrière. C’est toute l’ambition du plus grand nombre. L’armée et la marine font exception en général par les difficultés à ic faire, l’instabilité delà situation, les inconvénients et les dangers qui en résultent.

Le célibat reste ainsi fatalement dévolu à ceux dont la supériorité des facultés, l’esprit et les connaissances au-dessus de la moyenne, une grande aptitude à l’étude et au travail, permettent d’aspirer aux plus liants rangs de leur spécialité. Fascinés par l’autorité, le prestige ou la gloire de leurs maîtres, sinon par leurs richesses et leurs dignités, ils visent toujours à se distinguer et s’élever pour les égaler. Il faut dès lors travailler sans cesse, penser, réfléchir sans trêve ni répit, et sacrifier non seulement tout plaisir, mais son repos, souvent la santé, quand ce n’est pas la vie même, à cette redoutable lutte des concours. Tous les futurs savants pauvres sont condamnés à ces travaux forcés pendant leur jeunesse, pour acquérir la notoriété, la renommée qu’ils ambitionnent ; bien peu y parviennent en étant arrêtés, vaincus par des athlètes plus forts ou plus heureux, ou moissonnés avant fàge. Bicbat, mort à 32 ans, après avoir accompli son œuvre

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colossale de la réforme de la médecine, n'avait pu songer au mariage.

Comment y penser dans ces conditions précaires, sans avoir acquis une position convenable? Elle ne se dessine guère pour les savants sans aisance ni fortune avant 40 à 45 ans, et encore plus tard pour les artistes. Bastien-Lepage, le dernier maître consacré, n’avait encore pu penser au mariage, malgré ses goûts simples, son talent et sa réputation, lorsqu’il succomba.

La plupart vivent célibataires, à l’exemple des plus grands génies littéraires ; sinon ils se marient tardivement, comme les militaires et les marins. De là le célibat prolongé. Ils restent ainsi stériles ou n’ont qu’une progéniture rare, affaiblie, ne pouvant hériter de leurs talents. I! est très exceptionnel, par cette raison, que les génies se survivent. Tous les efforts de leur virilité sont concentrés exclusivement dans leurs œuvres et leurs plus belles facultés sont épuisées lors de la procréation légitime, nominale. Leur génie est souvent pour des bâtards et reste ainsi anonyme.

Hérédité. Dès qu'il est régulièrement observé, le célibat ne saurait être héréditaire, puisqu’il est fatalement stérile et sans fruit. Agiter cette question serait donc un non-sens, la vie célibataire, comme dit Littré, ne donnant pas d’enfant. L’atavisme n’est même pas à invoquer, le premier célibataire, homme ou femme, étant né de l’union légitime ou illégitime d’un père et d’une mère. Il ne s'agit donc pas ici du

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vrai célibat, aussi rare que la chasteté, la pureté et la vertu, mais du pseudo-célibat, si fréquent et commun qu’il forme la règle.

L'hérédité joue un rôle si grand et constant dans la procréation — comme il est démontré avec preuves à l’appui dans tous les règnes et les espèces vivantes de la Genéraiion universelle ^ pages 347 et suivantes — que le célibat ne peut y échapper. Si l’idée et le goût ne s’en transmettent directement, il est incontestable que les vices et les passions qui y conduisent sont héréditaires. La transmission des dilformilés physiques en est la démonstration évidente. Il est d’ailleurs permis de se demander si le goût, le choi>: spontané du célibat ne vient pas des célibataires procréant un enfant naturel. Ce fait est si fréquent entre jeunes hiles et garçons, avant d’avoir choisi leur carrière ultérieure, qu’il est impossible d’édifier un fondement solide sur cette première donnée, ü n’est pourtant pas rare que cette naissance imprévue n’entraîne le père ou la mère, celle-ci le plus souvent, à rester indéfiniment dans le célibat. Il serait donc curieux et intéressant de vérifier à la campagne, où le fait s’observe surtout, si, par l’exemple du moins, les enfants naturels n’ont pas une tendance à imiter leurs parents.

La preuve en est rendue positive par les résultats de la statistique suivante : sur 1,182 prostituées nées à Paris, 237 étaient enfants naturels, et sur 3,667 nées dans les départements, 385 l’étaient également. C’est donc la confirmation de cette hérédité dans le libertinage et la démonstration de l’inlluence de

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l’abandon de la mère sur celte forme abominable du célibat féminin.

Le cas serait plus probant lorsque l’enfant est issu d’un vieux célibataire avec sa jeune bonne, sa servante, comme de vieilles filles avec de jeunes garçons, dont l’exemple se rencontre dans les fermes isolées. L’illégitimité ne permet pas toujours de s’arrêter à la désignation du père putatif dont on ne peut acquérir la certitude que par les caractères apparents de l’hérédité môme : la ressemblance , les traits particuliers, la taille et jusqu’aux ditformités. Ces preuves, avec l'observation du célibat sans raisons plausibles, confirmeraient son hérédité positive.

Le fait suivant vient encore à l’appui de cette interprétation. Une villageoise de 12 à 13 ans entre dans une ferme isolée, à quelques kilomètres de son village, dirigée par une veuve d’une soixantaine d’années, assistée de son fils de 36 ans qu’elle a tenu en tutelle et empêché de se marier jusque-là, comme étant indispensable à son exploitation. En contact journalier avec cette enfant, le vieux garçon, seul, isolé, la voit grandir et en devient amoureux. Une grossesse en résulte à 16 ans, et la fermière renvoie aussitôt la servante dans sa famille, sans que le fils y mette obstacle, tout en se reconnaissant bien le père. Comment le nier? Aucun homme n’entrait dans la ferme, dont la servante ne sortait pas. Cette paternité était si évidente, que la fermière, en refusant son consentement au mariage, voulut bien payer les mois de ûourrice du nouveau-né pour laisser travailler la mère, trop jeune pour l’allaiter.

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Depuis douze ans, cette jeune tille a été obligée de s’éloigner de son enfant pour aller gagner ici et là, comme domestique, de quoi l’élever dans sa pauvre famille. Il a ainsi grandi sous les yeux du père, qui voit en lui ses traits s’accentuer chaque année davantage. 11 est donc notoirement son enfant. Que le célibat persiste de part et d’autre, et l’héréditc en serait incontestable chez cet enfant, quoique celui de la mère ait été forcé. 11 suffit que ce^ui du père ait été lâchement volontaire pour justifier l’hérédité chez le fils. Devenu libre aujourd’hui par la mort de sa mère, il se pourrait bien que ce vieux célibataire, ayant passé la cinquantaine, suivît la tradition de ses pareils en épousant la jeune mère pauvre pour reconnaître sa progéniture avant sa majorité.

Telle est la peine du talion de tant de vieux garçons ayant réduit les filles au célibat ; ils sont obligés d'implorer ensuite le consentement d’une servante-maîtresse pour le mariage dont ils ne peuvent plus jouir. C’est l’unique recours en leur pouvoir pour ne pas laisser leur nom, leur fortune et leurs biens à des héritiers âpres et ingrats, sinon à des étrangers, alors qu’ils ont des bâtards courant le monde pour vivre et de malheureuses victimes de leurs forfaits réduites à la misère.

Cette hérédité est d’autant plus probable que la grande majorité des enfants naturels sont nés de relations entre jeunes et vieux, ceux-ci étant résolus à ne jamais se marier ou ne le pouvant ; les jeunos filles ou garçons se réduisant et se condamnant fatalement par là au célibat, surtout dans les campagnes.

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à cause du stigmate en résultant pour eux. On attribue ordinairement le célibat de ces enfants naturels à ce qu’ils ne trouvent pas à se marier, en raison de leur naissance, alors qu’il est bien plutôt l’effet de leur éloignement préconçu et secret pour cette vocation. Ils y sont d’ailleurs souvent entraînés par leur pauvreté, leur misère, leur manque d’instruction, d’éducation et de profession même, sinon leurs défauts et leurs vices, lot ordinaire des cham»pis ou bâtards. L’hérédité des qualités prédominantes de leurs auteurs peut seule en mettre quelques-uns à l’abri en s’élevant d’eux-mêmes, comme il s’en observe des exemples très remarquables. C’est toujours de l’hérédité.

Il est d’ailleurs très facile de comprendre, en pareil cas, que le goût du célibat se transmet bien moins que l’esprit, l’idée, la passion qui le détermine, sinon la qualité dominante du père ou de la mère l’exigeant. Comment épouser sa servante ou son cocher ? L’amour fraternel retient ainsi des familles entières dans le célibat, par la crainte exagérée de se séparer, comme des exemples frappants en sont relatés au Célibat à deux.

Conformément à cette interprétation, on voit des célibataires se succéder dans les mêmes familles, sans aucune autre cause appréciable que cette hérédité directe de la tendance ou du goût au célibat, comme d’autres au mariage. Un vieux millionnaire est resté célibataire, vivant isolé et en grigou, à cause de sa laideur. La fille aînée de sa sœur, millionnaire aussi, refuse toutes les demandes, sous prétexte que l’on

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n’en veut qu'à sa fortune, parce qu’elle n’est ni belle, ni distinguée. Est-ce un travers d’esprit ou un éloignement inné pour le mariage ?

De la difficulté de constater positivement l’hérédité directe du célibat, vient son incertitude. Elle est même parfois impossible à apprécier. Qu’un enfant adultu'in naisse de l’un de ces célibataires libertins — se faisant un mérite et un jeu de s’introduire dans les ménages dont ils sont les ennemis-nés, en séduisant les femmes de leurs amis ou de leurs parents — et en voilà assez pour qu’une profonde répulsion du mariage, une vocation marquée de célibat se manifestant isolément dans la famille, soit complètement inexplicable et contradictoire de l’hérédité.

Elle est au contraire d’autant plus admissible que la passion déterminante du célibat : égoïsme, intérêt, libertinage, paresse ou toute autre, a toujours des racines plus profondes et intimes dans l’organisme que la pente au mariage. Celle-ci est si naturelle et .physiologique, que beaucoup de personnes s’y laissent aller sans réflexion, par la simple incitation de s’unir ou s’associer à quelqu’un. Quelle résolution ferme, quel cœur bronzé ne faut-il pas pour y résister, au contraire, lorsqu’elle est profondément stimulée, comme c'est l’habitude, par la vie des célibataires galantins? La victoire pour ces traîtres n’est pas de triompher, mais de tromper.

Toutes les difformités apparentes qui se transmettent si fatalement des parents aux enfants en sont

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un exemple évident. Elles forment autant d’obstacles sinon d'empêchements absolus au mariage par le ridicule qui s’y attache. Que de bossus, boiteux ou cagneux, pieds bots, strabiques, louôhes, borgnes, aveugles, becs-de-lièvre, sont condamnés au célibat par leur seule difformité, si l’aisance ou la fortune ne vient à leur secours pour atténuer, corriger ou effacer, aux yeux des plus avides, ces défauts de l’organogénie, c’est-à-dire de la nature! Ils ne sont pourtant pas plus que tant d’autres monstruosités, ni certaines affections externes leur ressemblant, des obstacles sérieux au bonheur de l’union conjugale ni à la génération qui en est le but ; il faut en excepter toutefois les traces du rachitisme et de la scrofule, susceptibles d’entraîner la stérilité. Autrement, ces défauts d’esthétique nuisent uniquement au travail; d’où la valeur de l’argent pour les atténuer.

La laideur du visage est, de toutes ces infirmités choquantes, l’une des plus redoutables contre le mariage, surtout si la pauvreté s’y joint. La pauvreté n’est rien chez une belle fille, elle s’en mariera parfois plus facilement que si elle était riche. Être laide, c’est le comble de l’infortune ; ni fâge ni le bonheur n’y changent rien. C’est un mal fatal et sans remède. Les plus grandes richesses morales, fesprit, fimagination, la douceur, la modestie, le dévouement, l’amour, sont neutralisés par une laideur affreuse; elle réduit à aimer en secret pour ne pas être ridicule. On peut d’autant plus être laid et pauvre, même infirme, que la première cause suffit souvent à en-

gendrer la seconde. De ce fait seul, garçons et filles, celles-ci surtout, ont en elfet moins de chances de trouver de l’ouvrage et de gagner de l’argent; à la vue seule, on les refuse, on les repousse, sans éprouver leurs qualités ni leurs talents, à moins d’être spécialement recommandées, et encore leur fait-on des conditions moins avantageuses qu’aux autres. C’est une sorte de défaut, sinon d’indignité, pour un grand nombre de professions. Les plus infimes sont souvent le partage de ces disgraciées de la nature avec le célibat injuste qui les frappe.

Irritées de cette inégalité, ces personnes deviennent parfois acrimonieuses et jalouses des plus favorisées; leur caractère s’aigrit par les quolibets qu’elles provoquent. Mais la laideur physique peut aussi être rachetée par la beauté et la bonté morales, la douceur, l’aménité, la bienveillance et la simplicité. Humbles et modestes, elles atténuent et effacent souvent les défauts corporels les plus choquants. Sans l’épreuve du moral, ils ne sont donc pas une cause absolue de célibat. Les plus beaux et nobles caractères se cachent parfois sous d’affreuses apparences. Les personnes les plus laides, avec de grandes qualités, ont ainsi réussi à se faire aimer à l’égal des plus belles.

L’importance généralement accordée à ces défauts extérieurs est dès lors exagérée. Au point de vue médical, le danger de leur hérédité est seul à considérer, et il n’est pas à craindre dès qu’ils sont accidentels ou postérieurs à la naissance. La constitution étant indemne, le mariage peut avoir lieu. Pourquoi en faire alors une cause si fréquente et absolue de

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célibat, sans s’informer do« vices de conformation occultes, cachés, des organes génitaux, si essentiels au bonheur et à l’avenir du mariage ? Un vice apparent de l’organisation est rarement isolé, d’après les lois de la tératologie. Dès que l’un est visible, il y a toujours lieu d’en supposer de cachés et de les rechercher. On les passe sous silence dès qu’ils sont ignorés, comme les maladies de ces organes, quoique formant bien plus souvent des indications expresses du célibat dans les cas spécifiés plus haut. De même des tares morales, aussi évidentes chez les parents ou les ancêtres que les difformités physiques des enfants, dont on ne se préoccupe pas, quoique aussi fatalement transmissibles. Celles-ci encore plus que celles-là peuvent faire échec au mariage.

Surdi-mutité. Cause fréquente de célibat chez les personnes des deux sexes atteintes de cette infirmité. 96 sur 100 de ces infortunés restent célibataires en Bavière, soit renfermés dans des établissements spéciaux, soit vivant en liberté dans leurs familles. 40 pour 1,000 se marient donc seulement. Le dernier recensement fait en Allemagne accuse une proportion légèrement supérieure. Sur 2,761 sourds-muets, 14 étaient mariés entre eux et 120 avec des entendants; soit une proportion de 4, 8d pour 100, suivant Hartmann. En France, où la proportion des sourds-muets est de 57 par 100,000 habitants, le nombre de célibataires de ce fait unique serait de plus de 20,000, si leur mariage est aussi rare qu’en Bavière.

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Malgré l’hérédité bien authentiquement constatée dans quelques familles de sourds-muets, même durant plusieurs générations, cette infirmité apparente est pourtant loin d’être une indication aussi formelle du célibat que tant d’autres maladies héréditaires ou alïections diatliésiques latentes et cachées. Les mal’iages consanguins entre parents rapprochés la produisent plus souvent qu’entre sourds-muets, et à plus forte raison entre sourds-muets et entendants. On voit un grand nombre de ménages sourds-muets donner naissance à des enfants dont l’ouïe est irréprochable, dit le médecin de l’Institution nationale des sourds-muets de Paris. L’hérédité est si rare parmi eux, ajoute M. Hugentobler, instituteur de ces enfants, que sur 20 mariages dont l’un des époux et souvent les deux sont sourds-muets, un seul compte un enfant atteint sur trois. Sur plus de 40 sourdsmuets mariés, le professeur Pienaut, de Lyon, n’a constaté aucun cas d’hérédité.

Cette observation française est confirmée par la statistique allemande. Les 14 mariages contractés entre sourds-muets n’ont produit aucun sourd-muet sur les 16 enfants qui en étaient issus, et des 223 nés du mariage de 120 sourds-muets avec des entendants, 8 seulement étaient sourds-muets de naissance. La transmission directe de cette infirmité est ainsi moindre que findirecte, car des 2, 761 sourds-muets recensés, 156 étaient nés de mariages consanguins, et 148 provenaient de mariages dont l’un des époux accusait des cas de surdité dans sa famille.

Il n’y a donc pas lieu de faire de cette hérédité

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une cause fatale, absolue, de célibat. La surdi-mutité des enfants peut survenir après la naissance et résulte souvent de la perte accidentelle de rouie dans [es premières années de la vie. Il y a, à l’Institution nationale de Paris, des sourds-muets qui ont perdu l’ouïe à huit ans et qui ont ensuite cessé de parler. Au-dessous de cet âge, le mutisme est la règle, et il est encore assez fréquent à huit ans pour marquer la limite de la perte de la parole.

De là, deux espèces de surdi-mutité ; native ou congénitale et accidentelle ou acquise. Plusieurs maladies de l’enfance, en déterminant la surdité, provoquent ensuite la perte de la parole. La rougeole et les fièvres graves, les convulsions, l’athrepsie chez les enfants lymphatiques, scrofuleux, en retentissant profondément sur l’oreille, en y développant de l’inflammation et des écoulements consécutifs, amènent souvent la surdité. De là, autant de sourdsmuets accidentels, quand iis h’onl pas dépassé huit ans, comme c’est le cas le plus ordinaire. L’élaboration de la pensée, chez l’enfant sourd, nécessite pour lui un travail intellectuel tout difiérent de celui qui entend parler. Il est plongé dans un isolement profond, tant qu’il n’a pas appris à apprécier toute chose par la vue, à comprendre ce que le toucher et les autres sens ne peuvent déterminer.

La plupart des sourds-muets le sont ainsi après la naissance par maladie ou défaut de soins. L’otite ou inflammation de l’oreille des nouveau-nés, traitée si souvent à la légère, a spécialement une influence considérable dans la surdité dite de naissance. Elle

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produit meme des accidents cérébraux qualifiés de méningite, convulsions ou fièvres graves ne dépendant que de l’otite. Sur 100 sourds-muets examinés à l’Institution nationale de Paris, le médecin en chef a reconnu que 79 l’étaient devenus accidentellement et 21 seulement de naissance. C’est absolument le contraire de ce qui est admis à ce sujet. La périclitât ion subie dans le premier âge par les troubles de la nutrition suffit, en déterminant l’inflammation des mu(|ueuses du pharynx, des trompes, à provoquer la surdité en altérant la caisse et le tympan. La mutité consécutive en est la conséquence.

Cette hérédité n’est pas à craindre dans tous les cas de cette infirmité. On ne peut transmettre ce que l’on n’a pas en naissant. Elle est seulement à redouter chez les sourds-muets de naissance; c’est-à-dire à peine un quart de la totalité. Le médecin de l’Institution nationale abaisse même ce danger aux deux dixièmes, soit 20 pour 100, comme atteints de surdité congénitale. Avec les chances précitées que les enfants ont de tenir du père ou de la mère non sourdmuet, on voit (jue le danger se réduit à bien peu de chose. Il n’est réel qu’entre sourds-muets de naissance, s’alliant ensemble, surtout s’ils sont parents. C’est la seule contre-indication positive au mariage.

Son extrême rareté est donc sans raison autre que l’impossibilité du sourd-muet, garçon ou fille, de pouvoir communiquer avec les entendants, sinon par signes ou gestes, bien incomplets pour se comprendre, non en amour, mais en mariage. Ils s’unissent ainsi le plus souvent entre eux. Deux muets, instruits

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dans rétablissement de Ronchin-lez-Lüle, se sont mariés à Solesmes (Nord), le 20 juin 1885, ayant des témoins sourds-muets comme eux et sachant tous parfaitement lire et écrire. Avec cette double ressource de s’exprimer et de se faire comprendre aux parlants, ces infortunés ne doivent donc plus être condamnés au célibat par ceux-ci, étant aussi aptes et recevables au mariage qu’eux, d’après les faits précités, utiles et importants à établir ici pour cette raison spéciale.

Le veuvage survenant à un certain âge, surtout avec enfants, détermine aussi fréquemment beaucoup d’époux à ne pas se remarier par respect de la foi jurée et l’amour des enfants. Sous l’influence immédiate d’une douleur profonde, le sens génital peut être amorti, suspendu et comme paralysé; il semble devoir s’éteindre au contact et sous le regard pur de jeunes enfants par les devoirs qu’ils imposent. L’amour déçu ou trompé, une idée ou une passion sublime, en agissant fortement sur le cœur et l’esprit, suffisent bien à faire taire toutes les impressions sexuelles chez les âmes bien trempées. (Voir page 71.)

Il y a pourtant des limites. Le souvenir s’efface avec le temps et les sens conservent ou reprennent graduellement leurs droits imprescriptibles. La continence forcée que des époux gardent; dans leur viduité, sous cette influence, les entraîne parfois à l’onanisme. Les femmes sur le retour y sont particulièrement exposées ; sous ce rapport, le veuvage a des dangers, même pour les enfants. Pour ne pas

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compromettre leur avenir, leurs intérêts, on se refuse souvent à faire entrer un membre étranger dans la famille. C’est un tort, les liaisons illégitimes qui s’ensuivent leur sont souvent plus préjudiciables. Des veufs ont recours ainsi à tous les abus honteux et déshonorants de l’onanisme pour ne pas avoir d’autres enfants. Un nouveau mariage eût prévenu toutes CCS fatalités de la viduité.

pauvreté , la misère sont de fréquentes causes de célibat, surtout à notre époque où la vie est si exigeante, coûteuse et où l’on s’inquiète plus que jamais de l’avenir. Les ouvriers sans ressources pour se mettre en ménage sont ainsi condamnés à un célibat indélini, le célibat de la misère, dont on pourrait faire un titre spécial s’il était forcé. Heureusement c’est le contraire; un travailleur économe trouve toujours aussi pauvre que lui et c’est en réunissant leurs efforts que la vie devient plus facile et heureuse.

Il était très commun en France il y a un siècle, quand les enfants venaient dru comme grêle dans la plupart des ménages. C’est l’unique bien des pauvres, dit-on, et ils en étaient les mieux partagés. Six, huit ou neuf et jusqu’à la douzaine formaient leur lot, comme c’est encore actuellement la règle en Angleterre et en Allemagne. Le service militaire ou domestique offrait bien un débouché aux garçons, mais que pouvaient faire les filles, sans ressources après la mort des parents ? Habituées à vivre ensemble sous le toit paternel, elles restaient ordinairement

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réunies par économie. C’était pour elles Tunique moyen de vivre indépendantes en réunissant le modeste produit de leur travail. Plusieurs familles de cinq ou six soeurs ont ainsi vécu indéfiniment dans le célibat au commencement de ce siècle. Celles qui par leurs occupations ont pu amasser un pécule se sont mariées tardivement en restant stériles.

Il en est autrement des garçons ; beaucoup parviennent, et ce sont les meilleurs, à surmonter ces difficultés et, avec de la conduite, peuvent se marier tôt ou tard aussi aisément et même plus que les riches.

L’exemple du célibat religieux, dans les pays catholiques, et son acceptation volontaire par des centaines de mille d’individus des deux sexes, a suggéré à certains économistes la recommandation de ce genre de vie aux ouvriers qui ne trouvent pas des ressources suffisantes dans leur travail pour élever des enfants. « Si les moyens d’existence manquent, dit Rossi, si les célibataires ne sont pas en état de suffire à l’entretien des enfants qu’ils pourraient avoir, les encouragements au mariage sont nuisibles ; ils sont un contre-sens ou pour le moins une imprudence; c’est en même temps ôter quelque chose à ceux qui ont à peine assez pour eux-mêmes et préparer des souffrances et une mort prématurée à ceux qui naîtront plus tard.»

Toute positive et athée, cette doctrine n’est que trop suivie de nos jours parla majorité de ceux qui, vivant au jour le jour, sans souci du foyer ni respect de la famille, dépensent tout ce qu’ils gagnent sans

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s'inquiéter de l’avenir. Après s’être amusés à leur aise, ils échouent le plus souvent dans des relations irrégulières, par la facilité qu’ils trouvent à les nouer, et finissent par le concubinage ou l’adultère. Ils tombent ainsi dans un état d’abjection dont on n’a pas d'idée. Un socialiste chrétien, l’abbé Corbière, en a fait la remarque suivante, comme la plus juste réfutation de la doctrine précédente.

« Sans estime pour la femme avec laquelle ils ont des relations et ne pouvant la produire dans le cercle de leurs amis, ils font descendre leurs autres sentiments à sou égard au niveau de leur mépris pour elle. De là leurs mauvais traitements et le refus du nécessaire. Ils ne peuvent lui donner des conseils en étant indignes de ce droit. Us n’osent pas même réclamer le respect de leurs enfants en se sentant indignes de le mériter. De là de mauvais ménages, des enfants vicieux, des familles perverties. Sous prétexte d’épargner des charges trop lourdes aux ouvriers, par le célibat, on prépare leur dégradation, on brise leur cœur, on les rend plus misérables en leur enlevant le stimulant du travail et de l’économie. Ou a ainsi moins de mariages et d’enfants élevés chez leurs parents et le nombre des unions irrégu hères et des enfants illégitimes en est fatalement accru. Les statistiques de la Cifiminalité et de l’Assistance publique donnent tristement raison sur tous ces points à l’auteur. » (Economie sociale au jioint de vue chrétien.)

11 serait juste et vrai d’ajouter que les ouvriers dos deux sexes tombés dans cet état d’abjection sont

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d’ordinaire sans conduite ni moralité. Abandonnés sans frein durant leur jeunesse à tous les jeux, les plaisirs, les jouissances de leur âge, ils n’ont jamais fait la moindre économie. L’épuisement du produit du travail de la semaine est la limite forcée de leurs amusements, leurs dissipations, leurs noces comme ils disent, lorsqu’ils ne peuvent extorquerde l’argent à des parents trop faibles pour leur en donner. Le besoin seul les fait retourner au travail; beaucoup ne le reprennent que contraints, forcés, et non par devoir, il devient ainsi de plus en plus dur et ingrat par l’iiabitude croissante de l’oisiveté et du tabagisme, le malaise et. la perte des forces résultant du libertinage, de la débauche, l’ivrognerie, etc., etc. De là de mauvais exemples et de pernicieux conseils. Ils finissent ainsi par s’accoler à une compagne connue souvent dans ces orgies, et qui les a partagées et entretenues. D’où la ruine commune de la vie et le triste sort des enfants.

Ce célibat, causé par la misère publique ou la corruption générale, est une véritable épidémie d’autant plus terrible que, liée à des centaines d’autres calamités, elle ne peut presque jamais être combattue eflicacement ou d’une manière péremptoire.

Tel est le mauvais ouvrier auquel le célibat s’impose, aussi bien par la misère que par tous les défauts, les habitudes vicieuses, les passions dont elle est la conséquence. Dire avec l’abbé Corbière que le travailleur ne choisit pas le célibat, mais le subit comme une fatalité et doit s’y résigner, sans égard pour son tempérament et la mollesse de son carac-

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tère-j est un paradoxe aussi subtil que l’inttuence divine de la consécration du prêtre sur sa chasteté pour justifier le célibat religieux. Celui-ci ne l’embrasse pas plus par conviction, ni vocation que celuilà le subit comme une chaîne. Prétendre que, malgré les dispositions de son cœur, il est réduit par la nécessité à vivre isolé, est de la pure casuistique. L’ouvrier laborieux, rangé, sobre, honnête, se marie beaucoup plus facilement et souvent que l’employé, le commerçant et une foule d’autres travailleurs, même des professions libérales, dont les prétentions réclament une position assurée pour se marier.

L’ouvrier n’exige rien de tout cela pour s’établir. Il s’agit de choisir ou de rencontrer une ouvrière laborieuse comme lui — et les circonstances s'en présentent jusque dans ses travaux — aimant l’ordre et l’économie pour vivre heureux. Aussi les meilleurs ouvriers, moraux et raisonnables, vivant dans leurs familles, font-ils exception. Ils ont hâte de se marier jeunes et parviennent à élever leîifs enfants avec économie et non sans gêne, comme ils l’ont été.

Cette économie indispensable est souvent un frein efficace à leur dissipation ; elle les empêche de se relâcher dans leur conduite et leurs travaux. Le besoin est même pour d’aucuns un aiguillon eflicace qui les pousse à perfectionner leur travail pour monter en grade et améliorer la situation de la femme et des enfants.

L’exemple salutaire de la viede famille sauveainsi du pseudo-célibat un certain nombre d’ouvriers et d’ouvrières des grande s vil 1g«; nous en avons observé

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assez d'exemples dans notre carrière médicale pour nous permettre de conclure ainsi. Une progéniture excessive est l’unique obstacle à leur bonheur, et encore...?

La domesticité entraînait fréquemment le célibat autrefois. Engagés jeunes au service d’une famille noble ou riche, filles et garçons, dès qu’ils y avaient passé quelques années, s’en considéraient comme dépendants et obligés d’y rester par devoir. Ils y vieillissaient par dévouement et fidélité à leurs maîtres, en vertu de la reconnaissance, des bienfaits ou des services rendus, sans penser à se marier, s’ils n’en trouvaient l’occasion dans le service du château ou de la maison. Dans l’impossibilité d’y introduire une étrangère, la plupart des serviteurs sacrifiaient volontiers leur jeunesse et restaient célibataires, comme les cadets de famille, avec favantage d’y passer leur vie tout entière.

Ce célibat était si commun dans les grandes familles, que les romanciers ont exploité cette mine féconde des mœurs et des coutumes avant la Révolution française par des exemples remarquables de dévouement et d’abnégation. Michel Masson en a tracé f un des types les plus touchants et vraisemniables dans Mademoiselle de Claret, dont Alain Beaussire est le héros. Il l’avait vue naître, élever et grandir au château, étant au service de ses parents, et ne put le quitter lorsqu’elle resta seule après leur mort. Ils se considéraient ainsi réciproquement comme inséparables, lorsque le brusque mariage de

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la châtelaine avec un faux marquis vint tout clianf!?er. S’apercevant aussitôt que la présence de ce lidèle serviteur de 60 ans était un obstacle à ses menées ténébreuses, le nouveau maître prétexta l’indélicatesse d’une lettre, qui venait de lui être remise décachiîtée, pour obliger sa femme de dire à Alain que, coupable ou non, il fallait se séparer.

Innocent et désespéré sur le sort de sa maîtresse, il quitta le château sans se plaindre, le cœur déchiré, se promettant bien de découvrir ce que pouvait être un tel fourbe. Son obligeance pour un pauvre voyageur qui se rendait à Glaret même en fut l’occasion. Il apprit que c’était un faussaire et sans troubler le bonheur de sa maîtresse, il attendit patiemment qu’elle se plaignît au directeur de sa conscience pour lui faire connaître délicatement sa position par un pli cacheté qu’il avait déposé secrètement entre les mains de celui-ci.

Quatre années avaient suffi à la perte complète de cette fortune en menées royalistes ; le château allait être vendu et la maîtresse obligée de le quitter pour suivre son mari à Paris, lorsque Alain se présenta de nouA’eau avec toutes ses ressources pour la servir, la cacher, la suivre et la protéger durant ces terribles années de la Révolution. L’odyssée de ces jours néfastes fut bien douloureuse et tourmentée pour eux, si dignes l’un de l’autre. Obligée de divorcer pour rendre à son mari son vrai nom de Rovère, cette femme héroïque n’iiésita pas, sur l’attestation même d’Alain ; elle se soumit à tous les sacrifices en rendant le bien pour le mal. Un moment, le

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fameux: membre du Directoire promit de racheter le château; mais Fructidor, en le faisant tomber de ce pouvoir usurpé, Tenvoya à Cayenne expier ses forfaits. Vaillante et intrépide, cette femme le suivit partout avec son fidèle Alain, qui ne consentit jamais à la quitter. La maîtresse et le serviteur triomphèrent ainsi de tous les obstacles mis sur leur vie par un vulgaire ambitieux, faussaire et renégat à la fois. Après s’être assurés qu’il était mort, ses deux vie . times rentrèrent à Paris, en 1798, pour y finir ensemble des jours si tourmentés en se servant réciproquement.

Toutes ces anciennes coutumes ont disparu par la même raison : l’abolition des privilèges nobiliaires. L’égalité civile a changé toutes ces conditions à la fois ; le célibat des domestiques n’existe pas plus aujourd’hui que celui des cadets. En remplaçant la servitude, la liberté a rendu chacun libre et personne ne se considère plus comme lié l’un à l’autre. Le relâchement est réciproque. On change aussi facilement de maîtres que de domestiques et ceux-ci se marient aussi souvent, et même plus que ceux-là, sans aucune distinction. La dilficulté de vivre en ménage est le seul obstacle à leur mariaige, car peu travaillent ensemble, en service dans la même maison; ils sont ordinairement séparés. Aussi les domestiques prévoyants, fidèles et raisonnables, restentils seuls dans le célibat et beaucoup vivent ainsi en concubinage, jusqu'à ce qu’ils puissent s’établir ou se retirer. Telle est la différence des temps et des mœurs, à moins d’un siècle d’intervalle.

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La noblesse, avec la pauvreté, est aussi une cause de célibat, pour les demoiselles surtout. Malgré l’égalité civile de tous les citoyens français devant la loi, il en est encore qui se croient placés au-dessus des autres en vertu de leurs titres. Supplantés par le mérite, le savoir et l’argent, ces anciens titres nobiliaires ont d’autant plus de valeur pour quiconque en a peu des nouveaux. Moins on a le moyen d’en faire valoir les anciennes prérogatives et plus l’on s’y attache comme à une dernière espérance. Des nobles sans fortune préfèrent ainsi réduire leurs enfants au célibat, à la misère, que de leur permettre de travailler et se mésallier. C’est l’orgueil de la naissance, du sang, du nom et du rang dans la société pour les nobles, comme il y a celui du savoir, de la richesse et du pouvoir dans la démocratie.

Un jeune baron, comte ou marquis de la Bourse- Plate, peut bien s’allier aujourd’hui, sans déroger, à une riche héritière, en lui donnant son titre contre de beaux écus comptants. C’est à peu près tout ce que vaut actuellement un titre de noblesse avec le positivisme moderne, sauf les qualités particulières, bien entendu. Beaucoup de jeunes filles en feraient aussi bon marché, si le luxe, l’obligation du nom et du rang qu’elles portent, aussi bien que l’éducation qu’elles ont reçue, n’étaient souvent des obstacles à leur mariage. Deux demoiselles du comte d’A... sont ainsi entrées en religion forcément, à défaut d’une dot suffisante pour vivre seules. L’aînée, sur le crédit de son père, fut fiancée à deux reprises, à un militaire d’abord, puis à un financier étranger;

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mais ces deux mariages ayant échoué, elle entra de dépit dans les ordres, ne pouvant utiliser, contre la volonté paternelle, son talent de musicienne dans la société. La cadette suivit son exemple et deux belles jeunes filles, sacrifiées aux préjugés d’un marquis de Carabas, ont été ainsi ravies à la famille et à la société.

Ce fut le contraire pour deux autres sœurs dont le père, comme cadet de famille noble, avait choisi la carrière des armes. Après la mort de sa femme, il s’énamoura d’une drôlesse et poussa l’impudence, comme le plus vulgaire et grossier roturier, jusqu’à l’introduire dans son foyer. Offensées^dans leur pureté et leur chasteté, ces deux jeunes orphelines se plaignirent à leur famille, dont les divers membres, aussi pauvres qu’elles, ne virent qu’un parti à prendre ; entrer au couvent. Elles y furent admises ensemble et y vivent encore comme les deux premières. Ces quatre exemples ne datent pas, en elfet, de la Restauration, mais de la République. Au célibat par misère, on peut donc ajouter le célibat par noblesse.

D’autres fois, c’est par ambition, coquetterie ou vanité, surtout chez les demoiselles. Elles s’aiment et s’estiment tant qu’elles manquent d’estime et d’amour pour l’homme. Elles ne regardent que leur miroir et le luxe; la parure les tient ainsi dans le célibat.

Une grande fortune, la richesse sans naissance, est également une cause de célibat dans certaines conditions d’éducation, d’esprit ou de corps, pour les ülles surtout. Ce ne sont pas les demandes qui

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font défaut ; la grande quantité de prétendants est précisément ce qui les épouvante et les met en garde. Ne pouvant choisir, comme l’homme, selon leur cœur, elles craignent toujours qu’on les recherche plutôt pour l’argent que pour leur personne. Dès qu’elles sont nées au-dessous de leur richesse et n’ont pas été élevées ni instruites en conséquence, elles se défient d'èlles-mêmes. Leur laideur, une difformité quelconque fortilicnt surtout ces soupçons chez les plus froides et raisonneuses, et elles refusent imperturbablement tous les partis (jui se présentent à l’envi , sons prétexte que l’on n’en veut qu’à leur fortuite. De riches héritières sont restées dans le célibat par ce seul motif, à la campagne et à la ville, comme un exemple en est relaté page 111, sauf qu’il s’y joignait peut-être un grain d’hérédité.

Légères et évaporées, elles se marient plus facilement dans ces conditions, car elles sont toujours mondaines. Modestes, réservées et timides, les plus raisonnables ne se produisent guère et ne se livrent pas. On ne peut les gagner, les séduire et leur inspirer conliance que dans rintimité et par la persévérance. Le mot de mariage, son idée seule les épouvante: il faut les rassurer en s’insinuant dans leurs bonnes grâces, leur cœur, leur esprit, sous le couvert de l’amitié. Beaucoup de vieilles filles se marient sur le tard avec d’anciens amis qu’elles ont appris à connaître, à estimer et à aimer.

Le luxe y tient aussi une infinité de gens aimant mi ux vi\rc commodément et seuls que d’avoir une

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famille, a dit Grimm. Rien n’est plus vrai, aujourd’hui que le luxe a envahi toutes les classes de la société, chez les femmes surtout. Il effraye ainsi, par la dépense qu’il occasionne, beaucoup de jeunes gens à marier, et le célibat s’entretient de la sorte chez les deux sexes sous forme de concubinage. Une femme légitime est devenue une si lourde charge dans un ménage, au lieu d’être un utile auxiliaire, que bien des garçons voient s’ajourner indéfiniment, sinon se perdre, l’espérance de trouver, par leur position, une compagne ayant le rang et l’éducation qu’ils recherchent. Dans cette longue lutte, la solitude les lasse ; ils sentent que Thomme n’est pas fait pour vivre seul, et ils prennent une femme, la première venue souvent, s’habituent à elle et passent à ses côtés leur vieillesse, comme ils ont passé leurs plus belles années. Ils eussent été d’excellents époux et les meilleurs parents, et ne deviennent ainsi que des concubins égoïstes, jaloux et indifférents. (V. Concubinage.')

Ce fut de tout temps l’une des principales causes qui éloignèrent les hommes du mariage, malgré l’ostracisme des lois contre le célibat ; mais il est aussi beaucoup de filles qui restent célibataires afin de mieux satisfaire leur coquetterie et leurs goûts de luxe. C’est pourquoi les lois romaines privaient toute femme au-dessous de 45 ans, n’ayant ni mari ni enfant, du droit de porter des pierreries et de se servir de litière. Mais les lois sont impuissantes à réformer les mœurs, dès que les familles et les individus n’en comprennent pas l’urgence et la néces-

sité. C’est en élevant pins simplement les enfants, en ne leur montrant pas le luxe dès leur bas âge et en ne leur en faisant pas un besoin et une habitude, que l’on rendra les mariages plus faciles et dès lors plus fréquents.

Si quelques personnes gardent le célibat par vertu, c’est évidemment une rare exception; au contraire, la majorité le choisit comme se prêtant mieux au débordement de toutes les plus mauvaises passions. Portées' à leur surnmun, celles-ci ne sont pas seulement des indications du célibat, elles y conduisent forcément en absorbant l’esprit et en dominant le cœur de leurs victimes. Les plus nobles et éievées : l’amour filial et fraternel, de l’ai t, de la science, de la charité, de la vérité, comme les plus détestables et avilissantes, occultes ou apparentes, dont les principales sont précitées, deviennent des causes de célibat chez les deux sexes en éloignant l’homme de la femme et réciproquement. On les reconnaît à ce trait commun et distinctif de faire souffrir vivement le corps et surtout l’esprit, ensemble ou séparément, selon la nature de ceux qui en sont atteints. Les passions animales ; iviognerie, débauche, libertinage, affectent principalement le corps, tandis que les passions morales, de beaucoup les plus nombreuses, atteignent spécialement l’esprit. Toutes sont les ennemies du mariage légal et des obstacles à son bonheur, comme le jeu est l’ennemi du travail.

Heureusement, elles ne germent guère avant que

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l’amour se déclare : c’est ordinairement le premier occupant. Aussi entraîne-t-il aux excès, aux égarements les plus redoutables, ceux qui l’éprouvent passionnellement. L’amour, le plus violent et le mieux senti, est souvent un obstacle au mariage, dès qu’il est contrarié, malheureux. Les suicides par amour ne sont plus à compter : ils se produisent partout, au sein des villes comme au hameau, chez les filles et les garçons ; des exemples en seront relatés au Célibat par amour.

Les passions antagonistes du mariage : l’avarice, le jeu, la colère, la paresse, la débauche et le libertinage, en se développant avec l’âge, apparaissent souvent trop tard, - dans toute leur horreur, pour le ])ré venir et l’empêcher. La position assise, en entretenant la surexcitation des organes génitaux, prédispose surtout à cette dernière. Le libertinage est ainsi très commun chez les tailleurs, les cordonniers, les modistes, les couturières et toutes les professions analogues. Quiconque, dès la puberté ou l’adolescence, se sent piqué, mordu de ce venin par quelques escapades et ces fautes répréhensibles que l’on excuse et pardonne trop facilement à la jaunesse, ne doit pas se marier sans mûr examen et réflexion. ‘Mieux vaut pour soi et... les autres, attendre et remettre, tant que l’on n’est pas assuré d’être bien guéri de ces fatales passions par l’horreur qu’elles inspirent. L’adage opposé que le mariage convient aux jeunes écervelés, aux filles nerveuses, légères ou inconséquentes, pour « leur mettre du plomb dans la tête » , est une grave erreur déjà

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signalée dans le Mariage. On doit y substituer cet autre dicton : qu’il faut leur laisser jeter leur gourme en liberté, plutôt que de les exposer à faire le malheur de plusieurs familles.

Une personne exempte de toutes ces causes communes de célibat ne peut adopter un parti si contraire à la nature humaine sans y être portée par des motifs secrets, des habitudes vicieuses, des goûts dépravés. Les vices n’ont d’attrait qu’en étant une source de plaisir pour ceux' qui s’y livrent. De même un premier acte honnête en produit toujours d’autres par la satisfaction qu’y trouvent les âmes bien douées. C’est le seul moyen de les fuir, quels qu’ils soient, et d’y renoncer. Il faut les soupçonner et les chercher le plus souvent dans l’acte et la fonction même de la génération, consacrés par le mariage, et les organes qui y concourent. Des penchants contre nature, des vices de conformation des organes génitaux ou des altérations, des irrégularités de leurs fonctions, sont dès lors à supposer.

11 serait facile de citer de nombreux exemples à l’appui. Celui d’un garçon de 47 ans, grand et bien fait, qui s’en donnait 30 par sa belle tenue de jeune homme et son air ininaudier. suffira à montrer la réalité de cette cause en ce qu’elle a de plus obscur. Fils unique et riche, avec les dons de l’instruction, l’éducation et la fortune, quoique trop vain de ces avantages en y insistant avec complaisance, il n’a jamais eu qu’une maîtresse. C’était une femme mal mariée à un vieillard. L’ayant trouvé à son goût,

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elle le choisit pour amant à 23 ans et le dressa si bien, novice qu’il était, pour ne pas avoir d’enfants — ce qui eût été la ruine de leurs amours — qu’elle réussit à le garder jusqu’à 40 ans passés. Une chambre meublée servait de trait d’union à leurs rendez-vous, et il fut ainsi soumis pendant 20 ans à toutes les ruses, les fraudes et les abominations onanistiques imaginables. Il n’eut pas d’autre vie galante, sauf quelques filles publiques ou des cocottes qu’il se payait largement au besoin. D’où sa vie régulière, disait-il, comme celle d’un homme marié.

Le départ de cette femme à l’étranger le laissa complètement impuissant près des autres. Sans être resté sous le charme du souvenir, il n’était nullement impressionné par une étrangère. Les filles assez complaisantes pour l’exciter manuellement pouvaient seules tirer ses organes de leur torpeur habituelle, avec l’apprêt d’un bon souper et les aphrodisiaques obtenus de charlatans spécialistes. Malgré sa belle apparence, l’examen décela des testicules petits, mous et variqueux ainsi que les cordons, un sperme clair et très Iluide. Il réclamait des aphrodisiaques, et surtout un traitement excitant et tonique local, pour se marier avec une fille unique de 17 ans, qu’il courtisait... pour sa dot de 1,200,000 francs. Il n’avait plus qu’à dire oui et sa vieille mère, dont il était f unique rejeton, le pressait de lui donner des petitsenfants avant de mourir! 1 1

La virilité chancelante, incertaine, de ce ci-devant beau et ses amours ne pouvaient rendre mon avis douteux. Je le dissuadai de cette union par les dangers

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de toute sorte qu’elle présentait dans le présent et l’avenir, en lui rappelant son propre exemple. Il en était d’autant plus menacé qu’il lui était échappé de dire, comme preuve de sa beauté d’autrefois, qu’un homme lui ayant passé galamment le bras sur le cou pour l’embrasser, l’érection s’était produite instantanément. Le parti le plus sage, en pareil cas, est le célibat.

La masturbation solitaire y entraîne souvent, en dégénérant en vice constitutionnel. C’en est une cause plus fréquente que l’on ne suppose par les fauxfuyants donnés pour mieux la cacher. Que de garçons de 30 à 35 ans sont venus me demander avis à cet égard ! Elle est encore moins un obstacle au mariage que l’onanisme à deux entre personnes du môme sexe. Tant que le désir du mariage persiste, sans pollutions involontaires ni impuissance, elle n’est pas une cause formelle de célibat.

Mais la honte primitive disparaît bientôt, on s’autorise même tacitement d’exemples semb«ables que l’on a appris à connaître pour y persévérer. De là le célibat persistant. Si, par les hasards de la vie, ces personnes rencontrent des acolytes plus dépravés, elles s’initieront d’autant plus fatalement à toutes les aberrations génitales en les partageant et en en subissant toutes les conséquences. Elles cèdent aux suggestions par les perversion s même du sens génésique, dont l’appareil nerveux est troublé, irrité par l’abus qui en a été fait. Elles pourront même à leur tour en inventer de nouvelles. Un certain nombre de garçons et de filles sont ainsi voués au célibat par ce

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vice déplorable, si une occasion de mariage ne se présente de bonne heure pour les en détourner. Autrement, l’anaphrodisie sexuelle en résulte chez l’homme et la frigidité chez la femme.

Toutefois, il serait dangereux de généraliser ces indications particulières du célibat ; d’autant plus que le mariage est souvent la sauvegarde unique de ces individus frappés de frigidité et d’impuissance trompeuse, incertaine. Sur un grand nombre de consultants jeunes et vieux, à ce sujet, plus de la moitié étaient aptes au mariage et je le leur ai conseillé comme la seule planche de salut pour l’avenir de leurs facultés physiques et morales.

L’homme plus que la femme est exposé au célibat par cette cause. Beaucoup de jeunes gens aux sens froids, à l’esprit torpide, y restent indéfiniment par cet abus de la satisfaction de soi-même. En se mari an L tardivement par raison, ils deviennent souvent stériles, sinon impuissants.

Un sujet particulier d’hésitation, d’alarme et de crainte pour ces individus est leur éjaculation rapide, instantanée, ou extrêmement lente, soit trente à quarante minutes d’attente, comme il en existe de rares exemples. La première s’observe d’ordinaire sur des garçons impressionnables, lymphatico-nerveux, anémiques et affaiblis. La stérilité existait ainsi chez un eune pharmacien marié, atteint d’hémorrhoïdes ttuentes, qui l’avaient réduit à une pâleur eiirayanie. De même des pertes séminales involontaires, des pollutions nocturnes à la suite de la masturbation chez les jeunes gens nerveux. J’ai même observé un

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cas de spermatorrhée avec impuissance chez un garçon de 4^ ans.

Produits par la surexcitation cérébrale, l’atonie ou le relâchement des voies séminales, et souwnt d’une semence mal élaborée et trop fluide, ces accidents ne sontpasime contre-indication absolue au mariage, s’il y a absence de maladies locales : prostatite ou tuberculisation des vésicules séminales, spermatorrhée ou rétrécissements. Le repos des organes par une sage continence, l’absence d’excitations, Tusage des bains et lavements d’eau froide, des applications topiques en suppositoire avec les névrosthéniques, obtiennent facilement raison de ces accidents, comme plusieurs succès m’en donnent la certitude. Le mariage contribue meme à y remédier par la régularité du coït et la tranquillité d’esprit qui y préside.

Une timidité extrême retient beaucoup de garçons dans le célibat, en les empêchant de s’avancer prés de celles qu’ils distinguent et de se prononcer pour un motif quelconque. Elle est ordinairement attribuée à des scrupules religieux ou de conscience, tandis qu’elle lient souvent au tempérament lymphatique, à une constitution efféminée, une éducation sévère, des habitudes austères entretenues par l’onanisme solitaire. Beaucoup de jeunes gens de 24 à dO ans m’en ont offert l’exemple et m’autorisent à admettre que cette mauvaise habitude retient dans le célibat, par l’intermédiaire de cette timidité exagérée, et parfois la crainte de ne pouvoir remplir convenablement les devoirs conjugaux.

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Elle équivaut au défaut pour la femme de ne pouvoir se déclarer la première à l’homme de son choix. Celle-ci a meme l’avantage, dans sa pudeur farouche ou sa chaste réserve, de mille moyens innocents, spontanés ou calculés, de déceler ses préférences. Un gracieux sourire, un regard doux ou une réponse aimable, un tendre abandon lui suffisent pour se faire comprendre sans parler, tandis que l’homme timide ne sait ni parler, ni même regarder celle qu’il aime et convoite. Il rougit en la voyant, détourne son regard et se trouve gêné, guindé en sa présence, sans pouvoir lui dire les sentiments qu’il éprouve. Il passe ainsi dédaigné, sinon inaperçu, dans un célibat persistant, si quelqu’un ne vient à son aide en parlant pour lui.

Les cas où la timidité entraîne au célibat ne sont pas rares. Tous ces garçons et ces tilles que des parents ambitieux persuadent ou forcent d’entrer dans les ordres religieux, n’est-ce pas souvent par timidité qu’ils refusent de prononcer des vœux à leur majorité? On dit alors que c’est par une obéissance passive, dictée par leurs supérieurs. Le mot est au moins fardé pour beaucoup d’entre eux. Il en est bien qui, libres et majeurs de 25 ans, n’osent souvent céder au plus profond amour sans l’agrément des parents qui les dominent.

En paralysant la volonté de celui qui l’éprouvé, cette excessive timidité rend souvent le célibat involontaire. La preuve en est chez ceux qui sont faibles d’esprit ou d’une grande simplicité. Ils ne se marient pas, s’ils n’ont des parents ou des amis prévoyants

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qui s’en occupent lorsqu’ils sont jeunes. En leur donnant une femme forte et capable, à l’esprit résolu pour deux et d’une parfaite moralité, ils deviennent souvent d’excellents époux et pères, en se conduisant de confiance sous sa tutelle, tandis qu’ils sont incapables de se diriger seuls. Sans être idiots, ni imbéciles, ni susceptibles d’être interdits à ce titre, ils se laissent infailliblement gouverner par des étrangers en restant dans le célibat. Ce sont des amis intéressés, lorsqu’ils sont jeunes et riches, pour leur faire payer les divertissements, les plaisirs, les jeux ou les débauches auxquels ils les entraînent. Ils peuvent môme se faire épouser par quelque fille débauchée ou bien ils tombent fatalement dans les filets d’une servante-maîtresse, si ce n’est de son amant ou souteneur.

Il ne faut pas confondre avec ces types les crétins, les imbéciles, les idiots, qui, sans être interdits, sont indignes du mariage. La raison leur manque pour reconnaître les bienfaits de la main tutélaire qui les guide. C’est toujours une erreur ou une faute de les marier. Adonnés de bonne heure à l’onanisme solitaire, par leur salacité, leur lubricité, ils n’ont jamais que des rejetons dégénérés, s’ils ne restent stériles. Leur célibat est donc obligatoire, forcé. Dans l’impossibilité de le classer exclusivement sous ce titre, puisqu’il est parfois volontaire, voici les principales différences de cette forme mixte du Célibat par timidité :

Le type en a été créé par Balzac dans son Ménage de garçon, d’après les caractères suivants : « Il y a

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deux timidités : celle de l’esprit et celle des nerfs, une timidité physique et une timidité morale, indépendantes l’une de l’autre. Le corps peut avoir peur et trembler, pendant que l’esprit reste calme et courageux, et vice versa. Ceci donne la clé de bien des bizarreries morales. Quand les deux timidités se réunissent chez un homme, il sera nul pendant toute sa vie. Cette timidité complète est celle des gens dont nous disons : c’est un imbécile. Il se cache souvent dans cet imbécile de grandes qualités comprimées. Peut-être devons-nous à cette double infirmité quelques moines ayant vécu dans l’extase. Cette malheureuse disposition physique et morale est produite aussi bien par la perfection des organes et par celle de l’âme que par des défauts encore inobservés. »

Il s’agit évidemment du féminisme constitutionnel, constaté chez certains hommes, et de l’anaphrodisie •morale qui s’y joint parfois ; mais elle existe le plus souvent isolément chez des hommes les mieux constitués physiquement. Les caractères de ces deux types anormaux ont été décrits par nous, d’après l’observation même, ddras Y Impuissance physique et morale, avec des exemples à l’appui. Il n’y a donc pas à y revenir, sinon pour remarquer que le célibataire Jean-Jacques Rouget, loin de s’accorder avec ces types d’après nature, s’y trouve en contradiction complète, ainsi que l’esquisse suivante permet d’en juger.

« La timidité de Jean -Jacques venait d’un certain engourdissement de ses facultés. Chez lui comme chez les crétins, le sens de l’amour avait hérité de

la force et de l’agilité qui manquaient à rintelligencCy quoiqu’il lui restât encore assez de sens pour se conduire dans la vie. La violence de sa passion, dénuée de l’idéal où elle s’épanche chez tous les jeunes gens, augmentait encore sa timidité. Jamais il ne put se décider, selon l’expression familière, à faire la cour à une femme d’Issoudun. Or, ni les jeunes filles ni les bourgeoises ne pouvaient faire des avances à un jeune honime de moyenne taille, d’attitude pleine de honte et de mauvaise grâce, à figure commune, que deux gros yeux d’un vert pâle et saillants eussent rendue assez laide, si déjà les traits écrasés et le teint blafard ne la vieillissaient avant le temps. »

A ces caractères frappants du crétinisme et de l’imbécillité, opposés à ceux du féminisme, la timidité hésitante de Rouget en face de la Rabouilleuse est incompréhensible. Il a 37 ans et elle en a 17, embellie d’une beauté si attrayante et délurée, qu’elle fait l’admiration générale du pays. Elle a grandi et embelli sous ses yeux, depuis cinq ans qu’elle est au service de son père. Achetée à son oncle moyennant 100 écus par an — c’était en septembre 1799 — elle avait été toute la joie de la maison pour Jean-Jacques. Par la mort de son père, dont il était l’unique héritier, il devenait donc maître absolu, souverain de cette belle fille, avec une fortune de quarante mille bonnes livres de rentes qu’elle convoitait déjà. Autant de conditions pour annihiler toute timidité entre eux. Seul en tête-à-tête avec elle ap:#ès un bon dîner. Rouget semble devoir, en véritable crétin qu’il

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est, se laisser aller brutalement à l’impulsion de ses sens surexcités pour satisfaire son instinct. Sa simplicité, sa niaiserie ne peuvent faire obstacle à son amour. Les animaux, en pareil cas, ri’ont pas de timidité et les imbéciles comme les idiots, sous l’empire de la passion génésiaquo et en mesure de la satisfaire, n’en agissent pas autrement. Les cours et tribunaux en offrent trop d’exemples pour le révoquer en doute. ‘

Le contraire a lieu ici. En amoureux transi ou en anapbrodite efféminé jouissant de toute son intelligence, Rouget regarde celle qu’il aime et balbutie quelques mots confus, malgré les provocations de la Rabouilleuse. 11 est inquiet, sinon jaloux, de savoir si son père, de 62 à 67 ans, n’a pas été son amant et reste dans ces perplexités des jours et des semaines, sans cesse en tête à tête avec elle, en véritable amoureux pudibond, esclave de sa passion. Sa servante n’en dormait pas, lorsque l’entendant une nuit, couché devant la porte de sa chambre, elle le fit entrer par pitié, de crainte que ce Jean-Jean ne se refroidît et s’enrhumât.

Tout cela peut être fort amusant pour des lecteurs affriandés de contes grivois, mais se trouve en contradiction formelle avec la réalité. Ce type est une fantaisie sortie, sans/ modèle, de l’imagination de son auteur. Ni l’enfarice, ni l’éducation, ni le physique, ni le moral n’expliquent la timidité amoureuse de ce crétin, pas plus que son noviciat et ses habitudes d’onanisme solitaire. Sa bestialité en était le coricctir, le neutralisait. Jointes à l’isolement et à la

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domination paternelle, ces causes, en affaiblissant l’esprit, rendaient l’instinct génital d’autant plus impérieux et aveugle chez cette brute. Aussi en resta-t-il victime toute sa vie, jusqu’à entretenir une servante-maîtresse avec deux adjudants.

Ce héros du célibat par timidité est tout artificiel, faux et erroné. Balzac le créa par nécessité, pour mettre en évidence le célibat plus vrai des jeunes officiers de la fiu du premier Empire. Compromis par leurs conspirations, plusieurs tombèrent, à défaut du champ de bataille, dans le jeu, la dél)auChe et le vice, jusqu’à devenir complices, affiliés, souteneurs entretenus.. . d’une Rabouilleuse et s’escrimant pour elle.

Le retard du mariage suffit parfois à déterminer le célibat, surtout chez les filles. Elles se laissent facilement persuader et marier, au gré de leurs parents, de 18 à 20 ans. ün garçon jeune et beau se présentant enlïainme toujours leur cœur. L’idée seule de devenir femme indépendante et maîtresse de maison comme leur mère, de ne plus être assujettie à ses leçons, ses observations et ses remontrances continuelles, d’échapper à ses reproches, les décide à cet âge; elles ne raisonnent pas autrement. Leur défaut d’expérience des graves engagements de ce lien indissoluble et ses conséquences désastreuses les fait s’engager légèrement et sans réflexion. La pensée seule de la liberté, de la toilette et du plaisir dont elles vont jouir avec leur mari, leur ôte toute résistance, surtout l’amour aidant. Des alliances se contractent

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ainsi dans les plus mauvaises conditions et donnent lieu à des résultats déplorables.

La vue ou la connaissance de ces tristes effets chez des compagnes, des amies ou des parentes, suggère bientôt des réflexions chez les filles sérieuses. Elles auraient épousé à dix-huit ans un garçon jeune ou vieux, même un veuf, sans choix spécial. C’est toujours un homme. Leur décision est subordonnée à leur goût et leur volonté surtout en devenant majeures et elles sont beaucoup plus difficiles à décider. Selon ce qu’elles ont vu ou entendu dire, elles refusent opiniâlrément d’entendre parler de trop jeunes ou trop vieux, et la comparaison qu’elles peuvent faire alors avec ceux qui se sont déjà présentés, rend leur acceptation de plus en plus difficile. Il suffit que leur coeur ait été touché, ému, pour qu’aucun parti ne leur plaise, et l’on en a vu garder le célibat définitif pour ne pas s’être mariées avant vingt ans.

Dès que le cœur n’a pas été impressionné, le mariage est toujours possible; c’est là le principal mobile de la fille âgée pour donner son consentement. Il faut qu’elle aime et quiconque n’est pas frappé d’aberrations génitales reste susceptible d’aimer à tout âge. Des filles, paraissant absolument vouées au célibat, se marient assez fréquemment de 3o à 40 ans par pur amour et forment les meilleures unions, quoique pouvant rester stériles. Le raisonnement ou le besoin en décident quelques autres ; mais c’est l’exception.

Il en est autrement chez les garçons, libres de chercher et de choisir à tout âge. Soumis d’une manière

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permanente au prurit du coït jusqu’à uu âge avancé, ils peuvent éprouver le besoin du mariage beaucoup plus longtemps que les ülles. Un mariage manqué, par amour ou par intérêt, en retient pourtant un certain nombre dans le célibat, soit en contractant de mauvaises habitudes, soit en recourant à la prostitution ou au concubinage. Un amoureux de 25 ans, s’étant, vu refuser celle qu’il aimait, parce que sa position n’était pas assez brillante, s’adonna ensuite à l’onanisme au point de devoir y persister indéfiniment.

Quand l’intérêt seul les guide, ils sont souvent réduits à rester garçons par la perte de leurs avantages physiques en vieillissant, sans réduire leurs exigences. Les habitudes de débauche et d’immoralité, contractées dans ces conditions, ne tardent pas d’ailleurs à leur faire perdre graduellement le goût du mariage. Beaucoup de célibataires tombent ainsi dans des liaisons crapuleuses, l’ivrognerie ou l’adultère, sinon l’abjection, faute de s’être mariés à temps, c’està-dire à l’àge voulu.

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