‹ Célibat et célibatairesChapitre 27 sur 103 · DES DEUX SEXES · texte numérisé non relu

DES DEUX SEXES

Aucun traitement n’est applicable au célibat ni aux célibataires, puisque ce n’est pas une maladie; mais cet état contre nature est si difficile à garder, à observer — les deux sexes étant créés pour vivre ensemble — que des précautions sont indispensables pour le rendre moins préjudiciable à la santé. Le danger en étant subordonné à la forme observée, à l’âge, le sexe, la constitution, le tempérament, la profession même des célibataires et le milieu où ils vivent, il y aurait lieu de passer en revue toutes ces conditions différentes pour être précis. Ceux-là mêmes, qui le sont de nom seulement, ont des précautions spéciales à prendre pour éviter les maladies vénériennes.

Tout en paraissant se résumer dans un seul mot: Ib mariage, cette hygiène n’est donc pas aussi simple

qu’on le croit vulgairement. Elle est spéciale, le plus souvent, à chaque cas particulier. Un volume serait alors nécessaire pour en spécifier toutes les indications. Après les développements donnés à ce sujet dans les deux parties précédentes, ce serait une superfluité, une répétition fastidieuse. Il nous a semblé préférable, en signalant le danger ou le mal dont le célibat est susceptible dans ses différentes formes, d’indiquer immédiatement les moyens de s’en prémunir ou d’y obvier, que de renvoyer ici. Mettre en évidence les indications et les contre-indications de cet état anormal, ses causes, ses effets, et en décrire les principales formes, n’est-ce pas en prévoir les inconvénients, les maux, les périls et indiquer, à tous ceux qui voudront y faire attention, la voie à suivre pour y échapper? Le plus vrai et réel, qui est aussi le plus dangereux pour les deux sexes, le célibat religieux, dévoile ainsi toutes les plaies secrètes, cachées, dissimulées, auxquelles il expose avec les moyens de s’en exonérer et les mesures hygiéniques spéciales à employer par les curés pour les atténuer. De même des autres formes par indifférence, par amour, par intérêt, à deux en particulier. Les dangers de sa prolongation, surtout dans le pseudo-célibat avec ses trois variétés : prostitution, libertinage et concubinage, sont mis en évidence, de manière à faire réfléchir les plus corrompus et endurcis, lorsqu’il en est encore temps. Les tendances fâcheuses, les penchants criminels et la mortalité même, traduits en chiffres éclatants comme la menace de Nabucliodonosor, sont de nature à éclairer. Sur cette pente fatale

HYGIÈNE

du crime et de la folie, comment ne pas recourir au mariage, quand il est encore possible, pour n’y pas tomber ? Le penchant très prononcé au suicide a été ainsi annihilé, d’après l’exemple authentique qui en est rapporté page 177.

Le précepte, appuyé de l’exemple, fait d’ordinaire le plus d’impression sur les intéressés. Les principaux types sont ainsi personnifiés aux Célibataires et c’est en insistant sur les travers, les ridicules, les vices, les passions et surtout la triste fin dont ils sont les victimes, qu’il n’y a pas à revenir sur ces différents points. Il reste seulement à insister sur certains sujets spéciaux pour compléter cette hygiène disséminée dans tout l’ouvrage. Elle sera ici, surtout morale pour les filles et physique pour les garçons, en raison de leur rôle opposé dans le célibat.

Jamais une personne sensée, raisonnable, ne devrait s’engager dans le célibat, surtout obligatoire, sans consulter un médecin sur sa constitution, son tempérament, son caractère, ses antécédents, ses dispositions et ses goûts. Ce devoir est plus rigoureux pour la fille que le garçon, car elle peut en ressentir les mauvais effets plus tôt que lui, pouvant toujours connaître d’avance, c’est-à-dire à 25 ans, ses dispositions particulières, ses antécédents. Le danger pour lui est de passer tout à coup de la vie privée, cellulaire ou cloîtrée, à la vie publique, mondaine, comme le prêtre. C’est plus tard, au contraire, que les religieuses ont en général à ressentir les mauvais

effets du défaut de la génération et de la maternité.

Si délicat que soit cet examen médical, surtout chez de jeunes vierges, et malgré l’incertitude des résultats, il est la seule garantie contre des vœux anticipés, imprudents, précipités ou forcés. Il devrait être mis à la base de tout engagement dans les ordres religieux, comme l’est celui du recrutement pour le service militaire. Fait à huis-clos et séparément, il ne blesse ni n’outrage plus la décence et la morale. Combien de victimes innocentes n’auraient pas été sacrifiées à ce joug et rendues à la société par cette épreuve ! Que de faux hermaphrodites ne se cacheraient pas sous un habit qu’ils n’ont pas le droit de porter, d’après leur vrai sexe ! Des garçons déclarés tilles et élevés comme telles ont pu être ainsi introduits dans des couvents de femmes, comme le contraire s’est vérifié par ce moine accouchant au milieu d’un champ.

Dans l’impossibilité de forcer personne à cet examen, les réflexions suivantes pourront servir aux néophytes des deux sexes, avant de s’engager dans cet état contre nature. L’observation des animaux, aux époques de l’accouplement, suffît à se convaincre que la séparation des deux sexes, vivant isolément, est antiphysiologique. L’instinct qui les porte à se rapprocher est au-dessus de toute force, de toute puissance tendant à l’anéantir. Si fhormne ressemble à la bête, c’est surtout par là, dans toute sa bestialité, et l’homme snns femelle attitrée est le plus exposé à en ressentir toutes les folies et les rages. Le moral de l’être humain instruit, civilisé, et Is con-

HYGIÈNE

science qu’il a de ses actes, sa pudeur, les convenances et les lois de la société où il vit, en le distinguant des animaux et en le plaçant au-dessus, peuvent sans, doute retenir, modérer et maîtriser les manifestations extérieures de cet instinct inter-sexuel; mais ni régime, ni remèdes, aucune puissance morale, ni religieuse, ne sauraient suspendre niarrêter la fonction purement physique qui l’incite. La spermatogénèse, analogue à toutes les autres sécrétions organiques animales, est au-dessus de la volonté. Elle s’exécute insensiblement, à l’exemple de la salive et des larmes; l’amour l’excite et l’augmente seulement, comme le manger et le chagrin le font pour celles-ci.

Une action physique peut seule l’atténuer, l’affaiblir ou la diminuer. Tels sont un exercice violent et prolongé du corps, une grande fatigue, l’excès de travail, le jeûne, la misère et toutes les maladies produisant une émaciation rapide, comme l’excrétion d’urines sucrées et albumineuses, les suppurations abondantes, les sueurs profuses, la diarrhée incoercible, etc., etc. Le défaut de matériaux organiques apportés à cette sécrétion en est tout le secret, comme la diète liquide absolue diminue les mines et les sueurs. L’effet en est aussi direct.

Delà l’erreur d’admettre, avec les casuistes catholiques en faveur de leur célibat, que la vie religieuse, nourrie d’études, de pratiques morales, et soutenue par une ferme résolution, fait taire l’instinct sexue. en tarissant la sécrétion séminale qùi en est le stimulant. Une grande contention de l’esprit, s’exerçant opiniâtrément sur des questions abstraites, comme

la théologie et les mathématiques, peut sans nul doute influer sur cette sécrétion en réagissant sur le physique et diminuer la puissance de l’instinct en enchaînant, en dominant l’imagination. Les prlus grands génies ont été, au moins pendant la conception et l’exécution de leurs plus grandes œuvres, des génies stériles. Absorbés par leur idéal, beaucoup sont restés célibataires ou se sont mariés sur le retour ; mais ni abstraction morale, ni diversion physique n’est capable d’arrêter la sécrétion du fluide prolilique ni d’en neutraliser l’aiguillonnement.

L’abstinence tant vantée des athlètes et des chanteurs de l’antiquité, opposée à ce fait, trouve son explication naturelle dans la castration imposée à ceux-ci pour conserver leur voix; de même que celle des pieux cénobites était bien plutôt due à leur vie frugale, leur jeûne, leurs cilices et leurs macérations, qu’à leur ministère. On ignore d’ailleurs si ces moines n’étaient pas la proie de ces pertes séminales, ces pollutions involontaires qui sont la plaie reconnue, avouée, patente, des religieux actuels dont les exemples figurent au Célibat religieux.

Certains individus, il est vrai, supportent mieux cette abstinence, en vertu même de leur constitution particulière. Lymphatiques, efféminés, ils sont frappés d’une sorte d’atonie des organes génitaux et de la sensibilité générale qui les rend froids et torpides. Mais c’est là une très rare exception et encore, malgré cette faiblesse de l’instinct reproducteur, arrivet-il un moment où la réplétion des réservoirs sperm'atiques détermine un éréthisme général qui peut.

HYGIÈNE m

être calmé seulement par l’accomplissement du désir qui l’a provoqué.

L’homme n’est pas seul à ressentir cet éréthisme de l’instinct reproducteur, assez puissant pour résister à toute impulsion inverse. La femme, quoique constituée différemment, l’éprouve et en souffre encore davantage. Ses désirs ne sont pas comme chez l’homme sous l’empire d’une simple excrétion matérielle ; ils résident essentiellement dans son cœur et son système nerveux tout entier. Pour ne pas avoir les dehors fougueux de l’homme, ses désirs n’en sont pas moins vifs et profonds.

De ce qu’on voit la femme éluder les caresses — comme les femelles des animaux avant de se livrer aux transports du mâle — il n’en faut pas conclure à une passion moins ardente. Ce sont là tout simplement les effets de sa pudeur et sa coquetterie naturelle, bien faits pour stimuler, exalter l’éréthisme vénérien et rendre l’union plu« sûrement efficace. Les phénomènes observés sur la vulve chez les femelles domestiques au moment du rut : congestion, rougeur, chaleur, écoulement muqueux, montrent l’intensité de leurs besoins. Des signes aussi distincts trahissent les désirs de la femme. Après la congestion périodique et l’écoulement sanguin de la puberté, elle est prise d’une hyperesthésie de tout l’appareil génital, sous l’influence des désirs amoureux que lui inspire la présence de l’homme ; la vitalité et la sensibilité locales en sont surexcitées, les liquides y affluent et un sentiment de pesanteur et même des écoulements muqueux en résultent par-

fois. De là, la tristesse, l’anorexie, le dépérissement succédant à ces désirs, s’ils se renouvellent sans être satisfaits. Privée des intermittences et des périodes de calme accordées par la nature aux animaux, elle s’y trouve exposée incessamment. Vainement elle cherche à réprimer les désirs tumultueux qui l’agitent, tout son système nerveux en est ébranlé et un grand nombre de maladies spéciales y succèdent qui font gémir la femme sous le poids de sa position sociale.

Essentiellement aimante, la jeune tille ne ressent les ardeurs de l’amour qu’en vue de la maternité à laquelle elle est destinée pour compléter l’évolution de ses organes, donner un aliment inépuisable à son cœur. Elle aime pour aimer encore et aimer toujours sans se rassasier jamais. Les désirs de sa passion sont inaltérables par l’essence immatérielle de son amour. Les marques en sont ainsi plus chastes, tendres et durables, que celles de l’homme.

Fondé sur ce fait psychologique, il est permis d’affirmer que la fille-mère qui détruit son enfant n’a jamais été une véritable amante. Elle a été faible, légère ou vicieuse, et devient ainsi un monstre. Une faute d’amour réel ne justifie pas le désespoir, tant qu’il subsiste par ses fruits. Celle qui aimait le père de son enfant, consacre et purifie son amour eu nourrissant son orphelin, en l’élevant et en s’y dévouant, pour reconquérir l’estime de la famille et de la société qu’elle mérite par cette réhabilitation. Un enfant élevé dans ces conditions rachète toute faute. Il honore la mère au lieu de la déshonorer;

HYGIÈNE

tandis que le père qui les abandonne devrait être, dans toute société morale et bien organisée, justiciable de la loi et déclaré déchu et indigne de tous les honneurs publics, comme nous Tavons demandé aux Mesures res tr ie tires .

De là les douleurs et les souffrances indicibles des jeunes filles nubiles, résultant de ce besoin impérieux d’aimer, inhérent à leur sexe et à leur âge, sans pouvoirie satisfaire ou dans l’impossibilité de le manifester librement comme l’homme qui le ressent. Leur pudeur, leur éducation s’y opposent et les obligent, les condamnent à réfréner ses sentiments si doux dans le silence, à les refouler au fond du cœur. Confier ces secrets à sa mère, ou les divulguer à des amies, ne fait qu’entretenir et augmenter le ■ mal. Tous les dérangements de la santé des jeunes filles oisives après la puberté : accidents nerveux, troubles mensuels, anémie, pâles couleurs, symptômes hystériformes, névropathies multiformes, en sont souvent la cause directe. Heureux quand ces premiers feux n’engendrent pas des passions honteuses où que, à l’ombre d’une diathèse occulte, ne se développent pas des crachements de sang, des saignement répétés du nez ou des hémoptysies, préludes fréquents de la consomption pulmonaire.

D’où l’urgence d’occuper activement le corps et l’esprit des jeunes filles à cette époque, non pas tant à courir les bals, les soirées et les magasins, que par des distractions plus saines, moins excitantes et mondaines. De longues promenades en compagnie et au grand air, des jeux et de la gymnastique en

commun, des voyages, des stations au bord de la mer, avec l’étude des langues, de la musique, le dessin, la peinture, sont les meilleurs moyens, après les soins du ménage et de la toilette, et les plus sûres voies de les conduire sans encombre jusqu’à l’âge du mariage. L’ennui est leur plus cruel ennemi ; il faut les distraire, les amuser, les occuper, en les fixant surtout à ce qu’elles désirent et aiment, mais sans les y laisser s’abandonner aveuglément, si ces plaisirs sont passibles de quelques dangers.

La réquence du célibat féminin est précisément due à ces conditions particulières. Une jeune fille aime souvent en secret son idéal sans le trouver et n’ayant pas la faculté de le chercher, le choisir, ni le demander à son gré, comme l’autre sexe, elle reste célibataire, parce que son cœur n’est pas rempli. Estelle délaissée, abandonnée par celui qu’elle a aimé? comme la veuve inconsolable, elle se condamne aussitôt au célibat. Un père, une mère, suffisent à absorber tous ses soins, ses pensées, son cœur. Elle se crée des occupations artificielles pour se distraire souvent de l’amour latent qu’elle porte au fond du cœur. Que de rêves, d’illusions, de chagrins, ou de dépits amoureux sont ainsi cachés, ensevelis dans les communautés religieuses : couvents, cloîtres ou monastères, hôpitaux, écoles, asiles! Si ardent est le cœur de la jeune fille pour aimer et pour se dévouer, qu’à défaut d’un mari ou d’enfants, celle qui a des sentiments honnêtes et moraux s’élève à chercher son bonheur, sa tranquillité jusque dans l’amour de Dieu ou le pur idéal de Jésus, en se consacrant

HYGIÈNE

aux œuvres charitables ou d’enseignemen fondées en leur nom. En se détachant du monde, elle se donne à l’humanité.

Ce côté du célibat de la femme est évidemment le plus utile et le plus respectable. Il serait plus courageux cependant et plus viril de ne s’engager dans aucun ordre et de remplir ces œuvres utiles en toute liberté, comme on en trouve de fréquents exemples. L’obstacle est dans la jeunesse et les motifs qui décident ordinairement ces départs, sinon ces fuites anticipées de la famille. Les caractères faibles, hésitants font bien sans doute de se mettre ainsi en tutelle. Combien en liberté succomberaient en route et tomberaient dans la débauche, la dépravation, le vice 1 La réclusion, la solitude, la religion les affermissent, au contraire, et l’habit joint à la règle en font des filles vertueuses avec le temps.

L’histoire suivante montre le choix à faire avec un peu de volonté et de décision. Trois sœurs vivant avec leurs parents, très honorables et aisés paysans, ne paraissaient pas devoir se marier. L’aînée, de oo ans, grande et forte, aidait son père comme un garçon dans les rudes travaux des champs ; la cadette, bossue et délicate, secondait sa mère dans les soins intérieurs de la ferme. La plus jeune et la plus belle, enivrée, fascinée par les prédications d’un fougueux missionnaire et sur ses avis sans doute, résolut, à peine arrivée à sa majorité, de se retirer dans un couvent voisin pour prendre le voile.

La révolution de 1830, survenue deux ans après, en limitant, les vœux religieux, éclaira cette jeune

fille ; elle quitta spontanément le couvent et rentra dans sa famille. Au lieu de suivre la vie dévote de ses sœurs, elle se mêla décemment, au contraire, aux amusements publics de son âge et ne tarda pas à se marier avec Tun de ses parents. Elle fut excellente épouse, mais stérile, alors que ses sœurs restèrent dans le célibat civil avec une conduite exemplaire.

De là le danger des vœux à un âge aussi tendre chez les jeunes vierges, ignorantes des 'impressions physiques de Famour. Les besoins s’en font ordinairement sentir ensuite, car la nature ne perd jamais ses droits, et des maladies spéciales en sont la conséquence. Celles qui en ont éprouvé les chagrins, les malheurs, sont plus aptes à l’observer sans encombre. Jusqu’à 30 et 40 ans, le célibat civil, dans la famille, est toujours préférable au célibat religieux, pour les jeunes filles entraînées, sans parti pris, à vieillir par une raison ou une autre, sans se marier . Il en resterait fort peu à cet âge, en dehors de celles qu’une difformité apparente ou un vice caché de conformation, une mauvaise santé, une position équivoque, des prétentions difficiles à satisfaire, sinon impossibles à réaliser, condamnent au célibat sans le vouloir. Le défaut d’occasion, la timidité, la morale, ont beau offrir dans ces conditions une résistance opiniâtre à l’essor naturel de l’instinct reproducteur, il arrive un moment où, reprenant tous ses droits, il profite subrepticement de f intervalle où la volonté est absente par le sommeil pour s’imposer et surprendre la plus chaste vierge par des songes voluptueux, des hallucinations érotiques, source de

HYGIÈNE 505

sensations amoureuses et de voluptés physiques propres à le calmer et l’assoupir, et dont 1 innocence, au réveil, retrace à peine quelques souvenirs contus comme chez le jeune garçon. Nul stoïcisme ne peut garantir de cet effet inhérent à l'organisme, comme certains animaux, les chiens en particulier, en offrent des exemples authentiques relatés dans Y Onanisme, pages 32 et 47. C’est un moyen ingénieux de suppléer à l’échec qui lui est fait pour entretenir le désir de la génération. Autrement, il serait bientôt sacrifié à l’égoïsme des célibataires et les populations s’éteindraient avec la passion qui les produit.

Un danger contraire, opposé, menace les jeunes filles que leur appétit sexuel entraine de bonne heure à en abuser par le défaut de pudeur et de réserve. Si la séduction au village, dès qu’elle est publique, devient ordinairement une condition de mariage avec le séducteur, il en est autrement dans les villes. Les jeunes campagnardes qui s’y rendent comme ouvrières, domestiques, bonnes ou femmes de chambre, y sont bientôt, par ce fait même, la proie facile des jeunes et vieux libertins, passant leur temps à en exploiter la simplicité et la jeunesse. C’est là comme un reste de l’ancien droit du seigneur, le privilège des maîtres ou des commis sans dignité ni moralité, abusant de leur autorité, parfois d une manière coupable et répréhensible, sur ces pauvres filles sans défense. Telle est la cause fréquente du célibat des filles-mères de la campagne. Parties seules, elles reviennent souvent deux chez leurs parents. Dans les pays à nourrice, elles profitent

ordinairement de cet accident pour laisser l’enfant à élever à leur mère et se placer, à Paris ou ailleurs, nourrice sur lieu. Nouvelle étape pour retomber plus bas ensuite, en reprenant leur ancien métier, sauf le petit nombre de celles qui, par leur bonne conduite, réussissent à se marier.

Dépourvues du secours de la famille ou n’y trouvant que de mauvais exemples, ces filles-mères sont destinées, sauf de rares exceptions, à tomber dans le vice tôt ou tard. Victimes de la séduction ou de l’abandon et incapables de se réhabiliter, elles s’autorisent d’une première faute pour se livrer au libertinage en formant des unions libres, concubines, sinon elles tombent graduellement dans la prostitution.

Le même sort attend beaucoup de celles des grandes villes, envoyées toutes jeunes dans les ateliers, les usines, les magasins, pour apprendre un état ou gagner leur vie. Sans la moindre surveillance de leur famille, comme c’est le cas pour un si grand nombre, elles sont exposées à toutes les séductions du luxe et du vice à la fois, sinon aux entreprises du libertinage. Plus instruites et délurées que celles des campagnes, elles n’en subissent pas moins l’influence de leur âge et de leurs instincts. Leur vertu est bientôt assiégée, de mille manières variées, par les poursuites, les propositions tour à tour réservées, honnêtes, hardies ou grossières, obscènes parfois, les rencontres, les exemples, les conseils même de leurs compagnes. Comment se défendre de ces obsessions, pour celles qui y prêtent l’oreille, dès que, par la

HYGIÈNE

rémunération de leur travail, elles se sont rendues indépendantes? Si les parents ne se sont appliqués de bonne heure à exercer l’influence de leur autorité physique et morale en les attachant au foyer ; si les conseils et les avis d’une mère prudente surtout ne les ont prémunies contre ces tentations, la grande majorité est destinée à faillir dans des rendez-vous compromettants et sombrer ainsi dans le pseudocélibat des filles entretenues. L’exception est pour celles qui rencontrant un garçon honnête en font la conquête ou le caprice et qui les épouse immédiatement.

Trois filles sœurs de 10 à 15 ans, ayant perdu père et mère et laissées absolument sans ressources, quoique élevées honnêtement, offrent l’exemple de ce qui arrive fatalement en pareil cas. L’aînée, vicieuse et paresseuse, s’est mariée au premier venu et, bientôt veuve, est tombée du libertinage dans la prostitution ; l’autre est restée femme de chambfe, célibataire; la dernière seule, recueillie et élevée par une famille étrangère comme couturière, a fait la conquête d’un ouvrier intelligent qui l’a épousée. C’est l’unique sur trois ayant un avenir honnête.

Tant de causes diverses et variées déterminent ce premier écart qui prédispose les filles-mères au célibat, qu’il est impossible de les fixer. C’est l’histoire même de l’humanité. Une seule mérite d’être mentionnée spécialement, comme la plus efficiente de ces désordres de la jeunesse : la prédisposition

native, héréditaire, à l’hystérie qui se révèle parfois dès l’âge le plus tendre. Les fillettes de huit à douze ans, à la mine éveillée, d’une grande vivacité d’esprit et d’imagination, riant et pleurant à la moindre cause, très aptes à la musique, au dessin et autres arts d’agréments, incapables au contraire d’application à toute étude sérieuse et sachant d’instinct mentir et jouer la comédie, sont particulièrement dans ce cas. Des maux de tête persistants, des migraines, des douleurs nerveuses, des névralgies, une tristesse protonde ou une gaieté folle, des terreurs nocturnes, des hallucinations en sont surtout des indices. Ces accidents en font des enfants gâtées très désagréables, turbulentes, susceptibles, querelleuses, maussades.

La puberté les rend ordinairement coquettes, maniérées, pour appeler et lixer l’attention. Une toux rauque et convulsive se manifeste au moindre rhume. Des palpitations, des étouffements, d*es syncopes incomplètes ont lieu, mais de tous ces accidents nerveux, l’hyperesthésie ovarienne, se traduisant par des points douloureux dans les flancs et le bas-ventre, est le plus fréquent et redoutable. Elles deviennent irritables, capricieuses, excentriques, volontaires, raisonneuses, dissimulées. Des goûts effrénés se montrent comme des aversions implacables, aussi bien pour les plaisirs, les jeux, les objets, que pour les personnes.

Qu’une passion éclate dans ces conditions, ces filles hystériques sont entraînées aux actes les plus compromettants, comme les maladies les plus graves se

HYGIÈNE

manifestent chez celles qui y résistent. Une jeune fille distinguée, mais sans fortune, ayant conçu un amour pur et chaste très violent pour un jeune homme qu’elle voyait dans le monde, éprouva une si grande perturbation nerveuse, en apprenant qu’il lui préférait en mariage une fille plus fortunée, qu’elle en tomba paralysée des membres inférieurs. Une paraplégie semblable en atteignit une autre plus jeune, sans cause appréciable que la menstruation. Chez ces tempéraments hystériques, passionnés, il n’y a souvent pas de milieu entre le déshonneur et la maladie qui réduit de même au célibat.

Le célibat prolongé auquel expose presque fatalement les aspirantes aux carrières libérales ou artistiques, par les longues études qu’elles exigent, équivaut presque . toujours au célibat indéfini pour la femme. Bachelières et doctoresses, comme la plupart des artistes peintres, musiciennes, chanteuses, actrices et toutes celles qui se livrent à l’enseignement, sont ainsi condamnées à vieillir avant d’avoir acquis une position leur permettant de se marier. Outre l’esprit d’indépendance qui les caractérise, elles ne trouvent guère d’alliance possible que par leur talent et leur notoriété. Sauf quelques exceptions, elles arrivent ainsi à un âge où le mariage est redoutable par les accidents que l’accouchement peut entraîner. La femme de 40 ans, encore apte à la génération, a toujours à en craindre les suites, comme en voici la preuve pour servir d’avertissement à celles qui

se marient sur le tard, avant leur retour d’âge.

Une statistique de i28,279 accouchements, survenus à la Maternité de Saint-Pétersbourg, durant les trente dernières années, confirme leur gravité chez les primipares au-dessus de 30 ans. 645 femmes étaient dans ce cas, d’après le docteur F. Steinmann, savoir : 69 pour 100 de 30 à 35 ans, 26.2 de 35 à 39, 4.2 de 40 ans et au-dessus, dont l’une avait 52 ans. Or, en 1875, la mortalité générale étant de 2.5 pour 100, celle des primipares âgées s’éleva à 14, et à 8 pour 100 en 1881, alors que la mortalité générale était réduite à 1/2 pour 100. D’où la démonstration que la primiparité chez les femmes âgées a une influence marquée sur leur mortalité, aussi bien que sur celle du fœtus. Le sujet mérite donc une attention croissante pour détourner les célibataires du mariage tardif.

Les filles délicates, faibles, lymphatiques ou strumeuses sont celles qui gardent de préférence le célibat, en raison de leur constitution. Elles ont le plus à en souffrir par la paresse même des fonctions génératrices. Qu’une diathèse latente des poumons ou du cœur existe, elle ne tardera pas à éclater par les troubles de la menstruation. Les affections de poitrine et du cœur sont ainsi très fréquentes dans les couvents. Pour celles qui sont rachitiques, difformes, contrefaites, il vaut mieux vivre dans le monde et au grand air pour fortifier leur santé.

Le retour d’âge se passe rarement sans orages, chez les filles les plus chastes et vertueuses, comme pour leur rappeler qu’elles ont éludé le vœu de la

HYGIÈNE

nature. Des hémorrhagies foudroyantes, des écoule; ments blancs intarissables, avec prurit ou démangeaisons intolérables, des tumeurs, kystes, cancers ou d’autres accidents locaux se manifestent souvent quand le cœur reste indemne. Les conséquences de l’excès de vertu, par le défaut d’exercice des organes de la génération, sont parfois analogues, à ce moment critique, à celles de l’abus que les femmes galantes en ont fait. D’où l’imprudence, pour les vieilles filles, de se marier avant cette épreuve redoutable ; ce qui revient à dire, en intervertissant le dicton populaire :

Mieux vaut jamais que tard. »

L’homme célibataire, jeune ou vieux, n’a pas à redouter ces accidents du célibat. Il est plus apte à le supporter, en s’exonérant à son gré et de plusieurs manières du prurit qui le tourmente, sans en ressentir de mauvais effets. Des exemples en sont relatés à l’appui, même daus VOnanisme. Dès qu’il n’en abuse pas, il n’encourt pas de danger. D’ailleurs, il se marie le plus souvent, parce que la femme lui est indispensable pour l’exercice régulier, normal, de cette fonction et forme la plus sûre et la meilleure base de son avenir, sa santé, sa famille et sa fortune. C’est là surtout son hygiène spéciale, aussi doitil rester célibataire le moins de temps possible. La raison, l’esprit et le calcul, sinon la réflexion et l’expérience, ont en général une bien plus grande part

sur sa détermination, surtout s’il n’est plus jeune, que l’amour et le cœur. Ecce homo !

Le péril vénérien est, de tous les dangers ordinaires de la vie de garçon, le plus commun, constant et ' redoutable. Il est presque inévitable dans ces rapports ; de passe-passe, auxquels se livre surtout l’adolescent par son inexpérience, le défaut de précautions, de soins et son abandon sans réserve dès qu’il en ’ trouve l’occasion. D’où l’urgence d’indiquer les manifestations les plus suspectes et inquiétantes, afin que les intéressés sachent à quoi s’en tenir.

L'herpès génital est la plus simple. Cette éruption de petites vésicules, transparentes au début, apparaît sur le bord du prépuce trois ou quatre jours après un coït avec une femme nouvelle, comme elle se montre souvent aussi chez celle-ci sur le bord des lèvres. Les personnes herpétiques, dartreuses ou rhumatisantes, y sont particulièrement prédisposées, mais elle peut survenir chez toutes après un coït galant, suspect et surtout échauffant. Les célibataires des deux sexes, ou agissant comme tels, y sont particulièrement exposés et en sont les plus fréquemment atteints.

Sans contagion possible, cette éruption est absolument inoffensive. Elle s’éteint et disparaît en une semaine par le repos et de simples lotions de propreté, sans rien laisser après elle que la disposition à reparaître ou récidiver dans les mêmes circonstances.

Il n’y a donc pas à s’en inquiéter.

HYGIÈNE

Au contraire, elle préoccupe et inquiète souvent davantage que d’autres bien plus graves, en raison de son siège et la douleur locale survenant après des rapports suspects, surtout lorsqu’elle a été précédée de chancres volants, comme c’est fréquemment le cas. De làd’inquiétude, le chagrin, le désespoir. Un signe suffit à rassurer les plus novices et ignorants. C’est le picotement prurigineux, la démangeaison locale qui annonce son apparition. C’est la distinction formelle, absolue, de toute autre affection, la chancrelle en particulier. On peut donc attendre tranquillement six à huit jours, d’après ce signe, et l’on sera détrompé par la guérison.

La goutte militaire est surtout fréquente chez les libertins et les débauchés. Elle est presque inévitable après un premier écoulement, en raison des récidives auxquelles ils s’exposent avant une guérison complète. De là le nom spécial donné à cette goutte chronique, parce qu’elle s’observait surtout chez les militaires d’autrefois, allant de belle en belle sans aucune précaution.

Les rétrécissements du canal de Vurèthre sont la conséquence directe et fréquente de ces écoulements mal soignés ou négligés. Leur transport ou métastase sur les testicules, la Vessie, l’œil ou les articulations n’est pas rare. L’inflammation du col de la vessie et même de la prostate, avec rétention d’urine, viennent aussi souvent les compliquer.

Entre célibataires également licencieux et vicieux,

qui se repassent mutuellement ces écoulements, il est parfois impossible de savoir au juste quel en est l’auteur. Leurs entrevues, ordinairement secrètes et dérobées, ne sont jamais que de fausses intimités, toujours immorales. Dès que l’occasion se présente, on a hâte d’en profiter de part et d’autre, sans s’interroger, se préparer, ni s’examiner réciproquement. De là des échaufîements fréquents »et leurs suites, dont on s’accuse l’un l’autre, sans qu’il soit possible, même aux médecins spécialistes, d’indiquer sûrement le vrai coupable, malgré la différence de douleur chez les deux sexes. Toujours plus ou moins intense chez l’homme par le passage de l’urine sur les parties malades — d’où son nom vulgaire de chaudepisse — la blennorrhagie existe souvent d’une manière latente chez la femme en se localisant à la longue dans le vagin, sans la moindre douleur en urinant par l’intégrité du canal de l’urèthre. Mais dès que l’homme, souvent contagionné par ces simples fleurs blanches en apparence, la communique de nouveau à la femme, la douleur prend chez celle-ci un tel caractère d’acuité qu’il n’est pas possible de rester dans le doute, d’après le docteur Diday.

En voici un exemple concluant. Une lorette classée avait des pertes blanches abondantes, sans douleur, qui l’avaient amenée à consulter le médecin, parce qu’il en résultait une blennorrhagie chez quelquesuns de ses amants. Son locataire principal, âgé de 47 ans, méticuleux et réservé, avait ainsi pris une blennorrhagie avec elle dès le quinzième jour de

HYGIÈNE

leurs relations. Il la laissa couler en se séparant d’elle. Mais elle le revit six semaines après et lui persuada si bien qu’il n’avait eu qu’un simple échaufîement qu’ils se réconcilièrent le 20 novembre. Huit jours après cette unique entrevue, cette femme consultait de nouveau le médecin en lui présentant une véritable chaudepisse cette fois, avec miction douloureuse, écoulement purulent, tuméfaction des lèvres. Conclusion : toutes les fleurs blanches sont suspectes chez une femme galante, débauchée, et peuvent se communiquer à celui qui y a recours.

Les chancres sont aussi très communs sous forme d’excoriations, d’ulcérations ou plaies des muqueuses, chez les deux sexes, après ces rapports frauduleux et extemporanés, sans précaution d’ordinaire et souvent même sans propreté. Qu’une disposition herpétique locale existe chez l’homme ou la femme, sous forme de deux à trois petites vésicules agglomérées, après l’un de ces coïts suspects, sur l’orifice du prépuce ou de la vulve, et voilà le chancre inévitable au moindre frottement. Heureusement, il y a chancre et chancre, les mous et les durs, bénins et graves, simples et infectants. Mais il est inutile de distinguer ces diflé rences essentielles au début, lorsqu’il y a une simple chancrelle. C’est l’intermédiaire entre les accidents vénériens simples et la syphilis ou vérole qui empoisonne parfois l’organisme toute la vie, avec son cortège de maux et d’infirmités de toutes sortes.

On distingue la première à son apparition ritpide, après le contact qui l’a provoquée, soit trois à qua-

tre jours au plus. Elle est surtout douloureuse au contact et souvent multiple. Plus tard, elle est toujours suspecte d’êlre infectante, malgré son aspect bénin.

Toute chancrelle, même la plus simple etquelqu’en soit le siège, est une ulcération contagieuse. I/abstinence du coït est donc une règle absolue pour ne pas la communiquer. Qu’elle siège sur le filet, le limbe du prépuce ou la marge de l’anus, cette érosion rend le coït plus dangereux pour le malade, à cause des déchirures qui s’ensuivent fatalement. Bien traitée par des pansements ou la cautérisation, sans coït intercurrent rendu impossible par la douleur, la chancrelle simple guérit en trois à quatre mois et même moins, sans que le bubon coïncidant lui donne aucune gravité spéciale.

Cette maladie de bas étage, des gens de rien, se prend surtout dans les maisons publiques de la dernière catégorie par la malpropreté de leurs pensionnaires et leurs chalands. En raison même de sa courte incubationMe trois jours, elle peut apparaître chez une fdle entre les visites règlementaires et se communiquer à plusieurs hommes dans la même journée ; d’autant mieux qu’elle en souffre à peine, lorsqu’elle ne siège pas à la fourchette. Elle est ainsi plus souvent communiquée par la femme que par l’homme, dont l’activité et la distension du pénis empêchent d’exercer le coït dès qu’il en est atteint. Tout en en étant plus souvent affecté que sa compagne, il la transmet plus rarement.

Acquise accidentellement, avant ou pendant le ma-

HYGIÈNE

riage, elle exige, par son extrême contagiosité, l’abstinence absolue de tout rapport, surtout lorsqu’elle siège au filet. Sa cautérisation immédiate à la pâte de Canquoin permet seule de la faire avorter et de rendre les rapports possibles sans danger. C’est donc un moyen précieux au service de ceux qui ne peuvent faire autrement, obligés ou forcés de laisser ignorer cette lésion.

Le bubon, vulgo poulain, accompagnement presque constant et caractéristique de la chancrelle, est aussi contagieux qu’elle par le liquide qui en sort. Provoqué ordinairement par l’irritation résultant des frottements, des pansements de la plaie et tout ce qui la fait saigner, ce gonflement de l’aine, dont la douleur fait souvent boiter, devient contagieux dès qu’il est ouvert et suppure. Il faut donc se prémunir avec soin de ce liquide, contaminant tout ce qu’il touche, le linge et les vêtements, comme-le nez, la bouche et les yeux, par l’intermédiaire des doigts. On le tarit facilement par les injections résolutives et surtout la cautérisation de l’intérieur.

Le chancre syphilitique, induré, au contraire, est en général unique, sans douleur, et ne se montre qu’après la première quinzaine, sinon le mois même du coït infectant. L’engorgement des ganglions de l’aine ' en est l’accompagnement nécessaire. La distinction «est donc positive et d’autant plus urgente que celui-ci exige un traitement spécifique immédiat et actif, avec exclusion absolue de rapports sexuels d’une durée

us CÉLIBATAIRES

indéfinie, pour ne pas encourir le crime d’en empoisonner un autre.

Si accentuée est la différence que l’on ne saurait s’y tromper. Malheureusement, U y a le chancre mixte, chancrelleux et syphilitique à la fois. C’est-à-dire qu’ après être resté simple pendant la première quinzaine, il s’indure durant la seconde et se complique de l’engorgement ganglionnaire ensuite. Un homme peut ainsi se marier en apparence sans crainte, durant la première période, et infecter sa femme dans la seconde, comme des exemples en^ontété relatés par des spécialistes autorisés. D’où l’enseignement de n’avoir aucune relation sexuelle, même avec une simple chancrelle, sans une parfaite cicatrisation ; soit pendant trois à quatre mois après lesquels tout danger de chancre mixte et infectant a disparu.

Tout ulcère vénérien, chancre ou chancrelle, quel que soit son siège, aux parties génitales, à la bouche ou ailleurs, est donc contagieux, communicable, comme les écoulements blennorrhagiques chez les deux sexes et à peu près exclusivement entre eux. Mais avec cette différence essentielle, capitale, que les premiers, dits vénériens, guérissent définitivement sur place, sans pénétrer profondément dans l’organisme ni l’infecter ; tandis que les seconds l’imprègnent et l’infectent tout entier, jusqu’au sang et aux humeurs, du virus syphilitique, le plus dangereux et rebelle chez l’espèce humaine. Un remède spécifique, le mer-> cure, administré au début de l’infection et convenablement, peut sans doute le neutraliser, sinon le tuer

HYGIÈNE

sur place, s’il consiste en un microbe ; mais son absorption et sa généralisation sont si rapides qu’il est très difficile de l’atteindre ainsi dans sa source. .«*

Ce danger dépend du mode de contagion et de son siège, autant que de la quantité de virus absorbé- et de la qualité de celui-ci. De même que certains individus ont un organisme réfractaire à la grosse vérole comme à la petite, d’autres y sont très impressionnables. Plus la lésion est récente, primitive, nouvelle, et plus elle se communique facilement. Plus la syphilis vieillit, et plus son pouvoir de transmissibilité diminue, au point d’être nul pour les accidents tertiaires. Un chancre primitif méconnu de la verge se communique beaucoup plus sûrement, surtout à une vierge, que les plaques muqueuses de la bouche, non seulement parce que celles-ci sont secondaires et consécutives à celui-là, mais aussi parce que le contact n’est pas aussi intime et prolongé entre les organes. D’où l’urgence pour le médecin de savoir au juste à quelle date et comment l’infection s’est produite.

Il est ainsi plus difficile de juguler la vérole, de la faire avorter, que d’agir contre la rage par la cautérisation immédiate de la morsure du chien enragé. De là, la fréquence des accidents consécutifs ou secondaires, comme les plaques muqueuses, les condylomes ou choux-fleurs, les maux de gorge, les éruptions syphilitiques de la peau, la chute des cheveux, etc . , etc. Tant que ces accidents successifs ne se sont pas montrés, il faut les redouter et dès qu’ils apparaissent, le malade est toujours convaincu d’avoir eu un chancre primitif, si faible et bénin qu’il ait paru,

fut-il même passé inaperçu. Telle est la loi inéluctable de révolution de la syphilis acquise. Seule, la syphilisation de la mère par son enfant pendant la conception y échappe. L’iodure de potassium est ainsi couramment employé après le mercure, comme le plus sûr moyen de prévenir ces accidents si variés ou de les combattre dès qu’ils apparaissent, afin d’en éviter d’autres encore plus redoutables.

Tels sont les accidents tertiaires ou constitutionnels, frappant ceux dont l’organisme a été le plus profondément infecté, soit par défaut de traitement bien suivi, soit par faiblesse native ou hérédité, offrant ainsi une proie plus facile et moins résistante à l’ennemi, au poison. Leur siège d’élection est le système nerveux et osseux; mais que le syphilisé ait un organe faible ou une prédisposition héréditaire, ces accidents apparaîtront avec des caractères protéiformes, obscurs, qui pourront en faire méconnaître la nature spécifique. Cette cause étant ignorée du médecin, dans une foule d’affections nerveuses — névralgies ou névroses, ataxie, manie, épilepsie, hystérie — de tumeurs des os ou des organes, peut ainsi passer inaperçue, si le malade ne lui en confie le secret pour la combattre par son spécifique : le mercure.

Dès que ce remède est proclamé par l’univers scientifiquele spécifique de la syphilis, et que le chancre infectant primitif en est tous les jours et partout combattu efficacement, pourquoi ii’y pas revenir imperturbablement tant que ses suites se manifestent? L’iodure de potassium a une action indubitable sur les accidents secondaires; mais dès qu’il n’empêche pas les

HYGIÈNE

phénomènes constitutionnels d’apparaître, n’est-ce pas la démonstration qu’il est resté sans action sur le virus, le poison ou le microbe syphilitique ? Le nier serait illogique et l’action spécifique du mercure sur ces accidents ultimes — démontrée par des guérisons inespérées et définitives, notamment dans la syphilis héréditaire des nouveau -nés — en est une preuve irréfragable. En prévenant ou en faisant disparaître les symptômes secondaires de la vérole, l’iodure de potassium n’est donc qu’un palliatif de ce mal affreux, comme les dépuratifs de toute provenance et espèce contre les symptômes constitutionnels. D’où l’imprévoyance coupable de s’en tenir à ce remède accessoire aussitôt la disparition des accidents secondaires. Il ne faut jamais en rester sur ce palliatif. Après comme avant, le mercure à très faible dose, suspendu et repris à divers intervalles durant plusieurs années, est l’unique spécifique curatif de la syphilis. Elle ne serait pas si récidivante et persistante, avec son cortège de maux innombrables, protéiformes et incohérents, chez tant d’individus et de familles, si cette thérapeutique rationnelle était toujours suivie, et bien des vies innocentes échapperaient chaque jour à la gueule de cet effroyable Moloch.

Il était indispensable de s’arrêter sur cet effet spécial, tribut particulier des célibataires des deux sexes. Les prostituées libres et enregistrées ne peuvent échapper à ce fléau en s’y exposant sans cesse autant qu’à sa propagation parmi leurs clients. Elles en sont donc inévitablement infectées et c’est

en vain que la police sanitaire les séquestre à la première manifestation dans les hôpitaux de Lourcine ou Saint-Lazare pendant un temps plus ou moins limité. Elles en sortent aussitôt qu’elles sont blanchies et il serait puéril de les croire saines ensuite, quand les mères de famille, une fois infectées et soignées dans de bien meilleures conditions, n’en peuvent souvent jamais guérir. C’est donc lè un foyer continuel de contamination des accidents vénériens et syphilitiques ouvert à tous les passants. Les garçons y entrent naturellement par choix ou nécessité et sont dès lors les premiers attrapés; ils se chargent ensuite de distribuer et de répandre à profusion le mal qu’ils ont reçu; d’où sa généralisation jusque dans les campagnes. Libertins, débauchés et vicieux, les célibataires sont d’autant plus disposés à s’infecter et infecter les autres, et c’est de ce va et vient de la démoralisation et de la corruption publiques que résultent les principaux rayages de la syphilis.

Ce péril vénérien est des plus redoutables pour les garçons qui veulent se marier et rien ne serait plus fréquent, d’après M. Diday, chez les célibataires vérolés. « C’est à ne pas croire, dit-il, comme la dia^ thèse syphilitique crée la diathèse matrimoniale 1 comme il suffit de la moindre induration pour avoir raison du célibataire le plus endurci ! On le comprend de reste, puisque l’âge de la vérole est celui du sacrement et rien ne donne envie d’en finir avec les 'plaisirs de la vie de garçon comme d’avoir senti l’épine de ses roses. »

A cet âge, le célibat n’est pas bien résolu ni tenu

HYGIÈNE

ferme. La plupart des jeunes gens ne le gardent que par la liberté dont ils jouissent, pour se livrer à toutes les dissipations, les amusements et les entraînements de la jeunesse. Une fois qu’ils en éprouvent les maux, au contraire, ils veulent en sortir. Rien ne les en dégoûte plus efficacement que les maladies vénériennes et ils ne demandent pas mieux que d’échapper à cet aléa de leur vie de garçon en se mariant. C’est tout le secret de ce rapport heureux, quand ils n’ont été que légèrement piqués.

Ceux et celles qui sont livrés à la prostitution sont les plus menacés ; on prend ou on laisse toujours quelque chose de malsain dans ces bourbiers fangeux. Le chancre est le plus redoutable, et sous la forme simple d’excoriations, de déchirures, d’érosions — si communes dans ces rapports dérobés, extemporanés, sans précautions ni propreté entre les deux sexes — se cache souvent une chancrelle dont peut résulter le chancre mixte, c’est-à-dire l’infection syphilitique. D’où le danger du mariage pour les célibataires, dont la jeunesse orageuse a été marquée de divers accidents vénériens ; imparfaitement traités, blanchis ou palliés, ils reparaissent le plus souvent avec une nouvelle intensité par les exigences mêmes du mariage qui les propage en les aggravant.

Dans le célibat, les rapports des deux sexes restent libres; l’homme de ne rien entreprendre, la femme de ne rien accorder. Mariés jeunes surtout, comme c’est le cas ordinaire, ils se doivent l’un à l’autre ; la liberté de s’abstenir n’est plus qu’un mot, il faut agir.

Et du fait même de ces rapports obligatoires, la maladie est fatalement entretenue, ranimée et aggravée chez l’époux et non moins fatalement transmise à l’épouse. La blennorrhagie la plus simple et bénigne, chez le célibataire, aboutit à la goutte militaire, par l’incontinence obligatoire de par la loi, chez le marié. La chaudepisse à perpétuité est ainsi l’apanage des maris, en particulier de ceux qui ont l’habitude de la bière, du café, du tabac et des boissons alcooliques. De là des rétrécissements et des jetées locales siix les organes adjacents : la prostate, la vessie chez le mari, la matrice et les ovaires chez la femme.

En vue même de ces accidents qui peuvent éclater alors même que tout écoulement a cessé, il est urgent, pour les deux sexes, de ne se marier jamais que six mois et même davantage après la disparition d’une blennorrhagie avec complication sur le scrotum, l’œil, la vessie ou les douleurs et le gonflement des articulations. Il n’y a même pas de terme précis à fixer, après les blennorrbées d’un an, par crainte de la contagion à venir.

A bien plus forte raison, s’il s’agit d’accidents syphilitiques qui, primitifs et secondaires, sont essentiellement contagieux et infectieux. Plus ils sont récents, aigus, plus ils sont dangereux et infectants. L’hérédité de la syphilis est alors infaillible par son acuité lors de la procréation. Un traitement au mercure, bien dirigé et observé, en diminue sans doute la contagiosité. D’après l’observation générale et d’un assentiment unanime, le mercure est, pour les parents, le seul capable de prévenir l’infection hérédi-

HYGIÈNE

taire de leurs enfants. Après la naissance de deux ou trois enfants nés syphilitiques, des parents s’étant soumis à son usage ont pu en avoir de parfaitement indemnes, en vertu même de ractiori de ce remède, bien plus que de la chronicité du mal.

Des enfants du même père peuvent donc naître successivement mort-nés ou infectés de syphilis et d’autres indemnes, soit par le traitement mercuriel, soit par l’ancienneté du mal. Mais ce n’est jamais qu’après un long temps, qui va s’étendant de lustre en lustre. Autrefois, c’est-à-dire vers 1835, les spécialistes étaient à peu près unanimes à déclarer que, avec un traitement régulier de trois ou quatre mois, on en avait fini avec la vérole. Plus tard, le grand maître Ricord, dans tout l’éclat de sa gloire, fixa la durée de ce traitement à six mois de mercure et trois mois d’iodure ; tout en prévenant que cette durée ne donnait pas toujours et à coup sûr l’immunité.

Il y a vingt-cinq ans, son successeur le plus autorisé aujourd’hui a renouvelé cette maxime thérapeutique du maître « réussissant, dans l’immense majorité des cas, à neutraliser véritablement le virus toxique » dans ses Leçons sur' le chancre, en 1858. Puis, en 1873, il reconnaissait que cette mercurialisation était insuffisante à éteindre la diathèse et à conjurer tout péril dans l’avenir. Il étendait dès lors ce traitement à deux ans en moyenne. C’était la durée que des milliers de malades, traités en ville et à l’hôpital depuis une douzaine d’années, lui permettaient de fixer à quelques exceptions près. (Syphilis chez la femme,)

Dans son dernier ouvrage publié en 1880, M. A. Fournier affirme « comme faux, absolument faux, qu’on en ait fini avec la vérole après tous les traitements précédents. » Il les condamne aujourd’hui par leurs nombreux et déplorables résultats et conclut à un traitement de trois à quatre ans d’une médication méthodique et énergique, comme le minimum nécessaire. (Syphilis et Mariage, page 140.)

Sans relever ces déclarations contradictoires, également affirmatives, en y voyant seulement l’effet du temps et de l’expérience autant que du progrès et des doctrines régnantes sur la syphilis, il est facile à chacun de préjuger l’avenir du mariage contracté par des célibataires y apportant le commencement ouïes reliquats d’une ancienne vérole. Toute femme galante comme toute prostituée en étant presque fatalement entachée, comment les garçons jeunes et vieux, qui pour la plupart en font leurs uniques amours, ne la contracteraient-ils pas, sauf les réfractaires? Qu’ils conservent quelques taches ou plaques, papules ou pustules d’acné, d’impétigo ou d’ecthyma,et il y a si longtemps que ces boutons, ces croûtes, germent sur leur peau, qu’ils les attribuent à réchauffement de leurs débauches et y font à peine attention en se mariant, par hasard ou intérêt, sinon pour faire une fin.

Hommes et femmes ayant vécu plus ou moins longtemps dans la débauche, la galanterie ou la prostitution, sont donc impropres au mariage, tant qu’ils conservent en quelque partie du corps et non passer, des stigmates suspects d’anciens accidents syphiliti-

HYGIÈNE

ques secondaires. Les lésions les plus simples et communes en apparence, dès qu’elles sont passées à l’état chronique : enrouement, enchifrènement, gerçure ou fissure, tumeurs, douleurs, etc., peuvent en être des reliquats, sans autre caractère tranché que la chronicité. Avoir eu la vérole, faible ou forte, dans ces conditions spéciales du célibat, est une indication impérieuse d’y rester indéfiniment, sous peine d’infecter son conjoint et ses enfants, sinon les nourrices de ceux-ci et jusqu’à leurs familles.

Le premier devoir d’un mari est de ne pas infecter sa femme et le second de ne pas contaminer ses enfants. Ces deux dangers sont connexes, inséparables, car en infectant la femme, celle-ci infectera à peu près sûrement ses enfants par la conception. S’il les infecte directement lui-même par son sperme vicié, altéré, syphilisé, sa femme en sera contaminée par ceux-ci. Le dilemme est donc fatal : l’un des trois étant infecté, les autres le seront indubitablement. La nourrice est également infectée par son nourrisson et, atteinte souvent à son insu, elle transmet inévitablement son mal à son mari comme à ses propres enfants. D’où procès et dommages-intérêts considérables accordés par la justice en rendant publics ces faits scandaleux, remontant le plus souvent à l’homme, comme la cause première de tous ces méfaits. C’est à ces ignominies que conduit le mariage inconsidéré de tant de célibataires syphilitiques.

Une femme galante ou une fille publique qui se marie, comme on en voit trop d^exemples, offre tous les dangers, au point de vue de la génération, d’une

veuve dont le premier mari était vérolé. Cette crainte peut expliquer, surtout en y joignant la présence d’enfants, pourquoi les veuves se remarient en moindre proportion que les veufs. Il ne suffit pas d’avoir vécu maritalement avec elles, sans avoir rien contracté, pour être en pleine sécurité dans l’avenir. Si l’acte ou le sacrement créent des conditions favorables à l’extinction de la syphilis, par la régularité de la vie conjugale, l’apaisement des passions et la parcimonie des rapports sexuels, c’est parfois tout le contraire de ces unions bizarres et immorales. De la satiété même des désirs et de la vie passée naissent souvent des dissensions, des jalousies et des soupçons au moindre bobo. Les reproches et les disputes, qui font de ces ménages d’anciens célibataires de véritables enfers, peuvent réveiller la diathèse et lui donner une nouvelle intensité par des symptômes tertiaires ou viscéraux, notamment l’impuissance et l’ataxie. Heureusement, la plupart de ces mariages restent stériles.

Dans l’impossibilité de fixer actuellement une limite certaine à cette maladie, ni d’avoir un signe positif de son extinction après cinq, six et même dix ans de sa manifestation primitive, nous en avons fait une indication positive de célibat indéfini, aussi bien que de la prostitution. Elle dure en effet toute la vie, dans certains cas, et se perpétue même chez les enfants. Un homme l’ayant contractée à 22 ans nous en offre un exemple aujourd’hui ; vingt ans après ! Un autre de 30 ans, tourmenté du désir du mariage, offre une faiblesse génitale consécutive è

HYGIÈNE

des excès et des abus sexuels de toutes sortes ayant amené des accidents contagieux et herpétiques, paraissant sous la dépendance d’une diathèse syphilitique.

Malgré tous les dangers de contagion et d’infection inhérents à cet état, le désir du mariage prédomine chez certains hommes. 'Ils se marient, en croyant pouvoir éviter de rendre leur femme et leurs enfants malades par des ménagements, des retraits à employer pour rendre le coït infécond en ménage, de suspendre les rapprochements ou chastifier les baisers, au cas où il se présenterait quelque chose de suspect à la verge ou à la bouche, les deux principales voies de contamination. Autant d’erreurs grossières, par l’impossibilité même de réaliser ces artifices chez de nouveaux mariés, démontrée^ bientôt par les plus tristes résultats. Le défaut de contagiosité des accidents tertiaires permet bien de ne pas contagionner la mère, mais les enfants sont toujours exposes à la syphilis héréditaire. Êette affection spécifique ne pardonne jamais, tant que Ton n’en est pas débarrassé.

La seule épreuve possible, en pareil cas, est de se soumettre à une cure aux eaux thermales sulfureuses des Pyrénées. Un traitement mercuriel simultané est toujours indispensable. Il consiste dans l’usage interne de la liqueur de Van Swiéten à faible dose, avec frictions d’onguent napolitain double dans les intervalles de suspension de cette liqueur tous les cinq jours.

Dès qu’aucune manifeslation cutanée ni muqueuse

n’apparaît sous l’iafluence de cette triple médication: de la température, du soufre et du mercure, en prenant des précautions contre la gingivite et la salivation, on a toute raison de prononcer l’extinction de la syphilis. Ce n’est pas une preuve absolue sans doute, surtout chez les sujets arthritiques ou herpétiques, scrofuleux ou cachectiques ; mais l’élément syphilitique se trouve réduit ainsi aux moindres proportions. Cette garantie sérieuse est bien supérieure à toutes les tisanes, sucs, robs et sirops dépuratifs, employés dans le même but, et qui n’ont le plus souvent pour effet que de troubler les fonctions digestives et de purger... la bourse.

Page 1