‹ Célibat et célibatairesChapitre 26 sur 103 · MEURTRES ASSASSINATS · texte numérisé non relu

MEURTRES ASSASSINATS

De 1846 à 1850 I 240 accusés I 324 accusés

De 1876 à 1880 1 160 — | 239 —

Cette diminution considérable, en coïncidant avec l’augmentation des jeunes criminels, est donc tout à l’avantage des mariés. Cette démonstration logique est conlirmée par l’augmentation frappante de ces crimes contre les enfants pendant la même période.

Les personnes accusées d’infanticide étaient de 550 par an en moyenne de 1826 à 1830 ; elles sont de 1,100 aujourd’hui, le double ! ,

Les inculpations d’avortement sont passées, pendant le même temps, de 50 à 250 1 elles se sont quintuplées.

Les accusés de viols et attentats à la pudeur, commis sur des enfants au dessous de 15 ans, se sont élevés, également pendant la même période, de 150 à 800 par an !

L’indulgence excessive des jurés, pour ces crimes, commis en grande majorité par des célil)ataires des deux sexes, les fait ainsi s’accroître d’année en année, tandis que la sévérité contre les meurtres et assassinats des adultes, en a amené la diminution dan s des proportions aussi considérables. Une égale punition est donc le moyen indiqué pour leur répression.

L’influence de la vie célibataire sur cette augmentation de la criminalité, coïncidant avec la prolongation et l’accroissement du célibat, est rendue évidente par celle des divorcés. Sur 511 individus du sexe masculin de 16 à 60 ans et au-dessus, entrés dans les maisons pénitentiaires suisses en 1874, d’après M. Kummer, il y avait 64 célibataires, 51 veufs et377 divorcés contre 19 mariés seulement. La mo venue des

criminels divorcés est ainsi supérieure à chaque âge, de huit à dix fois, â celle de tous les autres. Les relations du crime avec la folie, la demi-folie surtout, démontrées par les médecins aliénistes les plus distingués, accusent donc un état moral affaibli, troublé ou altéré, chez un grand nombre de ceux qui vivent en dehors du mariage. Cette prédisposition antérieure peut, sans doute, être due à l’isolement créé, dans la majorité des cas, par le célibat, le veuvage et le divorce: mais la fréquence de la folie, du suicide et du crime s’ensuivant, démontre bien plus clairement qu’il-s en dépendent directement. Leur rareté relative chez les mariés en est la preuve concluante.

Le défaut de ce résultat chez les époux séparés ne constitue pas une exception à la règle et ne saurait être une objection. On connaît la très forte nuptialité des veufs et surtout des divorcés, signalée page 50, à âge égal ; les séparés doivent donc avoir la même tendance à se remarier. La loi s’y opposant, ils l’éludent, même avec des enfants, en formant des unions libres. Le plus grand nombre virent ainsi en concubinage. Si ce n’est pas là précisément une condition pour être heiireux et tranquille,- comme dans le mariage, il en est beaucoup qui s’y conforment assez bien, faute de pouvoir faire mieux.

Une mortalité précoce et hâtive frappe aussi les célibataires des deux sexes, comme la conséquence fatale de ces prémisses. Indiqué par le raisonnement, le fait est confirmé par les statistiques de tous les pays et de tous les temps. Sur 100 personnes ne

20 à 40 ans, il meurt 28 célibataires et seulement 18 mariés. Pour 78 mariés arrivant à 42 ans, il il n’y a que 40 célibataires. La différence s’accentue avec l’àge, et sur 100 individus de 60 ans, il y a 48 mariés et 22 célibataires. Est-ce en se mariant ou en mourant qu’ils diminuent ainsi ? That is ihe question.

La statistique comparative de Casper, à Berlin, suivant les âges, donne une différence de 20 en faveur des mariés à 45 ans. Les célibataires, dont les rangs sont ainsi éclaircis, la regagnent ensuite, sans qu’un seul arrive centenaire.

J. Stark, comparant cette mortalité officielle sur 100,000 individus, l’a trouvée supérieure à tous les âges chez les célibataires. Il y avait 39,868 de ceuxci, de 20 à 85 ans, contre32,457 mariés ; la différence du double étant de 20 à 25 ans. C’est la plus marquée. La durée de la vie, de 40 ans pour les célibataires, se prolonge jusqu’à 59 ans et demi chez les mariés.

Cette longévité spéciale a été également constatée en France, en Belgique et en Hollande par Bertillon. Sur 1,000 hommes de 25 à 40 ans, il en meurt 20,5 seulement, au lieu de 34,5 célibataires et 58,5 veufs. Cet âge est le plus favorable aux mariés et le plus nuisible aux célibataires par tous les excès qu’ils font ; mais c’est le contraire, meme pour les mariés, avant cet âge, surtout pour les hommes dont la mortalité s’élève jusqu’à 20 pour 1,000.

Ce résultat a été confirmé par son fils, d’après la statistique suisse de 1880 et 1881, et tout ce qu’on

pouvait imaginer s’est trouvé réalisé ici. A tout âge, de 15 à 80 ans, la mortalité des célibataires, garçons et filles, a constamment été supérieure, et de beaucoup, à celle des mariés. Mais la plus considérable est celle des divorcés, de trois et quatre fois plus forte que celle des mariés et meme des célibataires jusqu’à oO ans.

Le même fait s’est véritié à Paris, dans le recensement officiel de 1881. Il y a eu 39,530 décès de célibataires, à dater de 16 ans, contre 16,830 de mariés et 8,315 de veufs. Une proportion analogue s’est manifestée hors Paris. Contrel,079 décès de célibataires, il y en a eu 597 de mariés et 259 de veufs. La mortalité supérieure des célibataires de 16 à 60 ans est donc un fait général, à proclamer comme une loi universelle. Décimés dès lors, ils laissent trop peu de survivants au milieu des mariés pour être mis en parallèle. Leurs décès sont très inférieurs par cette unique raison.

' Le célibat religieux, malgré la vie et le régime, n échappe pas à ce fatal excès de mortalité, signalé page 328. La continence ou l’onanisme pourraient donc être les seuls facteurs de cette mortalité presque double, sinon l’influence même des divers ordres auxquels ces membres appartenaient.

Il est parfaitement admissible que la mauvaise santé d’un certain nombre de jeunes gens, garçons et tilles, et la prédisposition aux maladies spéciale.^ de cet âge, comme la phtisie pulmonaire, en les empêchant de se marier, n’augmentent cette mortalité excessive des célibataires. Leur état en serait dès

lors indemne. Mais en voyant la majorité se livrer à tous les excès, les abus de la jeunesse, puis la folie, le suicide, le crime dominer parmi eux, comment ne pas conclure que cet état même joue le plus grand rôle dans leur mortalité précoce, alors que les mariés survivent? C’est l’enseignement positif de ces statistiques pour ceux qui veulent en profiter.

Ce sera le plus petit nombre assurément. Tous les célibataires libertins, professeurs de séduction, de vice et de débauche, sont rapidement blasés, dégoûtés de la vie par l’abus qu’ils en ont fait. Courte et bonne est leur maxime habituelle, quand on leur parle de leurs excès et leurs conséquences fatales. Ils n’ont pas d’auirc réponse au déclin de leur vie et les distractions, les plaisirs, les occupations de leur âge sont sans attrait pour eux ; ils retournent invariablement à la passion favorite de leur jeunesse, leur dada, jusqu’à être frappés d’impossibilité absolue de la satisfaire. Des ivrognes sont ainsi morts sous le tonneau et de vieux galantins ont été frappés en flagrant délit dans les bras d’une jeune femme. Les travailleurs infatigables, quoique avertis par l’âge, laissent toujours des affaires en train ou sur le chantier et les plus sages meurent ordinairement seuls et isolés.

Il est heureusement quelques exceptions à cette règle. Mais examinez bien la vie de ces rares célibataires, ils ont autrement vécu que la généralité, c’està-dire non pour eux-mêmes exclusivement, mais pour les autres, comme les mariés se dévouant à leur famûle, en faisant du bien à des étrangers, sr

consacrant à des œuvres utiles et se mêlant à la société. Aussi sont-ils les premiers à regretter hautement de ne pas avoir été mariés pour mieux remplir leur rôle, en reconnaissant que la vie célibataire manque de l’affection, des joies et du bonheur du foyer. Pour ceux-là, la vie n’est pas courte et bonne; elle a été le plus souvent très laborieuse, difficile, bienfaisante, utile et même dévouée. Dansces conditions, elle se prolonge ordinairement comme celle des mariés.

Tout ce qui précède s’applique indistinctement aux deux sexes, et cependant il y a entre eux des différences essentielles déjà signalées au Célibat. Leurs mobiles divers, leurs caractères, leurs passions , comme leurs allures, ne diffèrent pas moins et nous allons essayer de les esquisser séparément.

A en croire les romanciers, d’après les types qu’ils ont fait des vieux garçons, il serait très facile de les distinguer des mariés. Ils les caractérisent toujours d’un trait différentiel : travers, originalité, manie ou passion quelconque, sans en indiquer seulementl’âge précis. Dès qu’ils ont atteint Vâge mûr ou ont déjà vieilli, ils se font remarquer par des goûts, des idées bizarres, sinon des habitudes, des vices, des passions indiquant une perversion des sens ou la dépression de l’esprit. Un célibataire sans passion est un merle

blanc. Ram avis. Leurs qualités sont portées à l’excès jusqu’à en faire des défauts. Ils ne restent jamais dans la normale et sont exagérés en tout. D’économes, rangés, ordonnés, ils deviennent grigous, cancres, avares ou prodigues pour la satisfaction de leurs faiblesses. Ils sont gourmands ou(f’une sobriété de cénobites, comme le docteur Capuron; négligés, sales, ou d’une coquetterie à se faire moquer d’eux. Libidineux ou dépravés d’ordinaire, ils se montrent parfois sans sexe par leur froideur, leur torpidité, surtout s’il s’agit de se marier. Gela les fait toujours rire.

A ces traits principaux, il y a peu de variantes; tous s’accordent ou se copient à ce sujet. Quelques jeunes sont dissidents en se flattant d’étudier sur modèle et observer d’après nature, suivant le positivisme à la mode. Il y a moins d’imagination et plus de réalité pour la nouvelle école. Les traits sont moins accentués, d’après eux, et se bornent souvent à quelques ridicules. Mais il est probable qu’ils' n’ont pas encore eu le temps de croquer tous les types de cet état anormal et qu’il s’estompera par la suite.

Dès que l’homme est entraîné, en restant garçon, à se placer en dehors de la loi générale et universelle de l’humanité, il faut qu’il se reconnaisse incapable ou indigne du mariage, que la femme lui soit antipathique ou que, par un orgueil insensé, il n’en trouve aucune digne de lui, comme le maréchal d’Uxelles. En dehors de ces deux mobiles, un esprit de travers, de.s passions antisociales ou contre nature, le libertinage, peuvent seulement faire rester dans le célibat. 11 est

en effet beaucoup plus insupportable pour lui que pour la femme. Celle-ci lui est indispensable et s’il ne l’épouse pas, c’est pour préférer la prostituée ou la concubine qui lui fait perdre graduellement l’estime et le sentiment de la pudeur de la femme honnête et vertueuse. Il n’y a pas d’autre issue. Le célibataire se déclare et s’affiche publiquement dès lors frappé de l’une ou l’autre de ces tares physiques ou morales, incompatibles avec la famille et la société. Le vieux garçon est ainsi classé aussitôt après a première jeunesse, c’est-à-dire de 35 à 40 ans.

Quel homme, jouissant de sa raison et de son bon sens, consentirait volontairement à descendre à ce niveau dégradant, s’il n’était aveuglé par une passion ou un vice quelconque? L’égoïsme, l’amour de soimême ou de l’argent suffisent à cet effet en entraînant à un travail abrutissant. On perd ainsi l’idée du mariage en ne prenant pas même le temps d’y songer. Si le besoin vous y rappelle, on court au gros numéro et tout est dit. La jeunesse se passe dans ces plaisirs immoraux ou licencieux et la fortune augmentant avec l’habitude, l’argent remplace la femme et vous tient plus au cœur. Voilà tout ce qu’il faut pour faire un célibataire comme il y en a tant aujourd’hui !

Cet égoïsme se dissimule même parfois sous des apparences charmantes. Mais voyez le vieux garçon dans l’intimité : il est minutieux, tracassier et même tatillon comme une femme. 11 s’occupe de tout et compte tout. Faute d’une épouse veillant à l’intérieur, il s’en fait l’économe, à défaut d’autre occupation.

Tel était le sire de Goiiberville, gentilhomme normand du Cotentin, qui vivait de 1553 à 1562, comme son Journal en fournit la preuve authentique. 11 annote ses moindres actions, ses plus petites dépenses et fournit ainsi les plus curieux et menus détails sur les jeux, les coutumes et les superstitions du temps, le prix des aliments et des vêtements d’un seigneur campagnard au xvi® siècle. Cette douce manie d’enregistrer ses moindres actes est portée si loin, chez ce garçon, que le manuscrit de ses notes formerait au moins la matière de quatre à cinq volumes en petit texte.

A la fin de ces pages si intéressantes, l’égoïsme perce à propos des guerres de religion. Tout en inclinant au début pour le prêche, le châtelain se rétracte dès qu’il est menacé d’invasion, de pillage et de destruction dans son castel. Il veut surtout la paix et la tranquillité pour mieux vendre les produits de sa terre et vivre à son aise. ( Revue des Deux Mondes, mai 1878.)

La paillardise est leur trait le plus distinctif ensuite. Ils ont été, de tous les temps, des suppôts de luxure. Auguste, s’adressant à ceux de Rome dans son mémorable discours, montre qu’ils ne différaient pas alors de ce qu’ils sont encore aujourd’hui. Obligés d’apaiser à tout prix leurs désirs et leurs appétits vénériens, ils s’attaquent impudemment à toutes les femmes, vieilles comme jeunes, enfants même. L’accroissement de la prostitution publique et clandestine, en accusant son succès, témoigne assez hautement que les garçons, jeunes et vieux, la soutiennent

VIEUX GARÇONS et Fentretiemient efficacement par leur concours effectif, empressé et rémunérateur. C’est leur refuge, leur cachette, leur égoût. Toutes les uniops clandestines, avec ou sans bâtards, ou les ménages secrets, devenant publics par la survenance d’enfants et constituant le concubinage, sont autant d’exemples évidents et immoraux que l’existence de la majorité des célibataires entre eux ne diffère de celle des mariés que par l’acte solennel et public qui unit légitimement ceux-ci.

Ce sont les braconniers du mariage, dit Greuze, et leurs mœurs sont bien dévoilées par la réponse négative de l’un d’eux :

Vous êtes marié, Monsieur?

— Non, Madame.

Vous êtes alors dans l’intention de vous marier ?

— Non, Madame.

Mais si tout le monde faisait comme vous, le monde finirait?

— Non, Madame...

Ils sèment ainsi de gaieté de cœur des bâtards partout où ils passent et ce fait seul prouve leur démoralisation. En connaissant le sort malheureux de ces enfants trouvés et le préjudice que la plupart, sans nom ni famille, causent à la société dont ils sont les ennemis-nés, tout homme de sens droit devrait avoir horreur du célibat pour cette unique raison. Les avortements, les infanticides dont ils sont la cause directe ou indirecte de la part des victimes, et le poison fatal qu’ils versent dans leur sein après l’avoir puisé chez les femmes débauchées, tout cela ne met-il pas en évidence que, dans son égoïsme, le

célibataire est absolument dénué de sens moral?

Béranger savait si bien, par son expérience et celle de ses amis, ^ que la luxure est le mal du célibataire, qu’il le montre encore luxurieux au déclin de sa vie à la vue des attraits de Babet lui servant son lait de poule et son bonnet de nuit. Quoique ayant fait jadis maintes folies pour des minois moins friands que le sien, il lui demande encore un peu de complaisance... De servante, il la rend maîtresse pour mieux être excité par ses atours. Puis il devient jaloux devant sa résistance et n’a plus que l’argent pour lui servir d’appàt. Finalement, il se l’attache par le mariage, afin de ne plus être privé de ses soins. Le vieux garçon est ainsi ridicule du commencement à la fin de sa vie, en la terminant par où il aurait dû débuter pour être heureux.

Un célibataire de 40 à 00 ans, à la campagne, village ou petite ville, est un fléau redoutable pour l’honneur des jeunes filles. Celles qui font refusé sont particulièrement l’objet de ses calomnies parles quolibets, les potins et les cancans qu’il se plaît à propager sur leur compte, sinon par les lettres ou les cartes postales anonymes qu’il adresse. Aussi estil ordinairement sans amis, sinon des célibataires comme lui. Autrement, il est délaissé et détesté de la population. A peine s’il trouvera une femme pour le servir, car elle expose toujours sa réputation, si. elle n’est pas perdue d’avance.

11 y en a peu de sages et sensés. Après avoir été d’une gaieté folle dans leur jeunesse et mené la vie à gi’andes guides dans la dissipation, la prodigalité ou

la débauche, ils deviennent tristes, sombres, misanthropes par l’isolement, la solitude où ils sont laissés en vieillissant. L’impuissance précoce qui les atteint les jette surtout dans la mélancolie et l’hypocondrie. N’ayant ni l’amour des enfants ni celui du prochain, ils sont défiants, envieux, jaloux du bonheur ou du succès de ceux qu’ils n’ont pas voulu imiter et qu’ils calomnient souvent.

Toute la morale à tirer des romans, des pièces et des chansons sur les célibataires, c’est qu’après avoir voulu vivre libres étant jeunes, ils deviennent esclaves étant vieux. Ils tombent sous le joug de parents ou de domestiques avides de leur héritage, en proie à leurs convoitises. Heureux s’ils n’en sont pas les victimes tragiques!

Après une vieillesse que les plus sages et réservés atteignent parfois — la plupart succombant d’avance à leurs excès ou leurs dépravations par les maladies et les condamnations en résultant — ils meurent, sauf d’honorables exceptions, dans l’isolement. Abandonnés même de leurs proches, à moins d’avoir assuré un héritage à une servante-maîtresse ayant partagé ou servi leur vie licencieuse, crapuleuse et toujours déshonorée, ils ne laissent ni regrets, ni respect, ni souvenir, que l’épitaphe suivante, composée par Lebrun, pour être placée sur leur tombe :

Ci-gît qui fut célibataire Et n'eut que vices et défauts.

Plût à Dieu qu’on eût pu, sur le tombeau du père Jadis éciire aussi ces mots :

Ci-gît qui fut célibataire.

VIEILLES FILLES

Ce titre, si malsonnant et désagréable aux oreilles de la plupart, surtout celles qui désiraient se marier, comment doit-il être appliqué ? Évidemment, il ne s’agit pas de cet emploi vulgaire que l’on en fait en riant, à 25 ans, aux filles qui coiffent sainte Catherine. Le caractère est trop variable aussi pour servir de base : il y a des jeunes-vieux comme des vieillesjeunes. La femme n’est réellement vieille qu’en perdant ses aptitudes à la génération. Jusqu’à 40 ans, elle peut se marier encore avec succès et avoir des enfants sans grand danger. Passé cet âge, l’accouchenient est redoutable pour elle et son enfant, comme la statistique le prouve. Cette époque est donc la limite physiologique qui permet d’employer cette vilaine appellation.

Un préjugé universel jette constamment en France, encore plus qu’ailleurs, une grande défaveur sur la fille avec laquelle personne n’a voulu ou qui n’a pas daigné elle-même partager les biens ni supporter les maux de la vie. Le monde les condamne ainsi, à tort ou à raison, surtout à un certain âge, au dédain dont elles sont victimes. Laides, la bonté de leur caractère ou les charmes de leur esprit devait racheter les imperfections de la nature ; jolies, leur célibat a dû être fondé sur des causes graves. On ne sait lesquelles sont les plus dignes de rebut.

VIEILLES FILLES 479

Si leur célibat a été raisonné, s’il est un vœu d’indépendance, les hommes ni les mères ne leur pardonnent d’avoir menti au dévouement de la femme, en s’étant refusées aux passions qui rendent leur sexe si touchant. Renoncer à ses douleurs, c’est en abdiquer la poésie, et se rendre indigne des douces consolations auxquelles une mère a toujours d’incontestables droits. Tous les sentiments généreux, les qualités exquises de la femme, ne se développant que par leur constant exercice, toute vieille tille n’est plus qu’un non-sens ; égoïste et froide, elle fait horreur. {Balzac.)

Il est physiologiquement démontré que la vie célibataire est intiniment plus supportable à la femme qu'à l’homme ; elle a moins besoin de lui que lui d’elle, physiquement et moralement. Les exceptions à cette règle sont très rares, même chez les filles nerveuses, hystériques ; cette passion étant parfois dirigée contre l’homme même. La continence lui est plus facile et le célibat vrai, réel, la chasteté, la virginité, incomparablement plus fréquents que chez l’homme. Aussi se marie-t-elle moins que lui, puisqu’il y a plus de vieilles filles que de vieux garçons, de old maids que de bachelors.

Ce fait s’explique naturellement. Jeune fille, sa pudeur et sa réserve natives la protègent contre toute légèreté ou abandon et, plus tard, ses occupations à l’intérieur, au foyer domestique, la préservent des excitations du dehors. Sa fonction mensuelle, pouvant lui en fournir f occasion, est plutôt un obstacle, un empêchement. Son plus grand écueil est

de ne pouvoir aimer à son aise et donner son cœur. Elle se dédommage alors de la privalion d’un mari par toutes les caresses et les soins à donner à sa mère ou son père, un frère, une sœur ou un parent quelconque, sinon une amie. Dès que son cœur est rempli et satisfait, elle peut vivre tranquille et pure dans ces conditions ordinaires de la vie. C’est en ne s’y soumettant pas, en quittant le foyer domestique et en vivant d’une manière diamétralement opposée, que tant d’ouvrières, domestiques, employées, privées de l’alfection de leurs parents et surtout de leur surveillance, se perdent avant l’âge.

Le défaut de la maternité est la plus grande privation de la lille qui vieillit, le principal échec â sa santé et souvent à son caractère. Si la génération expose la femme à des troubles, des souffrances, des lésions, des maladies spéciales, dont elle s’exonère sûrement par le célibat, les filles encourent d’autres maux en se privant des joies du coeur, de la satisfaction des sens et de la plénitude de la vie que donnent l’amour, la maternité et la famille. En ne soumettant pas leurs organes au jeu naturel, à l’emploi physiologique qui leur est dévolu, elles s’exposent à en troubler, en entraver la vitalité. Ils sont trop exigeants et impérieux pour se laisser absolument exclure de leur rôle sans se plaindre par de vives et cruelles souffrances. Leur fonctionnement est trop intimement lié à la santé de la femme, indispensable à sa vie, comme à la société, à l’humanité, pour être supprimé à volonté, souvent par caprice, sans qu’il en résulte de funestes suites. S’il peut rester impuné-

VIEILLES FILLES

ment sans emploi chez quelques filles délicates, fai* blés, lymphatiques, strumeuses, sinon froides et personnelles, ce n’est pas sans orages ni dangers chez la plupart.

Une précieuse ressource existe encore à cet égard à la célibataire sans enfants. C’est de pouvoir s’attacher à ceux des autres, parents, amis et même étrangers, pour les élever, les instruire, les protéger. Rien de plus efficace pour remplir son cœur, fixer ses affections. Depuis que l’instruction est dispensée avec profusion, un grand nombre de filles ne trouvant pas à se marier convenablement, tout en le désirant, peuvent ainsi remplir utilement leur vie en se livrant à l’enseignement de l’enfance. C’est une garantie de sécurité contre toute tentation.

Avec ces avantages, une fille tant soit peu froide, personnelle, égoïste, peut même garder volontairement le célibat sans inconvénient ni inconduite. 11 suffît de se créer une occupation active, suivie, obligée, suivant ses aptitudes, ses goûts et ses préférences, pour remplir sa vie en se mêlant à un certain âge à la vie publique, dans des conditions convenables de moralité, sans être autrement incommodée de sa fonction spéciale. C’est le modèle de la vieille fille, comme il y en a tant. Les scandales et le pseudocélibat sont ainsi infiniment plus rares de leur part que des vieux garçons, s’y livrant souvent avec les femmes mariées, veuves ou divorcées. C’est un hommage à leur rendre, aussi bien dans la vie civile que dans la vie religieuse.

Un certain nombre meurent ainsi vierges comme

CÉLIBATAIRES elles sont nées. Les médecins ont particulièrement Toccasion d’en constater des exemples^ soit dans leurs recherches diagnostiques ou anatomiques, soit en en recevant le secret. Beaucoup d’hommes révoquent en doute la vertu des vieilles filles, d’après leur expérience de la fréquentation des prostituées ou des filles de mauvaise vie çt les victimes qu’ils ont pu faire. C’est le contraire de ceux qui ont vécu autrement.

Malheureusement, celles-là sont une exception dans la multitude des vieilles filles. Dominées par leur système nerveux et la sensibilité, l’affectionnivité qui sont l’attribut de la majorité, elles ont les plus grands dangers à redouter de leur état contre nature. Le célibat est aussi contraire à l’essence morale, douce, affectueuse et aimante de la femme que la continence est opposée à son organisation physique, destinée spécialement à la génération et à la maternité. Elle est la mère du genre humain et a par là essentiellement besoin de sacrifier à l’amour, de se donner, se dévouer. En dehors de ses parents, un mari, des enfants sont seuls capables de satisfaire son cœur. Il ne peut que se dévoyer autrement avec son exaltation naturelle. Sans que le désir, le besoin de l’union sexuelle se révèle sous les dehors fougueux habituels à fhomme, c’est un feu concentré qui couve sous la cendre et n’en porte que des atteintes plus graves à sa sensibilité native. De là tant d’affections nerveuses, de perversions morales, chez les

VIEILLES FILLES

célibataires. La folie atteint particulièrement les religieuses, en raison de leur isolement. Sur 1,726 aliénées à la Salpétrière en 1822, on comptait 1276 filles. Les récentes épidémies d’hystéro-démonopathie de Morzine en Savoie et de Verzenis en Italie en sont des preuves, comme celle de Montmartre. Une jeune fille fut prise d’une attaque convulsive pendant les vêpres à l’église St-Pierre en 1861 ; elle communiqua rapidement des crises analogues à douze de ses compagnes. Épilepsie, mysticisme et dévotion vont souvent ensemble, dit Legrand du Saulle.

La folie lubrique se rencontre presque toujours sur des religieux sortant des couvents, d’après l’observation d’Esquirol, et Leuret assurait que le nombre des fous et des folles érotiques fournis par ces asiles de paix devrait effrayer ceux qui y entrent. Leur raison s’aliène d’autant plus facilement que l’esprit est faible et opprimé par le tourment des sens.

Privés de l’influence excitante de la fécondation, les ovaires n’exécutent qu’imparfaitement et irrégulièrement leur ovulation mensuelle; leur mouvement fluxionnaire reste incomplet. Des perturbations s’ensuivent dans le système nerveux : d’où les névroses, les névralgies, les névropathies multiformes dont les célibataires d’un certain âge sont si souvent atteintes. La génération ne pouvant s’accomplir, la vie de ces organes se trouble, se dévie, par leur excès même. De là des proliférations morbides, des hyperplasies, des végétations sous forme de polypes ou tumeurs fibreuses de l’utérus. Par suite de l’in-

suffisance ou les troubles de la menstruation, les vésicules de Graaf, non fécondées, se transforment en ces énormes kystes de l’ovaire qui mettent la vie en si grand danger, malgré les succès de leur enlèvement. La mortalité des filles est ainsi supérieure à celle des mariées pendant la période normale de reproduction et l’âge de retour.

Ce tableau des alfections menaçant spécialement les jeunes et surtout les vieilles filles, tracé d’après l’observation générale des médecins, est beaucoup plus réel, triste et lugubre, que celui des manies et ridicules qui leur sont attribués. Il serait oiseux de repeindre, d’après Balzac, la figure, les grimaces, les gestes, les yeux, les dents et tous les soi-disant traits particuliers des vieilles filles. Elles ne sont pas autrement créées physiquement que les femmes mariées; leur moral seul s’en distingue. On ne peut même pas dire que les plus laides soient de ce nombre, à voir tant de mères de famille disgraciées de la nature. Mais la difformité la plus choquante disparaît ou ne se remarque pas chez celles-ci, dès qu’elles sont accompagnées de leurs enfants; le masque de la grossesse passe ainsi inaperçu chez la plupart de celles qui le portent.

Il n’on est pas de même des célibataires cherchant toujours à dissimuler, à cacher leur laideur et leurs difformités, comme leur âge, sous des toilettes tapageuses, des accoutrements éclatants, originaux, singuliers. N’ayant jamais senti le besoin de plaire,

VIEILLES FILLES

J’élégance, le bon goût leur restent étrangers. La plupart sont maniérées, affétées, prétentieuses et souvent ridicules sous ces dehors frappants etleurcoquetterie, disproportionnée avec leur âge, fait souvent remarquer leurs rides. Beaucoup se croient toujours jeunes en restant filles et affectent une pruderie déplacée. Très fières et très heureuses d’avoir conservé la pureté. . . de leurs formes, leur taille, leur gorge, la plupart les font valoir comme à vingt ans. Ce sont les coquettes qui, à un âge où il serait raisonnable de s’habiller sérieusement, arborent le rose, le bleu ou le rouge, comme de jeunes pensionnaires. Ce sont là de simples travers résultant ordinairement de l’oisiveté de ces filles, ayant à s’occuper d’elles seules et à s’attifer dans leur glace. Elles n’en sont parfois pas moins honnêtes et chastes. Une vieille fille improductive qui ne fait rien, ni bien, ci mal, croyant s’occuper beaucoup en tatillonnant, est toujours insupportable. Elle en est triste, chagrine, maussade et l’exprime sur son visage, comme toute personne ennuyée.

Celte personnalité apparente cache souvent un cœur sec, un orgueil démesuré, un égoïsme impitoyable. Certaines filles ne s’occupent de rien ni de personne que d’elles-mêmes. Elles s’aiment trop pour avoir pu jamais aimer un homme, ni en trouver mi digne d’elles. C’est toute la raison de leur célibat. Elles s’attachent seulement à ceux qui les louent dans leurs talents, leur esprit et qui recherchent leur société, sans aimer réellement personne, comme en voici un exemple frappant.

Survivante de sa mère et de sa sœur, Rose R... ne s’était jamais préoccupée que d’assurer son existence indépendante. Ce fut l’unique souci de sa vie, et, comme elle n’était pas jolie, elle ne trouva jamais de mari pour lui donner cette assurance. Elle s’érigea de bonne heure maîtresse du ménage et restée seule avec sa mère, jouissant d’une modeste pension viagère, elle sembla soigner sa vieillesse par l’unique sentiment de faire des économies pour se mettre à l’abri du besoin après sa mort. Celle-ci arrivée, elle employa amis et connaissances à améliorer sa position, mais sans jamais penser à leur en témoigner la moindre reconnaissance en mourant, car elle ne se connaissait aucun héritier. Morte subitement et isolée à 67 ans, il ne se trouva pas trace du moindre souvenir en faveur de ceux qui, plus pauvres qu’elle, la recevaient et la visitaient. Son cœur égoïste ne lui avait jamais rappelé qu’elle leur devait bien des services et une amitié demi-séculaire. Cachée, sans confiance envers personne, défiante de tous, prude et coquette, quoique vivant seule, dans un désordre et une malpropreté intérieure inimaginables, elle fut punie de ces vilains défauts en mettant tous les secrets de sa vie au grand jour, après sa mort, par l’inventaire public qui la suivit. Vêtements, meubles, bijoux, souvenirs et portraits de famille furent dispersés au vent des enchères, au premier venant, pour' des héritiers éloignés qu’elle n’avait jamais vus ni connus. Tel est l’authentique portrait d’une vieille fille chaste par son défaut de cœur.

Le célibat déterminé par l’égoïsme l’augmente

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toujours et est d’autant plus remarquable chez la femme qu’elle se distingue surtout par le cœur. Aussi est-il beaucoup plus rare que chez le vieux garçon. Tout ce que peut faire la vieille fille égoïste, c’est de donner son cœur à un animal : oiseau, chien ou châtie plus souvent, pour lui servir de compagnie, de confident de ses secrets et parfois de ses plus détestables passions. Elle s’y attache jusqu’à leur sacrifier sa vie. Exemple :

Une demoiselle de 43 ans avait une chienne épagneule qui ne la quittait pas, tant elle l’aimait. Au mois de mai ^881, cette bête gaie et affectueuse devint triste, changea d’allures, ne répondant plus aux caresses et refusa les aliments. Pendant cinq à six jours, sa maîtresse redoubla de soins et de tendresse, jusqu’à se faire lécher, à plusieurs reprises, en l’embrassant, une légère excoriation enflammée de la lèvre supérieure. Conduite chez le vétérinaire Bourrel, la bête fut reconnue enragée et creva de la rage le 30 mai. Peut-être avait-elle éprouvé précédemment les effets naturels du rut sans être livrée au mâle, comme on le fait de beaucoup de ces animaux d’appartement, attachés ou renfermés en pareil cas. On ignore que Ton s’expose, par ce défaut de satisfaction génésique, à provoquer la rage spontauée, comme Leblanc d’Alfort l’a démontré. Une secrète jalousie de ces animaux est même parfois le mobile qui empêche leur accouplement.

Toujours est-il que cette demoiselle nerveuse devint extrêmement inquiète, irritable, difficile à vivre, peu de mois après. Elle était troublée, d’un caractère

insupportable, avec une exaltation piétiste exagérée, au point de faire un pèlerinage à Lourdes au mois d'août suivant. Chargée à son retour de diriger la maison de commerce de son frère, pendant ses vacances, elle s’en montra très anxieuse, agitée, perdit l’appétit et.- le sommeil, se querellant avec les employés. Le 18 octobre, deux jours après le retour du maître, un spasme pharyngien se déclara : elle ne pouvait avaler. C’était le début de la rage, que sa chienne favorite lui avait inoculée en léchant ses lèvres sans la mordre. La mort arriva le lendemain, en montrant par ce fait extraordinaire et authentique l’origine spontanée de la rage et son incubation prolongée chez la victime; tout cela résultant du célibat. (Revue de méd., 1884).

La vanité subtile qui distingue les vieilles tilles, et le fanatisme de personnalité qui les caractérise, leur fait porter les jugements les plus faux sur tout ce qui les blesse et condamne leur vie ou leurs actes. Elles sont ainsi haineuses, cruelles, jalouses, violentes, rancunières, vindicatives, méliantes, sans savoir souvent pourquoi. Elles ont en général un certain talent, dit Balzac, à accentuer les actions et les mots que la haine leur suggère, en égratignant, à la manière des chats. Elles éprouvent du plaisir à blesser et à le faire voir à leurs victimes. Et il ajoute:

(( Porté par la société contre les vieilles filles, cet arrêt implacable a ses motifs, comme les défauts dont on les accuse. Elles se flétrissent parce que l’expansion du bonheur, qui épanouit la figure des femmes et jette tant de mollesse dans leurs mou-

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vements, n’a jamais existé chez elles. De là leur raideur habiluelle. Elles deviennent âpres et chagrines, comme tout être malheureux ayant manqué sa vocation. Il souffre et la souffrance engendre la méchanceté. Elles sont donc méchantes en accusant le monde de leur isolement. L’idée de vengeance en est la conséquence et leurs médisances, leurs calomnies, leur cœur sec, indifférent,^ égoïste, en est l’effet ordinaire. N’ayant jamais fait plier leur caractère et leur vie à une autre vie ou à d’autres caractères, comme l’exige la destinée de la femme, la plupart ont la manie de vouloir tout faire plier devant elles. Elles deviennent ainsi volontaires, despotes. En s’apercevant de leur dissemblance avec les autres femmes, elles en sont jalouses et éprouvent une gêne intérieure par la répulsion dont elles sont l’objet. Elles ne pardonnent pas leur position fausse à la société en la sentant elles-mêmes. »

Attribuer tous ces vilains défauts au célibat, c’est confondre le physique avec le moral et prendre l’effet pour la cause. Cette physiologie du célibat est aussi fantaisiste que celle du mariagQ du même auteur. Ces défauts dépendent essentiellement du caractère natif, originel, et ont bien plutôt provoqué et entretenu le célibat qu’ils n’en sont nés. Ils se rencontrent ainsi chez les mariées et les mères de famille. Qu’ils soient plus fréquents chez les célibataires, c’est la preuve même qu’ils sont originels et empêchent souvent le mariage. Ils s’accentuent graduellement dans la solitude et l’isolement, au point d’être insupportables et de dégénérer en manie.

Si le célibat produisait exclusivement les travers et les défauts dont on taxe les vieilles filles, toutes en seraient frappées, à l’exclusion des autres femmes. Or, il suffit d’en connaître un certain nombre pour observer celles qui en sont exemptes. Elles sont gaies, avenantes, aimables, bonnes, douces, spirituelles, et ne se distinguent nullement des femmes mariées en menant la vie de tout le monde. Il en est qui aiment beaucoup les enfants et les traitent avec plus de soin et de tendresse que leurs propres mères. Si le célibat réagit tant sur le caractère, c’est bien plutôt chez les vieux garçons. Toutes les passions animales qui les distinguent, le tabagisme et l’alcoolisme notamment, ainsi que leurs excès vénériens, en imprimant de profondes modilications à l’organisme, réagissent à la longue sur le moral et peuvent ainsi modiüer, changer le caractère.

Toutes les filles ne vieillissent pas volontairement dans le célibat. La preuve en est dans celles qui se marient tard ou qui ont des amants. Celles-là ne sauraient donc avoir les ridicæles ni les défauts qu’on leur prête. Il s’en rencontre qui excellent par leur douceur, leur politesse nt leur esprit. Elles devaient donc plaire étant jeunes. Le trait distinctif de la plupart, en vieillissant, est d’être prétentieuses, assurées, fermes dans leur conversation comme dans leur démarche, elles soutiennent vivement leurs opinions, sont parfois tranchantes et même altières. A défaut d’un mari pour le faire parler, elles se prononcent elles-mêmes. Cette individualité accentuée est souvent la cause de leur célibat, en n'ayant rencontré

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que des adorateurs galants, sans esprit ni caractère.

Il en est autrement des dévotes, souvent hargneuses, rêches, dures, de véritables vierges aux orties, comme la pieuse Hortense de M.A. Theuriet. Leurs vengeances froides sont plus redoutables, par l’hypocrisie jésuitique qui les dirige, que celles des femmes blessées dans leur amour et qui se vengent publiquement par le revolver ou le vitriol. Elles agissent toujours sourdement, en cachette, ou font agir les autres avec des motifs plausibles, des articles de loi au besoin. Le type en est réalisé par Gamard dans le Curé de Tours ; sa rancune et sa haine implacables vont jusqu’au crime. D’où le dicton : il n’y a pire haine que celle d’un dévot.

Elles semblent même plus dangereuses dans la vie civile que dans l’état religieux. Soumises ici à l’autorité, la discipline et le plus souvent au travail, leurs mauvais instincts en sont corrigés, atténués, neutralisés. La plupart se montrent ainsi dignes et réservées dans les rapports publics. Si, dans leur indépendance à la tête de la communauté, quelques supérieures abusent de leur autorité, on y rencontre aussi des femmes distinguées, autant par l’instruction et les manières, que leur aménité et leur bon ton, laissant en deçà bien des femmes mariées.

En résumé, la vie célibataire n’engendre pas aussi souvent qu’on l’admet bénévolement, les travers remarqués chez ceux qui l’observent. Ils sont ordinairemsiii,t. iiméSj originels, héréditaires et plus com-

miinément la cause que l’effet du célibat. Moralement, il y a des femmes-hommes ayant le caractère, l’intelligence et la capacité de ceux-ci et qui en remplissent les fonctions dans leur ménage En s’accentuant dans le célibat, ces travers, qualités ou défauts, en seront-ils la conséquence? Évidemment non. Mais en raison même des défauts, des vices, des aberrations ou des passions qui y retiennent ou y conduisent, cet état creuse des empreintes organiques et produit des maladies bien plus évidentes et mortelles, comme on l’a vu.

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