AVANTAGES
Ava^ntagres.
Il a plus d’inconvénients que d’avantages dans la société moderne, dit M. Le Piay dans sa Réforme sociale.kipres les indications précises du célibat, relatées précédemment, il faut reconnaître et proclamer ceuxci. Il y a toujours avantage à rester seul quand, par ses dispositions physiques et morales, ses goûts et ses habitudes, on ne peut vivre à deux ni en famille. Se marier dans ces conditions est un crime dont on ne tarde pas à être puni par les calamités qui s’ensuivent; comme les tribunaux en offrent trop souvent l’exemple.
Mieux vaut assurément rester célibataire, suivant son goût et son bonheur personnel, quand on éprouve un éloignement prononcé du mariage, sans que la vue des plus parfaits ménages ait fait envie à un certain âge. Sans aucune cause appréciable, cela prouve certainement un singulier caractère : entier, volontaire, égoïste ou dominé par une passion antisociale. Des célibataires laborieux et moraux se rencontrent pourtant aussi chez les deux sexes. Il leur suffît de rester assidûment fixés, attachés à leur passion favorite : agriculture, commerce, industrie, finance ou l’étude, pour s’élever, agrandir leurs affaires, gagner de l’argent, thésauriser et devenir ainsi la providence de leurs familles par leur exemple et surtout leur aide. C’est malheureusement là une trop rare exception.
La fille aînée d’une pauvre famille est ainsi parve-
CÉLIBAT
ïlue, par son intelligence et son activité, à fonder •une maison importante de commerce de luxe, bien connue sur la place de Paris, en groupant frères et sœurs autour d’elle. Gomment penser au mariage dans ce rôle sublime de dévouement maternel aux siens, en les façonnant à son exemple pour les marier et les établir ensuite à sa place? De nombreuses maisons célèbres de banque et de commerce sont ainsi résultées des efforts continus et persévérants de labeur et d’ordre entre frères et sœurs, associés ou lüjrcs, dans le Célibat à deux, comme nous l’avons désigné.
ils fondent ainsi des familles de seconde main, en venant au secours des frères ou des sœurs mariés, surchargés d’enfants, qu’ils placent dans des positions auxquelles ils ne pourraient prétendre sans leur crédit. S’il y a des orphelins, ils les recueillent et les élèvent pour suivre leurs affaires et perpétuer leur nom. Ces exemples sont assez nombreux pour montrer tous les avantages de ce célibat. D’une famille de quatre enfants, un garçon et trois filles, une seule SC maria, tant le goût du célibat était prononcé chez eux. Celle-ci succomba, après dix ans de mariage, en laissant deux orphelins, dont le dernier ne connut pas sa vraie mère. xAussitôt la tante aînée s’en charge et l’élève avec une tendresse toute maternelle. Un acte de dévouement du père, dans une calamité publique, l’entraîne bientôt dans la catastrophe. Immédiatement, il est remplacé par Fonde, et ces deux jeunes garçons, qui n’eussent pu recevoir une instruction conforme à leur naissance, par défaut de
avantages
ressources, ont retrouvé dans leur propre famille un père et une mère, grâce au célibat. Que seraientils devenus sans lui...? Il est donc bon et utile parfois ; il faut le reconnaître et le proclamer.
Le célibat religieux a eu des avantages analogues. De vieux curés se sont consacrés à l’instruction de leurs neveux et ont été du plus grand secours à leurs familles. A plus forte raison les évêques et surtout les papes, qui ont souvent abusé du pouvoir pour enrichir leurs familles d’une manière scandaleuse. S’ils doivent leur bien aux pauvres, selon l’Évangile, il n’est pas défendu d’en faire profiter des parents, en cas de besoin. C’est le seul bienfait du célibat ecclésiastique, car tous les autres religieux, en faisant vœu de pauvreté personnelle, consacrent leur vie à enrichir et agrandir leur ordre, souvent au-delà de toutes les prévisions humaines.
Je me trompe. Il est de ces ordres dont l’unique but est spécialement de recueillir, élever, soigner et instruire les enfants des deux sexes, pauvres, abandonnés, orphelins, estropiés, aussi bien que des vieillards malades, infirmes, ne pouvant pas plus se diriger qu’eux. Un grand nombre de ces malheureux resteraient sans secours ni abri, malgré la bienfaisance et la charité publiques, l’assistance officielle même, si ces associations, ces ordres religieux n’exis- Éaient pas pour les recueillir. Une faible somme ane fois donnée ou annuelle suffit à les mettre hors du besoin, alors que l’Assistance publique refuse de s’en charger. Instituées purement au nom de Dieu, par un sentiment de propagande catholique ou tout
CÉLIBAT
autre mobile religieux, ces œuvres n’en sont pas moins encore un côté essentiellement utile du célibat que toute autre association laïque est impuissante à réaliser.
Que deviendraient d’ailleurs tant de pauvres parents vieux et infirmes, isolés, sans l’aide et le secours désintéressés de quelque célibataire, enfant, parent ou étranger, alors que tout le reste de la famille est dispersé ou disparu?
Il est surtout un bienfait pour tons les onanistes et les anaplirodites. Que leur frigidité soit causée par une lésion du système nerveux, que leurs impulsions contre nature résultent d’une déviation, une malformation quelconque du cerveau ou l’effet tout simple de leurs mauvaises habitudes, ils n’en sont pas moins impropres au mariage. Nous le défendons en pareil cas, à cause des suites déplorables qu’il em traîne fatalement. Si le célibat est bon à quelque chose, c’est à ces .gens-là.
luconvénlents*
En dehors de ces avantages particuliers, il n’a que des conséquences néfastes pour l’individu et la société. Quiconque le choisit par libertinage, égoïsme, caprice, dépit ou passion, s’expose toujours à y rester par crainte ou timidité, sans cause positive ni nécessité; le premier tort est d’y vouer toujours forcément une autre personne, souvent malgré elle. Si les garçons font le célibat des filles, celles-ci ne
INCONVÉNIENTS
le déterminent pas moins à leur tour chez ceux-là par leur indifférence, leur coquetterie, leur dédain ou leur refus. Il s’engendre de la sorte dans une infinité de cas, sans que personne s’en reconnaisse coupable, bien que chacun en souffre.
Il faut, en effet, pour les uns et les autres, chez les deux sexes, que les désirs sexuels soient satisfaits, que la fonction s’accomplisse; autrement, la santé s’en ressent toujours. Si elle ne s’exécute pas naturellement, l’onanisme y subvient souvent d’une manière quelconque et, à son défaut, la continence prolongée provoque des idées lubriques, des songes ou des rêves érotiques, ou bien des érections involontaires, fatigantes, pénibles, qui déterminent spontanément l’exonération. S’il est bon de ne pas s’écouter vivre, il est toujours dangereux de s’oublier assez pour tenter de soumettre le jeu de ses fonctions à sa volonté en les frustrant. De là les accidents qui arrivent à ceux qui se retiennent d’uriner, quand le besoin s’en fait sentir.
Le célibat entraîne ainsi fatalement à l’onanisme solitaire dans les campagnes où l’instinct sexuel ne peut guère être satisfait autrement. Volontaire et prémédité, il n’est jamais franchement avoué ni affiché ouvertement, à moins de raisons toutes particulières; sinon, il suppose toujours implicitement ce vice. L’homme surtout, en déclarant ce dessein, ne manquerait pas de s’exposer aux quolibets et à des questions indiscrètes. Comment faites-vous donc? lui dirait-on ; il faudrait répondre , sous peine de laisser supposer un vice de conformation et pas-
CÉLIBAT
ser pour hermaphrodite ou eunuque, ce qui est parfois le cas. A moins d’afhcher un libertinage éhonté, il feint ainsi de ne pas fuir le mari âge, afin de ne pas être taxé d’onanisme. Un célibataire échappa habilement à ces soupçons injurieux en faisant ostensiblement des visites bi-mensuelles à la petite ville voisine où était sa famille. Que va donc faire si souvent X... à Z....? se disaient en riant, d’après leur expérience personnelle, ses camarades d’enfance mariés. Agé de plus de cinquante-cinq ans aujourd’hui, il se montre atteint d’une anaphrodisie sexuelle avec son égoïsme persistant.
Onanisme. C’est le contraire dans les grandes villes, où garçons et fdles trouvent si facilement à épanclier l’exubérance de leurs désirs... sexuels dans des amours de rencontre. Néanmoins, la même demande pourrait être adressée à beaucoup de vieilles tilles qui ne pourraient souvent répondre autrement. D’autres emploient la manuélisation, seules ou à deux, sinon le saphisme, l’onanisme buccal et anal, par goût, amusement ou complaisance, tout en ayant leur préférence marquée pour l’un de ces trois procédés distincts, formant le trio habituel de l’onanisme entre les deux sexes. {Onanisme, page 497.)
De ces exonérations artificielles résultent inévitablement des perturbations organiques ; des maladies locales et générales en sont même la conséquence fréquente chez les célibataires, sans qu’ils s’en doutent. Ils avaient cru par là se mettre à l’abri des maladies vénériennes et il leur en -survient souvent de
INCONVÉNIENTS
plus graves par ces artifices pour tromper la nature. HeureuK quand les moyens mécaniques, les objets ou iustruments, dont quelques-uns se servent dans leur délire érotique, les filles surtout, ne produisent pas des lésions, des blessures ou déchirures irréparables, exigeant des opérations souvent mortelles. De nombreux exemples, chez l’homme et la femme, en sont relatés à XOnanisme mécanique. Les personnes retenues dans le célibat par ces habitudes onanistiques sont les plus exposées à ces dangereuses conséquences.
Maladies. Les filles faibles, délicates, lymphatiques ou strumeuses gardent fréquemment le célibat, en raison même de leur constitution. Elles peuvent sans doute l’observer plus facilement, par leur exonération mensuelle, que le plus chétif garçon scrofuleux, sans être moins à l’abri des dérangements de cette fonction. Il est surtout dangereux pour elles d’entrer au couvent et de ne pas suivre la vie commune. Les plus vertueuses sont ainsi les plus exposées à ressentir les conséquences de fatonie des fonctions génératrices par les troubles menstruels en résultant. Qu’il s’agisse d’hémorrhagies mensuelles profuses ou d’aménorrhée, d’irrégularités ou d’insuffisance, une anémie profonde s’ensuit ; des affections nerveuses, des douleurs atroces et bien d’autres maladies, signalées au Célibat religieux, en .résultent. Sans prétendre que le mariage puisse prévenir tous ces accidents, augmentés souvent par l’onanisme, il les atténue ordinairement.
CÉLIBAT
Plus tard, toutes les célibataires sont menacées d’accidents particuliers à l’age de retour. Les hémorrhagies ou pertes sont fréquentes. Les polypes ou libromes de la matrice et les kystes de l’ovaire paraissent aussi atteindre les plus fortes et sanguines. Le cancer du sein ne les épargne pas davantage. Si, parleurs excès, les prostituées sont plus exposées à toutes les maladies de ces organes, les plus vertueuses n’en sont pas absolum.ent exemptes, comme on pourrait le croire. Il y a presque un égal danger entre l’abus et le défaut de leur usage ; un emploi physiologique résultant du mariage est encore la plus sûre garantie contre ces graves affections.
La rétention du sperme dans les vésicules séminales menace les hommes, observant une continence prolongée, d’une affection peu connue. Accumulé dans ses réservoirs, ce fluide s’épaissit et se solidifie à la longue, au point de former de véritables concrétions cristallines, sorte de calculs spermatiques demi-solides appelés sympexions, qui, en oblitérant les canaux éjaculateurs, sont des obstacles insurmontables à l'éjaculation. De là des douleurs insupportables en allant à la selle ou en s’asseyant sur un siège dur. La nécessité de leur extraction entraîne des opérations toujours graves.
Les maladies de la prostate, engorgement ou hypertrophie de cette glande, sont aussi une conséquence fréquente de cette rétention prolongée du sperme. Les plus chastes religieux et les meilleurs prêtres en sont spécialement atteints. En mettant
INCONVÉNIENTS
obstacle à rémission libre de Turine, elles déterminent la rétention de celle-ci à son tour. D’où la dilatation de la vessie, son inflammation , la formation de calculs, la pierre et toute la série des douleurs et des graves opérations nécessaires pour y remédier. La stérilité de l’homme en est ainsi le résultat.
Des pollutions croissantes, produites et entretenues par une sorte de priapisme et de satyriasis des continents, dont les exemples figurent au Célibat religieux, peuvent même amener la spermatorrhée, écoulement spermatique passif et continu qui épuise rapidement ses victimes et entraîne souvent la mort.
V anaphrodisie sexuelle se manifeste aussi dans certains cas par la perversion des sentiments, au point de déterminer l’impuissance, sans rien de morbide, chez des hommes encore jeunes. Nous en avons rencontré un cas frappant, signalé plus loin à l’/mpuissance.
La castration en est aussi parfois la conséquence, comme Origène en a offert le premier exemple. Remplie de mystère et de surnaturel, l’origine du célibat est des plus instructives en amenant à des pratiques monstrueuses et abjectes. Cette mutilation, imposée par le paganisme aux hommes comme aux femmes, en Grèce et à Rome, s’est renouvelée au moyen âge et est encore actuellement pratiquée en Russie dans la secte des skoptzy ou châtrés. Ils se font mutiler comme les eunuques de l’Orient, pour conser-
ver plus sûrement leur virginité. Si infaillible que soit le procédé, il n’exclut pas d’autres pratiques contre nature, comme la pédérastie passive, dont les observations sont relatées au Célibat religieux.
N’étant pas un état physiologique et moral comme le mariage et la vie de famille en résultant, le célibat entraîne plus aisément à l’égoïsme et l’immoralité. Ils en sont l’emblème et le personnifient mieux que la chasteté, comme ses effets le prouvent. L’illégitimité, la bâtardise produites par le célibat réglementaire et légal d’autrefois dans les mœurs de l’Allemagne— au point d’y passer inaperçues comme une simple nécessité sociale —sont remplacées aujourd’hui par la prostitution publique et clandestine, passée à l’état d’institution nationale dans toutes les grandes villes. Source de démoralisation et d’infection, cette plaie sociale forme la plus redoutable, pour l’individu et la société, par l’affluence croissante des jeunes gens dans la force de l’âge et la fougue de la volupté, venant actuellement chercher de l’occupation et des plaisirs dans ces centres. Augmentée surtout des garnisons militaires, cette réunion de célibataires en fait des foyers de débauche, de vice et de crime.
Obligés d’apaiser à tout prix leurs désirs et peu délicats sur le choix passager de leurs amours, ces suppôts de luxure ont recours non seulement à la prostitution pour les satisfaire, mais à l’adultère et au
DANGERS
yiol. Ils vont ainsi puiser chez les femmes débauchées le fatal poison, pour le verser ensuite dans le sein des victimes dont ils ont surpris la foi conjugale ou séduit rinnocence. Do là l’origine de la contagion et la propagation des maladies vénériennes et syphilitiques que les célibataires, recourant à la Vénus errante, sont les plus exposés à contracter. Les rétrécissements de î’urèlhre, l’orchite, l’oblitéralion consécutive de l’épididyme en résultent, avec la stérilité définitive chez beaucoup de ces malades.
Le célibat enfante et entretient de la sorte la prostitution qui, en vouant fatalement les femmes qu’elle enrôle à la syphilis, la propage et l’infiltre partout. Elle donne à l’homme qui s’y laisse aller des facilités d’éreintement avec de mensongères et fallacieuses apparences de sécurité sanitaire. La débauche, comme l’ascétisme, implique une diminution des forces physiques et morales prédisposant à l’infection syphilitique. « Sa dissémination dépend surtout des militaires et des fdles en carte, malgré les visites périodiques auxquelles ces deux catégories de gens infectés sont soumis. » {Tripier). Ces deux classes de célibataires, les plus nombreuses dans chaque sexe, sont donc particulièrement redoutables et à éviter pour se préserver de la syphilis. Les preuves statistiques en sont établies au Pseudo-célibat par prostitution.
Afin de s’en prémuuir, les plus vieux célibataires s’en prennent à leurs domestiques ou à de pauvres enfants. Les crimes d’attentats aux mœurs, de viol, d’avortement et d’infanticide sont ainsi commis en
162 CÉLIBAT
grande majorité par eux. d’après les preuves données
à Célibataires.
Bâtards. En naissant sans nom ni famille, ces malheureux enfants sont la plus grave condamnation du célibat. Si des mariés y contribuent, c’est toujours avec des filles. Protégés par cet article du Code civil français : « La recherche de la paternité est interdite^^, garçons et mariés selivrenten toute liberté, licence et promiscuité, à leurs amours de contrebande, sans aucun souci des résultats ; ils n’ont ni responsabilité ni pénalité légale à encourir. De là l’accroissement de ces enfants naturels, conçus dans l’insouciance, l’immoralité ou la débauche, plutôt que dans l’amour. Leur surnom d’enfants de l’amour est donc faux le plus souvent. Sans père ni mère lorsqu’ils sont abandonnés, sans éducation ni instruction, ils n’ont qu’à hériter des défauts et des vices de leurs parents, sans cœur comme ils ont été conçus. La plupart sont ainsi les ennemis nés, les révoltés de la société qui les repousse après les avoir laissé naître sans aucune protection. De là les instincts pervers, les actes criminels et la fin tragique du plus grand nombre des enfants trouvés.
La mortalité des nouveau- nés, abandonnés et assistés, est ainsi très supérieure à celle des nourrissons légitimes. De 40 à SO pour 100 à Paris de 1828 à 1864, elle s’est élevée de 60 à 90 dans les asiles des départements, celui de la Loire -Inférieure en tête. Comme si Ton attentait directement à leur vie pour les faire disparaître plus sûrement, il n’en sur-
DANGERS
vit qu’un très petit nombre. Leur mortalité s’est élevée à 95 sur 100 dans l’Eure-et-Loir, lorsque celle des nourrissons légitimes était de 25 seulement. De 22 chez ceux-ci dans l’Yonne, celle des bâtards s’élevait à 85. Sur 484 enfants naturels, nés dans TAllier en 1864, 181 sont morts dès la première année.
Ce nom ne révèle-t-il pas toute la cruauté qui a présidé à leur naissance et le défaut de cœur de ceux qui leur ont donné le jour? L’idée seule d’en faire autant devrait suffire à tout garçon honnête et moral, pour se marier aussitôt que possible, afin de ne pas encourir ce danger. La fille-mère, victime ou coupable, peut toujours réparer sa faute en élevant son enfant. Le père n’a pas même cette faculté, en semant des champis au hasard, ici et là, dans ses amours de rencontre ou de passage. Î1 peut ainsi avoir de par le monde des enfants naturels mendiants, voleurs, assassins, condamnés, rendus tels par sa faute, alors qu’il lui est impossible d’en procréer de légitimes. N’est-ce pas d’ailleurs le plus cruel reproche à se faire pour le père de famille? Ceux qui sont ensuite frappés par leurs propres enfants n’ont ainsi qu’à dire leur mea culpa.
Sous ce rapport, le célibat, surtout protégé par la loi et l’interdiction de la recherche de la paternité, est la plus fatale et pernicieuse institution humaine. Comme le dit l’auteur des Bâtards dans son histoire de Frémès (Paris, 1876), il n’y a ni raison, ni excuse, ni atténuation pour mettre un enfant au monde dans ces conditions. Nul homme, dans quelque position soit-il, n’en a le droit. Comment qualifier celui qui,
CÉLIBAT
après avoir séduit une femme, abandonne lâchement la mère et l’enfant? Barbare est bien le mot qui s’applique le mieux sur son abjecte face. 11 se croit civilisé, parce que le Code protège son infamie. Cette civilisation est donc de la barbarie et il en sera ainsi tant que cet article n’aura pas disparu en faveur des célibataires. Il entretient la dépravation de la société et en abrite les passions bestiales.
Impuissance anticipée. Elle est toujours une menace redoutable pour le célibataire, quelle que soit la cause déterminante de cet état anormal. Il ne la produit pas sans doute, mais il y conduit par toutes les perversions qu’il entraîne : continence forcée, onanisme, abus de toutes sortes, pollutions, excès de libertinage et de la prostitution, etc. Une frigidité constitutionnelle ou une anaphrodisie sexuelle, eu tenant un garçon éloigné des femmes par sa timidité ou une extrême réserve, la produisent comme l’abus et l’excès, le priapisme dont sont atteints les libertins fuyant le mariage pour mieux satisfaire leurs convoitises. L’amour des sens est toute leur passion, ils y pensent sans cesse et ne vivent que pour cela. C’est leur pensée dominante, celui du cœur reste accessoire. Le type en est dans le roi Vert-Galant et Margot sa femme. Capables d’aimer, même passionnément,ils se tiennent alors rarement à une seule idole; celle qiîi s’olfre détruit toujours le charme de la précédente et ils en adorent plusieurs à la fois avec une égaie passion.
Le défaut, comme l’abus et l’excès d’exercice, entraîne la faiblesse et la diminution des forces, sinon
DANGERS
euT perte. Cet axiome physiologique est devenu vulgaire à force d’être vrai. L’hygiène est dans l’exercice normal, mesuré, contenu, de cette fonction délicate et éphémère, in meclio sanitas. Or, la plupart des célibataires des deux sexes ne peuvent l’observer, en vivant isolés et indépendants. L’état légitime du mariage remplit seul cette condition par excellence et conserve la virilité en l’entretenant. Les concubins imitant les mariés en sont exclusivement susceptibles et ils sont très rares. Autrement, le défaut ou l’abus est la règle.
Après une longue continence, sans abus ni excès de jeunesse, un cultivateur de 52 ans, des Ardennes, resté célibataire par nécessité de famille, ayant eu des maîtresses suivies, s’est trouvé totalement impuissant, quoique d’une santé parfaite, lorsqu’une occasion lui permit de tenter de revenir à 20 ans en arrière. Ni le contact de la femme, nüa manuélisation à plusieurs reprises ne réussirent à déterminer l’érection. Celle du matin cessait aussitôt le réveil et des pollutions s’ensuivaient involontairement dans une atonie et une flaccidité complètes.
Les plus nerveux, lubriques et salaces, sont surtout exposés à cette impuissance précoce, par tous les abus naturels et artificiels auxquels ils s’abaudonnent dans leurs dépravations. L’un d’eux m’a fait récemment la. confidence écrite qu’après s’être livré à la masturbation au lycée, il s’était adonné à la prostitution, dès qu’il fut libre* comme étudiant et militaire, pendant trois années consécutives. Revenu chez lui,, il prend et choisit des maîtresses de ci, de là, trois ou quatre
CÉLIBAT
à la fois, qu’il visite alternativement en vrai pacha, jusqu’au moment où ses défaillances, ou plutôt son impuissance relative le réduisit à une seule. Pendant ce long espace de 18 à 30 ans, il avait constamment fraudé en s’exonérant toujours extravas, afin de ne pas s’embarrasser. Quatre fois seulement, durant ce long et pénible exercice, le coït avait été normal. Arrivé à 30 ans, il était réduit à ne pouvoir plus faire que deux voyages à Cythère par semaine à son unique maîtresse et cependant il parlait de se marier.
Un autre garçon, depuis l’àge de 17 aus, n’avait cessé de voler de belle en belle. Tout en ayant éprouvé quelques faillites accidentelles dans ses poursuites galantes, il était arrivé à 4o ans sans le moindre accident vénérien, lorsqu’il s’éprend d’une manière furibonde, absolument comme à vingt ans, d’une femme de 29 ans, aussi nerveuse et hystérique que lui. Surexcité, exalté dès ses premières prouesses, ce beau vainqueur sur le retour est bientôt affaibli, déprimé, énervé, et s’efforce en vain de se retrouver. Sa bonne santé apparente et tous les toniques, stimulants et excitants généraux, n’avaient pu le tirer de son état d’impuissance. Il s’en étonne et m’en fournit la cause, sur ma demande, dans le récit de ses aventures galantes, dont voici le type, en le laissant parler de son ton badin avec un ricanement de satyre.
« J’éprouvai, de 30 à 35 ans, une passion aussi violente que celle-ci pour une femme qui la partageait de môme. Elle mit pourtant une condition restrictive et expresse à nos relations : tout était permis entre nous, moins le coït. De longues heures se passaient
DANGERS
en attouchements, baisers, partout et sur tout, avec masturbation réciproque jusqu’à obtenir le spasme désiré. Ce manège onanistique dura des semaines et des mois, tant que la satiété, naissant de part et d’autre de ces bacchanales de l’amour :
Le combat finit, faute de combattants.
Il serait facile de multiplier ces exemples en rap pelant ici les cas analogues relatés dans Vlmpuissance physique et morale, notamment celui de cet officier de 30 ans, devenu impuissant par des manœuvres semblables et qui l’était encore deux ans après, malgré divers traitements. Ces fraudes sont la plus fatale manière d’amener rapidement l’impuissance par le trouble et la perturbation du système nerveux cérébro-spinal. Il est difficile à ces cerveaux surmenés de reprendre leur calme et leur assurance, dès qu’ils sont ainsi frappés par le chagrin, la honte et la peur de leur impuissance définitive. Ils sollicitent avant tout le moyen de provoquer l’érection et les névrosthéniques sont impuissants à cet effet.
Un beau jeune homme de 22 ans, très bien constitué, m’en offre un nouvel exemple en rédigeant ces lignes. Livré à la masturbation de 15 à 18 ans, il . entre ensuite dans les maisons publiques pour essayer sa virilité et en sort triomphant. Son volontariat l’oblige à rester continent; il ne revient que par besoin à s’exonérer par simple frottement. Une con- ' quête s’offre bientôt et, malgré une complète liberté j d’action, il reste penaud avec elle à quatre ou cinq reprises successives. Il s’en lasse et la délaisse, après
CÉLIBAT
un accident vénérien qui l’oblige à une continence de six mois environ. Depuis six semaines, il est épris pour ]a première fois d’une jeune lille qui lui olfre toutes ses faveurs et il reste de même paralysé auprès d’elle pour lui prouver son amour, autrement que par des caresses, alors que les érections sont durables et persistantes lorsqu’il est seul. Ce n’est pourtant pas de l’anaplirodisie ; mais le système nerveux exalté de ce garçon et sa timidité, jointe à ses abus antérieurs, l’exposent à des faillites par impuissance morale, dès qu’il n’est pas dans son état normal.
Le calme, le repos, la tranquillité, avec le stimulant féminin à dose modérée et graduée, seraient bien plus eflicaces ; mais le désordre de la tête de ces écervelés les rend le plus souvent incapables d’en user avec mesure. Ils ne veulent pas attendre et, en . supportant impatiemment une continence forcée, ils ne savent pas s’y soumettre volontairement ni môme abandonner leurs amours, cause déterminante du mai qui persiste et augmente ainsi indéfiniment.
La continence prolongée des vrais célibataires peut les rendre à la fois impuissants et stériles avant l’àge par leurs érections violentes et prolongées, sans issue naturelle. L’exemple rapporté dans la Stérilité, page 64, en est la preuve. En se séparant absolument de sa femme à 36 ans, pour ne plus avoir d’enfants, cet homme se trouva impuissant et stérile, par l’altération de son sperme, quand, l’àge ayant écarté le danger, il voulut reprendre ses droits environ quinze ans après. Il n'avait pourtant commis aucune infraction pendant ce temps, et les nombreux moyens
DANGERS
essayés ne purent rétablir la fonction érectile abolie.
Stérilité. En ne souscrivant pas docilement aux douces émotionsdeTâme dans la jeunesse, aux tendres élans des sexes Tun vers l’autre, aux sentiments, aux désirs secrets de l’amour, qui sont les ordres moraux et physiques de cette fonction, l’homme est ainsi souvent frappé de stérilité. Dès qu’il y contrevient en les réfrénant par le célibat, en les détournant de leur but ou en les matérialisant par des pratiques honteuses et toujours malfaisantes, il encourt cette peine de la stérilité du corps et de l’esprit à la fois. Malgré son privilège sur la femme de conserver à l’état normal des germes de vie jusqu’à la période extrême de son existence, il en est souvent privé par ses abus. Il perd sa vie en voulant trop la conserver et en jouir.
La masturbation solitaire en est une cause première par les pollutions involontaires en résultant, chez les sujets nervoso-lymphatiques en particulier, comme deux exemples, actuellement en observation, en sont la preuve. Un Israélite de 17 ans en est ainsi atteint, avec et sans érection, au point de ne pouvoir continuer ses études, par les troubles cérébraux et la faiblesse consécutive de ces pertes. L’autre, de 20 ans, ayant commis des excès de masturbation depuis l’âge de 14 ans, rencontra une fille belle et passionnée comme lui et une débauche inimaginable s’ensuivit. Deux à trois coïts étaient renouvelés dans leur courte entrevue de trois à quatre heures pendant huit jours consécutifs. Il resta frusti’e ensuite, malgré dix tenta-
tives follement répétées. D’où résulta une douleur périnéale avec pesanteur sur le col vésical et, quelques jours après, des pollutions abondantes pendant la nuit, sans aucune autre altération appréciable de la santé. On ne tient pas assez compte de ces antécédents sur la stérilité future de ses victimes.
Elle est aussi déterminée, chez les deux sexes, par l’irrégularité et l’impureté de leurs rapports dans le pseudo-célibat. Sur 100 hommes célibataires, 10 au plus ont des relations fécondes, soit par l’effet de leur continence, de l’onanisme, des excès vénériens et les affections en résultant, soit en raison même de la stérilité plus considérable de leurs compagnes. Cette faible natalité de 10 0/0 est encore atténuée par l’illégitimité de ces enfants, prédestinés à une mort précoce par leur naissance, leur abandon, leur avenir compromis par le libertinage et l’insouciance de leurs parents. La mortalité des enfants naturels, pendant la première année de la vie, s’est élevée ainsi à 30 0/0 de 1873 à 1882, en France, tandis qu’elle était seulement de lo pour les enfants légitimes. La guerre la plus meurtrière n’a donc pas d’effets plus funestes sur la dépopulation que le célibat.
Celle des femmes est encore plus marquée, comme les prostituées en fournissent la démonstration éclatante. La statistique de Parent Duchâtelet a donné seulement 6 accouchements annuels chez 1,000 de ces débauchées. Si les plus jeunes de dix-huit à vingt-quatre ans conçoivent plus souvent, elles ne tardent pas à expulser un gros caillot dans les quatre à cinq semaines suivantes, par suite de l’excitation
DANGERS
continue et permanente de leurs organes génitaux. La stérilité définitive en résulte bientôt.
Les femmes galantes, entretenues, de théâtre, n’avortent pas comme les prostituées. Les abus voluptueux auxquels les condamne leur infâme métier,pour le rendre plus lucratif, les soumettent à une stérilité anticipée et permanente, par les orgies, les veilles, les débauches de leur vie de plaisir et de voluptés de toutes sortes. Malgré l’intégrité des organes et la régularité de la menstruation, elles restent fatalement stériles en se mariant plus tard.
Dans les fonctions délicates de la génération, tout doit s’exercer avec régularité et mesure, suivant le tempérament individuel, par l’obéissance aux incitations secrètes et spontanées qui les déterminent. Dès qu’elles sont réfrénées, empêchées ou détournées de leur but par des artifices, ou excitées et provoquées de même, des effets morbides analogues s’ensuivent. La continence prolongée des filles, chez celles qui se marient tardivement, a ainsi un effet identique à fincontinence des libertins par leur stérilité consécutive. En évaluant à quatre le nombre des enfants de chaque mariage, contracté à l’âge propice, comme c’est la règle pendant les vingt-cinq à trente années de la fécondité féminine, il n’en résulte plus qu’un ou deux. Cent célibataires frustrent ainsi la société de 360 enfants. Confirmation surrérogatoire de l’influence désastreuse du célibat sur la dépopulation actuelle.
La diminution des marnages qu’il entretient n’y contribue pas moins activement. Elle se manifeste
CELIBAT
anjoiird’hui à peu près dans toutes les grandes capitales d’Europe, comme le montrent les relevés suivants :
Berlin : En 1875, 14,529 mariages.
La proportion annuelle, de 30,63 mariages sur 1,000 habitants en 1875, est ainsi tombée à 10,07 en 1878 et, en moyenne, elle n’est plus que de 19 par an.
Il en a été de même dans tout l’empire allemand pendant la période décennale de 1872 à 1881, d’après les recensements officiels dont voici le résumé ;
En 1872,
423,900 mariages, soit 10,3 p,
Loin d’être accidentelle, cette diminution est donc persistante depuis la guerre avec la France, et d’au-
DANGERS
tant plus marquée que la population augmente sans cesse dans de notables proportions. Il est remarquable aussi qu’elle ne dépend pas seulement de l’émigration, mais de 'la population, puisque la proportion de 10,3 mariages sur 1,000 habitants en 1872, était tombée à 7,5 en 1881. Elle est absolue comme le nombre des naissances qui, de 41,1 en 1872, s'était abaissé à 38,5 en 1881.
Il en est de même dans la capitale de l’Autriche. De 8,586 en 1870 à Vienne, les mariages n’étaient plus que de 5,049 en 1877, pour remonter à 6,526 en 1882. A douze années d’intervalle, c’est une diminution de 31 pour 100.
Le même fait est constaté aux États-Unis où des statistiques complètes et dignes de foi existent. D’après la Nation de New-York, la proportion des mariages de 21 par 1,000 habitants de 1850 à 1860 dans le Massachusetts, est descendue à 17 pour la période de 1875 à 1885. Les chiffres sont à peu près les mêmes dans le Connecticut. Dans l’Ohio, où la population a augmenté de 37 pour 100, les mariages se sont accrus de 26 seulement. On se marie de moins en moins dans les classes aisées et les ménages ont moins d’enfants qu’ autrefois. Une révolution sociale semble ainsi s’opérer dans les idées américaines, par suite des changements dans l'ordre économique. Les dépenses ont augmenté plus vite que les revenus; il n’y a plus équilibre entre les «barges du père de famille et son gain. C’est donc la même chose qu’en France.
CÉLIBAT
Dépopulation. C’est l’effet le plus direct^ patent et affligeant du célibat croissant. Elle est devenue si générale et si évidente, en France, qu’elle préoccupe et alarme justement tous les patriotes prévoyants, soucieux de l’avenir du pays. Cette question est ainsi mise à l’ordre du jour dans les Académies et les Congrès comme une calamité publique, un fléau dévastateur ou une épidémie. Elle est dénoncée par les savants comme une épouvantable plaie sociale, en en recherchant les causes et les moyens de répression, pour agir sur l’opinion et les pouvoirs publics, chargés d’y mettre un terme.
Dans son ensemble, la population française n’augmente plus que de 2,3 pour 1,000 individus par an, tandis (jue cette proportion s’élevait à 6,92 chaque année au commencement du siècle. Elle n’est plus que de 2.42 aujourd’hui, y compris l’immigration, car l’excédent des naissances sur les décès est seulement de 1,65, alors qu’il s’élève à 15 pour 100 en Angleterre et à 13 en Prusse. La population française qui représentait le quart de celle de toute l’Europe, à la fin du xviiF siècle, n’en est plus que le septième actuellement. Nous en étions le second peuple comme nombre, nous n’en sommes plus que le quatrième. (Rochard.)
La cause principale en est évidemment dans la diminution croissante des naissances, car la mortalité, de 27,82 pour 1,000 en 1801, est tombée à 22,34 actuellement, c’est-à-dire inférieure à celle de la plupart des États de l’Europe. La durée de la vie moyenne, de 28 ans avant la Révolution, s’élève au
DANGERS
jourd’hui à 37, en raison même de la faible proportion des enfants. De 4,62 par ménage au commencement du siècle, la proportion en est réduite à 3. La tolérance croissante des unions irrégulières, le libertinage, la prostitution, par le célibat prolongé ou définitif en résultant, en sont certainement les principaux facteurs avec la stérilisation volontaire de beaucoup d’unions légitimes.
La population de 26 départements français a diminué, d’après M, Lagneau, de 648,027 habitants en 45 ans, de 1836 à 1881. Si, à l’exception du Lot-et-Garonne, cette diminution est due à l’émigration, soit des ruraux vers les villes d’autres départements, soit aux colonies ou à l’étranger, elle n’en est pas moins préjudiciable à son accroissement. A Paris notamment, où les ruraux adultes affluent, les naissances pour 1,000 femmes de 15 à 50 ans ne sont que de 89, au lieu de 102 en France. Et cette faible proportion de la natalité y est encore atténuée par l’illégitimité de ces naissances, s'élevant à 47,4 au lieu de 18 sur 1,000 en général, et la mortalité beaucoup plus élevée qui s’ensuit. Elle est en effet plus de deux fois supérieure à la mortalité des garçons jusqu’à l’âge de l’appel au service militaire, soit 740 à 743 au lieu de 332 à 346 pour 1,000 ailleurs. La mortalité générale y est également plus élevée de 3,7 par 1.000. L’immigration des célibataires ruraux des deux sexes dans la capitale est ainsi une cause puissante de dépopulation.
A part le groupe normand et celui du bassin de la Garonne, comptant 7 départements, où cette diminu-
176 CÉLIBAT
tion est due exclusivement à la faiblesse de la natalité; il y a 29 départements où, malgré l’excédent des décès sur les naissances, il n’y a pas de diminution appréciable. Or, cette différence ne peut être due qu’à la stérilisation volontaire et au célibat croissant. Î1 en résulte ainsi une immigration considérable d’étrangers venant remplir les vides, lesquels, en se chargeant à meilleur marché des travaux les plus pénibles et les moins rétribués, emportent une partie du revenu de la France.
Les causes de ces grands phénomènes sociaux sont sans doute multiples. Ils ont succédé trop immédiatement à la Révolution française pour ne pas tenir directement aux lois qui en sont issues, comme le partage égal des biens entre les enfants et la division infinie de la propriété. La possibilité de jouir de sa fortune à 21 ans, le droit de se marier à 2o et toutes les raisons des mariages tardifs y contribuent aussi et bien d’autres. Mais il est bien évident que le célibat protégé légalement des militaires, des religieux et des prostituées, et la fréquence de la syphilis en résultant en sont les plus directes et immédiates.
Suicide. Dès qu’il ne se justifie pas par un surcroît d’activité morale ou intellectuelle, utilement dépensé, le célibat des gens du monde est non moins dangereux à l’individu qu’à la société. En raison même des passions violentes qui le provoquent et en sont l’aliment ordinaire, de la démoralisation profonde et des maladies graves en résultant, il conduit
DANGERS
fatalement au crime, au suicide ou à la folie; l’oisiveté, l’ennui et la solitude engendrant le dégoût de la vie, sinon la débauche, Tivrognerie ou le jeu qui raccompagnent. Le nombre proportionnel des célibataires de tout âge, parmi les accusés et condamnés en France pour crimes et délits de 1828 à 1857, a varié de 5o à 60 pour 100, dit Descuret. Les morts subites constatées à Paris pendant vingt-cinq ans lui ont également montré une plus grande proportion au suicide que chez les mariés. De ses recherches sur ce sujet spécial, Brière de Boismont conclut aussi que le célibat et le veuvage favorisent la fréquence du suicide.
Il a été constaté, notamment en Angleterre, c[ue le plus grand nombre de ceux qui se détruisaient par ennui de la vie étaient célibataires. Contre l’hérédité même du suicide, on peut donc conseiller le mariage. Le lien du mariage attache plus fortement à la vie, tout en la rendant souvent plus agitée et pénible; il occupe plus activement l’esprit et le cœur par les affections qu’il développe et entretient. La vie de famille rend les époux plus robustes, rangés, moraux et surtout moins égoïstes. Si l’amour, comme toutes les passions, est un auxiliaire qui détermine parfois le suicide en provoquant une funeste exaltation de l’esprit, il peut aussi y rétablir l’équilibre. Tout dépend de sa nature et de l’objet qui l’inspire. En voici un exemple emprünté au docteur Falret.
Une fille de 14 ans conçoit un ennui inexprimable en quittant son pays pour les besoins de son éducation. Elle est triste et imagine bientôt le projet
CÉLIBAT
de se noyer. Tous les accidents se dissipent pendant son retour à la campagne lors des vacances; mais le penchant au suicide reparaît avec plus de force en revenant à Paris. Elle tente bientôt de s’empoisonner. La perte de son père à 16 ans et la présence de sa mère met un terme à ses maux, mais ayant perdu celle-ci à 18 ans, elle renouvelle sa tentative de suicide. Elle cherche ensuite à s’étrangler et, malgré tous les secours et les consolations de la religion, elle a le plus grand désir de mourir.
Heureusement, l’amour s’insinua dans le cœur de cette infortunée. Ce sentiment l’anima d’une nouvelle existence et lui fit trouver à 23 ans, dans l’affection de son mari et les caresses des enfants, une douce compensation à l’amertume des premières années de sa jeunesse. (De Vhypocondrie et du suicide).
Les progrès de cette maladie morale de la destruction de soi-même, constatés par un total de 7,572 suicides en France en 1884, ont des causes si multiples et variées, comme la misère, l’alcoolisme, la folie, le crime, l’hérédité, le désespoir, qu’il est bien difficile d’en distinguer précisément celle du célibat. Les preuves en sont ainsi renvoyées à Célibataires. Bertillon père a démontré statistiquement la fréquence, plus élevée du suicide parmi les célibataires que chez les mariés; mais son maximum est parmi les veufs et surtout les divorcés, en raison même de leurs chagrins et de leur cerveau détraqué. -Après les avoir rendus insupportables en ménage, il les porte d’autant plus au suicide dans l’isolement, ajoute son fils. Le célibat en serait donc une cause positive, malgré
DANGERS
le silence de la slalistiqae de 1884 à cet égard; elle signale seulement plus de 800 jeunes gens de IG à 21 ans et 100 enfants s’étant ainsi tués volontairement.
Une mortalité précoce ^hâtive et supérieure, prouvée par les statistiques de tous les temps et dans les différents pays, atteint de la sorte les célibataires des deux sexes pour axeentuer les effets déplorables de leur état. La démonstration de ce fait, en les concernant spécialement, sera donc mieux placée à la seconde partie, pour leur montrer tous les risques et les dangers qu’ils encourent.
Quant au péril vénérien, de tous ces effets ordinaires le plus commun, constant et redoutable, surtout pour ceux qui ont recours à la prostitution ou s’y livrent, il ne saurait figurer ici en ne s’appliquant pas au vrai célibat, mais exclusivement à ses violateurs. Par leur exonération indispensable, les hommes ont surtout a le redouter. D’où la nécessité d’en indiquer les manifestations, les plus suspectes et inquiétantes, afin que les intéressés sachent à qnoi s’en tenir. Elles sont dès lors renvoyées à VEygtène comme s’y adaptant mieux et pour ne pas faire double emploi.
lèô
CÉLIBAT