‹ Célibat et célibatairesChapitre 4 sur 103 · AVANTAGES, INCONVÉNIENTS, DANGERS · texte numérisé non relu

AVANTAGES, INCONVÉNIENTS, DANGERS

Dès que le célibat ne déplaît pas ou ne pèse guère après la première jeunesse, c’est-à-dire de 25 à 28 ans, on rtsque fort de rester dans cet état anormal. C’est le maximum fixé vulgairement pour le mariage des filles, coiffant ainsi sainte Catherine. Quelle

EFFETS

que soit la raison ou la cause qui l’a provoqué et entretenu jusque-là , elle augmente généralement et s’accentue davantage sous son influence, à mesure qu’jl persiste. D’où le danger de le faire durer plus longtemps. On s’y habitue insensiblement et l’on se familiarise même avec les défauts, les passions ou les vices qui l’ont déterminé. Ils exercent un empire croissant toujours plus intense et dominateur par leur action délétère ; d’autant plus que l’esprit est plus ou moins faible et le caractère indécis. La pensée, la réflexion que le mariage changerait toutes les habitudes prises alors, suffisent à en éloigner.

La tendance au célibat s’accentue surtout chez l’homme après 35 ans. Si l’on a toute la vie pour rester garçon, il n’y a qu’un certain temps pour se marier dans la grande majorité des cas ; les autres mariages ne se font que par surcroît ou accident, il ne s’en réalise plus guère entre célibataires après cet âge, sinon par raison, besoin ou intérêt, les veufs exceptés à qui l’expérience de la nuptialité donne une tendance trois ou quatre fois supérieure aux célibataires du même âge, comme les preuves en sont relatées à la Caractéristique. Le célibat à deux fait aussi exception en cessant par la mort de l’associé. Autrement, il se perpétue comme le mariage ; c’en est le principal danger.

Variables suivant la constitution et le tempérament des individus, les effets du célibat sont contraires, opposés même, selon qu’il est ou non observé. Ils

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sont souvent nuis chez ceux qui vivent maritalement, comme les veufs, les séparés, les divorcés. C’est une exception rare entre célibataires; en raison même de leur état particulier, ils marquent toujours leur Linion d’un trait caractéristique, bizarre ou honteux.

Il est toujours funeste à la société, les amours du célibataire fomentant nécessairement la prostitution ou violant le lit conjugal. Sa fréquence est un signe de démoralisation qui rejaillit sur les mœurs conjugales. « Moins il y a de gens mariés, dit Montesquieu, moins il y a de fidélité dans les mariages. » Les célibataires sont les ennemis des mariés et ne doivent être admis qu’avec discrétion dans leur ménage, pas plus les curés ni les religieux que les civils ni les militaires. Les médecins célibataires et les pasteurs protestants devraient être déclarés impropres à leur profession et cependant il n’en manque pas, surtout parmi les premiers; on dit même qu’ils sont les préférés des dames. Tous les livres obscènes et corrupteurs de la jeunesse sont sortis de la plume des célibataires, d’après Fodéré. Le cynique et infâme célibat des libertins, comme celui des avares et de ceux qui refusent le mariage pour ne pas diminuer leur luxe, abandonner leur indépendance ou leurs commodités, peut être considéré comme une maladie sociale, sporadique et plus ou moins curable.

Il est ainsi essentiellement démoralisateur, surtout dans certaines professions, pour ceux qui l’observent. Ils ne voient ou ne pensent plus qu’à eux pour s’en occuper exclusivement. La passion qui en est souvent le mobile augmente à vue d’œil, dès que le cé-

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libataire est laissé, abandonné à lui-même ; elle devient de plus en plus préjudiciable, et nocive. Le solitaire ne sort bientôt plus de chez lui, tandis que le libertin, le débauché, est toujours dehors; l’ivrogne, le joueur et le paresseux croupissent dans leur vice, dès qu’ils n’ont plus de frein ni d’empêchements à leurs goûts dépravés. Le mariage, au contraire, change la situation. C’est' plus qu’une femme chez soi, il faut prendre un emploi, élever le niveau de ses connaissances, agrandir le cercle de ses affaires pour pourvoir aux besoins du ménage et l’on se crée ainsi de nouveaux devoirs, des relations plus sérieuses. De là ses avantages en faisant cesser la vie de garçon à l’àge voulu.

Plus le célibat se prolonge et plus les naissances illégitimes augmentent. La progression actuelle de l’illégitimité, surtout dans les grandes villes, se trouve ainsi en rapport avec l’habitude croissante des jeunes gens de ne se marier qu’avec une position faite et l’obligation du service militaire prolongé. Sur un total de 60,856 naissances déclarées à Paris en 1881, il y avait 16,222 enfants naturels, soit 266,5 par 1,000 environ, presque le tiers, dont 3,201 ont été reconnus immédiatement. Telle est la proportion énorme habituelle des bâtards dans la capitale.

La chasteté, toujours relative dans les populations humaines, se maintient en Bretagne plus qu’ailleurs, malgré l'intempérance, Tivrognerie qui y règne et les mariages tardifs, à un degré exceptionnel, dans toute cette province. Cette vertu résulte du frein religieux.

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du tempérament calme des Bretons et de la sévérité de l’opinion. A l’exception de deux ou trois autres départements français, on ne trouve nulle part une moyenne aussi faible de naissances illégitimes et ce résultat ressortirait ejicore plus complet à l’honneur des campagnes, si l’on défalquait des villes maritimes comme Brest et Lorient. On trouve seulement 3/10 naissances illégitimes sur 100 dans l’Ille-et-Vilaine, villes comprises; ce qui réduit à très peu la proportion des campagnes, malgré les grandes facilités de chutes qu’elles offrent dans les distances parcourues, l’isolement des fermes ou closerics et de périlleuses cohabitations. •

Si toutes les grandes passions entraînent au célibat, celle du beau comme du laid et du sublime à l’horrible, en troublant l’esprit, en altérant et pervertissant le sens commun, il n’est pas douteux qu’il engendre à son tour les plus détestables penchants à tous les vices et conduit à toutes les folies et les ridicules. 11 se rencontre bien peu de célibataires sages et sensés; chacun a sa passion, sinon un vice, ou du moins sa toquade. On distingue les vieux garçons àce caractère, comme les vieilles lilles à leurs ridicules. Mais, n’empiétons pas ici sur le chapitre des célibataires dont il s’agira plus loin: voyons seulement rintluence du célibat.

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