DIFFÉRENCES ENTRE LES SEXES
Sa différence fondamentale est d’être aussi souvent volontaire, libre, parmi les garçons qu’il est obligé, forcé, chez les filles. La raison en est toute simple. Il dépend essentiellement de la volonté des premiers de chercher et demander la femme de leur choix. Si des prétentions exagérées, un caractère bizarre, une mauvaise réputation, des défauts de corps ou d’esprit les empêchent d’être acceptés, ils restent libres de prendre leçon de ces échecs pour en rabattre de celles-là et faire disparaître ceux-ci en se corrigeant pour se marier. Les incorrigibles sont seuls susceptibles de rester dans ce célibat par cette sélection, cette épreuve naturelle qui tourne ainsi au profit de tous. A ce degré, le mariage ne pourrait faire dispai'aître les défauts qui font empêché ; c’est pourquoi s’accentuent et s’enlaidissent dans l’isolement, au point d’en faire les traits caractéristiques des vieux célibataires.
Des filles très désireuses de se marier, et dignes d’être d’excellentes épouses et les meilleures mères, peuvent, au contraire, ne jamais rencontrer un parti assorti à lem* position, leur éducation, leur instruction, leur âge. Sans idéal, ni parti pris, leur vertu comme leur raison en ne leur permettant pas de s’unir à un homme pour lequel elles n’éprouvent aucune sympathie, elles sont forcées de rester célibat^ taires, en l’absence de toute coquetterie, orgueil, luxe ni vanité. Il suffit qu’elles soient un peu froides et raisonnables, que leur raison domine leur cœur. Elles ne porteront donc pas de vilains défauts dans leur célibat et il ne leur imprimera aucun des ridicules
CÉLIBAT
qu’il donne en vieillissant. Se conformant à leur position et à leur âge, elles ne manquent pas de se créer une position indépendante par leur savoir, leur bon sens, leur activité, en se mêlant à la société sans bég’ueulerie ni fausse pruderie ; mais en se faisant remarquer par leur réserve, une conduite irréprochable, leur capacité. Beaucoup se marient ainsi tardivement.
Devant la natalité supérieure de 6 pour cent des garçons sur celle des lilles, comment expliquer le célibat plus fréquent de celles-ci? A proportion égale des mariés, le contraire devrait exister. La différence de l’age normal du mariage, chez les deux sexes, en rend encore moins compte, en diminuant le célibat des lilles et augmentant celui des garçons. Il faut donc chercher ailleurs les raisons de ce phénomène surprenant.
Un dicton populaire, simple et vrai comme tout ce qui émane de la sagesse des nations, en donne la solution suivante : la femme se passe plus facilement de l’homme qu’il ne se passe d’elle; il a plus besoin d’elle qu’elle de lui. Cette vérité générale se démontre parce qu’il en est souvent l’esclave; mais elle ne saurait s’appliquer à tous les cas, sans être en contradiction flagrante avec l’ordre physiologique établi, qui les a faits réciproquement l’un pour l’autre. Voyons donc plus loin.
La mortalité supérieure des garçons n’y saurait être étrangère ; elle est au contraire l’un des facteurs indis-
différences entre les sexes 1S3 pensables à la solution du problème. Les nombreux dangers inhérents aux travaux des garçons pendant etapièsl apprentissage, le service militaire et la guerre sont autant de causes accidentelles de mort étrangères aux femmes. Pour elles, les conditions les plus redoutables étant dues à la maternité, ne se présentent guère avant le mariage.
A défaut de celte cause pour rendre compte de la prédominance du célibat *s filles, il faut l’attribuer a 1 impossibilité de pouvoir chercher et désigner le mari de leur choix et de le prendre à leur gré La plupart invoquent ainsi de n’avoir pas rencontré un homme convenable ou qui leur plût. Un idéal moral est en effet bien plus souvent recherché des filles que des garçons et plusieurs peuvent bien manquer de le découvrir dans les courtes rencontres ouïes rares entrevues offertes à leur sagacité pour se décider. De là l’affection, la confiance et la fidélité qu elles accordent à l’objet de leur amour.
Le but essentiel de l’homme est, au contraire, la beauté physique avec l’argent, toujours faciles à appiecier. Il est ainsi sensuel, jaloux et passager; il aime surtout avant le mariage et la femme après Les filles trouvant constamment à redire pour refuser ceux qui se présentent, cachent souvent par la des raisons secrètes et le parti pris de ne pas se marier. Cest aux parents à y faire la plus grande attention, en prenant les motifs allégués pour guide de leurs investigations. S’il est permis de former des Fojets enrair de ’IS à 20 ans, une fine vr'fmS 'sposee au mariage devient bientôt plus raison-
CELIBAT
nable et ne manque guère de trouver à se caser. L’argument que le célibat de l’homme est doublement fatal en entraînant celui de la femme manque ainsi de base, car c’est souvent le contraire dans les campagnes où le choix de l’homme est très restreint. D’autant plus qu’une cause analogue existe aussi pour lui: la timidité portée à un degré extrême.
La proportion normale des sexes, en changeant à Paris par rimmigralion des adultes de la province et de l’étrauger, venant y chercher dès l’âge de ans l’instruction, du travail ou des plaisirs, n’a puétablir d’une manière exacte, certaine, ces rapports du célibat entre eux dans le recensement du 18 décembre 1881. Tandis qu’il y avait avant la guerre l,00o hommes pour 1,000 femmes, d’après le dénombrement de 1866, cette proportion était tombée en 1876 à 993 hommes pour 1,000 femmes. En 1881, cette proportion des hommes s’était encore affaiblie à 989, tout en offrant le plus grand nombre de célibataires.
Effet évident de l’Année terrible par les nombreuses victimes fauchées par la guerre, la famine, la nostalgie et le désespoir !
Des 2,239,928 habitants présents, il y avait sur les 1,113,326 hommes, 194,744 garçons au-dessus de 25 ans et sur les 1,126, 602 femmes, 144,849 filles du même âge. C’est donc une moyenne de 175 célibataires environ sur 1,000 hommes, tandis qu’il y en a seulement 128,5 environ parmi les femmes ; le contraire de ce qui s’observe en général. La raison en est que la femme est mariée souvent avant cet âge
DIFFÉRENCES ENTRE LES SEXES 185 et que l’homme ne se marie ordinairement qu’ après.
En fixant le mariage de la femme à 20 ans, selon la coutume, le résultat est opposé. Il y avait à ce moment 229,988 célibataires sur le nombre total de femmes, ce qui donne une proportion de 204 filles célibataires contre 17S garçons seulement. La prédominance ordinaire des filles à l’âge du mariage, aussi bien que d’une manière absolue, est ainsi rétablie. L’augmentation graduelle des garçons Jusqu’au maximum de 22,560 à l’âge de 20 ans et celle des filles arrivant au maximum de 18,374 à 18 ans, montrant la justesse de ce calcul comme l’état normal. C’est seulement à 30 ans que l’un et l’autre sexe s’élève subitement à 60 mille chacun par l'immigration à Paris des célibataires de la province et de l’étranger.
On a évalué au tiers le nombre des filles ne se mariant pas en France. C’est une proportion considérable et probablement exagérée. Beaucoup moins sont inaptes au mariage ; la preuve en est dans les nombreuses filles-mères abandonnées, qui se rencontrent surtout parmi les filles pauvres, sans instruction, les domestiques notamment. Les plus instruites qui, à défaut de dot, ne peuvent se marier, se jettent dans les couvents ou tournent plus mal encore, dans la galanterie, la prostitution ou le concubinage. Ce sont là autant de non-valeurs pour la société et une perte énorme de facultés. Elles seront mises à profit dans l’avenir, du moins en partie, quand l’enseignement primaire, secondaire et professionnel, permettra d’utiliser leurs aptitudes dans
CÉLIBAT
diverses carrières leur donnant une position honorable et rémunérée convenablement.
En raison même de ses fonctions spéciales dans la génération, la fdle vierge observe beaucoup plus facilement le célibat, sauf de rares exceptions tenant n son tempérament, que le garçon. Sa menstruation périodique est pour elle une véritable exonération spontanée des éléments dont l’homme ne peut se debarrasser que par le coït ou artificiellement par l’onanisme. Elle est ainsi protégée contre le prurit qu'ils déterminent. C’est pourquoi les pollutions involontaires des religieux continents ont été assimilées faussement aux règles des filles pour garder la chasteté ; jamais elles ne s’opèrent que sous finllueuce de pensées lubriques ou de rêves libidineux, contraires à la chasteté même. Si c’est là en partie l’explication qui condui tant de jeunes vierges au célibat religieux, rinfluence morbide qu’elles en éprouvent, par les dérangements même de cette fonction, montre que ce sacrifice n'est pas toujours exempt de souffrances inhérentes à cette infraction au vœu de la nature.
La vie religieuse et la prostitution, publique ou clandestine, reçoivent et enrégimentent à leur service la très grande majorité de ces filles. C’est l’antidote de la maternité, et il est permis de se demander si ce célibat féminin n’est pas dirigé surtout contre ce rôle distinctif et éminent de la mère du genre humain. Le fait n’est pas douteux pour les monstres affichant hautement leur aversion pour cette vertu prééminente.
DIFFÉRENCES ENTRE LES SEXES 187 Les filles nerveuses, hystériques, capricieuses, vo- ' lontaires, emportées, fantasques, y sont particulièrement disposées, comme le fait relaté page 76 en est un exemple frappant. La plupart sont heureusement frappées de stérilité d’avance ; indignes d’être mères, elles ne seraient que des marâtres.
L’instruction classique, supérieure et professionnelle, que la République offre et donne à la plupart des jeunes filles, semble devoir encore développer et augmenter ce sentiment antiféminin d’échapper à la maternité. Les études longues et abstraites, en éloignant forcément des travaux du ménage, en habituant à vivre seules et en prolongeant un célibat forcé au-delà de i’àge ordinaire du mariage, ne sont pas faites pour les y rendre plus aptes. L’étude est d’ailleurs incompatible avec la maternité si absorbante elle- même ; elle pousse bien plutôt au célibat, en la faisant mettre au-dessous des travaux de l’esprit à qui n’en connaît pas les bienfaits. On en suppute alors toutes les charges, les devoirs et les souffrances, sans mettre en balance les douceurs et les joies ineffables que l’on ignore.
A l’appui, il est permis d’invoquer le célibat ordinaire et remarqué de la plupart des femmes savantes ou bas-bleus d’il y a un demi-siècle. Les rares institutrices distinguées restaient également célibataires, à moins que, mariées trop jeunes, elles n’eussent été abandonnées et forcées ainsi de se mettre à la tâche pour vivre et élever leurs enfants.
Au lieu de l’art de plaire par les belles manières, la danse, la musique, le chant, enseigné spéciale-
CÉLIBAT
ment aux jeunes filles il y a encore un demi-siècle, on les fait exclusivement travailler aujourd’hui en vue d’obtenir leur certificat d’études primaires, puis le brevet de capacité. La question des Bachelières a même développé la rage du diplôme parmi elles. On ne parle plus que de jeunes filles piochant des examens, préparant des concours, potassant l’histoire naturelle et universelle, la géométrie descriptive ou la chimie organique, voire même l’anatomie et la pathologie pour obtenir le diplôme de doctoresse.
Il y a lieu de s’élever contre cette diplomomanie féminine qui doit reléguer dans le célibat et la stérilité la plupart de celles qui s’y laissent aller. Exiger mille fatigues, mille efforts, mille émotions d’une jeune fille ; surmener son intelligence, son corps et ses nerfs, précisément à l’époque physiologique de sa métamorphose sexuelle, au grave moment où elle se forme, où, dans la gamine encore asexuée, pousse obscurément la femme ; où elle commence à subir les lassitudes, les servitudes que lui impose la nature; où s’opère en elle le mystérieux travail qui doit la rendre propre à l’amour et à la parturition, n’est-ce pas risquer d’entraver dans leur développement des organes d’une exquise délicatesse et par conséquent de compromettre dans l’œuf — c’est le mot — la santé et l’existence même de ceux qui devraient naître ? Courir tant de dangers en frustrant son sexe, pour rendre la femme indépendante de l’homme et son égale, c’est méconnaître son rôle d’amante, d’épouse et de mère. Elle perd tous ses charmes par
DIFFERENCES ENTRE LES SEXES 189 tant de titres et de qualités et son plus grand pouvoir de l’amour sur l’homme. La laisser dans son rôle naturel est donc le plus sûr et le meilleur de lui conserver toute sa puissance et sa domination sur le sexe fort.
D’autres, comme les femmes-médecins, paraissent surtout devoir rencontrer un empêchement au mariage dans leurs longues études et leur profession même. La beauté et les charmes de la jeunesse sont passés chez la femme, lorsqu’elle reçoit son diplôme après avoir pâli et vieilli sur les livres, à l’hôpital, dans les amphithéâtres et les laboratoires. Son esprit positif, sévère et raisonneur, efface tout ce qu’il en peut rester et ne lui permet guère de rechercher l’amour; elle est ainsi plus encouragée au célibat par la liberté et l’indépendance qu’il laisse. Forte d’ellemême et pouvant se suffire, elle n’a nul besoin de se donner un guide et encore moins un maître. Un ami ou un associé pourrait seul lui convenir, et alors ce sera un mariage déraison, tardif ou disproportionné, avec un militaire en retraite ou tout autre célibataire blasé, voulant faire une fin.
Les plus célèbres femmes qui, en Angleterre, se sont occupées de médecine et d’hygiène, comme miss Nightingale, miss Garrett Henderson, miss Florence Hill et d’autres, sont ainsi restées dans le célibat. Émiiie Bovvel-Sturge, docteur en médecine de la Faculté de Paris, médecin du nouvel hôpital des femmes à Londres, a pourtant fait exception en se mariant, sur le tard, à un savant distingué de son pays. Elle vient de mourir à Nice, dont le climat lui
CÉLIBAT
avait été si favorable, après avoir donné de hautes et nombreuses preuves de ses connaissances étendues, de son dévouement et son honorabilité professionnelle (jui l’ont placée à un rang distingué parmi les doctoresses.
11 y a encore à opposer l’exemple des sages-femmes, des actrices et des artistes, dont la majorité reste dans le célibat. Ou dit souvent Madame pour 3îademoiselle, par respect pour leur âge. De notables exceptions se rencontrent pourtant, et ce sont les plus remarquables. Toutes les doctoresses doivent être à cette liauleiir, et leur conduite, leur moralité, justiciables du public, devant être irréprochables, il est inadmissible qu’elles puissent former tontes des unions irrégulières, bâtardes ou le concubinage qui s’observent si souvent chez les premières. Autrement, ce serait l’abaissement de l’art.
Il n’est pas à craindre, sans doute, que la majorité des filles parvienne jamais à un si haut grade. Les épreuves en sont si difficiles que les mieux douées peuvent seules l’obtenir, et le nombre en sera toujours très restreint. L’accès du concours pour l’internat des hôpitaux leur a été ainsi justement ouvert. Une société bien organisée doit donner libre carrière à toutes les aptitudes. Et pour une ou deux élues chaque année, il sera facile de leur faire place dans un service de femmes ou d’enfants, au plus grand bénéfice de la science, des malades et de l’humanité. L’unique danger serait pour elles-mêmes, en prolongeant leur célibat et en les exposant à des mariages tardifs qui ont, comme elles le savent bien.
DIFFÉRENCES ENTRE LES SEXES 191 de graves inconvénienls dont la preuve sera faite à VHygiène.
L’observation réelle du célibat masculin est aussi rare, exceptionnelle, qu’elle est Iréquente dans l’autre sexe. C’est la différence fondamentale entre eux. Au point de vue de la chasteté qui devrait en être la caractéristique, commune à beaucoup de filles vertueuses dans la vie civile aussi bien que religieuse, elle est même impossible, tant l’homme est invariablement asservi à la sécrétion spermatique. 11 en est si tourmenté qu’il est inévitablement obligé de s’en exonérer d’une manière ou de l’autre. Il n’est pas de prêtre, de religieux ni de moine le plus sévère et rigoureux, qui puisse la frustrer ni y résister. Volontaire ou inconsciente, cette fonction physiologique doit s’exécuter fatalement et c’est toujours pour les sens endormis ou éveillés une infraction à la chasteté. Cette vertu est donc impossible à l’homme sans la castration préalable, comme les premiers chrétiens l’avaient éprouvé et jugé. Les plus purs de cœur sont souvent les plus dominés par leurs sens, selon leur tempérament. Prétendre le contraire est de la casuistique catholique, démontrée au Célibat religieux.
S’il y a des hommes vivant sans femmes, au sens vrai et légal du mot célibat, très peu s’en passent sans y être absolument forcés. Ceux qui y renoncent volontairement, par vice ou anaphrodisie,* ne s’en vantent pas; ils s’en défendent, au contraire, pour mieux
CÉLIBAT
cacher leurs perversions ; tandis que ceux qui font publiquement vœu de chasteté sont les premiers à ne pas l’observer. C’est un fait patent et indéniable, rendu trop évident par la prostitution officielle et clandestine. Pour qui serait-elle instituée, sinon au service de tous ces célibataires, jeunes et vieux, comme mesure de sécurité pour les familles? En parlant du célibat masculin, il s’agit donc, sauf quel- (pics exceptions, du pseudo-célibat, car il en a seulement l’apparence.
11 est remarquable, en effet, que les jeunes garçons de la génération actuelle, obéissant à l’influence des doctrines positivistes et matérialistes régnantes, n’ont plus guère recours aux plaisirs innocents d’autrefois. Il y a un demi-siècle, les réunions et les rencontres publiques des deux sexes : jeux, danses et fêtes, étaient en vogue partout, à la ville comme à la campagne, et c’était là, à l’ombre des grands arbres, sur l’herbe et au grand air, qu’ils s’essayaient réciproquement, sous leurs plus beaux atours et avec tous leurs avantages, à faire naître ou fixer l’amour qui les animait. Dès l’àge le plus tendre, filles et garçons apparaissaient au bal sans distinction de rang et s’esbataient, sous l’œil des parents, à montrer tous leurs charmes. La jeunesse pouvait alors facilement apprendre à se connaître, se choisir, s’aimer et s’estimer par ce contact de tous les dimanches, sans rien de furtif ni de dérobé que le secret du cœur émanant des douces confidences et des tendres aveux*.
Aussi les mariages étaient précoces et fréquents, les générations nombreuses. A cet excitant naturel.
DIFFÉRENCES ENTRE LES SEXES 193 la jeunesse ne saurait résister longtemps aux feux de l’aniour qu’il allume sans y céder bientôt. 11 fallait être malade, torpide ou misanthrope, sinon estro- . pié ou difforme, pour rester dans le célibat. Il était ainsi très rare et exceptionnel.
Ces mœurs simples ont disparu. On ne danse plus pour danser librement, même au village, sauf de très rares exceptions, par le plaisir et la gaieté que l’on en éprouve. Le bal des jours de fête a lieu maintenant dans l’ombre de la nuit, sous des tentes, dans des salles ou des jardins fermés à la ville, et toujours à beaux deniers comptant. Garçons etfilles n’y vont plus que dans le but d’y faire... une connaissance; c’est un rendez-vous tacite, convenu, sous-entendu. De là le public spécial qui s’y trouve et le milieu érotique en résultant, par les gestes et les propos libres ou provoquants qui y sont tolérés. Jamais une mère n’y peut conduire sa fille que pour la perdre. Ce sont des écoles de vice, où la prostitution clandestine des deux sexes se produit et se rencontre, quand elle ne s’y apprend pas.
Dans ces conditions des bals publics, où la jeunesse se rencontre, le garçon qui les fréquente est bientôt démoralisé par tous les exemples qui s’y trouvent et les leçons qu’il y reçoit. Initié aux secrets de la prostitution clandestine et ses facilités, il s’y laissera aller dès que les aiguillons génésiques se feront sentir. De là des relations irrégulières, vicieuses, corrompues, adultères, où il apprendra le mal à sa source et souvent en le contractant. Il connaîtra toutes les dépravations de l’amour sans jamais l’avoir
CÉLIBAT
éprouvé et sou cœur sera desséché avant d’avoir aimé. De là ces blasés de la vie n’en ayant pas joui véritablement et qui restent dans le célibat, faute d’avoir connu les douceurs, les charmes et les joies d’une union régulière.
Le jeune homme élevé dans des principes de morale et de religion, ou bien timide, craintif, réservé, pourra fuir ces lieux à leur aspect immonde. Laissé à lui-même, s’il n’a pas la ressource des bals privés ou de société pour donner un libre cours à l’expan^ sion de son âge, il sera tourmenté par des désirs qui le feront recourir à l’onanisme, de crainte des maladies vénériennes ou pour en continuer la fatale habitude. Autrement, il s’adressera à la prostitution publique de préférence, par la sécurité qu’il croit faussement y trouver, d’après la garantie des visites sanitaires officielles. Une foule de garçons vivent ainsi dans un célibat prolongé, sinon définitif, par de mauvaises habitudes, des maladies vénériennes ou le dégoût, pour s’être fourvoyés dès l’origine dans une voie impure et malsaine.
C’est, en effet, un grave reproche à faire aux garçons d’aujourd’hui de s’adresser avec cynisme à la Vénus errante qui leur tend les bras moyennant fi na,nce, comme les plus pauvres, simples et timides, recours directement à la prostitution taxée et numérotée, sans honte ni respect d’eux-mêmes. On voit de jeunes adolescents entrer obscurément dans ces sentines^de la démoralisation, du vice et de la maladie, sans daigner jeter un coup d’œil ni donner un sourire à la jeunesse ouvrière qui fixe leur atten-
DIFFÉRENCES ENTRE LES SEXES 195 tion et ne demande qu’à leur donner son "cœur. Dans l’incertitude d’être agréés, ils passent leur chemin sans chercher à la fréquenter ni la connaître. Ces liaisons amoureuses les effraient ; leur cœur est sec, ils ne savent pas le faire parler. Seuls, leurs sens sont émus, ils n’ont que des désirs de luxure et de concupiscence, et dans leur empressement à les satisfaire à l’heure et au moment voulus, ils préfèrent s’arrêter à la première coureuse qu’ils rencontrent et lui payer leur offrande, sans pouvoir en attendre autre chose que rindifférence et l’oubli, si cè n’est la maladie et la hfonte.
Accoutumés, habitués à vivre de la sorte, ces jeunes gens devenus hommes ne peuvent être qued!îs héros du vice et souvent du crime en vieillissant dans le célibat. Leur vie sensuelle et déréglée, en irritant le centre génital, produit une sorte de priapisme qui les expose à tous les excès. Soumis à leur expérience personnelle de la légèreté et de l’infidélité des femmes, ils n’en veulent prendre que comme servantes ou domestiques, en les choisissant surtout jeunes et libertines. En semant des enfants au hasard sans les reconnaître, ils n’en veulent avoir à aucun prix, comme s’ils avaient horreur d’eux-mêmes, et sont ainsi amenés à devenir complices de l’avortement et de l’infanticide. Les plus lubriques et salaces attaquent même des enfants en se rendant coupables d’attentats ou de viol. >
Tous ces ennemis de la femme finissent généralement par en être tôt ou tard les victimes par de justes représailles. Après avoir passé la plus belle
partie de leur vie à la tromper et l’abuser, sans vouloir se l’associer, ils sont souvent jugés et condamnés publiquement ensemble pour leur crime commun ou forcés de la subir, soit comme servante -maîtresse dans un concubinage honteux, soit en l’épousant de gré ou de force pour expier durement leurs fautes, à l’exemple de Mol 1ère avec la Béjart et de Jean-Jacques Rousseau avec Thérèse. C’est la peine du talion, comme l’égoïste seul et délaissé, l’avare expirant de maux et de misère à côté de son trésor, l’ivrogne avec sa bouteille ou sous le tonneau. Toute passion emporte sa peine et sa maladie, et quiconque a vécu sans aimer n’a pas droit aux regrets.
* il:
Une caractéristique beaucoup plus générale et subtile a été faite entre les deux sexes : la pruderie chez les vieilles filles et une galanterie fardée chez les vieux garçons. Pour se rencontrer encore quelquefois, cette distinction a vieilli comme toutes choses. Elle était vraie surtout dans la bonne société, instruite et policée du xviii® siècle et a persisté, par imitation, dans la bourgeoisie au commencement de celui-ci. Ce trait de mœurs excita si vivement la verve des auteurs contemporains qu’il est presque tombé sous leurs critiques. Au lieu d’ètre la règle, il n’est plus qu’une très rare exception survivant au passé. Démodé tout à fait, il est tombé en désuétude.
En contradiction avec le positivisme régnant, où tout s’exprime crûment et sans périphrase, où « un chat est un chat et Rollet un fripon », ce caractère
DIFFÉRENCES ENTRE LES SEXES 197 diiïtontiel du célibat ne saurait plus être invoqué. Les filles du jour, frisant la quarantaine, ne rougissent plus de parler aussi aisément des enfants et de la manière dont ils se font que les mères de famille ; elles affectent même d’aimer ceux-ci plus qu’elles en s’en occupant très activement. Les demoiselles de 20 à 25 ans, se faisant leurs institutrices ; celles qui étudient la médecine et la chirurgie, même sur l’homme, pour mieux prévenir, abréger leurs souffrances et guérir leurs maladies, offrent un spécimen frappant des mœurs actuelles. Quant aux vieux garçons, ils se font remarquer plutôt par leur cynisme et leur salacité que par leur galanterie.
Une différence plus accentuée semble les distinguer. Dès leur première jeunesse passée, les filles, au lieu de vivre seules et retirées, ont toujours une amie, célibataire comme elles, veuve ou même mariée. Plus âgées, elles deviennent ainsi les commensales d’un ménage.
Au contraire, le vieux garçon, après 35 ans, vit seul et isolé, sinon avec sa famille. Les libertins et les débauchés sont l’exception, en continuant à faire leur société des femmes et des hommes indistinctement selon leur choix. On peut juger par là de leurs habitudes et de leurs mœurs.
La plus dangereuse, lorsqu’ils sont vieux, c’est pour les garçons, d’être toujours sujets à caution, comme les filles à la jalousie. Exemples : le colonel Gouraud faisant à 65 ans ses projets d’avenir sur une enfant de 15 et Sylvie Rogron à 50 ans, en devenant àlouse jusqu’au crime !
CÉLIBAT