IESÜRES PRÉVENTIVES ET RESTRICTIVES
Il paraît bien difficile de restreindre le célibat en France, malgré sa prédominance actuelle. Le respect de la liberté individuelle et la facilité, la rapidité des communications entre tous les peuples civilisés du globe — non plus seulement pour leur commerce et leurs transactions, mais entre leurs habitants même les plus sauvages — s’opposent à toute réglementation de l’état civil des individus. L’émigration et l’immigration réciproques entre les pays les plus éloignés avec l’Europe détient l’extinction de sa population, surtout depuis la conquête de l’immense empire de rinde et l’enfoncement triomphal du mur infranchissable de la Chine avec ses 435 millions d’habitants. Devant ces sources intarissables d’êtres humains et la conquête croissante des peuplades de l’Afrique, l’Amérique, notre principale ressource il y a moins d’un demi-siècle, n’est plus guère qu’une quantité négligeable. L’Europe, qui domine toutes ces differentes parties du monde, n’a donc rien à craindre ni à redouter avec son effectif moindre de population.
Juste et rationnel quant à l’Europe, ce raisonnement de nos législateurs, d’après l’exemple de M. J. Simon, cesse de l’être en s’appliquant à la France en particulier. L’Europe unie n’a plus à redouter l’invasion des barbares, qu’ils viennent du Nord ou du Midi. Elle est actuellement en mesure de repousser tous ses ennemis, de quelque côté qu’ils l’attaquent.
Elle Ta montré en allant ensemble ou séparément les combattre victorieusement sur leur propre terrain. L’exemple des Anglais reculant contre les barbares du Soudan, est une nouvelle preuve que leur intérêt est opposé à cette conquête.
11 en est tout autrement si ses différentes parties indépendantes continuent à se faire la guerre entre elles, pour se disputer la prééminence, comme elles en ont la disposition. trop prononcée depuis les conquêtes allemandes. Par sa situation, la France est ainsi des plus menacées. Sa population, après avoir représenté le quart de celle de l’Europe entière, il y a un siècle, est actuellement réduite au septième. Elle en était le second peuple comme nombre et se trouve descendue au quatrième rang. Tels sont les résultats des fatales guerres des Napoléons, la diminution progressive des naissances, la mortalité considérable des nourrissons et l’augmentation des célibataires, entretenue et encouragée par la prostitution, comme on l’a vu aux Effets.
Dans une situation plus prospère et alors qu’il occupait la plus grande partie du monde connu, l’Empire romain, dans son immensité, se crut obligé d’imposer le mariage à tous ses membres pour sa conservation, comme l’avaient fait avant lui les Républiques florissantes de la Grèce : Athènes, Sparte et Lacédémone, afin de maintenir leur puissance. Outre les guerres à l’extérieur, il yavaitles discordes civiles, les triumvirats, les proscriptions qui entraînaient l’affaiblissement de la cité antique. A Rome en particulier, la race des hommes libres, des vrais
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citoyens, disparaissait peu à peu par les guerres, la stérilité des unions et même les plaisirs. Les esclaves formaient le nombre^ comme la démocratie actuelle, et l’on eût beau les affranchir, les mettre dans le Sénat ou dans l’armée, ils gardaient toujours une àme servile et donnèrent ainsi l’exemple de toutes Jes bassesses sous les empereurs et de toutes les timidités devant les liarbares. Telle fut la principale cause d’affaiblissement de toutes les Républiques anciennes ; juste retour des institutions qui font bon marché de la liberté et de la dignité humaines.
Sans vouloir faire aucune comparaison antinationale, ni établir de rapprochement entre cette situation et celle de la France actuelle, n’y a-t-il pas, dans les causes précitées de sa dépopulation, des éléments aussi défavorables à sa puissance, sa prospérité et son avenir? Sous l’influence du positivisme régnant, chacun vit et agit exclusivement en vue de son bien-être et de son ambition personnelle, au détrimen t de l’intérêt public. Ceux qui ont le devoir immédiat d’y travailler concourent souvent à sa ruine dans leur propre intérêt. On brigue et Ton accepte les fonctions publiques ni par devoir ni dévouement, mais pour en profiter en sacrifiant tout à sa cause et à ses opinions, afin de les faire triompher. Le pays est ainsi engagé, lancé dans des guerves folles, des entreprises ruineuses, pour asseoir le crédit des plus puissants, au mépris des intérêts de la nation. Vivre et jouir est la maxime suprême et favorite du jour, incompatible avec les charges de la famille et les devoirs envers l’État. Rester céliba-
taire longtemps, afin de se marier tard dans les meilleures conditions de fortune ; n’avoir qu’un ou deux enfants, sans la peine de les élever en les envoyant en nourrice où il en meurt plus de la moitié ; voilà le raisonnement égoïste de la généralité.
Que les célibataires s’interrogent bien et portent leur attention sur ce point spécial de leur corps ou leur esprit. Tous ont une passion quelconque qui les empêche de considérer le mariage à son véritable point de vue, dans son but élevé et patriotique de la génération, de la moralité et du dévouement. Qu’ils cherchent à vaincre, par la discussion, les objections soulevées par leurs passion s, dans leur esprit craintif, timoré ou malade, et ils en triompheront. Beaucoup n’ont jamais connu les joies ni les délices de l’union dans toute sa pureté et c’est pourquoi ils fuient le mariage et en ont peur.
Faut-il laisser une complète liberté à cet égard? Les esprits les plus compétents sont divisés pour répondre ; mais l’affirmative est soutenue par la plupart des économistes et des sociahstes modernes. « Que le célibat soit étudié dans ses conséquences économiques, rien de mieux ; mais tant qu’il y aura de quoi satisfaire à tous les besoins sociaux, le mieux est de laisser à chacun liberté pleine et entière, » dit l’un d’eux. « Soumettre les célibataires à une peine, selon Rossi, ce serait punir quelqu’un de ce qu’il ne marche pas quand il n’a pas de jambes. » Cette comparaison suppose faussement que le
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défaut de mariage a toujours un empêchement radical, ce que le progrès de la prostilution et le concubinage démentent hautement.
« Au contraire, ajoute Rossi, si les moyens existent, il y a alors de deux choses l’une ; ou la société est à l’état normal, et il est inutile de prononcer une pénalité pour forcer à une chose que chacun fera de lui-môme dans la limite de ses moyens personnels; ou, s’il y a manque de mariages, de procréations légitimes, cet état révèle un vice social, une gangrène morale dans la société, et ce ne sont pas les lois pénales (jui pourront y porter remède. »
On invoque à l’appui les lois romaines contre les célibataires, n’aboutissant qu’à des destructions déplorables d’enfants ; les lois Juliaet Poppœa, édictées en 7o7 et 762, rendant les célibataires incapables de tous legs et de toute succession , dont le trésor impérial héritait à leur place. En vigueur jusqu’à Justinien, cette législation ne réforma rien ni personne. « En vain l’on tonne en plein Sénat contre les célibataires comme Auguste; en vain l’on décrète contre eux des impôts spéciaux, dit le docteur Monlau, le célibat persiste malgré tout comme un symptôme fatal et pathognomonique de la décadence des empires. » Et si plus tard le mariage et la procréation des enfants légitimes devinrent en honneur, on l’a dû aux progrès de la civilisation et à la réorganisation complète de la société.
Qui ne voit la contradiction même, l’antagonisme de ces doctrines fatalistes du laissez faire, laissezpasser. Si l’amélioration à cet état social démoralisé et
désorganisé, ruineux et décadent, s’est faite ensuite, n’est-ce pas le devoir du législateur d’en étudier, d’en préciser les causes? Il est facile d’invoquer les progrès de la civilisation et la réorganisation de la société ; il faudrait dire en quoi ils consistaient. C’est le mot de l’énigme que personne ne cherche ni ne dit et qu’il est cependant le plus important de trouver, de découvrir. S’il faut attendre fatidiquement du temps seul la manifestation spontanée de ce progrès, l’État peut s’écrouler et la nation disparaître avant qu’il n’arrive, surtout en ne modifiant pas les voies et moyens en vogue.
Telle est la tolérance absolue du célibat, alors que le mariage est réglé et soumis à une législation coûteuse et rigoureuse dans tous ses détails pour en restreindre souvent la réalisation. Il est même encouragé, facilité par la prostitution publique officielle et toutes les formes de la prostitution clandestine, le célibat religieux des deux sexes et son obligation dans le service militaire, par toutes les entraves restrictives mises au mariage. La plus simple réciprocité devrait donc également exiger quelques restrictions au célibat, sans cause apparente ni nécessité. On institue justement le divorce pour la dissolution des ménages désunis, afin de leur permettre de se reconstituer dans de meilleures conditions, et l’on ne fait rien pour régulariser et légaliser les ménages unis dans le concubinage et l’immoralité. N’est-il pas honteux pour l’État et l’Eglise que d’anciens prêtres soient réduits à vivre dans cet état, sans pouvoir se marier comme Français, pour légitimer leurs
enfants, ni être reçus comme tels, à les reconnaître ou les adopter autrement ?
L inégalité entre ces deux états différents, opposés, est donc palpable et choquante. Le mariage — qui protège et soutient la morale, la société et les lois, entretient la santé et prolonge Texistence — est entravé, empêché par les règlements en vigueur; alors que le célibat — source de prostitution, d’adultère, d’illégitimité, de concubinage et tous les crimes en résultant — en est provoqué, entretenu, prolongé. C’est donc absolument le contraire de ce qui devrait avoir lieu. Dans ces conditions, le déficit dans la natalité légitime est inévitable, infaillible. Et pourtant, jamais une population de bâtards n’a été d’un bon exemple; c’est l’immoralité en évidence et la destruction de la famille. Les indications légitimes du célibat prolongé ou indéfini sont assez nombreuses et fréquentes pour lever toutes celles qui fentretiennent induement. En facilitant par là la réalisation légale de beaucoup de mariages, on favorisera la reconnaissance des enfants naturels, et le concubinage sera diminué d’autant. Les bonnes mœurs y gagneront ainsi que la morale publique et la population.
Encouragement au mariage. Les dépenses et les formalités exigées pour le mariage en France sont une cause de concubinage ; d’où l’augmentation des naissances illégitimes, des bâtards. Cet obstacle relativement considérable pour des ouvriers pauvres, parfois sans ressources, les fait même reconnaître
leurs enfants sans se marier. A Paris, où le fait s’obsei-ve surtout, il y . a jusqu’à 28, 29 et 32 reconnaissances de ce genre pour 100 déclarations d’enfants illégitimes dans les arrondissements deReuilly, les Buttes Chaumont et Ménilmontant, comme le docteur Lagneau l’a démontré à l’Académie de médecine le 17 février 1885. Ne devrait-on pas faciliter ces mariages civils, sans frais ni déplacement, lorsqu’ils sont possibles par un accord réciproque ? La moralité de ces unions et de leur famille se rétablirait ainsi sur des bases plus solides ; autrement, c’est l’abjection persistante de la mère et des enfants, la misère et souvent la séparation, comme l’a dit l’abbé Corbière, page 122.
Ces facilités au mariage ne s’entendent guère jusqu’ici que de la diminution ou la suppression des formalités exigées en France pour sa célébration et des frais en résultant. Ce sont des empêchements réels dans certains cas, et il suffirait que les mairies s’entendissent ensemble, en vérifiant l’exactitude des déclarations verbales des parties intéressées sur leur état civil, pour faire disparaître cet obstacle. Le consentement nécessaire des parents s’obtiendrait souvent à aussi bon marché par l’entremise des maires et, avec l’authenticité du timbre de la mairie, une simple lettre par la poste, visée pour timbre, pourrait remplacer tous les actes et les expéditions exigés à la réalisation du mariage. Le célibat en concubinage de nombreuses personnes cesserait ainsi, au bénéfice de la légitimité de leurs enfants.
La moralité de ces ménages n’en sei’a pas amé-
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liorée? objecteront les puristes. C’est une erreur, au moins pour les personnes auxquelles la légalité suffit, en les mettant d’accord avec leur conscience, pour leur donuer force et courage à mieux remplir leurs devoirs. La légitimité acquise des enfants suffirait d’ailleurs à justifier cette réforme et à la faire tenter.
Ces conditions sont d’ailleurs applicables à bien d’autres cas, sans aucune disposition pénale ni mesure coercitive contre ceux qui s’y refusent absolument. Le rétablissement du divorce, en mettant justement fin au concubinage forcé des époux séparés judiciairement, devrait s’étendre à tous ceux qui vivent ainsi dans le désordre et l’immoralité sans pouvoir régulariser leur position ni reconnaître leurs enfants. Tels sont les prêtres défroqués que la chaîne des ordres oblige à vivre en dehors du mariage. Que tous ceux qui le sollicitent soient admis librement, comme les religieux séculiers affranchis de leurs vœux, et aussitôt des milliers de jeunes et vieux s’y présenteront, à l’exemple de l’éloquent abbé Loyson. Délivrés du joug qui pèse sur eux et les enlace, ils formeront les meilleurs citoyens par des ménages exemplaires, et, en légitimant leurs enfants, pourront au moins les faire admettre à recueillir leur succession ; ce que la loi leur refuse dans l’état actuel.
De même des nombreux militaires en exercice, retenus dans le célibat par les difficultés pécuniaires exigées pour la permission ministérielle de leur mariage. Ces grandes armées de célibataires, mainte-
nues par les États, entretiennent des désordres et des scandales iTiséparables du libertinage, de la prostitution, de l’immoralité et du concubinage, sinon de l’adultère. Que de bâtards, semés ici et là au hasard, seraient remplacés par des enfants légitimes, s’il leur eût été permis, au début, de s’attacher une compagne fidèle. Bien des maladies et des journées d hôpital seraient aussi évitées en pareil cas. Trop ue rigueur à ce sujet prive l’armée de plus de bons officiers qn’elle ne lui en conserve.
Le casernement des prostituées et leur inscription officielle les enchaînent encore bien plus fatalement au célibat que leur métier. Cette inscription dépend ordinairement de la jeunesse, l’ignorance et surtout la misère de ces filles, encore plus que de leurs méfaits. Par là, elles sont rivées indéfiniment à rester filles, alors que tant d’autres femmes galantes, de théâtre, de brasserie, se livrant également à la prostitution, et aussi dangereuses qu’elles pour la salubrité publique, se marient quand elles en trouvent l’occasion.
N est-ce pas une injustice flagrante — devant cette égalité du libertinage et du vice, avec le même danger de la syphilis dans le mariage et encore moins de chances pour la génération à venir — que cette inscription flétrissante, cause de tant de searidales et de réclamations, maintenant ses victimes dans le célibat perpétuel? Abolissez donc cette marque infamante ! Elle serait efficacement remplacée par faction de la police s’exerçant uniformément contre les unes et les autres et les punissant également, en cas de
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contravention, de délit onde récidive, üne sur cent se sauverait-elle par ce moyen que ce serait assez pour le justilier. On n’aurait plus à déplorer ces exécutions sommaires envers des créatures humaines, ni à les tenir en maison comme les bêtes fauves dans leurs cages, ou s’il s’agissait d’animaux malfaisants enragés. Quiconque fait de la prostitution, hommes et femmes, doit être également assujetti à ce régime, sans que les filles soumises y soient seules exposées.
En laissant la prostitution libre de s’exercer, aux risques et périls de tous ceux qui s’y livrent, l’administration aurait aussi plus de liberté d’en réprimer les écarts. N’ayant plus la responsabilité suspecte et risquée d’entretènir, protéger et garantir l’innocuité et la salubrité de l’institution immonde, dégoûtante et dégradante, de l’inscription officielle, elle n’aurait plus à distinguer la fille en maison, en cafte, c’est-à-dire enregistrée, de celle qui ne l’est pas. Leurs clients auraient seuls à s’en informer et à prendre leurs précautions. En ne la garantissant plus sous aucune forme — et l’on verra au Faux célibat par prostitution combien cette garantie est vaine et trompeuse — ils se défieraient davantage et seraient plus réservés. Au contraire, les agents agiraient en toute sécurité, sans crainte d’erreur, toujours possible sous le régime actuel, surtout la nuit. Ils auraient à surveiller uniformément leurs actes et à les réprimer également, en cas d’outrage à la morale ou aux bonnes mœurs. Plus de différence entre la prostitution inscrite et clandestine I l’une ne vaut pas mieux que l’autre et ceux qui la fréquentent, l’entretiennent en
la partageant, en profitent ou la soutiennent, méritent d’être traités de même que les prostituées dont ils sont les complices. C’est l’unique moyen de restreindre cette lèpre sociale et le célibat qui en est la conséquence.
Décentralisation. Ce n’est pas assez de faciliter .e mariage en levant tous les obstacles qui peuvent î empêcher; le législateur doit surtout l’encourager par tous les moyens en son pouvoir. Il est d’observation que sa plus grande fréquence est chez les peuples où la richesse est bien répartie et les droits sociaux distribués avec équité, c’est-à-dire proportionnés aux devoirs. De là le proverbe: Où naît le blé, il se fait un mariage. Le célibataire libertin et volontaire se rencontre ainsi plus fréquemment dans les grandes villes que dans les campagnes, où tous ceux qui le peuvent se marient et même ceux qui se laissent guider seulement par l’impulsion naturelle ou l’irréflexion.
Ces indications précises ne suffisent-elles pas à m.ontrer aux gouvernements la marche à suivre pour extirper le cancerdu célibat volontaire ou imposé par la misere ? L’émigration croissante des campagnards vers les grandes villes en est le premier moyen. Si le sol, la culture de la terre, offrait une rémunération suffisante à leurs besoins, ils y resteraient attachés, s y marieraient et y élèveraient leurs familles. Il faut donc encourager, favoriser l’agriculture par le dégrèvement delà terre, en imposant proportionnellement 1 industrie, le commerce et la finance des grands
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centres, qui appellent tous les bras en leur offrant l’appât d’un bénéfice, d’un gain, ou des salaires supérieurs.
Il faut plus encore pour satisfaire les appétits insatialdes et désordonnés de la démocratie actuelle. Emancipée tout à coup par le suffrage universel, conquis de haute lutte avec la bourgeoisie contre la royauté, la noblesse et le clergé, elle prétend partager et profiter comme elle de tous ses droits antérieurs. Sans considérer que la bourgeoisie a acquis le bien-être, l’aisance, même la richesse dont elle jouit et le capital qui fait sa puissance dans l’Etat. j)arde longs siècles de labeurs, de patience, d’ordre et d’économie sans relâche, elle veut lui disputer tous ses biens et ses avantages actuels de par son égalité politique, en lui disant ; Partageons. Ne pouvant y parvenir par le droit, elle essaye de la contrainte et de la force de ses bras, en exigeant des salaires de plus en plus élevés lui permettant de jouir à son gré. Avec ce capital du travail et des salaires de sept à dix francs par jour, la plupart des ouvriers actuels mènent une vie plus facile et plus douce (jue les anciens rentiers de 1848, date de leur émancipation. Les paresseux invoquent même la force brutale, la révolution.
De là l’affluence des ouvriers français et étrangers des deux sexes, par leur immigration dans nos grands centres, où ils forment ces pépinières de célibataires, entretenant la prostitution, la débauche et le vice. La plupart ne travaillent que pour s’amuser et ne songent à s’établir en général qu’à un âge avancé;
tandis que le mariage est de bonne/iheure Tunique avenir du cultivateur et de Touvrier rural. Les émigrants étrangers, souvent repoussés ou expulsés de leur pays, deviennent ainsi une charge pour l’assistance et la charité publiques, au détriment des nationaux pauvres ; car les plus laborieux et vaillants, venus pour amasser un pécule, s’en retournent dès qu’ils ont atteint leur but. Il en est très peu qui restent et se naturalisent. L’augmentation et l’activité de la population des grandes villes se font ainsi au détriment des campagnes, de plus en plus désertes et incultes, et où Ton devrait au, moins retenir et fixer les étrangers.
Enrayer ce mouvement et le diriger en sens contraire, est donc le but qui s’impose en France contre le célibat croissant et la dépopulation qui en résulte. Il suffirait à cet elfet de mettre obstacle à l’entrée facultative de tout ouvrier des campagnes, surtout de * l’étranger, dans nos grandes villes, lorsqu’il est sans ressources, ni connaissances, ni promesse de place ou d’emploi, d’occupation quelconque ou de références. On obligerait ainsi une foule d’imprévoyants ou. de vagabonds à rester à la campagne pour y fournir des bras à l’agriculture, à les y attacher, au lieu d’aller traîner la misère dans les villes dont ils sont la plaie et le danger. Un simple service de police au départ et à l’arrivée suffirait à assurer ces déplacements de fantaisie ou de hasard, sans que la liberté individuelle ait à en souffrir.
Annuler les unions absolument stériles, comme
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celle des pseudo-hermaphrodites, serait encore un moyen de favoriser la génération légitime etl’accroissemeiit de la population. La loi ne doit pas seulement dissoudre par le divorce tous les mariages mal faits ou malheureux; elle devrait annuler de fait tous ceux qui sont contractés dans des conditions contre nature. L’erreur du sexe par des difformités apparentes chez l’homme ou la femme, et s’opposant absolument à la génération, comme il en existe des exemples assez fréquents, devra être à l’avenir une cause de nullité de mariage. Il y a, en effet, erreur manifeste dans la personne, exigée par la loi, lorsque croyant épouser une femme, d’après son acte de naissance, l’homme ne rencontre qu’un être imparfait, du même sexe que lui, comme c’est le cas le plus commun. Des femmes ont aussi trouvé souvent une femme au lieu d’un homme. D’où l’addition proposée par la commission du Sénat à la loi du divorce, que tous ces mariages monstrueux, consacrés par erreur, soient annulés après constatation, sur la demande des intéressés. La proposition en a du moins été faite par la Société de médecine légale, d’après notre intervention, signalée page 91.
Ce n’est pas assez. Il se rencontre aussi dans le mariage des époux bien conformés au physique, mais dont le moral perverti les rend également impropres aux fonctions de la génération. De préférence aux rapports naturels, ils recherchent la sodomie, le saphisme ou d’autres aberrations sexuelles. Des exemples relatés à V Onanisme à deux s’en sont produits devant les tribunaux. A la condamnation
criminelle, s’ensuit sans doute la séparation ou le divorce ; mais la nullité du mariage avec de tels monstres ne serait-elle pas plus justement applicable, d’accord avec la législation précitée ?
On le voit, il ne s’agit de contraindre personne au mariage. Forcer quelqu’un à se marier aujourd’hui en France est certainement irréalisable, impossible ; ce serait iolie d’y penser. Favoriser, encourager celuici, est 1 unique tâche à remplir pour diminuer !e célibat; car s’il prenait le dessus, il mettrait bientôt la société et le pays en péril d’être modifiés, amoindris, diminués. 11 doit donc être prévenu, réprimé, sinon empêché. La diminution de raccroissement de la population se manifeste en France depuis que l’on se marie moins et plus tard qu’il y a un demisiècle ; mais surtout par la décroissance continue et progressive de la natalité. Il faut donc trouver un remède efficace à ces deux plaies béantes; autrement, les flots pressés des Teutons et des Anglo-Saxons déborderont assurément pour faire place à leur trop plein, si des mesures urgentes ne rétablissent l’équilibrede la population française, pour leur tenir tête.
C’est en frappant ceux qui restent dans le célibat, par goût et égoïsme ou des passions honteuses, que l’on atteindra le plus sûrement cette plaie antisociale dans sa source. Une distinction publique, éclatante, doit être établie entre ceux qui se créent de lourdes charges pour être utiles au pays et contribuer à sa puissance et quiconque s’en exonère volontairement pour s’assurer une vie plus commode, tranquille et agréable.
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îJinlerdiction de la recherche de la paternité, édictée dans l’article 340 du Code civil, est évidemment la principale cause du célibat. La liberté de semer des bâtards sous la protection de la loi, sans aucune pénalité, est un modus vivendi trop commode pour les libertins séducteurs d’écliapper au mariage et à la charge des enfants, pour n’y pas sacrifier. Ce sont ordinairement les plus vicieux, sans cœur ni conscience. Combien de filles trompées et abandonnées avec leurs enfants, à la faveur de cet article inique et formel ! Rien ne prévaut contre lui : ni promesse éci’ite de mariage, ni reconnaissance de paternité, si elle n’est authentique et légale. La preuve même d’avoir vécu maritalement avec la mère, de bavoir aidée, entretenue, d’avoir assisté à faccouchcment, payé les mois de nourrice, tout cela est insuffisant si l’homme, même libre, refuse de s’en reconnaître le père, ou si, ne pouvant nier cette paternité, il ne veut pas l’endosser.
Dura lex, sed lex. Les filles le savent bien et ne prennent ainsi aucune précaution, ne demandent, n’exigent ni promesse ni preuves contre leurs séducteurs. Une fois mères, il ne leur reste qu’à souffrir, pleurer, supplier, ou bien c’est le désespoir, sinon la vengeance par le vitriol ou le revolver. Voilà tout ce que le pauvre enfant a à recueillir sur sa naissance, c’est son unique héritage, s’il n’est sacrifié d’avance par l’avortement, l’infanticide, le meurtre.
Malgré ces résultats épouvantables, cette loi a ses défenseurs. Permettre la recherche de la paternité serait la porte ouverte, dit-on, à tous les abus, les
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tentatives de chantage, les procès scandaleux. Celte crainte même ne serait-elle pas aussi le frein le plus salutaire contre les dépravations criminelles des suborneurs, célibataires et mariés ? Les e.xigences des filles les mettraient au moins sur la réserve et lerv inspireraient l’idée et le goût du mariage, en étan pour un certain nombre le seul moyen d’arriver au but. La publicité de ces scandales serait aussi un utile sujet de réflexion pour y penser, comme le charivari fait autrefois dans les campagnes à la fille enceinte. Sans forcer personne au mariage, cette recherche permise serait, par les dommages-intérêts accordés à 1 enfant, une Juste punition du mal commis et la réparation du tort fait à autrui.
En droit même, tout enfant, à moins d’être conçu notoirement dans la prostitution et le vice, a son père putatif dans les campagnes et il doit' en être ainsi dans les villes pour le plus grand nombre. Que de filles pauvres, ignorantes, simples, sont ainsi séduites et subornées par leurs maîtres, patrons ou employés! Quand des preuves de cette paternité existent — et elle est souvent indéniable par la ressemblance des traits et l’hérédité-de certains signes particuliers— la loi devrait en faire profiter l’enfant, sur la demande de la mère, pour lui assurer, à défaut du nom, les moyens d’être élevé, instruit et établi selon sa naissance. Ce droit était reconnu autrefois par les plus illustres dignitaires et souverains en accordant titres et dignités à leurs bâtards que P usieurs ont illustrés. Puisque la prostitution est établie et tolérée, la loi doit au moins rétablir la
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moralité publique en accordant aide et protection aux victimes de leur honneur, surpris et trompé comme elle l’accorde contre la force et la violence. Le gouvernementrépublicain, dont la mission est surtout de réprimer les abus, tracer les devoirs, secourir les faibles et les opprimés, pauvres et ignorants, doit accomplir cette réforme, comme la demande lui en est soumise.
Impôt célibataire. Quiconque se refuse au mariage, sans motif plausible ou patent, ni autre cause avouable que son caprice ou sa libellé, n est évidemment pas dans les mêmes conditions sociales que la personne mariée, père ou mère de famille. Il échappe par là à une foule de charges et de servitudes publiques. Exempt de communauté et d association, il n’en supporte pas les frais. Ne dépendant que de lui-même et de son bon plaisir, il peut à son gré dépenser et jouir d’une fortune mobilière considérable, sans payer le même tribut à l’État que les gens mariés, toujours obligés, l’un pour l’autre et leur progéniture, à des actes conservatoires ou de propriété exigés pour l’avenir et passibles de droits et d’impôts. Les communautés religieuses en sont la démonstration. Ne serait-il pas équitable de le soumettre, en échange, à un certain âge, à un impôt spécial annuel, üxe ou proportionnel à sa fortune ? Le produit pourrait même en être attribué exclusivement à l’élevage des enfants trouves. Il serait sans doute impuissant à atteindre tous les célibataires et inapplicable à d’autres ; mais il serait une marque distincLive pour la plupart, (.elui que
l’égoïsme, l’intérêt ou l’avarice retient dans le célibat aurait du moins ce stimulant pour se corriger.
La privation de l’électorat, à 35 ou 40 ans, avec tous les droits et les privilèges qu’il confère, agirait beaucoup plus directement et efficacement pour rappeler ses devoirs à chacun. Elle serait une obligation, en le menaçant, de s’occuper à contracter mariage, pour satisfaire son ambition aux fonctions dont l’État dispose dans ses institutions de tout ordre, ne fût-ce que celle de maire ou de conseiller municipal dans sa commune. Instituteur, gardechampêtre, facteur rural, ou tout autre poste, obligerait à se marier.
C’est le droit le plus strict et direct à opposer par lÉtat aux devoirs dont le célibataire tend à se dispenser envers lui, en refusant de former une famille, d’élever des enfants pour lui fournir des soldats, des citoyens et des meres de famille. IuQ célibataire manque à tous ces devoirs, en ne s'occupant pas du soin ni du sort des enfants, en refusant de reconnaître meme ses bâtards, lorsqu’il en a. Il ne mérite donc pas de jouir des mêmes droits politiques que ceux qui remplissent ces devoirs sociaux. Il n’y a pas de droit sans devoir corrélatif et quiconque ne remplit pas celui de citoyen est indigne du vote, en n’ayant d’autre intérêt égoïste, dans l’État ou -la commune, que le sien propre.
L’échange serait donc juste. Rien pour rien. L’État n a pas de faveurs à accorder à qui ne veut pas contribuer à ses charges. Il ne résisterait évidem-
ment à cette épreuve que ceux qui y seraient forcés et ceux-ci ne sont en général guère capables d’exercer leurs droits civils. Si ce sont des eunuques, ils n’ont pas les qualités morales pour en faire usage ; pas plus que les égoïstes, les libertins, les paresseux, les joueurs, les ivrognes, et à plus forte raison les avares. Où donc est la base du droit d’électe ur à quiconque ne peut ou ne veut pas se marier et élever des enfants ? Quel emploi dans l’État peuvent-ils remplir utilement et dignement ?...
Un autre avantage de cette épreuve serait de prévenir en partie les mariages tardifs des vieux célibataires repentants, qui, en majorité, forment des unions disproportionnées, outrageant la morale par les mobiles qui y président le plus souvent de part et d’autre : l’intérêt chez les jeunes, la lubricité chez les vieux. En étant un scandale physiologique, ces mariages font encore du mal à 1 État, car ils ne peuvent être ni heureux, ni donner des enfants robustes. Les produits de la vieillesse sont généralement cacochymes, malingres, débiles, faibles ou délicats, lymphatiques, sinon scrofuleux. Ce sont des jeunesvieux, n’ayant ni l’apparence, ni la force vitale des enfants nés dans des conditions normales.
La seule ressource restant en pareil cas, pour réparer les fautes commises et les torts faits par les célibataires, serait d’imiter l’exemple d’un de leurs collègues. C’est l’institution, peut-être unique au monde, de la contre-rosière fondée à Stains, près Saint-Denis (Seine). Par son originalité, elle est bien digne d’un vieux garçon 11 a légué, il y a longtemps
à la commune, une rente annuelle de 400 francs, en faveur d’une fille-mère, à condition qu’elle élèverait son enfant et le garderait jusqu’à seize ans. Victime peut-être de la bâtardise ou de l’abandon, sinon ayant conscience d’avoir laissé des bâtards sans s’en être occupé, il a voulu, dans un louable sentiment de remords, leur être utile après sa mort. C’est un bon acte de repentir du tort commis envers la société l’humanité. Pour faire le bien, mieux vaut encore tard que jamais.
Pûmes aux familles nombreuses. Encourager et récompenser hautement les familles chargées d’enfants par des distinctions, des bourses, des primes et des avantages de toutes sortes pour ceux-ci serait le complément logique et rationnel des mesures précédentes pour relever le chiffre de la natalité qui décroît dans des proportions effrayantes, comme on l’a vu. Entre les divers moyens déjà proposés par les médecins pour arrêter celte pente fatale, celui-ci serait un acte de haute philanthropie politique autant que de justice, sinon de charité, mais surtout un exemple de moralité publique propre à aider efficacement au relèvement de la population.
L exemption du service militaire de l’aîné, des bourses pour ceux qui s’en montrent capable’s, ne suffisent pas, c’est la justice pour tous; l’État devrait en adopter pour en faire ses pupilles.
La cause la plus active de son amoindrissement est, en effet, la restriction volontaire apportée à la procréation. Cette doctrine funeste, érigée en système
CÉLIBAT
dans certaines provinces par la stérilisation préméditée et calculée des unions sexuelles, libres et conjugales, pour les rendre frustres comme Onan, y réduit les naissances légitimas au plus bas chiffre, tandis que les illégitimes s’élèvent au plus haut. Comparant les neuf départements où la natalité est la plus faible, comme en Normandie, et les neuf où elle est la plus forte, conime en Bretagne, le docteur Layet a démontré que le coefficient d’illégitimité est beaucoup plus élevé dans la première que dans la seconde, malgré la pauvreté relative de celle-ci sur celle-là. Affaire de mœurs, de sol, de religion, a-t-on dit; au contraire, le positivisme exagéré du Normand et son extrême prévoyance, sa parcimonie, font toute la différence et le mal. Il retarde toujours à former une famille et l’illégitimité prédominante résulte de son célibat, tandis qu’en se prolongeant davantage chez le Breton, rien de semblable n’en résulte, grâce aux bonnes mœurs entretenues par la religion régnante.
Il faudrait donc développer les tendances à l’expansion colonisatrice dans ces départements où la restriction est en honneur, en offrant de grandes concessions territoriales aux émigrants. L’exemple contagieux des familles restreintes chez les parents n’agirait plus sur les enfants et avec la vie à meilleur marché, le changement d’habitudes et le défaut d’imitation, ce- spectacle navrant et immoral de la stérilisation volontaire pourrait diminuer sinon disparaître en France.
Les mesures fiscales, tendant à restreindre le célibat religieux, sont indiquées à ce mot.