‹ Celles qu'on respecte; comédie en trois actesChapitre 19 sur 24 · RENÉ, HENRI · texte numérisé non relu

RENÉ, HENRI

HENKI.

Bonsoir, mon vieux !

RENÉ

Bonsoir !

HENRI

Je ne suis pas en retard ?

RENÉ

Tu ne l'es pas du tout, il est six heures et demie.

Ça va bien?

RENÉ

Gomme un homme qui vient de se quereller avec sa femme.

Encore ?

RENÉ

Toujours.

HENRI

Ma bergère n'a rien donné.

RENÉ

Qui est-ce ta Bergère?

HENRI

C'est une jument, elle est arrivée troisième ! naturellement ! Tu comprends, c'est une béte qui saigne tout le temps du nez ! aussitôt le départ, crac! ça y est! (Uq temps.) C'est très curieux! je suis en pleine veine ! Buvard n'est pas placé.

RENÉ

Tu as été aux courses aujourd'hui?

Mais... non... heureusement... J'aurais perdu beaucoup.

RENÉ

Eh bien ?

HENRI

J'y suis allé hier, farceur ! et j^ai gagné tout ce que j^ai voulu.

RENÉ

Combien?

HENRI

Quand je dis ce que j'ai voulu, c'est une manière de parler. (Un temps.} Cent cinquante louis.

RENÉ

Eh ! mais, c'est très gentil.

HENRI

Je te crois... Ça met du beurre dans

les épinards, et ils en avaient besoin...

RENÉ

Eh bien, je vais un peu m'amuser comme toi, moi.

HENRI

Allons donc, tu veux suivre les courses?

Absolument.

HENRI

Tu as rudement raison, c^est très intéressant... Et puis nous prendrons la voiture à nous deux, hein?

RENÉ

C'est ça!

HENRI

Est-ce que... Est-ce que ta femme t'accompagnera?

Du tout.

HENRI

Tu es dans le vrai. Entre nous, je parle en général, les femmes c'est très gênant dans ces endroits-là!

RENÉ

C'est très gênant partout!

HENRI

Au fait... comment va madame Mareuil?

RENÉ

Oh! très bien! très bien!

Et la petiote?

RENÉ

Jeannette?

108 CELLES QU'ON RESPECTE HENIil.

Oui.

RENÉ

Voilà deux jours qu'elle ne cesse de pleurer.

HENKI.

Elle a mal aux dents?

RENÉ

Non... Elle a une institutrice anglaise.

HENRI

Déjà! pas possible?

RENÉ

Oui, à dix-huit mois! Crois-tu que c'est assez grotesque! hein? Tu comprends, comme cette femme ne sait pas un traître mot de français, chaque fois qu'elle parle à cette pauvre enfant, elle

lui fait une peur bleue. Mais que veuxtu, ma femme a des amies qui ont des anglaises, elle s'est crue forcée d'en prendre une aussi.... c'est adorable!...

(Un temps.) N'importe, nous allons nous en payer des petites fêtes, mon vieux, tous les deux!...

HENRI

Gomment ça?

RENÉ, après un silence.

Un moineau qu'on attrape et qu'on fourre dans une cage doit rudement s'ennuyer, hein?

HENRI

Je n'en sais rien.

RENÉ

Mais si on le lâche par hasard, ou s'il

parvient à se sauver, c'est seulement à ce moment-là qu'il commence à connaître ce que vaut la liberté, ne trouvestu pas?

^ HENRI

Quoi? qu'est-ce qui te prend? Qu'estce que tu me chantes là : La cage? la liberté? le moineau?

RENÉ

La cage : c'est cet appartement; le moineau, je te le présente, le voilà!

HENRI

Ah! ça, t'expliqueras-tu? Je n'y suis plus du tout, moi?

C'est pourtant facile à comprendre, j'ai l'honneur de t'annoncer que je vais divorcer.

CELLES QU'ON RESPECTE 201 HENRI, se levant vivement.

Hein?

RENÉ

Parbleu! J'étais sûr que tu n'en reviendrais pas.

HENRI

Tu... tu... tu dis que tu vas divorcer?

RENÉ

Parfaitement!

HENRI

Eh bien, mon vieil ami, tu ne vas pas faire ça!

RENÉ

Mais...

HENRI

Tu ne vas pas faire ça, m'entends-tu?

Ah ! non ! ça, c'est le bouquet par exemple.

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