CELEBRITE 42M
ans... Oïl se connaît, nous deux, et faut pas m'en conter...
— Justement, gémit le vieux. J'ai que toi d'ami... Alors, tu me défendras, mon Bigot... Sans ça...
— Sûr, dit Bigot, nulle part tu trouveras à être payé pour ne rien faire, et qu'on te garde malgré que tu sois sale et soiffard comme personne.
Le vieux s'arrêta pour larmoyer.
— Je suis un pauv' vieux 1 Faut pas qu'on oublie ça ! C'est-y ma faute si j'ai pas le cœur à faire toilette et si^ de temps en temps, y me faut une goutte pour me remonter?...
— Tais-toi donc, tu cours après tout le monde pour te faire payer à boire. Tu ne fiches plus rien... Tu as des ardoises partout...
— C'est vrai. J'sais plus par où passer pour venir à l'atelier. Si tu crois que c'est une'vie, acheva le vieux, tragique.
Ils étaient arrivés à la porte du bureau. Bigot frappa et fit entrer le père Leroul qui, voûté, tremblotant, les yeux baissés, semblait prêt à défaillir. A sa stupeur, la voix qui l'interpella fut l)ienveillante.
— Eh bien, le voilà donc, notre brave père Leroul !
Le vieux leva les yeux. Le patron, personnage autoritaire et qu'il n'avait jamais vu que sévère, avait un sourire cordial.
— Je vous ai prié de venir pour vous féliciter, mon brave... Vous savez bien pourquoi?
Dans son désarroi, le père Leroul crut à une raillerie.
— Je suis un pauv' vieux... commeuça-t-il.
— Vous semblez surpris, continuait le patron. Je vois que vous n'avez pas encore lu le journal ce matin... Vous avez un parent, Maurice Leroul? Il est aviateur?
— Oui, dit le vieux. C'est mon petit-fils...
— Eh bien, lisez le journal que voici. Vous verrez ses exploits. C'est admirable... Et je suis fier d'avoir chez moi son parent, très fier. C'est un honneur pour tout l'atelier... J'ai tenu à vous le dire... Une poignée de main, père Leroul, et permettez-moi...
Dans la poignée de main, le père Leroul reçut un billet plié. Il balbutia quelques mots et fut emmené par Bigot.
— Hein, mon vieux, tu ne t'attendais pas à ça 1 dit celui-ci. J'ai voulu te laisser la surprise.