CHAPITRE II
Des ornements des colonnes.
Après avoir traité des différents genres des colonnes et de ce qui leur a donné naissance, il pe sera pas hors de propos de parler de leurs ornements , et de faire voir quelle a été leur origine. Dans tous les édifices, les parties de dessus sont faites de charpenterie, à laquelle on donne divers noms, selon les différents usages qu’elle a. Le poitruil est ce que l’on met sur les colonnes, sur les paédroits et sur les pilastres ; les solives et les ais sont pour les planchers. Aux toits, si l'espace est fort grand, on met sous le faîtage le columen, d’où les colonnes ont pris leur nom; on y met aussi des entraits et des contre-fiches. Mais si l’espace n’est que médiocre, le poincon descend avec les forces jusqu’au droit de l’enfablement : sur les forces on met les pannes, et enfin les chevrons , qui sont sous les tuiles, et quiavancent aussi loin qu’il faut pour protéger les murailles. C'est ainsi que chaque chose dans les édifices doit être mise par ordre en sa place, selon son espèce; et c’est à l’imitation de cet assemblage de plusieurs pièces de bois dont les charpentiers font les maisons ordinaires, que les architectes ont inventé la disposition de toutes les parties qui composent les grands bâtiments de pierre et de marbre. La manière que les ouvriers ont suivie de tout temps est qu'ayant posé sur les murs leurs poutres de telle sorte que du dedans du mur elles passaient jusqu’au dehors, ils remplissaient de maçonnerie les espaces
quorum symmetriæ sunt in novarum scalpturarum translatæ subtilitatem.
De ornamentis columnarum (eorumque origine.)
Quoniam autem de genéribus columnarum origines et inventiones supra sunt scriptæ, non alienum mihi videtur iisdem rationibus de ornamentis eorum, quemadmodum sunt prognata et quibus principiis et originibus inventa, dicere, {n ædificiis omnibus insuper collocatur materiatio Yariis vocabulis nominata : ea autem uti in nominationibus ita in re varias habet utilitates. Trabes enim supra columnas et paraslaticas et antas ponunlur : in contignationibus tigna et axes : sub tectis, si majora spatia sunt, columen in sumimo fastigio culminis, unde et columnæ dicuntur, et transtra et capreoli; si commoda, columen et cantherii prominentes ad extremam subgrundationem. Supra cantherios templa, deinde insuper sub tegulas asseres ita prominentes, uti parieles projecturis eorum tegantur. Ita unaquæque res et locum et genus et ordinem proprium tuetur , e quibus rebus et a materiatura fabrili in lapideis et marmoreis ædium sacrarum ædificationibus artifices dispositiones eorum scalpturis sunt imitali, et cas inventiones persequendas putaverunt. Ideo quod antiqui fabri quodam in loco ædificantes, eum ita ab interioribus parietibus
qui sont entre chaque poutre pour soutenir la corniche et le toit, qu’ils embellissaient de cequ'il y a de plus délicat dans leur art; ensuite le bout des poutres, qui sortait hors du mur, était coupé à plomb; et parce que cela leur semblait avoir mauvaise grâce, ils clouaient sur ces bouts de poutres coupées de petits ais taillés comme nous voyons les triglyphes, et ils les couvraient de cire bleue, pour cacher ces coupures qui offensaient la vue ; et c’est de cette couverture de bouts de poutres qu'est venue la disposition des triglyphes, des opes, et des intervalles qui sont entre les poutres dans les ouvrages doriques. Quelques-uns ensuite, en d’autres édifices, ont laissé sortir au-dessus des triglyphes les bouts des forces, et les ont repliés ; et de même que la disposition des poutres a conduit à l'invention des triglyphes, les saillies des forces ont aussi donné lieu à la disposition des mutules qui soutiennent les corniches; et assez souvent, dans des ouvrages de pierre et de marbre , ces mutules sont taillés en penchant, pour représenter la pente des forces qui doivent être ainsi nécessairement pour faire écouler les eaux. Il est done constant que l'invention des triglyphes et des mutules dans l’ordre dorique est venue de ces imitations, et non point, comme quelques-uns l'ont cru mal à propos, de ce que les triglyphes représentent des fenêtres; car on met des triglyphes dans les encoignures et sur le milieu des colonnes, tous endroits où il ne peut y avoir de fenêtres. Si, en effet, l’on pratiquait des ouvertures aux angles , il ne pourrait point y avoir de liaison dans la construction ; et si les endroits où sont les triglyphes étaient l'emplacement des fenêtres, on
ad extremas parles Ligna prominentia habuissent collocata, inter ligna struxerunt, supraque coronas et fastigia venustiore specie fabrilibus operibus ornaverunt : tum projecturas tignorum, quantum eminebant, ad lineam et perpendiculum parietum præsecuerunt : quæ species cum invenusta iis visa esset, labellas ita formatas, uti nunc fiunt triglyphi, contra tignorum præcisiones in fronte fixerunt, et eas cera cœrulea depinxerunt, uti præcisiones tignorum tectæ non offenderent visum. Ita divisiones tignorum tectæ triglyphorum dispositione intertigninm et opam haberein Doricis operibus cæperunt. Postea alii in aliis operibus ad perpendiculum triglyphorum cantherios prominentes projecerunt, eorumque projecturas simaverunt. Ex eo, uti e tignorum dispositionibus triglyphi, ita e cantheriorum projecturis mutulorum sub coronis ratio est inventa. Ita fere in operibus lapideis et marmoreis mutuli inclinati scalpturis deformantur, quod imitatio est cantherioram : etenim necessario propter stillicidia proelinati collocantur. Ergo et triglyphorum et mutulorum in Doricis operibus ratio ex ea imitatione inventa est. Non enim, quemadmodum nonnulli errantes dixerunt fenestrarum imagines esse iglyphos, ita potest esse : quod in angulis contraque tLetrantes columnerum triglyphi constituuntur; quibus in locis omnino nog patitur res fenestras fieri. Dissolvuntur enim angulorum in ædificiis juncturæ , si in his fuerint fenestra-
pourrait dire, par la même raison, que les denticules de l’ordre ionique sont les ouvertures des — fenêtres; car les espaces qui sont entre les denti-
… cules, aussi bien que ceux qui sontentre les tri-
glyphes, sont appelés méfopes (1), parce que les Grecs appellent opes (2) ces espaces où les poutres sont logées, qui est ce que nous appelons columbaria (3) ; et c’est pour cela que l’espace qui est entre les deux opes a été appelé métope. De même que dans l’ordre dorique les triglyphes et les mutules ont été inventés pour imiter ce qui se pratique dans les bâtiments de charpenterie, les mutules représentant les bouts des forces, ainsi dans l’ordre ionique on a mis des denticules pour représenter la saillie du bout des chevrons. C’est pourquoi , dans les édifices des Grecs, jamais on n'a mis de denticules au-dessous des mutules, parce que les chevrons ne peuvent pas être sous les forces ; et c’est une grande faute que ce qui, dans la vérité de la construction, doit être posé sur des forces et sur des pannes , soit mis dessous dans la représentation. Par cette même raison, les anciens n’ont point voulu non plus mettre aux frontons des mutules ni des denticules; ils n'y ont placé que des corniches simples, parce que ni les forces niles chevrons ne sont pas du même sens que les pontons , du long desquels ces pièces de bois ne peuvent pas sortir; mais seulement au droit de l’égout vers lequel ils se penchent. Enfin ils n’ont pas cru pouvoir avec raison faire dans la représentation ce qui ne se fait point dans Ja vérité, parce qu'ils ont fondé toutes:les parti-
(1) Entre les opes. — (2) Cavernes. — (3) Trous de boulins de colombier,
rum lumina relicta : etiamque ubi nunc triglyphi constituuntur, si ibi luminum spatia fuisse judicabuntur, iisdem rationibus denticuli in Jonicis fenestrarum occupavisse loca videbuntur. Utraque enim, et inter dentieulos et inter triglyphos, quæ sunt intervalla metopæ nominan{tur : ôxàc enim Græci fignorum cubilia et asserum appellant, uti nostriea cava columbaria : ita quod inler duas opas est intertignium, id metopa est apud eos nominatum. Ita uti ante in Doricis triglyphorum et mutulorum est inventa ratio, item in Jonicis denticulorum constitutio propriam in operibns habet rationem : et queimadmodum mutuli catheriorum projecturæ ferunt imagi-
“ nem, sicin onicis denticuli ex projecturis asserum habent
imifalionem. Itaque in græcis operibus nemo sub mutulo | denticulos constituit : non enim possunt subtus cantherios | asseres esse. Quod ergo supra cantherios et Lempla in ve- N ritate debet esse collocatum, id in imaginibus si infra constitutum fuerit, mendosam habebit operis rationem. “ Eliamque antiqui non probaverunt neque instituerunt, in W fastigiis denticulos fieri sed puras coronas : ideo quod nec cantherii nec asseres contra fastigiorum frontes distri- À buuntur, nec possunt prominere, sed ad stillicidia pro- | clinati collocantur. Ita quod non potest in veritale fieri,
id non putaverunt in imaginibus factum posse cerlam ra- ! tionem habere. Omnia enim certa proprietate et a veris naturæ deductis moribus traduxerunt in operum perfec-
VITRUVE
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cularités de leurs ouvrages sur la nature des choses , et ils n’ont approuvé que ce qu'ils pouvaient soutenir et expliquer par des raisons certaines et véritables. C’est d’après ces règles qu’ils ont établi dans chaque ordre les proportions qu’ils nous ont laissées , ainsi que je l’ai expliqué et que je continuerai de l’expliquer en peu de paroles pour l'ordre dorique, comme j'ai déjà fait pour les ordres ionique et corinthien.