LIBER SEXTUS
PrϾfatio.
Aristippus philosophus Socraticus, naufragio cum ejectus ad Rhodiensium littus animadvertisset geometrica schemata descripta , exclamavisse ad comiles ila dicilur : Bene speremus! hominum enim vestigia video : statimque in oppidum Rhodum contendit, elrecta gymnasium devenit, ibique de philosophia disputans muneribus est donatus, ut non tantum se ornaret, sed etiam eis, qui una fuerant, et vestitum et celera, quæ opus essent ad victum, præstaret. Cum autem ejus comites in patriam reverli voluissent, interrogarentque eum, quidnam vellet domum renunciari, tune ita mandavit dicere : ejusmodi possessiones el viatica liberis oportere parari, quæ eliam
DE L’ARCHITECTURE, LIV. VI. ; ui
jour de faire naufrage, ces biens pussent en quelque sorte nager avec eux et les suivre à terre, parce qu’il avait reconnu que l’on ne devait compter dans la vie que sur ce qui n’est point assu— jetti aux chances de la fortune, au renversement des républiques, et aux malheurs de la guerre. Théophraste, qui était aussi de cet avis, conseil- ‘lait de se fier plutôt sur la science que sur les richesses ; et il disait qu'entre tous les hommes, il n’y a que ceux qui sont savants qui ne soient point étrangers hors de leur pays; qui, après avoir perdu leurs amis, trouvent encore des personnes qui les aiment ; qui se puissent dire citoyens de toutes les villes, et qui, dans les dangers les plus terribles, soient toujours à l'abri du mai et audessus de la crainte : au lieu que celui qui se fie sur sa fortune, et croit être ainsi à couvert de toutes sortes d'accidents fâcheux , reconnaît enfin que, faute d'instruction, le cours de sa vie se fait dans un chemin peu solide, et où il est impossible de ne pas tomber. Epicure n'avait pas d’autres sentiments, quand il disait que ce que l'on peut attendre de la fortune est peu de chose pour le sage, qui ne doit fonder ses espérances que sur la grandeur et sur la force de son esprit. Beaucoup d’autres philosophes ont dit la même chose : les poëtes même, comme Eucrate, Chionide, Aristophane, l'ont fait dire sur le théâtre, dans les anciennes comédies; Alexis, entreautres, dit que les Athéniens méritent beaucoup de louanges pour avoir corrigé cette loi commune dans toute la Grèce, qui oblige les enfants de nourrir leurs pères, en ordonnant que ceux-là seulement y seraient contraints, dont les parents auraient eu soin de les faire instruire; car si la fortune nous fait quelque bien, elle peut
e naufragio una possent enatare. Namque ea vera præsidia sunt vitæ, quibus neque fortunæ tempestas iniqua neque publicarum rerum mutatio neque belli vastatio potest nocere. Non minus eam sententiam augendo Theophrastus, hortandos doctos potius esse quam pecuniæ conlidentes, ïla ponit : doctum ex omnibus solum neque in alienis locis peregrinum neque amissis familiaribus et necessariis inopem amicorum, sed in omni civitate esse civem, difficilesque fortunæ sine timore posse despicere casus; at qui non doctrinarum sed felicitatis præsidüs putaret se esse vallatum, labidis itineribus vadentem non stabili sed infirma conflictari vita. Epicurus vero non dissimiliter ait, pauca sapientibus fortunam tribuere; quæ autem maxima et necessaria sunt, animi mentisque cogitationibus gubernari. Hæc ita esse plures philosophi dixerunt. Non minus poetæ ; qui antiquas comœædias græce scripserunt , easdem sententias versibus in scena pronunciaverunt, ut Eucrates, Chionides, Aristophanes, maxime etiam cum his Alexis, qui Athenienses ait ideo oportere laudari, quod omnium Græcorum leges cogunt parentes ali a liberis, Atheniensium non omnes, nisi eos, qui liberos artibus erudissent. Omnia enim mupera a fortuna cum dantur, ab ea facillime adimuntur ; disciplinæ vero conjunctæ cum animis nullo tempore
nous l’ôter en peu d’instants; au lieu que les sciences que nous avons acquises étant comme attachées à nos âmes, leur possession nous est tellement assurée que nous ne la saurions jamais perdre qu'avec la vie. C’est pourquoi je reconnais que j'ai beaucoup de grâce à rendre à mes parents, qui, étant persuadés de la justice de cette loi des Athéniens, m'ont fait étudier un art qui demande beaucoup de connaissances, et qui comprend comme en un cercle toutes les sciences. Grâce au soin qu’ils ont pris de me faire instruire dans toutes les choses qui appartiennent aux belles-lettres et aux arts libéraux, et grâce au plaisir que j’ai pris à la lecture des bons livres, j'ai enrichi mon esprit jusqu’au point d’être parfaitement content, et de ne manquer de rien, ce qui est la véritable richesse. Je sais bien qu’une grande partie du monde estime que la principale sagesse est celle qui nous rend capables d’amasser des richesses, et qu’il s’est trouvé des gens qui ont été assez heureux pour acquérir des biens et de la réputation tout ensemble. Mais quant à moi, je puis assurer que les richesses ne sont point le but que je me suis proposé dans mes études, ayant toujours moins aimé l'argent que l'estime et la bonne réputation. Si la renommée a fait très-peu de chose pour moi jusqu’à présent, j'espère que mes livres me rendront assez recommandable pour qu’il n’en soit pas de même dans la postérité. Au reste, je ne m'étonne pas que mon nom soit aussi peu connu qu'il l’est. Les autres mettent tous leurs soins à briguer les grands emplois, et moi j'ai appris de mes maîtres qu’il faut qu'un architecte attende qu’on le prie de prendre la conduite d’unouvrage, et qu'il ne peut sans rougir faire une demande
deficiunt, sed permanent stabiliter ad sammum exitum vitæ. Itaque ego maximas infiniftasque parentibus ago atque habeo gratias, quod Atheniensium legem probantes me arte erudiendum curaverunt, et ea, quæ non potest esse probata sine literaltura encyclioque doctrinarum omnium disciplina. Cum ergo et parentum cura et præceptorum doctrinis auctas haberem copias disciplinarum, philologis et philotechnis rebus commentariorumque scripturis me delectans, eas possessiones animo paravi, e quibus bæc est fructuum summa : nullam plus habendi esse necessitatem , eamque esse proprietatem divitiarum maxime, nihil desiderare. Sed forte nonnulli hæc levia judicantes putant, eos esse tantum sapientes, qui pecunia sunt copiosi. Itaque plerique ad id propositum contendentes audacia adhibita cum divitiis etiam notiliam sunt conseculi. Ego autem, Cæsar, non ad pecuniam parandam ex arte dedi studium, sed potius Lenuitatem eum bona fama, quam abundantiam cum infamia sequendam probavi ; ideo notities parum est assecuta : sed tamen his voluminibus editis, ut spero, posteris etiam ero notus. Neque est miIrandum, quid ita pluribus sim ignotus. Ceteri architecti rogant et ambiunt, ut architectentur; mihi autem à præceptoribus est traditum, rogatum non rogantem oporteré suscipere curam; quod ingenuus color movetur pudore,,