VITRUVE
qui le fait paraître intéressé , puisqu'on sait qu’on ne sollicite pas les gens pour leur faire du bien, mais pour en recevoir. Que doit, en effet, penser celui que l’on prie de donner son bien pour être employé à une grande dépense, sinon que celui qui le demande espère y faire un grand profit, au préjudice de celui à qui il le demande? Aussi demandait-on autrefois, avant d'employer un architecte , quelle était sa naissance, et s’il avait été honnêtement élevé; et l’on se fiait davantage à celui dans lequel on reconnaissait de la modestie, qu’à ceux qui voulaient paraître fort capables. La coutume de ce temps-là était aussi que les architectes n’instruisaient que leurs enfants et leurs parents, ou ceux qu’ils croyaient capables d'acquérir les grandes connaissances qui sont nécessaires à un architecte, et de la fidélité desquels ils pouvaient répondre. Mais quand je considère qu’aujourd’huiunesciencesinobleet si importante est traitée par des gens qui ignorent non-seulement les règles de l'architecture, mais même celles delamaconnerie, jetrouve que c'estavec beaucoup de raison que ceux qui font bâtir prennent le soin de conduire eux-mêmes les travaux, et qu'ils aiment mieux, s’il faut que ces travaux soient conduits par des ignorants, que du moins ils le soient selon leur fantaisie, puisque ce sont eux qui en font la dépense. Aussi ne voit-on point que des personnes de condition s'amusent à surveiller l'exécution d’autres ouvrages que des bâtiments, parce que, si l'on peut se fier assez sur la capacité des ouvriers que l’on emploie à faire des souliers , des draps de laine, ou telles autres choses qui sont assez aisées, on reconnaît tous les jours que ceux qui font profession de l’architec-
petendo rem suspiciosam. Nam beneficium dantes non accipientes ambiuntur. Quid enim putemus suspicari, qui rogetur de patrimonio sumptus faciendos committere gratiæ petentis, nisi quod prædæ compendiique ejus causa judicet faciendum? Itaque majores primum a genere probatis opera tradebant arclitectis; deinde quærebant, si honeste essent educati, ingenuo pudori nou audaciæ protervitatis committendum judicantes. Ipsi autem artifices non erudiebant nisi suos liberos aut cognatos, et eos viros bonos instituebant, quibus tantarum rerum fidei pecuniæ sine dubitatione permitterentur. Cum autem animadverto ab indoctis et imperitis tantæ disciplinæ magnitudinem jactari, et ab his, qui non modo archilecturæ sed omnino ne fabricæ quidem notitiam habent; non possum non laudare patres familias eos, qui literaturæ fiducia confirmati per se ædificantes ita judicant, si imperitis sit committendum, ipsos potius digniores esse ad suam voluntatem quam ad alienam pecuniæ consumere summam. Jtaque nemo artem ullam aliam copatur domi facere, uti sutrinam vel fullonicam aut ex ceteris quæ sunt faciliores, nisi architecturam; ideo quod qui profitentur, non arte vera sed falsoïnominantur architecti. Quas ob res corpus architecturæ rationesque ejus putavi diligentissime couscribendas, opinans id munus omnibus gentibus non ingratum futurum. Jgitur quoniam
ture n’y entendent souvent que fort peu de chose. Ce sont ces raisons qui m’ont porté à composer un traité complet d’architecture, où toutes les règles soient posées avec une grande exactitude ; et j'ose me flatter que cet ouvrage sera accueilli favorablement par beaucoup de monde. Ayant done enseigné dans lé cinquième livre les règles qu'il faut suivre dans la construction des édifices publics, je vais expliquer dans celui-ci quelles doivent être les proportions des maisons particulières.