‹ Celse, Vitruve, Censorin (œuvres complètes), FrontinChapitre 148 sur 265 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

place. Mais, dans toutes leurs compositions, ils imitaient la nature, et rendaient les objets tels qu'ils sont naturellement. Cependant, par je ne sais quel caprice, on ne suit plus cette règle, que les anciens s'étaient prescrite, de prendre toujours pour modèle de leurs peintures les choses comme elles sont dans la vérité ; car on ne peint à présent sur les murailles que des monstres extravagants , au lieu de choses véritables et régulières. On met pour colonnes des roseaux qui soutiennent un enfortillement de tiges de plantes cannelées, avec leurs feuillages refendus et tournés en manière de volutes ; on faitdeschandeliere qui portent de petits châteaux , desquels, comme si c'étaient des racines, il sort quantité de branches délicates, sur lesquelles des figures sont assises; en d’autres endroits, ces branches aboutissent à des fleurs dont on fait sortir des demi-figures, les unes avec des visages d'hommes , {es autres avec destètes d'animaux; toutes choses qui ne sont point, qui ne peuvent être et qui n’ont jamais été. Toutefois, ces:nouvelles fantaisies prévalent tellement aujourd'hui, qu'il ne se trouve presque personne qui soit capable de découvrir ce qu'il y a de bon dans les arts, et qui en puisse juger sainement. Car quelle apparence y at-il que des roseaux soutiennent un toit, qu'un chandelier porte des châteaux , et que les faibles branches qui sortent du faîte de ces châteaux portent les figures qui y sont comme à cheval? enfin, que de leurs racines, de leurs tiges , et de leursfleurs, il puisse naître des moitiés de figures? Personne pourtant ne reprend ces impertinents mensonges ; mais on s’y plaît, sans prendre garde si ce sont des choses qui soient possibles ou non; tant les esprits sont peu capables de connaître ce qui,

lacra, seu fabularum dispositas explicationes, non minus Trojanas pugnas seu Ulyssis errationes,..,.… per topia, ceteraque quæ sunt eorum similibus rationibus ab rerum natura procreata. Sed hæc, quæ [a veteribus] ex veris rebus exempla sumebantur, nune iniquis moribus improbantur. Nam pinguntur tectoriis monstra polius quam ex rebus finitis imagines certæ : pro columnis enim statuun. tur calami, pro fastigiis harpaginetuli striati cum crispis foliis et volutis teneris, item candelabra ædicularum sustinentia figuras, supra fastigia earum surgentes ex radicibus cum volutis coliculi teneri plures habentes in se sine ratione sedentia sigilla, non minus etiam ex colicnlis flores dimidiata habentes ex se exeuntia sigilla alia humanis alia bestiarum capitibus [similia]. Hæc autem nec sunt nec fieri possunt nec fuerunt. Ergo ita novi mores coegerunt, uti inertia mali judicis conniverent artium virtutes. Quemadmodum enim potest calamus vere sustinere tectum aut candelabrum [ædiculas et} ornamenta fastigii, seu coliculus tam tenuis et mollis sustinere sedens sigillum , aut de radicibns et coliculis ex parte flores dimidiataque sigilla procreare? At hæc falsa videntes homines nor reprehendunt, sed delectantur, neque animadvertunt si quid eorum fieri potest nec ne. Judiciis autem infirmis

dans les ouvrages, mérite l'approbation des hommes. Pour mai, je crois que l’on ne doit point estimer la peinture si elle ne représente la vérité ; car ce n'est pas assez que les choses soient bien peintes, il faut aussi que le dessin soit raisonnable, etqu'il ne s’y trouve rien qui choquele bon sens. Autrefois, dans la ville de Tralles et dans un petit théâtre appelé par les habitants Ecclesiasterium (1), Apaturius, Alabandin, peignit une scène dans laquelle, au lieu de colonnes, il représenta des statues de centaures qui soutenaient des architraves, des toits en rond, des dômes, des frontons avec de grandes saillies, des corniches avec des têtes de lion, enfin toutes les choses qui appartiennent à un toit. Cependant sur tout cela il peignit encore un second ordre, au-dessus duquel il y avait d’autres dômes, des porches, des faîtes que l’on ne voyait qu'à demi, et différents objets qui font partie des toits des édifices. Tout l'aspect de cette scène paraissait fort beau , à cause de l’art avec lequel le peintre avait ménagé les différentes teintes, pour faire valoir les saillies; de facon qu'il semblait que cette architecture eût, en effet, toutes ses saillies en relief. On était près de lui donner de grands éloges, quand le mathématicien Licinius se présenta, et dit qu’à la vérité les Alabandins étaient estimés fort grands politiques ; mais qu’une petite inconvenance avait fait grand tort à l'opinion que l’on avait de leur jugement, en ce que les statues qui sont dans le lieu de leurs exercices représentent des avocats plaidant des causes, et que celles qui sont dans l'auditoire représentent des personnes s’exerçant à la course et jouant au palet et à la paume ; et que cette faute d’avoir ainsi mis les choses hors de leur place avait fait

()Lieu d'assemblée.

obscuratæ mentes non valent probare quod potest esse cum auctoritate et ratione decoris. Neque enim picturæ probari debent, quæ non sunt similes veritali; nec si factæ sunt elegantes ab arte, ideo de his statim debet recte judicari, nisi argumentationis certas habuerint rationes sine offensionibus explicatas. Etenim etiam Tral- Jibus cum Apaturius Alabandeus eleganti manu finxisset scenam in minuseulo theatro, quod éxxinotactéproy apud eos vocitatur, in eaque fecisset columnas, signa, Centauros sustinentes epistylia, tholorum rotunda tecta, fastigiorum prominentes versuras , Coronasque capitibus leoninis ornatas, quæ omnia stillicidiorum e tectis habent rationem ; præterea supra eam nihilominus episcenium, in quo tholi, pronai, semifastigia , omnisque tecti varins picturis fuerat ornatus : itaque cum aspectus ejus scenæ propter asperitatem eblandiretur omnium visus, et jam id opus probare fuissent parati, tum Licinius mathematicus prodiit et ait : Alabandeos satis acutos ad omnes res civiles haberi: sed propter non magnum vitium indecentiæ insipientes eos esse judicalos, quod in gymnasio eorum quæ sunt statuæ omnes sunt causas agentes, in foro autem discos tenentes aut currentes seu pila ludentes : ita inde- <ens inter locoruim proprietates status signorum publice

VITRUVE

| que Licinius püût ressusciter, ponr nous reprendre]

tort à la réputation de toute la ville. Prenons donefit bien garde, dit-il ensuite, que la peinture d’Apaturiusne nous fasse passer pour des Alabandins Je ou pour des Abdéritains; car qui est-ce qui a jamais vu des maisons et des colonnes posées sur

qui représente une chose qui ne peut être, notre! ville est en danger d’être mise au nombre de celles dont les habitants, pour avoir commis de semblables fautes, ont été réputés manquer tout à fait d'esprit et de jugement? Apaturius, n’osant rien répondre à cette critique, fit ôter son tableau,f y corrigea ce qui était contre la vérité et contre} la raison, et mérita par ces changements l’approbation générale. Nous aurions grand besoin},

hors de propos de dire ici d'où vient que cettel fausse manière de peindre l’a emporté sur la bonne. En voici, je pense, la raison. Les anciens ne recherchaient et n’estimaient que le talent de

sait, par exemple, que les anciens épargnaient le} minium, comme étant une drogue fort rare, el à présent on en couvre des murailles tout entiè-r res ; on emploie avec la même profusion la chryso: colle, la couleur de pourpre et celle d'azur. Les peintures qui sont faites avec ces couleurs . quoi que sans art, ne laissent pas d’avoir beaucoup«

civitati vitium existimationis adjecit. Videamus item nl ve Apaturii scena efficiat et nos Alabandeos aut AbderitasA Quis enim vestrum domos supra tegularum tecta potesth habere aut columnas seu fastigiorum explicaliones ? H enim supra contignationes ponuntur, non supra tegularumh tecla. Si erso quæ non possunt in veritale rationem ei bere facti, in picturis probaverimus, accedemus et n0 his civitatibus, quæ propter hæc vitia insipientes sun judicatæ. Itaque Apaturius contra respondere non est au= sus, sed sustulit scenam, et ad rationem verilatis com mufalam postea correctam approbavit. Utinam dii im mortales fecissent, ut Licinius revivisceret, et corrigeretk hanc amentiam tectoriorumque errantia instituta! Sedh quare vincat veritatem ratio falsa, non erit alienum ex# ponere. Quod enim antiqui insumentes laborem et indus-# triam probare contendebant artibus, id nunc coloribus eb eorum eleganti specie conseqnuntur ; et quam subtilitash artificis adjiciebat operibus auctoritatem, nunc dominicu sl sumplus efficit ne desideretur. Quis enim antiquoru non uti medicamento minio parce videtur usus esse? À nunc passim plerumque toti parietes inducuntur : accedit | huc chrysocolla, ostrum, armenium. Hæc vero cum in ‘ ducuntur, etsi non ab arte sunt posita, fulgentes tamen!

d'éclat; mais elles sont si chères, que les lois ont ordonné qu'elles ne soient point fournies par les intres, mais par ceux qui les font travailler. J’ai donné cet avis pour tâcher de prévenir les fautes que l’on peut commettre en faisant les enduits. J'enseignerai maintenant la manière de préparer les matériaux pour faire le stuc; et omme j'ai déjà parlé de la chaux, je vais à préent parler du marbre.

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