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CHAPITRE 111 (sect. 24, ou ch. 1v

Deseaux chaudes, et de la nature de plusieurs fontaines, fleuves et lacs.

Il y a des sources chaudes dont l’eau paraît si bonne à boire, que celle qui se puise à la fontaine des Camænes, ou à la fontaine Martienne, n’est pas meilleure. Or voici comment la chaleur se communique aux eaux. Lorsque le feu s’allume sous terre dans l’alun, le bitume ou le sou-

profluere, Afrique campi, qui sunt in meridianis partibus subjecti solis cursui, latentes penitus habeant humores, nec fontes crebros amnesque raros, relinquitur uti multo meliora inveniantur capita fontium, quæ ad septentrionem aquilonemve spectant, nisi si inciderint in sulphurosum locum aut aluminosum seu bituminosum ; tuncenim permutantur, et aut calidæ aquæ aut frigidæ odore malo et sapore perfundunt fontes. Neque enim calidæ aquæ est ulla proprietas; sed frigida aqua cum incidit percurrens in ardentem locum effervescit, et percalefacta egreditur per venas extra terram: ideo diulius non potest permanere, sed brevi spatio fit frigida. Namque si naturaliter esset cali@a, non refrigerarelur calor ejus. Sapor autem et odor et color ejus non restituitur, quod intinctus et commixtus est propter paturæ raritatem.

capur ut (a sect. 24. vulgo Caput 1v).

De aquis calidis et de variorum fontium, fluminum lacuumque natura.

Sunt autem etiam nonnulli fontes calidi, ex quibus profluit aqua sapore optimo, quæ in potione ita est suavis, uti nec fontinalis ab Camænis nec Marcia saliens desideretur. Hæc autem à natura perficiuntur bis ralionibus. Cum inimo per alumen aut bitumen seu sulphurignis excitatur,

fre, cette chaleur se répand tout alentour, et la terre s’échauffe à un tel point qu'il en sort une vapeur très-brûlante , en sorte que les fontaines d’eau douce qui sont au-dessus s’échauffent dans leurs conduits souterrains, sans que leur goût soit aucunement changé. D'un autre côté, il y a des sources d’eau froide dont l’odeur et le goût sout désagréables, parce qu'ayant passé sous terre par quelques-uns de ces terrains brülants, elles coulent encore longtemps cachées, et ne sortent de terre qu'après avoir perdu toute leur chaleur ; mais leur goût, leur odeur et leur couleur ont conservé ce qu'elles ont contracté de mauvais : telles sont les eaux appelées A/bule, près de Tivoli, celles de la fontaine qui est auprès d’Ardée, et d’autres fontaines semblables, où les eaux froides ont une odeur sulfureuse. Mais ces eaux froides bouillonnent comme si elles étaient chaudes, parce que, lorsqu'elles passent bien avant sous terre dans un lieu brü- Jant, le combat qui se fait à la rencontre du feu et de l’eau cause un fracas dont il s'élève avec beaucoup d’impétuosité quantité de vents , qui, après avoir été retenus, sortent enfin à plusieurs reprises, et produisent ce bouillonnement. Il arrive aussi que les eaux resserrées dans les espaces qui sont entre les rochers ou dans quelques autres conduits étroits, et qui sont poussées par la violence de ces vents, s'élèvent souvent jusqu’au sommet de quelques montagnes; et ceux qui croient que la première source de ces fontaines est aussi élevée que ces terres, reconnaissent qu'ils se sont trompés, lorsqu'ils y font inutilement creuser de larges puits. Il en est de même lorsqu'on met près du feu un pot qui n’est pas plein jusqu'au bord, mais seulement jusqu'aux

ardore percandefacifterram, quæ est [circase ] : supra se autem fervidum emiltit in superiora loca vaporem, et ita si qui in his locis qui sunt supra, fontes dulcis aquæ naseunlur, offensi eo vapore effervescunt inter venas, el ita profluunt incorrupto sapore. Sunt etiam odore et sapore non bono frigidi fontes , qui ab inferioribus locis penitus orti, per loca ardenlia transeunt , et ab his per longum spatium terræ percurrentes, refrigerati perveniunt supra terram, sapore odore coloreque corrupto, nti in Tiburtina via flumen Albula et in Ardealino fontes frigidi eodem odore , qui sulphurati dicuntur, et reliquis locis similibus. Hi autem cum sint frigidi, ideo videntur aspectu fervere, qnod cum in ardentem locum alte penilus inciderunt, humore et igni inter se cougruentibus, offensi vehementi fragore Yalidos in se recipiunt spiritus, el ila inflali vi venti coacti, bullieutes crebro per fontes egrediuntur. Ex his autem qui non sunt aperli, sed a saxis [auf alia vi] conlinentur, per angustas venas vehementia spiritus extruduutur ad summos grumorum tumulos. Itaque qui putant tanta se allitudine qua sunt grumi capita fontium posse habere, cum aperiunt foseuras latius, decipiuntur. Namque uti æneum vas non in summis labris plenum , sel aquæ mensuram suæ capacitalis habens e tribus duas partes , operculumque in eo collocatum, cum ignis vehementi fervore

deux tiers : si on le ferme avec son couvercle, l'eau, qui est naturellement capable de raréfaction, s’enflera en s’échauffant, et non-seulement s'élèvera jusqu’à emplir le vase, mais sera même portée par les esprits jusque par-dessus le couvercle; mais si l’on ôte le couvercle, l’eau retournera à sa première hauteur, parce que ce qui causait cette enflure dans l’eau se perd dans l'air, lorsqu'une grande ouverture Jui en donne la liberté. C’est ainsi que les fontaines qui sontresserrées se poussent et s'élèvent très-haut par lebouillonnement que cause le vent enfermé dans l’eau; etsitôt queles conduits sontélargis, ces vents, s'échappant par les pores qui sont dans toutes les choses liquides, les laissent s’affaisser et reprendre leur équilibre naturel. Or toutes les fontaines chaudes ont une vertu médicinale, parce qu’après avoir été échauffées et comme cuites par les minéraux qu'elles traversent, elles ont une nouvelle force et des qualités particulières , que n’a pas l'eau commune. Ainsi les eaux sulfureuses sont bonnes aux maladies des nerfs, qu’elles fortifient en les échauffant et en consumant les mauvaises humeurs; les alumineuses guérissent les corps affaiblis par la paralysie, ou par quelque autre maladie pareille, en combattant l’intempérie froide des parties attaquées par une chaleur qui les remet en leur état naturel, et en les fomentant continuellement après s'être insinuées dans les pores qu'elles ont ouverts. Les bitumineuses, lorsqu'on en boit, chassent par la purgation les maladies des parties internes. Il y a des eaux froides qui sont nitreuses, comme auprès de Penna, dans le pays des Vestins, à Cutilies et ailleurs; on en boit pour se purger, et pour fondre les écrouelles. Quantité de sour-

tangatur, percalefieri cogit aquam. Ea autem propter naturalem raritatem in se recipiens fervoris validam inflationem, non modo implet vas , sed spiritus extollens operculum et crescens abundat : sublato autem operculo, emissis inflationibus inaëre patenti, rursusad suum locum residet. Ad eundem modum | ea | capita fontium, cum sunt angustiis Compressa, ruunt in summo spiritus aquæ bullitus : simul autem latins sun aperti, exanimati per raritatem liquidæ potestatis resident et restituuntur in libramenli { sui] proprietatem. Omnis autem aqua calida ideo quidem est medicamentosa, quod in pravis rebus percocta aliam virtutem recipit ad usum. Namque sulphurosi fontes nervorum labores refciunt percalefaciendo exurendoque caloribus e corporibus humores vitiosos : aluminosi autem, cum dissoluta membra corporum paralysi aut aliqua vi morbi receperunt, fovendo per patentes venas refrigeralionem contraria caloris vi reficiunt, et [ex] hoc continenter restituuntur in antiquam membrorum curationem. Bituminosi autem interioris corporis vitia potionibus purgando solent mederi. Est autem aquæ frigidæ genus nitrosum , nti Pinnæ Vestinæ, Cutiliis aliisque locis similibus ; quod potionibus depurgat, per alvumque transeundo etiam strumarnm minuit tumores. Ubi vero aurum, argentum, Prrum, æs, plumbum reliquæque res earum similes

ces sortent des mines d’or, d'argent, de fer, de cuivre, de plomb, et d’autres métaux; mais elles sont fort mauvaises, et ont des, qualités entièrement opposées à celles des eaux chaudes qui viennent des endroits où il y a du soufre, de l’alun ou du bitume : car lorsqu'on a bu de ces eaux et qu’elles ont passé par les veines dans le corps, elles endurcissent et enflent les nerfs; ce qui cause aux pieds et aux mains une grande faiblesse ; en sorte que les parties dont les nerfs sont ainsi enflés et raccoureis deviennent sujettes à la goutte et aux autres maladies des parties nerveuses, parce que les porosités du corps sont abreuvées par des humeurs crues, épaisses et froides. Il y a une autre eau qui n’est pas fort claire, et à la surface de laquelle surnage une espèce d’écume ou de fleurs couleur de verre rouge. On en voit de pareille principalement auprès d’Athènes; des canaux la conduisent dans la ville même et près du port de Pirée, où elle fait des jets d'eau; mais on n’en boit point; ons’en sert pour laver et pour quelques autres usages ; et la crainte que l’on a qu’elle ne nuise, fait que l'on ne boit que de l’eau de puits. Les Trézéniens ne peuvent pas faire de même, car ils n’ont d’autre eau que celle de Cibdele; aussi ont-ils presque tous la goutte aux pieds. Au contraire, le fleuve Cydnus, qui passe dans la viile de Tarse, en Cilicie, a cette propriété que ceux qui s’y lavent les jambes sont soulagés des douleurs de goutte. 11se trouve encore plusieurs autres espèces d’eau qui ont différentes propriétés, comme le fleuve Himère en Sicile, lequel, après être sorti de sa source, se divise en deux bras, dont l’un, qui descend vers le mont Etna, est d’une eau bonne

fodiuntur, fontes inveniuntur copiosi ; sed hi maxime sunt viliosi : habeni enim vitia [contraria] aquæ calidæ, [quam] sulphur, alumen, bitumen [emittit; qui] eædemque per potiones cum in corpus ineunt et per venas permanandonervosattingunt etartus, eos durant inflando : igitur nervi inflatione turgentes ex longitudine contrahuntur, et ila aut neuricos aut podagricos efficinnt homines, ideo quod ex durissimis et spissioribus frigidissimisque rebus intinctas habent venarum raritates. Aqueæe autem species est, quæ cum habeat non satis perlucidas venas, spuma uti flos natat in summo, colore similis vitri purpurei. Hæe maxime consideratur Athenis; ibi enim ex ejusmodi locis et fontibus in Asty et ad portum Piræeum ducti sunt salientes , e quibus bibit nemo propter eam causam, sed lavationibus et reliquis rebusutuntur : bibunt autem ex puteis, et ita vitant eorum vilia. Træzene non potest id vitari, quod omnino aliud genus aquæ non reperitur nisi quod Cibdeli habent ; itaque in ea civitale aut omnes.aut maxima ex parte sunt pedibus vitiosi. Ciliciæ vero civilate Tarso flumen est nomine Cydnos, in quo podagrici crura macerantes levantur dolore. Sunt autem et alia multa gencra, quæ suas habent proprietates, utiin Sicilia flumen est Himeras, quod a fonte cum est progressum , dividitur in duas partes; quæ pars profuit contra Hetruriam, quod per terræ dulcem succum percurrit, est

VITRUVE

à boire parce qu’il passe sur une terre douce, et dont l’autre, qui coule sur une terre d’où l’on tire du sel, a son eau extrêmement salée. Dans les champs Parætoniens, par où l’on va au temple de Jupiter Ammon, et de Casiumen Égypte, on rencontre des lacs marécageux qui sont si salés que le sel y surnage congelé. Il ya encoreen beaucoup d’autres lieux des fontaines, des fleuves et des lacs qui sont salés, à cause des mines de sel par lesquelles ils passent. D’autres, qui coulent à travers des veines de terre onctueuse, paraissent être mêlés d’huile : tel est le fleuve Liparis, qui passe à Soli, ville de Cilicie; ceux qui y nagent ou qui s’y baiguent sortent de l’eau tout huilés. Il y a un lac, en Éthiopie, qui produit le même effet; et dans les Indes ils’en voit un autre qui jette une grande abondance d’huile quand le ciel est serein. A Carthage, on voit une fontaine sur laquelle il nage aussi de l’huile qui a l'odeur de la raclure de citron, et donton a coutume d’oindre le bétail. À Zacynthe, et près de Dyrrachium et d’Apollonie, il y a des sources qui jettent parmi l’eau une grande quantité de poix. À Babylone il se trouve un très-grand lac appelé limné Asphaltis (1), sur lequel il nage un bitume liquide, que Sémiramis'employa pour joindre les briques dont elle bâtit les murailles de la ville. Il y a aussi en Syrie près de Joppé, et dans la partie de l'Arabie qui est voisine de l'Afrique, des lacs fort larges qui jettent de grandes pièces de bitume, que les habitants des environs attirent sur les bords; cela vient de ce qu'il se trouve près de là quantité de carrières d’où l’on tire du bitume dur, et que l’eau en arra-

(1) Le bitumineux.

infinita dulcedine; altera pars, quæ per eam terram currit uude sal foditur, salsum habet saporem. Ilem Parætonio et quod est iter ad Hammonem , et Casio ad Ægyptum lacus sunt palustres, qui ila sunt salsi, ut habeantinsuper se salem congelatum. Sunt[ autem] et aliis pluribus locis et fontes et flumina et lacus, qui per salis fodinas pereurrentes necessario salsi perficiuntur. Alii autem per pingues terræ venas profluentes uncti oleo fontes erumpunt, uti Solis ( quod oppidum est Ciliciæ) flumen nomine Liparis, in quo natantes aut lavantes ab ipsa aqua unguntur. Similiter Æthiopiæ lacus est, qui unctos homines efficit, quiin eo nataverint ;etin India, qui sereno cœlo emiftit olei megnam multitudinem. Item Carthagine fons est, in quo natat insuper oleum odore ut e scobe citreo ; quo oleo etiam pecora solent ungi. Zacyntho et circa Dyrrhachium et Apolloniam fontes sunt, qui picis magnam multitudinem cum aqua vomunt. Sub Babylone lacus amplissima magnitudine qui Atuvr, Acoækrirus appellatur, habet supra nataus liquidum bitumen, quo bitumine et lalere testaceo structo muro Semiramis cireumdedit Babylonem. Item loppe in Syria, Arabiaque Numidarum lacus sunt immani magnitudine, qui emittunt bituminis maximas moles,

quas diripiunt qui habitant circa. Id autem non est miran-

dum ; nam crebræ sunt ibi lapicidinæ bituminis duri. Cum ergo per bituminosam terram vis erumpit aquæ, secum

che en passant une grande quantité, qu’elle pousse dans le lac. Il y a encore en Cappadoce, près du chemin qui est entre Mazaca et Tuana, un trèsgrand lac qui a cette propriété, que si l’on y met tremper une canne ou une autre chose, on Ja trouve le lendemain’, quand on la tire, pétrifiée par la partie qui a été dans l’eau , celle qui était dehors étant demeurée en son état naturel. On voit aussi, auprès de Hiérapolis en Phrygie, une fontaine d’eau bouillante qui donne beaucoup d’eau, et qui, dans les fossés creusés autour des jardins et des vignes où elle coule, produit de chaque côté une croûte de pierre que l'on enlève tous les ans, et dont on se sert pour faire les séparations des terres. Cette particularité tient à une cause naturelle : c’est qu’en ces lieux la terre d’où sortent ces eaux contient une substance qui a la vertu de se durcir et de se coaguler; de manière que lorsqu'une grande quantité de cette substance se trouve être mêlée avec l’eau de ces fontaines, la chaleur du soleil et l'air la coagulent et l'épaississent, comme on voit que cela arrive dans les marais où se forme le sel. Il y à aussi des fontaines que les sues de la terre d’où elles sortent rendent très-amères. Tel est le fleuve Hypanis, dans le royaume de Pont ; dans l’espace d'environ quarante milles depuis sa source, l’eau en est douce; mais quand il est parvenu à une distance de cent soixante milles de son embouchure dans la mer, il recoit l’eau d’une petite fontaine qui rend la sienne fort amère, quoiqu'il soit un très-grand fleuve. Cette amertume vient d’une mine de sandaraque à travers laquelle passe la source, et qui communique son amertume aux eaux du fleuve. Il faut croire que les diverses

extrahit, el cum sit egressa extra terram secernitur, et ita rejicit ab se bitumen. Etiamque est in Cappadocia in itinere, quod est inter Mazaca et Tuana, lacus amplus, in quem lacum pars sive arundinis sive alii generis si demissa fuerit et postero die exempta , ea pars, quæ fuerit exempta, invenietur lapidea, quæ autem pars extra aquam manserit, permanet in sua proprietate. Ad eundem modum Hierapoli Phrygiæ effervet aquæ calidæ multitudo , ex qua cireum hortos et vineas fossis ductis immittitur. Hæc autem efficitur post annum crusta lapidea, et ita quotannis dextra ac sinistra margines ex terra faciendo inducant eam, et efficiunt his crustis in agris septa. Hoc autem ita videtur naturaliter fieri, quod in his Jocis et ea terra, quibus is [ fons] nascitur succus subest coaguli naturæ si- * milis : deinde cum commixta vis egreditur per fontes extra terram , a solis et aëris calore cogitur congelari; ut etiam in areis salinarum videtur. Item sunt ex amaro succo terræ fontes exeuntes vehementer amari, ut in Ponto est flumen Hypanis, qui a capite profluit circiler æilliaquadraginta sapore dulcissimo ; deinde cum pervenit ad locum, qui est ab ostio ad millia centum sexaginta, admiscetur ei fonticulus oppido quam parvulus :is eum in eum influit, tune tantam magnitudinem fluminis facit amaram , ideo quoû per id genus Lerræ et venas, unde san-

propriétés de la terre sont aussi bien la cause des différents goûts dans les eaux que dans les fruits ; car si les racines des arbres et des vignes, et les semences des plantes, ne prenaient pas chacune pour la production de leurs fruits un sue qui tint de la nature de la terre , les mêmes fruits auraient le même goût dans tous les pays. Cependant on sait que le vin nommé protyron croît dans l’île de Leshbos; celui qui est appelé catakekaumenos (1), dans la Méonie ; le Méliton en Lydie, le Mamertin en Sicile, le Falerne dans la terre de Labour, le Cécube à Terracine et à Fundi, et que tous les vins que l’on recueille en différents lieux sont d’une nature différente. Or on peut l’expliquer ainsi : l'humeur qui est dans la terre communique sa propriété aux racines des arbres, lesquelles la recoivent pour la faire passer dans le bois, qui la porte jusqu’au sommet des branches, où elle donne aux fruits un goût différent, suivant la qualité particulière de la terre. Car si la terre n’était remplie de sucs différents, la Syrie et l'Arabie ne seraient pas les seules régions où il y aurait de si suaves odeurs dans les roseaux, dans les jones et dans toutes les plantes; elles ne produiraient pasles arbres d’où coule l’encens, ni ceux qui portent le poivre ou qui donnent lamyrrhe; enfinla Cyrénaiqueneserait pas laseule contrée qui produise la plante ferrulacée du laser ; mais dans tous les pays on verrait indifféremment eroître toutes choses. Or, cette variété que l’on remarque dans la qualité du sol des différents pays vient de l’inclinaison du monde; c’està-dire que chaque climat étant plus ou moins chaud, suivant qu'il s'approche ou qu'il s'éloigne (x) Brüûlé.

daraca foditur, ea aqua manando perficitur amara. Hæe autem dissimilibus saporibus a terræ proprietate perficiuntur, uti etiam in fructibus videtur. Sienim radices arborum aut vitium aut reliquorum seminum non ex terræ proprietatibus succum capiendo temperarent fructus , uno genere essent in omnibus locis et regionibus omnium sapores, Sed animadvertimus insulam Lesbon vinum protyrum, Mæoniam catacecaumeniten, item Lydiam Tmoliten, Siciliam Mamertinum, Campaniam Falernum, in Terracina et Fundis Cæcubum, reliquisque locis pluribus innnmerabili mullitudine genera vini virtutesque procreare, quæ non aliter possunt fieri, nisi cum terrenus humor suis proprietatibus saporum in radicibus infusus enutrit materiam, per quam egrediens ad cacumen profundat proprium loci et generis sui fructus saporem. Quod si terra generibus humorum non esset dissimilis et disparata, non tantum in Syria et Arabia in arundinibus et juncis herbisque omnibus essent odores , neque arbores turiferxæ neque piperis darent baccas, nec myrrhæ glebulas, nec Cyrenis in ferulis laser nasceretur,sed in omnibusterræ regionibus et locis eodem genereomuia procrearentur. Has autem varietar tes regionibus et locis inclinatio mundi et solis impetus propius aut longius cursum faciendo tales efficit terræ humores : quæ qualitates non solum in bis rebus sed etiam jn

davantage de la région du ciel où se fait le cours du soleil, cette différence influe non-seulement sur les sucs de la terre, mais encore sur Jes animaux. Il est certain que cette diversité n’existerait pas si les propriétés des terrains étaient semblables, malgré leur différente situation à l'égard du soleil. L'expérience, en effet, a fait découvrir dans les eaux du fleuve Céphise et du Mélès en Béotie, du Crathis en Lucanie, du Xanthe à Troie, et de plusieurs fontaines et rivières qui coulent aux environs de Clazomène, d'Érythrée et de Laodicée , une vertu particulière. Les animaux que l’on y envoie boire, à l’époque de l’année où ils ont coutume de s'accoupler , font, suivant l'endroit où ils s’abreuvent, et quoiqu’ils soient tout à fait blanes , des petits dont les uns sont de couleur grise, d’autres de couleur plus brune, et d’autres tout à fait noirs: ce qui prouve la propriété que possèdent les liquides, de communiquer suivant leur nature une couleur particulière à chaque chose qui est engendrée. C’est pour cette raison que les Troyens ont appelé Xanthe (1) la rivière qui passe pres de leur ville; car les vaches qui naissent le long de ses rives sont rousses, et les moutons d’un 7oussûtretirant sur le rouge brun. I se trouve aussi des eaux dont l’usage est pernicieux et mortel, à cause du sue venimeux de-la terre sur laquelle elles coulent ; telle était, à ce que l’on dit, la fonwine appelée Neptunienne, à Terracine : ceux qui par mégarde buvaient de son eau mouraient incontinent, ce qui fut cause qu’on la combla; tel était aussi un lac près de Chrobsus en Thrace : non-seulement on ne pouvait pas boire de ses eaux, mais on ne pouvait même s’y laver sans

(r) Jaune.

pecoribus et armenlis discernuntur. Hæc non ita dissimiliter efficerentur, nisi proprietates singularum terrarum in regionibus ad solis potestatem temperarentur. Sunt enim Booliæ flumina Cephisos et Melas, Lucaniæ Crathis, Troiæ Xanthus, inque agris Clazomeniorum et Erythræorum et Laodicensium fontes ac flumina, cum pecora suis temporibus anni parantur ad conceptionem partus, per id tempus adiguntur eo quotidie potum ; ex eoque , quamvis sint alba, procreant aliis locis leucophæa, aliis locis pulla, aliis coracino colore. Ita proprietas liquoris, cum init in corpus, proseminat intinetam sui cujusque generis qualitatem. Igitur quoniam in campis Troianis proxime flumen armenta rufa et pecora leucophæa nascuntur, ideo id flumen Jlienses Xanthum appellavisse dicuntur. Etiamque inveniuntur aquæ genera mortifera, quæ per maleficum succum terræ percurrentia recipiuntin se vim venenalam, uti fuisse dicitur Terracinæ fons, qui vocabatur Neptunius ; ex quo qui biberant imprudentes vita privabantur : quapropler antiqui eum obstruxisse dicuntur. Et Chrobsi Thraciæ lacus, ex quo non solum qui biberint moriuntur, sed etiam qui laverint : item in Thessalia fons est profluens, ex quo fonte nec pecus ullum gustat nec bestiarum genus ullum propius accedit ; ad quem fontem, proxime est

VITRUVE

mourir, Il y a encore en Thessalie une fontaine,

ombragée par un arbre dont les fleurs sont couleur de pourpre, de l’eau de laquelle aueun troupeau ne veut boire, ni aucun animal s'approcher. Il y a de même en Macédoine, près du tombeau d’Euripide, deux ruisseaux qui se joignent après l’avoir côtoyé à droite et à gauche ; l’eau de l’un deces ruisseaux est si bonne, que les passants s’y arrêtent pour se rafraîchir ; mais celle qui coule de l’autre côté a la réputation d’être si pernicieuse, que personne n’en approche. Dans la partie de l’Arcadie qui est appelée Nonacris, il distille de certaines montagnes une eau très-froide, que les Grecs appellent Séygos hydor (1), que l’on ne peut recevoir dans aucun vase d'argent, ni de cuivre, ni de fer, sans qu’elle le rompe ; et il n’y a que la seule corne du pied d’un mulet où on puisse la garder. On dit qu’Antipater fit porter de cette eau par son fils Iolas dans la province où était Alexandre, et qu'elle fut le poison qui fit mourir ce roi. Il ya encore une autre eau, dans les Alpes Cottiennes, qui fait périr subitement ceux qui en boivent. Au pays des Falisques, près du chemin qui conduit à Naples, dansun bocage qui est au milieu d’un champ appelé Cornetus, il sort de terre une fontaine dans laquelle on trouve des os de serpents, de lézards et d’autres bêtes venimeuses. Il y a d’autres sources dont les eaux sont aigres; telles sont celles du Lynceste, celles de Vélino en Italie, celles de Téano dans la Campanie, et de plusieurs autres endroits : elles ont la vertu de dissoudre, chez ceux qui en boivent, les pierres de la vessie. Cette propriété vient de ce que ces eaux sont imprégnées des sucs de substances âcres et acides, qu’elles rencontrent dans la terre; de sorte

(x) Eau de tristesse.

arbor florens purpureo core. Non minus in Macedonia, quo loci sepultus est Euripides, dextra ac sinistra monumenti advenientes duo rivi concurrunt in unum, e quibus ad unum accumbentes viatores pransitare solent propter aquæ bonitatem; ad rivum autem, qui est ex allera parte monumenti, nemo accedit, quod mortiferam aquam dicitur habere. Item est in Arcadia Nonacris nominatg terræ regio, quæ habet in montibus e saxo stillantes frigidissimos humores. Hæc autem aqua Etuyès we nominatur, quam neque argenteum neque æneum neque ferreum vas potest sustinere, sed dissilit et dissipatur : conservare autemeametcontinere nihil aliud potest nisi mulina ungula; quæetiam memoratur ab Antipatroin provinciam, ubi erat Alexander, par Iollam filium perlata esse , et ab eo ea aqua regem essenecatum. Item Alpibus in Cotti regno est aqua, quam qui gustant statim concidunt. Agro autem Falisco via Campanain campo Corneto est lueus, in quo fons oritur ibique avium et lacertarum reliquarumque serpentium ossa jacentia apparent. ILem sunt nonnullæ acidæ venæ fontium, uti Lyncesto et in Italia Velino, Campania Teano, aliisque locis pluribus, quæ habent virtutem, uti calculos in vesicis qui nascuntur in corporibus hominum, potionibus discutiant. Fieri autem hoc naturaliter ideo videtur, quod acer

que, quand on en fait usage comme boisson, elles dissipent dans notre corps ce qui est coagulé et endureci par la résidence des eaux. Pour comprendre comment les choses aigres peuvent dissoudre ce qui estendurci, il n’y a qu’à laisser tremper quelque temps un œuf dans du vinaigre; on verra sa coquille s’amollir et se fondre. Il en est de même du plomb, qui ne s'éclate pas aisément et qui est très-pesant : si on le met avec du vinaigre dans un vaisseeu bouché bien exactement, il se disseut et se change en céruse. Le cuivre, qui est encore plus dur, se dissout par la même opération, et devient vert de gris : les perles et même les cailloux, que /e fer ni le feu ne peuvent rompre, se cassent et tombent en éclats, si, après les avoir échauffés, on les arrose de vinaigre; ce iqui fait aisément juger que si les acides agissent sur ces choses, ils pourront aussi produire le même effet pour la guérison de ceux qui sont salades de la pierre, Il se trouve même des fon- | taines dont il semble que les eaux soient mêlées | avec du vin ; telle est celle qui est en Paphlagonie, ! de laquelle on peut s’enivrer sans que l’on y ait mis du vin. Dans Ja ville d'Équicoli, qui est en Italie, et dans le pays des Médulliens, qui fait partie des Alpes, il y a des eaux qui font enfler | la gorge de ceux qui en boivent. En Arcadie, il {ya une ville assez connue, appelée Clitor , auprès de laquelle est une caverne d’où sort une fontaine qui fait hair le vin à ceux qui boivent de son eau. Sur cette fontaine, il se lit une épigramme Len vers grecs, qui signifie qu’elle n’est pas bonne

et acidus suceus subest in ea terra, per quam egredientes Wveræ intinguntur acritudine, et ita cum in corpus inie- “ront ,dissipant quæ ex aquarum subsidentia in corporibus det concrescentia offenderunt. Quare autem discutiantur ex lacidis eæ res, sic possumus animadvertere. Ovum in aceto {si diutius positum fuerit, cortex ejus mollescet et dissol- “vetur : item plumbum, quod est lentissimum el gravissi- 1mum, siin vase collocatum fuerit, et in eo acetum suffu- {sam, id autem opertum et oblitum [si] erit, efficietur, uti plumbum dissolvatur et fiat cerussa. Eisdem rationibus læs, quod etiam solidiore est natura , similiter curatum si (iuerit, dissipabitur et fier ærugo. Item margarita, non minus saxa silicea, quæ neque ferrum nequeignis potest per se dissolvere , cum ab igni sunt percalefacta, aceto sparso | issiliunt et dissolvuntur. Ergo cum bas res ante oculos

ta Geri videamus, ratiocinemur tisdem rationibus ex acidis propter acritudinem succi etiam calculosos e natura erum similiter posse curari. Sunt autem eliam fontes uti Vino mixti, quemadmodum est unus Paphlagoniæ , ex quo Pam aquam sine vino potantes fiunt temulenti. Æquiculis autem in Italia et in Alpibus natione Medullorum est genus aquæ, quam qui bibunt efficiuntur turgidis gutturibus. In rcadia vero civilas est non ignota Clitori, in cujus agris est pelunca profluens aquæ, quam qui biberint fiunt abstemii. d eum autem fontem epigramma est in lapide inseriptum iac sententia versibus græcis, eam non esse idoneam ad lavandum , sed etiam inimicam vitibus, quod apud eum lontem Mejampus sacrificiis purgasset rabiem Proœæti filia-

pour se laver et qu’elle est ennemie de la vigne, paree que c’est dans cettefontaine que Mélampus, après avoir sacrifié aux dieux, purifia les filles de Prétus pour les guérir de leur folie, et qu’il leur rendit, en effet, leur première sagesse. Voici cette épigramme :

Près des antres obscurs d’où coule ce ruisseau,

Si la chaleur t'invite à mener ton troupeau,

Berger, tu peux y boire, et, dans leurs promenades, Suivre parmi ces prés les errantes Naïades.

Mais ne t'y baïgne pas : ces eux, par un poison Qui fait haïr le vin, corrompent la raison.

Fuis donc cette liqueur si contraire à la vigne,

Où Mélampe purgea l'humeur noire et maligne

Qui des filles de Prète avait troublé le sens, Lorsqu'il passa d’Argos en ces lieux mal plaisants.

JIlsetrouve de même dans l’îlede Chioune fontaine qui fait perdre l'esprit à ceux qui en boivent sans y penser. On a gravé aussi sur cette fontaine une épigramme qui avertit que son eau, fort agréable à boire, rend l'esprit dur comme une pierre. En voici le sens :

Cette eau, par sa fraîcheur et par son doux murmure, Charme tous les sens à l’abord ; Mais elle rend l'âme plus dure Que le rocher dont elle sort.

A Suse, qui est la capitale du royaumede Perse, il y a une petite fontaine qui fait tomberles dents, On y lit de même une épigramme, dont le sens est que l’eaude cette fontaine est tres-bonne pour se laver, mais qu’elle fait tomber les dents de ceux qui en boivent. Voici cette épigramme :

Passant, l’eau que tu vois est une eau qu'il faut craindre,

rum restituissetque earum virgioum mentes in pristinam sanitatem. Epigramma autem est id quod est subscriptum ; ’AyoôtTa GÙv TOUL TO LECNUOEVOY Av GE BapÜva SuYoc àv” Écyaruxs Kheitopoc Épy6mLevoy, This LÈV and xpnvnc &pÜoat rOUE, «al mapa Nüuparc Yôpidor orhouv räv To dv airoAov" Na où par Emi noutpa Badnc xp0&, LM GE xai aüpn rnuivn 0epuñs évroc éévra LEON * geüye à Eunv rnyAy wodurelov, Évôx Meldurouc Xovoduevos }üconc Iportidas àpyahénc, rävra xaÜapuoy Éxoÿev àmékpucov, dt’ àv àn ’Apyouc oùpea Tonyeins NAvBev Apxadinc.

Item est in insula Chio fons , e quo qui imprudentes biberint, funtinsipientes , et ibi est epigramma insculptum ea sententia : jucundam esse potionem fontis ejus, sed qui biberit, saxeos habiturum sensus. Sunt autem versus hi :

“Hôeix Yuypoù rôuaros 116%, fiv vinoz rnYh LAXX VW TÉTpOs 6 THO DE TV.

Susis autem , in qua civitate est regnum Persarum, fonticulus est, ex quo qui biberint amittunt dentes. Item in eo est scriptum epigramma, quod significat hanc sententiam : egregiam esse aquam ad lavandum, sed eam, 5} bibatur, excutere e radicibus dentes : et hujus epigran)malos sunt versus græce :

“Yôura xpavéevra Bhénetc, Ééve, r@y m0 yepoi 25,

Tu peux bien pourtant sans danger T'en rafraîchir les mains, et même t'y plonger; Mais si dans son cristal La soif se veut éteindre, En la touchant un peu des lèvres seulement, Elle fera tomber tes dents en ce moment.

Ïl y a des pays où il se trouve des fontaines qui rendent la voix de ceux qui y naissent admirablement belle, comme à Tarsedans la Magnésie, et en d'autres lieux. À vingt milles environ de Zama, ville d'Afrique, que le roi Juba fit enfermer dansune double muraille, et où il fit bâtir son palais, il y a un château appelé Ismuc, autour duquel s'étend une campagne d’une grandeur incroyable. Là, quoique l'Afrique produiseet nourrisse un grand nombre d'animaux dangereux , et principalement des serpents, il ne s’en trouve d'aucune sorte, et si l’on y en apporte quelquesuns, ils meurent incontinent : ce qui n'arrive pas seulement sur le lieu même, mais partout où Von a transporté de cette terre. On dit quelaterte de Majorque est de cette nature; mais la terre dont je vais parler a une vertu encore bien plus merveilleuse. Pendant que C. Julius, fils de Masinissa, à qui appartenaient toutes les terres qui sont autour de ce château, était dans l'armée que commandait César, votre père, il passa par chez moi, et y demeura quelque temps.

Comme nous nous entretenions chaque jour et conférions des belles-lettres, une fois que nous vinmes à parler de la nature des eaux et de leur vertu, il m'assura qu'il y avait dans le pays dont j'ai parlé plusieurs de ces fontaines qui rendaient fort belle la voix de ceux qui y naissaient, et que les habitants avaient coutume d’acheter

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Sunt etiam nonnullis locis fontium proprietates, quæ procreent qui ibi nascuntur egregiis vocibus ad cantandum, uti Tarso , Magnesiæ aliisque ejusmodi regionibus. Etiamque Zama est civitas Afrorum cujus mœænia rex Juba duplici muro sepsit, ibique regiam domum sibi constituit : ab ea millia passuum viginti est oppidum Ismue, cujus agrorum regiones incredibili finitæ sunt terminatione. Cum esset enim Africa parens et nutrix ferarum bestiarum , maxime serpentium, in ejus agris oppidi nulla nascitur, et si quando allata ibi ponatur, statim moritur : neque id solum, sed etiam terra ex his locis si alio translata fuerit, et ibi. Id genus terræ etiam Balearibus dicitur esse; sed aliam mirabiliorem virtutem ea habet terra, quam ego sic accepi. C. Julius, Masinissæ filius , cujus erant totius oppidi agrorum possessiones, Cum patre Cæsare militavit : is hospitio meo est usus; ifa quotidiano convictu necesse fuerat de philologia disputare. Interim cum esset inter nos de aquæ potestate et ejus virtulibus sermo, exposuit esse in ea terra ejusmodi fon- &es, ut quiibi procrearentur voces ad cantandum egregias

VITRUVE

des esclaves de l’un et de l’autre sexe, les plus beaux et lesmieux faits qu’ils pouvaient trouver , afin que les enfants qui naîtraient d’eux dans ce pays eussent tout ensemble la beauté du corps et celle dela voix. Or, puisque la nature a mis une si grande diversité de propriété dans des choses si différentes, et que le corps humain, qui est en partie composé de terre, contient plusieurs sortes deliquides, commelesang, lelait, l'urine, lasueur, les larmes ; si cette petite portion deterrerenferme une si grande quantité de choses dont les qualitéssont différentes, il ne faut pas s'étonner si, dans toute la terre, il se trouve une diversité innombrable de sues , et si les eaux qui les traversent dans leur cours souterrain s’en imprègnent, et communiquent aux sources des fontaines les diverses qualités des propriétés de la terre; qualités qui varient dans chaque pays. De toutes ces choses, il y en a quelques-unes que j'ai vérifiées par mes expériences; j'ai lu le reste dans les auteurs grecs, tels que Théophraste, Timée, Posidonius, Hégésias, Hérodote, Aristide et Métro= dore , quiontécritaveeungrand soin ee qu’ilsont appris sur les propriétés de chaque espèce de terre et sur les vertus des eaux, qu’ils attribuent à la situation différente des pays à l'égard du ciel: J'ai tâché de suivre et d’imiter ces auteurs en composant ce livre, dans iequel j'ai traité avee assez d’étendue des diverses qualités des eaux, afin que l'on puisse plus facilement choisir les sources qui pourront être le plusutiles aux villes dans lesquelles on les veut conduire. Car il n’y a rien dont l'usage soit si nécessaire que l’eau; parce que les animaux se peuvent passer de blé,

haberent : ideoque semper transmarinos catulastros emere formosos et puellas maturas, eosque conjungere, ut qui nascerentur ex his, non solum egregia voce sed etiam forma essent non invenusta. Cum hæc tanta varielas sit disparibus rebus natura distributa, quod humanum cor: pus est ex aliqua parte terrenum, in eo autem multa genera sunt humorum, uti sanguinis, lactis, sudoris, urinæ, lacrimarum : ergo siin parva particula terreni tanta discrepantia invenitur saporum, non est mirandum, si in tanta magniludine terræ innumerabiles succorum repe= riuntur varietates, per quarum venas aquæ vis pereut rens tincta pervenit ad fontium egressus, et ita ex 0 dispares variique perficiuntur in propriis generibus fontes propter locorum discrepantiam et regionum qualitates terrarumque dissimiles proprietates. Ex his autem rebus sunt nonnulla , quæ ego per me perspexi; cetera in libris Græcis scripta inveni, quorum seriptorum hi sunt aue= tores : Theophrastus, Timæus, Posidonius, Hegesias, Herodotus, Aristides, Metrodorus , qui magna vigilantia el infinito studio locorum proprietates, regionumqne qualitates [ e/ ] aquarum virtutes ab inclinalione cœli ifa distributas esse scriptis declaraverunt, Quorum secutns ingressus in hoc libro perscripsi quæ satis esse putavi del aquæ varietatibus; quo facilius ex his perseriptionibus / eligant homines aquæ fontes, quibus ad usum salientes possint ad civitates municipiaque perducere. Nulla enim

des fruits des arbres, de la chair et du poisson, et il leur suffit d’avoir quelqu'une de toutes ces choses dont on se nourrit ordinairement : mais sans l’eau, les animaux et tout ce qui sert à leur nourriture ne peuvent pas naître ni se conserver. C'est pourquoi il faut apporter un grand soin pour choisir des sources dont les eaux puissent ) contribuer à entretenir les hommes dans une parfaite santé.

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