CHAPITRE Vf (OU XI
De la limace, avec laquelle on peut élever beaucoup d'eau, mais non pas bien haut.
Il y a une sorte de limace qui puise beaucoup d’eau, mais qui ne l'élève pas si haut que la roue : elle se fait de cette manière : On prend une pièce de bois, qui a autant de doigts d'épaisseur qu’elle a de pieds de long. Après l'avoir bien arrondie, on divise le cercle qui est à chaque bout en quatre parties égales ou en huit, et dans ces divisions l’on trace autant de lignes; en sorte que la pièce de bois étant levée debout, les extrémités de toutes les lignes se répondent à plomb. De ces extrémités, on tire tout le long de la pièce de bois d’autres lignes, distantes l’une de l’autre de la huitième partie de la circonférence de la pièce de bois; après cela, on marque, tout le long de l’une de ces lignes, des espaces égaux à ceux de leur distance l’une de l’autre; et ayant tiré par les extrémités de ces espaces des lignes qui traversent toutes celles qui sont selon la longueur, on marque des points aux endroits où les lignes s’entre-croisent. Cela étant ainsi fait avec exactitude, on prend une petite tringle de bois de saule ou d’osier, laquelle étant frottée de poix liquide , est appliquée sur le premier point; on la conduit ensuite obliquement sur tous les autres points d’intersection que font les lignes transversales qui sont autour de la pièce de bois avee celles qui sont marquées sur la longueur ; et après avoir ainsi en tournant traversé les huitdistances, et passé par les huit points qui sont sur la lon-
GAPUT Vi (vulgo x).
De cochlea quæ magnam copiamextollit aqueæ sednon tam alte.
Est autem eliam cochleæ ratio, quæ magnam vim baurilaquæ, sed non tam alte tollit, quam rota. Ejus autem ratio sic expeditur. Tigoum sumitur, eujus tigni quanta fuerit pedum longitudo, tanta digitorum expeditur crassitudo. Id ad cireioum rotundatur : in capitibus circino dividuntur circinationes eorum tetrantibus in partes quatuor et octantibus in partes octo [ ductis Jineis, |eæque lineæ ila collocentur , ui, plano posito tigno ad libellam , utriusque capilis lineæ inter se respondeant : item in tigno plano collocala lineæ ab capite ad alterum caput perducantur ad perpendiculum convenientes, et quam magna pars sit oclava circinationis tigni, tam magna spatia dividantur in longitudinem. Sicet in rotundatione et in longitudine æqualia spatia fient. Ita quo loci describuntur lineæ, quæ sunt in longitudinem spectantes, faciendæ decussationes , et in decussationibus finita puncta. His ita emendate descriptis, sumitur salignea lenuis aut de vitice secta regula, quæ uncla liquida pice figitur in primo decussis puncto; deinde trajicitur oblique ad insequentes longitudines et circuitiones [ decussium : | item ex ordine progrediens, singula puncta prælereundo et circumvolvendo, collocatur in singulis decussationibus, et ita pervenit et figitur ad eam lineam, recedens a prima in octavum punclum , in qua prima pars
gueur, on va jusqu’à la même ligne par laquelle on avait commencé. Onattache de la même manière d’autres tringles obliquement sur toutes les autres intersections qui sont faites jusqu’au bout par les lignes droites et les lignes transversales ; et, suivant la division qui a été faite en huit parties, on forme des canaux entortillés, et tout à fait semblables à ceux que l’on voit dans les coquilles des limaçons. Sur les premières tringles, qui servent comme de fondement, on en applique d’autres, frottées aussi de poix liquide ; et l'on en met autant qu’il en faut les unes sur les autres, pour que la grosseur de la limace soit tout au plus égale à la huitième partie de sa longueur. Autour des circonvolutions des tringles on attache des ais que l’on frotte encore de poix liquide, et que l’on affermit avec des cercles de fer, afin que la pesanteur de l’eau ne puisse pas les rompre. Les deux bouts de la pièce de bois sont ferrés avec des viroles qui y sont clouées , et l’on y enfonce aussi des boulons. Ensuite, à droite et à gauche de chacun des bouts de la machine, on plante des pieux, qui sont liés ensemble par d’autres pieux mis en travers, et où il y a des viroles de fer enchâssées, dans lesquelles on enfonce les boulons. C’est là-dessus que la limace tourne, quand des hommes la mettent en mouvement avec les pieds. La mesure de l'élévation suivant laquelle la limace doit être inclinée se prend sur la description du triangle rectangle de Pythagore, qui se fait en divisant la longueur de la limace en cinq parties, dont trois sont données à l’élévation d'un des bouts, en sorte qu'il y en ait quatre depuis les ouvertures qui sont au bas, jusqu’à la ligne perpendiculaire de l'élévation.
ejus est fixa. Eo modo quantum progreditur oblique spatium [et ] per octo puncta, tantundem in longitudine procedit ad octavum punctum. Eadem ratione per omne spatium longitudinis et rotunditatis singulis decussationibus oblique fixæ regulæ per octo crassitudinis divisiones involutos faciunt canales et justam cochleæ naturalemque imitationem. Ita per id vestigium aliæ super alias figuntur unctæ pice liquida, et exaggerantur ad id , uti longitudinis octava pars fiat summa crassitudo. Supra €as circumdantur et figuntur tabulæ, quæ pertegant eam involutionem : tunc ex tabulæ pice saturantur, et laminis ferreis colligantur, ut ab aquæ vi ne dissolvantur. Capita tigni ferreis claviset laminis continentur , iisque infiguntur stili ferrei : dextra autem ac sinistra cochleam tigna collocantur in capitibus utraque parte habentia transversaria confixa. In his foramina ferrea sunt inelusa, inque ea inducuntur stili, et ita cochlea hominibus calcantibus facit versationes. Erectio autem ejus ad inclinationem sic erit collocanda, uti quemadmodum Pythagorieum trigonum orthogonium describitur, sic id habeat responsum ; id est uti dividatur longitudo in partes quinque : earum trium extollatur caput cochleæ : ita erit ad perpendiculum ad imas nares spatium earum quatuor. Qua ratione autem oporteat id esse, in extremo libro ejus forma descripla est [in ipso tempore |.
VITRUVE
La figure qui est à la fin du livre faiteomprendre aisément comment il faut que cela soit fait. J'ai décrit le plus clairement qu’il m'a été possible les machines qui se font avec du bois pour élever les eaux, et j'ai tâché de faire comprendre les manières dont on peut les construire et les faire mouvoir, pour en tirer les avantages pour ainsi dire infinis qu’elles donnent.