LIVRE II
Cum Alexander rerum potiretur. Alexandre n’a pu être appelé maître de tout le monde, de la manière que Vitruve l'entend, qu'après la mort de Darius, qui ne pouvait pas encore être arrivée lorsque Dinocrate fut trouver Alexandre, parce que la guerre contre Darius ne fut commencée qu'après la fondation de la ville d'Alexandrie, qui, selon Vitruve même, ne fut bâtie que longtemps après que Dinocrate fut relenu par Alexandre pour être son architecte.
Jussit eum.…. civitatem Alexandriam constituere. Pline et Solin nomment Dinocrate l'architecte qui bâtit la ville d'Alexandrie, de même que Vitruve. D’autres auteurs lui donnent d’autres noms , et Philander dit qu’il se trouve même encore dans la ville une ancienne inscription grecque qui le nomme Démocharès.
Voyez Arrien, Anab., I, 1,8 ; Pline, V, 10; Solin, ch. xxx; Ammien Marcellin, 1. XXII, el Valère Maxime,[, 4.
Ch..I. Apud nationem Colchorum in Ponto, etc. La description de cette construction de cabanes est assez difficile à entendre, tant à cause de l’obscurité des termes, qu’à cause des fautes qui sont dans le texte. Pour ce qui es£ des termes, les auteurs interprètent différemment les mots d’arboribus perpeluis, de planis, de in terra positis, de jugumentantes. Les uns entendent par perpeluis, durables ; les autres, entiers et non équarris; les autres, rangés. Les uns, par planis, entendent couchés; les autres, aplanis : in terra posilis, signifie selon, les uns,
Jichés ; selon les autres , couchés en terre : et jugumen-
tare, qui est faire qu’une poutre pose en travers sur deux autres, de même qu’un joug est sur deux bœufs, n’est pas entendu par tous les interprètes d’une même manière.
La faute que je soupçonne dans le texte consiste en la transposition du point que tous les exemplaires ont après collocantur, qui, étant mis devant, rendra ce qui manque à la construction du discours.
Arboribus perpetuis. Le mot perpeluus signifie une chose qui a une étendue continuée au loin ou longtemps d’une même manière; en sorte qu’ici des arbres perpétuels sont des arbres qui continuent et s'étendent par un long espace. Vitruve appelle ainsi perpetuam basilicam , au premier chapitre du cinquième livre, l’endroit de la basilique qui est tout droit et étendu en longueur ; et au huitième chapitre de ce livre, il appelle perpeluam lapidum crassitudinem les pierres qui vont d’un parement du mur à l'autre avec une même grosseur. César dit aussi érabes perpetuas , dans la description qw’il fait des murs des villes des Gaulois, pour signilier des poutres qui vont d’un parement à l’autre.
Angulos jugumentantes.Je traduis ces mots par des arbres qui portent les uns sur les autres, à droite des coins ( ou angles); car jugumentare est mis pour jugare,
DST, 5
FO D RÉ Ta +
qui signifie poser une percheen travers qui pose des deux houts sur deux pieux, ainsi que les anciens en mettaient à leurs vignes. Ils appelaient aussi jugumenta les linteaux des portes et des fenêtres, par la même raison.
Gradatim contrahentes. La manière d’arranger des pièces de bois comme pour faire un bûcher convient fort bien aux toits, les posant alternativement les uns sur les autres, et les tiranten dedans à mesure qu’on les accourcit, pour leur donner la forme de degrés. Mais cette manière ne saurait être si propre pour les murs, parce qu’on ny peut faire de portes ni de fenêtres commodément, à cause de la siluation des pièces de bois qui sont en travers. Cela n'avait obligé dans la première édition de donner une autre disposition à ces arbres. Mais parce qu’il fallait pour cela un peu trop forcer le texte de Vilruve, j'ai cru que l'explication que je lui donne ici serait meilleure et plus naturelle.
Testudinata turrium tecta. 1 y a deux sortes de toit: l’un est appelé displuviahum , lorsque le failage , allant d’un pignon à l’autre, l’eau est jetée à droite et à gauche. L'autre est festudinatum, par le moyen duquel Veau tombe des quatre côlés. Sextus Pompeius appelle tecta testudinata ceux qui sont in quatuor partes devexa, qu’iloppose à ceux qu’il appelle pectinata, qui sont les displuviata de Vitruve. Is sont appelés peclinala, peut-être parce que les chevrons qui descendent du faitage sur l’entablement ont la forme d’un peigne; ce qui pourrait faire croire que notre mot de pignon viendrait du pectinatum tectum des Latins, parce qu’il soutient ces espèces de peignes.
Romuli casa in arce'sacrorum. Voyez les interprètes de Virgile, Énéid., NILL, 654, et Ovide, Fast., IE, 189 el suiv.
Ch. 11. Individua corpora.… disjuncta, nec lædundur. me semble qu'il n’est pas difficile de voir qu’il faut lire individua corpora non leduntur, au lieu de non leguntur, comme il y a dans tous les exemplaires ; et que le sens est que les corps ne sont capables de corruplion ni d’altéralion que parce qu’ils sont composés.
Ex his ergocongruentibus. Voy. Senec., Q. N., VIS 17; Cicéron, De N. D., I, 20.
Uti…. non habeant qui ædificare cogilant , errorem. Ceux qui veulent faire passer Vitruve pour un bonhomme demi-savant, qui dit à propos ou non tout ce qu'il sait ou qu’il ue sait pas, allèguent ce chapitre, dans lequel il promet beaucoup plus de philosophie qu’il n’en sait, et qu’il n’en est besoin pour connaître et pour choisir les matériaux qu’on emploie en architecture. Mais la vérité est que c'était la coutume de son temps à Rome, où l'étude de la philosophie était une chose rare et nouvelle, d’en faire parade avec une ostentation qui ne rendait pas un auteur aussi ridicule qw’elle ferait à présent. Varron et Columelle, en une pareille occasion, en usent de même que Vitruve; car le premier, au commencement de son livre d'agriculture, qu’il dédie à sa femme, s'excuse sur son peu de loisir de n’avoir pas traité la matière de son ouvrage comme il aurait été nécessaire; et il lui conseille, pour suppléer à ce défaut, de lire les livres des philosophes, dont il lui en nomme jusqu’à cinquante, et entre autres Démocrite, Xénophon, Aristote, Théophraste, Architas et Magon, qui ont tous écrit ou en grec ou en langue punique. L'autre, savoir Columelle, dit qu’il faut qu’un jardinier et un laboureur ne soient guère moins savants en philosophie que Démocrite et Pythagore.
Ch. Il. Cum ab imbribus in perietibus sparquntur. Les briques dont Vitruve parle ici nesont point cuiles , mais séulement séchées par un long temps, comme de quatre et cinq années. C’est pourquoi on y mélait de la paille où du foin, de même qu'on fait en plusieurs endroits en France,
où les cloisonnages et les planchers sont faits d’une eomposition de terre grasse, pétrie avec dn foin, appelée torchis, parce que cette composition est entortillée autour de plusieurs bâtons en forme de torches.
Quoiqu’on ne trouve plus dans les vieux bâtiments de ces briques non cuites, on ne peut pas douter que les anciens ne s’en servissent : ce qui est dit, que l’on y mêlait de la paille, et qu'elles étaient sujettes à se détremper à la pluie, est tout à fait convaincant ; mais la raison que Scamozzi apporte de ce qu’on ne trouve plus de briques crues à Rome, savoir, que le feu dont Néron embrasa la ville les a cuites, est moins probable que celle du peu de fermeté que cette construction doit avoir pour résister à l’humidité qui la détrempe, lorsque les enduits et les incrustations qui la couvraient ont commencé à tomber; car cela a fait ruiner toutes ces sortes de bâtiments pendant que ceux qui étaient de briques cuites sont demeurés.
Masculo sabulone. Les interprètes sont bien en peine de savoir ce que c’est que ce sablon mäle dont parle Vitruve, et que Pline dit aussi pouvoir être employé à faire des briques. Philander tient que c’est une terre sablonpeuse et solide. Daniel Barbaro croit que c’est un sable derivière qui est gras, et que l’on trouve par pelottes comme l’encens mâle. Baldus dit qu’il est appelé mâle à cause qu'il n’a pas une aridité stérile comme l’autre sable.
Propter levilalem. On appelle douce une terre qui n’est point pierreuse ni âpre, telle qu’est argile ; car Zevitas ne signifie pas ici légèreté, comme J. Martin a interprété; mais ce mot est mis au lieu de lœævitas ou lævor; ce que Pline a expliqué quand il a dit de la pierre parætonienne, qu'il appelle lapidem pinquissimum et tecloriis tenacissimum propter lævorem.
Faciliter aggerantur. Ce qu’on dit pétrir en la pâte s'appelle corroyer dans la terre grasse, el il me semble qu'aggerare ne peut signifier autre chose ici : car aggerare est proprement faire une masse avec de la terre en la foulant et en la battant , et les cuirs se corroient et se préparent de la même facon, en les foulant el maniant, après les avoir mouillés; en sorte que Vitruve entend que la terre douce et grasse se manie, se lie, et se réduit aisément en
pâteet en masse, à cause de l'égalité et de la ténuité de ses parties.
Unum quod græce lydium appellatur. Perrault a suivi la leçon donnée par Jocundus, à èGpov.
Lonçum sesquipede,latum pede. Pline ne donne point celle mesure au didoron ; maïs il le fait large d’un piedet long d’un pied el demi, ce qui ne convient point au nom de didoron, qui signifie deux palmes, si ce n’est que Pline entende parler du grand palme, qui en valait trois petits, ayant douze doigts , qui avec les quatre du petit faisaient le pied entier deseize doigts ; en sorte que deux grands palmés qui faisaient vingt-quatre doigts valaïent le pied et demi ; et ainsi, suivant cette manière, Pline aurait entendu que le didoron, ou double palme, signifie le longueur de la brique ; au lieu que Vitruve l'entend de la largeur, parce que le demi-pied, qui était de huit doigts, avait deux pelits palmes, qui n'étaient chacun que de quatre doigts. Mais cette proportion que Pline donne aux briques est bien moins commode pour la construction que n’est celle de Vitruve, quiest suivie et observée dans tous les bâtiments tant anciens que modernes qui se voyaient dans l’Europe, ainsi que Scamozzi a remarqué. C’est pourquoi Barbaro estime qu’il faut corriger le texte de Pline sur celui de Vitruve; ce qui n'est pas le sentiment de Philander.
Quodest quoquo versus quinque palmorum, pentadoron. Ces briques carrées des Grecs sont cause que J. Martin a interprété carreaux les briques dont Vitruve parle en général; mais il me semble qu’il n’a pas eu raison de traduirelateres, qui est un mot latin, par un mot français qui
! désigne une autre figure que celle qu’avaient les lateres
des Latins, qui étaient plus larges que longs; et le mot de carreau ne peut être bon que pour expliquer le mot plinthos, qui sigaifie en grec leur brique, qui ‘était carrée, et dontil y avait de deux sortes : les grandes quiavaient vingt doigts en carré, ce qui revient à peu près à treize pouces et demi, et les petites qui étaient de douze doigts , qui revenaient environ à huit pouces.
Una parte e lateribus ordines altera semilaleris ponuntur. Ce que Vitruve veut dire est si clair, qu’on ne saurait donter qu’il n’y ait faute au texte, et qu’il ne faille lire una parte laterum orûines, altera semilaterum ponuntur, au lieu de una parte lateribus ordines, altera semilateres ponuntur, parce que cela n’a aucun sens.
Allernis choris. J'interprète des assises, coria, qui signifie des couches quand il s’agit d’enduit de stuc. Les assises, lits ou rangées de briques ou de pierres, ou lescouches de mortier, sont appelés coria, à cause qu’elles font dans la muraille des rangs qui sont les uns sur les autres, comme si c’élaient des cuirs. Saumaise écrit choria ou choros, pour signilier que les briques ou les pierres qui sont ainsi toutes d’un rang semblent s’entretenir par la main et danser un branle.
Medii lateres. J'ajoute dans ma traduction de plus, pour faire entendre que Vitruve veut qu'il y ait deux sortes de liaison dans les murs de brique, dont l’une est d’assise à assise ; l’autre liaison est de brique à brique. La première sorte ne se voit point, parce que c’est en dedans du mur qu’elle se fait; l'autre, qui est au dehors, est visible : c'est pourquoi Vitruve dit qu’elle rend la structure plus belle.
Speciem facient…. non invenustam. Cela montre que les anciens ne couvraient pas toujours leurs murs de brique crue avec un enduit, ou par des incruslations de marbre, puisqu'on avait égard à la figure que les joints faisaient, comme étant une chose belle à voir.
Est autem in Hispania ulleriore civilas Maxilua et in Galliis et, etc. Perrault a encore traduit ce passage d’après la leçon suivante de Jocundus : wlterior Calentum el in Galliis Massilia et, éte., leçon conforme à un passage de Pline l'Ancien.
Sie... magnas habent utililates. I est assez étrange que Vitruve ne parle point du tout de la cuisson des briques, qui était une chose de tout temps en usage, comme il parait par la périphrase dont Ovide se sert pour faire entendre que les murs de Babyloneétaient de briques, en disant qu'ils étaient cuits, et ainsi qu’il est aisé de juger par ce qui est dit dans la Genèse des briques dont la tour de Babel fut bâtie; et il y a lieu de croire qu’on s’avisa depuis de les employer toutes crues, telles qu’il y a apparence qu'étaient celles dont il est parlé dans l'Exode, qu'on faisait avec de la paille, ainsi que sont celles dont ilest ici parlé; et que l’on cessa de les cuire, à cause des bonnes qualités que Vitruve leur attribue, savoir, d’être moins pesantes que celles qui sont cuites, et de résister assez à l'humidité par le resserrement de leurs pores, qu'un long desséchement à produit.
Ch.1V. Ad maleriam miscendam. Je traduis ces mots par ceux-ci, pour faire Le mortier, quoiqu’en termes de maconnerie, materia ne signifie pas proprement les choses qui entrent dans la composition du morlier ; mais le mot de miscere fait qu'il est impossible de douter que Vitruven’ait voulu signifier la chaux et le sable dont le mortier est composé. Au chapitre qui suit, materia signifie le sable, et le plus souvent, en latin, on entend par ce mot le bois qu'on emploie dans le bâtiment pour la charpenterie et pour la menuiserie.
Arencæe fossilicæ. Ce sable de cave est ainsi appelé parce qu'il se tire de dessous terre ; il est différent de celui de rivière et de celui de la mer. Il en est parlé sur le chap. n du oretnier livre.
NOTES SUR VITROUVE, LIV. II
Carbunculus. Vitruve définit ce que c’est que carbunculus au sixième chapitre de ce livre, où ildit que c’est un sable brülé par les vapeurs chaudes qui sortent de dessous ferre dans la Toscane; de même qu’auprès de Naples la terre et le tuf ainsi brülés font la pozzolane. Il ajoute aussi que ce sable est une matière plus solide que la terre et moins que le tuf. Columelle dit que, quand il a été quelque temps à découvert et à la pluie, il se change en terre. Baldus confesse qu'il ne sait ce que c’est proprement que ce carbunculus, ni comme il s'appelle en Italie. Cosimo Bartoli, qui a traduit en italien les livres d’architecture de Léon-Baptiste Alberti, nomme carbunculus rena incarbonchiata, c'est-à-dire sable noirei el comme charbonné, on ressemblant à un escarboucle, qui sont des choses aussi différentes qu’un charbon éteint l’est de celui qui est allumé. J. Martin, qui a suivi la seconde siguification, en interprétant carbunculus, sable en couleur d’escarboucle, a déclaré son ignorance avec moins d’ingénuité que Baldus.
Sin autemnoneruntarenaria.Noy. Pline, XXXVI, 54; Varron, De R. R., 1, 2, 23 , et Cicéron, Pro Cluent., 13, De agrar. leg., 27.
E glareaerilexcernenda. Alberti et Scamozzi font cette remarque sur le sable de rivière et sur le gravier, qu’ils ne valent rien ni l’un ni l’autre, si on ne sépare la partie utile d'avec l’inutile ; car ils diseut que le sable de rivière ne vaut rien si on ne râcle le dessns, afin d’ôter ce qu’il a de terreux, qui s’amasse et qui fait une croûte sur la superficie; et que le gravier, au contraire, n’a rien de bon que le dessus, parce que le dessous est trop gros. Cette remarque fait voir que ce n’est pas sans raison que Vitruve s’est servi du mot d’excernenda, qui sans cela semblerait être mis au lieu de celui de sumenda, ainsi qu'il a semblé à J. Martin, qui a interprélé excernenda, qui doit étre tiré simplement, au lieu d’ajouter, avec choix des parties utiles.
Glarea.J. Marlin s’est encore trompé quand il a cru que glarea était ce qu'on appelle en français terre glaise, qui est une substance grasse, et composée de particules fort déliées et fort subtiles, et par conséquent une chose tout à fait différente de glarea, qui est proprement ce que l'on appelle sable de ravine et gravier, qui diffère principalement en cela du sable, que le sable est menu et composé de petits grains , et le gravier est plus gros et composé de petits cailloux mélés avec des fragments de pierres. Albertiet Scamozzi tiennent que tout sable, et même celui qui est sous terre, n’est autre chose que de petits fragments de grosses pierres, qui se sont arrondis en émoussant leurs cornes à force de s’être longtemps frattés les uns contre les autres. Mais le sable paraît d’une substance particulière, qui est fort dissemblable de celle des pierres, étant beaucoup plus dur et plus solide que ne sont les grandes pierres ; outre qu'il semble qu’iln’y a guère d'apparence que des fragments si menus se puissent frotter assez rudement pour se polir comme ils sont, la plupart étant trop légers, à cause de leur pelitesse, pour soutenir l’effort qu’il serait nécessaire qu'ils souffrissent pour cela; ce qui nest. pas aux galets ou gros cailloux qui son£ sur le bord de la mer, quise polissent et s’arrondissent par le frottement, d'autant qu'ils sont si pesants qu’ils ne peuvent se frotter l’un contre l'autre que rudement.
De littore marino. Alberti dit qu'au pays de Salerne le sable du rivage de la mer est'aussi bon pour bâtir que celui de cave, pourvu qu’il ne soit pas pris sur les rivages qui sontexposés au midi, où le sable ne vaut rien du tout.
Ab sole el luna et pruina concoctæ resolvuntur. Perrault a eu raison de suivre la leçon d’un savant qui lisait : ab sole et Luna concoclæ, pruina resolvuntur.
Uli Signinum. J’aiinterprété Signinum du ciment, par.
ce que Pline dit que le signinuwm était fait avec des tuiles pilées et de la chaux. Ce mortier élait ainsi appelé à cause du pays des Signins, où se prenaient les meilleurs tuileaux pour faire le ciment. Vitruve néanmoins entend quelquefois par signinum toute sorte de mortier, ainsi qu'il se voit au dernier chapitre du huitième livre, où, en parlant d’un mortier fait de chaux, de sable et de gros cailloux mêlés ensemble, dont on faisait les citernes, il appelle cette . inixtion signinum.
Ch. V. Cum recipit aquam et arenam calx…... hœæc esse causa videtur. Tout ce que Vitruve dit ici dela chaux est très-vrai; mais il n’en tire point de conclusion qui fasse entendre la raison des effets étranges que sa cuisson produit, et comment une pierre, après avoir perdu sa dureté dans le feu, la reprend par le moyen de l’eau, étant mêlée avec du sable. Car cette rareté spongieuse, qu'il dit être dans les pierres que le feu a ouvertes et épuisées de leur humidité naturelle, les disposant à se pouvoir dissoudre dans l’eau, les rend à la vérité capables de s'appliquer et de se joindre fort exactement au sable; mais ce n’est que parce qu’elle leur a ôté la dureté; de sorte que la difliculté est de savoir d’où et comment la chaux reprend cette dureté. Car on ne peut pas dire que c’est l’exsiccation violente que le feu y a introduite qui fait cette ferme coagulation, parce que la chaux seule et sans le sable ne devient point fort solide, et qu’au contraire, étant mêlée avec le sable, elle fait une masse qui se durcit même avant que d’être sèche, puisque cela lui arrive au fond de l’eau, où le mortier ne laisse pas de durcir, et qu’aussi, quoique parfaitement séché, il n’a pas encore toute la dureté dont il est capable; mais que cette dureté va toujours s’augmentant avec le temps, qui lui donne sans doute autre chose que la sécheresse, puisque les autres causes, comme le feu, le soleil et le vent, qui dessèche aussi hien que le
> temps, ne rendent point le mortier plus solide à proportion qu’ils agissent plus puissamment , ainsi que le temps fait quand il agit plus longuement : au contraire, l'extrême sécheresse le gâte et l’affaiblit, ainsi que Vitruve remarque au huitième chapitre, où il dit que les murailles qui sont bâties de petites pierres sont meilleures , parce que les grandes pierres consument trop promptement l'humidité de la chaux.
31 faut donc nécessairement que la dureté que la chaux acquiert dans le mortier lui vienne des pierres et du sable, qui lui communiquent quelque chose qui est capable de produire cette ferme coagulation. Philibert de Lorme est d’une opinion contraire; car il croit (suivant , comme il semble, la pensée de Vitruve) que les pierres el le sable attirent et boivent la force de la chaux, à raison de leur humidité naturelle. Mais quand cela serait, on ne voit pas comment cette attraction de la force de la chaux peut donner au mortier la force dont il s’agit. On pourrait seulement induire de là que les pierres et les cailloux en deviennent plus durs; mais ce n’est pas ce que l’on cherche. La difficulté est de trouver comment ils communiquent une partie de leur dureté à la chaux. Si l’on veut recevoir les principes des chimistes, il n’est pas difficile d'éclairer ces difficultés; car on peut dire avec beaucoup de vraisemblance que Ja concrétion et la solidité de tous les corps provenant de leur sel, il faut nécessairement que lorsque la pierre perd sa solidité par la violence du feu, il se fasse une évacuation de la plus grande partie des sels volatils et sulfurés, qui étaient le vrai lien des parties terrestres de la pierre, et que comme la perte que tous les corps, même les inanimés, en souffrent continuellement par la transpiration insensible, est la cause de la dissolution que le temps fait à la fin des choses les plus solides, l’introduction aussi et le passage de ces sels d’un corps dans un autre fait la coagulation des choses, qui s’endurcissent par un autre moyen que var l’exsiccation; et ainsi que
VITHUVE:
la pierre à chaux, qui, pour avoir perdu dans le feu beaucoup de ses sels, était devenue rare par la séparation de ses parties, par sa dissolution dans l’eau est devenue capable de faire approcher ces parties éloignées, et de les rejoindre par la force du principe de coagulation qui est dans le sel fixe qui leur est resté, qui, quoique insuffisant pour une parfaite concrétion, ne laisse pas de la faire par un mouvement assez soudain et assez violent pour exciter la chaleur qui s’allume dans la chaux lorsque lon Féteint, et qui y demeure longtemps après, quoiqu’on ne la sente pas. Cette chaleur, qui la rend, comme on dit communément, capable de brûler les autres corps qu’elle touche, quoiqu’elle v’ait plus de chaleur actuelle, mais seulement une très-grande disposition à s'échauffer, est ce que J'entends par une chaleur cachée.
Or, on ne peut dire que cette chaleur, ea agissant. sur les cailloux et sur le sable , en fait sortir des sels volatils et sulfurés, de même que le feu les avait fait sortir des pierres à chaux , et que ce sont ces sels qui, se mêlant dans la chaux et reprenant la place de ceux que leur feu en avait fait sortir, lui rendent la solidité qu’elle avait perdue, Et d'autant que ce mouvement excité dans les sels fixes ne cesse pas lorsque la chaleur évidente qui arrive à la chaux quand on léteint est passée, mais continue jusqu'a ce que toutes les parties se soient rejointes, il arrive que le mortier, longtemps après qu’il paraît séché, ne laisse pas d'acquérir de jour en jour une plus grande solidité, à mesure que les sels volatils sortent du sable et des pierres pour se communiquer à la chaux; ce qui est confirmé par l'expérience, qui fait voir que plus le mortier a été broyé et raboté, plus il devient dur ensuite; parce que le froissement fait sortir du sable et entrer dans la chaux une plus grande quantité de ces sels volalils, et qu’enfin la chaux ne brûle les autres choses que parce qu’elle les dissout, en faisant sortir ces sortes de sels, qui étaient le lien qui tenait leurs parties unies et assemblées, 1 semble que Philibert de Lorme a eu quelqne idée de celte philosophie, lorsqu'il conseille de faire la chaux des mèmes pierres dont le bâtiment est constrait; comme si son desseiu était de faire que les sels volatils qui ont été ôtés à la chaux lui soient plus aisément rendus, par des pierres qui en contiennent de semblables.
Enfin ces principes et ces causes, et la manière d’expliquer leurs effets, semblent avoir quelque rapport avec les principes et les pensées de Vitruve, qui dit que le feu fait perdre aux pierres à chaux leur solidité, et qu'il les rend plus rares en leur tant leur humidité naturelle et aérienne, qui n’est rien autre chose que ce sel volatil et sulfuré que les chimistes considèrent comme le lien qui unit les parties des choses qui sont solides; qu'après celte perte que les pierres font de leurs parties sulfurées, il leur demeure une chaleur cachée, c’est-à-dire une disposition à s’échauffer par le mouvement des sels fixes, qni, se détachant promptemnent par le moyen de l’eau qui les dissout, produit une effervescence qui est l'effet d’un mouvement précipité, par lequel les parties sont raréfiées, à cause de la division soudaine qu’elles souffrent en s’entre-choquant; que cette effervestence arrive à la chaux vive, lorsqu'elle est plongée dans l'eau avant que cette chaleur cachée soit dissipée ; e’est-àdire, avant qu’elle ait perdu tout son sel , élantou éventée ou trop brûlée; qu’enfin Les ouvertures que la chaur & en toutes ses parties sont cause que le sable s’y attache, c’est-à-dire que la chaux et le sable ne font que comme un corps par le mélange de leurs parties, lorsqu'une portion de la substance du sable et des pierres pénètre dans les vides qui sont dans la chaux ; mais ees vides ne doivent pas être entendus comme si c'élaient des cavités dans lesquelles des éminences du sable et des pierres puissent entrer comme des chevilles et des tenons entrent dans des
trous et dans des mortaises, ainsi que-Vitruve le fait entendre : ces vides signifient seulement l'effet de l’évacuation des sels volatils et sulfurés dans la chaux, qui la rend capable de recevoir ceux qui sortent du sable et des pierres ; car il arrive que le sable s’amollissant en quelque sorle par l'évacuation qu’il souffre, et la chaux s’endurcissant par la réception de ce qui s’écoule du sable, ces deux choses reçoivent des dispositions mutuelles à se lier fermement les unes aux autres. Cela se voit lorsque par succession de temps les pierres quittent le mortier, en sorte que le mortier emporte la superficie de la pierre à laquelle il est attaché : car si cette superficie n’avait point été amollie par la chaux, la pierre se romprait aussi bien par un autre endroit que par celui qui est proche du morlier, ce qui n'arrive jamais.
Calorem, latentem. 11 y a grande [apparence que Vitruve n'entend point par cefte chaleur cachée la disposition que les corps peuvent avoir à s’échauffer, dont il a été parlé dans la note précédente; mais une chaleur qui procède d’une substance éthérée qui entre dans la composition de tous les corps et que l’on appelle communément l’élément du feu, comme si le feu élait autre chose que la modification des corps enflammés, de même que le mouvement, la couleur, la figure, sont la modification des corps qui changent de place, ou qui réfléchissent la lumière , ou qui sont diversement terminés dans leurs différentes parties.
Ch. VI. Cum calce et cæœmento. J. Martin s’est trompé quandila cru que cæmentumsignifiait ici du ciment, quiest proprementune poudre de tuileaux battus, ou généralement toute sorte de mortier, ainsi que l’a entendu l’auteur de la traduction latine de la Bible , qu’on appelle la Vulgate, qui dit que ceux qui bâtirent la ville de Babylone se servirent de bitume , pro cæmento. La vérité est néanmoins que s’il y avait eu quelque exemple qui fit voir que du temps de Vitruve on eùt ainsi appelé les tuileaux pilés, il semblerait qu’il y aurait quelque raison de croire que Vitruve en a voulu ici parler, quand il fait un mélange de pozzolane, de chaux et de cæmentum. Car il a dit au chapitre précédent que le mortier de chaux et de sable est meilleur si on y mêle quelque peu de tuileaux battus.
Quodsub his montibus et terra ferventes sunt fontes. J’ai suivi la correction de quelques exemplaires , où il y a : quod sub his montibus et terra, au lieu de et terræ, ainsi qu’il se lit dans tous les autres.
Aut de sulfure, aut alumine, aut biltumine ardentes mazimos ignes. I n’y a rien de plus commun que les fontaines bouillantes, et rien dont on ignore davantage la cause ; car de croire avec Vitruve qu’il y ait des feux souterrains entretenus par Pembrasement du soufre, de Palun et du bitume, qui fassent bouillir ces fontaines, il n°y a point d'apparence, parce que les feux souterrains, Lels que sont ceux du mont Vésuve et des autres lieux, ne sauraient s’embraser s'ils n’ont de l’air; ce qui fait qu'ils ne peuvent échauffer la terre que proche du lieu où l’embrasement paraît et éclate au dehors; et l’eau qui aurait été échauffée par ce feu ne saurait conserver sa chaleur dans un espace aussi long qu'est celui qui est entre les fontaines bouillantes et les feux qui sortent de dessous la terre, C’estàa-dire, de trois à quatre cents lieues; car l'espace dans lequel est renfermée l’activité de la chaleur de ses feux est si petit qu'on voit au pied du mont Etna quantité de fontaines froides.
Strabon rapporte l'opinion de Pindare, qui veut que tous les embrasements qui paraissent en différents endroits du monde ne soient qu’un seul feu, qui se communique par des canaux souterrains. Si cela est, il n’est pas difficile de s’imaginer que ces fanaux de feu passant immédiatement sous des fontaines , les puissent faire bouillir ; mais il n’est
dans un canal de deux ou trois cents lieues sans prendre d'air, à moins que de supposer avec Pindare que ce feu est miraculeuserment conservé en ces endroils pour la puhition des géants.
De dire aussi que l'eau passe par des veines de terre qui s’échauffe étant arrosée, de même que la chaux s’enflamme quand on la mouille, il est impossible de comprendre comment cette chaleur ne s'éteint pas à la fin ainsi qu’elle fait dans la chaux, ni par quelle raison le passage continuel de l’eau ne lave et n’emporte pas les sels qui causent cette chaleur. De sorte qu’il y a plus d’apparénce de croire que cette chaleur des eaux minérales est causée par une manière de fermentation qui agile les parties du corps fermenté, avec une violence capable d'exciter une puissante chaleur. Or, cette fermentation est une chose qui se peut bien plus aisément concevoir dans la terre que non pas un embrasement : car à l'égard de la quantité suffisante de la matière qui est nécessaire pour cette fermentation continuelle, il n’est pas difficile de la trouver si lon considère que la nature de la plupart des ferments est telle qu'ils se perpétuent à infini, pourvu qu’on leur fournisse à l'infini la matière qu'ils peuvent fermenter ; car supposé qu'en certains endroits souterrains il se rencontre un suc de telle nature qu'étant mêlé avec l’eau il Ja fermente( car l’on peut ainsi parler de l’ébullition qui arrive à l’eau quand elleest mêlée avec un suc fermentatif, ilest aisé de concevoir qu'une partie de cette can fermentée pent incessamment s’écouler, sans que la masse de Peau fermentée soit jamais épuisée quand il lui viendra de l’eau nouvelle, parce qu’elle fermentera aussi facilement la dernière venue que la première; de même qu’une masse de pâte fermentée fermente aussi facilement la pâte qu'on Y ajoute la dernière , qu’elle à fait la première. Ce qui peut y avoir à redire à la comparaison , est que la pâte fermentée a en soi un principe de fermentation que l’on ne peut pas dire être dans l’eau simple ; mais il faut supposer aussi que cette eau qui se fermente est imprégnée de sels fermentatifs qui lui sont particuliers , et il ne reste plus qu’à chercher une source et une minière inépuisable de ce sel fermentatif qui manque à l’eau commune, et qu’il est aisé de trouver dans Pair, dans le soleil et dans les pluies , qui sont des choses qui agissant éternellement sur laterre, et qui la pénétrant, peuvent la rendre capable d’être fermentée par les sucs fermentatifs, que l’on suppose être dans les lieux souterrains où elle passe. Toules les hypothèses qui fondent ce système de la chaleur des eaux minérales ne sont pas à la vérité démontrées ; mais elles le rendent, ce me semble, un peu plus probable que les autres.
Correptis. Je suppose qu'il faut lire incendio on igne correptis, au lieu de correptis simplement , ainsi qu'il y a dans le texte, qui sans cela n’a pas de sens.
In unam potestalem collatis. Si ce que dit ici Vitruve est vrai, il est difficile que les raisons qui ont été ci-devant apportées dans les notes de la concrétion du mortier de chaux et de sable ne soient point fausses, parce qu’elles supposent que la chaux et le sable sont dissemblables , et que la chaux ayaut perdu, par la violence du feu, les parties qui faisaient le lien qui la rendait solide, elle les emprunte du sable, qui a beaucoup de parties de cette nature; de sorte qu’il est nécessaire d'examiner s'il est vrai que la pozzolane et la chaux soient d’une même nature, et si cette conformité peut être estimée la cause de la concrétion du mortier qui se fait de leur mélange. Or, à l’égard du premier, ilest constant que la matière de lachaux et celle de la pozzolane sont fort différentes, celle.ci étant une terre ou un tuf qui n’ont rien d’approchant de la dureté de la pierre à chaux; et ce que Vitruve dit de la vertu du feu, savoir, qu’il peut faire que des matières différentes deviennent d’une même nature, est contraire à ce qu'il ajoute
pas aisé de concevoir que du feu puisse être entretenu ! ensuite de la Lerre de Toscane, et à ce qu'il a avancé um
peu auparavant, au chapitre cinq, où il dit que les pierres spongieuses et celles qui sont solides font une chaux différente. Joint que la diversilé des malières dans la chaux et dans la pozzolane estencore moindre que celle du feu qui les cuit, celui qui cuit la chaux étant ardent, et celui qui fait la pozzolane étant doux et vaporeux. Mais eufin quand il serait vrai que la chaux et la pozzolane seraient d’une nature plus semblable, il ne s'ensuit point qu’elles doivent faire par cette raison une concrétion plus dure et plus ferme quand elles sont mêlées ensemble; au contraire, il faut ‘attribuer cette dureté à ce que ces choses ont de dissemblable, parce que cefte dureté provient de la mixtion, qui ne produit rien de nouveau si elle n’est de choses différentes : par exemple, quand le cuivre et l’étain fondus ensemble font une composition beaucoup plus dure que ces métaux ne sont séparément , cela n'arrive point par l'union de ce qu'ils ont de semblable, mais par le mélange de leurs parties différentes; de sorte qu’il faut entendre que ce qui opère la dureté du mortier de chaux et de pozzolane ne vient pas piutôt des parties qui sont brülées que decelles qui ne le sont pas dans la pozzolane, lorsqu'elle est mélée avec de Ja chaux qui est entièrement brûlée, parce que les parties qui sont brûlées tout à fait dans la pozzolane sans chaux, et celles qui ne sont pas encore brülées ont conservé
| ce sel volatil quiest nécessaire pour redonner à la chaux ce. Jui qu’elle a perdu dansle feu , yayant grande apparence que
si Ja pozzolané était aussi parfaitement brûlée que la chaux, elle ne donnerait point de dureté au mortier qui se fait de leur mélange; non plus que les tuileaux, s’ils étaient entièrement calcinés, ne feraient point de bon ciment; car
) il me semble qu'il n’y a rien qui puisse mieux exprimer la
nature de la pozzolane que la poudre de tuileaux que nous appelons ciment, supposé que la pozzolone soit engendrée par le feu, comme Vitruve dit, parcs que la dureté qui n'était point dans la terre dont les tuileaux sont faits avant qu'ils fussent cuits, donne assez lieu de croire qu’elle arrive à ceux qui sont cuils, par le moyen d’un mélange que le feu fait de plusieurs et divers sels qui étaient dans les différentes parties dont la lerre à potier est coinposée. Car outre les parties terreuses qui sont déliées et impalpables dans cette terre, elle a quantité de petits grains de sable ; el de ces différentes parties les unes se calcinent au foureau , el les autres demeurent non calcinées : ce qui fait que les unes et les autres sont pourvues de sels différents , dont la mixlion produit une dureté dans la terre cuile, qu'elle n'avait pas avant que le feu eüt détaché les sels de quelques particules de la terre, pour les faire passer dans d’autres. Or il y a lieu de douter que la pozzolare soit faite par le feu, si on en croit Pline, qui dit qu’elle n’est point différente du sable du Nil, qui, selon toutes les apparences, n’est point engendré par le feu.
Efficitur carbunculus. Voy. Varron, DeR.R.,I, 9,2; Columelle, 111,11,7; Pline, XVIF, 4, 3.
Cb. VII. Circaurbem Rubreæ. J'entends que lapidicinæ circa urbem Rubreæ signifie Les carrières quisont autour de Rome, dont on tire des pierres rouges; parce que, dans le chapitre suivant, il est dit qu’il faut garnir le dedans des grands murs ex rubro saxo quadrato. J. Martin à traduit circa urbem Rubræ, auprès de la ville de Rubra. Les traducteurs italiens mettent in{orno à Roma le Rosse, et lous Rosse avec un grand R, qui semble signiäer plutôt le nom du lieu d’où la pierre est tirée que sa couleur, principalement parce que les autres pierres, dont il est parlé ensuite , sont dénommées des lieux où sont leurs carrières, savoir, les Pallienses, les Fidénates et les Albanes. Dans cette incertitude, je me suis servi du mot de rouges parce qu’ilest indifférent, et peut signifier et la couleur des pierres et le lieu d’où on les tire; car il y a plusieurs lieux de cenom, comme Rubra Saxa dans Ja Toscane, et le village Rubra dans l'ile de Corse,
Tiburtina. Cette pierre est la plus belle qui s'emploie à Rome; elle conserve longtemps sa blancheur, et quoique spongieuse elle prend un poli qui la fait ressembler de loin à du marbre, parce que les trous qu’elle a sont petits. Vasari, dans son Traité d'architecture, parle des beaux ouvrages qui en sont faits à Rome, dans l’église de Saint- Louis, par des ouvriers français qu’il lone beaucoup, surtout un sculpteur nommé M. Jean. Cet endroit est remarquable, n’y ayant rien de plus rare que des Italiens qui louent les Français de réussir dans les beaux-arts.
Ideo quod.. parvo sunt kumore. Le défaut qu'ont ces pierres d’être sujettes à s'éclater au feu, ne peut être attribué à leur composition aérienne et ignée ; car cela ne les pourrait rendre capables que de brûler, qui est une chose bien différente d’éclater, et qui w’arrive d'ordinaire qu'aux pierres qui sont par écailles, à cause que les différents lits que font ces écailles sont séparés par une matière moins sèche que le reste; ce qui fait que lorsque cette matière vient à être raréfiée par le feu, elle pousse ces écailles dures el solides qui l’enferment, et achève de séparer des parties qui le sont déjà en quelque sorte de leur nature.
Neque lactus ignis potest nocere. Tacite a dit aussi, en parlant d’une de ces espèces de pierre : ædificiaque ipsa (Rom) cerla sui parte sine trabibus saxo Gabino Alba. nove solidarentur, quod is lapis ignibus impervius est (Ann., XV, 43). Voyez aussi Quintilien, V, 13, 40, et Suétone, Aug., 72.
Minora sigilla. J'ai cru que minora sigilla devait signifier ici de petits bas-reliefs, et non pas de petites figures, parce qu'outre qu’il était inutile d’ajouter à sigilla, qui signifie de petites figures , le mot de minora, qui signifie petites, on peut dire avec raison qu'un cachet, dont l'empreinte n’est aulre chose que ce qu’on appelle bas-reliefs, est appelé sigillum, nou-seulement parce que les figures que l’on y grave sont ordinairement pelites ; mais aussi parce que les figures des cachets, de même que celles de tous les bas-reliefs, sont plates et peu relevées ; ce que ce diminulif de sigillum semble signifier.
Fabri œrari. Les fondeurs en bronze ont trouvé ici depuis peu le moyen de fondre des statues à peu de frais, faisant les moules avec du plätre mêlé avec une certaine terre qui se trouve près de Paris, laquelle n'empêche point le plätre de se prendre, et l'empêche d’être brûlé par l’excès de la chaleur, que doivent soutenir les moules où l’on fond le bronze. Par le moyen de ce secret, on épargne beaucoup de temps et de peines qu'il faut employer dans la manière ordinaire de faire ces moules, pour lesquels il est nécessaire de faire la statue de cire; et, pour y appliquer la terre qui doit faire le moule, il la faut mettre avec des pinceaux par plusieurs couches, qu’il faut laisser sécher à loisir les unes après les autres; et ensuite la cire doit être fondue; car sans avoir la peine de faire la statue de cire, Jaquelle doit auparavant êlre faite de terre, on n’a besoin que de la figure de terre, sur laquelle, lorsqu’elle est encore toute molle, on jette le plâtre, quise prend etse durciten peu de temps; alors on le sépare en plusieurs morceaux, desquels on tire aisément la terre molle, et on le rejoint ensuite avec beaucoup de facilité.
Ch. VIIL. Séructurarum generasunt hæc. Vitruverapporte en ce chapitre plusieurs espèces de maçonnerie, dont on peut classer les différences avec plus de méthode qu’il wa fait ; car les déux premières sortes de maçonnerie dont il parle au commencement, comme de deux genres qui doivent avoir sous eux plusieurs espèces, ne sont que deux espèces des trois qui sont comprises sous Je premier genre; ce qu'il est fort aisé de comprendre quand on a lu tout le chapitre dans lequel il est parlé de sept espèces de maçonnerie qui se rapportent à trois genres, dont lun est la maçon” nerie qui est de pierres taillées et.polies ; autre, celle qui est de pierres brutes; et la troisième , celle qui est campo-
ste de deux espèces de pierres. La maçonnerie de pierres taillées est de deux espèces, savoir, la maille, appelée en latin reticulatum, et celle qui est en liaison, appelée insertum. La maillée, qui est ainsi appelée à cause que ses joints représentent un réseau , est faite de pierres dont les parements sont parfaitement carrés, et qui sont posées en sorte que les joints vont obliquement en diagonale. Dans celle qui est en liaison, les joints sont droils et horizontaux, et les pierres sont mutuellement engagées les unes entre les autres; ce qui fait que les joints sont de deux espèces, savoir, ceux des lits qui sont continus, ainsi que ceux de la maillée, etles montants qui sont interrompus, parce que ceux qui sont entre deux pierres se rapportent au milieu de deux autres pierres, dont l’une est dessus et l'autre dessous. Cette espèce se subdivise en deux auires, dont l'une est celle qui est appelée simplement inserlum, en laquelle toutes les pierres sont égales par leurs parements; l'autre est Za structure des Grecs, dans laquelle les pierres sont liées comme dans lantre; mais elles sont inégales par leurs parements, parce qu'entre deux pierres qui sont conchées de front, il y en a une en boutisse qui fait parement des deux côtés, dont les têtes qui font les parements n’ont de largeur que la moitié des autres.
L'autre genre de structure. qui est de pierres brutes et non taillées , est de deux espèces, dont lune est appelée la structure des Grecs, de même que la dernière des espèces du premier genre, mais qui est différente, nonseulement parce que les pierres ne sont pas laillées à cause de leur dureté, mais aussi parce qu'elles n’onL point de grandeur réglée, et qu’elles manquent des liaisons régulières que font les pierres à deux têtes que lon appelle en boutisse. Cett espèce est encore subdivisée en deux : lune est appelée isodonium , parce que les assises sont d'égale hauteur ; l'autre, pseudisodomum , à cause que les as sont inégales. L'autre espèce de maçonnerie faile de pierres non taillées est appelée emplecton, dans laquelle les assises ne sont point déterminées par l'épaisseur des pierres ; mais Pépaisseur de chaque assise est faite d’une ou de plusieurs pierres s’il y échoit, et l’espace d'un parement à l'autre est rempli de pierresjetées à Paventure, sur lesquelles on verse du mortier qu’on enduit uniment ; et quand celte assise est achevée, onenrecommenceuneautre par-dessus. Celle manière me semble êtré celle dont nos Limousins se servent, quand ils bâtissent de pierre de meulière ou de cailloux ; et ils appellent ces assises des arases, qui est, ce me semble, ce que Vitruve appelle erecla coria, ainsi qu'il sera expliqué ci-après.
Le troisième genre de maçonnerie, auquel Vitruve n'a point donné de nom, mais que j'ai cru que l’on pouvait appeler revinchum , c’est-à-dire cramponné, est composé des deux premiers genres; car, dans celte structure, les deux parements sont bâtis en liaison avec des pierres taillées et équarries, que des crampons de fer lient en passant d’un parement à l'autre, pour empêcher qu'ils ne se séparent par la poussée du garni du milieu, qui est fait de pierres brutes ou de cailloux jetés à l'aventure dans du mortier.
Reticulatum. se voit peu de cette espèce de structure dans les anciens bâtiments qui nous restent; el cela peut vérifier ce que Vitruve dit, savoir, qu'elle n’est pas durable. Pour ce qui est de la beauté qu'on y trouvait du temps de Vitruve, elle n’est pas trop bien fondée, selon le goût de Parchitecture grecque, qui ne saurait trouver de la beauté dans une structure qui paraît n'avoir pas de solidité, au contraire du goût gothique, qui aime l'apparence du merveilleux , faisant des colonnes très-longues et très-menues, pour soutenir de grandes voûtes qui retombent sur des impostes en culs-de-lampe suspendues en l'air. Le seul cas ou elle peut avoir quelque beauté est dans les pignons et dans les tympans des frontons, parce que les joints sont parallèles aux corniches du fronton. On voit un exemple
NOTES SUR VITRUVE, LIV. ïf.
de cette structure à Trèves, au fronton de la grande église,
Quelques textes donnent recliculalum. Voyez sur ce genre de construction, Pline, XXXVI, 51.
El antiquum, quod incertum dicitur. Tous les exemplaires ont incertum avec un €, mais mal, selou mon avis, parce que cétte structure incertaine, ainsi qu'ils l’entendent, c’est-à-dire en laquelle les pierres ne sont point arrangées suivant un certain ordre, mais mises seulement à l'aventure comme elles viennent, n’est point de la première manière de bâtir dontil s’agit, mais de la dernière appelée emplecton, où les pierres sont mises w/i sunt nata. C’est pourquoi je lis insertum avec uns, c’est-à-dire, lié et entrelacé; car c’est ce que la définition que Vitruve donne du mot explique clairement, puisqu'il est dit que les pierres sont placées les unes sur les autres en manière de tuiles, dont on sait que la disposition est telle, que le joint montant de deux tuiles répond au milieu d’une autre.
Itraque autem ex minulissimis sunt'instruenda.Cect est rappelé au quatrième chapitre du quatrième livre; et la maxime est vraie quand la solidité et la fermeté de la structure doivent dépendre de la liaison que les pierres ont avec le mortier, et non pas quand elle consiste dans la figure et dans la coupe des pierres, qui sont taillées si juste que leur situation seule et leur poids est suffisant pour donner à l'ouvrage toute la fermeté possible; car en ce cas le mortier sert plntôt pour empêcher, en prêtant et obéissant, que la dureté des grandes pierres ne fasse rompre les cornes des joints, que pour les coller les unes aux autres ; ce que la manière de joindre les pierres par le moyen des lames de plomb qu’on mefentre deux fait voir assez clairement. I y a même des structures fort anciennes dans lesquelles de très-grandes pierres ont été posées immédiatement les unes sur les autres, sans mortier ni sans plomb, dont les joints n’ont point éclaté, mais sont demeurés presque invisibles par la jonction des pierres, qui-ont été taillées si juste qu’elles se touchent en un assez grand nombre de parties, pour avoirempêché que rien n’éclatât, ainsi qu'is arrive lorsque les pierres sont démaigries, c'est-à-dire, plus creuses au milien que vers les extrémités, ainsi que lon à coutume de le pratiquer afin de pouvoir rendre les joints fort serrés, parce que les pierres venant à s’approcher et à se joindre lorsque le mortier qui est dans le démaigrissement commence à se sécher, el ne portant que sur l'extrémité du joint, ce joint n’est pas assez fort pour soutenir le faix, et ne manque jamais à s'éclater, Les entrepreneurs qui travaillent au Louvre ont trouvé depuis peu un expédient pour empêcher ce mauvais effet, qui est de poser à l’abord les pierres immédiatement les unes sur les autres, et après avoir rempli les démaigrissements avec du mortier que lon coule par des abreuvoirs faillés dans les joints montants; lorsque le mortier est séché, on élargit les joints des lits aux parements avec une scie qui fait une séparalion entre les pierres, ef on a soin, de temps en temps, de passer la scie dans cette séparation, pour empêcher que l'ouvrage, en s’affaissant, ne fasse éclater les joints, que l'on emplit de mortier fin et délié, lorsque l'édifice à pris son faix. Mais la vérité est que la structure est meilleure lorsque les joints des pierres sont égaux, parce que ces démaigrissements affaiblissent beaucoup un mur, en le pri- | vant de la partie la plus considérable qu’il ait pour être affermi, savoir, celle qui est la plus proche du parement, ! et qui demeure inutile, parce que le mortier fin que lon met dans le joint ne doit être compté pour rien; et on peut dire que le mur est moins épais de deux pouces de chaque côté, et que ces deux pouces que la pierre a, au lieu de porter le mur, lui sont à charge.
A l'arc de triomphe qui se bâtit hors la porte Saint- Antoine, on pratique cette manière de structure dont j'ai dit que les anciens se servaient, qui est de poser les pierres à
sec et sans mortier ; et c’est une chose curieuse à savoir que les soins que l’on prend pour tailler, polir et poser ces pierres qui sont très-dures, et qui, ayant dix à douze pieds de long sur trois à quatre de large, et deux d'épaisseur, ont une pesanteur qui les rend très-difficiles à remuer. Cependant elles sont maniées par le moyen d’une machine fort commode et fort simple, de là même manière qu'on manierait une pierre de six à sept pouces ; or, la facilité de ce maniement est nécessaire, parce que pour faire que les jointssoïent assez droits, afin que les pierres se touchant également par toutes leurs parties, leur grande longueur ne les mette pas en danger d’être cassées par l'énorme pesanteur de l’éditice, lou n’a point trouvé d’expédient plus sûr que de les frotter l'une contre l’autre , jetant de l’eau entre deux. Et c’est une chose remarquable que ces pierres, quoique très-dures, sont dressées et polies presque en un moment , à cause de la force extraordinaire avec laquelle leur pesanteur fait qu’elles sont frottées ; cetle force élant telle, qu'il ne faut pas la dixième partie de temps pour les . polir, qu'il faudrait pour en polir de petites. L'avantage de celle structure est, ainsi qu'il a été dit, » Ja durée et la beauté; car il est certain que les édifices … bâtis de grandes pierres périssent à cause du mortier, qui lasse et s’affaisse en un endroit plus qu’en l'autre, ce » qui produit des plantes et se change en terre ; el qui fait que les murs sortent de leur aplomb et tombent bientôt en ruine. Et c’est aussi une grande beauté à un bâtiment, que de paraître n'être fait que d’une pierre, les joints étant | imperceptibles, ainsi qu’ils sont non-seulement à canse de leur petitesse, mais principalement par la précaution qu’on apporte de laisser un demi-pouce de velu aux pierres, qu’on retaille en ravalant; et par ce moyen on évite les écornements qui se font ordinairement aux carnes des pierres en les taillant el en les posant.
Calx quoque ab arena discedit. Les parties du mortier ne sauraient être attachées ensemble, ni le mortier faire liaison avec les pierres, s’il ne demeure longtemps humide; car lorsqu'il se sèche trop tôt, la chaux quitte le sable, ainsi qu'il est dit, c’est-à-dire que ces deux subslances étant séparées l’une de l’autre par l’interposition de Y'air que la sécheresse introduit, les parties volatiles qui sorlant du sable dévraient passer dans la chaux pour lui rendre sa dureté, ne la pénétrent poiñt, mais se perdent dans l'air. Or, cela n'arrive point lorsque le mortier est humide; car par le moyen de lhumidité la chaux et le sable sont immédiatément joints l’un à l’autre, et les parties volatiles du sable étant longtemps retenues par l'humidité, ont le loisir de pénétrer la chaux. C’est ce qui fait, que l’on met moins de chaux dans le mortier dont on maconne les fondements et les murs qui sont sous terre, que dans ceux qui sont à l'air; parce que dans les derniers il faut rendre la chaux assez forte par sa quantité, pour tirer promptement et suffisamment la substance volatile du sable, pendant le peu de temps que le mortier demeure humide, et qu'il n’est pas besoin d’une si grande force de chaux au mortier qui est longtemps à sécher; parce que
cette force, quoique moindre, agissant pendant un long temps, fait le même effet qu'une plus grande qui w’agit que pendant peu de temps.
Secundum orthostatas intrinsecus. Je lraduis parements, le motorthoslatæ, qui signifie, à la lettre, les choses qui sont dressées, el élevées à plomb. Car, quoique pro- -prement ce mot signifie des élais, poteaux, chaines, piédroits, pilastres, éperons et jambes de force, y a néanmoins lieu de croire que Vilruve s’en est servi pour signifier le parement de la muraille, parce qu'il est toujours fait de pierres qui s'élèvent également droit les unes sur les autres, et que nous appelons dressées à la règle; ce qui ne se rencontre pas aux pierres qui font la garniture du dedans de la muraille, lesquelles ne feraient pas une
structure fort droite, si on avait ôté les pierres qui font les parements. Tous les traducteurs qui ont interprélé orthostalæ par les mots de jambes de force ou d’éperons, ’ont pas, ce me semble, si bien expliqué cet endroit, qui est fort obscur. Tout ce qu'on peut objecter à l’explication que je donne de cette structure, est qu'il semble qu’elle a un grand rapport avec celle qui est appelée emplecton. Mais elle en est, en effet, différente, en ce que l'emplecton est tout fait de pierres brutes, et la structure dont il s’agit est en partie de pierres taillées, équarries et jointes ensemble avec du fer et du plomb, et en partie de pierres brutes et jetées à l'aventure. J'en ai fait un genre particulier de maçonnerie, que j'appelle revinclum, à cause qu'il est dit qu'en cette sorte de structure, cum antis ferreis et plumbo frontes vinctæ sunt. On la pourrait néanmoins ranger sous le genre d’inser{um, à cause de la liaison qu'elle a par le moyen des crampons de fer, de même que les autres liaisons se font par le moyen des pierres engasées et entrelacées les unes avec les autres.
E molli cæmento structura polila. Je w’ai pu être de l'avis des traducteurs italiens, qui interprèlent molle cæmentum, du moellon tendre, molle e tenero; car, quoiqu'il s'agisse de cailloux et de pierres dures dans celle structure des Grecs , il est évident que cette dureté n’est pas ce qui fait l'essence et la différence de cette structure; c’est seulement que les pierres ne soient pas carrées et polies comme dans le reficulatum et dans l'insertum, qui, pour avoir la figure qui leur estnécessaire, doivent être faits avec le cæmentum molle, c’est-à-dire, avec une pierre qui ne soit pas incapable de la taille et du poli, comme sont les cailloux ; mais qui ne doit pas aussi être molle et tendre, parce que de ces sortes de structures, principalement de celle qui est appelée insertum, lous les meilleurs et les plus solides bâtiments sont faits.
Cum discesserint a quadrato. I parait que cette espèce de structure des Grecs, qui est différente d’une autre structure des Grecs dont il est parlé dans la suite, consistait en deux choses : l’une est qu’elle était faite de pierres non taillées; l’autre, que les pierres étaient seulement d’une même épaisseur tout le long d’une assise ; car quadratus lapis, dont il est dit que.ces murailles n’élaient point faites, est la pierre qu’on employait dans le reticulatwm et dans linsertum, qui était non-seulement d’une même hauteur dans toutes les assises, mais dont la longueur était aussi toujours pareille; et par conséquent les pierres de cette espèce de structure des Grecs pouvaient être inégales dans leur longueur.
Ponunt de silice seu de lapide duro ordinario. J'nterprète par des rangées la structure qui est appelée ordinaria, parce qu’elle consiste seulement à mettre les pierres qui sont d’une même épaisseur selon des ordres où rangées , qu’on appelle assises ou lits. Cette structure, selon Philander, est moyenne entre celle qui se fait de pierres taillées et de celles qui sont mises sans ordre, parce que les pierres y sont mises par assises, les joints des lits faisant des lignes droites et parallèles.
Cum omnia choria æqua crassitudine fuerint structa. Ce que Vitruve appelle ici coria n’est autre chose que les ordres, les rangées et les assises. Autre part coria signilie les couches de mortier qu'on met ou entre les assises ou les unes sur les autres aux planchers ou aux enduils.
"Eurhezrov. On ne peut douter de ce que Vitruve entend par ce mot, parce qu’il décrit la chose ; et Pline l'explique encore plus clairement, quand il dit que l'emplecton est lorsque les parements sont faits avec des pierres arrangées, el que dans le milieu elles sont jetées au hasard; mais l’étymologie est incertaine. Baldus croit qu'emplecl{on, qui signifie en/relacé, est mis au lieu d’empleon, qui signilie rempli. Saumaise, sur Sobin, remarque que ce tot, qui pro-
prement signifie lié, est particulièrement affecté à la polissure que les femmes donnent à leurs cheveux au sommet de la tête, lorsqu’en passant le peigne légèrement dessus, elles en égalent seulement la superlicie; et il y a apparence que c’est pour cette raison qu’une coiffeuse est appelée emplectria par Suidas. On peut dire que cela à quelque rapvort avec une muraille, en laquelle les pierres des seuls parements sont arrangées. JI reste néanmoins une difficulté, qui est que l’ênsenum , que nous avons expliqué en liaison, semble n’être point différent de l’emplecton , quenous traduisons entrelacé, et qui est entrelacé en effet, à cause des couches de mortier qui sont entre les assises, el à cause des pierres longues et mises en Lravers pour altacher un parement à l’autre. Mais la vérité est que ces deux structures sont différentes, l’inser/wm étant du genre de structure où les pierres sont tailiées et où les assises n’ont la hauteur que d’une pierre, et l'empleclon étant du genre où les pierres sont brutes, et où les assises sont composées de plusieurs pierres qui en font la hauteur. Il y a une pareille difficulté à l'égard de l'espèce de structure que nous avons appelée revinctum. Il en a été parlé cidevant.
Sed nostri …. erectos choros…. serviunt. Je suppose que Vitruve a entendu qu’il y avait deux espèces d’assises, dont l’une était particulière à la structure appelée emplecton , et que l'autre étail commune à toutes les autres espèces de structure; que la {commune et plus ordinaire étail celle où les assises n'avaient qu’une pierre qui en faisait la bauteur , et que les assises qui étaient particulières à lemplecton étaient composées de plusieurs pierres mises les unes sur les autres ; en sorte que deux, trois on quatre pierres de différente épaisseur fissent la hauteur de l’assise, 11 me sémble que erecta coria, que j'ai interprélé des assises un peu hautes, ne saurait signifier autre chose.
Pentelensem. Strabon dit qu’on tire de fort beau marbre du mont Hymette et du Pentélique, 11 y a des exemplaires où, au lieu de Pentelensem, on lit Thentelensem. Caporali croit qu'il doit y avoir Palarensem, parce que dans la ville de Patare il y avait, à ce qu’il dit, un mur de brique bâti par Sémiramis, d’nne structure fort admirable.
In æde epistylia sint et columneæ. I paraît en plusieurs endroits de Vitruve que les anciens supprimaient quelquefois la frise et la corniche, et qu’ils se contentaient du seul architrave dans les dedans, les corniches étant faites pour couvrir les murailles et les défendre de la pluie ; ce qui est inutile dans un lieu qui est couvert par un toit. On verra dans la suite d’autres exemples de cette pratique, comme dans la basilique de Vitruve, dans les salles égyptiennes, etc.
Ad ornatum ædilitatis Varronis et Murænæ fuerunt allatæ, Pline (XXXV, 14) a raconté ainsi le même fait : Domum Trallibus regiam Attali, ilem Sardibus Cræsi, quam Gerusiam fecere, Halicarnassi, Mausoli, quæ eliam nunc durant. Lacedæmone quidem excisum lateritiis parietibus opus tectorium propter excellentiam picturæ ligneis formis inclusum, Romam depor lavere in œdilitale, ad Comitium exornandum, Muræna et Varro. Cum opus per semirum esset, translatum tamen magis mirabantur.
Mausoleum.. egregiis operibus.… factum. Voyez aussi sur ce célèbre monument, Pline, XXXVI, 5.
Structura testacea sub tegula subjiciatur. Voyez Palladius, I, 11.
Maxime ex veteribus tequlis tecti strucli parieles formitatem poterunt habere. I y a dans le texte ex veleribus tegulis tecti, structi parietes. Le copiste qui a écrit un ancien manuscrit sur lequel a été corrigé un exemplaire que j'ai, acru qu’il y avait un solécisme, prenant £ec/i pour un pluriel ; et il a mis ex veteribus tegulis tecta structa ;
ce qui donne des sens tout à fait différents au texte. Je fais cette remarque pour faire voir que ce n’est pas sans raison qu'on se donne quelquefois la liberté de proposer quelques changements au Lexte d’un auteur qui a été si mal traité par les copistes. ;
Impendentis loci disceptio cogit. Le texte a impendentis loci deceptio cogit. Je lis impediti loci interceptio, parce que la même chose a déjà été exprimée un peu auparavant en d’autres termes : car il est dit que les murs de cloisonnage dont il s’agit sont commodes, parce qu'ils sont bientôt faits, et qu’ils tiennent si peu de place qu’ils n’embarrassent point. Celeritale el loci laxamento prosunt.
Solum substruatur alle. I\ semble que le texte ne dise pas ce que j’ai mis, et que so/um substruatur alte siguilie que le fondement doit être profond; mais la suite du discours fait voir clairement que Vitruve n’a pas voulu dire autre chose , car la profondeur d’un fondement ne fait rien | pour empêcher qu'un mur de cloisonnage ne se pourrisse ; mais c’est l'empatement de maçonnerie qui le peut empècher; joint que l’on peut dire en quelque façon que les petits murs de maçonnerie que l’on fait au bas des murs de cloisonnage sont comme la partie supérieure du fondement qui sera hors de terre, et que solum substruatur a été mis au lieu de solo substrualur, c'est-à-dire supra solum.
Ch. IX. Materia cædenda est a primo autumno. Les précautions que les anciens ont prises pour ne couper le bois à bâtir qu’en bonne saison, tendent toutes à ce qu’il soit le plus exempt qu'il est possible d’une humidité crue et superflue, à laquelle tous les vices des bois doivent être attribués; car il est vrai que le bois se déjette et se Lour= mente lorsque cette humidité s’évapore inégalement , et qu'il s’emplil de vers , qu’il s’échauffe et se pourrit lorsqu’elle se corrompt. La raison de cela est que cetle humidité est de deux sortes : l’une est aqueuse, qui s’évapore assez tôt; l’autre est plus huileuse, qui est plus sujette à se corrompre; lune et l'autre est la matière de la nourriture et de l’accroissement des arbres, et de la production de leurs fruits et de leurs semences. Ces humeurs que les arbres reçoivent journellement de la terre et du ciel sont différentes de celles qu’ils ont dès leur naissance, qui est la principale et la plus noble partie de leur substance, laquelle n’est point sujetle à se corrompre, et ne s’évapore que difficilement. De sorte qu’en général toute sorte de bois est d'autant meilleur qu'il a moins de cette humidité crue et superflue; ce qui arrive aux arbres en certains temps de l’année, dans lesquels 4 cette humidité est comme épuisée, savoir, lorsque ce qu’ils 4 en avaient amassé au printemps, en recevant dans leurs racines les vapeurs qui s'élèvent en ce temps-là de la terre avec abondance, et qui s’y introduisent avec force, à | été consumé et employé en feuilles, en fruits et en semen- # ces ; lorsque la terre desséchée par les chaleurs de l'été est moins capable de fournir cette humidité, et lorsque les fibres des arbres, resserrées par le froid, sont moins disposées À à la recevoir. C’est pourquoi le premier temps propre à | couper le bois à bâtir est lorsque les feuilles, en tombant | des arbres, font voir que l'humidité qui les nourrissait L commence à manquer ; et ce Lemps commode dure jusqu’au printemps.
Mais outre cette observation générale de la saison de l'année, il yen à une autre du temps dela lune, qu'on tient aussi être de grande importance, et qui est fondée sur la | croyance qu’on à qu’en toutes choses l'humidité augmente | ou diminue selon que la lune croît ou décroit ; desorte qu'on | estime qu'il est meilleur de couper les arbres en décours, ! à cause qu’ils ont moins d'humidité; et Columelle avertit 4 que ce doit être pendant les dix derniers jours de la lune. Végèce, au contraire, estime que le meilleur temps est un
NOTES SUR VITRUVE, LIV. li.
peu après la pleine lune. A ces observations générales on en ajoute de plus particulières, qui sont prises du naturel des différents arbres. M. Cato veut qu’on coupe les chènes enété ; que les arbres qui ne portent point de fruit peuvent être coupés en tout temps, etceux qui en portent seulement Jorsque leurs fruits sont mûrs; que les ormes ne doivent être abattus que quand leurs feuilles sont tombées. Théophraste veut qu’on coupele sapin, le pin et le picéa, lorsqu’ils ont poussé leurs premiers jetons ; et le tilleul, l’'érable, l'orme et le frêne, après les vendanges.
Cum. humidæ temporum necessitate cæsæ fuerint. J'interprète les mots cum humidæ temporum necessilate fuerint, par l'humidité dont la disposition du temps emplit nécessairement les arbres, Cest-à-dire que la disposition du temps étant telle au printemps que les vapeurs de l’humidité, qui a été retenue et digérée dans la terre pendant l'hiver, étant contraintes, par la chaleur et par la fermentation qui les fait gonfler, de chercher quelques issues, elles entrent nécessairement dans les pores des racines , que la même chaleur dilate; d’où vient que toutes les plantes poussent au printemps, ainsi qu’il à été expliqué.
Vaneæ fiunt el raritatibus imbecillæ. Vitruve montre la vérité de cetle proposition dans le chapitre suivant, par la comparaison qu'il y fait des arbres qui croissent en deçà du mont Apennin avec ceux qui sont au delà; parce que ceux-ci, qui, étant exposés au midi, sont nourris d’un suc plus cuit etmoins abondant, ont leurs fibres plus serrées ; et les autres, qui ont recu beaucoup d'humidité entre leurs fibres, demeurent raréfés lorsque cette humidité s’est évaporée; el c’est cette rareté par laquelle les fibres sont écartées, qui fait que ces bois sont plus faibles que les autres.
Neque in venalibus ea, cum sunt prægnantia, præstantur sana. Si Vitruve ne s’est point trompé, la jurisprudence a changé depuis son temps; car Ulpien dit le contraire : Si mulier vænierit prægnans, inter omnes convenil sanam esse cam; maximum enim el præcipuum munus fæminarum, concipere ac lueri conceptum. I faut voir la seconde note du chapitre qui suit.
Cum ab disparatione procreationis est liberatum.J'interprète, comme on l’a vu, disparationem procreationis, parce qu'il est manifeste que Vitruve veuf dire qu’autant que la nature emploie de saug à la production de l'enfant, elle diminue autant des forces de la mère, qui est privée de sa nourriture , dont la meilleure partie est employée à une chose étrangère, supposant que la production et la nourriture sont deux générations, mais qui sont différentes. Et cette disparatio procrealionis n’est rien autre chose que ce qu’il a appelé auparavant aliud genus incrementi. Cela étant, comme il me semble, fort clair, je n’ai point fait difficulté de corriger cet endroit, en lisant a disparatione procreationis est liberatum, au lieu de ad disparalionem procrealionis est liberalum. Pour ce qui est de cette comparaison des femmes grosses, il semble qu’on a de la peine à en faire l'application aux arbres, sans abandonner les principes que Vitruve a établis, qui sont que l'abondance de l'humidité affaiblit les femmes grosses. Ce qui est dit ensuite, savoir, qu’il faut cerner les arbres par le bas pour en faire écouler l'humidité, confirme aussi la première pensée de Vitruve, que je crois être la meilleure.
Incidatur arboris crassitudo ad mediam medullam. Le cœur, qui est la partie que l’aubour couvre, est ce que Vitruve appelle medulla. Ce mot est équivoque, parce qu'il signifie non-seulement la partie la plus solide du bois, laquelle est au milieu, mais aussi cette partie tendre et mollasse qui se trouve au milieu des premiers rejetons, et que les branches et les troncs même de quelques arbres ont, tels que sont le sureau, le figuier, la vigne.
Pour ce qui est de cerner les arbres par le med, Pline dit seulement ad medullam , et Palladius , usque ad medullam; mais Vitruve dit usque ad mediam medullam, pour faire entendre qu’il est plus sûr de couper un peu avant dans le cœur, afin que s’il est passé quelque humidité de laubour dans les parties du cœur qui lui soient voisines, elle s'épuise entièrement.
Per loruluwm. Le mot latin torulus, que j'ai expliqué aubour, est un mot particulier à Vitruve pour cela. Dans Plaute, il signifie un petil chapeau; on peut aussi dire qu'il signifie un petit matelas, peut-être à cause de Ja mollesse de cette partie du bois; ce qui pourrait convenir aussi au feutre d’un chapeau. Notre nom français aubour est pris du mot latin dont Pline s’est servi, qui appelle cette partie des arbres alburnum propter albedinem, parce qu’en effet l'aubour est plus blanc que le reste du bois. Pline dit que c’est la graisse du bois qui est immédiatement sous l'écorce, ainsi que la graisse est sous la peau ; et de même qu’elle est une partie moins ferme que la chair et qui se consume la première, ainsi l’aubour est la partie du bois qui se carie et qui se pourrit plus aisément. Mais s’il est permis, à l'exemple de Pline, de rapporter les parties des plantes à celles des animaux, j’aimerais mieux dire que, dans les plantes , l’aubour, ou ce qui tient lieu de laubour, fait loftice des veines, et que loflice des artères est fait par l'écorce, qui reçoit la nourriture de la racine, comme les artères reçoivent le sang du cœur, et qu’elles le portent à toutes les parties de l’arbre; que ce que l'écorce contient est un peu plus parfait, mieux cuit et destiné à la nourriture; et que le reste de celte nourriture est renvoyé à la racine par l’aubour, ou entre l'écorce et le bois, ou même entre les fibres du bois, afin d’être de nouveau cuit et perfectionné , pour remonter par l'écorce, et ainsi, par une circulation continuelle, imiter celle qui se fait dans le corps des animaux. L’écoulement de cette humeur aqueuse, qui arrive quand on a cerné l'arbre jusqu'au cœur du bois, fait concevoir de quelle manière se fait ce différent mouvement de diverses liqueurs , qui est, que la disposition des pores et des fibres de l’aubour ou du cœur du bois est telle, qu’ils laissent aisément couler l'humeur en bas, et que les fibres et les pores de l'écorce ont une disposition contraire, qui fait que, quoique ce cerne coupe l'écorce aussi bien que l'aubour, il ne tombe néanmoins que l'humeur aqueuse et crue ; de même qu’en l’amputation d’un membre d’un animal il ne coule qu’une espèce de sang, savoir l’artériel, l’autre espèce étant retenue el suspendue par les valvules qui sont dans les veines. Cette matière est traitée plus amplement dans le premier tome de mes Essais de physique, où je tire de ce système de la nourriture des plantes un théorème et un précepte assez important pour lPemploi du bois dans les bâtiments , qui est de poser les pièces qui sont debout en une situation contraire à celle qu’elles ont naturellement étant sur pied; car par ce moyen on peut empêcher que l’eau, qui tombe dessus ne les gète, comme elle ferait si le bois était en sa situation naturelle; par la raison que les conduits qui sont dans les bois, disposés pour laisser couler l'humidité superflue vers la racine, laissent aisément pénétrer l’eau, qui est de même nature que cette humidité superflue; ce qui n'arrive pas si facilement le bois. étant renversé, parce qu’alors l’eau ne rencontre que des conduits disposés à faire couler l'humeur huileuse destinée à la nourriture de la plante, avec laquelle une substance simplement aqueuse, telle qu’est celle de la pluie, ne se mêle pas facilement.
Voyez Palladius, XI, 15, 1 ; et Pline, XVI, sect. 74.
Dicitur esse fusterna. Ce motest primitif, selon la plus commuue opinion. Néanmoins Baldus et Saumaise croient qu'il est dérivé de fustis, qui signifie un bâton noueux.
Excisa quadrifluviis disparatur. Les troncs des gros
sapins étant coupés de travers ont deux cercles de différentes fibres, lesquelles , lorsque l'arbre est fendu par le milieu et selon le fil, font quatre séparations de différentes ondes; ce qui fail appeler ces troncs, ainsi coupés, quudrifluviatos par Pline.
Quercus. Les auteurs ne s'accordent pas bien sur les différences des arbres qui sont comprises sous le nom de quercus; car il y a l'ilex, lerobur, l'hemeris, le platyphyldos, le phegos, l'esculus, etc., qui sont pris souvent les uns pour les autres. Mais comme Vitruve ne parle ici que de deux, et qu'il oppose le guercus à l'esculus, qui est le petit chène , comme il sera montré ci-après, j'ai cru pouvoir appeler quercus le grand chêne, vu que l’auteur de l’histoire des plantes de Lyon, qui a été faile sur les mémoires de Dalechamp, est de cet avis, quand il dit : Quercus, in specie, est arborum omnium maxime procera, c'est-à-dire que le chêne simplement, et pris pour une espèce, est un très-grand arbre.
Sed fugiens ab humore resistit el lorquetur.Laraison pour laquelle le chène est sujet à se Lourmenter el à se déjeter n'est pas parce qu’il est rempli de peu d'humidité, car il y a des bois plus secs qui ne se tourmentent point ; mais c’est parce qu'il est composé de parties inégales, y en ayant de sèches, dures et fibreuses, qui demeurent fermes, pendant que les autres, qui étaient plus humides , se retirent, lorsque leur humidité s’évapore après que le bois est mis en œuvre.
Esculus. L'espèce de chêne appelée esculus est décrite bien différemment par les auteurs. Virgile représente l’esculus comme un, très-grand arbre, dont les racines, qui sont aussi longues que les branches, descendent jusqu'aux enfers. Bruel et Bélon croient aussi qu'esculus est le platyphyllos de Théophraste, qui est un chène qui nonseulement a les feuilles larges, comme le nom, qui est grec, le porte, mais dont les branches sont aussi fort grandes. Dalechamp, au contraire, le fait un petit arbre tortu, dont les feuilles sont étroites, suivant Pline, qui dit aussi qu'il n’est pas fort haut. Cette opinion est la plus reçue par les botanistes, qui croient que l’esculus est le phegos de Théophraste, à qui les Latins ont donné le nom d’esculus à cause que son gland est bon à manger, ce que le nom de phegos signifie aussi; et le phegos est décrit par Théophraste comme un petit chêne qui ne s'élève pas fort haut, mais qui s'étend seulement en rond.
Cerrus. Cet arbre est une espèce de chêne appelé ægilops par les Grecs. Dalechamp dit qu'il n’a point de nom français, parce qu'il ne croît point en France; et Pline assure qu'il n’est pas même connu en la plus grande partie de l'Italie. Ruel croit que c’est le hêtre , à cause de la ressemblance qu’il trouve aux noms; mais le cerrus et le hêtre sont des arbres qui n’ont aucun rapport. Le cerrus est différent des autres chênes en deux choses principales : l'une, que ses glands sont petits , ronds et presque recouverts par leur calice, qui est assez âpre, et en quelque façon comme la première écorce d’une châtaigne ; l’autre est qu’il pend d’ordinaire de ses branches une mousse Jongue comme le bras. Son bois est cassant et se corrompt aisément, comme dit Vitruve.
Vitex. Parce que nous n’avons point d'autre nom français pour exprimer le vitex des Latins, il a fallu nécessairement se servir de celui que les apothicaires ignorants vnt mis en usage, qui est composé de deux mots, l’un grec et l’autre latin, qui signifient la même chose, savoir, chaste. On tient que ce nom a été donné à cet arbrisseau à cause de la vertu que l’on dit qu’il a de conserver la chasteté ; d’où vient que les femmes grecques se couchaient sur ses feuilles quand elles devaient assister aux fêtes de Cérès , qu’il fallait célébrer avec une grande pureté. Mais ce que Vitruve dit de la fermeté de son bois n’a aucune vraisemblance; et je crois qu'au lieu de rigiditatem il
doit y avoir levilalem; parce que ce bois est fort léger, et propre aux ouvrages qui ne demandent pas tant de fermeté que de légèreté ; ce qui est encore confirmé par ce qu'il est dit qu'il a éraclabililalem, qui est l'opposé de rigidilater.
Propter rarilatem. La quantité des pores n’est point une cause évidente de la blaucheur :et il y a plus d'apparence qu’elle doive produire la noirceur, par le défaut de la réflexion de la lumière, qui se perd dans les pores.
Recipiens in sequod minus habel in corpore liquoris. Ceci est dit conformément aux principes qui ont été établis au quatrième chapitre du premier livre, où , suivant l'opinion d'Empédocle, Vitruve estime que les poissons aiment l’eau à cause de l’excès de la chaleur de leur tempérament; mais il n’y a pas d'apparence à l'un et à l’autre ; et l’aune résiste à l’eau , parce qu’il en est naturellement plein; et quand il est exposé à l'air et au chaud, qui consume facilement son humidité naturelle, parce qu’elle n’est point huileuse, mais aqueuse, il se pourrit aisément,
Aut in agro præsectæ. Je lis, avec Jocundus, cum fuerint in agro perfectæ, au lieu de persectæ, qui est dans la plupart des exemplaires, et que J. Martin interprète en les purgeant. ,
Zoye. Pline { XVI, sect. 26) a dit du même bois : Ter. lium genus zygiam rubentem fissili ligno, cortice livido et scabro. Hoc ali generis proprüi esse malunt, el latine carpinum appellant. /
Habent lumoris abundantiam. L'amertume qui est dans ces sortes de bois est une marque plus assurée de la sécheresse de leur tempérament que leur facilité à plier ne lest de leur humidité. Car il est aisé de trouver des raisons de cette faiblesse dans la rareté de leurs fibres , qui , étant dispersées et non ramassées, ne sont pas capables de résister à la pesanteur qui les fait plier. Mais il est fort difficile de faire comprendre que l’amertume, l'odeur forte et agréable, la résistance à toute sorte de corruption, ek l'inflammabilité, soient des marques d’une grande humidité.
Arboris ejus (cedri)suntsimiles cupressece foliaturæ. Il faut que le texte de Vilruve soit corrompu, de même que celui de Dioscoride, en ce qui regarde la description du cèdre; car Dioscoride lui donne du fruit semblable à celui du cyprès, et Vitruve dit qu’il a des feuilles comme le cyprès. Cependant ni l’un ni l’autre ne se trouvent véritables. J1 n’y a que l'oxycedrus lycia qui ait des feuilles en quelque façon semblables à celles des cyprès; mais il y a grande apparence que le cèdre dont Vitruve parle ici est le grand cèdre appelé cedrelalo ou cèdre phénicien, qui est celui qui sert à bâtir, dont les feuilles n’ont aucun rapport avec celles du cyprès, étant beaucoup plus semblables à celles du genièvre.
Ephesi.. lacunariaæ ex ea... sunt facta. Noy. Plin., XVI, sect. 79.
Nascuntur autem hæ arbores maxime Cretæ. Je lis, nascuntur arbores hæ maxime in Cretæ el Syriæ regionibus, suivant mon manuscrit, au lieu de nascuntur maxime, etc. Philander a corrigé une faute de cette même pature à la fin de ce chapitre, où les exemplaires ont cer(æ tabulæ , au lieu de certe tabulæ , etc.
Larix. Le doute qu’on peut avoir raisonnablement, si le mot larix de Vitruve, de Pline et de Palladius est le nôtre, qui s'appelle en français mélèze, m’a empêché de changer son nom en latin, qui est devenu assez français. Car la principale qualité du larix de ces trois auteurs, qui est de ne pouvoir brûler, manque à notre mélèze, qui brüle fort bien et fait de bon charbon, ainsi que Scaliger assure, et dont on se sert pour fondre les mines de fer aax montagnes de Trente et d’Ananie ; et même on ne brûle point d’autre bois dans tout le pays d’alentour, à ce que dit Mathiole. Ceux qui croient que le larix des anciens
est notre mélèze, s’arrélent davantage à la description que Vitruve fait de l'arbre et de ses propriétés pour la guérison des maladies, qu'a celle d’être incombustible, qui doit passer pour fabuleuse, non-seulement dans le larix, mais en toute autre sorte de bois qui est résineux et odorant, de même que Vituve dit qu’est son larix.
Ch. X. Venarum rigore permanente. Le lexte avenarumrigorem permutantes ; je trouve dans mon manuscrit venarum Tigore permanente; et je suis ce texte, qui signifie que les fibres des arbres dont les intervalles sont remplis d'humidité étant éloignées les unes des autres lorsque le bois est vert, le rendent spongieux et lâche quand il vient à se sécher, à cause du grand vide que celte bumidité y laisse après qu’elle est consumée; ce qui n’arriverait pas si, en séchant, les fibres changeaient de place, se rapprochant et se joignant les unes aux autres.
Fiunt inanes et evanidæ. Cet exemple confirme ce qui a été dit au chapitre précédent, savoir, que la trop grande abondance d'humidité rend le bois plus faible et de moins de durée. Ce qui est contraire néanmoins à la philosophie de quelques-uns de nos illustres jardiniers, qui prétendent que l'abondance d'humidité qui fait produire beaucoup de bois ou de feuilles aux arbres est un effet de leur force, et qu'ils ne produisent des fleurs et des fruits que parce qu’ils n’ont pas la force de faire du bois; d autant, disent-ils, que la première intention de la nature est de se conserver et de s’accroître, et non pas de produire son semblable; en sorte que, suivant ce raisonnement, on conclurait que les arbres qui croissent lentement, et qui ne deviennent jamais extrêmement grands, seraient les plus faibles. Mais on ne trouve point dans les ouvrages de la nature que la promptitude de leur accomplissement, hi la grandeur de leur masse, soit une marque de leur force, qui ne se doit mesurer que par la qualité noble et importante des effets, qui ne peuvent être produils que par une vigueur et une puissance extraordinaires. Par la même raison, il n’est pas vrai que la production des fruits procède d’une moindre force que la production des branches, parce qu’il n’est pas nécessaire que la puissance qu’un être emploie pour se conserver soit plus grande que celle dont il a besoin pour en produire un autre : au contraire, il y a apparence que les actions dont l'usage est le plus ordinaire et le plus nécessaire sont celles qui doivent être les plus faciles , et que celles qui sont moins nécessaires ne sont faites que de l'abondance de la force, qui, après avoir satisfait à ce qu’il y a de plus nécessaire, se trouve encore suffisante pour autre chose.