‹ Celse, Vitruve, Censorin (œuvres complètes), FrontinChapitre 192 sur 265 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Imperator Cæsar. Quelques-uns doutent quel est l'empereur à qui Vitruve dédie son livre, parce qu'il ny a point d'adresse, dans les anciens exemplaires, qui nomme Auguste, Philander étant le premier qui à intitulé cet ouyrage M. Vitruvii Pollionis de Architectura, lib. X, ad Cæsarem Augustum. 11 y a néanmoins plusieurs choses qui peuvent faire croire que c’est Auguste à qui ce livre est dédié, et non Titus, ainsi que quelques-uns veulent. Premièrement, le style tient beaucoup plus de la rudesse que la langue latine avait daus les temps qui ont précédé celui d’Auguste, que de la corruption qu’elle a eue dans ceux qui l'ont suivi, et que l'on commençait à sentir dans Sénèque , dans Pline et dans Tacite; ainsi qu'il paraît par les vieux mots dont Vitruve se sert, tels que sont donicum pour donec, quot mensibus pour singulis mensibus, et plusieurs autres, qui se lisent dans Ennius, dans Pacuvius et daus Lucrèce, dont il parle comme des écrivains les plus polis qui lui fussent connus , sans faire mention des autres auteurs , dans le langage desquels on trouve cette beauté particulière à celui du siècle d’Auguste, et qu’apparemment Vitruve ne goûtait pas, suivant l'humeur des personnes de son âge, qui méprisent ordinairement les choses nouvelles : car cela doit empêcher qu’on ne soit étonné de ce qu’il n’a pas mis Cicéron et Virgile au nombre des excellents écrivains de son temps. En second lieu, les exemples pris des bâtiments de Rome dans plusieurs endroits de cet ouvrage font voir que ni le Panthéon ni le théâtre de Marcellus, qui ont été bâlis sous Auguste, ne Yétaient pas encore du vivant de Vitruve, qui a composé son livre avant qu’Auguste fût empereur, et le lui a dédié

- au commencement de son empire. Car si Titus était l'empereur pour qui Vitruve à fait son livre, cet auteur n’aurait pas affecté de ne faire aucune mention des beaux édifices construits du temps d’Auguste et depuis, et principalement du Colisée, achevé par Vespasien. Mais ce qui me parait bien fort est ce qui est au troisième livre, où Witruye parle d’un temple qu'il dit être proche du théâtre de pierre; car cela fait voir que du temps de Vitruve il n’y avait à Rome qu'un théâtre de pierre, savoir, celui de Pompée; ce qui n’était pas vrai au temps de Vespasien, où il y avait à Rome plus d’un théâtre de pierre; et il n’est

… pas croyable que le théâtre de Pompée eût retenu le nom de théâtre de pierre, de même que le nom de Pont-Neuf est demeuré à un des ponts de Paris, quoiqu'il y en ait plusieurs autres de plus neufs. Si cela était, Pline, qui

. parle du théâtre de Pompée comme du premier bâti de pierre à Rome, n'aurait pas oublié de dire que le nom de théâtre de pierre lui était demeuré. Ces conjectures, qui,

. à la vérité, nesont point convaincantes, me semblent néanmoins plus fortes que celles qu’on a du contraire, telles que sont celles qu’on prend du templede la Fortune Équestre de Rome, dont il est parlé au deuxième chapitre du troisième livre, et que quelques-uns veulent n'avoir été bâti que depuis Auguste ; de même que celle qui est prise

du fils de Massinissa, dont Vitruve fait mention au quatrième chapitre du huitième livre, qu’on croit être un au-

tre que le fils du grand Massinissa, qui vivalt plus de cent ans avant Auguste : car de ces conjectures on ne saurait tirer des arguments qui soient sans réponses. Mais je ne les mettrai point dans cette note, qui est déjà assez longue : je les réserve pour les endroits du livre desquels ces remarques sont prises. (Note de Perrault.)

Perrault a traduit les mots Zmperator Cæsar par Seigneur, que nous n'avons pas cru devoir laisser. En effet , Suétone dit formellement, dans la Vie d’Auguste , ch. 53, « que ce prince eut toujours horreur du titre de maître, comme d’une injure et d’un opprobre. » Tibère affecta le même mépris pour ce nom ( Voyez Suétone, Tib. 27). Domitien paraît avoir été le premier qui l'ait accepté (Id., Domit. ch. 13). Longtemps encore après, Alexandre Sévère défendit qu'on le lui donnât (Lamprid., Alex. Sev. ch. 4).

Imperium parentis. Auguste n’était point, en effet, fils d’empereur ; mais comme chacun sait qu’il était fils adoptif de l'empereur Jules-César, cette particularité ne doit encore rien faire pour l’opinion de ceux qui soutiennent qu’Auguste n’est point l’empereur à qui Vitruve a dédié son livre.

Cum M. Aurelio et P. Numisio. Le texte d’après lequel a traduit Perrault portait Minidio, qui est la leçon de la plupart des éditions. On lit aussi dans d’autres Numidico, Numidio, et Numicio.

Ch.1. Architecti est scientia, etc. La définition de l’architecture, telle que la donne Vitruve, ne semble pas assez précise, parce qu’elle n’explique pas le nom d'architecture, selon le grec ; et elle lui attribue même une signification plus vague que n’est celle du mot grec architectonice, en lui donnant la direction de toute sorte d'ouvriers, dont il peut y avoir un grand nombre qui ne sont point compris dans le mot £ecton, qui ne signifie que les ouvriers qui sont employés aux bâtiments. Mais l'intention de Vitruve a été d’exagérer le mérite et la dignité de cette science, ainsi qu'il l'explique dans le reste du chapitre, où il fait entendre que loutes les sciences sont nécessaires à un architecte; et en effet, l'architecture est celle de toutes les sciences à qui les Grecs aient donné un nom qui signifie une supériorité et une intendance sur les autres ; et quand Cicéron donne des exemples d’une science qui a une vaste élendue, il allègue larchitecture, la médecine et la morale. Platon a été dans le même sentiment quand il a dit que la Grèce, toute savante qu’elle était de son temps, aurait eu de la peine à fournir un architecte. On pourrait dire la même chose aujourd’hui de la France , qui, bien que remplie de personnages experts en toutes sortes de professions, n’a point d'architectes, tels que Vitruve les demande ; ceux qui font profession de cette science n’étant point des gens de lettres , ainsi qu'ils étaient autrefois.

Omnia quæ ab ceteris artibus perficiuntur opera. Nous avons, comme Perrault, entendu par cetté phrase les arts qui se rapportent à l'architecture. « Ces mots, dit-il, ne sont point expressément dans le texte; mais ils doivent y être, parce qu’il n’est point vrai que l'architecture juge de tous les autres arts, mais seulement de ceux qui lui appartiennent ; et il n’est point croyable que Vitruve ait voulu pousser si avant la louange de l'architecture. »

Ea nascitur ex fabrica et ratiocinalione. Les mots de fabrica et de ratiocinatio, de la manière que Vitruve, les explique , ne pouvaient être autrement traduits que par

pratique et théorie, parce que raisonnement est un mot trop général , et que fabrique (dans ce sens-là) n’est pas français.

In architectura hœc duo insunt, quod significatur et quod significat. Je crois que Vitruve entend par la chose signifiée celle qui est considérée absolument et simplement telle qu’elle paraît être ; et par la chose qui signifie, celle qui fait que l’on connaît la nature interne d’une chose par ses propres causes. Ainsi, dans l'architecture, un édifice qui paraît bien bâfi est la chose signifiée; et les raisons qui font que cet édifice est bien bâti sont la chose qui signifie, c’est-à-dire qui fait connaître quel est le mérite de l'ouvrage (Perrault). — Vitruve paraît avoir eu en vue de rendre ici les expressions grecques rù cnuavouevoy, et Tù onpatvoy.

Litteratus sit. « Je n’ai pas cru, dit Perrault, devoir traduire à la lettre le mot litferatus , qui signifie proprement celui qui est pourvu d’une érudition non commune, et qui sait du moins la grammaire en perfection. Vitruve s'explique assez là-dessus, quand il réduit toute cette littérature de l'architecte à être capable de faire ses devis et ses mémoires, et quand il explique dans la suite lifteratus par scire litteras , qui signifie savoir écrire ; et c’est en ce sens que Néron dit une fois, lorsqu’au commencement de son empire on lui fit signer une sentence de mort, VeZlem nescire litteras. »

Nous avons pensé, au contraire, que Vitruve, qui exige tant de connaissances de l'architecte, lui demande autre chose que de savoir simplement écrire. Étudier avec soin la philosophie, bien connaître l’histoire, etc., cela n’est possible qu’à un homme lettré.

Per opticen… lumina recte ducuntur. L'optique a des usages bien plus importants, selon les architectes modernes et même selon Vitruve, que de faire faire les ouvertures à propos pour donner le jour. Vitruve, au second et au troisième chapitre du troisième livre, et au second chapitre du sixième, emploie cette science à régler les changements qu’il dit devoir être faits des proportions des membres de l'architecture suivant les différents aspects ; sur quoi je me suis expliqué assez au long dans mes notes sur ces endroits touchant l'opinion particulière que j'ai sur ce changement des proportions , et j’en ai même fait un grand chapitre dans mon traité De l'ordonnance des cinq espèces de colonnes.

Difficilesque queæstiones geometricis ( arithmeticis ) rationibus…. inveniuntur. La division qui se fait par le calcul et qui s'explique par des chiffres est bien meilleure et plus sûre que celle qui se fait par le compas, tant pour les distributions de toutes les parties d’un bâtiment, lorsqu'on en veut faire le dessin, que pour la donner à exécuter aux ouvriers (Perrault). — C’est à Galiani qu'on doit ici la leçon arithmeticis, leçon que préférait aussi Philander; et Gottlob Schneider l’a reçue dans son édition.

Slatuas marmoreus muliebres stolatas quæ Caryatides dicuntur. On voit encore à Rome quelques restes de ces sortes de statues antiques. Montiosius, qui s’est beaucoup mis en peine de chercher quelques marques des cariatides que Pline dit avoir été mises par Diogène, architecte athénien, pour servir de colonnes dans le Panthéon, rapporte qu’il en a vu quatre en l’an 1580, qui élaient enterrées jusqu'aux épaules au côté droit du portique en demi-relief, et qui soutenaient sur leurs {êtes une manière d’architrave de la même pierre. Et il y a lieu de croire qu’elles étaient au-dessus des colonnes qui sont à présent au dedans du temple, et à la place des pilastres de l’attique qui est sur ces colonnes ; la commune opinion étant que cet attique est un ouvrage ajouté depuis peu, et qui est plus moderne que le reste. On voyait encore à Bordeaux, il y a dix ans, dans un bâtiment fort aucien et tres-magnifique, appelé les Tutèles, de ees espèces de cariatides, qui sont

des statues presque en demi-relief, de neuf pieds de haut, posées sur dix-neuf colonnes de quarante-cinq pieds de haut, qui étaient restées des vingt-quatre qu'il y avait antrefois. Ces cariatides étaient au nombre de trente-quatre, y en ayant dedans et dehors l'édifice ( Perrault ).

— On assigne à l'invention des cariatides une autre origine que celle qui est rapportée ici. Quelques auteurs voient dans ces figures l’image des jeunes filles de Laconie, dansant en l'honnenr de Diane Caryatis, ainsi nommée de la ville de Caryum. Voyez Pausahias, 111, 11; — Pline, x xxv1, 4, sect. 5, et 10.

Mutulos. J'ai interprété mutulos par le mot de mutules et non de modillons, qui est italien et qui signifie la même chose, quoiqu’on les distingue, et que les mutules soient pour l’ordre dorique seulement, de même que les triglyphes, ainsi qu’il est enseigné au deuxième chapitre du quatrième livre; et que les modillons soient un mot mis en usage par les modernes pour les mutules des autres ordres. - x

Pausania Agesipolidos filio duce. Perrault avait traduit d’après un texte qui porte Cleombroti au lieu de Agesipolidos , leçon adoptée par Gottlob Schneider.

Sustinentes epistylia. J'ai mis le mot d’architrave au lien du grec épistyle, qui signifie posé sur la colonne; parce qu’architrave, quoiqu'il ne soit pas français, est plus connu qu'épistyle. Architrave est un mot barbare, moitié grec et moitié latin, quoique Bernardinus Baldus veuille qu’il soit lout latin, et composé des mots arcus el trabs, comme étant une pièce de bois qui est mise sur les colon nes, au lieu d’arcades. Mais la vérité est que l’on a toujours écrit architrave et non arcutrave, et qu’archi, dans la composition des mots grecs, signifie ce qui est le premier. et le principal; ce qui convient fort bien à la pièce de bois qui se met sur les colonnes, qui est la première et la principale et qui soutient les autres, savoir les poutres et les solives , et qui d’ailleurs fait un effet bien différent de celui des arcades , qui ne lient point les colonnes les unes aux autres ; ce qui est le principal usage de l’architrave, qui est proprement ce que nous appelons en: français poitrail ou sablière. Û

Et ornamenta corum. Le mot d’ornamenta, dans Vitruve, signifie particulièrement les trois parties qui sont posées sur la colonne, savoir, l’architrave , la frise et la corniche, qui est une signification bien différente de la signification ordinaire, qui comprend toutes les choses qui. ne sont point des parties essentielles, mais qui sont ajou-. tées seulement pour rendre l’ouvrage plus riche et plus beau , telles que sont les sculptures de feuillages , de fleurs et de compartiments, que l’on taille dans les moulures, dans les frises, dans les plafonds, et dans les autres endroits qu’on veut orner.

Spiritus naturales aliter atque aliter fiunt. U y a apparence que Vitruve, parlant ici des vents qui se rencontrent souvent mêlés avec l’eau dans les tuyaux des fontaines, entend qu'ils y sont engendrés , parce que le mot de fiunt, dans un discours où il s’agit de physique, semble signifier le changement de l’eau en un corps de nature aérienne ; et c’est ce qui est exprimé an chapitre sept du buitième livre par le mot de nascuntur ; maïs parce que la vérité est que cette production du corps aérien est une chose qui ne saurait arriver dans les tuyaux des fontaines, parce qu’il est besoin pour cela d’une cause extraordinaire qui produise une soudaine raréfaction qui ne se rencontre point daus les fontaines, j'ai cru pouvoir traduire, avec plus de vérité, spiritus fiunt, il s'enferme des vents, que si j'avais mis il s’engendre des vents; parce que c’est la même chose, et que l’air qui est seulement enfermé, aussi bien que celui qui serait engendré dans les tuyaux , fait du veut en effet, lorsque la violence du mouvement et de la compression le fait couler ; le vent n'étant autre chose que le

cours et le flux impétueux de Pair. Vitruve s'explique assez bien sur cela au lieu qui vient d'être allégué , et fait entendre que ces vents ne sont autre chose que l’air qui s'enferme avec l’eau, lorsqu'elle entre impétueusement dans les tuyaux.

Uti canonicam ratlionem et mathematicam notam habeat. Ces deux proportions sont la mème chose, qui sont opposées à la proportion musicale où harmonique, comme Vitruve l'entend au chapitre trois du cinquième livre, où il dit que les architectes ont réglé les proportions des théàtres pour faire que la voix y füt conservée et fortifiée, sur les proportions tant canoniques et mathématiques que musicales. Quæsiverunt, dit-il, per canonicam mathematicorum, et musicam rationem. Ces deux proportions son£ telles, que la musicale et harmonique est seulement fondée sur l’ouïe, qui juge, par exemple, que la double octave en contient deux simples ; et la canonique où mathémalique est fondée sur la même géométrie, qui fait voir qu'une corde partagée par la moitié sonne l’octave de la corde entière. Boetins Sévérinus dit que la proportion mathématique est appelée canonique , c’est-à-dire régulière, parce qu’elle est plus certaine, et qu’elle démontre plus clairement Ja proportion des lons que ne fait l'oreille, qui s’y peut quelquefois tromper. L'opinion d’Aulu-Gelle, qui oppose Ja proportion canonique à la proportion optique, attribuant Pune à la géométrie et l’autre à la musique, semblerait fonder le doute qu’on pourrait avoir que Vilruve eût eu l'intention d’opposer la proportion mathématique à la canonique. ( Perrault. )

— Gottlob Schneider regarde comme une interpolation les mots e{ mathematicam.

Foramina hemitoniorum. Les exemplaires sont différents; les uns ont foramina homolonorum , les autres hemitoniorum. Je lis komotonorum, contre l'avis de Turnèbe, qui se fonde sur Héron, qui dit que quelques-uns des anciens appelaient la corde que l'on passait dans ces trous {onon , quelques-uns enatonon, et d'autres kemitonion. Mais il peut y avoir faute dans le texte de Héron aussi bien que dans les exemplaires de Vitruve, qui ont hemitoniorum , parce qu'il est évident que Héron donne ces trois noms pour synonymes ; or, cela ne peut être, si on ne lit Aomotonon au lieu de kemilonion ; un ton signifié par onon, et un semi-ton signifié par Lemitonion, n'élant point synonymes. Pour ce qui est du texte de Vitruve, le sens demande qu’il y ait Aomolonorum, puisqu'il ne s’agit que de cette Aomotonie ou égalité de tension, qui peut être attribuée ou aux bras également bandés, ou aux curdes également tendues.

Ergastisaut suculis. Le moulinet, appelé par les Latins sucula, est une partie du vindas ou singe, qu’ils appelaient ergata. Sucula, qui signifie une petite truie, est aussi appelée en latin asellus, bucula, el oniscos en grec, à, cause des leviers qui sont passés dans le treuil du moulinet , que l’on prétend représenter les oreilles d’un âne ou d’une truie, ou les cornes d’une vache. Zrgala, qui est notre vindas, est une machine composée d’un moulinel qui est passéet posé tout droit, et accoié par des amarres, dont lune est en haut et l’autre en bas, et qui sont avec ün grand empatement pour tenir ferme contre le bandage. On s’en sert dans les bateaux pour les monter aux endroits où les chevaux ne les peuvent tirer, et aux navires pour lever les mâts.

Quod si non homotona fuerint, impedient direc- Lam telorum missionem. On fera voir, dans l'explication qui est faite plus au long de cette machine au dixième livre , que ce qui rend l'égalité de la tension des deux bras nécessaire , n’est pas seulement cette direction du javelot dont Vitruve parle ici, mais aussi le besoin qu'il a d’une grande force pour être poussé; car il est évident que si

aussi lorsque la détente se fera, et ainsi celui des deux

“bras qui sera le plus tendu ayant un mouvement plus vite,

poussera tout seul le javelot, qui n’attendra pas que le bras qui est moins tendu, et qui va plus lentement, le touche; et, par conséquent , sa force demeurera inutile : et cette même inégalité peut aussi empêcher la direction du javelot, élant impossible qu’il aille droit lorsqu'il n’est poussé que par l’un des deux arbres qui ne le frappe que par undes côtés de son bont, et non par le milieu, comme il ferait si la machine n'avait qu’un bras. Mais il faut, ainsi qu’il a été dit, avoir compris la structure de la machine pour entendre ce qui est dit ici.

Telorum. Je traduis par les mots « ce qu’ils doivent jeter, » le mot {ela , quiest un mot général pour tout ce qui peut offenser. Nous n’en avons point en français qui soit propre pour cela : cependant il aurait été nécessaire d’en trouver, parce qu’il s’agit ici de balistes et de catapultes, qui étaient des machines qui jetaient les unes des pierres, et les autres des javelots, qui sont toutes choses comprises par la signification du mot {ela.

Quæ Græci nyaix vocant. Philander croit que Vitruve veut faire entendre que vocwm discrimina sont appelés echeia par les Grecs; mais Baldus estime que c’est ænea vasa que Vitruve appelle echeia. Laet soupçonne le texte d’être corrompu, et qu’il faudrait lire sonituum discrimine.

Divisa circinatione in diatesseron et diapente et diapason. On voitbien ce que Vitruve veut dire ; la difficulté est de exprimer par un tour qui rende la chose elaire, sans employer des termes dont la signification soit beaucoup différente de celle des siens. — Je traduis par « tellement compassées , » les mots in circinalione, comme si Vitruve voulait dire divisées avec le compas, parce que les Lons sont ainsi divisés sur le monocorde, Il est vrai que cela se peut entendre aussi de la division du demicercle qui était la figure des théâtres, ce demi-cercle étant divisé en treize cellules, dans lesquelles les vases d’airain étaient placés.

Hydraulicas.… machinas. Vitruve n'entend pas ici toutes sorles de machines hydrauliques, c’est-à-dire qui appartiennent à l’eau et aux flûtes d’orgues où tuyaux des fontaines, mais seulement les machines que nous appelons à présent les orgues , telles qu’elles étaient chez les anciens, et dont il est traité plus amplement au chapitre treize du dixième livre.

Astrologia. Ce mot est général et commun à l’astronomie, qui est la connaissance du cours des astres, et à l'astrologie, quiest particulièrement la science que l’on prétend avoir de leur vertu pour prédire l’avenir ; qui n’est point celle dont Vitruve entend parler, parce que cette connaissance ne sert point à faire des cadrans au soleil, Platon est le premier qui a fait la distinction d’astrologie et d'astronomie.

Encyclios. disciplina. Le mot encyclopédie est Lellement commun dans la langue française, que j'ai cru pouvoir le mettre pour expliquer l'encyclios disciplina de Vitruve, qui, de même que l'encyclopédie, signifie le cercie des sciences, c’est-à-dire, l’'enchaînement qu’elles ont naturellement les unes avec les autres, qui est fondé sur la facilité que la connaissance d’une ehose donne pour en connaître une autre.

Necmusicus , ut Aristoxenus. Aristoxène n’était point musicien de profession ; mais c’était un philosophe disciple d’Aristote, et qui avait prétendu être son successeur dans son école. Ce qui l’a fait appeler musicien par Vitruve, est qu'il n’est resté de tous ses écrits que les trois livres des éléments de la musique harmonique. Ilen est parlé amplement au chapitre quatre du cinquième livre.

De venarum sphygino. Perrault, qui a traduit , d’après un texte qui portait de venarum rhythmo, dit : « J'inter-

la tension des bras est inégale, leur mouvement le sera } prète ces mots par la proportion des mouvements de Far-

tère dont le pouls est composé. » Vitruve, ajouie-t-il , s’est servi du mot général de veine pour signifier artère, de même que de celui d’astrologie pour astronomie. Les anciens et Hippocrate même confondaient ces deux sortes de vaisseaux, et les expliquaient par le mot de veine. — Pour ce qui est de rAylhmus, c’est un mot qui signifie généralement la proportion queles parties d’un mouvementont les unes avec les autres ; je l'ai traduit « la proportion dn mouvement des artères ,» parce que les médecins appellent ainsi la proportion qu’il y a entre les deux mouvements et les denx repos qui s’observent dans le pouls, dont les mouvements sont le systole, ou rétrécissement du cœur et des artères, et le diastole, qui en est l’élargissement ; les repos sont celui qui est entre la fin du systole et le commencement du diastole, et la fin du diastole et le commencement du systole. Ces proportions ne peuvent être bien observées que dans les pouls extrêmement véhéments, comme remarque Galien. Les médecins ont emprunté ce terme des musiciens, qui s’en servent pour expliquer les proportions et les mesures du chant. Il est aussi commun à la proportion du mouvement et de la figure des pas de la danse,

Res... gnomonicas. La gnomonique enseigne la manière de faire toutes sortes de cadrans au soleil par le moyen du gnomon, qui est un style ou aiguille posée perpendiculairement sur un plan, et que l’on fait de telle longueur que l'extrémité de son ombre puisse marquer les heures ou les signes sur des lignes qui sont tracées sur le plan. Gnomon signifie aussi un équerre.

Si quid parum ad artis grammaticæ regulam fuerit éxplicatum. L'obseurité de cet ouvrage vient en parlie de la matière, qui de soi est peu connue; mais la vérité est qu’elle doit aussi être attribuée à la manière dont il est écrit, et il faut présumer qu’il y a beaucoup de fautes qui viennent non-seulement de la part des copistes, mais même de celle de l’auteur, comme il assure lui-même, car son style n’est pas fort correct en ce qui regarde la grammaire; et même il n’a pas toute la nettelé que l’on pourrait désirer au tour qu’il donne à son discours.

Ch,II. Architectura...constat ex ordinatione,etc. Cette division des choses qui appartiennent à l'architecture est fort obscure, lant à cause de sa subtilité qu’à cause des fautes qui sont, selon toute apparence, dans le texte. Hénrie Votton, dans ses Éléments d'architecture, semble être de cette opinion, quand il dit que cet endroit de Vitruve est disloqué. Il a paru si embrouillé à Philander, qu'il n’y a point voulu toucher du tout dans ses Commentaires. Daniel, Barbaro et Scamozzi s'étendent fort au long pour l'expliquer, mais avec peu de succès; car les différences essentielles qu’il y a entre l'ordonnance, la disposition et la distribution des parties d’un bâtiment, est une chose dont on ne s’aperçoit pas d’abord; et il est assez difficile de comprendre que la proportion sans laquelle il n’y a point d'ordonnance, de disposition ni de distribution dans un édifice, soit une espèce séparée de toutes ces choses.

Ordinatio est modica membrorum operis commodi- 4as. Il faut deviner le sens de cette définition de l’ordonnance, ou supposer qu'il y a faute au texte, et y corriger quelque chose. Mon opinion est qu’au lieu de operis commoditas separatim, universæque proportionis ad symanetriam comparatio, il faut lire #niversique proportioni ac symmetriæ comparata. Cela étant, le sens sera que l'ordonnance d’un bâtiment consiste dans la division de la place qu’on y veut employer; cette division se faisant de telle sorte que chaque partie ait sa juste grandeur, convenable à son usage et proportionnée à la grandeur de tout l'édifice. Par exemple, l'ordonnance d’un bâtiment, si on la compare à la disposition, est quand la cour, la salle el les chambres ne sont ni trop grandes ni trop petites pour servir aux usages auxquels elles sont destinées, savoir : la

cour, pour donner le jour aux appartements et pour contenir ce qui y doit entrer ; la salle, pour recevoir les grandes compagnies, et les chambres, pour y coucher; ou bien quand ces parties ne sont ni trop grandes ni trop pelites, étant comparées à la grandeur de toule la place; c’est à savoir quand on n’a pas fait une grande cour dans une petite place ou de petites chambres dans une grande place ; au lieu que la disposition est quand toutes les parties sont mises en leur lieu suivant leur qualité, c’est-à-dire dans l’ordre qu’elles doivent avoir selon leur nature et leur usage, et que le vestibule, par exemple, est suivi de la salle, ensuite de laquelle sont les antichambres, les chambres, les cabinets et les galeries.

L’ordonnance, suivant la définition que Vitruve en donne ici, peut convenir à la disposition des colonnes, qui font le pycnostyle, l’eustyle, l’aréostyle, ete., dont il est traité au chapitre IL du troisième livre. Car cette disposition, qui en ce lieu est appelée compositio et disposilio, n’est rien autre chose que la manière de déterminer la grandeur du diamètre des colonnes à l’égard de celle de leurs entre-colonnements, en donnant, par exemple, six pieds aux entrecolonnements du pycnostyle et à ceux de l’eustyle, si les colonnes ont quatre pieds de diamètre.

Or, parce que, pour bien faire tant cette ordonnance des grandeurs que cette disposition ou situation de tout le bàtiment ou de ses parties selon leurs qualités, il faut se régler par la proportion qui fait que toutes les parties s’accordent bien ensemble, à cause qu’on a eu égard à la bienséance et à l’économie, Vitruve a ajouté la proportion, la bienséance et l’économie à l’ordennance et à la distribution, non comme des parties de l'architecture, mais comme ce qui les perfectionne; et il a voulu dire sans doute que l'architecture a deux parties, savoir, l'ordonnance et la disposition, qui donnent à tous les membres de édifice leur perfection , lorsque la proportion est telle que la bienséance et l’économie le requièrent; car il est difficile de faire entendre que cescinq choses soient cinq espèces comprises sous un même genre.

Species disposilionis, quæ græce dicuntur \ôéu, kæ sunt : ichnographia, orthographia, ete. Les interprètes entendent que cela signifie qu'il y a trois espèces de distribution, qui sont l’ichnographie, l'orthographe, elc., sans prendre garde que le latin species, de même que le grec idea, ne signifie pas seulement espèce, mais encore figure, apparence et représentation qu’on appelle vulgairement dessin, aussi bien qu’espèce ; et que le sens du texte ne saurait souffrir que le plan, l'élévation et la vue perspective d’un bâtiment soient les espèces de sa disposition, mais bien ses représentations. Car la vérité est que ces trois manières de dessiner appartiennent autant à l’ordonnance qu’à la disposition, parce qu’un plan et nne élévation ne servent pas moins à marquer les grandeurs des parties qu’à en faire voir l’ordre et la situation; de sorte que quand Vitruve attribue la représentation et le dessin à la disposition, il faut entendre qu'il comprend aussi l’ordonpance, qui, en effet, n’est proprement qu’une espèce de disposition de toute l'œuvre, laquelle appartient ou à la grandeur de toute l'œuvre et de ses parties, qu’on appelle ordonnance, ou à la situation du Lout et des parties, qu’on appelle spécialement disposition.

Ichnographia. Ce mot signifie la représentation ou le dessin du vestige d’un édifice. C’est ce que nous appelons le plan, Zchnos, en grec, signifie le vestige ou l'impression qu’une chose laisse sur la terre où elle a été posée.

Orthographia. Ce mot, en grec, signifie la représentation d’un édilice faite par des lignes droites, c’est-à-dire horizon: tales. Nous l’appelons l'élévation géométrale. Elle est appelée orthographie en grec, parce que orthos signilie droit: et c’est cette rectitude des lignes parallèles à la ligne de l'horizon qui distingue l’orthographie de la scénographie ou

élévalion perspective, où loutes les lignes horizontales ne sont pas droites ; celles qui sont aux endroits qui s’enfoncent au dedans ou qui fuient par les côtés étant obliques dans la perspective.

Scenographia. Barbero a mis sciographie, au lieu de scénographie, que Hermolaus Barbarus, en ses gloses sur Pline, a restitué avec beaucoup de raison , puisque la définition que Vitruve apporte du mot dont il s’agit, et qui est proprement celle de la perspective, convient tout à fait au mot de la scénographie, qui signilie la représentation d'une tente, c’est-à-dire la représentation entière d’un édifice, laquelle est mieux faite par la perspective que par l'ichnographie, qui ne trace que le plan, ni que par lorthographie, qui ne donne que l'élévation d’une des faces. Si là scénographie ou perspective fait voir plusieurs côtés à Ja fois, les modèles en relief qui peuvent être compris sous la scénographie le font encore mieux. Mais la sciographie, qui, selon Barbaro, n’est autre chose que l’élévation en tant qu’elle est ombrée avec le lavis, ne peut faire vue troisième espèce de dessin, parce que ces ombres ou ce lavis n’ajoutent rien d’essentiel à l’orthographie; et le reproche que Barbaro apporte contre la scénographie, savoir, que la perspective corrompt les mesures, n’est point considérable, parce que les plans géométriques et les élévations orthographiques suffisent pour faire voir distinctement toutes les proportions, et la scénographie sert à représenter l'effet de l'exécution parfaite de Lout l'édifice.

Il y a néanmoins une sorte de sciographie qui pourrait, avec beaucoup de raison, être ajoutée aux trois espèces de dessin que Vitruve a décrites, qui est l'élévation de dedans, que l'on appelle profil. Et on pourrait dire qu'elle est ainsi appelée à cause qu’elle représente des lieux plus ombragés que ne sont les dehors ; ce que le mot de sciographie semble signifier.

Eurhythmia. Ce mot, que l’on écrit aussi euri/hmia, est pris de la musique et de la danse, et il signifie la proportion des mesures du chant et des pas de la danse. 11 n’y a point de mot français, que je sache, pour l'exprimer, que proporlion; car celui de rime est trop particulièrement affecté à la terminaison des mots, pour le pouvoir appliquer à autre chose. Tous les interprètes ont cru que l'eurhythmie et la proportion, que Vitruve appelle syrmetria, sont ici deux choses différentes, parce qu’il semble qu’il en donne deux définitions; mais ces définitions, à les bien prendre, ne disent que la même chose; lune et l’autre ne parlant , par un discours également embrouillé, que de la convenance, de la correspondance et de la proportion que les parties ont au tout.

Symmetria. Bien que le mot symétrie soit devenu français, je n'ai pu m'en servir ici, parceque symétrie, en français, ne signifie point ce que symmetria signifie en grec et en latin, ni‘ce que Vitruve entend ici par symmelria, qui est le rapport que la grandeur d’un tout a avec ses parties, lorsque ce rapport est pareil dans un autre tout à l'égard aussi de ses parties, où la grandeur est différente. Par exemple, on dit que deux statues, dont l’une a huit pieds de haut et l’autre huit pouces, sont de même proportion, lorsque celle de huit pieds a la tête haute d’un pied, et celle de huit pouces l’a d’un pouce. Mais on entend au re chose par le mot de symétrie en français; car il signifie le rapport que les parties droites ont avec les gauches et celui que les hautes ont avec les basses, et celles de devant avec celles de derrière, en grandeur, en figure, en hauteur, en couleur, en nombre, en situation, et généralement en tout ce qui les peut rendre semblables les unes aux autres; et il estassez étrange que Vitruve n'ait point parlé de cette sorte de symétrie, qui fait une grande partie de la beauté des édifices, ou plutôt qui ne saurait y manquer sans les rendre tout à fait difformes, si ce n’est que ce soil cette même raison qui a fait qu’il n’en a point

parlé, comme si celte espèce de symétrie était une chose si facile à observer qu’il n’a pas jugé qu’elle méritât d’être mise au rang des autres, pour lesquelles il faut plus de finesse. Je crois néanmoins qu’on doit établir deux espèces de symétrie, dont l’une est le rapport deraison des parties proportionnées , qui est la symétrie des anciens, et l’autre est le rapport d'égalité, qui est notre symétrie, dont il y a encore deux espèces. Car si ce rapport est pareil, et que les parties gauches et les droites, par exemple, soient de mème grandeur et de situation pareille, il s'appelle simplement symétrie; mais s’il est contraire et opposé, il est appelé contraste , et alors il appartient à la peinture et à la sculpture , et non à l’achitecture. Il y a néanmoins un endroit où Vitruve parle de la symétrie suivant la significalion que nous lui donnons en français ; c’est à la fin du troisième livre , où il dit que la symétrie des architraves doit répondre à celle des piédestaux, en sorte que si ces piédestaux sont coupés en manière d’escabeaux , les architraves lesoientaussi; car cette symétrie ne signifie point une proportion de raison, mais seulement une parité de forme et de figure.

E triglypho embates. Vitruve explique au deuxième chap. du quatrième livre ce que c’est que /riglyphe, et quel était son usage dans l’ordre dorique. C’est un mot grec qui signifie gravé en trois endroits.

J’ai suivi dans ma traduction la correction de Philander, qui lit triglypho aut etiam embate au lieu de embatere, qui se trouve dans tous les autres exemplaires. 11 se fonde sur ce que Vitruve, au chapitre IL du quatrième livre, dit que le module s'appelle en grec embates.

On lit, suivant les éditions : aut eliam e batere balistæ foramine, ou bien aut eliam embatere balistæ foramine ; ou bien {riglypho embate, in balista foramine , lecon approuvée par Philander.

Innavibus interscalmio. Scalmus est la cheville où on attache chaque rame; de sorte que interscalmium est l'espace qui est depuis une cheville jusqu’à l’autre, ce qui est la même chose que l’espace d’une rame à l’autre.

Aurnyaïxn. Ce mot grec est fait de dis, qui signifie deux fois, et de pechys, qui signifie une coudée. A dire la vérité, cet exemple ne convient point à la chose qu’il doit expliquer ; parce que, s'agissant de la connaissance qu’on peut avoir de la grandeur d’un tout par la connaissance que l'on a de la grandeur d’une de ses parties, il ne faut pas que celte partie ait une grandeur déterminée, ainsi qu'elle l’est dans l'intervalle des rames ; car ce n’est point la grandeur de ces intervalles qui peut faire juger de celle d’une galère, mais c’est leur nombre.

Nous donnons ce mot tel que lelisait Jocundus. Nous ne savons pourquoi Gotilob Schneider la supprimé dans son Lexte de Vitruve et daas ses notes.

Decor aulem est emendatus operis aspectus. Toute l'architecture est fondée sur deux principes, dont l’un est positif et l’autre arbitraire. Le fondement positif est l'usage et la fin utile et nécessaire pour laquelle un édifice est fait, telle qu'est la solidité, fa salubrité et la commodité, Le fondement qui s'appelle arbitraire est la beauté qui dépend de l'autorité et de l’accoutumance. Car bien que la beauté soit aussi en quelque façon établie sur un fondement positif, qui est la convenance raisonnable et l'aptitude que chaque partie a pour lusage auquel elle est destinée, néanmoins, parce qu’il est vrai que chacun ne se croit pas capable de découvrir et d’apercevoir tout ce qui appartient à cette raisonnable convenance, on s'en rapporte d’abord au jugement et à l'approbation de ceux qu’on estime êtra éclairés et intelligents en cette matière ; ce qui imprime dans notreimagination une idée qui n’est formée que de la prévention et de l’accoutumance dans laquelle l'opinion nous engage sans que nous nous en apercevions, et qui fait ensuite que nous ne saurions approuver les choses qui

nesont pas conformes à ce que nous avons accoutumé de trouver beau, quoiqu’elles aient autant ou plus de convenance et de raison positive. Car on ne saurait dire, par exemple, ce qui fait que ceux qui ont ce qu’on appelle le goût de larchitecture auraient de la peine à souffrir des denticules placés au-dessus des modillous, ou dans un fronton des modillons qui ne seraient pas perpendiculaires à Phorizon, mais qui le seraient à la corniche qu’ilssoutiennent, quoique ces manières fussent plus conformes à la raison que celles qui sont en usage ; sinon que l’on est accoutumé de voir ces choses ainsi exécutées dans des ouvrages qui ont d’ailleurs tant de beautés fondées sur la véritable raison, qu’elles font excuser et même aimer par compagnie ce qu’on juge en eux n’être pas tout à fait raisonnable,

Jovi Fulguri. Fulquri est ici pour Fulguratori. C'est ainsi que Vitruve dit plus bas (IV, 7) Dianæ nemori.

Ad consuetudinem decor sic exprimilur. Vitruve semble faire entendre que l’accoutumance a la principale autorité dans architecture, quand il veut que la coutume que les anciens avaient de rendre toutes les pièces des appartements également ornées, soil une loi inviolable, quoiqu’elle soit contraire à la raison, qui demande que les chambres et les cabinets soient plus ornés que les escaliers et les vestibules.

Sieniminteriora perfectus habucrintelegantes. Tous les exemplaires imprimés ont ram si inleriora perfectus habeant elegantes; je trouve dans un ancien manuscrit : si prospectus habeant elegantes.

On lit aussi, dans quelques éditions, perspectus et perfeclos.

Denticuli.Les corniches avec les denticules, quisont propres et particuliers à l’ordre ionique , ont été mises dans Pordre dorique du théâtre de Marcellus ; ce qui est une des raisons qu’on a de croire que cet édifice n’a pas été construit par Vitruve, quoique Auguste l’ait fait bâtir en faveur de sa sœur Octavie, dont Vitruve était la créature.

In pulvinatis capitulis et (columnis). Vitruve appelle les colonnes ioniques pulvinatas columnas, parce que leurs chapiteaux ont en quelque façon la figure d’un oreiller, lorsqu'ils sont regardés par le côté.

Itemnaturæ decor erit,sicubiculis et bibliothecis, etc. Tout ce qui est dit de l'exposition des appartements destinés à servir en différentes saisons, et pour les bibliothèques el les cabinets de tableaux, est répété au septième chapitre du sixième livre,

Distributioestcopiarum lociquecommoda dispensatio. Vitruve, qui donne au commencement de ce chapitre la distribution et l’économie pour une même chose, semble après néanmoins en faire deux. Car il entend iei par Ja distribution l'égard que larchitecte a aux matériaux qu'il peut aisément recouvrer et à l'argent que celui qui fait bâtir veut employer, qui sont des choses qui appartiennent à l'économie. Il rapporte aussi à la distribution l'égard qu'il faut avoir à l’usage, et à la condition de ceux qui y doivent loger; ce qui semble n’avoir aucun rapport à l'économie, mais plutôt à la bienséance, si ce n’est qu'il est vrai qu’il faut un plus grand fonds pour entreprendre un palais que pour bâtir un bureau pour des gens d’affaires. C’est en partie pour cette raison que jai toujours employé le mot d'économie dans les notes où il a été nécessaire de comparer les parties d'architecture les unes avec les autres; en partie aussi pour éviter la confusion qui aurait pu être causée par le peu de distinction que les idées d'ordonnance, de disposition et de distribution ont ordinairement dans notre esprit.

Abielis. Belon fait deux espèces de sapin, l’un mâle qui est le vrai sapin des Latins, dont les pommes tendent en haut; l’autre femelle, qui est le sapinus, dont les pommes sont tournées en bas. Quelquefois sapinus ne signifie pas une espèce, mais une partie d’arbre, savoir, le bas du

tronc du sapin, ainsi qu'ii est rapporlé au chap. 11 du deuxième livre.

Arena fossilia. J. Martin , dans la traduction francaise de Vitruve, appelle le sable qui se tire de terre du sable de fossé; Philibert de Lorme, du sable {errain. Je ne me suis point voulu servir de ce nom, de peur qu’on ne prit /errain pour terreux, qui est la plus mauvaise qualité qu’un sable puisse avoir, dont le sable qu'on fouille dans la terre est tout à fait exempt: ce qui le rend le meilleur de tous. Nos entrepreneurs l’appellent du sable de cave, qui est la rena di cava des Italiens.

Cupresso. Je ne sais pas pourquoi le bois de cyprès est mis ici au nombre de ceux qui ne sont pas les meilleurs pour les bâtiments, puisqu'il est sans comparaison meilleur que Pabiès et le sapin. Théopbraste en parle comme du plus durable et Qu moins sujet aux vers et à la pourriture, élant celui dant on trouve que les plus anciens édifices ont été bâtis.

Aliter disponentur. Aliter est une correction de Fhilander. On lit dans Ja plupart des manuscrits alle.

Ch. HI. Parles ipsius architecturæ sunt tres. Ce chapitre est un sommaire de tout l'ouvrage, qui est divisé en trois parties. La première regarde la construction des batiments, dont il est traité dans les huit premiers livres. La seconde est pour la gnomonique, qui traite du cours des astres et de la confection des cadrans et des horloges, ce quiest traité dans leneuvièmelivre; et la troisième est pour les machines qui servent à l'architecture et à la guerre, ce qui est traité dans le dernier livre. La partie qui traite des bâtiments est double, car les bâtiments sont ou publics ou particuliers. 11 est parlé des bâtiments particuliers au sixième livre. Pour ce qui est des bâtiments publics, la partie qui en traite est encore divisée en trois, qui sont : celle qui appartient à la sûreté, qui consiste dans les fortifications des villes, dont il est traité au 1°* chapitre decelivre ; celle qui appartient àlareligion, c’est-à-dire aux temples, dont il est traité dans le troisième et le quatrième livres; et celle qui appartient à la commodité publique, dont il est traité au cinquième et au huitième livres. 11 y a encore trois choses qui appartiennent généralement à tous les bâtiments , qui sont la solidité, Putilité où commodité , etla beauté, dont il est traité, savoir, de la solidité, dans le onzième chapitre du sixième livre, de l'utilité, au septième chapitre du sixième livre, et de la beauté, dans tout le septième livre , au moins pour ce qui regarde les ornements de peinture et de sculpture: car pour ce qui regarde Ja proportion , qui est un des principaux fondements de la beauté, cette partie se trouve trailée dans tous les endroits de Pouvrage.

Commaunium lacorum. J'ai reslitué cet endroit suivant un ancien manuscrit, où il ya communium locorum au lieu de omnium locorum, qui se lit dans les exemplaires imprimés.

Firmilatis erit habila ratio. La seconde division que Vitruve fait ici de l'architecture en trois parties n’ajoute rien à la première division qu’il a déjà faite dans l’autre chapitre, que la solidité; car la beauté et Pulilité ou commodité sont comprises dans lordonnance et dans la disposilion, faite avec proportion et bienséance. Ce n’est pas que l’ordonnance , la disposition et la proportion #e comprennent aussi en quelque sorte la solidité; mais il y a beaucoup de choses qui appartiennent à la solidité, que l'ordonnance, la disposition et la proportion n’enferment point : Lelle qu’est la condition des matériaux et le mélange qui s’en fait.

Ch. IV. Touslesexemplaires, dans le titre de ce chapitre, après quæ obsint salubritali, ont ces mots, e{ unde Lumina capiantur. Barbaro , qui les avait omis dans sa traduction italienne, les a mis dans sa seconde édition la-

tine. J'ai suivi son premier dessein dans ma fraduction, parce que ce chapitre ne parle qu’en passant, et comme par exemple, des jours que lon doit donner aux celliers et aux greniers ; et d’ailleurs je n’ai pas cru devoir faire conscience de toucher aux titres, étant constant qu’ils ne sont point de l’auteur, qui n’a divisé son ouvrage que par livres, selon la coutume de son temps, qui n'était point de partager les livres en chapitres, sections, articles el paragraphes, ni d’y mettre des titres et des sommaires, comme nous faisons.

Spiritus bestiarum palustriumvenenatos, etc. Voyez, sur ce même sujet, Columelle, I, 5,6; et Varron, |, 12.

Nam semper calor cum excoquit a rebus , firmitatem eripit. Vilruve fait voir en cet endroit qu’un parfait architecte comme lui sait autre chose que la maçonnerie, Ce raisonnement eur les véritables causes de la corruption interne et non violente des choses, dont la principale est la dissipation de leur chaleur propre, quand elle est attirée au dehors par la chaleur étrangère , est la pure doctrine d’Aristole et de Galien, qui sont les philosophes qui ont le mieux raisonné sur ce sujet. Néanmoins ce qui est dit ici du fer, qui s’amollit par le feu, n’est point un bon exemple de l’affaiblissement qui arrive au corps par la chaleur ; car elle ne corrompt point le fer parce qu’elle Pamollit, mais parce qu'elle le brûle, et qu’elle consume les parties les plus volatiles de la surface; ce qui fait que quand on rougit le fer, il demeure sur la surface des écailles, qui sont les parties terrestres du métal. Et cette dissipation des parties volatiles, qui arrive au fer par l’action du feu, est ce qu'il a de commun avec tous les autres corps, que la chaleur altère et corrompt enfin, par la perte qw’ils souffrent des meilleures et des plus essentielles parties de leurs substances. Les exemplaires sont différents en cet endroil : les uns ont acribus, les autres a rebus. J'ai choisi le dernier, parce que vaporibus , qui est ensuite, ferait une répélilion vicieuse.

Cum exuberat e principiis calor. J'ai interprété de la manière qu'on a vu exuperat, quoique excède eût été plus selon la leltre. Mais j'ai cru que Vitruve la dû entendre de cette manière, parce que le degré d’une qualité, quel qu’il puisse être, n’est jamais contraire à une chose que parce qu’il est différent de celui qu’elle doit avoir naturellement; de sorte qu’une chaleur excessive, qui corrompt un sujet à qui elle n’est pas convenable, en conserve et perfectionne un autre à qui elle est propre. C’est pourquoi il faut croire que quand Vitruve a dit: Cum e principiis calor exuperat, il a entendu dire gradum qui unicuique corpori conveniens est el naturalis. — On trouve, dans quelques éditions, exsuperat, qui ne nous semble pas une bonne leçon.

Apertas venas. Rufus Éphésius dit que les anciens Grecs appelaient les artères des vaisseaux pneumatiques, c’est-à-dire des soupiraux par le moyen desquels le cœur envoyait la chaleur aux parties et attirait la fraicheur de dehors par les pores de la peau. Les nouvelles expériences de la circulation du sang ont fait voir que les artères ne font que la moitié de cet ouvrage, et que comme il n’y a qu’elles qui portent la chaleur et la nourriture que le cœur envoie aux parties, il n’y a aussi que les veines qui lui puissent porter le rafraichissement ou les autres qualités que l'air de dehors lui peut communiquer.

fl y a grande apparence que c’est par hasard que Vitruve a si bien rencontré ici, quand il n’a pas accordé aux artères cet office d'introduire les qualités de ce qui touche le corps par dehors, mais aux veines, puisque ci-devant il leur a attribué le pouls, auquel elles n’ont aucune part , comme il a élé remarqué.

Levioribus principiis compositæ facilius in acrem situntur (volucres). La facilité que les oiseaux ont à s’élever en l'air ne vient pas taat de la légèreté de leurs corps

que de la grandeur et de la force de leurs ailes. Cela est si vrai qu’un poulet d'Inde, qui a de la peine à s'élever de terre, n’est pas plus pesant qu’un aigle, qui vole si haut et si aisément qu'il peut même enlever d’autres animaux avec lui. 11 est pourtant vrai que la chair et les os sont plus légers aux oiseaux qu'aux animaux terrestres.

Plurimum ex aere et terreno sunt compositæ (pisces ). Cette opimon, que Vitruve a prise d’'Empédoecle, est réfutée par Aristote au livre de la respiration , où il montre que chaque chose est conservée et entretenue par ce qui est conforme à sa nature, et que la facilité que les poissons ont de vivre dans humidité est une marque assurée qu'ils sont naturellement fort humides : car on ne peut pas dire qu’ils s'aiment dans l’eau, parce que ses qualités, qui sont contraires à leur tempérament, le réduisent à une louable médiocrité, puisque lorsque le tempérament est conforme à la nature de quelque chose, il ne doit pas être réputé excessif; et si les poissons meurent hours de l’eau, par l'excès de quelque qualité de l'air qui les offense, c’est celui de la chaleur et de la sécheresse, qui détruit la froideur et Fhumidité qui leur est naturelle. Mais une des principales raisons qui font que les poissons meurent hors de l’eau est la légèreté de Pair, qui ne comprime pas les vaisseaux de leurs branchies autant qu’il est nécessaire pour la circulation du sang, laquelle ne peut être faite que par la pesanteur de l’eau, qui oblige le sang de passer des branchies dans le cœur, de même que la compression du thorax est nécessaire pour le faire aller du poumon dans le cœur aux animaux qui respirent, — Voyez sur tout cela, parmi les anciens, Aristote (de Part. anim. 1,2; de Respiratione, ch. x1v); Plutarque (De placilis Philosoph. IN ,7).

Herbam, quam pecora rodendo imminuerant lienes. Cette herbe, que l’on appelle communément du n6m arabe ceterack , est la véritable scolopendre, qui est ainsi nommée à cause qu’elle ressemble à un ver de ce nom.

Spectabuntque ad septentrionem. Les marais étant ainsi situés, leurs vapeurs ne pourront être apportées dans la ville que par des vents qui sont capables de les diwinuer et d’en corriger les mauvaises qualités.

Oppidum Salpia. Ce mot se lit aussi Salapiæ. Mais il est très-diversementécrit suivant les différents auteurs (Salatia, Allalia , ele.)

Cb. V. Fundamenta. Ceux du métier disent ordinairement fondation, au lieu de fondement,quiestle mot propre dont Philibert de Lorme , M. de Chambray et la plupart de ceux qui out écrit de l’architecture en français se servent. J'ai cru qu’à leur exemple il m'était permis de me dispenser de parler comme les maçons, quand je le pourrais faire avec raison. Les termes particuliers sont nécessaires dans les arts, quand ils expriment les choses avec plus de disünction; mais celui-ci fait tout le contraire; car le mot de fondation est ambigu ; sa signification est figurée, et elle désigne les biens et les revenus qui sont établis pour entretenir une église et pour y faire dire le service, au lieu que le fondement est proprement la maçonnerie solide qui est élablie pour entretenir et faire subsister le bâtiment de l’église. Par la même raison, j'ai toujours écrit Le plinthe d'une base, et non la plinthe, ainsi que les ouvriers disent ; non plus que le pourtour, la {théorique et l'arquilrave, bien ces mots ne soient pas équivoques comme celni de fondation et de plinthe, qui, au féminin, signifie autre chose que la partie inférieure d’une base. Mais j'ai cru que je pouvais parler comme le reste du monde, qui dit Le tour, La théorie et l'architrave, parce que ces termes sont entendus et par les maçons et par le reste du monde.

Crassitudine ampliore, quam parielum. Scamozzi réduit cetle largeur des fondements à la huitième partie de l'épaisseur du mur de chaque côté pour le plus à la dou-

= zième pour le moins; c’est-à-dire que si un mur a quatre |

pieds d'épaisseur, son fondement aura par en bas cinq pieds, ou quatre pieds deux tiers pour le moins. D’autres architectes, comme de Lorme, donnent beaucoup plus d’empatement aux fondements, savoir, une moitié de largeur de plus que le mur; c’est-à-dire que si le mur est de deux pieds, le fondement sera de trois; ce qui semble être fondé sur Vifruve au troisième livre du chapitre nr, où il dit que les murs qui sont au-dessous des colonnes doivent être plus larges que les colonnes de la moitié. Mais Palladio donne encore plus de largeur aux fondements; car il veut qu’ils aient le double du mur, ef Scamozzi donne aux fondements des grosses tours trois fois la largeur du‘mur, et en fait déborder le haut de chaque côté de Ja moitié de la Jargeur du mur. Or, supposé que la largeur de l’empatement des fondements contribue à leur solidité, ainsi qu'il y à beaucoup d'apparence, il y a lieu de s’élonner que généralement les architectes ne proportionnent cette largeur d’empatement qu'à la largeur des murailles, et qu'ils n'aient pas plutôt égard à leur hauteur et à la pesanteur de ce qu’elles doivent soutenir; car une muraille de trois pieds d’épaisseur, qui doit porter des voûtes de pierres, plus leurs grands planchers et des toits chargés de tuiles ou de plomb, aura besoin d’une plus grande solidité en son fondement que ne ferait un mur de six pieds d'épaisseur qui n'aurait pas un grand faix à soutenir; car, quoiqu'un mur fort large ait plus de pesanteur que celui qui est étroit, il a aussi davantage de terre qui le soutient; et un mur de six pieds a la force de deux murs de trois, de même qu’il en a la pesanteur, et même il en a davantage à cause de la liaison des pierres qui le soutiennent et s’entretiennent; de sorte que je crois qu’il faudrait régler la largeur de Fempatement par la hauteur et par la charge des murs, plutôt que par leur largeur. Lorsqu'on bâtit les fondements de Pare de triomphe de la porte Saint-Antoine, les architectes eurent de la peine à approuver le peu de largeur que je donnais à l’empatement, qui, selon leurs règles, aurait dû être huit fois plus grand qu'il n’est, à cause de la grande masse de cet édilice, dont la hauteur, qui est de vingt toises, n’est pas le triple de sa largeur ; car ayant huit toises de large , il en aurait fallu donner vingt-quatre, selon Scamozzi, ce qui aurait fait huit toises d’empatement de chaque côté, et il n’en a pas plus d’une. I] faut voir ce qui est écrit sur ce sujet à la fin du dernier chapitre du sixième livre.

Collocanda… oppida sunt…..… circuitionibus. Végèce n’est pas de l'avis de Vitruve; car il croit que les anciens voulaient que les murs de leurs villes eussent des sinuosilés, wrbes claudebant sinuosis anfractibus veteres. La raison de Vitruve est, à mon avis, que les remparts étant tournés en rond font que les assiégeants sont toujours exposés aux traits de près de la moitié de ceux qui défendent les murailles : au lieu qu’en une place carrée, l'assiégeant étant à la droite d’une des faces, est à couvert des trois autres. Tacite, parlant des murs de Jérusalem, dit : Orbem claudebant muri obliqui et introrsus sinuati, al latera oppugnantium ad ictus palescerent : cela semble faire entendre que ce n'élait pas la coutume de les faire de cette manière, qui est celle que l’on pratique dans l'architecture militaire moderne.

Perpetuæ taleæ. Ce que Vitruve appelle ici {aleas perpetuas, César, dans la description des murs dont les Gaulois fermaient leurs villes, l'appelle rabes perpetueæ. 11 dit que ces poutres étaient posées d’un parement du mur à l’autre alternativement avec des rangées de pierres , qui allaient aussi d’un parement à l'autre, et qui faisaient à chaque parement comme un échiquier, chaque poutre étant enfermée entre quatre rangées de pierres, et chaque rangée de pierres étant enfermée entre quatre poutres.

Sco nonibus. Les anciens appelaient scorpion une

machine fort semblable à celle que nous appelons arbalète. Il en est amplement parlé au dixième livre.

Cæmentum. J'interprète cæmenta par moellons, nonseulement parce que notre ciment n’est pas le cæmentum des anciens, mais aussi parce que Vitruve opposant le cæmentum aux gros quartiers de pierre et aux gros cailloux, qui sont, avec le moellon, les trois espèces de cæœmentum pris généralement, il donne à entendre que le cæmentum en cet en droit/est le moellon. Or, le cæmentum en général signifie {oute sorte de pierre qui est employée entière , et telle qu’elle a été produite dans la terre; ou, si on lui a donné quelque coup de marteau afin d’ôter ce qui empéche qu’elle ne soit grossièrement carrée, cela ne change point son espèce, et ne la saurail faire appeler pierre de taille; car la pierre de taille est ce queles Latins appellent politus lapis, qui est différent de ce qui est appelé cæsus, en ce que cæsus est seulement rompu par quelque gxand coup, et que polilus est exactement dressé par une infinité de petits coups. Nos maçons font trois espèces de ces pierres non laillées, qui ont rapport avec les trois espèces de cæmentum des anciens; mais elles ne différent que par la grosseur. Les plus grosses sont les trois quartiers, qu'ils appellent de deux et de trois à la voie; les moyennes sont appelées libages, et les petites sont les moellons. Vitruve, au sixième chapitre du septième livre, appelle les éclats de marbre qne lon pile pour faire le stuc cœmenta marmorea. Saumaise néanmoins entend par cæmentun une pierre taillée el polie; et parce qu’il semblerait que cæmentum serait la même chose que quadralun saxun, il dit que cæmentum est différent de quadratum saxum en ce qu'il n’est pas carré. Mais il est assez difficile d'entendre ce qu'il veut dire; car il n'y a pas d'apparence que cæmentum soit une pierre taillée en forme triangulaire, pentagone on hexagone; ce qui devrait être, si la figure faisait la différence qu'il y a entre cæmentum et quadraluin saxum; car une pierre taillée n’est appelée quadratum saxum que parce que la figure carrée est la plus ordinaire dans les pierres taillées:, et non parce qu’elle est la seule qu’on leur donne. Tacite dit que le théaire de Pompée élail bäti quadrato lapide : cependant il est certain que les pierres carrées ne sont pas propres à bâtir un théâtre dont la forme est ronde.

Coctus later sive crudus. Les anciens se servaient de briques crues, qu’ils laissaient sécher pendant un longespace de temps, jusqu’à quatre et cinq ans, comme il est dit au chapitre n1 du deuxième livre; et il fallait qu’ils eussent une grande opinion de la bonté de ces matériaux, puisqu'ils les employaient à des murs faits pour soutenir des terres, sans craindre que humidité ne les détrempât.

Sed locorum proprietates habere. I faut sous entendre ici possunt.

Ch. VI. Cum septentrio, restituuntur in sanitalem. 11 faut qu’il y ait quelque disposition particulière du lieu qui fasse que le vent du nord guérisse la toux dans la ville de Mytilène, parce que ce vent, considéré dans sa nature en général, ne saurait faire cet effet : car étant froid et sec, il est plus capable de causer la toux que le Corus, qui, étant plus humide, n’est capable de soi que de produire l'enrouement et le catarrhe, qui sont des maladies auxquelles la toux est accidentelle; au lieu que le vent du nord, qui est froid et sec, blessant le poumon et son artère immédiatement par ses qualités, qui sont contraires à ces parties, doit être réputé la cause immédiate de la toux. Mais il peut arriver que le vent du septentrion soit humide en un lieu, quand il y a de fort grands lacs de ce côté-là; et que celui du couchant soit sec, quand il y a beaucoup de terres sans eaux interposées. Par cette raison, le vent du couchant est bien moins humide en Allemagne qu’en France, qui a tout l'Océan du côté du couchant.

Gravitudo. Le mot de gravitudo, que Vitruve a mis au

lieu de gravedo, par lequel Celse explique le corysa d'Hippocrate, signifie particulièrement ce que l’on appelle en français enchiffrenement; mais il se prend en général pour toutes sortes de rhumes.

Nonnullis placuit esse ventos quatuor. La distribution des vents, leur nombre et leurs noms parmi les anciens auteurs, est une chose fort embrouillée; et Aristote, Sénèque, Pline, Ætius, Strabon, Aulu-Gelle, Isidore, etc. , en ont parlé fort diversement entre eux, et pas un n’est d’accord avec Vitruve. Ce que j'ai cru devoir faire en celte traduction est d’attribuer les noms modernes aux vents que Vitruve nomme, et cela selon le lieu où il les a placés. La difficulté est que Vitruve n’en ayant mis que vingt-quatre, et même la plupart des anciens que douze , au lieu de trente-deux que nous avons, il n’y à que les quatre cardinaux nord, ouest, sud et est, avec les collatéraux nordouest, sud-ouest, sud-est et nord-est, qui se puissent rencontrer juste avec ceux de Vitruve; les seize autres qui se trouvent placés au milieu w’ont pu être interprétés que par la proportion de la distance qu’ils ont des cardinaux ou des collatéraux auprès desquels ils sont.

Par exemple, entre auster ou sud et son collatéral eurus ou sud-est, où les modernes mettent trois vents, savoir, sud-quart-sud-est, sud-sud-est et sud-est-quartsud, les anciens n’en mettaient que deux, savoir, euronotus et vulturnus, que j'ai désignés par l’espace qu’ils occupent et par le voisinage du vent auprès duquel ils sont, qui est ou cardinal ou collatéral. C’est pourquoi, par exemple, ewronotus, qui occupe le tiers de l’espace qui est entre ausfer ou sud et eurus ou sud-est, et qui est proche du collatéral eurus ou sud-est, a été nommé sud-tiers-sud-est; et vulturnus, qui occupe le tiers de l’espace qui est entre eurus ou sud-est et auster où sud, et qui est proche du collatéral ewrus ou sud-est, a été nommé sud-est-tiers-sud, et ainsi des autres. On

à cru en pouvoir user ainsi par la même raison qui à fait

que, parmi les modernes, le vent qui occupe le quart de l'espace qui est entre sud et sud-est, et qui est voisin de sud, a été nommé sud-quart-sud-est; et celui qui oceupe l’autre quart du même espace a été nommé sud-es/quart-sud, parce qu'il est voisin de sud-est.

Andronicus Cyrrhestes. Voyez Varron, DeR.R. U,5.

Etita est machinatus, uti vento circumageretur. À limitation de cette machine d'Athènes, on en a fait une depuis peu à Paris , au jardin dela bibliothèque du Roï, où il ya un cadran haut de 90 pieds et large de 50, qui marque les heures équinoxiales et les degrés des signes. Au-dessus de ce cadran, quiest carré, il y en a un autre rond, de 13 pieds de diamètre, qui a une aiguille mobile comme les cadraps des horloges ordinaires; et cette aiguille montre les vents qui soufflent , et qui sont marqués par des caractères autour du cadran, au haut duquel il y a une girouette qui fait tourner l'aiguille. Cette machine est plus commode que celle d’Andronic, en ce que d’un seul aspect on voit toujours quel est le vent qui soufle; au lieu qu’à la machine d’Andronic il fallait chercher en tournant autour de la tour le vent que le triton marquait.

Locus ila expoliatur ad regulam et libellam, ut amussium non desideretur. Cet endroit est obscur; car locus ad regulam et libellam expolitus, n’est rien autre chose que l’amussiwm même, selon les interprètes. Cependant ilest dit qu’on n’a qu’à dresser un lieu bien à niveau et bien poli, et qu’on n’aura que faire d'amussium. Ce qui n’a point de sens, si ce n’est qu'amussium ne signifie pas seulerhent un lieu bien à niveau, mais encore une table de marbre qui porte avec elle le plomb ou l’eau qui fait voir si elle est de niveau. Cælius Rhodiginus s’est trompé quand il a cru qu'amussiwm étaitventis reperiendis excogitatum organum ; car amussium n’est point de soi propre à trouver les vents; mais on les écrit seulement après

que la ligne méridienne et l’octogone y ont élé tracées, comme il est dit ensuite.

Leuconotus. Perrault avait traduit d’après une leçon qui donnait Euronotus.

Eurocircias. Il avait également suivi pour ce mot la Vulgate, où on lit cæcias. On ne sait pas d’après quel auteur Vitruve a donné cette table assez confuse des vingtquatre vents. Voici dans quel ordre un éditeur moderne , Gottlob Schneïder, les a rétablis : Euronotus, Auster, Altanus, Libonotus, Africus ,Subvesperus, Argestes, Favonius, Etesiæ, Circius vel Cercias, Caurus, Corus, Thrascias, Septentrio, Gallicus, Supernas, Aquilo, Cæcias (appelé quelquefois Boreas), Carbas, Solanus ,- Ornithiæ, Eurocercias, Eurus, Volturnus.

Edpoc. 11 y a plus d'apparence que le vent de sud-est est appelé Euros par les Grecs, à cause qu’il souffle doucement, ce que la particule eu signifie, qu’à cause que le mot grec aura signifie le souffle ; car le souffle simplement lui est commun avec tous les autres vents.

Sunt…. qui negant Eratosthenem veram mensuram orbis terræ potuisse colligere. Depuis qu’Eratosthène a fait son observation pour la mesure du tour de la terre, par laquelle il a trouvé qu’elle était de 252,000 stades, plusieurs autres y ont travaillé, comme Possidonius, qui n’en a trouvé que 239,700; et Ptolémée, qui en a encore trouvé moins, savoir seulement, 180,000. Mais ces observations, non plus que celles d'Ératosthène, ne nous apprenpent rien de certain, à cause qu'on ignore quelle était précisément la grandeur de leurs stades, qui étaient même diffé. rents entre eux; les stades d'Alexandrie, où Ptolémée a faitses observations, étant autres que les stades de la Grèce, où Possidonius a fait les siennes, ainsi qu'il paraît par la grande différence qu'il y a de 30,000 à 22,500. Les Arabes ont fait depuis des observations sons Almamon , calife de Babylone, etont trouvé 56 milles deux tiers par degré; mais ces observations ne nous insfruisent guère mieux, à cause que nous ignorons aussi quel était leur mille au juste, Les modernes se sont remis depuis cent cinquante ans à faire ces observations. Le premier qui y a travaillé a été Jean Fernel, premier médecin du roi Henri IE, que la science de mathématiques n’a rendu guère moins célèbre que celle de la médecine, qui l’a fait appeler le prince des médecins modernes. 11 a trouvé 68,096 pas géométriques de cinq pieds de roi, pour chaque degré, qui valent 56,746 toises quatre pieds, de la mesure de Paris. Après lui, Suellius, Hollandais, a trouvé 28,500 perches du Rhin, qui font 55,021 toises de Paris. Le père Riccioli, jésuile, a trouvé ensuite 64,363 pas de Boulogne, qui font 62,900 toises. Mais les mathématiciens de l’Académie royale des sciences ont trouvé 57,060 toises pour chaque degré, c’est-à-dire 28 lieues et demie et 60 toises, qui, multipliées par 360, qui est le nombre des degrés, fait 10,270 lieues 1,600 toises, mettant pour la lieue 2,000 toises, qui font 2,400 pas de cinq pieds. La méthode que l’on a suivie a été de mesurer un espace en un lieu plat et droit de 5,663 toises, pour servir de première base à plusieurs triangles, par lesquels on a conclu la longueur d’une ligne méridienne de la valeur d’un degré. Ce qu’il y a de particulier pour la certitude de cette observation est, en premier lieu, que personne n’avait mesuré une base si grande, la plus grande des observations précédentes n'étant que de mille toises; en second lieu, que l’on a employé, pour prendre les angles de position, des instruments fort justes, et avec lesquels on pointe avec une précision fort exacte , par le moyen des lunettes d'approche , qui y sont accommodées d’une manière toute particulière. M. Picart, l’un des mathématiciens qui ont été commis par l’Académie pour travailler aux observations el au calcul de cette mesure, en a fait un traité, où la méthode que lon a suivie est déduite tout au long, et où les instruments dont on s’est servi sont représentés.

Non potes! nostra scriplura non veras habere terminalionesregionum. Cetteobservation desrégions des vents prise en général, ainsi que Vitruve l'entend, ne peut être que de fort peu d’usage. L'observation particulière des vents qui règnent dans chaque pays, dont la violence dépend de la disposition des lieux d’alentour, est bien plus considérable, y ayant des lieux où certains vents sont im: pétueux , qui ne soufflent presque point en d’autres ; etles régions de vents, ainsi qu’elles sont marquées tant par les anciens que par les modernes, n'étant point tellement fixes qu’il ne puisse s’en trouver d’autres entre deux, ainsi que Vitruve même le prouve parles observations d'Ératosthène, qui a fait voir que la région de chacun des vingt-quatre vents est de trois millions neuf cent trente-sept mille cinq cents pas.

Inter angulos. H y à dans le texte in/er angulos; je lis ên angulis, afin qu’il y ait quelque sens au discours.

Divisiones IIX. La plupart des interprètes de Vitruve ont mis douze rues, quoiqu'il soit évident, par le texte et par Ja figure, qu'il n’y en peut avoir que huit. Is se sont trompés , faute d’avoir pris garde que le chiffre TX, qu’ils ont pris pour douze, n’est que de huit, de même que IX est neuf, et IV quatre, et non pas onze ou 8ix.

— C’est Barbaro qui a rétabli ici le chiffre IX; car la plupart des éditions donnaient XII; d’autres, XI. Voyez Turnèbe (Advers., 30, 36).

Ch. VIL. Veneri ad portam. Onlit dans quelques éditions ad portum. En adoptant cette leçon, il faut entendre ici Vénus marine, sur le temple de laquelle il y a plusieurs épigrammes dans l’Anthologie grecque.

Id. Hetruscis aruspicibus disciplinarum scriptis ila est dedicatum. X ne se trouve pas que ce précepte des aruspices toscans ait été observé à Rome ; car le temple de Mars Vengeur était dans la place d’Auguste, et celui de Vénus était dans la place de Jules César; plusieurs temples même de divinités malfaisantes étaient dans la ville, comme celui de la Fièvre, de Vulcain, de la Mauvaise Fortune, et de la Paresse.

Vulcanique vi. Je traduis cet endroit suivant les corrections d’un exemplaire que jai, qui ont été failes sur un manuscrit où il y a Pulcanique vis, au lieu de Vulcanique vi, qui est dans les exemplaires imprimés.

— Plutarque a donné la même raison que Vitruve pour l'emplacement du temple de Vulcain dans ses Questions romaines, n° 47, où il cherche pourquoi Romulus a bâti le temple de Vulcain hors de la ville. — Tite-Live parle d’an temple de Vulcain , dans le champ de Mars (XXIV, 10). — Du reste, on à remarqué que les Romains n’avaient pas suivi rigoureusement la règle dont Vitruve parie ici. Il y avait un temple de la Fièvre dans le Palatium; un temple de Mars Vengeur, dans le forum d’Auguste; de Vénus , dans le forum de César et près du grand Cirque; un temple de Vuleain, dans le cirque de Flaminius et dans le Comitium; de la Mauvaise Fortune, dans les Esquilies ; enfin de la Paresse, sous le nom de Murcia, au pied du mont Aventin.

De earum symmetriis. 1] y a, dans tous les exemplaires imprimés, de arearum symmetriis : mon manuscrit a de earum.

Ordines. Ce que Vitruve appelle ici ordines, il le nomme genera au commencement du quatrième livre. Ces genres sont au nombre de trois, savoir, le dorique, Yionique et le corinthien. En cel endroit, l'ordre corinthien est appelé corinthia instiluta. Les modernes ont retenu le mot d'ordre.

M. de Chambray , dans son excellent livre du Parallèle de l'architecture antique avec la moderne, fait un jugement de la définition que Scamozzi donne de l'ordre d’architecture en général, que j'approuve fort; je veux dire que cette définition ne me plaît pas, non plus qu’à lui; car

cet architecte définit l'ordre un certain genre d'excellence qui accroît beaucoup la bonne grâce et la beauté des édifices sacrés ou profanes. Mais je ne puis être du sentiment de M. de Chambray, quand il dit que Vitruve a entendu définir l’ordre d'architecture quand il a défini ce qui est appelé ordinalio au chap. n de ce livre; car, en ce livre, Vitruve entend, par ordinatio ou ordonnance, ce qui détermine la grandeur des pièces dont les appartements sont composés; et il oppose à la distribution, qui détermine la situation, la suite et la liaison de ces pièces ; ce qui fait voir que ce que nous appelons ordonnance, qui est ce qui donne les règles des proportions et des différents caractères des cinq ordres d’architecture, est autre chose que ce que Vitruve appelle ordinatio.

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