‹ Celse, Vitruve, Censorin (œuvres complètes), FrontinChapitre 202 sur 265 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Sedes speclaculorum. Je traduis ces mots les amnphithéätres : car quoiqu'il soit constant que les véritables amphithéâtres n'étaient point encore en usage du temps de Vitrave, et qu'il y a faute dans Pline , où on lit Pompei amphitheatri, au lieu de Pompeiani theatri, selon la remarque de Lipse; néanmoins le mot d’amphithéâtre est $i commun en français, et sa signification est si précise pour signifier les siéges qui servent aux spectacles , que je n'ai pas fait de difficulté de me servir de ce mot. II me reste néanmoins un scrupule, à cause de la pensée que j'ai que les anciens avaient trois sortes de théâtres, dont les uns élaient entièrement de bois, les antres tout de pierre, etles autres moitié pierre et moitié bois , tel qu'est celui de Bordeaux, où les siéges qui n'étaient que de bois étaient soutenus sur des murs tournés en rond. Car cela étant, sedes spectaculorum signifierait ici seulement la charpenterie dont les siéges étaient formés, et qui se posait sur la maçonnerie, lorsque l’on devait donner les spectacles. Cela paraît avoir quelque vraisemblance , parce que Vitruve met sedes spectaculorum avec velorum inductiones , et que l’on sait que les voiles ne se mettaient aux théâtres que dans le temps des spectacles. Or, ces voiles étaient de deux sortes; car les unes servaient à couvrir tout le théâtre, pour empêcher queles spectateurs ne fussent incommodés du soleil; les autres se tiraient devant la scène pendant que l’on travaillait aux changements du théâtre : cette dernière sorte de voiles s'appelait siparium.

Ch. IL. Machina est continens ex materia conjunclio. La définition que Vitruve apporte ici de ce qu’on appelle iwachine, et la division qu'il en fait en trois espèces, ne sont pas justes; mais surtout il me semble que le mot de matéria, qu'il fait entrer dans la définition, n'y devrait

point être; car s’il signifie en général quelque matière que ce soit, il répugne à la notion de la machine, qui consiste davantage dans la forme et dans l’art que dans Ja matière. Mais si maleria signifie particulièrement du bois, ainsi qu'il semble que Vitruve l'entend, cela est encore sans raison, les métaux, les cordages, la graisse et plusieurs autres choses étant la matière des machines aussi bien que le bois.

Ea movetur ex arte. Je traduis ces mots, l'effet de la machine dépend de Part; car quoiqu’on puisse dire en quelque manière que la machine est remuée par art, la vérité est que c’est le poids qui est remué par l’art, et non la machine qui est proprement remuée par quelque puissance naturelle, tel qu'est ici le poids qui emporte les balances, ou le bras qui presse le levier; bien entendu que celte puissance naturelle est employée et conduite par Part. C’est pourquoi Aristote dit fort bien que la mécanique est composée de la physique et des mathématiques.

Est aulem.……. genus scansorium. La définilion de machine en général ne convient point à ces espèces : car ni les échelles, ni les machines à vent, ne sont poiat faites pour lever de lourds fardeaux par la vertu du mouvement.

Sine periculo. I est difficile de deviner pourquoi la sûreté est mise dans la définition de cette machine, vu que le contraire est un peu après, lorsqu'il est dit qu'elle est principalement remarquable par la hardiesse de ceux qui s’en servent. De plus, la lin et l'usage de cette machine sont restreints assez mal à propos à une seule chose; car, outre qu’une échelle est une machine qui peut servir à autre chose qu’à la guerre, elle peut aussi dans la guerre même servir à autre chose qu'à découvrir ce que font les ennemis.

Ciun spirilus expressionibus impulsus et plagtæ vocesque dpyavx®s exprimuntur. Je lis spiritus impulsu, et plagæ, vocesque organicos exprimuntur, au lieu de l’autre leçon, qui n’a point de sens, parce que le mot expressionibus est manifestement inutile, et que ls tout de même est superflu dans impulsus.

Plagæ. J'interprète ce mot, Le son des instruments que l’on louche, plagæ signifiant à la lettre Les coups ou Les batlements, c'est-à-dire les coups d’archet, les coups des doigts qui pincent les cordes, ou les coups de marteau qui font sonner les timbres ; ce qui comprend tous les instruments de musique qui ne sont point à vent ; car toute la musique étant divisée en vocale et en instrumentale, et l’instrumentale en pneumatique , c’est-à-dire qui dépend du vent, el en psaltique, c’est-à-dire qui consiste en frappement; la psaltique est de deux espèces, savoir, celle qui frappe les timbres , laquelle est présentement en grande vogue dans les villes des Pays-Bas, et celle qui frappe les cordes, qui est aussi de deux espèces : l’une qui frappe les cordes en les frottant , ainsi qu'il se fait aux violons avec un archet, aux vielles avec une roue, aux archivielles avec une ceinture de cuir avec son poil ; l’autre qui frappe les cordes sans les frotter; ce qui se fait encore en deux façons, car ou la corde est poussée sans que ce qui la pousse la quitte, comme il se fait aux manicordions ; ou ce qui pousse la corde la quille, qui est ce que l’on appelle pincer ; et ce pincement se fait en deux façons, savoir, ou avec le doigt comme aux harpes, aux luths eLaux guitares, ou avec des sautereaux comme aux épinettes. La pneumatique, selon Psellus, est de deux espèces ; car les instruments à vent font des tours différents , ou par l'allongement et laccourcissement de l'organe, où par le renforcement et le relâchement de l'effort qui se fait en poussant le vent ; il semble que par celte seconde espèce il signifie les cors et les trompettes; mais il est constant que ce n’est pas la seule différence de la force du vent qui fait les différents tons dans le jeu des trompettes; car cela ne vient que de la plus grande ou de la moindre compression des lèvres de celui qui sonne. J'ai #n

instrument de musique dont les sauvages de la Guadeloupe ont accoutumé de jouer, qui représente assez bien l'effet dont Psellus parle : ee sont deux flûtes faites, à ce que l’on peut juger, de la tige d’une ronce vidée de la moelle. Elles sont de la longueur de 18 pouces, et grosses en dedans seulement de 4 lignes ; elles sont jointes l’une contre l’autre, et accordées à l'unisson. Or, les tons de ces flûtes sont différents selon que l’on souflle plus ou moins fort ; en sorte que du plus bas ton on passe immédiatement à la quinte et de là à l’octave, et ensuite à la dixième, puis à la douzième, treizième, quatorzième, quinzième, etc., comme dans les trompettes.

. Or, ce n’est pas sans raison que Vitruve dit que par le moyen de la machine pneumatique, qui est ce que nous appelons les orgues, on inite tout ce que la voix et les instruments que l’on touche ou que l’on frappe peuvent faire ; car les flûtes bouchées, jointes aux régales enfermées dans des tuyaux médiocrement longs, imitent la voix humaine; les régales enfermées dans des tuyaux plus longs, que l’on appelle cromornes, imitent les violons; les petites flûtes qui composent ce que l’on appelle la fourniture, et celles qui composent les cymbales jointes aux autres jeux, qui toutes ensemble font le plein jeu , imitent le son des cloches et des timbres, à cause de ce Linlement aigu qu’elles représentent, qui est inséparable et comme le vrai caractère du son des cloches, et qui, parce qu’il se rencontre aussi aigu dans les plus grosses cloches que dans les plus petites, est imité par des tuyaux qui sont presque aussi petits aux plus basses touches qu'aux plus hautes ; n'ayant qne l'étendue d'une octave pour Lout le clavier, qui comprend ordinairement quatre octaves.

Scorpionis. Végèce dit que, de son temps, scorpiones, que jetraduis arbalètes , étaient appelés manuballiste , pour les distinguer des grandes balistes ou catapultes qui n'étaient pas portatives, de même que nos arquebuses et pistolets sont distingués du canon. Ces petites machines élaient appelées scorpions, à cause de leur effet qui était de blesser avec de petites flèches, de même que le scorpion blesseavecun petitaiguillon ; et à cause de la figure de leur arc, qui représentait deux bras recourbés comme les pieds d’un scorpion.

Anisocyclorum. On ne sait point certainement quel est cet instrument. Budée et Turnèbe ne savent que la signification littérale de son nom, qui signifie des cercles inégauzx. Barbaro dit que les cheveux bouclés font les anisocycles ; ce qui est vrai, supposé que les boucles soient inégales , comme elles seraient si elles étaient formées par un fer chaud fait en corne. Baldus croit que cette machine qui jette des flèches par le moyen d’un fil d'acier tourné en vis, et enfermé dans un canal, est l’anisocycle; mais les cercles de ce fil, qui est entortillé comme de la canetille, ne sont point inégaux. Il y aurait plus d'apparence que Panisocycle serait cette sorte de ressort qui est fait d’une lame ou d’un fil d'acier qui est tourné nonen vis, mais en ligne spirale sur un même plan, comme est le ressort des montres portalives, où les cercles du milieu sont plus petits que ceux qui sont vers la dernière circonférence.

Cisia. Les anciens avaient des carrosses à deux roues, qu'ils appelaient cisia, dont ils se servaient pour aller commodément et en grande diligence. Cicéron les appelle chaises volantes ; aujourd’hui nous les appelons chaises roulantes.

| Ch.l(oulIT,IN,IV, V, VI, VIT). Trochlea. Le mot drochlea est ici ce que nos ouvriers appellentune moufle. Ce nom, tant en latin qu’en français, est donné à toute la machine, à cause de l’une de ses parties : car trochleæ en latin, ou érochalea en grec , signifie proprement une poulie, qui est appelée dans le texte de Vitruve orbicudus. Or, le mot d’orbiculus, aussi bien que celui de trochlea, qui signifie une roue, convient mieux à une

poulie qu'à la moufle, qui est carrée, et qui enferme les poulies dans des mortaises. Le mot de moule aussi, selon son étymologie française, ne convient qu'aux poulies dont la moufle est composée, et qui sont appelées moufles à cause de la ressemblance qu’elles ont avec là bouche quand les lèvres sont beaucoup relevées, et avancées en dehors; ce que l’on appelle vulgairement en français moufle ou moue.

Rechamum. Ce mot, qui signifie la même chose que trochlea et moufle, ne se trouve que dans Vitruve. C’est une des deux parties de la moufle, qui est divisée en supérieure et inférieure. Ces moufles sont des morceaux de bois dans lesquels il y a des mortaises où les poulies sont enchässées. L'effet de cette machine est que l’une des moufles étant attachée au haut de l'engin, et l’autre au fardeau , la corde qui le doit lever produit son effet en faisant approcher les moufles Pune de l’autre; et elle facilite l'élévation du fardeau par la raison que, par les deux replis que la corde fait sur les poulies des moufles, il arrive que la corde qui descend au moulinet fait le double du chemin qu’une des moufles fait en approchant de l’autre; et par conséquent elle n’a besoin que de la moitié de la puissance qui serait nécessaire si elle ne passait que sur uue poulie, et si la descente de la corde vers le moulinet était égale à la montée du fardeau.

Ferrei forfices. Je lis avec Philander forcipes, qui signifie des fenailles, au lieu de forfices, qui signifie des ciseaux. Ces tenailles de fer dont Vitruve parle ici sont ce que nos ouvriers appellent louve, qui est un instrument de fer avec lequel on accroche les pierres pour les enlever avec les engins ou‘avec les grues. Je trouve trois espèces de louves, savoir : celle des anciens , dont Vitruve parle ici; celle dont Philander dit qu'on se servait à Rome de son temps, et celle dont nous nous servons à présent en France. ù

Antarii funes. Je traduis ces mots les câbles qui sont en la partie de devant, parce que ce sont des cordes qui appuient la machine quand elle est dressée, et qui la tiennent, comme lesentraves affermissent le mât d’un na= vire. Ils sont peut-être appelés antarii parce qu'ils servent d’ares-boutants, appelés ci-devantantæ et anterides par Vitruve ; ou parce qu’ils sont en la partie de devant, pour les distinguer de ceux qui sont derrière et qui sont appelés relinacula. Ys doivent ètre tenus lâches, parce qu'ils ne servent à la machine que quand elle est levée, et il s’agit ici de la lever. Philander croit néanmoins que antarii funes sont les câbles qui sont passés dans les moufles pour lever les fardeaux ; et Baldus veut que ce soient ces cordes que nos ouvriers appellent vintaines , qui servent à conduire la pierre et à la tirer vers l'endroit où on la veut poser.

Quod simajus tympanum collocatum ault in medio... calcantes homines. Pour traduire calcantes homines aut in medio aut in una parte extrema, il a fallu exprimer que les roues qui se mettent au lieu des moulinets pour lever des fardeaux, sont remuées en deux manières. La première est que lon met des hommes dedans, qui marchent au milieu dn plancher de la roue. L'autre est que l’on fait remuer à bras la roue en la tirant ou poussant par les extrémités des ais qui font le plancher, et par les rayons de la roue, qui sont des extrémités à l'égard du milieu du plancher sur lequel les hommes marchent.

Supra chelonia religaltur. Au lieu de ces mots, j'ai eru devoirlire : supra,cheloniis religatur, faisantsupra adverbe et non pas préposition , parce qu’il n’y a point de sens à dire que la moufle doit être attachée au-dessus des amarres, puisque les amarres ne servent qu’à soutenir la moufle , que le poids tire en bas.

Artemonem. Ce mot, à ce que lon croit, est grec, de mème qu'epagon; mais il exprime mieux la chose qu'il

doit signifier ; car epagon, qui signifie tirant à soi, ne convient point à cette moufle qui est attachée au pied de la machine, vu qu’elle ne tire rien, et n’a point d’autre action que lesautres moufles, C’est là dessus qu'est fondée l'erreur d'Hermolaüs, qui croit qu'artemon est l'ergala ou vindas. Et il aurait raison, si la chose de soi n’était si claire qu'il est impossible de douter qu'artemon ne soit ici une troisième moufle, qui est ainsi appelée à cause qu’en cette machine elle est ajoutée aux deux autres moufles quisont ordinairement aux autres machines. Cela se doit entendre, supposé qu'ar{emon vienne du grec artema, qui signifie une chose ajoutée. Quelques-uns par cette raison veulent que la voile de figure triangulaire qui, dans les mers du Levant, se met au derrière du vaisseau, et que les Levantins appellent la mesane, soit communément appelée arlimon, parce qu'elle estajoutée aux autres, étant d’une autre espèce.

Polyspaston. Plutarque appelle ainsi la machine avec laquelle il dit qu'Archimède traina lui seul sans peine un grand navire chargé de tout ce qu'il peut porter étant sur mer, Si Vitruve n'avait point déerit cette machine assez clairement pour en avoir donné une parfaite connaissance, on croirait que c’est autre chose : car on sait que ce que le polyspaste peut faire est tout à fait éloigné des effets que Plutarque lui attribue, Cela fait voir quelle opinion lon peut avoir des autres miracles que cet historien conte des machines d’Archimède; et ce seul exemple peut faire croire que ce qu'il en dit n’est fondé que sur les relations des Romains, lesquels, étant peu versés dans les arts avant le temps de Marcellus, ainsi que Plutarque remarque luimème, pourraient avoir beaucoup exagéré des choses que leur ignorance leur faisait paraître miraculeuses , et qu'ils avaient aussi peut êlre intérêt de faire passer pour telles. Car de croire avec Plutarque que la grande géomélrie d’Archimède lui fit faire avec un polyspaste ce qui n’a pu être fait depuis par ceux qui n’étaient pas si savants que lui dans les spéculations des propriétés des nombres et des figures, cela est bien difficile, quand on considère que les esprits qui s'appliquent aux mécaniques, à la musique el aux autres arts quisont estimés dépendre des mathématiques, n’y réussissent point à proportion qu'ils sont profouds dans la connaissance dela géométrie et de Parithmétique ; et que ces nobles sciences, que Platon estime être déshonorées quand on les attache à la matière, sont semblables aux plantes, dont les fleurs les plus belles et les plus doubles ne produisent que rarement du fruit. Et en effet, on ne remarque point que ceux qui ont inventé ou perfectionné les arts aient jamais excellé en autre chose qu’en la fécondité du génie, qui peut rendre, par exemple, un musicien capable de composer les plus beaux chants et la plus agréable harmonie par larrangement et par le mélange des sons différents en nombres et en intervalles, sans avoir cette parfaite connaissance de toutes les propriétés des nombres, des grandeurs et des figures, qui fait les grands mathématiciens , qui savent fort bien rendre la raison des effets que produisent les machines quand elles sont inventées.

Ferreos cnodaces. NW faut entendre que ces boulons n’étaient à queue d’aronde que par un bout, parce qu'ilsdevaient être ronds par le bout qui sortait hors la colonne, afin de pouvoir tourner dans l’anneau de fer. Mais ils étaient à queue d’aronde par le bout qui était scellé dans la colonne, afin de l’y faire mieux tenir. Car, supposé que les trous dans lesquels on scellait ces boulons fussent plus larges au foud qu’à l'entrée, ilest évident que le plomb fondu remplissant cette cavité devait bien affermir ces boulons dans le marbre, et c’est la manière ordinaire de sceller les crampons.

Fecitrotascirciler pedum duodenum. Les interprètes entendent que, pour transporter les grands architraves que l'on avait taillés dans la carrière pour le temple d’Ephèse,

ces roues de douze pieds soutenaient les boulons de fer, de même que les roues des charreltes ordinaires soutiennent les essieux. Mais il me semble que le texte ne dit point cela, etmême qu’il ne le doit pas dire, parce qu’il n'est pas possible que l’excessive pesanteur de ces grandes pierres püt être soutenue sur deux boulons de fer scellés aux bouts de la pierre, C'est-à-dire sur un essieu, s’il faut ainsi dire, fait de trois pièees soudées avec du plomb bout à bout l’une de l’autre ; car selon cette interprétation, la pierre et les deux boulons ne faisaient que comme un essieu. 11 est aussi assez évident que le texte dit autre chose que cela; car il y a que Métagènes employa pour transporter les architraves le même moyen dont son père Ctésiphon (Perrault lisait Ctésiphon, au lieu de Chersiphron, quiest la leçon de notre texte) s'était servi pour transporter les colonnes , qui était tel, que le fardeau n'était point soutenu sur des essieux, et que les boulons de fer et les anneaux ne servaient que pour tirer et non pas pour porter. Or, cette manière particulière de transporter des colonnes et des architraves, que Vitruve compare à la manière de traîner les cylindres avec lesquels on aplanit les palestres , était que l’on faisait rouler ces grandes pierres, et qu’elles servaient elles-mêmes de roues; car on peut aisément entendre que les architraves, quine pouvaient pas rouler comme des colonnes, à cause de leur forme carrée, avaient élé arrondis avec de la charpenterie que l'on avait appliquée vers les deux bouts, qui est ce que Vitruve appelle des roues de douze pieds. Rusconi, dans ses figures de Vitruve, a été dans la même opinion touchant cette forme et cet usage des roues de Métagènes.

Inclusa uti axes in rotis. Les essieux sont enfermés dans les roues en plusieurs manières : car ou ils sont enfermés dans les moyeux des roues pour y laisser tourner la roue à l'ordinaire, ou pour y être seulement passés sans que la roue y tourne, comme aux brouettes, où l’essieu qui traverse la roue ne tourne point. Si l’on explique le texte suivant la première manière, qui, à Ja vérité, est la plus commune et la plus naturelle, on peut croire que Vitruve à entendu que les architraves de Métagènes étaient portés sur les boulons qui servaient d’essieux ; car il y a epistyliainclusauli axes in rolis. Mais la suile etle reste du texte doivent faire croire que Vitruve l’a entendu suivant la seconde manière, qui est plus probable et plus commode, pourvu que les pierres fussent ajustées en sorte que leur centre de gravité fût exactement an centre des roues.

Non uli Melagenes apporlavit. La manière dont Paconius voulut transporter la base de la statue d’Apollon était semblable à celle dont Mélagènes s'était servi : car il dit de Métagènes que fecit rotas circiter pedum duodenum, et epistyliorum capita in medias rotas inclusit, etc.; de Paconius, que r'otas circiler pedum quindes cim fecit , el his rotis capita lapidum inclusit. De sorte que la machine de Paconius n’était différente de celle de Métagènes qu'en ce qu’il ne tirait pas sa machine par les deux bouts avec les boulons et les anneaux de fer, mais à l’aide d’une seule corde entortillée sur les fuseaux ; ce qui tirait avec beaucoup plus de force, mais moins droit que celle de Métagènes.

Et, sinon feceril, pœna tenetur. Cette particularité est, ce me semble, remarquable pour faire voir quelle estime les anciens avaient pour les choses qui appartiennent aux beaux-arts, et principalement à l'architecture, comme ils s’en faisaient une affaire d’importance, et jusqu'où pouvaient aller les récompenses qu'ils donnaient aux excellents architectes; du moins si l'on peut juger de la reconnaissance qu'ils pouvaient avoir pour le travailet pour l'industrie des gens d'esprit, par l'honneur qu'ils ont fait à un berger pour avoir, par hasard, découvert une carrière. Cela doit aussi faire connaître que si les ouvrages de notre siècle surpassent en beauté tout ce qui a éle fait jusqu'a

présent ; ceux qui les produisent sont beaucoup inférieurs aux auteurs des ouvrages de l’antiquité, en ce qui regarde le désir et la passion que l’on a de faire quelque chose d’excellent , et de n'épargner pour cela ni soin, ni travail,

ni temps, ni dépense : car l'impatience que nous avonsde | voir les ouvrages achevés, et le peu de soin que nous avons |

accoutumé d'apporter pour les rendre durables, fait que nous ne croyons qu’à peine ce queles historiens rapportent de la patience et de l'exactitude des anciens, quand nous lisons que le temple d’Éphèse a élé quatre cents ans à bàtir, que l’on y a employé les richesses de Loute l'Asie, et que l’on a été quatre ans à laisser sécher la colle dont les pièces de bois des porles du temple étaient jointes ensemble.

Ch. II(ou VIII). Ad eos perfectus. Tous les exemplaires ont ad duos perfectus : il m'a semblé qu’il n’était pas difficile de voir qu’il faut lire ad duos effectus.

Directis ductionibus. L'exemple qui est ici apporté pour confirmer ce qui a été dit, savoir, que Loute la mécanique est fondéesur le droit et sur le courbe , est fort bon; mais le texte ne l’explique pas bien , lorsqu'il semble faire entendre que le pivot de la poulie étant le centre du cercle, dont la vertu agit dans les effets des moules, la corde qui va de la poulie au moulinet est le droil qui, avec le circulaire de la circonférence de la poulie, concourt à l'effet de la machine : car la corde ne lient lieu que d’une puissance externe, dont il n’est point question ici, où il s’agit seulement des dispositions internes de la machine, qui consistent dans laligne qui va du centre de la poulie à sa circonférence, et cette ligne est proprement le droit dont il s’agil; de même que la ligne courbe est celle que l’extrémité de la ligne droite décrit lorsque la poulie tourne, ces deux lignes ayant toujours une relation et une proportion pareille, et la grandeur de l’une dépendant de la grandeur de l’autre; parce que l'effet de la machine est nécessairement proportionné à ces deux lignes. Cela est mieux expliqué dans la réduction de la comparaison du moulinet.

Supposila uli centro. Telle est la leçon de tous les exemplaires; mais le sens veut qu’il y ait imposita : car il est évident que c’est le bec de la pince appelée linaula, qui est subdita où supposila, comme il est dit incontinent après; et que le centre, qui est kypomoclion, soutient la pince quand on presse.

Yrou6yhov. Ce que les Grecs appellent 2ypomochlion est appelé en français appui.

Lingua. Vitruve désigne deux parties dans l'organe que Yon appeile pince en français : l’une est appelée caput, qui est le manche; et l’autre lingula, que j'interprète le bec, quoiqu’à parler proprement lingula soit la partie du levier que l’on appelle la pince. Mais, pour éviter l'ambiguité, s'agissant de donner le nom de pince à ferreus vectis où à lingula, j'ai cru qu'il fallait suivre plutôt Pusage vulgaire, qui appelle La pince tout l'organe entier, qui est appelé par Vitruve ferreus vectis, que de suivre un usage peu Connu, qui aurait obligé d'appeler levier de fer l'instrument que tout le monde appelle pince; ce qui aurait causé de la confusion et de l'ambiguité.

Caput ejus per id cum ducitur, faciundo motus circinationis. Pour donner du sens à cel'endroit, qui est fort obseur, je mets spatium au lieu de faciundo, et j’ôte la virgule qui est après ducilur pour la mettre devant m0otus, et je lis caput vectis per id cum ducitur spatium , motus circinalionis cogil pressionibus examinare paucis manibus oneris maximi pondus.

Examinari. J'ai cru devoir traduire rendre sa force égale , les mots examinare pondus , qui signifient mettre en équilibre ; parce que examen en latin signifie la partie de la halance qui fait connaître l'égalité des poids, et que l'en appelle: a languette en français.

La non lan facititer quam oppressione. Ce n'est pas

par une raison mécanique que lon a plus de force en appuyant sur un levier qae lorsqu'on le lève, mais par une raison physique, qui est que la pesanteur du corps fait une grande partie de l'effet de la compression ; au lieu que, dans l'élévation , toute la force dépend dans l’action des muscles qui lèvent les bras, et qui affermissent le reste du corps.

Uti ad centrum est collocata. Le centre du fléau, c'est le centre du mouvement du fléau, qui est proprement ce qui est appelé l’hypomochlion, ou l'appui.

Ansam qubernaculi. On appelle barre du gouvernail le manche du gouvernail, et Ze gouvernail est proprement la partie mince et large qui est dans l’eau, que lon appelle en grec pterix , à cause qu’elle ressemble à l'aile d’un oiseau.

Pressione cacuminis vehementius cogunt progredi navem. Quoique ceci soit conforme à ce que dit Aristote, il n’y a guère d'apparence que la hauteur du mât puisse servir à faire aller le vaisseau plus vite, par une autre raison que parce que le vent est plus fort en haut qu’en bas; car on ne demeure pas d'accord que le mât remue le vaisseau, comme un levier remue le fardeau qu’il lève, étant vrai que dans l’action du vent sur le navire, par l'entremise du mât, il n’y a point de centre ou poids immobile sur lequel on fasse tourner les deux cercles inégaux, dans lesquels consiste, ainsi qu'il a été dit, la force du levier. Car toutes les parties du mât, et le vaisseau même, se remuent d’un pareil mouvement, qui sont des choses conlraires à ce qui arrive au levier, dont les parties sont remuées de mouvements différents et inégaux ; de sorte que si l’on considère les effets que le mât ou plus court ou plus long peut faire comme tel, et non comme étant poussé par un vent plus où moins fort, il se trouvera que la hanteur du mat nuit plus qu’elle ne sert à la vitesse du mouvement du vaisseau, par la raison que plus il est haut, et plus il a de force pour faire plonger la proue; ce qui lui fait rencontrer une plus grande quantité d’eau qui lui résiste. C’est pourquoi on est contraint de mettre au-devant une voile appelée la civadière, qui sert à empêcher que la proue ne plonge trop dans la mer; et les vaisseaux qui se tirent dans les rivières avec un câble attaché au haut du mât ont, au lieu de civadière, une corde qui soutient la proue et qui l'empêche de plonger ; et lorsque les bateanx sont engravés par Ja proue, on ne les fire pas par la corde qui est attachée au haut du mât, mais seulement par celle qui est à la proue.

Extremis progredientibus a centro. Bien que les rames, à l'égard de la galère qu’elles font remuer, soient en quelque façon un levier renversé à qui la mer sert comme d'appui, il n’est pas vrai néanmoins que la longueur que les rames ont depuis la cheville où elles sont attachées jusqu’à la mer, serve à les faire agir avec plus de force par la raison du levier; car par la raison du levier le contraire devrait arriver, parce que plus la partie du levier qui est depuis l’appui jusqu’à la puissance qui remue est longue, et plus elle a de force. Aristote rend la véritable raison de l'effet de cette longueur de la rame, savoir, que cette longueur est nécessaire, afin que l’eau étant frappée avec plus de vitesse, comme elle l’est, plus la rame est longue, plus l’eau résiste; car si l'eau n’obéissait point, il est certain que plus la rame serait courte, depuis la cheville jusqu’à la mer, et plus les rameurs auraient de force pour remuer le vaisseau; et en ce cas il serait meilleur, pour remuer le vaisseau avec plus de puissance, que la plus grande longueur de la rame fût depuis les chevilles jusqu’à la main du rameur. C’est pourquoi Aristote dit que les rameurs qui sont au milieu du navire ont plus de force que ceux qui sont aux extrémités, parce que le vaisseau, qui est courbé et qui forme un ventre par le milieu, fait qu'il y a en cet endroit une plus grande portion de la rame depuis le bord jusqu'aux rameurs.

A centro, palmis maris undis spumantibus. J'ai corrigé le texte, qui a, dans l'édition de Jocundus : a centro parmis ; et dans toutes les autres, a centro palmus ; et je lis a centro scalmi, parce que scalmus signifie la cheville à laquelle chaque rame est attachée ; et ilest vrai que cette cheville est le centre des cercles que la rame décrit par son bout dans la mer, quand on la fait agir.

Phalangariis hexaphoris et tetraphoris. Le mot phalangari signifie ceux qui portaient les fardeaux sur leurs épaules avec des bâtons appelés phalanges. Le mot grec phalanx signifie proprement un rouleau de bois; par métaphore, c'était un bataillon parmi les Grecs, peut-être parce qu'ilavait la figure d’un rouleau de bois, étant plus long que large. Il y a aussi apparence que c’est par la même raison de cette figure que les os des doigts sont appelés phalanges par Galien, et longtemps avant lui par Aristophane, au rapport de Pollux.

Cum [ab] examine. Bien qu'eramen soit proprement la languette de la Dalance, je ne crois pas qu'il y ait rien à la romaine qui puisse être appelé examen, que l'anneau auquel le poids est attaché; parce que le fléau se lève on se penche selon que cet anneau s’avance où se recule, de même que la languette suit toujours Pinclinaison du fléau des balances. C’est pourquoi j’ai cru que je devais traduire examen, l'anneau.

Jumenta. Jumentum signilie loutes sortes d'animaux de service; je explique par le bœuf, parce que nous n’avons point coutume de mettre des jougs aux chevaux ; où si l’on s’en sert comme aux charrettes appelés fourgons, ils ne sont point mis sur Ja têle des chevaux ; mais ils pendent à leur cou, selon la manière que les anciens avaient d’atteler les chevaux à leurs chariots.

Minores rotæ duriores. habent motus. La résistance que les roues apportent au roulement vient de deux choses : la première est l'inégalité du plan, qui fait que, pour rouler dessus, la puissance qui les fait rouler les élève sur chacane des éminences qui font celte inégalité; l’autre chose qui fait cette résistance est le frottement que lessieu et le moyeu de la roue font l’un contre l'autre. A l’égard de la première résistance, il est vrai qu’elle est plus aisément surmontée, plus la roue est grande; parce que, pour l’élever sur les éminences du plan, elle agit par un levier qui décrit une plus grande portion de cercle, le bout du manche du levier étant réputé être à l'endroit où V’essieu touche au moyeu de la roue, et Phypomocblion étant réputé être à l'endroit où l’éminence du plan touche la circonférence de la roue. Mais pour ce qui est de la seconde résistance, il n’est point vrai qu’une pelite roue la surmonte plus difficilement qu’une grande, si ce n’est que son essieu fût aussi gros que celui d’une grande; car si la proportion de la grosseur de l’essieu à la grandeur de la roue est pareille dans la grande et dans la petite roue, la petite roulera avec autant de facilité que la grande. La raison de cela est qu’il faut concevoir que le centre de l’essieu étant celni de la roue, il doit être pris pour lhypomochlion ; que la ligne qui va de ce centre à la circonférence, de la roue qui est son demi-diamètre, est la partie du levier qui est la plus grande; et que celle qui va de ce même centre à l’endroit où l’essieu touche au moyeu, lorsque le frottement se fait, est celui où le bec du levier agit pour remuer le fardeau. Or, cela étant, il s'ensuit que le demi-diamètre d’une petite roue doit avoir autant de force pour surmonter la résistance du demi-diamètre d’un petit essieu, que le demi-diamètre d’une grande roue en à pour surmonter la résistance du demi-diamètre d’un grand éssieu ; de même qu'un pelit levier a autent de force pour remuer un fardeau qui est près de son hypomochlion, qu'un grand levier en a pour le lever quand 1l est loin de son hypomochlion, supposé que la proportion soit pareille.

Ch. IV (ou IX ). De lympano. Haété dit que {ympa-

NOTES SUR VILRUVE, LIV. X

num signifie un tambour, et que ce mot s'applique à plusieurs choses, comme au dedans d’un fronton, à des rones dentelées, à des roues en manière de robinet pour une espèce de clepsydre , et à des roues dont on se sert aux grues dans lesquelles on fait marcher des hommes : mais il n’y à pas une de toutes ces choses qui ressemble si bien à un tambour que la machine quiest ici expliquée : car elle est ronde tont alentour, et elle a deux fonds, l’un d’un côté et l’autre de l’autre, de même que les tambours y ont des peaux.

Columbaria fiunt excavata. Je traduis columbaria par des canaux. Vitruve s’est déjà servi de ce mot pour signifier des trous qui demeurent dans les murailles après que l’on en a ôté les boulins ou solives qui servent aux échafauds des maçons ; car il faut concevoir que ces trous forment comme un canal qui traverse le mur d’un côté à l’autre. Le mot latin vient de columba, à cause que les pigeons font leurs nids dans de semblables trous. Il ÿ a apparence que Cœlius Rhodiginus, qui a cru qu’il venait du grec colymban, qui signifie plonger dans l’eau, ne se souvepait pas que Vitruve s’est servi de ce mot en d’autres endroits, où il ne s'agissait pas comme en ce chapitre de plonger dans l’eau. Saumaise y a regardé de plus près; il dit tignorum cubilia Latinis columbaria dicuntur, teste Vitruvio.

Hominibus calcantibus versatur. J. Martin traduit ces mots par le mouvement d'aucuns hommes qui cheminent dedans. Mais cette interprétation ne saurait convenir à la chose , si on ne explique autrement, parce que ce dedans s'entend du tympan qui puise l’eau, dans lequel des hommes ne sauraient cheminer ; et ainsi il faut supposer qu’il y à une autre roue jointe au tympan, dans laquelle des hommes marchent comme dans celle d’une grue.

Modioli quadrati. Le mot de modiolus n’est pas moins ambigu que celui de {ympanum; car il signifie des corps de pompe dans la machine hydraulique et dans la pompe de Ctésibius, des barillets dans le chapiteau de la catapulte; et ici ce sont de petits coffres ou de petites caisses. On pourrait leur donner nn nom qui conviendrait à tous ces usages en les appelant des boîtes, comme a fait Héron, qui appelle pyxidas les corps de pompe. Le mot guadrati, que Vilruve a ajouté à modioli, n'a déterminé à leur donner le nom de caisse, qui, dans le plus commun usage, est une espèce de coffre carré, quoique quelquefois la caisse soit ronde comme dans les tambours de guerre.

In ejusdem rotæ axe involuta duplex ferrea catena. Il west pas vrai qu'un chapelet mis sur l’essieu d’une roue élève l’eau plus haut que les caisses qui sont aulour de la circonférence de la roue; de sorte qu’il faut entendre que ce chapelet est sur l’essieu d’une roue élevée fort haut et que l’on fait aller à bras, et non pas avec le courant de l’eau.

Axe involula. Pour traduire à la lettre, il aurait fallu dire qu’il faut sur l’essieu une double chaîne qui y soit entortillée; ce qui n'aurait point eu de sens, parce que cela aurait signifié que cette chaîne doit être entortillée de même que la corde l’est autour du moulinet; et la vérité est que cette chaîne n’est point entortillée, mais seulement posée sur l’essieu, ainsi que la corde l’est sur la poulie d’un puits. 11 faut seulement remarquer qu’il est nécessaire que cet essieu soit à pans, afin que la chaîne ne puisse glisser, et qu’elle suive toujours le mouvement de l’essieu , car cela fait le même effet que si elle était entorlillée.

Situlos pendentes ærcos congiales. Je traduis le mot de congialis par de cinq pintes, parce que le congius des anciens élait une mesure qui contenait six seliers, le setier deux hémines, et lhémine dix onces; ce qui faisit les six viugl onces qu'il faut pour cinq pintes.

€b. V (ou X). Hydrale!æ. J'ai corrigé cet endroit selon Turnèbe et Saumaise, qui lisent Aydromylæ, qui siguifie des meules que l’eau fait aller, au lieu de Aydraudæ, qui signifie simplement des machines faites avec des luyaux qui conduisent l’eau.

Axis | habent | {ympanum dentatum est inclusum. 11 y a au texte : Axis habent tympanum inclusum, pour dire {ympanum habens axem inclusum. La chose est trop claire pour pouvoir douter qu’il ne faille traduire cet endroit comme j'ai fait.

Item dentatum. La roue de nos moulins, qui est située horizontalement et que l’on appelle la lanterne, n’est point dentelée, mais composée de fuseaux qui joignent ensemble deux madriers que l’arbre de fer qui soutient la mieule traverse aussi par le milieu. Mais il faut supposer que Vitruve a décrit ces roues un peu négligemment, en ne distinguant pas la roue à dents appelée hérisson d’avec le pignon ou lanterne, et comprenant sous le nom de dent tout ce qui accroche comme les véritables dents, on qui est accroché comme les faseaux des lanternes on des pignons. Il est aisé de comprendre que cela ne peut être précisément et à la lettre, ainsi que Vitruve ledit, parce que des roues dentelées ne se peuvent faire remuer lune l’autre commodément. Il n’y à pas d'apparence non plus que cette seconde roue ou lanterne soit plus grande que celle qui la fait aller : car si cela était, la meule tournerait plus lentement que la roue qui est en l’eau; ce qui ne doit pas être. C’est pourquoi il y à apparence qu’il faut lire : minus item dentalum est collocatuin , au lieu de majus.

Subscudem ferream. W faut entendre une hache à deux tranchants. Il est amplement parlé des tenons en forme de hache sur le septième chapitre du quatrième livre.

Ch. VI (ou XI). Es... cochleæ ralio. Ce que Vitruve nomme ici cochlea s'appelle vulgairement La vis d’Archimède. Il paraît qu’elle métait pas encore attribuée à Archimède du temps de Vitruve, bien que Diodore Sicilien, qui a écrit presque en même temps que Vitruve, Ven fasse l'inventeur. Mais l'usage célèbre que cet auteur donne à cette machine dans son Histoire, qui esl d’avoir servi à rendre l'Égypte habitable, en épuisant les eaux dont elle était autrefois inondée , peut faire douter qu’elle ne fût beaucoup plus ancienne qu’Archimède.

Cujus tigni quanta fuerit pedum longitudo, tanta digitorum expeditur crassiludo. Cela veut dire : qui a de long seize fois son épaisseur, parce que le pied des anciens avait seize doigts. :

Aut de vitice secta requla. Vilex, ainsi qu'il a déjà été remarqué, n’est pas proprement l’osier ; mais on appelle osier en français une plante semblable au saule, dont les rameaux flexibles sont propres à lier ; et vi{ex n’a point de roi propre en français.

Eademratione per omne spatium , etc. On se sert encore à présent de la vis d’Archimède aux bâtiments qui se font dans l’eau. Mais la manière dont on fait les séparations du dedans est bien plus facile que n’est ce collement de tringles d’osier avec de la poix : on se sert bien d’osier et de poix, mais c’est autrement. On perce la pièce de bois arrondie, de trous fort près à près, et suivant les lignes spirales qui y ont été marquées par la méthode que Vitruve prescrit; et dans ces trous on fiche des bâtons qui ont la longueur que l’on veut donner au dedans de la coquille. Dans ces bâtous on entrelace de osier, comme pour faire un panier, ou plutôt une holte à vin, en battant et serrant les osiers les uns contre les autres. Après cela, on poisse ces planchers d’osier dessus et dessous, et on couche des ais tout le long par-dessus comme des douves de tonneau, que lon bande de cercles de fer. II y a encore

ane autre manière de faire celte vis, qui est de ne la poiut couvrir d'ais , mais de faire seulement un canal en demi-

rond avec ces ais, qui demeure immobile et situé selon la pente que l’on veut donner à la vis ; car cette vis tournant dans le canal auquel sa rondeur est ajustée, pousse l’eau en haut de même que la vis d’Archimède, quoiqu'il s’en échappe quelque peu par les jointures entre la vis et le canal; mais elle est plus aisée à remuer et plus facile à construire.

Faciunt….. juslam cochleæ naturalemque imitationem. Tel est le texte; mais ces canaux ne sont semblables à ceux des coquilles des limaçons qu’en ce qu'ils sont en vis; el ils en sont différents en ce qu’il y en a plusieurs, savoir, jusqu'à huit, dans la vis que Vitruve décrit ; au lieu que le canal des limaçons est unique. Quelques-uns estiment que la vis d’Archimède ne doit avoir, en effet, qu’un canal. Cardan veut qu’elle en ait trois. Chacune de ces manières a ses avantages : la vis d’Archimède, qui à huit canaux , est pour élever une grande quantité d’eau; mais elle ne saurait élever si haut que celle qui n’en a qu'un, parce que cette deruière peut avoir son canal replié si près à près, que son obliquité permet d'élever la vis beaucoup plus haut que lorsque la multitude des canaux rend leur position plus droite.

Ch. VII ( où XII). Modioli fiunt gemelli. J'appelle toujours barillets ce que Vitruve nomme modiolos, et qui est proprement ici ce que l'on appelle corps de pompe. Mais parce que modiolus est plus général, et qu'il comprend ce qui tient lieu de souflet dans la macbine hydraulique , et les canaux d'airain qui sont dans le chapiteau de la catapulte, j'ai cru devoir me servir d’un mot général, tel qu'est celui de barillet, afin qu'il pût convenir de même que modiolus à toutes les choses différentes qu'il signifie.

In quo catino fiunt asses. Selon Festus, axes sont {abulæ sectiles, et Aulu-Gelle dit que les lois de Solon étaient écrites sur de petits ais : axibus ligneis incisæ. Vitruve, dans le chapitre qui suit, parlant des soupapes qui sont aux machines hydrauliques des orgues, y met des soupapes qu'il appelle axes ex torno subactos , donnant à ce mot une signification bien différente. Mais je crois que quand on dit simplement axes, ou que l’on se sert du mot français soupape, on doit entendre celle qui est plate comme un ais, appelée clapet, et non celles qui sont rondes et en pointe, comme un foret ou cône, telles que sont celles qui sont présentement le plus en usage, et comme sont celles dont il sera parlé ci-après dans la machine hydraulique, et qui ne sont appelées axes que parce qu’elles font le même effet que les véritables soupapes, qui sont plates comme un ais.

Non paliuntur |exire | spiritum qui in catinum est expressus. Tout ce que Vitruve dit ici pour expliquer les efféts de la pompe de Ctésibius est fort obscur, et il y a apparence que cet endroit est corrompu, soit par la faute des copistes, soit par celle de l’auteur même, qui peut-être n’a pas bien entendu la philosophie de Ctésibius. Car il paraît que le texte de Vitruve veut faire entendre une chose qui est tout à fait sans raison, savoir, que l’eau monte dans le petit bassin y étant poussée par l'air, comme s’il était nécessaire qu’il y eût de Pair entre le piston qui presse et l'eau qui est pressée , et comme si le piston ne poussait pas lean immédiatement. Cette absurdité m’a fait penser que Ctésibins peut avoir entendu la chose autrement , et que la compression que l’air fait sur l’eau pour la faire monter dans sa machine, se doit entendre de la compression que l'air fait par sa pesanteur sur la surface de toute Peau qui est dans le monde, et qui l’oblige de monter dans les espaces qui sont rendus vides par quelque moyen que ce soit; en sorte que, de même que l'air qui entre dans un soufflet lorsqu'on l’ouvre y entre parce qu'il y est poussé par la pesanteur de l’autre air qui le presse, l’eau entre aussi dans le corps d’une pompe, à cause de la pesanteur

de l'air qui l'y pousse et qui l’y fait entrer ; lorsque le piston qui occupait l’espace du bas de la pompe quitte ce lieu étant tiré en haut. C’est pourquoi j'ai traduit id quod spiritu in catinum fuerit expressum, ce qui a été poussé dans le petit bassin à l'aide de l'air, pour faire entendre que l'air a contribué seulement en quelque chose à cette expression, savoir, d’avoir fait entrer l’eau dans le barillet, où étant enfermée elle est exprimée par le piston, et non pas .que l'air soit la cause immédiate de cette expression; et J'ai cru que cela se pouvait entendre de la même manière que lon pourrait dire que Peau est exprimée à l'aide de la soupape qui est au fond du barillet, et non pas que cette soupape exprime l’eau, parce que c’est le piston qui l'exprime , et que, la soupape empêchant l’eau de descendre, elle l’oblige seulement de monter.

Supra catinum penula. Parmi les Romains, penula était proprement un jus{aucorps : car les robes des Romains, qui étaient amples et larges, nesuffisan£ pas à les défendre du froid lorsqu'ils étaient au théâtre, on inventa cette sorte de vêtement, qui était plus étroit et plus serré sur le corps, comme remarque Bartholus Bartholinus dans son traité De penula. Ce mot est mis ici généralement pour signifier une couverture. Les distillateurs se servent de la même métaphore quand ils appellent chappe le dessus de lalambic, qui est tout à fait semblable à cette partie de la machine de Ctésibius que Vitruve appelle penula.

Ne vis inflationis aquæ eam cogat elevare. 1 n’est pas croyable combien il faut de force aux pistons pour pousser l’eau , si l’on ne prend garde que le tuyau qui la porte au lieu où on la vent élever ne soit de même grosseur que le corps de pompe; car s’il est plus étroit, comme il faut que l’eau monte dans le tuyau avec une vitesse plus grande que n’est celle avec laquelle elle est poussée dans le corps de pompe, il faut agir avec beaucoup de force dans les corps de pompe pour obliger l’eau à avoir cette vitesse dans le tuyau; par la même raison qui fait qu'il faut plus de force pour remuer un des bras d’une balance quand il est plus court que l’autre, à proportion qu'il est plus court, parce qu’il oblige l'extrémité du grand bras à se remuer avec une plus grande vitesse.

Emboli masculi. On appelle pistons en français la partie des pompes ou seringues qui entre dans le tuyau ou corps de pompe, et qui, étant levée ou poussée, allire ou pousse l’eau ou l'air. Ils sont appelés emboli masculi, par la même raison que, dans une des clepsydrés qui sont décrites au neuvième chapitre du neuvième livre, le petit tympan qui entre dans le grand est appelé {ympanum masculum. Les pistons sont appelés, au chapitre qui suit, funduli ambulatiles.

Emboli masculi torno politi et oleo subacti….. per fistulamnares in catinum. En conséquence de l'explication qui a été donnée au texte, et suivant la supposition que l'on fait que Vitruve et Ctésibius entendent que la compression de l'air dont il est ici parlé est celle que l'air fait par sa pesanteur, il a fallu corriger quelque chose au texte pour lui donner un sens raisonnable : car, an lieu de emboli qui ultro citroque frequenti motu prementes aerem qui erit ibi cum aqua, axibus obtwrantibus foramina, cogunt et extrudunt inflando pressionibus per Jistularum nares aquam în catinum , il faut lire : emboli qui ultro citroque frequenti motu prementes aerem qui erit ibi, tum aquam (au lieu de cum aqua) axibus obturantibus foramina , cogun! el extrudunt, ete.

E quo recipiens penula spiritus exprimit, etc. Je eorrige encore cet endroit, et je lis quam (scilicel aquam) recipiens penula superposita (au lieu de spirilus ) exprümit , ete. Si cette explication et cette correction ne plaisent pas, il est libre au lecteur de retenir le texte,

qui, traduit à la lettre, est tel : De plus, par le haut des barillets , on fait entrer des pistons polis autour et frottés d'huile, lesquels étant ainsienfermés dans les barillets sont haussés et baissés par un mouvement fréquent à l'aide des barres et des leviers, qui pressant l'air qui est là avec l’eau, et les ouvertures étant bouchées par Les soupapes, l'eauest contrainte par La compression, et forcée d'entrer par les tuyaux dans le petit bassin, d'où la force de l'air qui la pousse contre la chappe l’exprime, et la fait passer en haut par la trompe. L’explication que Barbaro donne à cet endroit à beaucoup servi à me faire croire que Vitruve a mal entendu Ctésibius; car cet interprète voyant que Vitruve veut que l'air serve à quelque chose dans cette machine, il ne lui attribue point de compression, parce qu’il ignorait que l’air en püt faire par sa pesanteur ; et il parle seulement de l'attraction qu'il croit que l'air produit lorsque, suivant le piston par la nécessité d'empêcher le vide, l’eau suit aussi l'air par la même nécessité. Mais cela n’a aucun fondement dans le texte; et il n’est point nécessaire de mettre de l’air entre le piston ct l’eau, pour faire que l’eau suive le piston lorsqu'il est levé; de sorte que voyant que ni Barbaro ni la raison ne veulent point que l'air enfermé dans la machine de Ctésibius serve à comprimer l’eau qu'elle fait monter, il m’a semblé que les mots de compression et d'air élant dans le texte, il y avait apparence que Ctésibius a entendu que cette compression de Pair était celle qu’il fait par sa pesanteur sur l’eau, et que celle compression de l’eau est la cause qui la fait entrer dans le corps de pompe. Néanmoins, si l’on ne veut rien changer au texte, on peut entendre que la machine de Ctésibius était pareille à celle qui est au cabinet de la bibliothèque du Roi, laquelle sert à lancer de l’eau fort haut dans les incendies. Ce que cetle machine a de particulier, et qui est point dans les autres de cette espèce, dont la deseription se voit dans le livre des forces mouvantes de Salomon de Caux, est qu'avec un seul piston, par le moyen de Pair, l’eau est poussée de manière qu'elle a un cours continu, et qui n’est point interrompu lorsque le piston attire l’eau. Mais pour faire que cette manière de lancer l’eau se trouve dans le texte de Vitruve, il faut lire spiribu au lieu de spiritus ; en sorte qu’au lieu de lire extrudunt aquam in‘catinum, e quo recipiens penula spiritus , exprimit per fistulas in allitudinem, on lise e quo recipiens penula (scilicet aquam) spirilu (eam) exzprimil per fistulas in altitudinem. Car il ny a point de raison de dire, ni que penula spiritus recipit e catino, pi que penula spiritus exprimit ; mais bien que penula spiritus exprimit. Néanmoins il y a apparence qu’il ne s’agit point de tout cela dans la machine de Ctésibius, dans laquelle il n’est point nécessaire d’enfermer de l'air, parce que l'effet de l’air enfermé dans la machine des incendies n’est que pour donner un cours continu à l’eau, qui west point nécessaire dans la machine de Ctésibius, laquelle amasse l’eau dans un réservoir, d’où elle peut couler d'un cours continu où l’on veut.

Après avoir expliqué ce que Vitruve rapporte des machines dont les anciens se servaient pour élever l'eau, j'ai eru qu'il ne serait pas hors de propos d’en ajouter une qui fait à elle seule tous les effets qui ne se trouvent que séparément dans celle dont Vitruve parle : car si ces machines élèvent beaucoup d'eau, comme le tympan et la limace, elles ne l’élèvent guère hant; ou si elles l’élèvent aussi haut que l’on veut, comme on le peut faire par le moyen des chaînes ou chapelet, elles ont besoin d’une puissance extérieure pour les faire agir, qui soit proportionnée à la quantité de l’eau et à la hauteur à laquelle on la veut faire monter; en sorte qu'il y faut employer ou le courant d’une eau fort rapide et fort abondante, on les forces de plusieurs animaux. Mais celle-ci peut élever

fort haut et incessamment une grande quantité d'eau , sans qu'il soit nécessaire d'employer aucune force extérieure.

Ce problème, qui paraît si surprenant, étant ainsi proposé en général, n’a rien qui puisse faire douler de sa vérilé, après que l'on a vu le détail de la construction de la machine, qui même est très-simple et aisée à exécuter, ainsi qu’on l’a expérimenté dans le jardin de la bibliothèque du Roi à Paris, où M. Franchini, gentilhomme français, originaire de Florence, qui en est l'inventeur, l’a fait construire il y a environ deux ans : car depuis ce temps elle fait jaillir une fontaine dont l’eau n’est que la décharge d’une autre fontaine qui se perdait dans un puits.

Cette machine consiste en deux chapelets ou chaînes posées sur un même tambour, qui fait que les deux chapelets se remuent ensemble; et la forme et la disposition des godets, qui sont différents dans ces deux chapelets, fait que l’un remue la machine, et l'autre porte l’eau en baut. Le chapelet qui fait le mouvement estcomposé de godets de cuivre plus larges par le haut que par le fond. Celui qui élève l’eau est composé de godets aussi de cuivre, qui sont, au contraire des autres , larges par le fond et plus étroits vers le goulet, qui est délourné à côlé et vers l'endroit où ils doivent verser l’eau, lorsqu'étant parvenus en haut ils se renversent en tournant sur le tambour, Le chapelet qui fait le mouvement est plus long et descend

plus bas que l’autre, qui ne va que jusque dans uae cu- !

vetle qui est un peu au-dessous du rez-de-chaussée, afin que l’eau courante y puisse entrer, et de là être en partie élevée par le petit chapelet, et en partie se répandre par un tuyau dans l’autre chapelet, pour faire mouvoir toute la machine.

L'ordre que cette eau tient pour ces effets est tel : elle est premièrement conduite par un tuyau dans le bassin dans lequel on a intention de faire jaillir l’eau qui aura été élevée par la machine ; et de ce bassin elle est conduite dans la cuvette, dans laquelle le plus petit chapelet trempe par en bas. Cette cuvette étant pleine se dégorge par un tuyau dans celui des godets du grand chapelet qui est à sa hauteur, et qui, étant rempli, s’en va par-dessus, et laisse tomber l’eau qu'il a de reste dans le godet qu’il a dessous soi : celui-là étant rempli de cette eau qui est de reste, il la laisse (out de même couler dans celui qui est sous lui, et ainsi jusqu’au bas, autant qu'il est nécessaire pour faire que cette eau, dont les godets s’emplissent les uns après les autres, ait assez de pesanteur pour faire remuer la machine en tirant le chapelet en bas. Or, ce chapelet , à mesure qu'il descend, présente toujours des godets vides au tuyau qui verse l’eau de la cuvette; et ces godets s’emplissent ainsi successivement, entretiennent le mouvement de la machine, par le moyen duquel le second chapelet qui puise dans la cuvette, et ses godets s’emplissent, porte l'eau en haut dans une autre cuvette; et de là l’eau est portée par un tuyau dans le bassin où elle jaillit, et où, élant mèlée avec lean courante, elle est rapportée dans la cuvette d'en bas pour fournir au tuyau qui emplit les godets du grand chapelet qui fait le mouvement, et à ceux du petit qui portent l’eau en haut. De sorte que, par le moyen de cette circulation, une petite quantité d’eau courante élève incessamment beaucoup d’eau et fort haut, selon la proportion qu'il y a entre les chapelets; car si le chapelet qui remue la machine est bien grand et descend bien bas au-dessous de la cuvette d’en bas, il pourra élever par sa pesanteur une grande quantité d’eau, et il J'élèvera aussi haut que le puits dans lequél le grand chapelet doit descendre sera creux ; et cette même quantité d’eau qui aura été une fois élevée , revenant toujours au même lieu où elle a été prise, sera incessamment élevée, et entretiendra en cet état un cours perpétuel.

Engibala. J'ai interprété angibata des vases. Quelques

rivé d’engys, qui en grec signifie près ; comme si ces figures étaient si petites qu'il les fallût regarder de près. D’autres croient qu'il vient d’engeion, qui signifie fait de terre. Mais cela m'a semblé mal fondé, et j'ai mieux aimé suivre Baldus, qui lit angibata, et le fait venir d'angeion, qui signifie un vase ; sa conjecture est prise du livre des Pneumatiques de Héron, où cet auteur décrit une machine qui esi un vase transparent, dans lequel de petites figures se remuent; et ce vase, ce me semble, est pareil à ceux qui se font par les émailleurs, où de petites figures d'émail sont enfermées avec de l'eau, et soutenues sur l'eau par de petites bouteilles de verre, ces vases étant scellés hermétiquement.

Mais cet effet surprenant du mouvement que l’on donne à de petites figures d’émail qui nagent dans l’eau se voit encore mieux dans l’angibate qui a été inventé depuis peu, dans lequel une petite figure monte, descend, tourne et s'arrête comme l’on veut. Cela se fait en serrant et comprimant l’eau plus ou moins avec le pouce, dont on appuie sur le bout d’un long tuyau de verre rempli d'eau. L’artifice est que la petite figure d’émail, qui est creuse, a une pesanteur tellement proportionnée à son volume, qu’elle nage sur l'eau; en sorte néanmoins que, pour peu que l’on ajoute quelque chose à sa pesanteur, elle descend au fond; ce qui se fait en pressant fortement sur l’eau : car l’eau étant incapable comme elle est de compression, elle entre dans le vide de Ja petite figure par un petit trou qu’elle a, et diminue ce vide en comprimant l'air dont ce vide est rempli. Or, ce vide étant ainsi diminué, la petite figure devient plus pesante et descend au fond de l’eau, d’où elle remonte aussitôt que le pouce cessant de presser l'eau, celle qui était entrée par le petit trou'en sort, étant poussée dehors par l'air qui avait été resserré au dedans, et qui retourne à son premier état lorsque l’eau n’est plus pressée par le pouce.

Que bibenlia tandem movent sigilla.M y a des interprètes qui entendent que les petites figures boivent ; mais le texte porte expressément que ce sont les angibates qui boivent, et ils sont distingués des petites figures : aussi il est dit que les angibates, après avoir bu, c’est-à-dire reçu l’eau, font remuer les figures. On pourrait croire que la machine est un vaisseau rond, dans lequel l’eau, entrant obliquement par un endroit et sortant à l’opposite par un autre, fait tourner et courir les unes après les autres de petites figures qui nagent sur l’eau.

Ch. VII (ou XIII). De hydraulicis aulem quas habeant raliocinationes. J'ai cru devoir interpréter des orques qui jouent par le moyen de l’eau le mot de hydraulica, qui, en grec, est composé de deux autres qui signifient eau et canal où flüte ; car il faut entendre que ce qu’on appelle machine hydraulique, dans une signification générale el moins propre, comprend toutes les machines qui ont mouvement par le moyen de l’eau, comme sont les moulins, el dans une signification plus propre ne se prend que pour celles qui conduisent et élèvent l'eau par les tuyaux, ou dans lesquelles l’eau fait jouer des flûtes ; en sorte que les orgues dont nous parlons sont la machine qui comprend en soi toute l'essence de l'hydraulique; parce qu’il y a des canaux el des flûtes dans lesquelles l’eau fait les effets dont la machine est capable. Athénée dit que Ctésibius a été l'inventeur de cette machine, ou du moins qu’il l’a perfectionnée, parce que la premlière invention en est due à Platon, qui inventa l'horloge nocturne, c’est-à-dire une clepsydre qui faisait jouer des îlûtes , pour faire entendre les heures au temps où on ne les peut voir.

Fundulis ambulatilibus. Ce que Vitruve appelle ici funduli ambulatiles sont, à ce que j'ai pu juger, les pistons qui sont appelés emboli masculi au chapitre précé-

interprètes tournent autrement ce mot, estimant qu'ilsoitdé | dent : ils sont appelés ambulatiles , c’est-à-dire mobiles,

pour les distinguer des fonds immobilesqui ferment les barillets par en haut et par en bas. Il appelle aussi en ce même chapitre penulam ce qui est appelé ici prigeus , qui est un entonnoir renversé.

Ferreos ancones, et verticulis cum vectibus conjunctos. J'ai cru qu'il fallait entendre par ferreos ancones in verticulis cum vectibus conjunctos, des barres de fer coudées par des charnières : car ancon signifie en grec une chose pliée en manière de coude. Mais cette figure aurait été mal propre à faire enfoncer et à retirer les petits fonds qui servent de pistons aux barillets, si ces coudes de fer n'avaient été pliables par des charnières à l’endroit où ils sont coudés; de sorte qu'il faut entendre que ce fer plié avec des charnières est soudé par un bout perpendiculairement sur le petit fond, et que l’autre bout est emmanché d’un levier qui, balançant sur un pivot qui le traverse, fait hausser et baisser le petit fond quand on le hausse et quand on le baisse, comme il sera expliqué dans la suite. Il faut encore entendre que ce n’est pas sans raison qu’il y a in verticulis, c’est-à-dire par plusieurs charnières ; car si la barre de fer qui est jointe avec les petits fonds n’avait été brisée en son milieu par le moyen d’une autre charnière, il serait impossible de lever ni de baisser les petits fonds, à cause du cercle que le bout du levier doit décrire; ce qu’il n'aurait pu faire si la barre de fer du petit fond n’avait été pliable par le milieu.

Pellibusque lanatis involutos. W est difficile de débrouiller cet endroit ; car il faut deviner à quoi servent ces peaux avec la laine dont il faut envelopper les ancones, c’est-à-direles barres de fer qui font le manche des pistons, comme il y a grande apparence. Barbaro , qui ne s’est pas mis en peine «de Ja construction du texte, croit qne ces peaux faisaient le même effet aux pislons que les éloupes font à nos seringues. Le P. Kirker, qui à eu plus d’égard à la construction, mais qui n’a pas tant pris garde au sens, étant de la même opinion que Barbaro sur l'usage de la laine, a cru que ferrei ancones étaient les pistons, à cause qu'il est ditque ferrei ancones pellibus lanatis suntinvoluti. Quelques-uns croient avec plus de vraisemblance que ces peaux avec la laine sont pour diminuer le bruit quetoute la machine fait nécessairement , et qu'il est bien important d'empêcher dans celle-ci, qui étant destinée à produire un bruit agréable par le moyen des flûtes qu’elle fait sonner, n’en peut exciter d’autre qui ne soit très-importun. Il est pourtant vrai qu'il n’est pas si difficile d'empêcher le bruit quand les machines, comme ici, sont de métal, que quand elles sont de bois, parce que c’est assez dans les machines de métal que les pièces soient justes et jointes fermement , ce qui n’est pas diflicile ; mais il est impossible qu’une machine de bois, quelque précaution qu’on y puisse apporter, n'ait comme un certain gémissement causé par le froissement des parties, principalement quand elle agit avec la force qui est nécessaire à élever les poids des soufflets, ou ce qui tient lieu de soufflet, J'ai éprouvé cette difficulté dans une machine que j'ai fait faire, par le moyen de laquelle, en jouant, on élève facilement avec les pieds les soufllets d’un orgne dont il est parlé dans la dernière note sur ce chapitre : car rien ne m’a donné plus de peine que ce gémissement, que j'ai reconnu être composé du froissement général que toutes les parties non-seulement de la machine, mais aussi du cabinet et de son pied, souftrent nécessairement quand la machine agit ; et il m’a fallu prendre d’autres précaulions contre ces inconvénients que celles des peaux avec la laine, dont Vitruve parle.

Ærei delphini. L'usage de ces dauphins, et les dauphins mêmes, sont des choses aussi peu connues l’une que l'autre; ce qui rend cet endroit un des plus difficiles de tout ce chapitre. Car on ne peut pas espérer ici que, comme il arrive assez souvent, la connaissance que l’on a de la chose dont on entend parler fasse deviner la

roms reset —————————————————…——————————…————

signification des termes inconnus. La machine hydraulique n’a jamais été décrite si exactement que par Vitruve; mais le peu de soin qu’il a eu d'expliquer le mot de delphinus , a bien donné à penser aux interprètes, qui ne trouvent dans l'antiquité qu'une chose qu'il signifie figurément; encore ne voit-on pas bien le fondement decette métaphore. On trouve que les anciens ont parlé d’un navire portedauphin, et on croit que ce dauphin élait une masse de plomb , ainsi appelée à cause que le dauphin est le plus massif de tous les poissons : cette masse était atlachée à l'antenne, et on la laissait tomber dans les navires des ennemis. pour les enfoncer. De là, par une autre métaphore, on appelait dauphins tout ce qui servait de contre-poids. Mais le sens du reste du discours de Vitruve demande que le dauphin soit autre chose qu’un contre-poids. Barbaro croit avec plus de raison qu’il doit signifier quelque chose de courbé, parce qu’anciennement on peiguait un dauphin en cetle figure; mais il n’a pas bien expliqué l'usage de cet airain recourbé, quand il le fait servir à soutenir et à pendre les leviers qui haussent et qui baissent les petits fonds ou pistons. Cela se prouve clairement, parce qu’il est dit que ces dauphins tiennent les eymbales pendues à des chaines ; et Barbaro pend les leviers à ces chaînes. J1 est encore dit que quand on hausse les lviers, les petits fonds s’abaissent ; ce qui ne se peut faire dans la disposition que Barbaro donne à ces dauphins, dont la tête élant levée lève les leviers, qui lèvent aussi les petits fonds ; de plus, les leviers, comme Barbaro les entend, ne sont point proprement des leviers, mais des tringles qui ne font point loffice de leviers. Le texte dit encore que ces dauphins ont des charnières et couplets, et ceux de Barbaro n’en peuvent avoir qu’un pour les deyx. Enfin Vitruve met les dauphins tout auprès des trous qui sont dessus les barillets, et, selon Barbaro, ils en sont éloignés de toute la longueur de ses leviers et de celle des chaines des dauphins. De sorte qu'il me semble qu’il y a plus de vraisemblance que ces dauphins, qui sont dits suspendre les cymbales, sont des espèces de balances qui portent par un de leurs bouts les soupapes des barillets faites en cône; car ces balances ont la forme recourbée du dauphin , et elles servent en quelque façon de contre-poids lorsqu'elles aident à faire remonter les cymbales, après que l'impulsion de l'air qui les avait poussées en bas, en entrant dans les barillets, a cessé.

Cymbalia ex œre. De mème que j'ai cru pouvoir prendre le dauphin pour quelque chose qui avait de la ressemblance avec la figure que les anciens donnaient à cet animal, je prends aussi la liberté d'expliquer le mot de cymbaleenle prenant pour un cône qui a la base en bas, et qui est pendu par un anneau attaché à sa pointe, d'autant que cela ressemble à l'instrument de musique appelé cymbale. Ma pensée est que ces cônes servaient de soupapes pour boucher les trous qui étaient au haut des barillets, dans lesquels, lorsque l'air était contraint d'entrer par la descente des petits fonds ou pistons, ces cônes, qui élaient suspendus presque en équilibre aux chaînes des dauphins, étaient poussés en dedans par l'air qui entrait, et ainsi ils lui donnaient passage; et qu’au contraire quand les petits fonds étaient retirés en haut, l'air faisait élever lescymbales ou cônes qui bouchaient les trous incontinent et exactement, n’y ayant rien qui, par sa figure, soit si propre à boucher un trou rond qu’un cône.

Infra foramina. Je traduis le mot infra comme étant un adverbe : je mets un point après cymbala ex ore, et je lis pendentia habent cateris cymbala, au lieu de habentes, pour faire entendre qu'outre les trous qui sont au fond d’en hant du bariliet, pour donner entrée à l'air quand on abaisse les petits fonds, il y en a un autre un peu plus bas dans le haut du corps du barillet, par lequel, quand on relève le petit fond , Pair est poussé par un tuyau dans le col du prigeus, comme il est dit après le texte. Je

lis donc in summa planilia (sunt) foramina circiter digilorum ternum, quibus foraminibus proxime in verliculis collocati ære delphini, pendentia habent catenis cymbala ex ore. Infra, foramina (sunt) media lorum chalata intra arcam, quo loci aqua sustinetur, suppléant les deux sur/ qui sont enfermés dans les parenthèses.

Chalata. Le mot chalala west ni grec ni latin, mais dérivé du grec chalao, qui signifie l’action par laquelle les choses sont coulées et descendues d’un lieu en un autre; d’où il y a apparence que les mots de couler et de caler la voile sont venus. De sorte que pour donner quelque sens à cet endroit il a fallu faire entendre que le texte attribue aux trous ce qui n’appartient qu'aux tuvaux qui reçoivent l'air par cestrous. De manière que n’y ayant point d'apparence de dire que les trous des barillets descendent dans le coffre parce qu’ils en sont éloignés, et qu'ils ne le sont que par le moyen des tuyaux, qui vont du barillet au col du pnigeus au travers du coffre, j’aicru que lon pouvait dire les trous par lesquels les barillets ont communicalion avec le coffre.

Quo loci aqua sustinelur. C’est une chose assez étrange qu'il n’y ait que le seul mot de suslinelur dans toule la description d’une machige hydraulique, qui puisse faire deviner à quoi l’eau y sert ; car le vent attiré dans les barillets, et de là poussé dans le coffre, semble être suffisant pour faire agir la machine, sans qu'il soit besoin d’eau; mais ilest certain que Pimpulsion violente et interrompue que Pair reçoit par l’action des pistons ou petits fonds , ferait un fort mauvais effet sans l'eau , parce que le son que cette impulsion d'air produirait dans les flûtes, serait inégal etinterrompu ; et, en effet, le père Kirker n’a point compris que l’eau servit à autre chose, dans la machine hydraulique , qu’à faire ceque le tremblant fait dans nos orgues. Cependant il se trouve que c’est tout le contraire, et que l’usage de l’eau dans celle espèce d'orgue n’est point autre que d’empècher que l'impulsion des deux pistons n'ait un effet inégal et interrompu comme le tremblant; de sorte qu'il faut concevoir qu’il était nécessaire qu'il y eût quelque chose qui, obéissant à cette impulsion quand elle est trop forte et trop soudaine , ou suppléant à son défaut quand elle cesse, entretint une impulsion avec la continuité et légalité qui est nécessaire an son que l'instrument doit rendre; ce que l’eau est capable de faire étant, comme il est dit, suspendue; car ayantsupposé que dans un coffre découvert et à moitié plein d’eau, il y en a un autre moindre, appelé pnigeus, qui est renversé, et dont les bords d’en bas ne touchent pas au fond du grand, parce qu'ils sont soutenus par des billots; il est certain que lorsque l’on fait entrer avec violence dans le coffre renversé plus d’air qu'il n’en peut contenir, il pousse l’eau qui cède en s’élevant dans le grand coffre, où, étant suspendue, elle sert à suppléer par son poids au défaut qui arrive dans l'interruption des impulsions , et à en modérer aussi la violence en cédant et en s’élevant, à proportion que la force qui la pousse agit avec plus de puissance.

Inest pnigeus. I y a faute dans tous les exemplaires, qui ont inest in id genus li infundibulum inversum , au lieu de inest pnigeus. La faute n'était pas diflicile à découvrir, parce qu'une ligne après ilest parlé de ce pnigeus. J1 est vrai qu’il est encore mal écrit dans tous les exemplaires, où ily a phigeos au lieu de pnigeos. Or ce mot vient du grec pnix, qui signifie suffocation; et c’est proprement un instrument fait pour éteindre le feu ou un flambeau en létouffant, tel qu'est celui avec lequel on éteint les cierges. 1l signifie aussi une cheminée. L’instrument dont il s’agit est ainsi appelé à cause qu’il étouffe, et empêche l'air de s’évaporer. Sa figure aussi, qui va en étrécissant, ressemble à la hotte d’unecheminée, et à ces cha-

pileaux dont on étent les cierges. Cette figure lui est nécessaire pour rendre plus égale la pesanteur dont l’eau suspendue dans le coffre presse l'air quiest dans le pnigeus.

Ces précaulions néanmoins ne rendent pas l'impulsion de Pair siégale qu’elle Pest par le moyen des soufilets des orgues qui se font à présent : car, bien que le poids qui charge un soufllet pèse davantage vers la fin lorsqu'il baisse, qu’au commencement lorsqu'il est levé, Peffet de la pesanteur ne laisse pas d'être Loujours pareil, parce que la quantilé d'air dont le soufflet est plein quand il est levé, rendant l'air capable d’être plus fortement comprimé et resserréen lui-même, rend aussi son impulsion plus forte ; en sorte qu'à mesure que cette disposition diminue par l’abaissement du soufflet, le poids croissant à proportion , ilse fait une compensation qui rend l'effet toujours égal.

Sunt quatuor. £Le père Kirker s’est encore trompéici, à mon avis, lorsqu'il a estimé que Vitruve appelle la machine hydraulique tétracorde, hexacorde, ou octocorde, parce qu'elle avait ou quatre, ou six, ou huit tuyaux, et autant de marches : et il faut pour concevoir cette pensée avoir eu bien peu d'attention au texte de Vitruve, qui fait entendre si clairement que le nombre des cordes , quisont mises ici pour les tuyaux, ne signifie point le nombre des luyaux qui répondent à pareil nombre de marches, mais le nombre des différentes rangées dont chacune répond à toutes les marches, qui est ce que nous appelons les différents jeux ; car il est dit que ces canaux, qui, élantau nombre de quatre, de six ou de huit, sont appelés l’orgne tétracorde, hexacorde ou octocorde, sont en long, in longiludine; et il est certain que les marches sont en travers, ordinala in transverso foramina. Il est dit quele vent entre dans ces canaux par des robinets, qui apparemment font office de ce que l'on appelle les registres dans nos orgues; etle vent entre dans les tuyaux lorsque desrègles qui répondent à chaque marche, et qui sont percées chacune d'autant de trous qu’il y a de canaux, sont poussées par les marelies, quand on les abaisse pour faire que leurs trousse rencontrent au droit de ceux qui sont aux canaux, et de ceux qui sont à la table qui porte les tuyaux; car lorsque la marche en se relevant laisse revenir la règle, ses trous n'étant plus au droit de ceux des canaux et de ceux de la table des tuyaux, le chemin est bouché au vent; de sorle qu'il y à apparence que ces robinets étaient comme des registres desquels on se servait ou pour avoir des jeux différents, ou pour accorder plus facilement les différents tuyaux qui étaient sur une même marche : et ilest étonnant que cela m’ait point été praliqué dans des orgues qui ont élé faits longtemps depuis; car nous avons encore des orgues qui sont faits il n’y a guère plus de 200 ans, comme celni de Notre-Dame de Paris et de Notre-Dame de Reims, qui n’ont qu'un jeu composé de vingt tuyaux sur chaque marche, sans aucuns registres. Cela doit faire croire que les orgues ont élé inventés en ces pays-Ci par des ou vriers qui n'avaient point de connaissance de ceux qui sont décrits par Héron, par Vitruve, et par les autres auteurs de antiquité.

Regulæ..… ad eumdem modum foralæ. Je traduis des règles percées ensemble, les mots ad eumdem modum foratæ, pour signifier que les règles et le canon sont percés au droit l’un de Pautre, afin que quand les règles sont poussées par les marches, leurs trous se rencontrent avec ceux du canon ; de même que dans nos orgues les trous des règles qui font les registres se rencontrent au droit des trous qui sont à la seconde chappe du sommier qui porte les tuyaux.

Ferrea choragia. Je mai pu suivre l'opinion de Turnèbe et de Baldus, qui, au lieu de choragia, lisent enodacia, qui sont des boulons de fer; parce que des boulons de

ferne sont point propres, étant attachés aux règles, à faire ec qui est nécessaire au jeu de ces règles, qui ont besoin d'un ressort qui les fasse revenir quand elles ont été poussées par les marches du clavier : car cela me semble pouvoir être fail assez commodément par du fil de fer servant de ressort. Héron, dans ses Pneumatiques, dit qu’on se servait de cordes à boyaux pour faire relever les marches après qu’elles avaient été baissées. Mais l’action des ressorts de fer de Vitruve est bien exprimée par le mot de choragium, qui est mis pour choragus, qui signifie celui qui fait danser ; parce que ce ressort fait sauterles marches du clavier, lorsqu'il faitrevenir promptement les règles après qu’elles ont été poussées par ces marches. Ce mot de choragia pour choragi a été mis de même qu'ici au neuvième chapitre du cinquième livre, où il est parlé de ceux qui ont la conduite des ballets.

Tis sunt anuli. Je lis regulis aliis sunt anuli; ajoutant aliis, que le sens du discours demande : car il n°y a point d'apparence que les règles qui sont entre les cauaux du sommier et le canon puissent avoir des trous dans lesquels les bouts des tuyaux soient mis, parce que ces règles ont un mouvement conlinuel, et que les tuyaux doivent être imimobiles. C’est pourquoi je crois qu'il y avait d’autres règles qui faisaient l'office de ce que dans nos orgues on appelle le faux sommier, qui est un ais percé de même que la chappe du sommier, mais dont les trous sont de la grosseur du corps du tuyau, au lieu que ceux de la chappe ne sont que de la grosseur de l’embouchure du luyau. Car il est dit que ces règles ont des anneaux, c’est-a dire des trous qui tiennent et affermissent les pieds de tous les tuyaux, les embrassant par le haut un peu au-dessous de la bouche du tuyau. On appelle embouchure, aux tuyaux des orgues, la partie par laquelle ils reçoivent le vent; et la bouche, celle par laquelle ils sopnent.

Æ modiolis autem fistulæ sunt. J'ai cru ne devoir pas traduire en cet endroit le mot Jistulæ par celui de tuyaux, à cause de l'équivoque qu'il y aurait eu; par la raison que l’on appelle ordinairement tuyaux les organes qui sonneut, et non pas ceux qui portent le vent qui fait sonner, et que pour cette raison les ouvriers appellent porte-vent. Je n'ai pas cru aussi devoir employer le mot de porte-vent, parce qu’il est trop particulier, pour pouvoir rendre celui de féstula, qui est très-général. C’est pourquoi j'ai choisi le terme de conduit.

Conjunclæ pnigeos cervicibus. Il est, ce me semble, évident qu’il y à faute dans tous les exemplaires où on lit ligneis cervicibus ; ce qui n’a pointde sens, parce qu’il n’a point été parlé d’aucun col de bois. C’est pourquoi je lis pnigei cervicibus.

Pertingentesque ad nares, quæ sunt in arcula. Il faut entendre que les conduits qui portent l'air des barillets dans le col du pnigeus se recourbent en haut aussitôt qu'ils y sont entrés, et que cela les fait remonter dans le petit coffre. La raison de cette courbure est la facilité qu’elle donne à l’action des soupapes en manière de ponts ou cônes, qui étant mis dans les bouts de ces tuyaux ainsi recourbés, y demeurent par leur pesanteur, qui n'empêche point que l’air ne les lève pourentrer, lorsqu'il est poussé par les pistons des barillels; mais cette pesanteur aide à les faire joindre aux ouvertures pour les boucher, lorsque, les barillets cessant de pousser de Pair, l’eau qui a été élevée dans le coffre presse l'air qui est renfermé, el qui pousse les soupapes en faussets dans leurs trous. Ces soupapes en faussets font le même effet que les cymbales aux barillets ; mais c’est d’une façon contraire : car les eymbales ont la base du cône vers le bas, et en s’élevant ferment le trou qu’elles doivent boucher; et les faussets, au contraire, ont leur pointe en bas : c’est pourquoi ils n’ont point eu besoin de

chaînes ni de dauphins pour les suspendre, étant soutenus par le tuyau même qu’ils bouchent.

In quibus asses sunt ex torno subacti. Je traduis des Jaussets faits au tour, axes ex tornosubacti, c’est-à-dire des morceaux de bois arrondis au tour, qui sont proprement de faussets. Or ces faussets, ainsi qu’il a été dit, font le même effet à l'extrémité des tuyaux qui portent l'air des barillets au col du pnigeus, que les cymbales font aux trous qui sont au fond d’en haut des barillets, qui est de laisser entrer l'air et de l'empêcher de sortir, L'invention des soupapes qui sont à présent en usage dans les pompes a été prise sur le modèle de ces faussets. Elles sont faites d’uue portion de globe qui a une queue qui sort perpendiculairement du milieu desa convexité, afin que cette queue par sa pesanteur Lienne toujours la convexité en état de boucher un trou rond par lequel l'eau entre, lorsque, le piston étant levé, elle pousse la soupape; et cette queue fait le même effet que les chaînes des cymbales des barillets, lesquelles tirent les cymbales en haut, de même que cette queur tire les soupapes en bas.

Ila cum vectes extolluntur.Cela prouve bien la vérité de la manière dont nous avons dit que les leviers sont atlachés aux petits fonds des barillets, contre le sentiment de Barbaro. ,

Delphinique, qui sunt in verticulis inclusi. Vitruve attribue ici aux dauphins ce qui dépend aussi des cymbales, qui sont les soupapes en cône que ces dauphins soutiennent par des chaînes. Car quand on lève le bout per lequel on prend les leviers, l’autre bout descend, et pousse les petits fonds en bas; cela fait que l’air, entrant dans les barillets par les trous qui sent en la plaque du dessus, pousse en bas les cymbales, lesquelles en descendant tirent ces dauphins, qui ensuite par leur pesanteur retirent les cymbales, et ferment les trous par où l'air est entré, et le contraignent en même temps de passer dans le pnigeus.

Obturantes foramina cymbalis superiora. Les trous qui sont au fond d’en haut des barillets sont dits être audessus des cymbales, c'est-à dire au-dessus de la partie des cymbales qui est dans le barillet; car les cymbales sont moitié dans le barillet, et moitié dehors.

In fistulas cogunt, per quas in pnigea concurrit. Il semble que cela soil contraire à ce qui a été dit ci-devant, savoir, que les tuyaux des barillets aboutissent an col du prigeus ; au lieu qu’il est dit ici que le vent est porté dans le corps du pnigeus. Mais cela est dit ainsi pour faire entendre que l’air qui est poussé avec violence descend sur l’eau qui est au fond du pnigeus, après être entré par son col.

In pnigea. Je corrige encore cet endroit, et, au lieu de in Lignea, je lis in pnigea, par la même raison que j’ai lu ci-devant pnigei cervicibus, au lieu de ligneis cervicibus, et pnigeus au lieu de in àd genus. H n’est pas étrange que le mot de pnigeus étant aussi peu usité qu'il lest, ait donné lieu aux copistes de faire des fautes dans le texte, toutes les fois qu'ils y ont rencontré.

Ch.1IX (ou XIV). Rotæ.... sint latæ.…... pedum quaternam. 1 n'est pas difficile de découvrir la faute qu'il y a dans le texte, qui porte que la roue est large, pedum quaternum et sextantis, c’est-à-dire de quatre pieds deux pouces, afin qu’en achevant son tour elle fasse l'espace de 12 pieds : car pour eela elle ne doitavoir que 47 pouces et huit onzièmes ; et il est certain qu’elle en fera plus de treize, si elle est de la grandeur que Vitruve lui donne. Il n'est pas vrai aussi qu'il soit nécessaire que celte roue n'avance que de 12 pieds en achevant son tour, parce qu’il est dit ensuite que 400 tours de cette roue font 5,000 pieds, et il est certain que 400 tours d’une roue de 12 pieds ne font que 4,800 pieds ;et par conséquent il est évident qu'il fautôler et sextantis, et lire seulement pedum qualernum, et qu'aux 12 pieds que le tour d’une roue de4 pieds fait

faire il faut ajouter une demie, afin que les 400 tours fassent - les5,000 pieds. Outre cela, la vérité est qu'une roue de 4 pieds de diamètre a de tour environ 12 pieds et demi. Barbaro à passé assez légèrement sur cetendroit, dont il n’a corrigé que la moitié, laissant les deux pouces avec les 4 pieds au diamètre de la roue, qui doit avoir 12 pieds + de tour.

Pedum XIIS. Je lis pedum duodenum, et j'ajoute cum semisse, pour les raisons qui viennent d’être alléguées.

Tympanum. Bien que {ympanum, ainsi qu’il doit être entendu ici, s'appelle en français une roue, j'ai cru que je ne devais pas lui donner ce nom, à cause de léquivoque qu'il y aurait eu entre les roues du carrosse el les roues dentelées de la machine; et j'ai cru qu'avec cet averlissement le discours serait plus clair et moins embrouillé.

Denticuli… quadringenti. Cette machine, qui est très-ingénieuse, ne saurait être exécutée de la manière que Vitruve la propose : car une roue qui a 400 dents doit avoir pour le moins 2 pieds de diamètre, pour faire que chaque dent ait une ligne de largeur, qui est le moins qu'elle puisse avoir. Or, les dents d’une roue de 2 pieds de diamètre ne sauraient donner prise de la sixième partie d’une ligne à une autre dent qui tourne, ainsi que Vitruve l'entend. La machine que nous appelons comple-pas, qui n’est rien autre chose que celle que Vitruve décrit ici, renouvelée et perfectionnée , fait par desmoyens différents le même effet, marquant les distances par le nombre des tours de roues d'un carrosse. Mais il n’y a point de comptepas où les roues de la machine aient un si grand nombre de dents.

Progressus efficiel spatia pedum, etc. J'ai cru devoir interpréter progressus lympani superioris, quand le second tympan aura achevé son tour, quoique le mot de progressus ne signifie que le cours simplement, et non pas le cours entier d’une révolution. Mais la notoriété de la chose m'a semblé pouvoir autoriser cette licence, qui était absolument nécessaire pour rendre le discours intelligible.

Navigationibus….. eadem ratione efficiuntun. Cela m'est pas vrai, parce que les roues qui vont par l'impulsion de l’eau tournent plus vite, à proportion, quand le vaisseau va vite que quand il va lentement ; puisqu’ilest vrai que le vaisseau pourrait aller si lentement que les roues ne seraient point du tout remuées, parce que, pour peu que la machine apportät de résistance, le mouvement du vaisseau ne serait pas capable de la surmonter; d'autant que l’eau obéirait, et céderait à cette résistance. Ce qui n’est pas de même sur terre, où les roues étant poussées par le poids du carrosse font toujours leurs révolutions d'une même manière, soit que le carrosse aille vite, soit qu’il aille lentement.

Ita cum quater centies….. rolæ fuerint versatæ, semel tympanum circumactum impellet dentem. Je corrige encore cet endroit, où il y a sans doute une faute ; car ou il faut lire centies et sexagies millies, au lieu de quater centies, c’est-à-dire 160,000 au lieu de 400 ; où, au lieu de {ympanum planum, lire {ympanum in cultro, ainsi que j'ai fait. J'ai choisi cetle dernière manière de

. correction, parce qu’elle rend Je texte conforme à ce qui a été dit ci-dessus, en parlant de la manière de mesurer le chemin que lon fait sur terre, savoir que le tympan en couteau fait un tour pendant que les roues du carrosse en font 400.

Ita et sonitu et numero indicabit milliaria spalia navigalionis. Pancirolle, dans son livre des Anciennes el

. des nouvelles inventions, dit que l'invention de nos horloges est prise sur cette machine : et en effet, les roues et les pignons qui sont dans l’une et dans l’autre de ces machines font les mêmes effets, qui sont de mesurer le chewin dans les unes et le temps dans les aulres, par la proportion des progressions que les roues et les pignons oùt les nnes aux autres, et qui est toujours certaine, à

cause de l'engagement que les dents d'une roue ont dans celles d’un pignon : car cet engagement fait, par exemple, qu'un pignon qui a dix dents fait nécessairement faire cinq tours à la roue au pivot de laquelleil est attaché, quandilest remué par une roue qui à 50 dents. Ilest encore vrai que cette roue,qui a des trous pour mettre de petites pierres,estle imodèlesur lequelaété prise l'invention de la roue de compte des horloges sonnantes : et il y a apparence que les anciens auraient appliqué aux horloges ces inventions, dont ils ne se servaient que pour mesurer le chemin, si leurs heures avaient été égales comme lesnôtres. Car l'inégalité de leurs heures dans les horloges dépendait d’une disposition particulière du cadran, qu'il fallait avoir soin de changer tous les jours, pour faire que les heures fussent inégales, quoique le mouvement de l’horloge fat toujours égal, ainsi qu'il a été expliqué ci-devant dans les clepsydres; et il aurait fallu changer aussi tous les jours la disposition de la roue de compte quiconlient les cailloux ; ce qui aurait été fort difficile. I y a néanmoins sujet de croire que les anciens avaient quelque chose dans leurs horloges qui donnait moyenà l’oreille, aussi bien qu'à Fœil, de connaître l'heure, tant par ce qui a élé dit ci-devant au neuvième chapitre du neuvième livre, savoir, queleurs horloges jetaient des cailloux pour faire du bruit en tombant daus un bassin d’airain, que de ce qui est remarqué par Athénée, que Platon inventa une Lorlogepour lanuit; car il semble que ce n’était rien autre chose qu'une horloge qui faisait connaître à l'oreille ce que l’obscurité de la nuit ne permet pas d’être connu des yeux. Et il est dit au même endroit que cette machine était composée de plusieurs flûtes.

Aimoin parle d’une horloge à peu près de cette manière, qui fut envoyée à Charlemagne par le roi de Perse : il dit que c’étaitune clepsydre qui, faisant tomber de temps en temps des boules de cuivre dans un bassin de mème métal, sonnait les heures; mais le nombre des heures n’etait point marqué par cette sonnerie, comme dans nos horloges sonnantes; car il est dit que les boules de cnivre n'étaient qu'au nombre de douze, et il faut 78 coups pour sonner douze heures.

Ch. X (ou XV). Scorpionum. Il a été dit sur le premier chapitre de ce livre quelle machine c’est que le scorpion, pourquoi il est ainsi appelé, et en quoi il diffère de la calapulle, qui, selon la plus commune opinion, est un grand scorpion, de même que le scorpion est une pelite calapulte, C’est pourquoi, bien que ce chapitre soit intitulé Des catapultes et des scorpions, ilne traite que des calapulles, à cause que ces deux machines étaient peu différentes l’une de l’autre. De la manière qu'Ammien Marcellin décrit le scorpion, il le fait ressembler à une baliste plutôt qu'à une catapulte : car il dit que le scorpion était fait pour jeter des pierres par le moyen d’un morceau de bois qu'il appelle style, et qui était engagé dans des cordes attachées à deux branches de bois courbées comme elles sont à une scie, en sorte que le style étant Liré par quatre hommes et ensuite lâché, il jetait la pierre qui était dans une fronde attachée au bout du style : mais il faut considérer que les machines des anciens, quoique de même nom et de même genre, n'étaient pas toujours de même structure, et qu’en différen{s temps elles ont été fort différentes.

[Catapultarum]. Pelté, qui communément signifie en grec un petit bouclier rond, signifie quelquefois un javelot, au rapport d'Hésychins , d’où il y a apparence que la catapulte qui lance des javelots a pris son nom.

In extremis foraminis unius et S. Dans ce chapitre et dans ceux qui suivent, je traduis foramen, diamètre, parce que la largeur d’un trou et son diamètre sont la même chose. Or, les caractères qui sont dans le texte latin, et qui signifient les nombres de la mesure des parties des machines, sont la plupart diversement expliqués par

Jocundus et par Meibomius. J’ai suivi’opinion tantôt de Fun, tantôt de l’autre, selon qu’elle m’a paru plus probable, ne faisant pas grand scrupule de me mettre au hasard de ne tromper dans le choix que je ferais, non-seulement parce qu’on ne saurait guère faillir en suivant desi grands personnages , qu’à cause du peu de secours que je crois que lelecteur recevrait pour l'intelligence de ces machines, quand même toutes les proportions et les mesures de leurs parties seraient données bien au juste, leur figure et leur usage étant d’ailleurs si mal expliqués.

Affliguntur regulæ duæ. M y a apparence que ces deux règles sont les mêmes pièces de bois dont il est parlé au chapitre xvm, et auxquelles il est dit que le chapiteau et le moulinet sont attachés. Ici il n’est fait mention que du moulinet.

Crassitudo bucculæ quæ affigitur. Parce qu'il est difficile de trouver un mot français pour bucceula, j’ailaissé le mot latin; ce qui se fait assez souvent pour les mots des arts. Bucca et buccula signifient proprement la partie des joues qui s’enfle lorsque l’on souffle. Ce mot signifie quelquefois la bouche, d’où notre mot français est dérivé. Les anciens appelaient aussi buccula ce qui pendait aux côtés de leurs casques pour couvrir les joues. Je lai interprété La lèvre à la marge, à cause que les tringles qui composent le buceula tenaient le javelot comme entre deux lèvres.

Vocitatur camillum. Baldus corrige le mot de camil- Lum, qui est dans tous les exemplaires, parce qu’il ne signifiait autre chose parmi les anciens que ce que nous appelons un enfant de chœur ; ce qui n’a aucun rapport avec la chose dont il s’agit : mais le mot de catillum, qu’il met à la place, ne convient guère mieux; et il me semble que scamillum, qui estun petit banc, est fort bien représenté par cette tringle, qui a été appelée buccula, de laquelle sortent des clefs de bois à queue d’hirondelle, qui sont comme les pieds du banc.

Crassitudo bucculæ foraminum VIII. Perrault, qui lisait ici scutulæ, dit : Saumaise avertit que sculula en cet endroit n’est pas dif a scuti figura, comme Turnèbe a estimé, mais du mot grec scylale, qui signifie entre autres choses un bâton rond ; d’où vient qu’on appellescutula les rouleaux que l’on met sous les navires , pour les faire aller en mer. C’est pourquoi j'ai interprété scutula le gros rouleau , dont il sera parlé dans la suite.

Sive manulea. Le mot manicla est mis pour manicula, qui peut signifier une petite main, Quelques interprèles veulent qu’elle soit comme la noix de l’arbalète. L'usage qui lui est donné dans la description qui est ciaprès a quelque rapport avec celui de la noix de Parbalète, qui est de servir à la détente.

Chelonium sive pulvinus. Ammien Marcellin, dans la machine qu'il appelle onager, qui avait quelque rapport avec la catapulle, met ingens cilicium paleis confarctum : ce qui servait pour arrêter le coup et amortir la force des arbres ou bras, après qu’ils avaient poussé le javelot. Les mots de chelonium et de pulvinus qui sont dans le texte s'expliquent Pun l’autre, parce qu’un oreiller bien plein et bien garni ressemble à une tortue.

Carchesia sucularum. Presque tous les exemplaires ont carchebi, qui est un mot barbare qui ne se trouve nulle part. Barbaro met éracheli, qui signifie les cous, et il entend que ce sont les bouts du moulinet qui tournent dans les amarres. Laët met carchesia, qui signifie des sobelets, etil les prend pour les mortaises où l’on passe les leviers. J'entends que ces mortaises sont non-seulement celles dans lesquelles on passe les leviers du moulinet, mais aussi la mortaise du gros rouleau d’en bas, dans laquelle on passe le levier qui sert à égaler la tension des deux arbres. Au reste, je crois qu'il faut entendre que la mesure qui est donnée simplement par ces mortaises doit

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appartenir à leur longueur, parce que leurs deux autres dimensions, savoir, la largeur et la profondeur, sont spécifiées.

Je ne fais point d’exeuse au lecteur de ce que j'abuse de sa patience en m’arrêtant à éplucher avec un si grand loisir toutes ces choses, parce que je ne crois pas qu'il se rencontre personne à qui j'aie besoin de me justifier là-dessus ; étant assuré que ceux qui ne sont point touchés de cet amour de la connaissance de l'antiquité, qui ne fait jamais trouver trop scrupuleuse et trop exacte la recherche des choses de cette nature, n’en viendront jamais jusqu'à lire cet endroit.

Crassiludo ab radice. J’explique in radice vers le bas, de même que je mets vers le haut pour in summo. Et c’est sur cet endroit que je fonde la conjecture que j'ai que les arbres ou bras de la catapulte et de la baliste étaient joints l’un contre l’autre et dressés debout, afin d'aller frapper ensemble le bout du javelot : parce que ces mots de in radice et in summo ne sauraient signifier autre chose, et ne peuvent convenir à des bras tendus à droite et à gauche, ainsi que tous les interprètes l'ont entendu. Joint que la longueur de 12 pieds que Vitruve leur donne n’oblige point à faire l'arbre de deux pièces, puisqu'il est plus facile de recouvrer un arbre de 28 pieds, dont cet arc aurait été fait, que de faire que des arbres tendus avec la force que ceux-ci doivent avoir ne rompissent point la corde de l'arc, par le grand effort qu'ils devaient faire en leur détente. Il n’y a pas non plus d’apparence que Vitruve, qui a donné ici la mesure de quantité de choses, laquelle ne saurait être que de peu d'importance, eût oublié de parler de la grosseur de la corde de cet arc, duquel même il ne fait aucune mention. La vérité est néanmoins que le mot de bras semble désigner une situation dans ces arbres qui a quelque rapport à un arc, parce que les deux parties de Pare d’une arbalète sont comme ses bras étendus; mais on peut dire que ces parlies, qui étaient appelées avec raison bras dans les arbalètes, ont retenu le même nom dans les catapulles, qui ont peut-être été inventées depnis les arbalètes ou scorpions ; et que ce nom n’a point été changé à cause que ces parties ont le même usage que les bras des arbalètes, car elles poussent le javelot de même que les arbalètes, bien que leur situation et leur disposition soit différente. Je fonde encore celte conjecture sur Athénée, qui appelle la catapulte enthytonos, c’est-à-dire, à mon avis, quæ erecla tenditur, où brachiis erectis, et non pas brachiis rectis, parce que cela n’aurait point de sens, les bras d’un arc n’élant jamais droits, mais toujours courbés.

In summo foraminis U Z. Cette proportion de la grosseur des bras fait beaucoup pour confirmer l'opinion que j'ai que les arbres frappaient le javelot par leur bout d’en haut : car cette grosseur du bout d’en haut, qui est presque double de celle du bout d’en bas, la faisait être comme une massue, dont le coup était fort, non-seulement à proportion de la tension et de la roideur de l'arbre, mais aussi à proportion de la pesanteur du bout qui frappait.

Si capitula altiora, quam erit latitudo, facta fuerint. Bien que je ne m'étais pas proposé de trouver des sens dans tout ce qui est ditici pour l’explication de la catapulte, il ya néanmoins quelques endroits où il semble que l’on y en entrevoit. Cet endroit peut devenir un des plus raisonnables, pourvu que l’on y corrige peu de chose. 11 y a am si capilula alliora, quam erit latitudo, facta fuerint ; ce qui n’a point de sens, car on ne peut deviner à quoi se rapporte /alitudo. Je crois qu’il faut lire : nam si capitula altiora, quam fert longitudo (hoc est brachiorum), facta fuerint. Ce qui me fait faire cette correction , est qu’il s’agit de la longueur des bras, et non pas de leur largeur.

Queæ anatona dicuntur. C’est ici, à mon avis, l'endroit de tout le chapitre qui est le plus intelligible, et qui donne

lieu à entrevoir quelque chose dans le reste. Les interprètes ne l’ont pourtant point expliqué : ils estiment tous que anatona et catatona signifient le ton haut ou bas que les cordes plus ou moins tendues rendent quand on les touche, fondés sur lendroit du premier chapitre du premier livre, où il est dit que les cordes qui tendent les bras des catapultes doivent être Aomotona, c’est-à-dire, tendues si également qu’elles aient un même ton quand on les fait sonner. Mais il est évident que l’auteur entend ici autre chose; et que le kaut ou le bas, qui apparemment est signifié par ano et calo qui composent les mots dont 11 s’agit, ne doivent point être interprétés du haut ou du bas ton, mais de la plus haute ou de la plus basse situation du chapiteau, comme si par anatonwm il avait voulu dire ano teinon, c’est-à-dire bandant vers Le haut, et calo teinon , c’est-à-dire, bandant vers le bas, par catatonum, le chapiteau étant dit bandant vers le haut, quand il est plus éloigné du moulinet et plus proche des arbres ; ou bandant vers Le bas, quand c’est le contraire; ce qui fait que les arbres souffrent une plus grande ou une moindre tension. Après tout, il faut demeurer d'accord que laffectation que l’on sait être ordinaire à Vitruve de se servir de mots grecs sans nécessité, et même d’en forger de nouveaux, peut fonder les conjectures que l’on est souvent obligé de prendre où l’on peut pour deviner ce qu'il veut dire, et de supposer que, dans la composition des mots grecs qu'il a forgés, il n’a pas toujours été fort exact à observer les analogies et les usages établis dans les auteurs de cetle langue.

Quod onus quatuor hominibus extollitur. J'ai cru qu'il y avait faute au texte, qu’un copisle a mis un point de trop, et que ce mauvais exemplaire, sur lequel ceux que nous avons ont été copiés, a fait écrire onus quod a quinque hominibus extollitur, au lieu de quod a quatuor ; car il n’y a point d'apparence que Vitruve ignorât que le doublement de la longueur du levier depuis lhypomochlion, ou appui, double aussi sa force, et par conséquent que ce que quatre hommes font avec un levier de quatre pieds est fait par deux hommes avec un levier de huit pieds.

Catapultarum rationes….. diri. La description de la catapulte n’a été entendue de personne, quoique quantité de grands personnages s’y soient employés avec beaucoup de soin, comme Lipse remarque. Les descriptions qu’Athénée le Mathématicien, Ammien Marcellin, Végèce, Jocundus et Robertus Valturius en ont données ; les deux figures qui sont dans le livre anonyme intitulé No/itia imperii; celle que Guill. du Choul dit avoir tirée d’un ancien marbre, celle qui se voit dans Varsenal de Bruxelles, ni celles qui sont représentées dans la colonne Trajane, n’ont aucun rapport avec la description de Vitruve. César Césaranus, qui est le premier qui, après Jocundus, a fait les figures de Vitruve avec beaucoup d’exactitude , n’en a point fait de la catapulte, non plus que Barbaro ; et même après avoir traduit et commenté Vitruve jusqu'a cet endroit, il abandonna l'ouvrage, qui fut achevé par Benedetto Jovio et par Bono Mauro. Jocundus déclare, en proposant sa figure, que ce

- m'est point pour expliquer le texte de Vitruve, auquel il ne convient point; et il avoue qu'il ne comprend rien ni à sa figure ni au texte de Vilruve. Mais il ne faut pas trouver étrange qu'une machine dont il est fort difficile de faire comprendre la structure par écrit, particulièrement lorsque lon n’en donne point la figure, ne soit point entendue

quand la description en est aussi négligée qu'est celle qui

nous est donnée par Vitruve, qui ne s’est arrêté qu'aux proporlions des parties qui la composent, sans décrire ni la figure ni les usages de ses parlies.

Ce que l’on sait en général des catapultes est qu’elles étaient faites pour jeter des javelots, de même que les balustes servaient à jeter les pierres, quoique celte distinction

n'ait pas été faite par les derniers auteurs latins, qui ont toujours exprimé l’une et l’autre machine par le mot de balliste ; queles catapultes lançaient leurs javelots avec une si grande force qu’ils perçaient plusieurs hommes les uns après les autres , au rapport de Lucain; qu’elles portaient d’un bord du Danube à Pautre, selon l’auteur du livre intitulé Notitia imperü ; etenfin qu'il y en avait qui poussaient des javelots de la grandeur de nos chevrons. Athénée en décrit qui avaient 12 coudées, et, ce qui est le plus incroyable, il dit qu’Agégistratus avait fait une catapulte qui, n’étant longue que de trois palmes, portait jusqu’à plus de trois sfades , c’est-à-dire environ 300 toises.

La description de Vitruve fait seulement entendre que la catapulte avait deux bras ou arbres, c’est-à-dire des pièces de bois que l'on faisait plier en les attirant avec des cordes qui se bandaïent par des moulinets. Mais personne n’a expliqué comment ces bras frappaient le javelot, comment ils étaient arrêtés avant la détente, et comment la défente se faisait, ni à quoi servait cette égalité de tension qui se connaissait par légalité des {ons que les cordes rendaient. On ne sait point non plus quel était le mystère de toutes ces précautions qui se prenaient sur les trous, par lesquels les câbles étaient passés.

La catapulte d’Ammien Marcellin et celle de Guillaume du Choul n'avaient qu'un bras élevé droit de haut en bas, qui frappait le javelot : celle de Jocundus, qu’il a prise dans Athénée, où elle est fort mal dessinée, et celle de Lipse, à ce que l’on peut comprendre, frappaient le javelot avec une corde tendue en manière d'arc, mais de telle sorte que ce n'étaient point les bras qui, étant pliés et contraints, fissent effort pour se remettre en leur état naturel, comme il arrive ordinairement aux arcs ; mais ces bras étaient des leviers qui, sans plier, forçaient des cordages dans lesquels ils étaient engagés de s’allonger ; et ces mêmes cordages, en se remettant en leur état naturel, forçaient à leur tour les leviers qui tiraient la corde de l'arc , et produisaient l'effet de la machine, qui était semblable à celui d’une arbalète ; ce qui n’est pas aisé à comprendre.

Il y a apparence, quoi qu’eu disent tous les interprètes, que la catapulte de Vitruve agissait selon la première manière, c’est à-dire que les bras ou arbres frappaient immédiatement le javelot, parce que la grande force avec laquelle elle frappait aurait rompu cette machine , si sa corde avait été tendue comme un arc: et pour dire hardiment ce que je me suis imaginé de celte machine, puisque sa descriptionest tellement gâtée que tous les savants l'ont abandonnée comme incurable, je crois que les deux bras de la catapulte étaient deux arbres joints et mis côte à côte, plantés debout et arrêtés au bas de la machine comme le mât d’un vaisseau, afin que les bouts d’en haut qui se rapportaient aux trous du chapiteau , quand ils étaient Lirés par les câbles que l’on passait par ces trous, allassent ensemble en se détendant frapper d’un même couple javelot. Je suppose qu’on mettait deux arbres afin que la machine eût plus d'effet, et qu’on les pül bander aisément J’un après l'autre. L'observation du ton de la corde servait à faire connaître que les deux arbres étaient tendus également , ce qui était absolument nécessaire ; autrement le bras qui aurait été le moins tendu n'aurait servi de rien, parce que l'autre aurait déjà poussé le javelot avant qu'il le püt toucher.

Ch. XI (ou XVI et XVII). Zaque ut etiam qui geometrice non noverint, habeant expedilum, ele. Vitruve aurait obligé davantage la postérilé si, au lieu de ces proportions, il eùt expliqué et décrit assez exactement quelle était la tigure et quels étaient les usages des parties dont il donne les proportions : il aurait été plus aisé de suppléer ces proportions que de deviner le reste. Car on ne sait rien autre chose de cette machine, sinon que des çâbles d’une grosseur prodigieuse passaient par des trous tail-

lés suivant un trait fort particulier ; mais il n’est point dit ce que ces câbles tiraient, ni quelle était la partie qui poussait la pierre : il n’y a rien aussi qui puisse faire comprendre comment des câbles de plus de huit pouces de diamètre, et faits de cheveux, rendaient un son qui eût des tons que l’on pût distinguer. Néanmoins, si l’on s’en rapporte à ce qui est dit ci-après au dix-huitième chapitre, il semble que les balistes et les catapultes n'étaient différentes qu'en ce que lesunesjetaient des pierres et les autres des javelots ; comme si, de même qu’il y avait des bras ou arbres qui dans la catapulte frappaient le javelot posé dans le canal qui le conduisait, il y eût eu aussi des bras dans la baliste qui lançaient de grosses pierres qui leur étaient attachées ; et que cela se faisait à peu près de la même manière qu'aux arbalètes, dont il y en a qui ont rapport aux catapultes parce qu’elles lancent des flèches, et d’autres qui sont semblables aux balistes parce qu’elles jettent des balles, les unes n'étant d’ailleurs différentes des autres qu’en ce que celles qui lancent les flèches n’ont qu’une corde simple qui pousse la flèche, au lieu que les antres ont deux cordes ; qui forment au milieu comme le réseau d’une fronde dans lequel on met la balle.

Quoique notre artillerie fasse de bien plus grands effets que les balistes des anciens ne pouvaient faire, même pour les bombes que nous jetons avec des espèces de canons appelés mortiers, qui ont un usage pareil à celui des balistes, en ce qu’elles ne servaient pas pour la batterie comme nos canons, au lieu desquels ils employaient les béliers, mais pour nuire aux ennemis en faisant tomber de grosses pierres sur eux, il est pourtant vrai que des machines pareilles à celles des balistes pouvaient ètre d’une grande utilité pour le jet des bombes. Casimir Sieminouschi, Polonais, dans un traité qu’il a fait du grand art de l'artillerie, promet de donner, dans la seconde partie de son ouvrage, la description des machines qu’il dit avoir inventées pour cet usage; mais cette seconde partie n’a point été imprimée. M. Blondel, qui a fait imprimer cette année son livre du Jet des bombes, a donné la figure de quelquesunes des machines de celte espèce qui se trouvent dans différents livres, entre lesquelles il en a mis une qui est de mon invention.

Ce que cette machine a de particulier est la certitude de son effet, qui consiste à faire qu'elle jetle les bombes à endroit où l’on veut, ce que les mortiers, ne sauraient faire précisément à cause que Peffet de la poudre peut être très-différent selon les circonstances différentes de la force de la poudre, dont on ne saurait jamais être assuré; ce qui n’est pas dans les balistes, qui agissent par le moyen d’un contre-poids dont la pesanteur est toujours la même. La mienne, outre cet avantage, a encore celui qui est particulier aux mortiers , savoir, de pouvoir par ses différentes inclinaisons être pointée et déterminée à jeter la bombe justement aux endroits où l'expérience a fait connaître que, suivant certain degré de Pinclinaison de la machine, une bombe d’un certain poids peut être jetée; car il n’y à point de raison qui puisse faire qu’elle jette plus ou moins loin en un temps qu’en un autre. La vérité est qu’une machine de cette nature ne saurait jeter des bombes ni si pesantes ni si loin que font les mortiers.

Quadraginta pondo, digitorum XII. S. K. Dans le peu d'espérance que les savants ont de pouvoir restituer ce qui manque dans la description des calapultes, et principalement des balistes, Buteo s’est travaillé à corriger ce qui s’est rencontré de manifestement faux dans les proportions du trou de la baliste avee le poids de la pierre; ce qu’il a fait avec l'exactitude géométrique et arithmétique que Vitruve dit être nécessaire, et qu'il semble n’avoir pas suivie. Mais parce que ces corrections changent beaucoup le texte, sans éclaircir autrement la chose, Je

n'ai pas jugé qu’il fût à propos de les suivre, et j'ai traduit seulement je texte tel qu'il est, à la lettre. Et il faut vemarquer en passant que Buteo,qui, pour prouver que Vitruve s’est trompé lorsqu'il a prétendu qu'il fallait augmenter letrou à proportion de l'augmentation du poids de la pierre , en doublant le diamètre du trou lorsque le poids est doublé, apporte l’absurdité de la grosseur de la corde, qui deviendrait énorme daus les grandes balistes, tombe lui-même dans une pareille absurdité, à cause de la fausse supposition qu'il fait que les cordes étaient de la grosseur du trou; car de là il s’ensuit que, pour bander une baliste qui jette une pierre de dix livres, qui est un poids assez médiocre, il fallait un câble de dix doigts de diamètre, c’est-à-dire environ six pouces de roi; et, selon sa supputation, il y aurait eu des balistes dont les câbles auraient eù plus de trois pieds de diamètre; car il y en avait qui jetaient des pierres encore hien plus pesantes que ne sont celles que jetaient les balistes dont il est parlé dans ce chapitre, qui ne vont qu'à deux cent cinquante livres, celles dont il est fait mention au dernier chapitre de ce livre allant jusqu’à 360. Or il n’est pas concevable qu’un càble de 3 pieds de diarètre puisse servir à une baliste, parce que ce câble doit être entortillé autour d’un moulinet.

Scutula, que græce repirpntos appellatur. Ia été parlé de péritretos au deuxième chapitre du premier livre, auquel livre ce mot est mis pour le trou de la baliste. ei c’est la partie appelée scu/ula en latin. Philander croit qu’il faut suivre la première explication que Vitruve a donnée de ce mot, et qu’il doit être pris pour le trou de la baliste. C’est pourquoi il corrige cet endroit en lisant : cumergo foraminis, quodgræce perilrelon appellatur, magnitudo fuerit instituta, describatur scutula, ete. J'ai suivi son opinion, parce qu'il m'a semblé qu'il n’y avait point de raison pour que scufula, qui est une chose inconnue , fût appelée peritretos, c’est-à-dire percée tout alentour, et qu’il y a quelque apparence que le trou de la baliste peut être appelé ainsi : car le mot peritrelos se peut prendre en deux façons, et signifier ou une chose qui est percée de plusieurs trous tout alentour, ou qui a un trou que l’on a agrandi tout alentour par plusieurs coups de ciseau, qui font que ce trou va en s’élargissant, par exemple, comme unentonnoir, ou commele pavillon d’une trompette. Or cette dernière manière peut fort bien convenir au trou de la baliste , qui doit être élargi et adouci par les bords, afin de ne pas user le câble qui y doit passer, ainsi qu’il est dit ci-après.

Etcum divisumerit, contrahantur extreme partes, etc. J’ai traduit tout cet endroit mot à mot à la leitre, ans y rien comprendre autre chose, sinon que je crois qu’il contient la description de la ligne qui trace le trou appelé peritretos.

Cum deformatum fueril, circumlævigentur extrema. Je lis avec Turnèbe, foramen cum deformatum fuerit, circum levigentur exlrema , au lieu de circum dividatur extremam, le sens étant qu'il faut adoucir l'entrée de ce trou, en abattant la carne qu’il a tout alentour, laquelle sans cela couperait ou écorcherait le càble; et cet adoucissement fait à coups de ciseau et avec la räpe est, à mon avis, ce qui fait appeler ce trou peritre- {os , ainsi qu’il a été dit.

Crassitudo ejus foraminis ST constituatur. Je continue à traduire foramen, diamètre, pour les raisons qui ont été dites ci-devant sur le quinzième chapitre,

Pterygomalos. Ce mol se trouve bien diversement écrit

, dans les exemplaires. Les uns mettent plentigonatos; les

autres plintigomalos. Baldus et Turnèbe ont plus de raisou de choisir péerigomatos , parce que toute cette machine est appelée par Ctésibius pferyr, qui signifie une aile, parce qu’elle s'avance en forme d'aile.

Sicilicus. Ce mot est ici pris par Jocundus pour la quatrième partie du tont précédent. Communément il signifie deux drachmes, qui font le quart de l’once.

Cheloni replum. Le mot de replum, qui est en plusieurs endroits de Vitruve, n’est pas expliqué d’une même façon par les interprèles. Turnèbe confesse qu’ilne l’entend point, et croit qu’il le faut corriger pour mettre peplum. Baldus

estime qu'il est dit a replendo, parce qu'il occupe dans la . menuiserie l’espace qui est entre deux panneaux, suivant . Ja conjecture qu’il tire du sixième chapitre du quatrième ivre, où ilest parlé dela menuiserie des portes. Saumaise . pense qu'il est dit au lieu de replicatum, comme duplum au lieu de duplicatuim. Suivant cette opinion, J'ai mis ici rebord, à cause qu'il est dit ensuite qu'il sert de couverture ; et c’est par cette raison que Turnèbe a cru qu’il fallait Jire peplum, qui signifie un manteau.

Ch. XI (ou XVIH). Capilula catapullarum. Quoique le latin ait capitula au pluriel, j'ai cru que je pouvais interpréter au singulier, parce que la catapulte n’avait qu’un chapiteau, comme il se voit au chapitre xv, et qu’il y à apparence que Vitruve a dit les chapileaux des catapulles, comme il aurait dit les têtes des hommes, el comme il dit aussi en ce même chapitre les moulinets, bien que chaque catapulte n’eût qu’un moulinet, J'ai pris Ja même liberté, dans le reste du chapitre , de rendre les pluriels par les singuliers, parce que la chose est ainsi plus clairement expliquée. On a déjà été obligé d’en user | ainsi en plusieurs endroits.

Cuneoli ferrei. J'ai interprété le mot latin cuneolus et le grec epischis, une cheville, et non pas un petit coin à fendre. Quoique cette explication fût absolument plus propre, j'ai cru qu’il m'était permis de donner la significalion qui estla plus convenable à mon sujet, et qu'un coin à fendre, qui est fait pour diviser, ne saurait convenir ben cet endroit, puisqu'il s’agit de lier et d’arrêler. Aussi les Latins employaient le mot de cuneus pour signifier non-seulement ce qui sert à diviser, mais encore ce qui sert à arrêter et à joindre; car ils disent cuneare, pour cuneis firmare, c’est-à-dire arrêter avec des chevilles ou clavettes.

Tune aulem cuneis ad foramina concluduntur.

est évident qu’il manque quelque chose au texte, el qu’après cuneis ad foramina concluduntur, il faut ajouter brachia catapullarum , parce que ce ne sont pas les câbles qui sont arrêtés, mais les bras ou arbres. C’est pourquoi j'ai interprété concluduntur simplement on fait l'arrét, ne pouvant trouver dans le texte quelle est Ja chose qui est arrêtée et affermie , quoiqu'il n’y ait point de doute que ce sont les bras de la catapulle.

Ad sonitum musicis auditionibus catapullæ temperantur. Cette observation de la tension des cäbles, soit par le ton du son qu’ils rendent quand on les frappe, soit par la roideur que l’on y remarque en les touchant, peut avoir d’autres usages el qui appartiennent davantage à l’architecture que celui qu’elle a dans les catapulles, dont Vitruve apporte l’exemple au premier chapitre du premier livre, pour faire entendre qu’un architecte doit être musicien, afin qu'il puisse relenir le {on que produit la tension d’un des bras de la catapulte, et les avoir comparés au ton que produit la tension de l’autre bras. J’apporterai ici un exemple de l'usage que peut avoir la connaissance de cette tension des câbles, laquelle a été nécessaire pour faire agir Ja machine employée à élever les grandes pierres dont est couvert le fronton qui est sur la principale entrée du Louxre. Ces pierres, qui pesaient chacune plus de quatrevingts milliers, n'étaient pas {ant difficiles à élever à cause de leur pesanteur, que par la raison de leur figure, qui les rendait faciles à être rompues, si elles n'avaient pas été soutenues également ; car ayant 52 pieds de long sur 8 de large, elles n'avaient tout au plus que 18 pouces d'épaisseur,

Pour empêcher que cette fracture ne leur arrivât, soit dans leur transport de la carrière qui est sur la montagne de Meudon, à deux lieues de Paris, soit dans leur élévation et leur parement, qui était à près de 20 foises du rez-dechaussée , les précautions que l’on a apportées ont été que l’on à fait un assemblage de charpenterie de la longueur de la pierre, composée de pièces de bois, pour le rendre le plus ferme et le moins capable de plier qu’il serait possible : car la pierre y étant enfermée et suspendue par huit endroits de chaque côté par des càbles, elle ne pouvait plier, quelque effort que son énorme pesanteur pût faire, si l’assemblage qui la tenait suspendue, et par le moyen duquel on la remuait, était assez fort pour ne pouvoir plier. Pour l'élever à la hauteur nécessaire et pour la poser, comme on ne pouvait pas se servir de l'assemblage de poutres qui avait été employé à l’amener, on se servit d’un grand pan de charpenterie qui avait été élevé le long de la face du Louvre, et jusqu’à la hauteur de plus de 20 toises, pour servir d’échafaud , sur lequel on fit un plancher composé de six poutres, entre lesquelles les câbles qui devaient élever la pierre pouvaient passer. Ce plancher en soutenait un second, sur lequel il ÿ avait huit treuils ou gros rouleaux qui, par le moyen des leviers qu’on passait à chacun de leurs bouts, bandaïent les câbles qui devaient élever la pierre, laquelle étant élevée un peu plus haut que l'endroit où elle devait être posée, fut poussée avec toute la machine au-dessus de cet endroit ; ce qui se fit en faisant avancer le second plancher, qui coulait sur d'autres rouleaux posés entre les deux planchers.

Or la difficulté était de faire que les câbles qui élevaient la picrre fussent toujours également bandés ; car on ne pouvait pas être assuré qu'il y eût assez d'égalité dans la grosseur des treuils ni dans celle des câbles pour faire que, bien qu’on tournât {ous les treuils ensemble, il fût certain que les câbles tirassent toujours tous également, et que les uns ne fussent pas quelquefois läches pendant que les autres élaient bandés ; joint que des câbles d'une même grosseur peuvent presser et s’allonger l’un plus que l’autre. Pour remédier à cet inconvénient, le maitre était sur la pierre pendant qu’elle montait, et il y marchait comme dans une galerie, pour toucher tous les câbles l'un après l'autre, afin que, connaissant par là celui qui était plus bandé que les autres , il ordonnât que le treuil qui bandait ce càble cessât d’agir, pendant que les autres continuaient à être bandés. Pour cet effet, les treuils avaient chacun leur nom, et il y avait ordre d'observer un grand silence, afin que les commandements pussent être entendus. On aurait peut-être pu omettre quelqu’ure de ces précaulions ; mais on crut qu’en une chose de cette importance on ne pouvait prendre assez de süretés.

Dans cette vue, et dans la crainte qu’on. pouvait avoir de ne pas connaître assez exactement les différentes tensions des câbles, et de manquer à y remédier, j'avais proposé une manière qui fut jugée tout à fait infailhble, et suivant laquelle il était impossible qu'un endroit de la pierre fût soulevé, qu’elle ne le fût également par tous les autres. J'en fis faire un modèle, qui est au cabinet des machines de la bibliothèque du Roi : car le modèle de cette machine est tel que, quoiqu’on fasse plier l'assemblage de charpenterie qui soutient la pierre, en appuyant, soit par le milieu, soit par les bouts, la pierre qui y est suspendue en douze endroits ne peut plier, parce qu’elle ne saurait être tirée el soutenue en un endroit plus qu’en un autre , ainsi qu’elle aurait été dans une machine, si quelque effort avait fait plier Passemblage de charpenterie : de sorte que dans une machine il n'aurait point été nécessaire de se mettre eù peine d'observer les différentes tensions des câbles, parce qu'ils se seraient toujours entretenus d'eux-mêmes dans une égale tension. Pour faire voir par expérience que cela était ainsi, je fis que le modèle de la pierre était disposé de

sorte que quand, hors de la machine, on la soutenait par les deux bouts ou seulement par le milieu, il se pliait en arc par son propre poids; ce qui ne lui arrivait pas quand il était dans la machine , quoiqu’on fit plier la machine : ce qui faisait voir que quand quelque accident aurait fait plier la machine, la pierre serait toujours demeurée droite, et n'aurait point plié.

Cette machine était, comme l’autre, un assemblage de charpenterie qui formait comme un toit. La pierre qui étail sous ce toit avait six crampons de chaque côté, à chacun desquels était attachée une poulie; et sur le faite de l'assemblage il y avait aussi des poulies au droit de l’entre-deux des crampons. Un câble attaché au premier crampon , à côté d’un des houts de la pierre, passant sur la première poulie du faite, allait passer sous la première poulie attachée au second crampon de l’autre côlé, et, remontant sur la seconde poulie du faite, allait passer sous le second crampon de Pautre côté, auquel la première poulie de ce côté-là était attachée, et, passant ensuite sur la troisième poulie du faîte, descendait comme la première fois, pour passer sous la seconde poulie de l’autre ; et ainsi le même câble continuait à aller d’un côté à l'autre, passant sur les poulies du faîte et sous celles de la pierre jusqu’au bout; de manière que les poulies d’un des côtés de la pierre élaient altachées à celles de Pautre, comme les œillets d’un des côtés d’une veste sont attachés de l’autre côté par le moyen d’un lacet. Cela étant ainsi, il était impossible qu'aucune des poulies attachées à la pierre fl tirée plus fortement qu’une autre, le câble glissant par leur moyen : ce que l’expérience démontrait lorsqu’on faisait plier le modèle de la machine par quelque effort ; car alors le modèle de la pierre ne pliait point, et on voyait seulement tourner les poulies, à cause que le câble qui s'élevait vers la partie de la machine qu’on avait fait élever par l’effort, au lieu d'élever la poulie sous laquelle il passait, y coulait seulement , et ensuite, coulant dans toutes les autres poulies, faisait que le tirement se distribuant à Loutes les autres poulies, son effort agissait également sur toute la pierre.

Pour élever toute la machine à laquelle la pierre était attachée , j'employais encore le même principe, mettant des poulies dans la poutre qui faisait le faîtage, et d’autres dans une autre poutre posée en dessus; de sorte qu’un même câble étant passé dans toutes ces poulies, on pouvait avec peu de force élever la machine sans qu’elle fût en danger d’être tirée à un endroit plus qu’à un autre, de la même manière que la machine ne pouvait tirer la pierre par un endroit plus fortement que par un autre : el parce qu’il aurait été difficile d’avoir un câble assez long et assez fort pour faire l’élévation tout d’un coup, je supposais qu'on partagerait toute l'élévation, et qu’on la ferait à plusieurs reprises, soutenant la pierre et la tenant arrêtée sur des poutres qu’on aurait mises dessous, pendant qu'on aurait porté la poutre d’au-dessus à un étage plus haut.

Ch. XIII (ou XIX). Cefras Chalcedonius. Athénée, dans

onlivre des Machines,dit que l'inventeur de la base de cette machineétait Gétas, Carthaginois. 11 dit aussi que cet architecte ne fit pas son bélier suspendu, comme Vitruve l’explique, mais qu'il était porté par plusieurs hommes qui le poussaient. 11 dit encore que quelques autres le faisaient couler sur des rouleaux. Au reste, j'estime que Turnèbe a raison de croire que Vitruve a pris d’Athénée la plus grande partie de ce qu'il rapporte ici aes machines de guerre ; quoique Casaubon tienne qu’Athénée a vécu longtemps depuis Vitruve, se fondant sur ce que Trébellius Pollion rapporte que l’empereur Gallien fit fortifier plusieurs villes par deux architectes byzantins, dont l’un s'appelait Cléodamus, et l’autre Athénée. Vossius suit l'opinion de Turnèbe, parce que le livre d’Athénée est dédié à Marcellus, qui vivail avant Vitruve.

Arrectariis et jugis. Ce que Vitruve appelle arrectaria, Athénée l'appelle scele, c’est-à-dire jambes. 11 y a apparence que le mot scala est dérivé de ce mot grec, parce que l’échelle est composée de deux montants comme de deux jambes , et de plusieurs échelons en travers.

Varas. Je traduis Autte le mot vara, suivant l'opinion de Baldus, qui croit que vara vient de varus, qui signifie courbé ; et Saumaise dit que c’est de là qu'est dérivé le mot français se garrer, comme quidirait guarare , au lieu de varare; ainsi que guespe (guêpe) est dit du latin vespa. C’est pourquoi il m'a semblé qu’une couverture courbée, sous laquelle on se garre, pouvait être appelée une hutte.

Quod tardos conatus habuerat, testitudinem arietariam appellare cæpit. Vitruve a pris la raison du nom de tortue dans Athénée. Végèce en donne une autre, qui est Ja ressemblance que cette machine a avec l'animal dont elle porte le nom, qui avance la tête hors de son écaille, et qui la retire dedans, de même que le bout du bélier s’avance et se relire hors de la machine. On peut dire aussi que son usage lui a fait donner ce nom, parce qu’elle sert de couverture et de défense très-forte et trèspuissante contre ce qui peut tomber d’en haut, et qu’elle met en sûreté ceux qui sont dedans , de même que la tortue l’est dans son écaille.

Tardos conatus habuerat. Plutarque dit que l'hélépole de Démétrius était un mois à faire un stade, c’est-à-dire près de deux ans à faire une lieue.

Corvum demolitorem, quem nonnulli gruem appellant. Ine paraît point, par les descriptions que nous trouvons dans les anciens de la machine appelée corbeau, qu’elle püût servir à démolir. J. Pollux et Polybe parlent d’une machine que lon appelle grue, et d’une autre que l’on appelle corbeau, dont la structure et les usages en général semblent être pareils, l’ane et l’autre étant faites pour accrocher, attirer et enlever : car la grue de Pollux servait aux théâtres pour faire les enlèvements ; et c’élait avec cette machine, par exemple, que lAurore enlevait Titon. Le corbeau de Polybe était pour accrocher les navires des ennemis. La description que cet historien en fait est assez obscure, et ce que l’on y peut entendre est qu’il y avait une colonne sur laquelle une échelle tournait, et qu'au bout de l'échelle était une poulie qui soutenait une corde, à laquelle était attaché un crochet de fer très-pesant, eb que lon laissait tomber dans le navire ennemi. Il est dit que la machine se pouvait tourner aisément de tous les côtés sur la colonne, que des moises embrassaient par le milieu, à ce que l'on peut juger, pour l'empêcher de vacil» ler. La grue dont on se sert en France pour enlever les fardeaux , et les poser aisément où l’on veut, semble être quelque chose de semblable à cette machine.

In summo semipedalia. Le dernier pied des anciens avait huit doigts. Athénée ne donne que six ou sept doigts au haut du montant.

Latam cubilorum XXII S. Cette largeur du bas dè la grande tour est pareille dans tous lesexemplaires, tant de Vitruve que d’Athénée : il semble néanmoins que 23 cou: dées et demi d’empatement, qui ne font pas 6 toises, sont bien peu de chose pour la hauteur de 120 coudées, qui font 30 toises; et il n’y a point de raison d’avoir donné à la petite tour un plus grand empatement à proportion qu'à la grande, si ce n’est que la grande aurait été trop pesante pour pouvoir être remuée, si elle avait eu là même proportion que la petite; et qu’on lui ait retranché quelque chose de sa largeur, parce que l’on avail besoin de la hauteur pour égaler celle des murs des villes , qhi allaient quelquefois jusqu’à 35 toises, si ce que Pline dit des murs de Babylone est croyable : car c’est une chose bien étrange qu’une ville fût enfermée et comme étouffée par des murs aussi hauts que des montagnes : ce qui avait \

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obligé , au rapport de Quinte-Curce, de laisser un grand espace entre les murs et les maisons. Mais la hauteur de ces tours de bois n’est guère moins étonnante ; et il n’est pas aisé de comprendre comment, ayant un si petit empatement, elles n'étaient point renversées par le vent, comment on les pouvait faire marcher, et quel devait être le soin qu’il fallait apporter pour aplanir les lieux où elles devaient passer. Ces raisons peuvent faire douter qu’il n’y ait faute au Llexte, vu que dans la suite il est parlé d’une tour que Démétrius Poliorcète fit faire au siége de Rhodes, qui avait un empatement bien plus grand que celles dont Athénée et Vitruve ont donné les proportions : Plutarque dit qu’elle avait 48 coudées de large sur 66 de haut.

Circuitionem cubitorum ternum. Ce que Vitruve appelle circuilionem est nommé péridromé par Athénée. Stévéchius fait entendre, par la figure qu’il a mise dans son commentaire sur Végèce, qu'il croit que ce péridromé était un corridor saillant à chaque étage, en manière de mâchecoulis. Mais Philander estime que cèrcuilio n’est rien autre chose que ce que les anciens appelaient peribolon et lorica, qui est interprété parapet par d’Ablancourt dans César. J’ai suivi cette interprétation, parce que les corridors de Stévéchins, qui sont en manière de mâchecoulis, me semblent inutiles, ces mâchecoulis n'étant bons qu'à empêcher que l’on approche du pied d'un mur, qui est une chose dont il ne s’agit point ici; joint que le mot péridromé, dont Athénée s’est servi, ne signifie point particulièrement un corridor hors d'œuvre, mais seulement quelque chose qui tourne tout alentour, et qui fait une enceinte, ainsi que l'explique Pollux, qui dit que peridromé est l’appui des plates-formes qui sont sur le haut des maisons. Car quand Athénée dit que ce péridromé devait avoir 3 coudées pour empêcher le feu, cela fait voir, ce me semble, qu’il devait servir de parapet et de mantelet, parce qu’il couvrait.plus de la moitié de chaque étage, et que ces trois coudées ne sont point pour la saillie des corridors, laquelle n’aurait rien fait contre les incendies, et aurait rendu l'assiette et l'empatement de la tour moindre du quart que le corps même de la tour, qui, par le moyen de ces saillies, aurait été de 6 coudées plus large que l’empatement.

En cet endroit, Athénée met la hauteur de tous les étages que Vitruve a omise ; et il donne 7 coudées 1/2 au 1°", 5 au second, aux 3°, 4° et 5°; el quatre 1/2 aux G°, 7°, 8°, æ, 10°, 11°, 19°, 13°, 14°, 15°, 16€, 17°, 18°, 19° et 20e. Mais je crois qu’il y a faute au texte grec, car toutes ces hauteurs d’élages ne font que 95 coudées, si ce n’est qu’Athénée n’ait compris l'épaisseur des planchers ; mais elle aurait été trop grande, étant à chacun d’une coudée et d’un quart, c’est-à-dire de 22 pouces, qui est la moitié plus qu’il ne faut pour un plancher de bois.

Habuerat autem intervallum cubitorum XXX.

Vitruve na point suivi ici les mesures qu'Athénée donne à la tortue à bélier; ilest vrai qu’il parle d’une grande et d'une petite tortue, et qu’il ne donne les mesures que de la grande, qu’il fait longue de 50 coudées, large de 40, et haute de 13 1/2, sans le toit, qui en avait 16. La petite tour qui s'élevait au-dessus du toit avait trois étages. ]1 faut croire que les mesures que Vitruve donne sont de la petite tortue; mais les proportions des parlies ne se rapportent point avec celles de la grande d’Athénée.

Ab strato ad summum. J'ai cru devoir interpréter par plate-forme le mot séralum ; car la plate-forme, en ternes de charpenterie, est un assemblage de deux sablières posées sur les extrémités du mur, sur lesquelles les chevrons qui font le toit sont posés, savoir : le bout d’un maitre chevron sur la sablière qui est en dehors, et le bout du petit chevron, ou jambette, sur l’autre sablière qui est en dedans.

Que greece xgroëown dicitur. Dans tous les exemplaires

de Vitruve, ce mot grec est écrit avec un x ; et les iuterprètes qui croient qu’il est composé de crios, qui siguifie un bélier, et de docos, qui signifie une poutre, l'ont interprété trabem arietariam. Maïs je crois qu'il doit être écrit avec un 7, ainsi qu'il l'est dans Athénée, et qu’il n’est point composé du nom docos, mais du verbe dechomai, et qu’il signifie La machinë qui reçoit et qui enferme le bélier : car cela est suivant le texte, où il ya arielaria machina, que grece criodoche dicitur. La raison de cela est que la poutre qui sert de bélier, et la machine à bélier, sont deux choses différentes , ainsi que le texte fait voir clairement.

In quo insuper constilutus aries. Ce bélier est différent de celui qui est décrit ci-après au chapitre XXL, et qui étail pendu à des cordes ; car celui-ci roule dans un canal, son mouvement étant pareil à celui de la tarière qui est décrite ensuite. Il est encore différent de celui de Cétras, qui était porté sur les bras de plusieurs hommes. D'où il résulte qu'il y avait trois sortes de béliers, les uns étant suspendus à des cordes, les autres coulant sur des rouleaux, et les autres étant soutenus sur les bras.

Quemadmodum in catapultis aut balistis fieri solet. Il faut qu’en cet endroiL les noms de catapulte et de baliste soient mis comme synonymes, pat un abus que l’usage commençait déjà, du temps de Vilruve, à introduire dans Ja langue latine, comme il se voil dans les Commentaires de César, où il est parlé des javelots qui étaient lancés par les balistes : car il n’y a aucune apparence que des balistes, qui proprement sont faites pour jeter des pierres, eussen! un canal comme les catapulles, parce que ce canal n’était propre qu’à conduire le javelot, qui était droit et égal, ct non pas pour conduire une pierre, qui ne pouvait pas être assez ronde pour couler dans un caual de bois.

In quo conslituebatur transversa sucula. 11 n'est pas aisé de deviner à quoi servait ce moulinet, si ce n’est pour tirer la poutre en arrière, après qu’elle avait été tirée en devant, pour frapper son coup à l’aide des cordages qui étaient passés sur des poulies ; en sorte qu'après que Les hommes qui travaillaient à faire agir cette machine avaient tiré les câbles pour faire couler la poutre sur des rouleaux en avant, il y en avait d’autres qui la reliraient en arrière avec un moulinet; ce qui se faisait ainsi, parce que l'effet d’un moulinet est de tirer avec force, mais lentement; ce qui pouvait suffire à ce retour de la poutre, qui pouvait quelquefois engager son fer pointu entre les pierres, ou même dans celles qu’elles perçaient ; et il n’était pas nécessaire que ce relour fût si soudain que le mouvement qui se faisait en avant pour frapper. Or, pour achever de deviner les usages de la tarière, je dirai que je crois qu’elle servait à commencer la brèche, parce que le bélier aurait élé trop longtemps à rompre une pierre avec sa tête grosse et ronde, ce que la larière, qui était un bélier pointu, faisait aisément; et lorsqu'il y avait une pierre ôtée par le moyen de la tarière, qui la coupait en pièces, le bélier emportait aisément les autres, en les poussant vers l’endroit qui était vide, et où il n’y avait rien qui soutint la pierre qui était poussée.

Iner at in eo canali capite ferrato tignum. J'ai cru qu'il fallait corriger cel endroit suivant Athénée, qui dit qu'il y avait des cylindres dans le canal sous la poutre à tarière , qui servaient à la faire couler avec plus de facilité. C’est pourquoi, au lieu de in co canali capite ferrato dignum, sub eo autem ipso canali inclusi tuli, je lis: sub eo autem ipso (supple tigno) in canali, inclusi tori, et je traduis ori, des rouleaux, parce qu'il a été parle ci-devant d’un rouleau qui est appelé torus perfectus torno. Cette remarque est de Laël. s

Quod animadverteret eam machinam nullan habere virtulem. Cette machine fut cause néanmoins de la première vicloire que les Romains remportèrent sur les Car-

fhaginois en une bataille navale, selon Polybe. Et le grands effets que l’on raconte des machines d’Archimède, pour la défense de Syracuse, sont attribués par Plutarque principalement à ce corbeau. Polybe et Jul.Frontinus disent quele consul C. Düillius, qui commandait l’armée navaledes Romains, fut l'inventeur de cette machine , quoique Quinte-Curce en attribue l'invention aux Syriens, lorsque leur ville fut assiégée par Alexandre : car l'autorité de ce dernier historien ne le doit pas emporter sur les deux autres.

De ascensu. Je corrige le mot accessus, que je crois avoir été mis au lieu d'ascensus, y ayant apparence que cette machine est la même que Vitruve a appelée, au commencement de ce chapitre, ascendentem machinam.

De marinis machinationibus. I y a apparence que ces machines sont eelles-là même dont Polybe a fait la description,

Tantum pollicitum esse, etc. Athénée fait la même plainte contre Diadès ; ce qui peut faire croire, ainsi qu'il a été dit, que Vitruve a traduit d’Athénée ce qu’il rapporte de Diadès, et qu'il n’a point lu le livre de Diadès.

Cu. XIV (ou XX). Tigna duo in utramque partem projecta pedes senos. Je crois que cette saillie était pour faire que les roues fussent à couvert, et hors du danger d’être endommagées par les balistes des ennemis. Au siége d’Ostende, un ingénieur fit construire une machine à limitation de la tortue des anciens, qui, faute d’une telle précaution, fut d’abord rendue inutile par un coup de canonqui en rompit une roue.

Capreoli cardinibus alius in alium conclusi. 1 est difficile de concevoir comment des contrefiches tiennent ensemble autrement que par le moyen du poinçon auquel elles sont attachées. Cet endroit est obscur, etest peut-être CUrrompu.

Laleraris circa fixis. Le mot Zaleraria, qui ne se trouve en aucun autre auteur, m'a semblé ne pouvoir être interprété que par conjecture, les commentateurs de Vitruve n’en ayant rien dit; et j'ai cru que les pannes qui sont mises en travers sur les forces pourraient être les pièces appelées lateraria ; vu que dans les chapitres suivants, où il est encore parlé de ces laleraria, il est dit qu’ils sont in transverso. Cette conjecture m'a été confirmée par un ancien exemplaire de Jocundus, où, dans les notes qui sont écrites à la marge, il y a que lateraria sont la même chose que /empla, qui sont les pannes. Néanmoins je crois qu’il faut entendre que ces pannes ne sont point de la grosseur des pannes ordinaires, qui sont failes pour porter les chevrons, mais qu’elles ne peuvent être appelées pannes qu'à cause de leur situation, qui es d’être en travers sur les forces ; en sorte que les pièces que Vitruve appelle ici Zateraria étaient des chevrons posés en travers immédiatement sur les forces, de même que les pannes ont accoutumé d’être, et qui, étant fort près à près, ainsi qu’il a été dit, n'avaient point besoin de pannes qui soutinssent des chevrons; mais que, posant les chevrons en travers sur les forces, les claies qui élaient mises sur ces chevrons, tenaient lieu de chevrons ordinaires, qui vont droit de haut en bas.

Circum tabulata collocentur crates. J'interprète Les côtés, tabulata, qui est ici employé improprement, parce que tabulata, qui sisnilie plusieurs planchers, ne convient point à une tortue, qui n’en avait point du tout ; car il y a apparence que les hommes qui étaient sous la tortue marchaient sur terre, afin de la pousser par dedans pour la faire aller ; de sorte qu’il faut croire que quand Vitruve dit qu'il faut couvrir la tortue autour des planchers, il parle de la tortue comme il aurait fait d’une tour de bois qui avait plusieurs planchers et différents étages; et qu'autour des planchers ne signifie point autre chose qu'aux côtés de la machine.

Ch. XV (ou XXI). "Omyec grœce dicuntur. Oryx, en

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grec, est un pic, une houe, et toutes sortes d'outils à fouiller et à labourer la terre.

Latitudo XII. Cette grande disproportion , qui fait que cette tortue était trois fois plus longue que large, n’était pas sans raison, parce que la machine étant faite pour un bélier, quiest une poutre fort longue, cette forme longue et étroite était propre à couvrir le bélier et les hommes qui travaillaient à le remuer en le tirant par les gros câbles qui lui étaient attachés selon sa longueur, ainsi qu'il est expliqué à la fin du chapitre.

Erigebantur et arrectaria duo. Ce qui suit de la description du bélier n’est pas moins obscur que ce qui a été dit des tours, des tortues et de la tarière.

Arreclaria duo compacta. Je crois que le mot com- Pacla ne signifie point ici autre chose que la force et la fermeté de ta matière.

Materies inter scapos et transversarium lrajecta. Je crois qu’il ÿ à faute, et qu’au lieu de inter scapos et transversarium, il faut lire inter scapos et transversaria, parce qu’autrement il n’y a point de sens.

Materies… trajecta.lJ’interprète dosse le motmateries, qui ne signifie généralement que du bois, mais qui semble ici être autre chose que du bois de poutres , de sablières ou de solives, savoir, du bois refendu , large et assez épais pour êlre propre à être percé, alternis cheloniis, ainsi qu’il sera expliqué ci-après.

Allernis…… transversarium. On a vu que Perrault lisail {ransversaria. « Je crois, dit-il, que les dosses étaient ainsi percées, afin que les degrés de hauteur à laquelle on voulait élever le bélier fussent plus petits. Cela se pratique dans les métiers des brodeurs, où les tringles qui passent dans les rouleaux auxquels la besogne est altachée sont percées de deux ou trois rangs de trous, afin que les chevilles qui, étant passées dans Pun de ces {rous, arrêtent les rouleaux et tiennent la besogne tendue, le puissent faire tant et si peu qu'il est nécessaire par le moyen de la disposilion de ces trous, qui seraient trop près les uns des autres pour faire cet effet s'ils étaient tous d’un rang, et s’ils n’élaient disposés alternativement, c'est-à-dire en manière d’échiquier,

« Mais il n’est pas aisé de deviner quel était l'usage deces trous, et pourquoi il fallait que le bélier frappt tantôt baut, tantôt bas. Appien Alexandrin dit que ceux d'Utique empêchaient l’effet des béliers dont Scipion faisait battre leurs murs, en descendant des poutres pendues à des cordes, et en les mettant en travers pour soutenir les coups des béliers. On péut dire que, par le moyen des chevilles que l'on mettait dans les trous dont il s’agit, on pouvait faire que le bélier frappât plus haut ou plus bas, si, au moment qu'il était reliré en arrière, on mettait deux chevilles dans les trous qui étaient derrière et au-dessous des chevilles qui suspendaient le bélier ; parce que lorsque le bélier, étant poussé pour frapper, retournait en avant, les câbles rencontrant ces chevilles faisaient un angle qui les rendait plus courts , ce qui était cause que le bélier frappait plus haut. Ces mêmes trous pouvaient aussi servir à mettre plus haut ou plus bas les chevilles auxquelles les câbles étaient attachés. »

Quatuor circiter pedum XV. I est, ce me semble, évident que le nombre XV est mal ajouté, parce qu'il ne peut signifier que les quinze parties d’un pied, et qu'il serait superflu de dire environ quatre pieds et la quinzième partie d’un pied, d'autant que quatre pieds et la quinzième partie d’un pied sont la même chose qu'environ quatre pieds; de sorte que j'ai cru qu’il fallait s'arrêter, comme j'ai fait, à l’une ou à Pautre de ces expressions.

Quemadmodum navis apuppi ad proram continetur. Toutes ces machines sont expliquées si obscurément, qu'il semble être inutile de se donner la peine d’y vouloir rien

» Comprendre; mais ce qui en doit principalement faire

perdre l'espérance , est le soupçon que l’on a sujet d’avoir que Vitruve même n’a pas bien compris les choses qu’il décrivait, lorsqu'elles ne lui étaient connues que par les livres, telles qu’étaient la plupart de celles qu'il décrit ici; car il y a apparence que les béliers qui étaient en usage de son Lemps étaient différents de ceux qu’il décrit ; de sorte que mon opinion est , à l'égard de la comparaison qu'il fait des câbles qui attachaïent le bélier dont il parle avec ceux du mât d’un navire, qu’elle est mal expliquée, parce que cette explication contient des choses qui se contredisent, étant impossible que les càbles qui vont le long du bélier soient serrés contre le bélier par des cordes mises en travers, ainsi qu'il est dit, et qu’ils larrêtent de la même facon qu’un mât est attaché à la proue et à la poupe; car les câbles qui attachent ainsi un mât en sont fort éloignés, au contraire des haubans qui l’attachent aux deux bords voisins, et qui représentent assez bien les cäbles qui attachaient le bélier d’Agetor, à cause des cordes qu'il avait en travers pour servir comme d’anses que lon prenait pour le remuer; de même qu’il y en a aussi au travers des haubans qui servent pour monter à la hune. C’est pourquoi ma pensée est que Vitruve s’est mépris, quand il a voulu spécifier les câbles dont Agetor n'a parlé qu’en général , en disant seulement que le bélier avait des câbles tendus comme ceux qui arrêtent le màd'un vaisseau, auquel Josèphe compare aussi le bélier qu’il décrit.

Ex quibus autem funibus.…… quadruplices catenæ. Les termes latins du texte sont : ex quibus aulem funibus pendebant, corum capila fuerant ex ferro quæ quadruplices catenæ; ce qui est fort équivoque, car il semble que ces càbles et ces chaînes soient celles qui suspendent le bélier, à cause du mot pendebant; et il vient aisément dans l'esprit que ces câbles étaient ainsi allongés par des chaines, afin de n’être pas en danger d’être coupés par les assiégés. Mais ma pensée est que ces quatre câbles allongés par des chaînes sont les quatre càbles dont il a été déjà parlé, qui allaient d’un bout du bélier à l’autre, el qui servaient à le manier, à le tirer et à le pousser, parce qu'ils étaient plus en danger d’être coupés que ceux qui suspendaient le bélier, qui ne sortaient jamais de dessous les tortues, quelqne loin que l’on pût pousser le bélier; car pour ce qui est du mot pendebant, il ne signifie rien autre chose que confinebant, alligabant; et les mots de corum capita font voir clairement que ces càbles ne suspendaient point le bélier, parce qu’il n’était point suspendu par le bout, mais par le milieu.

Et ipsæ coriis crudis erant involutæ. Y faut entendre que les peaux qui étaient sur les bouts étaient pour couxrir absolument et simplement les bouts du bélier qui sorfaient hors de la tortue, et non pas couvrir les chaînes, qui n'étaient point en danger d’être endommagées par le feu.

Ea machina. I est difficile de savoir certainement ce que Vitruve entend ici par machina, savoir, si C’est la poutre bélière ou toute la machine, c’est-à-dire la tortue avec la poutre bélière qu’elle porte. 11 semble que ce ne doit pas être toute la machine, parce qu’elle ne peut avoir les mouvements qui lui sont ici attribués, n’élant pas possible ni même nécessaire qu’elle soit élevée en haut et en bas, ces mouvements étant particuliers à la poutre. Mais il y a une autre difficulté qui empêche de croire que ce qui est dit de la machine se puisse entendre de la poutre seulement , parce que le texte porte ea machina sex modis movebatur, c’est-à-dire en avant, en arrière, à droite, à gauche, en haut et en bas; et il est certain que la poutre ne frappait point en arrière. Cette raison n’a fait croire qu'il faut corriger le texte, et lire III modis movebalur, au lieu de VI modis. 1] a élé aisé à un copiste de prendre ces chiffres les uns pour les au- Ues ainsi qu'il a été remarqué ci-devant,

Circiler pedes C. Je ne puis croire qu'il n’y ait encore faute en cet endroit, la hauteur de cent pieds étant exorbitante, non-seulement parce que la tortue sous laquelle le bélier était n'avait pas de hauteur le tiers de cette mesure; mais parce que quand même le bélier aurait pu frapper cent pieds loin, le coup n’aurait eu aucune force à cause de son obliquité, ainsi qu'il est remarqué dans le chapitre suivant, où il est dit que les habitants de Marseille étant assiégés rendirent les béliers des assiégeants inutiles , ayant trouvé moyen d’allirer la tête des béliers en haut, avec des cordes qu’ils descendaient, Mais d’ailleurs il n'est point nécessaire de frapper au haut d’une muraille pour y faire brèche; et cette hauteur de cent pieds, toute exorbitante qu’elle est, n'aurait pas encore été suffisante pour atteindre au haut de la plupart des murs des anciennes villes, qui avaient accoutumé d’être si hauts que ceux de Babylone, au rapport de Pline, avaient deux cents pieds babylonicns, qui faisaient plus de 35 toises.

Ch. XVI (ou XXII). Carchesiorum. J'ai forgé le mot de guindages, qui n’est point en usage, mais qui vient de guinder, c'est-à-dire élever en haut par le moyen d’une machine. Carchesium, que je traduis guindage, signifie en grec le haut d’un mât; il se prend aussi, comme il a été ditau quinzième chapitre , pour des mortaises, parce qu'il y avait au haut des mâts des mortaises pour passer des câbles. Cette machine est différente de celle dont le nom est aussi dérivé du mot de guinder, et que l’on appelle guindoule dans quelques ports de France, et en Hollande gérane, du mot grec geranos, qui signifie une grue, parce qu’elle sert à enlever les marchandises qui sont dans les vaisseaux, pour les poser sur terre; car le carchesium était une machine composée d’un mât planté en terre, au haut duquel il y avait, comme une antenne qui était pendue en forme de balance. On s’en servait pour élever des soldats jusque sur les murailles des places que l’on assiégeait. Végèce les appelle {o!lenones.

Propler animi pertinaciam Poliorcetes est appellatus. Le nom de Poliorcetes, qui fut donné à Démétrius . roi de Macédoine, ne signifie point l’opiniâtreté, et ce n’êlail point aussi par une longue persévérance qu’il prenait les villes; car les historiens remarquent qu’il prit la plus grande partie des plus fortes et des plus puissantes villes de la Grèce, comme Athènes, Mégare, Sicyone, Héraclée, Corinthe et Salamine, le même jour qu’elles avaient été assiégées. Poliorcetes signifie celui qui prend et mine des villes. :

Latitudo pedum LX. La proportion de cette tour est bien différente de celle qu’avaient les tours de bois qu’Athénée et Vitruve ont décrites ci-devant, et elles me semblent les unes et les autres mal proportionnées, celles d’Athénée et de Vitruve étant trop étroites, et n'ayant pas assez d’empatement pour leur hauteur, et celle-ci étant trop large. Cela me fait croire qu'il y a faute au texte, et qu’au lieu de latitudo pedum sexaginta, il faut lire ici quadraginta pedum , et que cela vient de la transposition qui a été faite des deux caractères qui composent ces nombres , le copiste ayant mis LX au lieu de XL. II faut anssi supposer qu'il y a faute dans Plutarque, qui fait l’hélépole de Démétrius trop large pour sa bauteur, lai donnant 48 coudées de large sur 66 de haut : car il y a apparence qu’il faut lire 23 coudées au lieu de 48, et que l’on a pris dans le grec le chiffre y au lieu de x»; car par ce moyen l’hélépole de Démétrins sera d’une même proportion selon Plutarque et selon Vitruve, la largeur de l’un et de l’autre étant à peu près le tiers de leur hauteur.

Sambucarum. Cette machine est ainsi appelée d’un mot grec qui siguifie un instrument de musique triangulaire en forme d'une harpe , ce triangle étant composé des

cordes qui font un de ses côtés, et du torps de l’instrument qui fait les deux autres. La machine de guerre de ce non était ce que nous appelons un pont-levis : ce pont de la eambuque s’abattait, étant soutenu avec des cordes, et servait aux assiégeants pour passer de leurs tours de bois sur les murs des assiégés. ]1 fallait que l’on trouvât que ces cordes , qui faisaient un triangle avec le pont et les poteaux qui soutenaient les cordes, avaient quelque ressemblance avec leur instrument de musique. 1l en est parlé au cinquième chapitre du sixième livre.

Malleolis confixæ. J'interprète des brdlots, malleolos, qui étaient, suivant Nonius et Végèce, des instruments enflammés par une composilion combustible dont ils étaient entourés, et qui étant ferrés par le bout , selon la description d’Ammien Marcellin, se lançaient avec un arc, afin qu’étant par ce moyen attachés aux machines de guerre ou aux navires, ils les pussent mettre en feu. César, dans ses Commentaires , dit que les Gaulois mirent le feu au camp de Q. Cicéron, en y jetant avec des frondes des boulets de terre que l’on avait enflammés.

FRONTIN

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NOTICE SUR FRONTIN

SExXTUS JULIUS FRONTINUS, auteur du Commentaire sur les aqueducs de la ville de Rome et de plusieurs autres ouvrages, vécut sous les règnes des empereurs Vespasien, Titus, Domitien , Nerva, et Trajan. Il était contemporain de Tacite, de Pline le Jeune, d’Élien le tacticien, et du poëte Martial, qui en ont parlé dans leurs écrits.

Il paraît, par ce que dit Frontin au premier paragraphe de ce Commentaire, qu'il était né à Rome, de famille patricienne, puisqu'en parlant de ceux qui avaient exercé la charge d'administrateur des eaux de Rome avant lui, il s'exprime ainsi : « Cette charge a toujours été confiée aux personnages les plus distingués de notre ville, civitatis nostræ. »

L'an de la fondation de Rome 823 et 70 de l'ère vulgaire , il était préteur à Rome; mais il se démit de cette charge en faveur de Domitien César.

Cinq ans après, il fut envoyé dans la Grande- Bretagne, pour commander l’armée romaine à la place de Cérialis. Il dompta les Silures, peuple puissant et aguerri, cantonné dans un pays impraticable.

Tacite dit, à ce sujet, que la réputation de Cérialis, auquel Frontiu succéda, était un pesant fardeau qui eût accablé tout autre, mais qu'il en soutint dignement le poids; et que ce général, aussi habile que les circonstances l’exigeaient, vint à bout de soumettre ce peuple.

L'usage des Romains étant de ne confier le commandement des armées qu'à ceux qui avaient été consuls, il est probable que Frontin l'avait déjà été à cette époque.

Élien, dans la préface de son Trailé sur la milice des Grecs , dit qu’étant allé saluer l'empereur Nerva, dans le temps qu'il résidait à Formies , ce voyage lui procura l’occasion de passer quelques jours avec Frontin, personnage consulaire, trèsprofond dans la science des armes.

Frontin fut consul pour la seconde fois l’an 850 de Rome, et 97 de l'ère vulgaire. Ce fut l’année suivante qu'il fut nommé par l'empereur Nerva surintendant des eaux et des aquedues de Rome. Il conserva cette charge sous l’empereur Trajan, avec lequel il fut consul pour la troisième fois; il fut ensuite nommé augure, et mourut un an après, en l’an 101 de l’ère vulgaire.

On lit, dans une des lettres de Pline, que Frontin défendit par son testament de lui élever aucun monument, regardant cette dépense comme superflue : « Mon nom, disait-il, ne périra point, si ma

vie est digne de mémoire. » Ce fut Pline qui lui succéda dans la charge d’augure.

On a de Frontin, outre son Commentaire sur les eaux et les aqueducs de Rome, un ouvrage sur les Stratagèmes de querre, et un petit traité sur l'Agriculture et les limites. Scrivérius et Keuchenius, éditeurs des œuvres de Frontin, y ont joint un traité des Colonies ; mais, comme il est question dans cet ouvrage de plusieurs empereurs qui ne parvinrent à l'empire qu'après la mort de Frontin, tels que Sévère, Antonin et Commode , il est évident qu'il ne peut être de lui, mais d’un autre auteur du même nom, que l’on croit Sicilien.

Jacob Spon et Poleni font mention d’une médaille frappée à Smyrne en l'honneur d’un Frontin, proconsul ; sur le revers de cette médaille on voit une nymphe assise, appuyée sur une urne, et portant sur l'épaule une branche d'arbre. M. Galland, savant antiquaire, pense que c’est une médaille frappée par un autre Frontin, proconsul, en l’honneur de Jupiter, qui était adoré à Smyrne.

Un autre savant, désigné par Poleni sous le nom de Jacobus Facciolatus, prétend que dans le temps où vivait Frontin les Romains ne portaient pas de barbe, et que cet usage ne fut rétabli que sous l'empereur Adrien ; ce qui peut justifier l'opinion de M. Galland.

Selon Poleni, le Commentaire sur les aqueducs fut composé l'an de Rome 853, sous l'empire de Nerva , qui répond à l'an 100 de l'ère vulgaire, environ un an avant la mort de Frontin; mais cette opinion ne paraît pas probable, puisque cet auteur dit que ce fut vers le commencement de son administration qu'il composa son commentaire, en 97 ou 98.

Le seul manuscrit de cet ouvrage échappé aux temps de barbarie fut découvert par un savant florentin, nommé Foggio, dans la bibliothèque du monastère du Mont-Cassin. On prétend que les autres manuscrits qui existent ne sont que des copies de celui-là : la plus ancienne copie est celle de la bibliothèque du Vatican, faite par Poggio avant l'invention de l'imprimerie ; le manuscrit de la bibliothèque du Roi estune autre copie, que l’on attribue à Philander, l’un des commentateurs de Vitruve.

En 1722, l'édition la plus complète de ce Commentaire, par Jean Poleni, fut imprimée à Padoue avec des notes et des commentaires très-étendus, in-4°.

C’est le texte de cette édition qu'on a reproduit ici.

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