‹ Celse, Vitruve, Censorin (œuvres complètes), FrontinChapitre 75 sur 265 · PERRAULT · texte numérisé non relu

PERRAULT

se passer : le sens exquis dont on a besoin pour régler les belles connaissances se forme rarement parmi le menu peuple; et il y a mille choses que l’on n’apprend point dans la condition d’un simple artisan ni même dans les écoles, qui néanmoins sont absolument nécessaires pour parvenir au dernier degré d'excellence où les beaux-arts peuvent atteindre.

Cette fierté que la nature a mise dans les esprits qui se sentent capables de quelque chose d’excellent, et qui leur fait dédaigner les emplois qui ne sont pas les plus estimés, passa autrefois à un tel excès parmi les Romains, que plusieurs d’entre eux aimèrent mieux se faire mourir que de travailler à des bâtiments dont la structure n'avait rien d'assez beau pour rendre leur nom recommaodable : au lieu que quand la belle architecture commença à être honorée parmi eux, ils s’y employèrent avec tant d’ardeur, qu’en moins de quarante ans elle parvint à sa plus haute perfection.

Pour cela il ne fallut point aller chercher des maîtres en Grèce; il s'en trouva plusieurs à Rome, capables des pius grands desseins et des exécutions les plus hardies : un grand nombre de savants personnages, comme Fussitius, Varron, Septimius et Celsus, écrivirent plusieurs excellents volumes d'architecture. Les Grecs même se servirent en ce temps-là d'architectes romains ; et lorsque le roi Antiochus fit achever le temple de Jupiter Olympien dans la ville d'Athènes, ce fut sur les desseins et sous la conduite de Cossutius, citoyen romain.

Enfin l'amour de l’architecture et la magnificence des bâtiments alla jusqu’à un tel excès, que la maison d'un particulier fut trouvée revenir à près de cinquante millions, et qu'un édile fit bâtir en moins d’un an un théâtre orné de trois cent soixante colonnes , dont celles d’en bas, qui étaient de marbre, avaient trente-huit pieds de haut, celles du milieu étaient de cristal et, celles du troisième ordre étaient de bronze doré. On dit que ce théâtre, qui pouvait contenir quatrevingt mille personnes assises, était encore embelli par trois mille statues de bronze; et l’on

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ajoute que ce bâtiment si magnifique ne devait servir que six semaines.

Les historiens rapportent encore qu’un autre édile fit bâtir une fontaine, sur l’aquedue de laquelleil y avait cent trente regards ou châteaux ; que cette fontaine était ornée de quatre cents colonnes de marbre et de trois cents figures de bronze; que l’eau, qui jaillissait par sept cents jets, était reçue dans plus de cent bassins. Aussi remarque-t-on que parmi toutes les lois romaines, qui ont beaucoup de sévérité pour réprimer le luxe et la profusion, il n’y en a jamais eu qui aient prescrit et réglé la dépense des bâtiments ; tant cette nation généreuse avait de vénération pour tout ce qui sert à honorer la vertu, et qui en peut laisser des marques à la postérité.

La France n’a pas moins fait connaître que l'esprit et le courage peuvent être ensemble dans les grandes âmes, et qu’elles n’attendent que des occasions favorables pour se déterminer à faire paraître lesdifférentes merveilles qu’elles peuvent produire.

Avant le règne de François I‘, la plupart des princes avaient si peu de goût pour les beaux-arts, que tout ce qui n’avait point de rapport à la guerre ne les pouvait toucher; et il semblait que la chasse, les tournois et le jeu des échecs, qui sont les images de la guerre, étaient les seuls plaisirs dont ils fussent capables ; le bal même ne se faisait qu’au son du fifre et du tambour, et l'architecture ne donnait point d'autre forme à leurs palais que celle d’une forteresse : de sorte que les plus nobles artisans, dont le génie pouvait produire quelque chose de plus achevé et de plus poli, étaient d'excellents instruments qui demeuraient inutiles. Mais aussitôt que ce prince , qui a mérité le nom de premier père des arts et dessciences, témoigna l’amour qu’il avait pour les belles choses, on vit paraître comme en un instant dans toutes les professions d'excellents hommes que son royaume lui fournit, et qui meurent pas longtemps besoin du secours et des enseignements qu’ils reçurent des étrangers.

César, dans ses Commentaires, témoigne qu'il fut surpris de voir les grandes tours de bois et les autres machines de guerre que les Gaulois avaient fait construire à l'imitation de celles qui étaient dans son armée; il admirait que des peuples qui n'avaient jamais employé dans la guerre qu'une valeur singulière , fussent devenus si habiles en si peu de temps dans les autres arts.

Lorsque le roi Francois 1° fit venir d'Italie Sébastien Serlio, l’un des plus grands architectes de son temps, à qui il donna la conduite des bâtiments de Fontainebleau, où ont été composés les excellents livres d'architecture que

nous avons de lui, nos architectes (1) profitèrent si bien de ses instructions, que le roi ayant commandé de travailler au dessin du Louvre, qu'il entreprit de faire bâtir avec toute la beauté et la magnificence possible , le dessin d’un Français fut préféré à celui que Serlio avait fait. Ce dessin fut ensuite exécuté par les architectes du roi ; et la perfection se trouva en un si haut point dans ce premier essai de nos architectes français, que les étrangers même avouent que ce qui a été bâti de ce temps-là au Louvre est encore à présent le modèle le plus accompli que l'on puisse choisir pour la belle architecture.

Cette préférence si honorable à nos architectes releva tellement le courage de tous ceux de la nation qui se trouvèrent avoir quelque disposition pour l'architecture, et les porta à s’appliquer avec tant de soin à la recherche des secrets de cet art, qu'ils acquirent assez de suffisance par aller se faire admirer jusque dans Rome, où ils firent des ouvrages que les Italiens mêmes reconnaissent être des chefs-d'œuvre digves de servir de règle aux plus savants (2).

Ce fut cette suffisance qui fit que le roi d’Espagne Philippe IT se servit d’un architecte français (3) pour son grand bâtiment de l’Escurial, et qui fit que la reine Catherine de Médicis n’employa que des Français pour l'ordonnance et pour l'exécution du superbe édifice de son palais des Tuileries : car la connaissance profonde que cette princesse italienne avait des beaux-arts, et principalement de l'architecture, lui fit voir tant de capacité dans les deux architectes (4) qu’elle choisit, qu’elle crut n’en pouvoir pas trouver de plus habiles dans toute l'Italie.

A son exemple, la reine Marie de Médicis prit en France le grand architecte (5) qui.ordonna son incomparable palais du Luxembourg, qui passe pour l'édifice le plus accompli de l’Europe.

Mais l'excellence de ces sortes d'ouvrages, qui eut d’abord quelque estime, n'ayant pas continué à recevoir en France les témoignages. avantageux qu’elle a dans les autres pays, où les personnes de la plus haute qualité se font un honneur de la connaissance de ces belles choses, où l’on ne traite point d’artisans et de gens mécaniques ceux qui en font profession, mais où on leur donne la qualité de chevalier et de comte palatin (6), et enfin où l’on parle d’eux avec éloge , les mettant parmi les hommes illustres, il ne faut pas s'étonner si l'architecture, que la première faveur des rois du siècle passé avait

(x) L'abbé Cigany, Parisien; Jean Goujon, Parisien , et M. Ponce. — (2) Vasary, dans sa préface. — (3) Louis de Foix, Parisien, au rapport de M. de Thou. — (4) Philibert de Lorme, Jean Bullant. — (5) Jacques de Brosse. — (6) Le Titien, Paul Jove.

commencé à élever en France, est retombée dans son premier abaissement. $

Guand ceux qui pouvaient faire quelque chose de rare ont vu que le nom des grands hommes qui ont travaillé avec un si heureux succès n’était connu de personne, pendant que celui du moindre architecte d'Italie était consacré à l'éternité par les plus excellents écrivains de leur temps ; quand ils ont considéré qu'on les avait cent fois importunés à Rome pour leur faire admirer des choses qui ne valaient pas celles que personne ne daignait regarder en France, et que les plus grands seigneurs, dont la plupart ne connaissent point d'autre magnificence que celle de leur dépense ordinaire et journalière, qui surpasse toujours leurs revenus, étaient bien éloignés d'entreprendre celle d’un édifice somptueux ; enfin quand ils ont fait réflexion que les plus grands architectes, avec toute la noblesse de leur art, avaient bien de la peine à s’élever au-dessus des moindres artisans , ils ont mieux aimé prendre tout autre parti que d’embrasser une profession si peu capable de satisfaire la passion qu'ils avaient pour la gloire.

On ne peut pas, ce me semble, faire réflexion sur toutes ces choses sans avouer que sila France, à cause du peu de beaux édifices qu’elle a eus jusqu'à présent, donne sujet aux étrangers de dire qu’elle n’est pas le théâtre de l’architecture (1), cela ne doit pas être imputé à l’incapacité des architectes, mais au peu de soin que l’on a eu de reconnaître leur mérite. Aussi y a-t-il lieu d'espérer que ceux de notre nation qui s’appliquent maintenant à l'architecture, animés par le soin que le roi prend de faire fleurir les arts, ne manqueront pas de montrer qu’en cela même ils ne cèdent point aux autres peuples, et de faire connaître par leurs beaux ouvrages que le génie des Français les peut faire réussir dans tout ce qu'ils entreprennent, quand ils sont excités par la gloire qu'il y a de travailler pour celle d’un si grand monarque.

Et certainement S. M. ne pouvait témoigner davantage combien elle a d’estime pour toutes les belles choses, qu’en jetant les yeux sur cet art, qui comprend en soi la connaissance aussi bien que la direction de tous les autres , et en honorant l'architecture jusqu'au point de ne la pas juger indigne d’avoir une place entre les différents soins auxquels un grand roi s'emploie pour rendre son règne merveilleux ,non-seulement par les grandes choses qu'il entreprend pour le bien et pour la gloire de son Etat, mais aussi par les ornements qui peuvent relever l'éclat des heureux succès qui suivent les hautes entreprises.

{x) Henri Wotton, liv. r, Element architect.

Or, pour rendre à l'architecture son ancienne splendeur, il a fallu ôter les obstacles qui peuvent s'opposer à son avancement, dont les principaux sont que ceux qui jusqu’à présent ont embrassé cette profession ne pouvaient être instruits des préceptes de leur art, faute de les pouvoir puiser dans leur véritable source , à cause de l’obscurité de Vitruve, qui est le seul des anciens écrivains que nous ayons sur cette matière ; et aussi parce qu'ils n'avaient pas les moyens et la commodité de s’exercer sur les exemples et sur les modèles que l’on trouve dans les restes des ouvrages les plus renommés, qui ont donné le fondement et l’autorité aux préceptes mêmes ; la plupart de ces exemples et de ces modèles ne se voyant que dans les pays étrangers ; et qu’enfin les ouvriers ne trouvaient rien qui leur pût donner le courage d'entreprendre cette étude si difficile, vu le peu de goût et d'estime qu'ils voyaient dans l’esprit des grands pour la magnificence des bâtiments.

Ces considérations ont fait que le roi a mis ordre à ce que tous ceux qui sont curieux de l’architecture ne manquassent point des secours nécessaires à leursétudes, en établissant des académies nonseulement à Paris, où la plus grande partie des savants du royaume se viennent rendre, mais encore dans Rome, où les édifices anciens conservent les caractères les plus significatifs et les plus capables d'enseigner les préceptes de cet art. Outre cela , en attendant que les somptueux édifices que S. M. fait construire en France soient en état de servir eux-mêmes de modèle à la postérité, elle a envoyé dans l'Italie, dans l'Égypte, dans la Grèce, dans la Syrie, dans la Perse, et enfin par tous les lieux où il reste des marques de la capacité et de la hardiesse des anciens architectes, plusieurs personnes savantes et bien instruites, pour les remarques que l'on y peut faire ; et elle a proposé des récompenses à tous ceux qui peuvent produire quelque chose d’excellent et de rare. Eofin, pour animer le courage de ceux à qui il ne manquait que cette seule disposition pour s’élelever au plus haut degré où les arts puissent atteindre, elle a voulu donner les marques éclatantes de l'estime qu’elle fait des beaux-arts, en honorant les personnes qu'un génie extraordipaire, joint à une heureuse application, a rendues illustres.

Entre les différents soins que l'on a employés en faveur de l’architecture , la traduction de Vitruve n’a pas semblé peu importante : on a estimé que les préceptes de cet excellent auteur, que les critiques mettent au premier rang des grands esprits de l’antiquité, étaient absolument nécessaires pour conduire ceux qui désirent de se per: fectionner dans cet art, en établissant, par la

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grande autorité que ses écrits ont toujours eue, les véritablesrègles du beau et du parfait dansles édifices ; car la beauté n'ayant guère d'autre fondement que la fantaisie, qui fait que les choses plaisent selon qu’elles sont conformes à l’idée que chacun a de leur perfection, on a besoin de règles qui forment et qui rectifient cette idée; et il est certain que ces règles sont tellement nécessaires en toutes choses, que si la nature les refuse à quelques-unes, ainsi qu'elle a fait au langage, aux caractères de l'écriture, anx habits, et à tout ce qui dépend du hasard, dela volonté et de l’accoutumance, il faut que l'institution des hommes en fournisse, et que pour cela on convienne d’une certaine autorité qui tienne lieu de raison positive.

Or la grande autorité de Vitruve n’est pas seulement fondée sur la vénération que l’on a pour l'antiquité, ni sur toutes les autres raisons qui portent à estimer les choses par prévention. Il est vrai que la qualité d'architecte de Jules César et d’Auguste, et la réputation du sièele auquel il a vécu , où l’on croit que tout s’est trouvé dans la dernière perfection, doivent beaucoup faire présumer du mérite de son ouvrage; mais il faut avouer que la grande suffisance avec laquelle cet excellent homme traite une infinité de différentes choses , et le soin judicieux qu’il a employé à les choisir et à les recueillir d’un grand nombre d'auteurs dont les écrits sont perdus, font avec beaucoup de raison regarder ce livre par les doctes comme une pièce singulière et comme un trésor inestimable.

Mais par malheur ce trésor a toujours été caché sous une si grande obseurité de langage, et la difficalté des matières que ce livre traite l’a rendu si impénétrable, que plusieurs l'ont jugé tout à fait inutile aux architectes. En effet, la plupart des choses qu'il contient étant aussi peu entendues qu’elles le sont, avaient besoin d’une explication plus claire et plus exacte que n’est le texte qui nous reste : car l’auteur ne s’est pas tant efforcé dèle rendre clair que succinct, dans la confiance où il était que les figures qu’il y avait ajoutées expliqueraient assez les choses, et suppléeraient suffisamment à ce qui pourrait manquer au langage.

Or ces figures ont été perdues par la négligence des premiers copistes , qui ne savaient pas dessiper, et qui d’ailleurs ne les ont pas vraisemblablement jugées tout à fait nécessaires, parce que la vue de ces figures les ayant instruits des choses mêmes dont il est parlé dans le texte, il leur a semblé assez intelligible; de même qu'il arrive toujours que l’on entend bien ce qui est dit, quoique obseurément, quand les choses sont claires d’elles-mêmes, Ainsi il a été presque impossible

que ceux qui ensuite ont copié les exemplaires où il n'y avait point de figures n'aient fait beaucoup de fautes, écrivant des choses où ils ne comprenaient rien; et l’on ne doit pas aussi s'étonner que maintenant les plus éclairés à qui non-seulement les figures manquent , mais, s’il faut dire ainsi, le texte même, aient tant de peine à trouver un bon sens en quantité d’endroits, dans lesquels lechangement oula transposition d’un mot, ou seulement d’un point ou d'une virgule, a été capable de corrompre entièrement le discours , qui s’est trouvé d'autant plus sujet à une corruption irréparable, que sa matière y est plus disposée qu'aucune autre : car dans les traités de morale, ou dans les histoires, qui sont dans un genre de choses connues de tout le monde, et qui ont été traitées par un nombre infini d'autres auteurs, il est difficile que les copistes se méprennent ; et si cela arrive par quelque raison extraordinaire, les fautes sont plus aisées à corriger.

C'est ce qui m'a fait souvent étonner du jugement que plusieurs font touchant l'obscurité des écrits de Vitruve, et touchant la difficulté qu’il y a de les traduire. Les uns, comme Léon-Baptiste Alberti et Serlio, croient que cet auteur a affecté l'obscurité à dessein et malicieusement , de peur que les architectes de son temps, pour qui il avait de la jalousie, ne profitassent de ses écrits ; ce qui aurait été une grande bassesse à un homme qui fait profession de générosité, et qui la demande principalement dans l’architecte. Mais ce lui aurait encore été une plus grande simplicité de s’imaginer qu'il pourrait être obscur pour ceux qu'il haïssait, sans l’être pour ceux qu'il avaitintention d'instruire : outre que l’amour que l'on a pour ses propres ouvrages ne porte jamais à une jalousie qui empêche de souhaiter que leur bonté ne soit connue, aimée, possédée de tout le monde. Ce qui fait que je ne puis être du sentiment de ceux qui tiennent qu'Héraclite, Épicure et Aristote ont été de cette humeur, et qu'ils n’ont pas voulu qu'on entendît leur physique. Car si les Egvptiens et les chimistes métalliques ont toujours caché leur philosophie, c’a plutôt été la honte que la jalousie qui les y a obligés.

D’autres écrivains, comme Gualterus Rivius, qui a traduit et commenté Vitruve en allemand, et Henry Wotton, qui a écrit de l’architecture en anglais, ne se plaignent point de l'obscurité de Vitruve , mais seulement de la peine qu’ils ont à trouver dans leur langue des termes qui puissent exprimer ceux que Vitruve a employés ; et d’autres, avec plus de raison, mettent toute la difficulté dans l'intelligence des mots barbares et des manières de parler qui sont particulières à cet auteur. Mais personne n’accuse le peu de connais-

sans laquelle il me semble que l'intelligence des termes n’aide pas beaucoup; par exemple, dans la description des portes des temples, quand on saurait ce que signifie replum, on n'entendrait guère mieux quelle est la structure de ces portes, tant que la chose sera en elle-même aussi obseure et aussi peu entendue qu’elle l'est. Et je ne puis croire que ce qui a arrêté tous les savants qui ont tâché de comprendre la catapulte soit l'incertitude où l’on est du mot camillum, et de quelques autres termes peu usités qui se trouvent dans sa description.

Il me semble donc que la difficulté qui se rencontre dans la traduction de Vitruve vient de ce qu'il n'est pas aisé de trouver en une même personne les différentes connaissances qui sont nécessaires pour y réussir : Car l'intelligence parfaite de ce qu’on appelle les belles-lettres, et l'application assidue à la critique et à la recherche de la signification des termes, qu’il faut recueillir avec beaucoup de jugement dans un grand nombre d'auteurs de l'antiquité, se trouvent rarement jointes avec ce génie qui dans l’architecture, de mème que dans tousles beaux-arts, est quelque chose de pareil à cet instinct différent que la nature seule donne à chaque animal, et qui les fait réussir dans certaines choses avec une facilité qui est déniée à ceux qui ne sont pas nés pour cela. Car enfin les esprits qui sont naturellement éclairés de cette belle lumière qui fait découvrir les qualités et les propriétés des choses, se soucient peu d’aller chercher avec un grand travail les noms que les temps et les peuples différents leur ont donnés; étant plus curieux d'apprendre les choses que les doctes ont sues , que les termes avec lesquels ils les ont expliquées.

Mais l'expérience ayant fait connaître que c’est vainement que l’on espère et que l’on attend si longtemps cet homme pourvu de toute la suftisance requise pour expliquer cet auteur, le besoin que nos architectes francais ont de savoir les préceptes qui sont contenus dans cet excellent livre, en a fait entreprendre la traduction , telle u’on l’a pu faire avec le secours des plus célères interprètes qui y ont travaillé depuis cent soixante ans, dont les principaux sont J. Jocunus, César Cisaranus, J. Baptista Caporali, Guilel Philander, Daniel. Barbaro et Bernardinus aldus. ;

Il y a six vingt ans que deux hommes savants, lun dans les belles-lettres , l’autre en architecure, savoir, J. Martin, cecrétaire du cardinal e Lenoncourt, et J. Goujon , architecte des rois François I et Henri IT, entreprirent ce même

sance que l’on a des choses dont il est parlé,

ouvrage, auquel ils s’'appliquèrent conjointement et avec beaucoup de soin. Mais le peu de succès que leur travail a eu fait bien connaître que, pour venir à bout de cette entreprise, il faut que la connaissance des lettres et celle de architecture soient jointes en une même personne, et en un degré quisoit au-dessus du commun. En effet, César Cisaranus, qui avait quelque teinture des belleslettres, comme il paraît par ses commentaires, etqui s était aussi adonné à l’étude de l’architecture, étant l’un des disciples de Bramante, le premier architecte des modernes, n’a point réussi dans son ouvrage sur Vitruve, parce qu'il n’était que médiocrement pourvu de ces deux qualités ; et Baldus dit qu'il n’est estimable que parce qu’il était laborieux.

Les versions de ces auteurs ne sont point lues par les architectes, à cause de leur obscurité, que l’on ne doit pas tant imputer au langage, qui est fort différent de celui qui est présentement eu usage, qu'à l'impossibilité qu'il y a de faire entendre ce que l’on ne comprend pas bien soi même.

Quoique pour les mêmes raisons on ait sujet de croire que cette nouvelle traduction ne produira un guère meilleur effet, et que le peu d’éclaircissement qu’elle peut avoir ajouté à celui que tant de grands personnages se sont déjà inutilement efforcés de donner à cet auteur soit peu considérable, en comparaison du grand nombre de difficultés qui restent à surmonter, on ne désespère pas néanmoins qu'il ne puisse être de quelque utilité, même à ceux qui savent la langue latine, et que plusieurs personnes qui pouvaient entendre tout ce qui est ici expliqué , s'ils s’y étaient appliqués comme on a fait, ne soient bien aises de n’être point obligés de s’en donner la peine.

A l'égard de ceux qui n’ont pas l'intelligence du latin, et des termes grecs dont cet ouvrage est rempli, et qui sont proprement les personnes pour lesquelles cette traduction est faite, ils trouveront dans la lecture de ce livre une facilité qui n’est point dans les autres traductions, où la plupart des interprètes ne se sont pas donné la peine d’expliquer les phrases ni les mots difficiles, mais les ont travestis etseulement, comme l'on dit, écorchés, expliquant, par exemple, angulos jugumentare, jugumentare li anguli; trabes everganeæ, le trabi everganei; scapi cardinales, scapi cardinali. D'autres ont mis dans le texte même l'interprétation ensuite des mots ; ce qui est incommode, parce que l’on ne sait si ces sortes d’interprétations sont du texte, comme en effet il y en a quelquefois qui en sont, ou si c’est Le traducteur qui les a ajoutées; comme

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quand on trouve ces mots, doron Græci appellant palmum, traduits en cette mauière : ce que les Grecs disent doron, c'est proprement ce que nous appelons un dour. Car on a sujet de douter si c’est Vitruve qui dit que ce que les Grecs appellent doron est dit dour par les Latins, ou si c'est le traducteur qui ajoute que doron est ainsi appelé en français. C’est pourquoi on a mis ces sortes d'explications à la marge (1), dans laquelle on trouve aussi les mots grecs et latins qui ont pu être rendus par d’autres mots français dans le texte.

Mais on a été contraint de laisser quelquefois les mots latins et les grecs dans le texte, lorsqu'ils n’auraient pu être rendus en français que par de longues circonloeutions, qui sont importunes quand on a besoin d’un seul mot : par exemple on a laissé, abies, au lieu de mettre une espèce de sapin qui a les pointes de ses pommes tournées vers le ciel; odeum, au lieu d'un petit théâtre qui était fait pour entendre les musiciens lorsqu'ils disputaïent un prix ; pnigeus, au lieu de cette partie de la machine hydraulique qui élait fuite comme une hotte de cheminée. On a encore été obligé de laisser des mots dans le texte sans les traduire, lorsqu'il s’agit d’étymologie ; par exemple, quand Vitruve dit que le mot columna vient de columen ; on n'aurait pas pu dire que colonne est un mot qui vient de poinçon, qui est le mot francais qui signifie co/umen.

Les mots du texte qui ont rapport avec ceux de lamarge, soit qu'ils soient grecs, soit qu’ils soient latins ou français , sont d’un caractere italique , comme aussi tous les mots du texte que l’on a été obligé de laisser en grec ou en latin, ou qui ontrapportavee ceux de lamarge, soit qu’ils soient grecs ou latins ou français ; afin d’avertir et de faire entendre ou qu'ils ne sont pas français ou qu'ils ont rapport ensemble, et qu'ilss’expliquent les uns les autres ; par exemple, quand il y a : L’ordonnance qui est appelée {aæis par les Grecs; la disposition qui est ce qu’ils nomment diathesis ; l'eurythmie ou proportion; la bienséance; et la distribution, qui en grec est appelée œconomia, ete.

Les mots grecs taxis, diathesis et œæconomia, qui ont dû être laissés en grec dans le texte, ont été écrits en italique pour faire connaître qu'ils ne sont pas français ; eurylhmie, proportion et bienséance sont aussi en italique, parce qu'ils ont rapport aux mots qui sont à la marge, savoir, à proportion, qui est l'explication d'eurythmie, à symmetria et à decor, dont proportion

(r) Dans cette édition, l’on n’a mis au bas des pages que les notes gécessaires; les autres sont renvoyces à la fin de l'ouvrage.

et bienséance sont l'explication. Mais si quelques mots écrits en italique, comme fais et diathesis, n’ont point d'explication à la marge, c’est parce que l’explication en est dans le texte.

Il faut encore remarquer que les mots grecs ou latins qui sont expliqués dans le texte sont mis avec leur terminaison naturelle, parce qu’il n'aurait pas été à propos de dire : l'ordonnance que les Grecs appellent faxe , la disposition qui est ce qu'ils appellent diathèse : mais quand on a dû laisser le mot grec ou latin dans le texte, seulement par la raison que notre langue n’en a point d'autre, on a mis l’explication à la marge, et on lui a donné une terminaison francaise, à l’imitation de ce que l'usage a déjà établi en plusieurs autres mots grecs, comme en physique , rhétorique, physionomie. Mais on a estimé qu'on n’en devait user ainsi qu'aux mots à qui l’usage commun a fait cette grâce, tels que sont par exemple, s{ybolata, echinus, astragalus, torus, tympanum, acroterium, denticulus , mutulus, ete., que les architectes expriment ordinairement par s{ylobate, echine, astragale, thore, tympan, acrotére, denticule, mutule, ete. Les autres, qui n’ont point encore ce privilége, ont été laissés avec les terminaisons grecque et latine, comme gnomon, amussium, manucla, pnigeus, camillum, replum, cuceula, etc., et Von a cru que cela embarrasserait moins le discours que si l’on avait mis gnome, camille, buccule, parce que la terminaison étrangère faisant connaître d’abord que les mots ne sont point français , l’esprit ne se met point |! inutilement en peine de les entendre; comme il arrive quand une terminaison familière, faisant M soupconner qu’ils sont francais, augmente le 4 chagrin que l’on a de ne les pas entendre. Mais, sans chercher de meilleure raison pour autoriser ! l'usage, qui s’en passe bien, je m’en suis tenu à ce qu'il en a établi, sans me vouloir hasarder k d'introduire aucune nouveauté; et j'ai suivi | l'exemple de tous ceux qui jusqu’à présent n’ont point écrit Cyre pour Cyrus, ni Tane pour Tanais, ni Lesbe pour Lesbos, ni larynge pour larynx, ni Phyllirée pour Phyllirea, quoi-k qu'on dise Dédale au lieu de Dædalus, Êbre au lieu d'Ebrus, Érymanthe au lieu d'Erymanthus, œsophage au lieu d'œsophaqus, chicorée\ au lieu de cichoreeæ.

Or, ces mots étrangers, tant ceux qui ont été laissés avec leur terminaison naturelle que ceux à qui l’on en a donné une francaise, sont expli- À qués à la marge par une circonlocution, ou4 même par un seul mot, lorsqu'il s'en est trouvé ÿ de propres pour cela; par exemple, l'on a rendu » triglyphe par gravé par trois endroits; style»

bale, par porte-colonne ; eurythmie, par proportion ; decor, par bienséance.

Pour ce qui regarde l'orthographe des mots grees, comme l'on n’a point voulu les écrire avec les caractères qui leur sont particuliers, on a suivi l’exemple des Latins et celui même des Grecs, lorsqu'ils ont inséré dans leur discours des mots d’une langue étrangère; car de même qu'ils se sont servis de ceux de leurs caractères qui expriment le son et la prononciation des mots qu'ils ont empruntés, et que les Grecs ont écrits, parexemple le Quintius des Latins Koïvros, parce qu'ils n’ont point de g; et que les Latins ont

écrit l'efdwhov et l’etpwvetx des Grecs, idolon et

ironia, parce qu'ils n’ont point d’ei ; ainsi, quand il a fallu écrire, par exemple, téetov avec des caractères francais, on a écrit felion , parce qu'il n’y a point de diphthongue ei en français, et que lé y a le même son que lei grec. Tout de même quand on a mis avriBuotc, RUPIPEUG, Évtacts, On a écrit antibacis, amphireucis , entacis, et non pas antibasis, amphireusis et entasis, parce que Ps en français entre deux voyelles ne sonne que

comme un %, et que le € y sonne comme le ©

des Grecs. J’en ai usé de la même manière dans les mots extraordinaires, et dont l’usage n’a pas encore réglé l'orthographe; dans les autres, j’ai été obligé de suivre la bizarrerie de l'usage, qui donne, par exemple, au y tantôt la prononciation du ch, tantôt celle du qu; faisant écrire orchestre par un ch, de même qu’arehitrave , quoique la prononciation de ces deux mots soit fort différente, et que celle d'orchestre demandât qu'on écrivit orquestre.

Outre toutes ces précautions que l’on a cherchées contre l’obscurité du texte, on a encore mis des notes à la fin de chaque page (1), dans lesquelles on trouve l’explication qui a été jugée nécessaire pour l'intelligence du texte, que la signification littérale des mots qui sont à la marge ae donnait pas suffisamment.

On a été religieux à ne rien changer au texte, non pas même en des choses qui en rendent la lecture peu agréable, et qui ne sont d'aucune utilité pour l'intelligence des matières qui y sont traitées , telle qu'est, par exemple, l'affectation importune que l’auteur a d'apporter les mots grecs dont il avertit que les mots latins qu'il a mis ont la signification; comme quand il dit architectura constat ex ordinatione que græce taxis dicitur. On en a ainsi usé, parce que si l’on avait voulu retrancher du texte tout ce qui n’est point nécessaire, on aurait été obligé d’ôter beaucoup d’autres choses; et peut-être qu'on se

(1) La plupart des notes dont parle Perrault ont été rejetées à la fn de l'ouvrage, dans cette édition.

serait trompé dans le choix que l’on aurait fait de ce qu'il y a à retrancher.

Je ne fais point d’excuse de la liberté que j'ai prise de changer les phrases, parce que je croirais avoir beaucoup failli si j'en avais usé autrement, puisque les manières de parler du latin sont encore plus différentes de celles du français que les mots ne le sont; et j'ai fait consister toute la fidélité que je dois à mon auteur, non pas à mesurer exactement mes pas sur les siens, mais à le suivre soigneusement où il va. J’en ai toujours usé de cette sorte, si ce n’est quand l'obscurité de la chose m'a obligé de rendre mot pour mot; car alors je l’ai fait afin que s’il se rencontre quelque esprit éclairé dans ces matières à quiilne manque que l’intelligence de la langue latine, il puisse découvrir le sens ou le suppléer, en changeant quelque chose.

Il est vrai que ces changements sont trèsdangereux, et qu’il est à craindre que l’on n’augmente le mal en voulant y remédier, ainsi qu’il y a apparence que les copistes ont souvent fait lorsqu'ils ont corrompu le texte en pensant corriger des endroits qu'ils croyaient corrompus, parce qu'ils ne les entendaient pas. Il y a un exemple de cela à la fin du huitième chapitre du deuxième livre, où le copiste qui a écrit un manuscrit dont je me suis servi, ayant lu, dans l’original qu’il copiait, ex veteribus tequlis tecti strucli, a cru qu'il y avait un solécisme, s’imaginant que £ecli était au pluriel, et qu'il fallait mettre ex veteribus legulis tecta structa, c’està-dire des toits fails avec de vieilles tuiles ; car, au lieu de corriger une faute, il a effectivement gâté le sens du discours, qui demande qu'il y ait ex veleribus tequlis tecli, structi parietes, ainsi qu'il. y a dans les livres imprimés, qui ont en cela suivi un bon manuserit. J’ai cru néanmoins que cela ne devait pas m'empêcher de proposer mes conjectures sur les endroits de Vitruve qui sont manifestement corrompus : Car si les remèdes sont quelquefois dangereux quand on en fait user à ceux qui se portent bien, il est certain que, quelque douteux qu'ils puissent être, ils ne sauraient nuire quand on ne fait que les proposer. C'est pourquoi je ne mets jamais dans la traduction les corrections que les conjectures m'ont fait faire, sans en avertir dans les notes ; et ainsi je ne contrains point le lecteur de suivre mon opinion, mais je tâche à la lui

| persuader.

:Ilse trouve dans les notes un grand nombre de ces corrections, dont il y a quelques-unes qui sont assez importantes ; tous les autres interprètes ensemble n’en avaient point tant. Ii serait à souhaiter qu’il y en eût encore davantage; car,

bien loin d'approuver la modestie de ceux qui n’ont osé toucher au texte de Vitruve, par le respeet qu'ils ont eu pour les copistes au préjudice de la vérité, la grande vénération que j'ai pour l’auteur même m'a porté à déclarer messentiments sur ses pensées ; en quoi je n'ai pas cru faire tort à l'opinion que l’on doit avoir de la suffisance d’un si grand personnage, puisque, sans rien décider, je propose seulement les doutes que j'ai qu'il ne se soit trompé en quelque chose; car je ne crois pas que quand on entreprend d'expliquer un auteur, on s'engage à faire son panégyrique ni à soutenir tout ce qu'il a écrit.

Bien que les notes soient principalement pour rendre raison de la traduction et des corrections nouvelles du texte, comme aussi de celles qui ont été prises dans les autres interprètes, on n'a pas laissé de faire des remarques en passant, pour servir d'explication aux termes obseurs et aux choses même où il se rencontre un grand nombre de difficultés.

Quelques-uns pourront trouver que ces notes sont en trop petit nombre, et qu’elles ne sont pas les plus nécessaires et les plus importantes. À la vérité, il aurait été facile de les faire plus amples en traduisant tout ce que Cisaranus, Philander, Barbaro, Baldus, Budée, Turnèbe, Lipse, Saumaise et plusieurs autres auteurs célèbres ontrecherché et rapporté fort au long dans leurs commentaires, et même d’y ajouter beaucoup d’autres choses, parce que le sujet, de la manière que Vitruve le traite, est si vaste qu'il est facile d'y trouver place pour tout ce que l’on sait, quand on n’a pas d’autre dessein que de faire connaître que lon sait beaucoup de choses. Mais on a considéré qu'il y a longtemps que l'usage a retranché les grands commentaires, et qu’ils ne sont soufferts que par les doctes qui sont accoutumés à lire dans les anciens ces amas de recherches curieuses, qui sont fort à propos, mais le plus souvent peu nécessaires ou peu utiles à l’éclaireissement de la pensée de l'auteur.

On a encore considéré que la plus grande partie des matières que Vitruve traite, et sur lesquelles on peut faire des recherches curieuses, n’appartiennent point à l'architecture d'aujourd'hui, comme sont toutes les choses qu'il rapporte de la musique des anciens pour les vases d’airain qui servaient à l'écho des théâtres, des machines pour la guerre, des appartements des maisons des Grecs et des Romains, de leurs palestres et de leurs bains; ou si elles sont renfermées sous un genre de science qui puisse servir à notre architecture aussi bieu qu’à celle des anciens, la connaissance et l’exacte discussion des particularités qu’il rapporte n’est d'aucune utilité; telle qu'est

VITRUVE

‘ qu'il soit capable de toutes ces belles connaissan-

la longue histoire, les stratagômesde la reine Are témise et l’histoire de la fontaine de Salmacis, pour montrer que les grands palais n'étaient autrefois bâtis que de briques; l’'énumération des propriétés de toutes les eaux du monde, pour faire entendre quelle doit être la structure des aqueducs et des tuyaux des fontaines ; les raisons du cours des planètes et la description de toutes les étoiles fixes, pour servir à faire des cadrans au soleil. Car ce grand amas de diverses choses, dont Vitruve a voulu orner son livre, a plus d’ostentation et d'éclat pour amuser que de lumière pour conduire l'esprit d’un architecte, supposé même

ces; et elles éblouissent ceux qui n’en sont pas capables, et font qu'ils se défient de pouvoir comprendre les choses utiles et essentielles qu’ils pouvaient entendre, parce qu’ils les trouvent mêlées parmi cent autres où ils ne connaissent rien.

L'importance des remarques qui peuvent être faites sur Vitruve et mises dans des notes semble consister en deux choses; car elles appartiennent à l'explication des endroits célèbres etremarquables seulement par leur obseurité et par la peine que les savants se sont donnée pour les expliquer, tels que sont les piédestaux des colonnes appelés scamilli impares, la musique des anciens, les clepsydres, la machine hydraulique, la catapuite et les béliers; les autres regardent d’autres choses obseures aussi et difficiles, mais qui contiennent des préceptes nécessaires et utiles pour l'architecture, comme sont le changement des proportions suivant les différents aspects, le renflement des colonnes, la disposition des points ou centres qui se prennent dans l’œil de la volute ionique pour la tracer, la manière de bâtir au fond de la mer pour les jetées et pour les môles des ports, et quelques autres remarques de cette espèce. Oron les a toutes traitées le plus succinetement et le plus clairement qu’il a été possible.

Que si l’on s’est arrêté en passant à quelques autres choses moins célèbres, comme de savoir ce que c’est que albarium opus, le sil, ete., ou peu nécessaires à savoir, quoiqu'elles appartien-

nent à toute sorte d'architecture , telle qu’est la raison de l’endurcissement de la chaux dans la composition du mortier, de la chaleur des! eaux minérales etde quelques autres choses semblables , ce n’est pas qu'elles aient été choisies

par aucune raison particulière, entre cent au tres de pareille nature ; mais le peu de temps que

l’on a eu pour achever cet ouvrage n’a pas per-\ mis d’en faire davantage, ainsi que l’on s'était 4

proposé.

Pour ce qui est des auteurs allégués dans les notes, on s’est contenté de les nommer, sans «

Re

pris les témoignages que l’on leur fait rendre, parce que l’on n’a pas tant affecté l'apparence d'érudition que la netteté et l’éclaircissement des choses que l’on a expliquées : car le discours aurait paru plus confus et plus embarrassé s’il eût été interrompu par des citations et par des renvois importuns.

Il reste un avertissement que j'ai réservé pour le dernier, parce que ceux qui liront ce livre y ont peu d'intérêt, et qu’il ne regarde que le dessein de ceux qui m'ont fait entreprendre cet ouvrage. C’est qu'on ne prétend point lui avoir donné toute la perfection dont il est capable, parce que cette traduction n’est pas tant faite pour les doctes curieux , que pour les architectes francais, que l’on n’a pas voulu faire attendre aussi longtemps qu'il aurait été nécessaire pour chercher les diverses leçons dans les manuscrits de toutes les bibliothèques du monde, pour amas-

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