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CHAPITRE Il

En quoi consiste l'architecture.

L'architecture consiste en cinq choses, savoir: | l'ordonnance, appelée faxis par les Grecs; lat disposition, qui est ce qu’ils nomment diathésis ;

et Scopinas ab Syracusis, qui multas res organicas el gno-! monicas numero naturalibusque rationibus inventas atquel explicatas posteris reliquerunt. Cum ergo talia ingenia a! naturali solertia non passim cunctis gentibus sed paucis® viris habere concedatur ; officium vero architecti omnibus eruditionibus debeat esse exercitatum, et ratio propterg amplitudinem rei permittat non juxta necessitatem sum-# mas, sed etiam mediocres’scientias habere disciplinarum;l peto, Cæsar, et a teet ab his, qui mea volumina sunt lec-b turi, ut si quid parum ad artis grammaticæ regulam fuerit explicatum , ignoscatur. Namque non ati summus philosophus, nec rhetor disertus, nec grammaiicus summis rationibus artis exercitatus, sed ut architectus his litteris imbutus hæc nisus sum scribere. De artis vero potestate, quæque insunt in ea ratiocinationes, polliceor, uti spero, | his voluminibus non modo ædificantibus sed etiam omni: bus sapientibus cum maxima auctoritale me sine dubio præstaturum.

Ex quibus rebus architectura constet. |

Architectura autem constat ex ordinatione, quæ græce# rätie dicitur, et-ex dispositione : hanc autem Græci à@be: d

Veurhylhmie ou proportion; la bienséance et la distribution, qui en grec est appelée æ@con0mia. L'ordonnance est ce qui donne à toutes les parties d’un bâtiment leur juste grandeur, par rapport à leur usage, soit qu'on lesconsidère séparément, soit qu'on ait égard à la proportion ou symétrie de tout l'ouvrage. Cette ordonnance dépend de la quantité appelée en grec pocote. Or, Ja quantité dépend du module qui a été pris pour régler l'œuvre entière, et chacune de ses parties séparément. La disposition est l’arrangement convenable de toutes les parties, en sorte qu’eiles soient placées selon la qualité de chacune. Les représentations, ou, pour parler comme les Grecs, les idées de la disposition, se font de trois manieres, savoir : par l'ichnographie, par l'orthographie, et par la scénographie.

L'ichnographie consiste à tracer avec la règle et le compas, dans un espace médiocre, le plan d'un édifice, comme si c'était sur le terrain. L’orthographie représente aussi dans un petit espace l'élévation d’une des faces, avec les mêmes proportions que doit avoir l’ouvrage qu'on veut bâtir. La scénographie fait voir non-seulement Félévation d’une des faces, mais aussi le retour des côtés par le concours de toutes les lignes qui aboutissent à un centre. Ces choses se font par le moyen de la méditation et de l'invention. La méditation est l'effort que fait l'esprit, invité par le plaisir qu'il a de réussir dans la recherche de quelque chose. L'invention est l’effet de cet effort d'esprit, qui donne une explication nouvelle aux choses les plus obscures. Par le moyen de ces trois manières, on fait une représentation parfaite et achevée de la disposition d’un bâtiment. L’'eurhythmie est cette beauté agréable aux yeux, qui résulte de l’assemblage de toutes les parties

auv vocant : et eurhythmia et symmetria et decore et distributione, quæ græce oixovouiæ dicilur. Ordinatio est modica membrorum operis commoditas separalim, univérsæque proportionis ad symmetriam comparatio. Hæc componitur ex quantitale, quæ græce rocérns dicitur. Quantitas autem est modulorum ex ipsius operis sumptione esingulisque membrorum partibus universi operis conveniens effectus. Dispositio autem est rerum apta collocatio, elegansque in compositionibus effectus operis cnm qualitate. Species dispositionis, quæ græce dicuntur iôéx, hæ sunt : ichnographia, orthographia, scenographia Ichnographia est circini regulæque modice continens usus, ex qua capiuntur formarum in solis arearum descriptiones. Orthographia autem est erecta fronlis imago modiceque picta rationibus operis futuri figura. Ilem scenographia est frontis et laterum abscedentium adumbratio, ad circinique centrum omnium linearum responsus. Hæc nascuntur ex cogitatione et inventione. Cogitatio est cura studiüi plepa et industriæ vigilantiæque, effectus propositi cum voluptate. Inventio autem est quæstionum obscurarumexplicalio, ratioque novæ rei vigore mobili reperta. Hæ sunt lerminationes dispositionis. Eurhythmia est venusta

de l'œuvre, lorsque la hauteur répond à la largeur , et la largeur à la longueur, le tout ayant sa juste mesure. La proportion aussi est le rapportdel’œuvretoutentièreavecses parties,et celui qu’elles ont séparément à l’idée du teut, suivant la mesure d’une certaine partie. Car, de même que dans le corps humain il y a un rapport, une convenance entre le coude, le pied, la paume de la main, le doigt etles autres parties , ainsi, dans les ouvrages qui ont atteint leur perfection, un membre en particulier fait juger de la grandeur de l'œuvre. Par exemple , le diamètre d'une colonne ou le module d'un triglyphe fait juger de la grandeur d’untemple. Dans une baliste, le trou que les Grecs appellent péritréton fait connaître combien elle est grande; de même que l’espace compris entre une rame et un autre espace, qui se nomme dipéchaicé , fait voir quelle est la grandeur d'une galère. Il en est ainsi de tous les autresouvrages. La bienséance est une qualité qui résulte de la parfaite correction de l'édifice, où il n'y a rien qui ne soit approuvé et fondé sur quelque autorité. Pour y atteindre, il faut avoir égard à l'état des choses , qui est appelé en grec théematismos, à l'usage, et à la nature des lieux. Par exemple, si l’on a égard à l’état des choses, on ne fera point de toit au temple de Jupiter Foudrovant, ni à celui du Ciel, non plus qu’à celui du Soleil ou de la Lune; ils seront découverts, parce que ces divinités se font connaitre en plein jour et dans toute l’étendue de l'univers. Par la même raison, les temples de Minerve, de Mars et d'Hercule seront d’ordre dorique, parce que le

caractère de ces divinités a une gravité qui répugne à la délicatesse des autres ordres; au lieu que les temples de Vénus, de Flore, de Proserpineet des Nymphes des Fontaines doivent être

species commodusque in compositionibus membrorum aspectus. Hæc eflicitur, cum membra operis convenientia sunt, altitudinis ad latitudinem, latitudinis ad longitudinem etad summam omniarespondent suæ symmetriæ. Item symmetria est ex ipsius operis membris conveniens consensus ex partibusque separatis ad universæ figuræ speciem ratæ parlis responsus : ut in hominis corpore e cubito, pede, palmo, digito ceterisque partibus symmetros est eurhythmiæ qualitas ; sic et in operum perfectionibus. Et primum in ædibus sacris aut e columnarum crassitudinibus aut e triglypho embates; in balista autem e foramine, quod Græci repirentoy Vocitant ; in navibus interscalmio, quod àxr-

zairn dicilur ; item ceterorum operum e membris invenitur symmetriarum ratiocinatio. Decor autem est emendatus operis aspectus probatis rebus compositi cum auctoritate. Is perficitur statione, qui græce Beuariouos dicitur, seu consuetudine aut natura. Statione, cum Jovi Fulguri et Cœlo et Soli et Lunæ ædificia sub divo hypæthraque constituuntur. Horum enim deorum et species et effeclus in aperto mundo atque lucenti præsentes videmus. Minervæ et Marti et Herculi ædes doricæ fient : his enim diis propter

! virtutem sine deliciis ædificia constitui decet Veneri,

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d'ordre corinthien, d'autant que la gentillesse des fleurs, des feuillages et des volutes , dont cet ordre est embelli, paraît fort convenable à la délicatesse de ces déesses ; et de tels ornements dans ces édifices contribuent beaucoup à la bienséance. On aura pareillement soin de choisir l’ordre ionique pour les temples de Junon , de Diane, de Bacchus et des autres dieux de cette espèce, parce auelerang que tient cet ordre, entre la sévérité du dorique et la délicatesse du corinthien, représente assez bien la nature particulière de ces divinités. Pour ce qui est de la bienséance par rapport aux usages, elle consiste à donner aux vestibules, quand l’intérieur des bâtiments estenrichi d’ornements magnifiques, une élégance appropriée à cette richesse. Car si les dedans sont élégants et beaux, et que les entrées et les vestibules soient pauvres et chétifs, il n’y aura ni agrément ni bienséance. De même, si l’on met sur des architraves doriques des corniches dentelées , ou si au-dessus des architraves ioniques , soutenus de colonnes à chapiteaux oreillés, l’on taille des triglyphes, et qu’ainsi les choses qui sont propres à un ordre soient attribuées et transférées à un autre, les yeux en seront choqués, parce qu'ils sont accoutumés de voir ces choses disposées d’une autre manière. La bienséance que requiert la nature des lieux consiste à choisir, pour l’emplacement de tous les temples, les endroits où l'air est le plus salubre, et l’eau des sources la plus saine. Cette précaution est particulièrement nécessaire pour les temples qu’on bâtit au dieu Esculape , à la déesse Santé, et aux autres divinités par qui l'on croit généralement que les maladies sont guéries. Car le changement d’un air malsain en un air salubre, et l’usage de meilleures eaux, rendront plus prompte la guérison des malades; ce

Floræ, Proserpinæ, Fonti cum Nymphis Corinthio genere constitutæ aptas videbuntur habere proprietates, quod his diis propter teneritatem graciliora et florida foliisque et volutis ornata opera facta augere videbuntur justum decorem. Junoni, Dianæ, Libero patri, celerisque diis, qui eadem sunt similitudine, si ædes lonicæ construentur, habita erit ratio mediocritatis, quod et ab severo more Doricorum et a teneritate Corinthiorum lemperabitur earum institutio proprietatis. Ad consuetudinem autem decor sic exprimitur, cum ædificiis interioribus magnificis item vestibula convenientia et elegantia erunt facta : si enim interiora perfectus habuerint elegantes, aditus autem humiles et inhonestos, non erunt cum decore. Item si Doricis epistyliis in coronis denticuli sculpentur, aut in pulvinatis capitulis et (columnis) lonicis epistyliis exprimentur triglyphi, translatis ex alia ratione proprietalibus in aliud genus operis, offendetur aspectus, alius ante ordinis consuetudinibus institutis. Naturalis autem decor sic erit, si primum omnibus templis saluberrimæ regiones aquarumque fontes in his locis idonei eligentur, in quibus fana coostitnantur : deinde maxime Æsculapio, Saluti eteorum deorum, quorum plurimi medicinis ægri curari videntur.

qui augmentera beaucoup la dévotion du peuple, qui attribuera à ces divinités des guérisons dues à la nature salutaire du lieu. [1 y a encore une autre bienséance que demande la nature du lieu, qui est de prendre garde que les chambres où l’on doit coucher et les bibliothèques soient tournées au levant; que les bains et les appartements d'hiver soient au couchant d’hiver (1), et que les cabinets de tableaux, et d’autres curiosités qui | veulent un jour toujours égal, le reçoivent du septentrion ; d'autant que ce côté du ciel, n’étant point tour à tour éclairé par le seleil ou privé de sa clarté, demeure à peu près dans le même état tout le long du jour. La distribution consiste à faire le meilleur emploi possible des matériaux et des terrains, en suivant les règles d'une économie d bien entendue. Pour cela, le premier soin del’archi-4 tecte devra être de ne pas employer les choses que l’on ne peut trouver, ou préparer qu’à grands & frais ; car il y a deslieux où l’on netrouveen quantite suffisante ni de bon sable de cave, ni de | bonnes pierres, ni de l’abiès, ni du sapin, ni du & marbre, et où il faudrait, pour avoir toutes ces choses, les faire venir de loin avec beaucoup de peine et de dépense. Il faut done, si l’on n'a pas de sable de cave, se servir de sable derivière ou de mer lavé en eau douce : à défaut d’abiès ou de sapin, on emploiera le cyprès, le peuplier, l'orme, le pin ; mais nous donnerons à cet égard et pour le reste les explications néces- | saires. Une autre partie de la distribution est d’avoir égard, dans la construction d’un bâtiment, | à l’usage auquel on le destine, à l’argent qu'on y veut employer, et à la beauté que l’on veut qu'il ait, parce que, suivant ces diverses considérations , la distribution doit être différente. Car il

(x) Voyez plus bas le livre V, ch, 10,6, 7.

Cum enim ex pestilenti in salubrem locum corpora ægra# translata fuerint, ete fontibus salubribus aquarum usus subministrabuntur, celerius convalescent. Ita efficietur, # uti ex natura loci majores, auctasque cum dignitate, di=4 vinitas excipiat opiniones. ILem naturæ decor erit, si Cubi= culis et bibliothecis ab oriente lumina capientur, balneis4 et hibernaculis ab occidente hiberno, pinacothecis et qui # bus certis luminibus opus est partibus a septentrione; quod ea cæli regio neque exclaratur neque obscuratur s0-4 lis eursu ; sed est certa et immutabilis die perpetuo. Dis= tributio autem est copiarum locique commoda dispensatio, { parcaque in operibus sumptus cum ralione temperatio: Hxc ita observabitur, si primum architectus ea non quæ= ret, quæ non poterunt inveniri aut parari nisi Magno, Namque non omnibus locis arenæ fossitiæ , nec cæmento- j rum , nec abietis, nec sappinorum, nec marmoris Copia# est, sed aliud alio loco nascitur, quorum comporlationes

difficiles sunt et sumpluosæ. Utendum autem est, ubi non« est arena fossitia, fluviatica aut marina lota. Inopiæ quo-

que abietis aut sappinorum vitabuntur utendo cupresso, k populo, ulmo, pinu : reliqua quoque his similiter erunt + explicanda. Alter gradus erit distributionis , cum ad usum €

faut distribuer une maison de ville autrement qu'une maison de campagne, laquelle doit être appropriée aux usages rustiques d’une telle propriété. La maison qu’on bâtit pour les bureaux de gens d'affaires doit être autrement disposée que celle qu’on fait pour des gensheureux et délicats, ou pour de grands personnages dont les fonctions sont de gouverner l'État. 11 faut enfin ordonner diversement les édifices, selon les différentes conditions de ceux pour lesquels on bâtit.

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