‹ Celse, Vitruve, Censorin (œuvres complètes), FrontinChapitre 95 sur 265 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De ce qu’il faut observer en coupant le bois pour bâtir, et des qualités particulières de quelques arbres.

Le temps qui convient pour couper le bois propre à la construction est depuis le commencement de l'automne jusqu’au printemps, avant que le vent Favonius ne commence à souffler. En effet, au printemps, la tige de tous les arbres est comme enceinte de toutes les feuilles et de tous les fruits qui poussent chaque année; et les arbresemploient à cette nutrition toute la vertu de leur subsistance. Alors l'humidité dont la saison les emplit nécessairement les rend, en les raréfiant, beaucoup plus faibles, de même que les femmes, qui pendant leur grossesse ne sont pas réputées être en une entière et parfaite santé; ce qui fait qu'on ne garantit point celles des esclaves que l’on vend grosses. La raison en est que ce qui a été conçu, venant à croître, attire à soi une bonne partie de la meilleure nourriture; en sorte que plus le fruit se fortifie en mürissant, et plus il diminue la force et la fermeté de ce qui l’a produit. Mais, après l’accouchement, toute cette nourriture qui servait à l'accroissement de ce nouvel être, n'étant plus nécessairement employée à la production d’une chose étrangère, se retire dans les veines qui étaient épuisées , et le corps de la mèrese fortifie et revient à son premier état. Ainsi lorsqu’en automne les fruits sont mürs et que les feuilles commencent à se flétrir , les arbres retiennent en eux tout le suc queleurs racines tirent dela terre ; ils reprennent leur ancienne force, et le froid de l'hiver venant ensuite, il les resserre et les affer-

De materia.

Materies cædenda est a primo autumno ad id tempus, quod erit ante quam flare incipiat Favonius. Vere enim ornnes arbores fiunt prægnantes, et omnes suæ proprietatis virtutem efferunt in frondes anniversariosque fructus. Cum erso inanes et humidæ temporum necessitate cœæsæ fuerint, vanæ fiunt et raritatibus imbecillæ : uti etiam corpora muliebria cum conceperint, a fætu ad partum non judicantur integra; neque in venalibus ea, cum sunt prægnantia, præstantur sana, ideo quod in corpore præseminatio crescens ex omnibus cibi potestatibus detrahit alimenta in se, et quo firmior eflicitur ad maturitatem partus ; eo minus patitur esse solidum id, ex quo ipsum procreatur. Itaque edito fœtu, quod prius in aliud genus incrementi detrahebatur, cum ab disparatione procreationis est liberatum, inanibus et patentibus venis in se recipit et lambendo succum etiam solidescit, et redit in pristinam naturæ firmitatem. Eadem ratione autumnali tempore maturitate fructuum flaccescente fronde, ex Lerra recipientes radices arborum in se succum recuperantur et restituunlur in antiquam soliditatem. At vero aëris hiberni vis comprimit et consolidat eas per id (ut supra scriplum est) fempus. Ergo si ea ratione et eo tempore, quod supra

mit. C’est pourquoi c’est là le temps le plus propre pour couper les arbres, ainsi qu’il a été dit. La manière de les couper consiste à les cerner par le pied jusqu'à la moitié du cœur, et à les laisser dans cet état quelque temps, afin que l'humidité inutile en sorte, et que, coulant par cette entaille au travers de l’aubour, elle ne vienne point à se corrompre dans le bois et à le gâter. Quand l'arbre sera bien sec et qu’il n’en sortira plus d'humidité, il faudra l’abattre, et il sera fort bon alors à être mis en œuvre. Il est aisé de juger combien cette méthode est utile, par ce qui se pratique pour les arbrisseaux que l'on veut faire durer longtemps : on leur ôte ce qu'ils ont d'humidité superflue et vicieuse, en les perçant par le bas à certaines époques; et on les voit demeurer faibles et languissants quand on n’attire pas au dehors cette humidité, qui s'amasse et se pourrit au dedans. Les arbres qu’on fera ainsi sécher sur pied, avant qu'ils soient morts ou épuisés par la vieillesse, deviendront, par ce moyen, excellents pour la construction et dureront fort longtemps. Les arbres dont on se sert pour les édifices, comme le chêne, l’'orme, le peuplier, le cyprès et le sapin, n’y sont pas aussi propres les uns que les autres ; et l’on ne peut pas faire du chêne ce que l’on fait du sapin, ni du eyprès ce que l’on fait de l'orme, chacun ayant des propriétés différentes, à cause des principes dont ils sont composés, principes qui ne produisent pas les mêmes effets. Ainsi le sapin , qui contient beaucoup d'air et de feu, et peu d’eau et de terre, selon la quantité des choses qui le composent, a aussi fort peu de pesanteur ; et sa nature est d’être ferme et tendu à

scriptum est, cæditur materies, erit tempestiva. Cædi au. tem ita oportet, ut incidatur arboris crassitudo ad mediam medullam, et relinquatur, uti per eam exsiccescat slillando succus. Ita qui inest in his inutilis liquor effluens per torulum, non patietur emori in eo saniem, nec corrumpi materiæ qualitatem. Tunc autem cum sicca et sine stillis erit arbor, dejiciatur, et ita erit optima in usu. Hoc autem ita esse, licet animadvertere etiam de arbustis : ea enim cum suo quæque tempore ad imum perforata castrantur, profundunt e medullis quem habent in se superantem et vitiosum per foramina liquorem, et ita siccescendo recipiunt in se diuturnitatem. Qui autem non habent ex arboribus exitus humores, intra concrescentes putrescunt, et efficiunt inanes eas et vitiosas. Ergo si stantes et vivæ siccescendo consenescunt, sine dubio cum eædem ad materiam dejiciuntur, cum ea ratione curatæ fuerint, habere poterunt magnas in ædificiis ad vetustatem utilitates. Eæ autem inter se discrepantes et dissimiles habent virtutes, ut robur, ulmus, populus, cupressus, abies et ceteræ quæ maxime in ædificiis sunt idoneæ. Namque non polest id robur, quod abies, nec cupressus, quod ulmus, nec ceteræ easdem habent inter se natura rerum similitates ; sed singula genera principiorum proprietatibus comparata alios alii generis præstant in operibus effectus. Et primum abiés aëris habens plurimum et ignis minimum-

de ne pas plier sous le faix , et de tenir les planchers fort droits; mais sa trop grande chaleur fait qu'il est sujet à engendrer des vers qui le gâtent et à prendre feu aisément, à raison de sa nature aérée, qui le rend très-inflammable. Le sapin, avant que d’être coupé, est, dans sa partie inférieure, uni et sans nœuds, à cause de l’humidité que ses racines puisent dans la terre; mais la partie d’en haut, qui jette beaucoup de branches à raison de la chaleur dont elle abonde, est fort noueuse; et lorsqu'elle est coupée de la longueur de vingt pieds et équarrie, elle est appelée fusterna, à cause de la dureté de sesnœuds. Pour ce qui est de la partie inférieure de l'arbre, si elle est assez grosse pour que les fibres différentes fassent quatre séparations, on la décharge de son aubour, et ce qui reste est fort bon pour la menuiserie ; cette partie du sapin est appelée sapinea. Au contraire, le grand chéne, dont les principes sont tout à fait terrestres, et quia peu d’eau, d'air et de feu, dure éternellement dans la terre, parce qu’en raison de sa solidité il ne reçcoit point dans ses pores l'humidité, qu'il fuit tellement et dont il est si peu rempli, qu'il se tourmente, se gerce et se fend, lorsqu'on le met en œuvre hors de terre. Mais le petit chêne, qui est composé d'éléments tempérés, est de fort bon usage dans les édifices : toutefois, il ne résiste pas à l'humidité ; il la recoit aisément par ses pores, et elle fait sortir ce qu’il a d’air et de feu; aussi se corrompt-il en peu detemps. Le cerrus, le liége et le hêtre, qui ont beaucoup d'air avec peu de principes humides, terrestres etignés, sont d’une substance si peu solide, qu'ils se gâtent

que humoris et terreni, levioribus rerum natura potestatibus comparata non est ponderosa. Itaque rigore naturali <ontenta non cilo flectitur ab onere, sed directa permanet in contignatione; sed ea quod habet in se plus caloris, procreat et alit tarmitem, ab eoque vitiatur: etiamque ideo celeriter accenditur, quod quæ inest in eo corpore raritas aëris patens accipit ignem , etita vehementem ex se mittit flammam. Ex ea autem , antequam est excisa, quæ pars est proxima terræ, per radices recipiens ex proximitate humorem enodis et liquida efficitur, quæ vero est superior, vehemenlia caloris eductis in aëra per nodos ramis, præcisa alte circiter pedes XX et perdolata propter nodationis duritiem dicitur esse fusterna. Jma autem cum excisa quadrifluviis disparatur, ejecto torulo ex eadem arbore, ad intestina opera comparatur et sappinea vocatur. Contra vero quercus ferrenis principiorum satietatibus abundans parumque habens humoris et aëris et ignis, cum in lerrenis operibus obruitur, infinitam habet æternitatem, ex eo quod cum tangitur humore, non habens foraminum raritates propter spissitatem non potest in corpus recipere liquorem, sed fugiens ab humore resistit et torquetur, et efficit in quibus est operibus ea rimosa. Esculus vero, quod est omnibus principiis temperata, habet in ædificiis magnas utililates; sed ea cum in humore collocatur, recipiens penitus per foramina liquorem, ejecto acre et igni, operatione bumidæ potestatis vitiatur. Cer-

VITRUVE

pour peu qu'ils recoivent d'humidité. Le peuplier, tant le blanc que le noir, le saule, le tilleul et l’agnus castus, semblent être fort bons pour les constructions où la légèreté est requise, à cause de l’abondance du feu et de l’air, de la médiocre quantité d’eau et du peu de terre qui entre dans leur composition; ainsi leur bois, n'étant point dur parce qu’il contient peu d'éléments terrestres, et ayant beaucoup de blancheur à cause qu'il est poreux, est propre pour la seulpture. L’aune, qui croît au bord des rivières et dont le bois n’est pas fort estimé, possède pourtant de précieuses qualités : comme l’air et le feu sont les principaux éléments de sa composition, qu'il a peu de principes terrestres, etencore moins d’humides, il est admirable pour soutenir les fondements que l’eù construit dans les marécages. Les pilotis serrés que l'on fait avec ces arbres ont cet avantage, qu'ils peuvent boire beaucoup d'humidité sans qu’elle leurnuise, parce qu’ils en ont peu naturellement: c’est ainsique, sans se gâter, ils soutiennent la charge des bâtiments les plus massifs; et ce bois, qui se corrompt le plus tôt sur la terre, est celui qui dure le plus longtemps dans l’eau. Cela se voit à Ravenne, qui est une ville dont toutes les maisons , tant publiques que particulières, sont fondées sur ces pilotis. L'orme et le frêne, qui ont beaucoup d'humidité, peu d’air et de feu, et médiocrement de terre, ont cette propriété qu'ils ne s’éclatent pas aisément quand on les emploie, et qu'ils n’ont point de roideur qui les empêche de plier, à moins qu'ils ne soient tout à fait desséchés par le temps, ou par cette manière d'ôter aux arbresleur humidité;

rus , quercus , fagus, quod pariter habent mixtionem hu. moris et ignis et terreni, aëris plurimum, pervia raritate humores penitus recipiendo celeriter marcescunt. Populus alba et nigra, item salix ,tilia, vitex, ignis et aëris habendo satietatem, humoris temperate, parum autem terreni habentes , leviori temperatura comparatæ egregiam habere videntur in usu rigiditatem. Ergo cum non sint duræ terreni mixtione, propter raritatem sunt calidæ, et in sculpturis commodam præstant tractabilitatem. Alnus autem quæ proxima fluminum ripis procreatur, et minime materies utilis videtur, habet in se egregias rationes : etenim aëre est et igni plurimo temperala, non multum terreno, humore paulo: itaque quod minus habet in corpore bumoris, in palustribus locis infra fundas

menta ædificiorum palationibus crebre fixa, recipiens 4

in se quod minus habet in corpore liquoris, permanet immortalis ad æternitatem, et suslinet immania pondera structuræ, et sine vitiis conservat. Ita quæ non potest extra terram paulum tempus durare, ea in humore obruta

permanet ad diuturnitatem. Est autem maxime id conside- 4

rare Ravennæ, quod ibi omnia opera et publica et privata

sub fundamentis ejus generis habent palos. Ulmus vero et !

fraxinus maximos habent humores minimumque aéris et ignis, sed terreni temperata mixtione comparatæ, sunt in operibus, cum fabricantur, lentæ et ab pondere ha moris non habent rigorem sed celeriter pandan: simul

ce qui se fait en les cernant pendant qu'ils sont encore sur pied. Or, cette fermeté, qui les empéche d'éclater, fait qu’ils sont fort propres pour des assemblages par tenons et par mortaises. Le charme, dans la composition duquel il entre peu de feu et de terre, et médiocrement d'eau et d’air, ne se rompt pas aisément; mais il est très-fiexible, et, pour cette raison, il est appelé zygia par les Grecs, qui en font le joug de leurs bêtes, parce qu'ils appellent ces jougs zyga. C’est une chose assez remarquable que les bois de cyprès et. de pin, qui ont beaucoup d'eau et qui sont tempérés par le mélange des autres principes, se courbent ordinairement lorsqu'ils sont mis en œuvre, à cause de leur excessive humidité ; et cependant ils demeurent très-longtempssansse gâter, parce que cette même humidité, par son extrême amertume , empêche la vermoulure , et tue les insectes qui les rongent; c’est ce qui fait que les ouvrages dans lesquels on emploie ces bois durent à jamais. Le cèdre et le genièvre possèdent les mémes vertus et les mêmes propriétés, et contiennent de la résine, de même que le pin et le cyprès ; mais le cèdre a une huile, appelée cedrium, qui peut servir à conserver toutes sortes d'objets : ainsi les livres qui en sont frottés ne sont point sujets aux vers, ni à la moisissure. Les feuilles du cèdre sont semblables à celles du cyprès, et les fibres de son bois sont fort droites. Dans le temple d'Éphèse, la statue de Diane est en bois de cèdre, ainsi que les lambris des planchers, pour lesquels ce bois est employé dans tous les autres grands temples. Ces arbres naissent principale ment en Candie : on en trouve aussi en Afriqueet dans quelques endroits de la Syrie. Le larix, qui

autem vetustate sunt aridæ factæ aut in agro præsectæ, qui inest eis liquor stanlibus, emoritur, fiuntque duriores, et in commissuris et in coagmentationibus ab lentitudine firmas recipiunt catenationes. Item carpinus, quod est minima ignis et terreni mixtionc, aéris autem et humoris summa continetur temperatura, non est fragilis, sed habet utilissimam tractabililatem. Itaque Græci, quod ex ea materia juga jumentis comparant, quod apud eos juga &uyà vocitantur, item et eam &uyiæv appellant. Non mious est admirandum de cupressu et pinu , quod eæ habentes humoris abundantiam æquamque ceterorum mixtionem, propter humoris satietatem in operibus solent esse pandæ, sed in veluslalem sine vitiis conservantur, quod is liquor, qui inest penitus in corporibus earum, habet amarum saporem, qui propter acritudinem non patitur penetrare cariem, neque eas bestiolas, quæ sunt nocentes. Ideoque quæ ex his generibus opera constituuntur, permanent ad æternam diuturnitatem. Item cedrus et juniperus easdem habent virtutes et utilitates ; sed quemadmodum ex cupressu et pinu resina sic ex cedro oleum, quod cedrium dicitur, nascitur, quo reliquæ res unctæ, uti etiam libri, a tineis eta carie non læduntur. Arboris autem ejus sunt similes cupresseæ foliaturæ, materies vena directa. Ephesi in æde simulacrum Dianæ etiam lacunaria ex ea etibi el in ceteris nobilibus fanis propter

ne se voit guère que sur les bords du Pô et près des rivages de la mer Adriatique, a aussi une amertume qui empêche les vers de le détériorer. Mais, de plus, il a cela de particulier qu’il ne s’enflamme point ; il faut, pour le brüler, qu’on le mette dans un feu d'autre bois, de même que les pierres que l’on cuit dans un fourneau pour faire de la chaux : encore ne peut-il jeter aucune flamme , ni faire de charbon : mais il faut un long temps pour le consumer ; car il entre peu de feu et d’air dans sa composition , dans laquelle l’eau et la terre dominent. Cette propriété donne à son bojs tant de consistance etde solidité, que, n'ayant point de pores qui puissent être pénétrés par le feu , il lui résiste longtemps, avant d’en être endommagé. Il est d’ailleurs si pesant, qu'il neflotte point sur l’eau; il faut, pour le transporter, le charger dans des bateaux ou sur des radeaux faits avec du sapin. Quant à cette propriété particulière da larix, on en doit la découverte à un événement qu'il est à propos de faire connaître. Jules César ayant campé près des Alpes, et donné ordre dans tous les pays circonvoisins de lui fournir les choses nécessaires pour la subsistance de son armée, il se trouva, dans un fort château appelé Larignum, des gens assez hardis pour refuser de lui obéir, sur l'opinion qu'ils avaient que leur placeétait imprenable. César, ayant fait approcher ses troupes, trouva devant la porte du château une tour faite avec des poutres de ce bois, mises en travers l’une sur l’autre en forme de bücher, et d’unetelie hauteur que ceux qui étaient dedans pouvaient aisément, avec des leviers et des pierres, en empêcher l’approche. Comme on vit que les assiégés n’avaient point d’autres armes, et que

æternitatem sunt facta. Nascuntur autem hæ arboresmaxime Cretæ el Africæ et nonnullis Syriæ regiomibus. Larix vero, qui non est notus nisi his municipalibus, qui sunt circa ripam fluminis Padi et littora maris Adriatici, non solum ab succi vehemenli amaritate ab carie aut a tinea non nocetur, sed eliam flammam ex igni non recipit, nec ipse per se potest ardere, nisi ( uti saxum in fornace ad calcem coquendam ) aliis lignis uratur : nec tamen Lunc flammam recipit nec carbonerm remiltit, sed longo spatio tarde comburitur, quod est minima igpis et aëris e principiis temperatura , humore autem et terreno est materia spisse solidata et non habens spatia foraminum, qua possit ignis penetrare, rejicitque ejus vim nec patitur ab eo sibi cito noceri : propter que pondus ab aqua non sustinetur, sed cum portatur , aut in navibus aut supra abiegnas rates collocatur. Ea autem materies quemadmodum sit inventa, est causa cognoscere. Divus Cæsar cum exercitum habuisset circa Alpes imperavissetque municipiis præstare commeatus , ibique esset castellum munitum, quod vocaretèr Larigoum, tunc qui in eo fuerunt, naturali munitione confisi, noluerunt imperio parere. Itaque imperator copias jussit admoveri. Erat autem aute ejus castelli portam turris ex hac materia alternis trabibus transversis (uti pyra) inter se composita alle, ut posset de summo sudibus et lapidibus accedentes repellere. Tunc vero cum animad-

les leviers ne pouvaient pas être lancés bien loin à cause de leur pesanteur, on ordonna, à ceux qui étaient commandés pour faire les approches, de jeter au pied de la tour quantité de fagots et d'y mettre le feu ; ce qui fut incontinent exécuté. La flamme qui environna la tour, et qui s’éleva à uve grande hauteur, fit croire qu’elle était réduite en cendres. Mais le feu s'étant éteint de lui-même, César fut bien étonné de voir la tour entièrement conservée. Cette circonstance lui fit prendre la résolution de pratiquer une tranchée tout autour, hors de la portée des armes des assiégés, qui, craigoant d’être pris de vive force, finirent par se rendre. César s'étant alors informé quel était ce bois qui ne pouvait brûler, les habitants lui firent voir ces sortes d’arbres qui sont fort communs dans le pays, et qui avaient fait donner à ce château le nom de Larignum, parce que ce bois est appelé larix : on le fait venir sur le Pô, à Ravenne, à Pésaro, à Tano, à Ancône et autres villes d’alentour. Il serait fort à souhaiter qu’on en püt aisément apporter à Rome, où il serait d'une grande utilité pour tous les bâtiments, ou du moins pour les planchers qui sont sous les tuiles, et pour les entablements des maisons situées aux extrémités des rues; car cela empêcherait que, dans les incendies, le feu ne passât d’une rue à l’autre, ce bois n’étant point capable d’être endommagé par les flammes ou par les charbons qui tombent, ni de faire lui-même du charbon. Les feuilles de ces arbres ressemblent à celles du pin : le bois a le fil long, et est aussi bon pour la menuiserie que le sapin. Il y a une résine liquide, semblable au miel attique, et qui est propre à guérir les phthi-

versum est alia eos tela præter sudes non habere, neque posse longius a muro propter pondus jaculari, imperatum est fasciculos ex virgis alligatos et faces ardentes ad eam munitionem accedentes mittere. Itaque celeriter milites congesserunt. Postquam flamma circa illam materiam virgas comprehendisset, ad cœlum sublata effecit opinionem, uti videretur jam tota moles concidisse. Cum autem ea per se extincta esset et requieta, turrisque intacta apparuisset, admirans Cæsar jussit extra telorum missionem eos circumyvallari. Itaque timore coacti oppidani cum se dedidissent, quæsitum unde essent ea ligna, quæ ab igni non læderentur ? Tunc ei demonstraverunt eas arbores, quarum in his locis maximæ sunt copiæ , et ideo id castellum Larignum item materies larigna est appellata. Hæc autem per Padum Ravennam deportatur, in colonia Fanestri, Pisauri, Anconæ, reliquisque, quæ sunt in ea regione, municipiis præbetur. Cujus materiei si esset facultas apportationibus ad urbem, maximæ haberentur in ædificiis utilitates ; etsi non in omnibus, certe tabulæ in subgrundiis cireum insulas, si essent ex ea collocatæ, ab trajectionipus incendiorum ædificia periculo liberarentur, quod eæ nec flammam nec carbonem possunt recipere nec facere per se. Sunt autem ex arbores foliis similes pini, materia earum prolixa, fractabilis ad intestinum opus non minus quam sappinea , habetque resinam liquidam mellis Altici colore, quæ etiam medetur phthisicis. De singulis gene-

VITRUVE

sies. Je pense avoir traité assez amplement des espèces et des proprtétés naturelles des arbres et de leurs principes. Il me reste à expliquer pour quelle raison le sapin qu’on appelle à Rome supernas est plus mauvais que celui qu’on nomme infernas, lequel est très-bon pour les édifices, à cause de sa durée. C'est ce que je vais faire, en expliquant, par les principes qui mesemblérontles plus évidents, pourquoi les différents lieux sont cause de la bonté ou des vices qui se remarquent dans les arbres.

Page 1