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DICT. ESC. XIII

des objets de 1er, voire même des monnaies romaines (Congres d'arehéol. I. c. p. 168, 195, 198, Bertrand, Worsasc. — Bull, de la Soc. d'ajdkr., t. V, p. 300 et 2me série, t. IV, p. 553 : Bertrand, Faidherbe). Ces différences archéologiques selon les pays sembleraient témoigner de la migration du peuple constructeur des dolmens du nord-est vers l'ouest de l'Europe et le nord de l'Afrique. La présence de monnaies romaines, sous les dolmens de ce dernier pavs, si elles ne doivent pas être rapportées à des enterrements secondaires, paraîtrait y démontrer la persistance jusqu'aux temps historiques, jusqu'aux premiers siècles de notre ère de l'usage funéraire de ces monuments mégalithiques. D'ailleurs, dans le nord-ouest de l'Europe, en Irlande, ces monuments semblent avoir eu cette même destination au moins jusqu'à l'époque féniane ou ossianique, c'est-à-dire jusqu'au deuxième et troisième siècle après Jésus-Christ. Ainsi que l'a fait observer M. Henri Martin, dans l'ancienne résidence des rois du Connaught, à Bath-Croghan, M. Samuel Ferguson a constaté dans un dolmen intérieur à un tumulus une épitaphe en caractères ogham relative à Fergus, fds de la reine Meabh ou Medf, la reine Mab des légendes (H. Marlin, Congrès, 1. c. p. 195, et Bull, de la Soc. d'anthr. 2me série, t. II, p. 167). D'autres dolmens, de nombreux menhirs, des allées couvertes, porteraient également des inscriptions relativement récentes. Toutefois si certains rochers sculptés des comtés d'Argyle et de Northumberland, étudiés par M. George Tate (The Anthrop. Beview, vol. III, p. 295, et ouvrage publié séparément, 1865), si les monuments mégalithiques, comme ceux de Lockmoriaker, de Gawr-Ynys, dans le département du Morbihan, et quelques autres présentent des dessins ou sillons creusés en forme de cercles, de spirales, de zigzags constituant une ornementation, vraisemblablement d'une époque fort reculée, quoique M. Henri Martin ait retrouvé les mêmes dessins sur des auges de pierre de l'époque mérowingienne (Cong., 1. c. p. 210) ; si des dolmens, et surtout des menhirs offrent des inscriptions en caractères ogham, comme le dolmen de Bath Croghan, comme la pierre dont on a précédemment rapporté l'épitaphe d'après O'Connor (Ber. hibern., t. Il, p. 156), il est bon de remarquer que parfois, mais très-exceptionnellement, des monuments mégalithiques peuvent aussi porter des inscriptions bien postérieures à leur élévation. Dans les îles Orcades, à Maëshowe, une inscription nullement celtique, mais runique, témoignerait, suivant M. Worsaœ, (Cong., p. 198), que des pirates Scandinaves ont fouillé le dolmen portant ce rune.

Les dolmens, pour la plupart des archéologues, et en particulier pour M. Alex. Bertrand, ne seraient que des tumuli-dolmens privés de leur enveloppe de terre amoncelée ayant recouvert la crypte funéraire mégalithique; tumuli-dolmens qui d'ailleurs ne doivent pas être confondus avec les tumuli non funéraires, sorte d'amoncellements de terre destinés à la défense d'un défdé, ou à la délimitation de champs ou de territoires (Congr., p. 42, et Bévue archéol. : De la distribution des dolmens sur la surface de la France). Frappé des rapports existants entre les dolmens et non-seulement les grands tumuli, mais aussi les petits tumuli] M. Henri Martin, « pense qu'ils sont l'œuvre d'une même race, mais à des périodes différentes de son existence. » La succession de ces espèces diflérentes de monuments indiquerait soit l'invasion d'un nouveau peuple de même race, soit seulement une révolution religieuse et politique dans un même peuple [Congrèû p. 208). Contrairement à M. H. Marlin, M. Bertrand, qui, tout en rapprochant les dolmens de l'Ouest, des grands tumuli isolés des mêmes régions, ne croit pas devoir attribuer aux Celles l'élévation des petils tumuli agglomérés, au nombre de « cent

quarante et quelques mille » dans l'est de la France, dans les départements du Rhin, des Vosges, de la Côte-d'Or, du Doubs, du Jura et de l'Ain, fait remarquer que ces l tuniulus de l'Est n'entament pas plus le cœur de la Celtique proprement dite, que les dolmens de l'Ouest, et conséquemment doivent être rapportés à des populations distinctes des Celtes» (Bertrand, Momim. primitifs de la Gaule... in Revue archéol. ive année, t. V, 1865, p. '228, 237). Pour les tumuli, plus encore que pour les dolmens, il est difficile de pouvoir indiquer par quels peuples ils furent élevés, car ils sont répandus sur bien des points divers du globe, en Europe, comme en Asie où ils sont généralement attribués aux Tcboudcs, suivant M. H. Martinet Alf. Maury (H. Martin, Gong., p. 212. — Alf. Maury, Les tumulus tehoudes, in Revue archéol. 1868, XVIIIe ann., p. 29-43). Toutefois, ainsi que l'ont fait remarquer MM. Bogdanow, Henri Martin, Ch. Lenormant, ces tertres funéraires, appelés kourgans, mogily, kopi, sapki, suivant les régions, sont trèsnombreux en Russie, principalement sur les bords du Pont-Euxin, la mer Noire, en Crimée, anciens pays des Kimmériens ; ils se montrent dans les pays du Nord, où les archéologues du Danemark, de l'ancienne Chersonèse cimbrique, MM. Thomsen, Wickfeld, Worsace, les ont étudiés. Dans les îles Britanniques, encore habitées par les Cymry du pays de Galles, un grand nombre de ces monuments primitifs ont été explorés. Outre les long-Barrows, véritables allées couvertes ou chambres souterraines surmontées d'amoncellements de terre, ne renfermant que des objets de pierre, M. Thurnam , ainsi que M. Warne, ont également étudié les Round ou circulai' -Barrows, véritables tumuli renfermant surtout des objets de bronze, comme d'ailleurs ceux du Danemark et ceux de l'est de la France, dans lesquels on recueille aussi des objets de fer. Ces divers objets autorisent à rapporter ces tumuli à une époque moins reculée que les dolmens, les tumuli-dolmens et les allées couvertes principalement, sinon presque exclusivement de l'âge de pierre dans notre Europe occidentale. Aussi lorsque avec M. Alex. Bertrand, on croit ne pouvoir regarder comme celtiques ces tumuli, relativement rares dans la Gaule celtique ; lorsqu'on remarque une certaine corrélation entre la distribution géographique de ces monuments funéraires en Russie, dans le nord de la Germanie, dans les îles Britanniques, et la distribution géographique des peuples Kimmériens, Cimbres, Kymry ; lorsque l'on considère que ces tumuli, tout en offrant de grandes analogies avec les dolmens, tumuli-dolmens ou allées couvertes, la plupart de l'âge de pierre, se rapportent à UM époque moins reculée, principalement à l'âge de bronze, sans prétendre attribuer à un seul peuple ces tumuli, on est amené à se demander si dans notre Europe ils n'aurai' ut pat été élevés par les peuples Kimmériens, Cimbres, Kymry, auxquels, ainsi qu'il a été dit précédemment, Diodore de Sicile (I. V, ch. xxxn) rattache les Gaëls, immigrants antérieurs dont on a vu l'aire géographique coïncider assez exactement avec l'aire géographique des dolmens. Les données ethnologiques sembleraient donc ne pas être en désaccord avec les données archéologiques relativement ma 6iè1s considérés comme constructeurs des dolmens et tuniuli-dolrri ens, et relativement aux Kimmériens Cimbres, Kymry, regardés comme constructeurs des tumuli (Bogdanow, Sur le peuple des tumulus du gouvernement de )bj«o». m Congru i„t., I. c, p. 518. - H. Mai lin, Mut. de France, I. I, y. I î , ■note, etc. ; et Gongrh, 1. c, p. 212. — Ch. Ccnormant, Mcin. sur les antiquités du Bosphore Gimmerien, in Mc'm.del'Acad. des inscript, et belles-lettres, nouvelle série, t. XXIV. part, i, p. 191 à 205, — Thomsen, Wickfeld, Worsaa?, cités par Al. Bertrand in Bull, de la Soc. d'anlhr., t. V, p. 380. — Thurnam, Bull.

de la Soc. d'anihr., t. V, p, 595, etc. — Warne, The Cellic of Dorset, 1866 : exf. dans The Anthropologial Review, t. V, p. 88, etc).

Outre les amoncellements de terre en Corme de tumulus, on observe aussi de nombreux remblais et déblais constituant des fortifications, des enceintes plus ou moins étendues, qui dans nos pays occidentaux sont considérés comme l'œuvre soit des Celtes et des Gaulois, soit des Romains. Quoique quelques-uns, parfois reconnaissables à la situation des ouvertures et à leurs dispositions générales, doivent être regardés comme élevés par les Romains, de nombreux travaux de défense, de nombreuses enceintes semblent devoir être attribués à des populations antérieures ou contemporaines de l'occupation romaine, aux Ligures, aux Ibères, comme le camp de Cambo dans le déparlement des Basses-Pyrénées, décrit par M. de Quatrefages, aux Celtes, aux Gaëls ou aux Belges, comme l'enceinte de la cité de Limes, à Puys, près de Dieppe (de Quatrel'ages. Bull, de la Soc. d'anthrop. 2e série, t. III, p. 206).

Rangées au nombre des monuments celtiques, les rowlers ou pierres branlantes, et les pierres à bassins ou pierres à sacrifices, dont l'excavation aurait servi à recueillir le sang des victimrs, ont été regardées par de nombreux archéologues, entre autres par MM. Alex. Bertrand, Mérimée, Halléguen, comme des pierres nullement travaillées par l'homme, mais résultant uniquement d'accidents naturels. Toutelbis pour les premières, M. H. Martin fait remarquer que les bardes parlent de la pierre de l'équilibre, et M. Ault-Dumesnil, tout en admettant que les pierres branlantes doivent leur origine à une superposition naturelle de roches dures, dont les couches sous-jacentes moins résistantes se sont exfoliées, en laissant ces roches en équilibre, est porté à croire avec Ch. Desmoulins que les Celles ont profité du phénomène naturel. Ces pierres, appartenant à la géologie par leur nature, appartiendraient tà l'archéologie par leur usage. Quant aux pierres à bassins, selon M. Gosse, et autres savants, il serait difficile de ne pas admettre que quelques-unes, entre autres celles de Niton, près de Genève, pierre sous laquelle on a trouvé des haches de bronze, n'aient pas été excavées à leur face supérieure par la main de l'homme. A supposer que ces roches mobiles ou excavées aient eu un usage dans certaines coutumes, dans certains rites religieux, jusqu'à présent les documents semblent encore insuffisants pour reconnaître chez quels peuples de notre Europe occidentale elles auraient été en usage, car elles semblent disséminées dans bien des régions diverses (Alex. Bertrand, Revue archéol., 4e année, 1865, p. 217. — P. Mérimée, Des monuments dits celtiques ou druidiques. Lu Athenœum français, 1852, t. I, p. 169. — Halléguen, Bip. Gosse, Bull, de la Soc. d'anthr., t. II, p. 595, 599, etc. 21 nov. 1861. — Ault-Dumesnil, Recherches sur la provenance des qranits qui ont servi à élever les monuments dits celtiques, in Revue archéol., 1868, t. XVII, p. 221-226. — II. Martin, Hist. de France, 1. 1, p. 74-5, 4e édit. 1864).

D'autres monuments, de construction beaucoup plus complexe et vraisemblable; ment beaucoup plus récente, comme certaines tours rondes placées sur le littoral, appelées Brochs, dans lcsOrcadcs selon M. G. Pétrie, appelées Feid-Nemheidb en Irlande, suivant, M. II. Martin, sont regardés également par ce dernier auteur comme des monuments gaéliques ayant un caractère religieux. La dénomination de Picts Jiouscs donnée selon MM. Pétrie, Andcrson.à certaines constructions coniques, semblerait indiquer que dans le nord des îles Britanniques ces monuments ont été considérés comme l'œuvre des Pietés, peuple de la région orientale de l'Ecosse actuelle, qu'on a vu précédemment llèdc le Vénérable (Eccl. hist, I. I, cap. i,

p. 2) faire venir de la Seythie, la Russie, contrée donl la partie méridionale a été peuplée anciennement de Chnmériens (G. Pétrie, Notice of the Brochs and the Picts houses of Orkneij. — Jos. Anderson, Remains of Caitliness, in Mem. of the Anthrop. Society of London, t. II, p. 216-225 et 226-256. — II. Martin, Hist. de France, 1. I, t. I, p. 49, note).

On a retrouvé, dans quelques parties de l'Ecosse et de la France, remarque M. B.Martin, « des restes de fortifications gauloises d'une nature bien plus extraordinaire ; ce sont les châteaux de verre, enceintes faites avec des masses de matière vitritiée, de véritables blocs de verre noir. » Il existerait encore à Sainte-Suzanne, près de Laval, quelques vestiges d'ua semblable château (H. Martin, Hist. de France, 1. I, t. I, p. 93, note 2). On a cru parfois devoir attribuer à des incendies celte matière vitrifiée.

« Les deux procédés de l'inhumation et de la combustion des morts étaient connus des Gaulois, » dit M. H. Martin (Hist., t. I, p. 50). Effectivement, sans prétendre déterminer à quelles strates ethniques se rapportent les divers modes de sépultures, on peut reconnaître, avec beaucoup d'archéologues, avec MM. Leguay et Roujou, que dans nos pays on eut recours, à des époques successives, à l'inhumation ou enterrement simple, à l'incinération ou crémation soit sur place, soit dans un lieu plus ou moins distant de celui où les cendres ont été déposées (Bail, de la Soc. d'anthr. t. IV, p. 165, t. VI, p. 265, etc., etc.).

Selon M. Am. Thierry (t. I, 1. IV, ch. i, p. 471, etc.), les croyances religieuses en Gaule se rattachaient à deux corps de symboles et de superstitions, à deux religions tout à fait distinctes : l'une très-ancienne, reposant sur un polythéisme dérivé de l'adoration des phénomènes naturels ; et l'autre, le druidisme, introduite ultérieurement par les immigrants de race kymrique, l'ondée sur un panthéisme matériel, métaphysique, mystérieux. Ainsi que l'indiquent cet auteur, MM. Alf. Maury, Wifl. Betham, H. Martin, Roget de Relloguet, les principales divinités des peuples celtiques, plus ou moins mêlés, des Gaules et des îles Britanniques, étaient Ht, Heus, Hésus, ou Esus, le puissant, dieu de la guerre et aussi de l'agriculture, qu'un bas-relief trouvé sous l'église Notre-Dame à Paris représente une cognée à lia main, coupant un arbre ; — Bel, Beal, Belen, Belsamen ou Belenus, le soleil, divinité bienfaisante, peut-être le Baal, d'importation phénicienne ;— Teut, Tul-Tat, ou Tentâtes, ou Guyon, inventeur des arts, protecteur des routes, peut-être le Tholli, importé par les Kgyptiens, peut-être le Teutsch, Tuiscon des Germains de Tacite (Demor. Germ.,U) ; — Ogme, Ogmius, 'Oypfoç, dieu de la science, de l'éloquence représenté SOUS la figure d'un vieillard armé de la massue et de l'arc, suivi de captifs attachés par l'oreille à des chaînes d'or et d'ambre sortant de sa bouche. iL*3 colons grecs et les conquérants romains peu à peu assimilèrent ces divinités aux divinités de leur mythologie : Jupiter, Mars, Apollon, Mercure, Hercule, etc. Aussi César indique-t-il Mercure, comparable à Tentâtes, inventeur des arts, protecteur des routes et des transactions commerciales, comme le principal dieu des Gaulois, tout en disant qu'ils adorent aussi Jupiter et Mars, Apollon et BBnenre, misemblaMeflient En», Belen et Belisana (De Bcllo gallico, I. VI, rap. xvn).

Outre ces divinités principales, ces peuples celtiques avaient non-seulement d'autres divinités encore assimilées soit à Mars, comme Gamul, Camnlus, Segomon,

Wélaturcadu* et Caturir; soj| à Apollon, comme Mogouniu, Mogonlios et Granits;

'mais aussi des divinité* qui n'étaient que la déification de phénomènes naturels, comme Tvr:. nn , Tarants, le Tonnerre ; Kikk, Circius, vent impétueux du nord-

?*2 C K L T liS.

ouest; ou que la déification de montagnes, de forets, de villes, comme Pennin, dieu des Alpes ; Vosège, Vosegius, dieu des Vosges; Ardoena, Arduinna, parfois assimilée à Diane, déesse de la forêt des Ardennes; Nemausus, Vesontio, Luxovia, Nennerins, Bornonia-Damona, divinités locales de Nîmes, de Besançon, de Luxeuil, de Néris, de Bourbon-Lancy, auxquelles le christianisme substitua de saints patrons. Epona était la déesse protectrice des palefreniers, des éleveurs de chevaux.

Les Gaulois regardaient l'échinite ou oursin pétrifié, pris par eux pour un œuf de serpent, anguinum, comme le plus précieux talisman (voij. Pline, 1. XXIX, cap. 5). Le sélage, le samolus, la verveine et surtout le gui de chêne étaient à leurs yeux des plantes sacrées, jouissant de propriétés médicinales puissantes. Aussi leurs prêlres les recueillaient-ils avec un cérémonial particulier (voy. Pline, I. XVI, 95, XCV; XXIV, 62, 63; LXU; LXIII; etc., etc.").

Chez tous ces peuples, selon Slrabon (1. IV, cap. v, § 4, p. 164), trois ordres distincts étaient surtout honorés : les Bardes, les Ovates et les Druides, fiipooi te xal OùâTôiç, x«i Apuîrîat. Les bardes chantaient des hymnes et improvisaient. Les ovates ou euhages faisaient les sacrifices et étudiaient la nature, c'est-à-dire la divination par les animaux. Les druides, c'est-à-dire les hommes des chênes dryw ou des sanctuaires des chênes SpwApeza., dryw neimeidh, outre l'étude de la nature, s'occupaient de morale et de philosophie.

Les Gaulois immolaient des victimes humaines. Les victimes étaient frappées par le glaive, ou hrùlées en grand nombre dans d'immenses mannequins d'osier ainsi que le disent Diodore de Sicile (1. V, § xxxi, coll. Didot) ; César (de Bell, gall., 1. VI, cap. xvi).

Par suite des nomhreuses immigrations d'outre-Rhin, les peuples plus ou moins celtiques des Gaules et des îles Britanniques conservèrent longtemps certains rites religieux des peuples de la Germanie. De même que César pour les divinités gauloises, Tacite croit devoir assimiler les divinités des Germains, à Mars, à Hercule, à Isis, dont le culte lui semhlc d'importation étrangère, et surtout à Mercure, le plus honoré des Germains, qui, comme nos ancêtres, lui auraient sacrifié des victimes humaines (Tacite, De mor. Germ., IX).

Si les anciens peuples des Gaules et de la Calédonic avaient des bardes fiâpSoi hardi, pour chanter sur la ciirotta ou rotte leurs exploits, et les entraîner aux combats, les Germains, nous dit Tacite, avaient aussi des chants de guerre qu'ils appelaient hardits, quem barditum vocant (Tacite, De mor. Germ., III).

Si dans les Gaules, de nomhreuses prêlresses, comme les Gallicènes, Gallicenœ, mentionnées par Pomp. Mêla (1. III, c. VI, p. 652, coll. Nisard), les neuf vierges de Sena, aujourd'hui l'île de Sein, située près de la côte du déparlement du Finistère non loin de la haie de Douarnéncz, jouissaient d'un grand prestige; de même en Germanie, les piophétcsses Aurinia, Vcleda, la Bructère, n'étaient pis l'objet d'une moindre vénération, ainsi que le dit Tacite (Hist. lih. IV, cap. lsi, i.xv ; lih. V, cap. xxn et xxiv ; et De mor. Germ., VIII). (Voy. sur la religion des Celtes : Dom. Martin, La religion des Gaulois, Paris, 1727; — Ain. Thierry, /. c, t. I, I. IV, ch. i, — Alf. Maury, Encyclopédie moderne, t. MU, 18-48, p. 95 : Druidisme, — Will. Bctham, /. c, ch. vu, etc., — 11. Martin, Hist. de France, t. 1, p. 51, etc., — Roger de Belloguel, Ethnogcnie gauloise, t. I, sect. 3, p. 227, etc., 1858).

Ce court aperçu de linguistique et d'archéologie celtiques pourrait être également suivi de quelques remarques sur la répartition géographique de certaines de

nos races animales domestiques en rapport avec les diverses races humaines ayant concouru à l'ellmogénie de nos populations occidentales. Il suffira ici de rappeler que M. André Sanson, dans un mémoire sur les Migrations des animaux domestiques, croit être arrivé à reconnaître que dans notre Bretagne dont la constitution géologique est d'une époque bien antérieure à l'époque tertiaire à laquelle appartiendrait le genre Equus, des deux races chevalines y existant actuellement, l'une provient des îles Britanniques, a été importée par les Bretons insulaires immigrés en Armorike, et ne diffère pas de V Equus caballus hibernicus, tandis que l'autre celle des Landes, du centre de notre Bretagne, beaucoup plus ancienne, par ses caractères se rattacherait à la race asiatique, Equus caballus asiaticus, et paraîtrait avoir été introduite dans les temps anté-hisloriques par des peuples aryens ou asiatiques, qui eux-mêmes peu nombreux par rapport à la population antérieure de race celtique, auraient vu leur race disparaître peu à peu, par croisement avec cette population, alors que leur race chevaline n'ayant été précédée dans le pays par aucune autre race chevaline, aurait continué à se perpétuer avec ses caractères ethniques, tout en subissant de notables altérations causées par les mauvaises conditions de milieu (A. Sanson, Philosophie positive, mai et juin 1872, et tirage à part).

Après avoir étudié la distribution géographique des peuples dits celtiques, après avoir mentionné brièvement quelques données linguistiques et archéologiques relatives à ces peuples, il est temps de chercher à déterminer leurs caractères anthropologiques. Les opinions les plus diverses, les plus contradictoires ont été soutenues par des anthropologistes également distingués, relativement à la earactérisque des Celles.

Un grand nombre d'anthropologistes, avec Bory de Saint-Vincent, Desmoulins, William Edwards, MM. Périer et Broca, soit qu'ils distinguent les Celtes des Gaëls, ainsi qu'ont cherché à le faire MM. Aurélien de Courson, Henri Martin et moi, soit qu'adoptant plus ou moins complètement les opinions ethnogéniques de M. Am. Thierry, ils croient devoir appliquer les deux dénominations de Celtes et de Gaëls à un seul et même type ethnique, assignent aux Celtes les caractères suivants : stature petite ou moyenne, crâne sphérique, front gobuleux, nez à peu près droit, déprimé à son insertion frontale, visage arrondi, menton court, cheveux bruns et châtains, épais, système pileux très-développé, yeux bruns ou gris, etc. -

D'autres anthropologistes regardent les hommes brachycéphales de petite taille, à la chevelure brune de notre Europe occidentale, comme appartenant soit à une famille distincte, erso-kymrique, selon M. d'Omalius d'Ilalloy, soit à la famille ibéroligure, considérée par MM. Warée, Moke, le général Bcnard, comme ayant occupé notre Lurope occidentale avant les populations celtiques, avant les peuples dolichocéphales, contrairement à l'opinion de M. Broca ; cette famille ibéro-Iigurc, ou seulement ligure, suivant M. de Belloguet, qui croit devoir distinguer etlinologiquement les Ligures des Ibères, étant d'ailleurs d'origine africaine pour ce savant, d'origine mongoloïde pour M. l'runer-liey. Ces mêmes anthropologistes, avec MM. llollzmariri, Prichanl, croient devoir donner aux Celles les caractères ethniques que William Edward», MM. Périer, Ponchet et Broca assignent aux Kymris, c'est-à-dire regardent les Celtes comme présentant une stature très-élevéc et élancée, un crâne allongé, un front .'levé, un nez droit on un peu recourbé, saillant avec dépression ■à son insertion frontale, un visage allongé, un menton long et saillant, des « lie-

veux blonds ou roux, des yeux bleus, une peau remarquablement blanche, elc. (Bory de Sainl-Vincent, L'homme, 2e édition, t. J, p. 120, 1827. — A. Desmoulins, llisl. natur. des races humaines, Paris, 1826, p. 156. — William Edwards : Fragments d'un mémoire sur les Gaëls, in Mém. de la Société ethnologique, Paris, l. II, lre partie, p. 15, 1845. — .1. A. N. Périer, Fragments ethnologiques, Paris, 1857, ext. du Bull, de la Soc. de Géogr. — Aurélien de Courson, Ilist. des peuples bretons, introduction, ch. i, 1846. — Henri Martin, Les races brunes et les races blondes, in Revue nation, et étrang., t. III, 10 mars 1861.

— G. Lagneau, Des Gaëls et des Celtes, in Mém. de la Soc. d'anthr., t. I, p. 257.

— Am. Thierry, Uist. des Gaulois. — llollzmann, Kellen und Geimanen, Heidelberg, 1855. — J. C. Prichard, Hist. natur. de l'homme, t. I, p. 262, trad. de Pioulin, Paris, 1845. — D'Omalius d'Halloy, Des races humaines, 4e êcL, Paris, 1859, p. 55. — Ware, Mém. sur les titres des Gaëls et des Kymris hêtre considérés comme les premiers occupants des îles Britanniques, in Nouvelles annales des voyages, 1846, p. 125. — Moke, Belgique ancienne, I. I, ch. m , p. 62. — Général Renard, Lettres sur l'identité des Gaulois et des Germains, lre lell. Origine des Bas-Bretons, in Bull, de l'Acad. de Belgique, 1856, t. XXIII, p. 105. — Boget, Baron de Belloguet, Ethnogénie gaidoise, p. 145, 505 et 510, 2e partie. — Pruner-Bey, Sur la question celtique ; Anciens crânes des types ligures et celtiques, in Bull, de la Soc. d'anthr., t. Y. p. 657 el t. VI, p. 458, etc. ; IIe série, t. I, p. 442, etc.; Congrès int. d'archéol. et d'anthrop. de Paris, p. 545, etc. — G. Pouchet, Bull, de la Soc. d'anthrop. , t. I, p. 16, 27, etc., 1859. — Broca, Sur les caractères anatomiques de l'homme dans les temps préhistoriques, in Congrès int. d'archéol. et d'anthr., p. 567, etc.; et Théorie esthonienne, in Bull, de la Soc. d'anthr., 2e sér., t. 111, p. 454, elc; Bech. sur l'ethnologie de la France; Nouv. Bech. sur l'anthrop. de la France, in Mém. de la Soc. d'anthrop., 1. 1, p. 1, et t. III, p. 147).

Tout en constatant une contradiction complète dans les caractères assignés aux Celtes par les anlhropologistes que les uns disent petils, bruns, au crâne globuleux, que les autres disent grands, blonds, au crâne allongé, on doit toutefois remarquer que les uns et les autres s'accordent à reconnaître au moins deux principaux types ethniques dans notre Occident, tout en différant sur les dénominations qui leur sont applicables, et s'accordent à peu près également sur la caractéristique à assigner à ces deux types.

Pour cbercher à préciser, autant que possible, à quel type ethnique semble devoir être appliquée la dénomination de race celtique; pour rechercher les caractères anthropologiques différentiels des Celles et des autres peuples confondus sous le nom de peuples celtiques, on peut étudier les anciens ossements humains de nos pays; on peut consulter quelques documents historiques mentionnant les caractères présentés par ces différents peuples; enfin, on peut chercher à observer directement les habitants actuels de diverses régions de notre Europe occidentale.

Les ossements humains, encore peu nombreux recueillis dans les strates des terrains quaternaires, dans les cavernes, etc., permettent de reconnaître que plusieurs races distinctes habitaient nos pays occidentaux dans les temps paléonto-

logiques. . .

Les ossements recueillis à Cbauveau, près deNamur, par M. Spring, se faisaient remarquer par la petitesse du crâne, proportionnellement au développement des mâchoires, par l'aplatissement du coronal et des temporaux, la saillie des arcades

CKLTES.

alvéolaires, l'obliquité îles dents, l'acuité de l'angle facial n'excédant pas 70 degrés par la petitesse des fémurs et tibias permettant de supposer une taille au plus égale à 5 pieds (Spring, Bull, de l Acad. de Belgique, 16 décembre 1855).

La mâchoire inférieure trouvée en môme temps que des ossements d'éléphant primigenius, de rhinocéros tieborinus et de renne, par M. Dupont, dans le trou de la Naulette sur les bords de la Lesse en Belgique, et éludiée par M. Pruner-Bey, est remarquable par sa symphyse médiane obliquement dirigée d'arrière en avant et de bas en haut, par l'absence des apophyses-géni, par son rebord mentonnier réduit au minimum, par l'alvéole de la canine très-vaste d'avant en arrière et de dehors en dedans, et conséquemment placée au-devant, en saillie des alvéoles prémolaires et incisives d'une petitesse extrême, et par quelques autres caractères qui rappellent de loin certaines conformations simiennes (Dupont, Élude sur les fouilles scientifiques exécutées pendant l'hiver de 1805-60 dans les cavernes des bords de la Lesse. — Pruner-Bey, Sur la mâchoire de la Naidelle (Belgique), Bull, de la Soc. d'anthr., IIe série, 1. 1, p. 584).

La màcboire trouvée dans les couches diluviennes à Moulin-Quignon, près d'Abbeville, par Boucher de Crevecœur de Perthes, étudiée par MM. Pruner-Bey, de Quatrefages, a offert comme principaux caractères : l'inclinaison considérable de la branche sur le corps, la forme arrondie du condyle, la faible élévation de l'apophyse coronoïde, le renversement en dedans de l'angle et de la portion postérieure du bord inférieur du corps de l'os, etc. (De Quatrefages, Pruner-Bey, Boucher de Perthes, Delesse, etc. : Bull, de la Soc. d'anlhrop., t. IV, p. 207, 298; t. V, p. 750, etc. ; Mém. de la Soc. d'anthrop., t. II, p. 57, etc.; Comptes rendus de l'Acad. des sciences, avril, mai, 1803, t. LVI).

Tandis que plusieurs des ossements précédents, ainsi que bon nombre d'autres recueillis par divers paléontologistes, par MM. J. Vibraye, E. Lartel, paraissent provenir d'hommes de petites dimensions, le crâne recueilli dans un ancien puits démine par M. Morris, d'Ulverston, à Lindal, en Angleterre, se fait remarquer par une circonférence horizontale crânienne considérable de 50 centimètres, jointe à une brachycéphalie excessive se mesurant par un indice de foo > ^ offre, en outre, une dépression occipito-pariétale, déjà signalée sur d'autres crânes brachycéphales des luinuli ou round barrows, par MM. Thurnam et Davis, assez analogue à celle constatée par M. Broca sur les crânes de la caverne sépulchrale d'Orrouy, près de Crépy ; derniers crânes qui, également remarquables par un grand développement et une grande capacité, étaient accompagnés d'humérus présentant en grand nombre la perforation de la fosse olécranienne (Morris, /;»//. de la Soc. d'anthrop., Il" série, t. Il, p. 242. — Broca, Bull.de la Soc. d'anlhrop., Y* série, t. V, p. 7 1 8 et t. VI, p. 711.— Ed. Larlet, de Vibraye, cités par Pruner-Bey, Bull, de la Soc. d'anthrop., t. IV, p. 505. — Ed. Lartet, Paléf/nlologie sur une ancienne station humaine... Soc. Philomalhique, 18 mai 1*01, ci \i,in (;llrs recherches sur la coexistence de l'homme et des grands mammifères regardés comme caractéristiques de la dernière période géologique, f868. — J. Thurnam, Sur les deux formes des anciens crânes bretons et gaulois. Bull, de la Soc. d'anthrop., t. V, p. 595, etc.).

I/: crâne de la caverne d'Engis dans les enviions de Liège, trouvé par M. Schmcrling, sons une brèche osseuse, avec des débris osseux de rhinocéros, «l'hyène, d ours, est au contraire de forme allongée, ou dolichocéphale, son frontal est peu êleté et étroit fSclimerling, Bahcrrhes sur les ossements fossiles découverts dans la )>rovinre de Liège, 2 vol. Liège, 1835, 1 vol., p. 61 , etc.).

Le crâne de Néanderthal, découvert par M. de Schaaflhausen, présente une dolichocéphalie extrême, une obliquité excessive du frontal, une simplicité remarquable des sutures crâniennes et un développement extraordinaire des arcades sourcilières (Scbaaffliausen, Sur le crâne de Néanderthal, in Bull, de la Soc. d'anthr., t. IV, p. 514 ; et Sur la forme primitive du crâne humain , iu Congrès intern. d'archéol. et d'anlhrop. de Paris, p. 409, etc., etc.).

Les ossements humains recueillis par M. L. Larlet dans la grotte de Cro-Magnon, près des Eysies, dans le Périgord, en même temps qu'une défense de mammoutb et des débris d'ossements de rennes, ont présenté à l'examen de MM. Broca et Pruner-Bey des proportions gigantesques. Les crânes sont dolichocéphales, volumineux, d'une énorme capacité, à sutures peu compliquées, avec la région frontale bien développée, les orbites très-grandes surtout dans le sens transversal, la face large, le bord alvéolaire prognathe ou saillant, la branche de la mâchoire inférieure énormément large. Les saillies osseuses témoignent d'une race fortement musclée. Les tibias se font remarquer par leur aplatissement bilatéral et leur énorme diamètre antéro-postérieur. Cette conformation tibiale se retrouve, à un certain degré, chez le fossile humain récemment recueilli par M. Piivière dans une caverne près de Menton, dans les Alpes-Maritimes. Désignée sous la dénomination de platycnémie, cette conformation a aussi été remarquée par M. Busk ( The Reader, 1864) sur des ossements trouvés dans une caverne à Gibraltar, par M. Broca et par moi sur ceux de l'allée couverte de diamant, près de Senlis; derniers ossements qui appartenaient aussi à des dolichocéphales, mais de moindre stature et de moindre développement musculaire, assez comparables à ceux retirés par M. Thurnam des allées couvertes ou longs Barrows, de l'âge de pierre, en Angleterre (Louis Lartet, Une sépulture de troglodites du Périgord. — Broca et Pruner- Bey, Crânes et ossements des Eyzies et théorie esthonienne. — Broca, F ouilles de Chaînant . — Thurnam , Sur deux formes des anciens crânes bretons et gaulois, in Bull, de la Soc. d'anthrop., 2e série, t. III, p. 555, 550, 41G, 452. 454, et Irc série, t. V, p. 595, 656, etc. — Busk, Broca, Remarques sur les ossements des cavernes de Gibraltar, iu Bull, de la Soc. d'anlhrop., "2e série, t. IV, p. 145 et 146).

Les ossements humains précédemment rappelés, la plupart présentant des caractères spéciaux, ainsi que beaucoup d'autres signalés par de nombreux observateurs, suffisent pour montrer combien, dans les temps paléonlologiques ou antéhistoriques, différaient entre eux les habitants de notre Occident.

De ces races humaines, quelques-unes ont pu disparaître, non par le fait d'un déluge universel, scientifiquement inadmissible, mais par extinction lente et progressive, comme tant d'autres espèces animales, comme L'unis, le bison européen, l'élan, le lynx, le castor, qui, depuis les temps historiques, ont disparu plus ou moins complètement, ou ont abandonné notre Europe occidentale pour se porter vers le nord.

Mais ainsi que le pensent MM. Cari Vogt, His, Rutimeyer et Pruner-Bey, guelques-unes de ces anciennes races humaines suhsistent encore actuellement. La persistance de certaines races anciennes peut s'expliquer facilement, car, contrairement à la Genèse, la géologie montre que les strates diluviennes sont loin d'avoir été universelles et n'ont nullement atteint certains sommets montagneux, ou certains plateaux, comme celui où était située la caverne d'Aurignac, de l'époque du renne, explorée par M. Ed. Larlet. Selon M. Pruner-Bey, on retrouve encore parmi les habitants actuels des bords du lac de Genève un type grossier, mongoloïde, à

ossature massive, décrit par MM. Mis et Rutimeyer sous le nom de type de Disentis, qui- paraîtrait remonter à une époque fort reculée. Il en serait de même, suivant M. Cari Yogt, d'un type brachycéphale à suture médio-frontale, trouvé par M. Schwab à 6 mètres de profondeur dans des sables des environs de Bienne, observé par M. Gastaldi et par M. Nicolucci dans les carrières de Modène, recueilli à Granges, près de Bienne, parmi des ossements du quatrième siècle de notre ère, et constaté encore actuellement chez cei tains Suisses. Pareillement, M. Morris d'Uverston observe encore dans le voisinage des mines d'où il a retiré le crâne si brachycéphale et si volumineux précédemment mentionné, certains habitants actuels présentant la même conformation, vulgairement appelés les Tètes-Rondes de Kirkby (Cari Yogt, Bull, de la Soc. d'anthrop., t. V, p. 515. — His et Rutimeyer, Grania Helvetica, 1864, rapport d'Alix, in Bull, de la Soc. d'anthrop., t. Y, p. 586. — His, Sur la population rhétique, in Bull, de la Soc. d'anthrop., t. Y, p. 868. — Nicolucci, Bull, de la Soc. d'anthrop., t. YI, p. 260. — Pruner- Bey, Mâchoire du Moulin Quignon, in Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 25mai 1865 ; Bull, de la Soc. d'anthrop., t. IV, p. 502-504, 547 et 582. — Ed. Lartet, Nouvelles recherches sur la coexistence de l'homme et des grands mammifères, K Ci, 1862. — Morris, Journal of the Antkropological Society, p. cxxiii, toI. V, 1867).

Quelque nombreux qu'aient été les éléments ethniques qui concoururent anciennement à la formation des populations de notre Europe occidentale, à l'époque romaine, tous les auteurs, César, Pline (Hist. nat., 1. IV, cap. xxxi, p. 17), Pomponius Mêla (De situ orbis, 1. III, cap. h, p. 55), Ammien Marcellin [Renan gestarum, lib. XV, cap. n) et bien d'autres encore, s'accordent à distinguer les habitants des Gaules en trois peuples différant entre eux par la race, la langue, les lois et les institutions; les Aquitains s'étendant des Pyrénées à la Garonne ; les Celtes, de la Garonne à la Seine et à la Marne, de l'Océan aux Alpes; les Belges, de la Seine, de la Marne à l'Escaut, a Scaldi (Pline), et au Rhin. Gallia est omnis divisa in partes très, quorum unam incolunt Belgœ, aliam Aquitani, terliam qui ipsorum linguâ Celtœ, nostrâ Galli appellantur. Hi omnes linguâ, institutis, legibus inter se différant. Gallos ab Aquitanis Garumna flumen, a Belgis Malrona et Sequana dividit (César, De Bell, gall., I. I, cap. i).

Pareillement, dans les îles Britanniques, trois peuples principaux paraissant se rattacher aux mêmes races, auraient concouru, selon Tacite, à la formation de la population insulaire. Les cheveux rouges et les membres volumineux des Calédoniens auraient montré leur origine germanique. Le teint basané et les cheveux bouclés des Silures les auraient fait regarder comme des Ibères. Enfin les insuharet voisins des Gaulois leur auraient ressemblé... Nam rutilœ Caledoniam babilanlium comœ, magni artus germanicam originem adseverant. Silurum eohrati vultus, tOrii plerumque crines et posita contra Hùpania, Iberos vêler es trajecisse, casque sedes occupasse, fidem faciunl. Prorimi Gai lis, cl similes sunt : sert durante originis ri... (Tacite, Agricolœ vita, XI).

Des peuples iet Gaules différant par la race, la langue, les lois et les institutions, selon les druides, dont Ammien Marcellin rapporte la tradition, les uns étaient indigènes, tandis que les autres venaient d'îles éloignées ou de pays transrnénaiW, d'où ils avaient été chassés par des guerres fréquentes et des inondations maritimes. Drytidœ memorattt rêvera popuîi partent fume indigenam, sedahotqnoqiie nb buulii extimiê conflturitie et tractibtu transrhenanis, cre-

britate bellorum et alluvione fervidi maris sedïbus suis expvlsos (Ammien Marcellin, xv, 9).

Dans ces immigrants venus d'îles éloignées pour habiter les Gaules, doit-on voir les descendants des fabuleux Allantes dont Bory de Saint-Vincent fait provenir les habitants de la péninsule ibérique, de l'Espagne? (Bory de Saint-Vincent, V Homme, 1. c, t. I, p. 1 74). Sans prétendre trancher une question ethnogénique plongée dans l'obscurité des temps passés, d'une part, on peut se borner à faire remarquer que l'existence ancienne de l'Atlantide, de terres considérables situées à l'ouest de l'Europe actuelle, paraît de plus en plus vraisemblable aux géologues et aux autres naturalistes, à M. Marlins, à M. Hamy, etc. (Marlins, Un Tour de naturalistes dans l'extrême Nord, in Revue des Deux Mondes, p. 842, 15 août 1865. — Hamy, Précis de paléontologie humaine, p. 72-75. Paris, 1870. — Elisée Reclus, Les Basques, in Revue des Deux Mondes, 15 mars 18G7, p. 525). D'autre part, on peut rappeler que ces Atlantes ou Alarantes mentionnés par Hérodote, Diodore de Sicile, Pomponius Mêla et autres auteurs, selon Platon, dont l'opinion paraît partagée par Posidonius et Strabon, seraient sortis, environ neuf mille ans, ivvâxtg yjlicc ïty, avant Solon, soit environ 9600 ans avant Jésus-Christ, des îles Atlantides, situées alors à l'ouest des colonnes d'Hercule, détroit actuel de Gibraltar, dans l'océan encore appelé Atlantique, et auraient étendu leur domination en deçà du détroit, sur la Libye jusqu'à l'Egypte et sur l'Europe jusqu'à l i Tyrrhénie, actuellement la Toscane ; conséquemmcnl dans toute la partie sudouest de l'Europe qui paraît avoir été principalement peuplée par la race ibéroligure (Hérodote, lib. IV, § 184, p. 254; cdit. grecque-latine de C. Miiller. — Diodore de Sicile, 1. III, § 55, p. 526 du t. II ; texte grec et tfad. latine de Vesseling, 1795. — Pomponius Mêla, 1. I, cap. iv, p. 22 et 25, et cap. vm, p. 52-55; texte et t.rad. de Baudet. — Posidonius, cité par Strabon, 1. H, ch. m, § 6, p. 84. — Platon, Critias, t. Vil, § 5, p. 580, éd. de Bekker. — Voy., dans ce Dictionnaire encyclopédique, les mots Basques et Ligures).

... Hpbi oï toùtoiç ërt tôiv svtoç tâç Sk Atêûïj; us» ïpyo'J y-iyantphc At'yu—rov, Si 'EvpÛKnz uéxpt Tu/5p>jv£a? (Platon, Timée, t. VII, p. 247, éd. d'Em. Bekker, 1826, Londres).

Enfin, en faveur dé cette provenance atlantique de ces Ib 'ro-Ligures, on doit faire remarquer que, selon Vf . de Humboldt, M. de Pruncr-Bey et divers autres linguistes, de grandes analogies existeraient entre les langues parlées par certaines peuplades d'Amérique, au delà de l'océan Atlantique, et l'Euskuara, la langue basque, considérée comme la dernière langue vivante de la famille ibérienne (Pruner-Bey, Sur la langue Euskuara parlée par les Basques, in Bull, de la Soc. d'anthropologie, 2e sér., t. If, p. 59-71).

En tous cas, que les Ibères soient ou non de race Atlantique, qu'ils viennent ou non des îles éloignées Atlantides, les Aquitains qui formaient un des trois peuples des Gaules, celui qui occupait la légion méridionale comprise entre les Pyrénées et la Garonne, ces Aquitains suivant Strabon, différaient des Gaëls par la conformation physique et par le langage, et au contraire se rapprochaient des Ibères sous ce double rapport.

Oi 'Axouîravol Siv.raioovat toû raAartxoO ©ù).o'j xarâ tï "ràç twv ov.)uâ7(.>v xaraa-xrja; xaixarà tfjv yAÔTTav, èoi/.ao-i Si fxâUov "I^pa-tv (Strabon, 1. IV, c. Il, p. 15/)

Toù; p.sv 'Axoutr«voù;T£),lw; è?fl).).a;/yivouç où rij y>M"rt uôvov, i\là. v.xiroïç ffwuao-iv, iyyzpûç "iSïjpo-i //â),).ov r, TaWtç (Strabon, 1. IV, c. i, p. 146, Miiller et Piibncr).

Quant aux Ligures, qui occupaient la partie occidentale de l'Ibérie, l'Espagne,

suivant Stéphane de Byzance, ainsi que sa partie nord-est baignée par le Sicanus, la Sègre, affluent de l'Èbre, région d'où ils auraient chassé les Sicaues, d'après Thucydide, niais qui occupaient surtout, selon Scylax, Scymnos de Chio (Periegèse, v. 200-202, Poèmes géogr. de Letronne), Fcstus Avienus (Orce marit., v. 609-615), Strabon, Dion Cassius et Stéphane de Byzance, le littoral méditerrannéen, soit mêlés aux Ibères depuis les Pyrénées jusqu'au Bhône, soit mêlés aux Celtes depuis ce fleuve jusqu'à Antibes, voire même jusqu'au voisinage des Tyrrhèaes, anciens habitants de la Toscane, ils sont regardés par Strabon comme n'étant pas de même race que les Celtes, tout en ayant adopté leur genre de vie. Aussi, contrairement à Fréret qui les croit d'origine celtique (Lhygour, hommes de mer, en celtique), (1. c. 1. IV, p. 206), ils sont généralement considérés avec M. Amédée Thierry (1. c. introduction, etc.) comme se rattachant aux Ibères sous le rapport ethnologique, quoique Sénèque, à propos de la Corse, paraisse indiquer certaines différences entre leur langue et celle des Hispani, Espagnols, et des Cantabres.

Atyyarwij, tt6).i; Afyûtuv, Tij; oVrixijs 'Iêvjpîaç èyyvç, xai toû T'xpaov nltiaiov' oi otzo'jvteç àiyusi scstXoûvTai (Stéphane de Byzance, De urbibus, éd. de Guil. Xylander. Basilœ, 1568, in-fol. p. 185).

Sf/gvot... à-o toû Si/.avoû tïozocu.oû toû iv 'Iëïjpîa Ù7TÔ Aiyû&jv âvaaravTïç (Thucydide, t. EU, 1. VI, ch. ii, p. 163, Paris, 1855).

'A-o tôjv lê^puv ïyv>~ax Aiyveç, zal "Iêvjpîç fuyâfoç, Y^'À?1 TOf^foO PodV.voû.

'A-o PoÔNjwoû TTOTay.oO ïyirixaj. Aîyvsç ^XPl Avtîou (Scylax, Périple, § 5 et 4, p. 2, éd. de Yossius, Amsterdam, 1659).

K'//vjt!... Aiyuccç /.ai t/jv yûpocv, îjv îyjrjGi-) oi MaffffaXiwTai, Aiwctixïjv, ot 0at£p««i KEAToÀty jaç ôvoy.alouffi, zaî tï]v ps%pt Aouïvîwvo; (Avignon) -/.ai toû 'Pocîayoû 77:-

oiioaroOTO'.; ^poo-vluowffw (Strabon, 1. IV, cap. vi, § 3, p. 169, coll. Didot).

"Eôvij oà y.y-i/ji r.o'ùà. to 5pos (les Alpes) toûto K£),Tf/.à ■kIo'j rû-J AiyuûV ovtoi (Î'Étîpœôvets (4v sto-t, -ap'/-).Y3o-wi oi toï; |3wi; (Strabon, 1. II, cap. v, § 28, p. 106, coll. Didot).

Ot 72b Aiyvî; rijv isapakica i~o Tupôvjvi'îo; pé^pi twv 'Alnéuv v.ax ccypi ra).aT<ûv vs- Movrot (Dion Cassius, fitgf. ro?n. L I-XXXVI, § III, p. 4-6, texte et trad. de Gros, 1845, t. I, p. 4).

Transierunt deinde Ligures in eam (Corsicam), transierunt et Hispani quod ex similitudine ritus apparel. Eadem enim tegumenla capilum, idemque genus calceamenti, quod Cantabris est, et verba quœdam : nam lotus sermo, conversalkme Grœcorum Ligururnque a patrio descivit (Senèque, le philosophe, Consolalio ad Ilelviam, t. IX, ch. 8, p. 256-257; texte et trad. de La Grande 1819;.

Vraisemblablement, par suite de leur parenté ethnique avec les Ibères, Festus Avienus (I. c. Orce marit., vers 129-156) indique les Ligures comme habitant au voisinage des îles /Eslrymnides, Hespérides ou Cassitérides, actuellement îles Sorlingues, où Denys le Périégète signale la présence des Ibères. D'ailleurs, on a vu précédemment Tacilo dire que les Silures, habitant à l'ouest de la Grande-Bretagne, dans une région qui correspond approximativement aux comtés de Glamorgan, de Montrr.outh, de Glowcesler, témoignaient de leur origine ibérienne par leurs cheveux bouclés et par leur teint coloré (voy. Dicl. eneyelop. des sciences médicales : Basqof.s et Ligdres). Enfin, selon Henri d'Huntingdon, des Navarrais, Navarri, qui vraisemblablement appartenaient à la même peuplade qui laissa son nom à Ja Navarre dans les Pyrénées, ser.iicnt venus d'Ilispanie, Espagne, en Hibernie,

Irlande, et de là partiellement en Grande-Bretagne, et y auraient longtemps conservé leur langue et leur nom.

N^c-ou; O'eo-TTîoicîaç, xàOi v.v.v<7i-ipoio 7svl0?.i),

(Denys le Périégètc, vers 563-564, Basilœ, 1556.)

//oc certum est, fjuod ab Hispania Hybemi advenerunt et Inde

pars eorum egressa tertiam in Brittannia, Brittonibus et Piclis gentem addiderunt. Nam et pars, quœ ibi remansit, adhuc eadem utitur lingua, etNavarri vocantur (Henrici archidiaconi Ilunlindoniensis Historiarum libri octo ; lib. 1, p. 301, in Rerum anglicarum scriptores post Bedam, in-fol. Francofurti, 1601).

Quelques-unes des citations précédentes semblent montrer qu'en général les peuples Aquitains, Ligures et Silures de race ibérienne, notablement différents des autres populations de la Gaule et des îles Britanniques se faisaient remarquer par leurs cheveux bouclés, et par leur teint basané, qui chez les Astures habitant au nord de l'Ibérie, dans l'Asturie, actuellement l'intendance d'Oviédo, était comparé par le poëte Silius Italicus à l'or de leur mine... concolor auro (Les Puniques, liv. 1, p. 60, trad. de Corpet et Dubois, éd. Panckoucke, 1836).

Les passages suivants de Martial et de Jornandès, relatifs aux Espagnols et aux Silures, les complètent en montrant que non-seulement leur teint était basané, et leurs cheveux bouclés, mais que ces derniers étaient noirs et raides.

Hispanis ego contumax capillis (Martial, h X, épig. LXV, in Carmeniomen , p. 497, coll. Dubouehet).

Silurum colorati vultus, torto plerique crime et nigro nascuntur (Jornandès, Hist. des Gotlis, ch. n, p. 425, coll. Nisard, éd. Dubochet).

Diodore de Sicile représente les Ligures comme étant maigres, de dimensions peu considérables, mais robustes par suite d'un constant exercice. Tite-Live (1. XXVII, cap. xlviii), Tacite (1. II, cap. xm), Virgile {Georg., I II, v. 168) les dépeignent comme une race aguerrie, -agile, et habituée à la fatigue. Diodore (liv.V, cap. 59, p. 279), et Végèce (Institutiohum rei militaris, liv. I, cap. i, texte et trad. Nisard, 1849), parlent également de l'audace, de la force et de l'énergie des Ligures et des Espagnols. Silius Italicus nous dit que le Vascon, l'ancêtre du Basque, est rapide dans sa course, Vasco levis (1. X, v. 15) ; que le Gantabre, ancien habitant de la Biscaye et du Guipuscoa actuels, résiste au froid, à la chaleur, à la faim et surmonte toute fatigue.

Toï; ôyw, eiVt o-uvîoTaipvoi, xaî Sià. rijv csvnyjii ppaatav e-jtovoi (Diodore, 1. IV, 20, Dindorf et Millier, coll. Didot).

(Diodore, 1. V, § 59).

Cantaber ante omnes, kiemisque œslusque famisque invictus (Silius Italicus, Les Puniques, 1. III, p. 255, coll. Nisard, éd. Dubochet).

Les habitants .de l'Hispanie, selon Silius (liv. I, p. 60), faisaient facilement le sacrifice de la vie; ils se donnaient volontairement la mort dès qu'ils voyaient leurs forces décroître. Les Aquitains que Florus nous dit être une race rusée (Epit., I. III, cap. x) sont signalés par César (De Bell, gall., 1. III, cap.21) comme étant habiles aux travaiu de défense des places par suite de l'habitude d'exploiter des mines. Ce dernier auteur nous parle de la curieuse institution des Soldures, Soldiiru, a propos d'Adcantuan, chef des Sotiales dont l'oppidum paraît avoir été Sos, au sud -est de l'arrondissement de Nérac, dans le département de Lot-et-Garonne.

Cette institution qui témoigne d'un rare courage, et d'un héroïque dévouement au chef auquel des compagnons d'armes se liaient par un pacte d'amitié, si elle leur permettait de jouir avec lui de toutes les commodités de la vie, leur imposait, dans le cas où ce chef périssait de mort violente, l'obligation de partager sa destinée , ou de se donner eux-mêmes la mort. Et César ajoute que, de mémoire d'homme, aucun de ces guerriers liés par ce pacte d'amitié n'avait hésité à se tuer, son chef ayant péri (I. III, cap. 22).

Les femmes de cette race montraient également une grande énergie. Tacite rapporte qu'une mère ligurienne, qui, lors du sac à'Intemelium, actuellement Vintimille à l'est de Nice, avait soustrait son fds à la fureur des Romains, succomba dans les tortures, se bornant à répondre à ses bourreaux, qu'il était dans ses flancs (Hist., 1. II, cap. 11). Strabon parle de femmes cantabres tuant leurs enfants plutôt que de les voir tomber entre les mains des ennemis. Posidonius. dont Strabon et Diodore de Sicile rapportent le récit, raconte qu'une Ligurienne, employée à travailler la terre de son hôte Charmolaùs de Marseille, s'étant trouvée prise des douleurs de l'enfantement se retira à quelques pas du lieu où elle travaillait, et après s'être délivrée revint se mettre à l'ouvrage, qu'elle ne consentit à quitter qu'après qu'on lui eut payé son salaire. Alors ayant porté le nouveau-né à une fontaine voisine, elle le lava, l'enveloppa comme elle put et le reporta chez elle sain et sauf. Chez les femmes ibériennes, Strabon signale une singulière coutume. Immédiatement après leur accouchement, elles faisaient mettre leurs maris au lit à leur place, et les servaient (voy. Strabon, 1. III. cap. 4, § 17, p. 156-7 ; texte et trad. lat. Huiler et Dùbner. — Diodore de Sicile, L IV, 20, p. 202, texte et trad. lat. de Diudorf et Mùller, coll. Didot). Le récit de Posidonius, ainsi que cette étrange coutume des Ibères, coutume qui, selon E. Cordier, persisterait encore actuellement chez quelques familles de la Navarre, de la Soûle et de la Biscaye, sous la dénomination de coubade ou couvade, autoriseraient peut-être à faire supposer une grande facilité dans la parturition, vraisemblablement en rapport avec une conformation anatomique particulière. En effet, M. Duchenne de Boulogne a signalé chez les femmes de race ibérienne en particulier, chez les Andalouses, chez les femmes de Lima, des incurvations vertébrales et pelviennes notablement plus considérables que chez les femmes d'autres races de notre Europe occidentale (Eugène Cordier, De V organisation de la famille chez les Basques, Paris, 1869, etc., in Revue historique du droit français et étranger, 1868-9. — Duchenne de Boulogne, Étude physioloqique sur la courbure lombo-sacrée et l'inclinaison du bassin pendant la • tmif/n verticale, in Archives générales de médecine, novembre 1860, p. 554 et .-uiv.; et Bull, de la Soc. d'anthr., 2e série, 1. 1, p. 655).

L'examen des ossements humains recueillis principalement soit dans l'ancienne higurie, dans l'Italie septentrionale et les Alpes, soit dans le pays encore occupé par les Basques, considérés comme les représentants, non pas purs, mais les moins mêlés des anciennes populations ihériennes, tout en révélant à Edvv. Sandilort, fîetziu>. MM. Uroca, l'runer-Bey, Cari Vogt, Nicolucci, Virchow et autres observateurs des différences considérables, amène à reconnaître, qu'en général, quoique les crânes recueillis par MM. Broca et Velascoà Zaraus, dans le Guipuscoa, ainsi que COU de Villaro, près de Bilbao en Biscaye, étudiés par M. Virchow, soient pour la plupart dolichocéphales ceux de Gorzano près de Modènc, de Torre de In Maina, de Cadelbosco et de plusieurs autres localités, recueillis ou étudiés par MM. Canestrini, iNicolucci, et Cari Vogt, ceux d'Annecy, d'Hyères, de Camp-Loni;,

près de Grasse, recueillis par M. de Mortillct, M. le duc de Lu vues, .M. Bourguignat, et étudiés par M. Pruner-Bey, ceux de Saiut-Jeau-de-Luz recueillis et étudiés par M. Broca sont des crânes brachycéphales, petits, peu volumineux, arrondis, aux diamètres vertical et bi-mastoïdien considérables, à sutures simples. L'occiput est large vertical, sans protubérance occipitale. Les apopbyses mastoïdiennes sont droites, peu développées. Les arcades zygomatiques sont écartées. La région frontale serait triangulaire et étroite supérieurement, selon M. Pruner- Bey qui regarde ce type très-ancien comme mongoloïde, à tète pyramidale. Selon M. G. Vogl, cette région frontale plus large et plus globuleuse, se ferait remarquer par une légère dépression horizontale située au-dessus des arcades sourcilières, et au-dessous des bosses frontales notablement saillantes et proéminentes. La lace est large et a peu de hauteur. Les orbites sont larges. Les os malaires sont saillants au dehors et en bas. L'arcade alvéolaire supérieure présenterait quelquefois un léger prognathisme. Le maxillaire inférieur a peu de hauteur. Les os des membres, de petites dimensions, témoignent d'une stature peu élevée. Souvent la fosse olécrânienne de l'humérus se trouve perforée. Le fémur peu volumineux, courbé dans le sens antére-postérieur, présente un col court, assez incliné, etc. (Edvard Sandifoit, Muséum anatomicum, t. I, p. 4, Caput usseum Eispani. Lugduno Batavorum, 4 vol. 1795 et 1855. — A. Relzius, Bemerkungen iiber der Schadelform der Iberier, in Archiv fur anat. Physiol., von Muller, 1847, p. 499. — Broca, Sur les caractères des crânes basques; et sur les crânes basques de Saint-Jean-de-Luz, in Bidl. de la Soc. d'anthr., t. III, p. 579 ; t. IV, p. 58, et 2e série, t. III, p. 9 et 45. — Pruner-Bey : Sur les crânes basques; Sur les crânes trouvés à Annecy ; Anciens crânes du type ligure; Étude et description de plusieurs crânes ligures. Sur les caractères du crâne basque, in Bull, de la Soc. d'anthr., t IV, p. 55, t. V, p. 415; t. VI, p. 190, 458 ; 2e série, t. I, p. 442, t. Il, p. 10, etc. — Cari Vogt, Crânes antiques trouvés en Italie, in Bull, de la Soc. d'anthr., 2e série, t. I, p. 88. — Nicolucci, Deux crânes anciens du type ligure, m Bull, delà Soc. d'anthr., t. VI, p. 259 ; et voir aussi : La Styrpe Ligure in ltalia ne' tempori antichi e moderni, Napoli, 1864, in-4. — Virchow, Congrès international d'archéologie et d'anthropologie préhistorique de Paris de 18G7, p. 404).

Selon M. Magitot, les Basques seraient remarquables par la petitesse extrême de leurs dents (Bull, de la Soc. d'anthr., 2e série, t. IV, p. 122).

La plupart des Basques, dont les mensurations céphalomélriques ont été prises sur le vivant par M. d'Abbadie à la demande de M. Pruner-Bey, et par M. Argelliès à la demande de M. Broca, ont également été reconnus brachycéphales ou plus exactement sous-brachycépbales. Leur indice céphaliquc serait approximativement de 85.10 sur 100 (Broca, Pruner-Bey, Bull, de la Soc. d'anthr., t. IV, p. 33, et 2e série, t. III, p. 9, etc.).

Les recherches faites par M. Aigelliès, d'après le tableau chromatique publié par la Société d'anthropologie, sur des habitants des environs de Saint-Jean-de- Luz, ont fait voir que bon nombre d'enlre eux avaient les yeux de couleur foncée, principalement bruns ou jaunes, et que la plupart avaient les cheveux noirs ou d'un brun plus ou moins foncé- Un fabricant de postiches en cheveux me disait que pour fournir aux créoles de l'Amérique du Sud, la plupart de race ibérienne, ne pouvant se procurer des cheveux assez noirs, on faisait teindre artificiellement des cheveux naturels de teintes moins foncées.

CISLTliS.

M. PruQCST-Bey, qui pense que les cheveux dos Basques diffèrent notablement de ceux des peuples appartenant aux autres races de notre Europe occidentale, paraît reconnaître que chez les individus de race pure, ils sont noirs, raides, et présentent à l'examen microscopique une section à ellipse fort élargie presque circulaire, avec ou sans tache centrale (De la chevelure comme caractéristique des races humaines, d'après des recherches microscopiques, in Me'm. de la Soc. d'anthr., t. II, p. 28, etc.).

Tenant compte des remarques faites par M. Boudard, sur le type d*hommes représentés sur les médailles celtibérienr.es, M. de Belloguet indique au nombre des caractères de la race ibérienne une certaine saillie des arcades sourcilières avec le nez faisant suite au front, et s'y rattachant non par une dépression, mais plutôt par une convexité. J'ai également remarqué celte conformation sur une médaille celtibérienne, et aussi sur certain vivant originaire du Guipuscoa (Roget de Belloguet: Ethnogénie gauloise ... , p. 158, etc., Paris, 1861).

Outre ces caractères, en consultant les descriptions données par MM. de Quatrefages, Lunemann, Élisée Reclus, on voit que les Basques, et surtout leurs femmes, qui, souvent mieux que les hommes, conservent les caractères ethniques, se font encore remarquer par leurs yeux grands, vifs et expressifs ; par leur bouche et leur menton finement dessinés ; par leur visage un peu étroit inférieurement ; par leur système musculaire bien développé, bien que leur stature soit moyenne ; parleurs mains et leurs pieds petits et bien modelés, le cinquième doigt étant presque aussi long que le quatrième, selon un fabricant de gants, questionné par moi, sur les femmes de race ibérienne de l'Amérique du Sud; enfin par la belle conformation du cou et des épaules, par suite de la voussure antéro-supérieure du tborax, et des courbures rachidiennes alternatives fortement prononcées dans les régions cervicale et dorsale, comme dans les régions lombaire et sacrée , ainsi que l'a indiqué M. Ducbenne de Boulogne, chez certaines Espagnoles; courbures rachidiennes qui donnent une grande souplesse aux mouvements, une extrême agilité, une grande aptitude aux exercices d'adresse, une belle prestance, une certaine distinction à l'homme, beaucoup de grâce et une certaine élégance à la femme. Les Basques auraient l'instinct de la poésie, de la musique, etc. (De Quatrefages , Souvenirs d'un naturaliste, t. I, p. 243, 1854. — Lunemann, Zeige durch die Hœhgebirge und Thnler der Pyrenœen im Jahre 1822. Berlin, in-8 ; et Voyage dans les l'yre'nées, le pays des Basques, exlr. dans Nouvelles annales des voyages, 1*~»L 2* série, t. XIX, p. 30 et suiv. — Elisée Reclus, Les Basques, un peuple qui s'en va, in Revue des Deuc Mondes, p. 515, 15 mars 1867. — Duchenne de Boulogne, I. c, in Archives gén. deme'd., 1866, p. 534 et suiv.).

En Angleterre, dans un district moiilueiix du nord-ouest du Glamorgansbire, d'après les observations de M. Moggridgc de Swansca, MM. Davis et Tburnam, M. Broca ont rappelé que les bâbitanta qui paraissent descendre des anciens Silures, regardés par Tacite comme de race ibérienne (Agric. vil., XI) présenteraient les caractères suivants : Yeux grands, brillants, de couleur noire ou noisette, cheveux généralement noirs ou d'un brun très-foncé, plats, grisonnant ordinairement assez tard; tête de moyen volume, bien conformée, lace ovale ou triangulaire, pommettes élevées, physionomie exprimant l'adresse et la finesse, taille moyenne l'",08 (Davis et Tlmrnam , Crania Britannica, décade II, p. 53, Lon. don, in-fol. 1857. — Droca, Bull, de la Soc. d'anthr., t. I, p. 52).

Pareillement d'apiès M. [nglts, M. Amédée Pichat signale les cheveux noirs, la nubibté hâtive, et par suite les unions précoces, chez les habitants d'origine espa-

tiir;T. vir. .\[|[. in

gnole ou ibérienne des environs du havre de Dingle, sur la côle sud-ouest du Munster en Irlande, région, où, ainsi que sur certains points du Leinster, des documents tirés de Girald le Cambrien, et Raoul de Diceto, p;ir M. Roget, baron de Belloguel, montrent la présence de Hua-Bhascoines ou enfants des Yascons. Des remarques anthropologiques analogues pourraient sans doute être également faites sur d'autres points de celte île, par exemple sur la côle ouest, aux environs de Gahvay, colonie espagnole, suivant M. Jules de Lasteyrie (Am. Pichat : L'Irlande el le pays de Galles, t. I, p. 400, etc., Paris, 1850. — Roget de Belloguet : Ethnogénie gauloise, 1. c. p. 296. — Bull, de la Soc. d'anthr., 2e série, t. III, p. 118. — Les Ferlions et l'Irlande, in Rev. des Deux Mondes, 15 avril 1867, p. 998).

Selon M. Gilleberl d'Hercourt, dans les Alpes-Marilimes, anciennement occupées par les Ligures, les habitants sont d'un tempérament nerveux ; ils sont encore secs et musculeux, comme au temps de Diodore de Sicile (I. IV, 20, 1. V, 39). Leur physionomie est très-mobile. Les femmes sont en général réglées de trèsbonne heure, mais vieillissent prématurément. L"àge moyen lors de l'apparition de la première menstruation paraît être cliez les jeunes fdles de Toulon , de Marseille, de Nîmes, de Montpellier, observées par MM. Girard, Reynaud , Puech, Courty, approximativement de quatorze ans, quoique, suivant M. Cortéjaréna, les Andalouses soient réglées entre onze et douze ans (Gillebert d'Harcourt, Le Climat des stations hivernales des Alpes-Maritimes, 1870, p. 16, etc. — Girard et Reynaud : statistiques rapportées par Marc d'Espine, Recherches sur quelquesunes des causes qui hâtent ou retardent la puberté, in Archives générales de médecine, 2e sér., t. IX, p. 5-505, Paris, 1855. — Puech et Courty, cilés par Leudet : Congrès médical international de Paris, 1867, p. 164. — Cortéjaréna : Cong. méd. int., p. 221).

Les recherches statistiques de Boudin et de M. Broca sur la proportion relative des exemptions du service militaire pour défaut de taille, el celles de Boudin, sur la proportion relative des recrues de haule laille, 1"',752, taille des cuirassiers, permettent de reconnaître que la plupart de nos départements du Midi, situés le long du littoral méditerranéen anciennement occupé par les Ligures, ou au nord des Pyrénées entre ces montagnes et la Garonne, région anciennement habitée par les Aquilains, présentent un nombre moyen d'exemptés pour défaut de taille, et un nombre moyen de recrues de haute taille. La population virile dans ces deux régions paraît donc être en général d'une taille moyenne (broca, Recherches sur l'ethnologie de la France; Nouvelles recherches sur l'anthropologie de la France, m Mém. de la Soc. d'anthr.., 1. 1, p. I,elc, et t. III, p. 1 47, etc. — Boudin, De l'accroissement de la taille, in Mém. de la Soc. d'anthr., t. II, p. 221-259 ; et Études ethnologiques sur la taille et le poids de l'homme, broch., 1865, ext. du Recueil de mém. de méd. chir. etpharm. militaires).

M. Uerlillou a signalé une mortalité proportionnelle considérable chez les enfants, de un à cinq ans dans nos départements du Midi, principalement du littoral méditerranéen , anciennement occupé par les Ligures. Toutefois, cette mortalité infantile est notablement moindre dans les départements au sud de la Garonne, dans la région habitée par les anciens Aquilains (bYrlillon, la Mortalité des enfants et des adolescents étudiée à chaque âge et dans chaque département, in Acad. de méd.. 4 janvier 1870, Gaz. hehd. de méd. et chir. , 7 janvier 1870, p. U, etc.).

Dans mes remarques ethnologiques sur la répartition des infirmités en France,

basées sur les recherches statistiques de MM. DevoL et Boudin sur les niotiis d'exemption du service militaire, j'ai insisté sur la fréquence relative de la myopie dans la plupart des départements situés au sud de la Durance, du Tarn et de la Garonne, vaste région jadis principalement peuplée de Ligures et d'Aquitains de race ibérienne (Dévot, Essai de statistique médicale sur les principales causes d'exemptions du service militaire, et recherches sur leur fréquence et leur distribution, thèse, Paris, 1855. — Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales, t. II, p. 589, 1857. — G. Lagneau, 1. c, in Mém. de l'Académie de médecine, t. XXIX, 1871, br. in-4, p. 9-10).

Il est encore à remarquer que par suite de la courbure lombo-sacrée considérable, et de la forte inclinaison du bassin, dont, dans la station verticale le détroit supérieur très-oblique soutient imparfaitement la masse des vicères abdominaux, on observe assez souvent chez les femmes de race ibérienne ayant eu plusieurs grossesses, un relâchement notable des parois abdominales, ainsi que M. Duchenne de Boulogne l'a signalé, et que j'ai eu l'occasion de le constater (Duchenne, 1. c, in Arch. générales de méd., 1866, t. VIII, p. 545-7).

MM. Martin et Foley, ont montré par leurs recherches statistiques qu'en général les Européens du Midi , et en particulier les Français de nos départements méridionaux, la plupart d'origine ibérienne , présentaient en Algérie une faible mortalité, et qu'ils devaient être préférés, au point de vue de la viabilité de la race, pour l'œuvre de colonisation. MM. Bertillon et Laveran ont insisté également sur la faible mortalité, et la forte natalité des Espagnols dans celte région africaine. MM. Bouis et Laveran ont fait remarquer que les abcès du foie y étaient deux fois moins fréquents chez les Français et les autres Européens du Midi que chez ceux du Nord. On pourrait donc être porté à-inférer de ces observations que la race ibérienne est assez apte à s'acclimater dans les pays chauds, aptitude qu d'ailleurs semble corroborée par la prospérité relative des colonies hispano-américaines, signalée par MM. Bertillon et Martin de Moussy. Cette aptitude à l'acclimatiment serait d'autant plus remarquable que non-seulement elle semblerait se montrer dans les pays chauds, mais aussi se manifesterait par une résistance fort notable aux rigueurs d'un climat froid. Duranl la campagne de Bussie, en 1812, i. Larrey fut étonné de voir la mort épargner davantage les individus des contrées méridionales de l'Europe que ceux des conlrées septentrionales (Mai tin et Foley, Hist. slatist. de la colonisation algérienne au point de vue du peuplement et de l'hygiène, p. 109-252. Paris-Alger, 1871. — Bertillon, Acclimateme.nt, in Dict. encijcl. des sciences méd., 1. 1, p. 288, 297, etc., elDiscussion sur l'acclimatement, in Hull. de la Soc. d'anthr.,ïte série, t. V, p. 859, elc. — Laveran, Ai.cÉP.iE, in Dict. encycl. des sciences méd., t. II, p. 764, 771, etc. — Bouis, Recherches sur les suppurations endémiques du foie d'après des observations recueillies en Afrique, Paris, 1860, in-8. — Martin de Moussy, Bull, de la Soc. d'anthr,, t. V, p. 948-956. — J. Larrey, Mémoires de chirurgie militaire et campagnes, t. IV, p. 111, Paris, 1817).

Si des principaux documents précédents relatifs aux Silures, Ligures, Aquitains, Basques de race ibérienne, on cherche à former un ensemble, on trouve pour la caractéristique encore peu précise de cette race : un ci âne plus ou moins brachycéphah, à sutures simples, peu volumineux, arrondi, à diamètres vertical et bi-mastoïdien relativement considérables, à occiput large, sans protubérance occipitale, à apophyses mastoïdes peu développées, à arcades zygomatiques larges, à région frontale peu large, mais avec bosses frontales saillantes, séparées par une

légère dépression des arcades sourcilières ; une face large et peu haute, les orbites larges, les os malaircs assez saillants ; un maxillaire inférieur peu élevé, des dents extrêmement petites ; des os généralement peu volumineux ; la fosse oléci anienne de l'humérus fréquemment perforée. — Des cheveux noirs, bouclés, raides ; des yeux bruns, grands, vifs, expressifs ; un teint plus ou moins basané, un nez presque droit, faisant suite au front suivant une ligne plutôt convexe que concave; une bouche bien dessinée ; un menton court mais peu large ; un cou et des épaules bien développées ; une poitrine convexe dans sa partie antéro-supérieure ; des incurvations rachidiennes alternatives très-prononcées, le bassin se trouvant reporté très-obliquement en arrière ; des membres forts, musclés, bien proportionnés ; des mains et des pieds petits et bien modelés ; une stature mojenne ; une grande énergie ; du courage ; une extrême agilité, une grande souplesse ; de la grâce, de l'élégance, etc.

Après s'être longuement arrêté à rechercher les caractères anthropologiques des peuples de race ibérienne, il importe actuellement d'indiquer ceux des peuples immigrés qui vinrent dans nos pays occidentaux des contrées trànsrhénam s, ainsi que l'indique Ammien Marcellin (/. c. xv, 9).

Ces peuples d'oulre-Rhin, sont ceux de race germanique, dont les caractères anthropologiques nous sont indiqués par divers auteurs, principalement par Tacite. Cet historien qui considère les Germains comme indigènes et n'ayant été altérés par le mélange d'aucun autre peuple, quoique très-nombreux, nous les représente comme offrant tous la même conformation : des yeux bleus et féroces, d 's cheveux roux, une haute stature, des corps massifs, n'ayant de vigueur que pour un premier choc, ne résistant ni à la fatigue, ni au travail, ni à la soif, ni à la chaleur, mais au contraire supportant bien le froid et la faim. Chez eux, selon cet auteur, la puberté aurait été tardive ; leurs mœurs étaient sévères. César nous dit qu'ils regardent la puberté tardive comme favorable à l'accroissement de la taille et au développement des forces, et considèrent comme très-honteux pour le jeune homme d'avoir des relations sexuelles avant l'âge de vingt ans.

Ipsos Germanos indigenas crediderim (Tacite, De mor. Germ., II.)

... Qui Germaniœ populos nul lis aliis aliarum nationum connubiis infectos, propriam et sinceram, et tantum sui similem gentem exstitisse arbitrantar. Unde habitus quoque corporum, quanquam in tanto hominum numéro, idem omnibus : truces et cœrulei ocidi, rutilœ comœ, magna corpora, et tantum ad impetum valida : laboris atque operum non eadem patientia : minimeque sitim œstumque tolerare, frigora atque inediam cœlo solove adsueverunt (Tacite, De mor. Germ., IV).

Sera juvenum venus, eoque inexhausta pubertas : nec virgines festinantur

(De mor. Germ., XX).

Quanquam severa illic matrimonia : nec ullam morum partem magis laudaveris (De mor. Germ., XVIII).

Qui diidissime impubères permanserunt, maximum inter suos ferunt tandem : hoc ali staturam, ali vires nervosque confirmari putant. Intra annum vero vicesimum femince nolitiam habuisse in turpissimis habent rébus... (César, De Bello qallico, lib. VI, cap. xxi).

Cette race germanique, à laquelle semblent se rattacher les Goths, auxque s t rocope assigne les mêmes caractères anthropologiques : peau blanche, cheveux blond., grande stature, paraît avoir joui d'une grande fécondité, car Jornandes regarde

la Scanzia, la Scandinavie, ancien pays des Goths comme la fabrique des peuples, la matrice des nations. D'ailleurs Dudon de Saint-Quentin, Guillaume de Jumièges (in Duchenne, Scriptor. norm., p. 62 et 221), Paul Diacre (Historia Longobard., 1. c, ch. n), et plusieurs'autres anciens chroniqueurs cites par M. Depping {Hisl. des Invasio7is des Normands, 1826, Paris, p. 5, 20, 267- 272), s'accordent également à signaler la grande fécondité des habitants du Nord, des peuples de race germanique septentrionale.

roTÔoi. . . Ivjxol yàp âizœj-îç rà coipaTa tl eiai /.ai t«ç xd^aç Savroi, EÙp^x.et; tî xai àya'joizàs o^d;... (Procope, De bello vandalico, 1. 1, § 1 et 2).

.... Scanzia insula quasi officina gentium, aut certe velut vagina nationum (Jornandès, De Getarum sive Golhorum origine et rebns gestis, ch. iv).

Les Cimhres, que Strabon (1. VII, cap. n, § 4), Pline (1. IV, cap. xxvm), Tacite (De mor. Germ., XXYIII) ne paraissent nullement différencier des autres Germains ainsi qu'on l'a vu précédemment, d'après Plutarque, étaient généralement regardés comme de race germanique, vu les grandes proportions de leurs corps et la couleur bleue de leurs yeux. Kcù p&i<rra psv dy.â'Cov-o (Kîuêpovç) Feppavixà yévn xafiqxôvroiv è—L tov âopstov «xîavov slvai toîç ^eyiBetjt twv (7&>uâTwv xaî rç %a.pon6-

■rr-i rîiv èu.ftœzw (Plutarque, Marius, § XI, texte et trad. lat. de Doelmer, coll. Didot).

Ainsi donc les Cimbres semblent devoir être considérés comme des peuples de race véritablement germanique, ainsi que le pensent MM. J.-A.-N. Périer (Fragments ethnologiques, Troisième fragment sur la fraternité entre les Gaëls et les Cymri, Paris, 1857), et Georges Pouchel (Bull, de la Soc. d'antkrop., t. I, p. 27, 1859). D'ailleurs il est bon de remarquer que le nom de Germain n'ayant primitivement été pris, selon Tacite (De mor. Germ., II) que par lesTungres, Tungri, lorsqu'ils franchirent le Rhin, tandis que ceux de Kimmériens et de Cimbres paraissent avoir été connus bien antérieurement, cette race germanique pourrait au moins aussi bien être désignée sous la dénomination de race kimmérienne ou cimbrique.

L'origine germanique d'une grande partie des Belges attestée pàr César (De Bell, gall, 1. II, cap. iv), Tacite (De mor. Germ., II et XXXIII), Strabon (I. IV, cap. ni, £ 4) indique suffisamment leurs caractères ethniques.

Non-seulement le nom de Gaëls , ainsi qu'il a été dit précédemment , semble être analogue à celui de Belges, soit anciennement dans le nord des Gaules, soit actuellement encore dans le pays de Galles ou des Welsh, et en Belgique en partie peuplée de Wallons; non-seulement on peut faire remarquer que, d'après Justin (1. XXIV, g V) et Pausanias (1. X, ch. xix,§5, p. 516), le Brenn ou chef de guerre des Gall-. qui allèrent piller le temple de Delphes, rappelait par son nom de Belgius, BOqtOf, le nom du peuple Delge, Bclgœ, B&yat. Mais, outre la parenté ethnique paraissant a«rir existé entre les Gaëls et les Belges, il faut se rappeler que Diodore de Sicile qui distingue les Gaëls, r«Wt, des Celtes, Ks)-oi, après avoir signalé la parenté des premiers avec les Cimbres qu'on vient de voir être de race germanique, et les avoir considérés comme les plus occidentaux des peuples cimrnériens s'étendant dans les pays maritimes Septentrionaux depuis l'Océan jusqu'à

la S'Uhieou Russie actuelle, remarque que leurs enfants pour la plupart viennent au monde aveedes cheveux blancs, qui, avec l'âge, prennent la couleur de ceux de leurs pères, et qu'eux-mêmes sont d'une taille élevée , ont la carnation molle, la peau blanche et les cheveux blonds. Ces caractères anthropologiques idenliques à ceux des Germains explique comment Strabon, dans un passage relatif à la

nation galliqne, <pviov raMixôv, et aux Germains, insiste sur leur parfaite similitude sous le rapport physique et sous le rapport des institutions, et sur leur communauté d'origine.

Tà Si itoaSia. 7rap'aÙT0tç Sx yEVîr/jç VKvpyji noltà. xceeà to nïtivro-y, irpo%a.ho-na. Sz raXi ïiÀulaiç etçi-ô twv izizrépuv zpûpa tolîç %pàxi; ptTa&ffluàxlÇtvat. . . (Diodore de Sicile, 1. V, ch. xxxn, texte ettrad. de Miot, 1834 et p. 273, Millier et Dindorf, coll. Didot).

Oî Si TaXarat toï; jxèv ffwi/aa-iv etfftv sùpôxgt; rat; Sz aa.p\i xaâuyooi xal ).evxoî, raïs rr, <fi>asi Si xôt/caç... Ix yva-ewç ÇavSoi... (Diodore, 1. V, ch.xxvm).

. ..xat yàp rjj ipv<yei xal toîç 7ro).iTsvf«c<7iv i'j.tptpsïç tlai xal <7uyy£veîç àl).^),oiç o-jtoi

(Strabon, 1. iv', cap. iv, §2, p. 163, coll. Didot).

Ammien Marcellin qui nous montre les Gaëls, les habitants des Gaules, jeunes ou vieux, à tous âges, aptes au service militaire, bravant avec leurs membres endurcis par la gelée et par le travail assidu, d'un cœur également ferme , les plus grands périls, insiste aussi sur la stature élevée, sur la blancheur de teint , la chevelure rouge, le regard faroucbe, le caractère altier et belliqueux de la plupart d'entre eux, ainsi que sur la force, les yeux verts, les volumineux bras, d'un blanc de neige, de leurs femmes qui, le cou gonflé, frémissantes de colère, frappent des pieds et des mains comme avec des catapultes.

Ad militandum omnis cetas aptissima : et pari pectoris robore senex ad production ducitur et adultus, gelu duratis artibus etlabore adsiduo,multa contempturus et formidanda (Ammien Marcellin, 1. XV, ca«p. xn, p. 45, coll. Nisard).

Celsioris staturœ et candidi pœne Galli sunt omnes, etrutili, luminumque torvitate terribiles, avidijurgiorum et sublatius insolescentes. Nec enim eorum quemquam adhibita uxore rixanlem, mullo fortiore et glauca , peregrinorum ferre poterit globus : tum maxime cum Ma inflata cervice suffrendens, ponderansque niveau ulmas et vantas, admistis calcibus emittere cœperit pugnos, ut ca. tapidtas tortilibus nervis excussas (AmmienMarcellin, 1. c, 1. XV, cap. xn, p. 45).

Tite-Live parle fréquemment des Galli, Gaëls d'Italie, et des Galates d'Asie Mineure, comme d'hommes à la stature élevée, gigantesque; aux cheveux roux, au teint blanc, d'une constitution charnue et molle, d'un courage impétueux et téméraire, les portant à s'exposer nus aux coups de l'ennemi ; d'un caractère irascible; aptes à supporter le froid et l'humidité, mais ne résistant ni à la soif, ni à la chaleur, ni à la fatigue. Virgile, Silius Italicus, Glaudien et beaucoup d'autres auteurs s'accordent également à donner aux Gaëls, Galli, une chevelure blonde, dorée, ot une peau remarquablement blanche.

Procera corpora, promissœ et rutilatœ comœ.... si primum impetum , quem fervido ingénia et cœca ira effundunt, sustinueris; (luunt sudore et lassitudinc membra , lobant arma ; mollia corpora , molles ubi ira consedit animos, sol, pulvis , sitis , nt ferrum non admoveas , prostemunt (Tite-Live, Hist. font., I. XXXVIU, cap. xvn, p. 50-52, texte et trad., D. Durcau de Lamalle et Noël).

... Sunt fusa et candida corpora, ut quœ nunquam, nisi in pugna, nudentur : ita et plus sanguinis e imita carne fundebatur, et fœdiorespatebantplagœ, et candor corporiim magis sanguine atro maculabalur (1. c, 1. XXX\ 111, cap. xxi, p. 66).

. . . Aspeclus virorum lerrebal, qui eximiaspecieet magnitudine corpoi «m. . • ? (1. XX, cap. XM , p. 454).

... Ex his (Germanis) Gallisque caplivi forma, siaturaque, corporis ingenti... (1. XX, cap. i.v, p. 476).

CELTKS.

... Gens, humorique ac frigori assueta, cumœstu et angore vexati . . . , more

rentur... (1. V, cap. xlviii, p. 178).

Aurea casaries ollis [Gàllîs] nique atirèa vcstis Virgntis lucent sngulis ; tum lacten colin Aura innectuntur.

(Virgile, Enéide, 1. VIII, vers 658-GGO, p. 500, coll. Nisard.)

Obcumbit Surmens, flavmn qui ponere victor Cœsnriem crinemque tibi, Gradive, vovebnt Aura certnnlem, et rutilum sub verli.ce nodum.

(Silius Italicus , Les Puniques, t. IV, v. 201-3, p. 267, coll. Nisard.) ... Tum flnvn rcpexo ■ Gullia crine ferox...

Claudien, Éloge de Stilicon, 1. II, p. G51, coll. Nisard. Yoy. aussi Invectives contre Rufin, I. II, p. 573.)

Suivant Martial, les Bretons, qui, avant de donner leur nom à la Grande-Bretagne, habitaient, selon Pline (ilist. nat., Y. IV, cap. xxxi), auprès des Ambianiens, c'est-à-dire dans les environs d'Amiens, dans la Gaule belgique, auraient eu également les yeux bleus et les cheveux blonds. Tacite , comme preuve do l'origine germanique des habitants delà Çalédonie, ancien nom de l'Ecosse signifiant montagnes des Caëls, Caeldun, signale leur chevelure rouge et leurs membres volumineux (Tacite, 1. c, Agricolœ vita, XI).

Si, dans les poésies d'Ossian, il paraît être exceptionnellement parlé de cheveux blonds de quelques personnages entre autres de Coalt , de Crimora (Poésies galliques, trad. de l'anglais de Macpberson par Letourneur, 1. c, t. I, p. 67, 1. II, p. 76), un vieux poëme irlandais, rapporté et traduit par O'Connor, mentionne aussi la chevelure blonde de ces montagnards. En outre, l'épitbète de cinkfionxan, signifiant lètes hlanches, c'est-à-dire d'un blond très-clair, aurait été donnée, selon Keating et M. Prichard, aux anciens Fiibolgs ou Belges d'Irlande, et en particulier à un de leurs rois nommé Fiacha ciïsiNFioniNAN (Prichard , Hist. nat. de l'homme, trad. deRoulin, t. I, p. 264).

Clnudia cœruleis quum sit liufina Dritnnnis Edita...

(Martial, t. XF, f p. un, De Claudia liufina, coll. Nisard, éd. Dubochct, p. 514.) A eolcoa albai.\ due Vos Docli Albaniœ totius

A «HLCiCH feta , FOLT-Bi'iiuiE. Vos Exercilus perilorum , flavi comatorum.

(O'Connor, Herum hibernicarum scriplorcs veleres, p. CXXI, 1814.)

Peut-être devrait-on rapporter aux Germains et aux Gaëls en particulier les remarques , d'ailleurs assez contradictoires , de Galien et de Yégcce. Tandis que Galieri recommande de s'abstenir de saignées abondantes cbez les personnes qui ont Ja peau blanche, une constitution molle, et qui transpirent facilement, Végèce dit que iéf peuples septentrionaux ont moins de jugement , mais qu'emportés par le sang dont ils abondent, ils vont aux combats avec impétuosité. Aussi conscillel-il de tirer les levées de ces climats tempérés où le soldat ail assez de sang pour mépriser bs blessures et la mort, et où l'on trouve aussi celle intelligence qui maintient |e bon ordre à la guerre et qui n'est pas moins utile dans les combats que dans les COWeîls (Galien., De curandi ratione per snmpiinis niissionrm, t. VI, cap. I.", p. 10. df |'éd. m fol., Vcnetiis, 1565. — FlttV. Yegelius RonaluS, Inttitutontm rci mUilarix, I. f, cap. ir, p. 660, texte cl collcct. Nisard).

Les anciens se montrent souvent surpris de Fin Irépidilé Héroïque des Gaèls.dcs Gaulois. Pausamo», lors du sac de Delphes par les Gaulois, signale la résistance opiniâtre dccerlain- guerriers , les plus grands, les plus vigoureux , qui, assaillis

/b0 CELTES.

de tous côtés , la plupart blessés, entouraient le Brenn. Ce même auteur, Diodore de Sicile et Justin nous disent aussi que ce Brenn, également blessé, après avoir rallié son armée, après avoir remis le commandement à son lieutenant, se donna la mort d'un coup de poignard (Pausanias, Phocide, 1. X, cap. xxm, £ 2, n° 12, p. 523-4, Dindorf, coll. Didot. — Diodore de Sicile, 1. XXII, ix. — Justin' 1. XXIV, c. vin).

Si Tacite signale les mœurs sévères des femmes germaines {De mor. Germ., XVIII), Tite-Live et Plutarque insistent longuement sur la cbasleté des femmes Gimbres, des Gala tes Camma et Chiomara (Tite-Live, Hist. rom. , 1. XXXVIII, c. xxiv. — Plutarque, M-arius, XXVII, p. 502, et De mulierum virlutibus] XX-XXI, etc., p. 318-9, coll. Didot). Ainsi que ce dernier auteur, Florus et G. Orose rapportent qu'après la défaite de leurs maris et de leurs frères dans les plaines de Vercellœ , Verceil, les femmes Cimbres n'ayant pu obtenir de Marius d'être attacbées comme esclaves aux Vestales afin de se soustraire à la brutalité des soldats, ut sibi inviolata casLitate, tuèrent leurs enfants, s'entreluèrent, se pendirent avec leurs propres cheveux aux arbres, aux jougs de leurs chars, ou trouvèrent la mort en s'altachant par le cou aux pieds de leurs chevaux. L'une d'elles fut trouvée pendue avec ses deux fils pendus à ses pieds (Florus, Epitome, 1. 111, cap. m, p. 75, Argentoratum, 1810. — Paulus Orosius, Hist. lib., 1. Y, cap. xv, folio lxiii, Parisiis, 1524).

A la race germanique septentrionale, de grande stature, à laquelle appartenait le fameux Tbeutoboch Theutobochus, l'infortuné chef des Tenions, dont la taille gigantesque dépassait les trophées au triomphe de Marius, Tbeutoboch qui, selon Florus (I. III, cap. m) franchissait d'un saut six chevaux rangés de front; à cette race, de laquelle dépendent, selon M. legénéial Renard, M. Holtzmann, MM. Acker Straling, Sasse, et beaucoup d'autres anthropologistes, les Gaëls ou Gaulois, aux cheveux blonds, dont les auteurs anciens, entre autres Tite-Live (liv. VII, cap.xxiv), indiquent les grandes proportions en leur appliquant l'épithète injurieuse de belluœ, ordinairement usitée pour désigner de grands mammifères ; à ces peuples gaulois, belges, cimbres, kymris, ou germains septentrionaux, sont généralement rapportés les ossements grands et volumineux des anciens dolichocéphales de nos pays occidentaux (G. Renard, Lettres sur l'identité des Gaulois et des Germains, in Bull, de l'Académie de Belgique, 1856, t. XXIII. — Holtzmann, Kelten und Germanen, Heidelberg, 1855. — Acker Strating, cité par Sasse, Bull, de la Soc. d'anthrop., t. VI, p. 276).

Indépendamment des dolichocéphales de types spéciaux, comme celui de Néanderthal, comme ceux des Eyzies et quelques autres, précédemment mentionnés, qui sembleraient se rattacher à d'anciennes races particulières, sans entrer dans la discussion soutenue contradictoirement par M. Rroca et par M. Pruner-Bey sur l'antériorité ou la postériorité par rapport à la race brachycéphale précédemment décrite, de la race dolichocéphale, de haute stature, répandue principalement dans le nord de notre Europe occidentale, on peut remarquer que les dolichocéphales paraissent y avoir existé très-anciennement, ainsi que le constate M. Pruner-Bey en admettant leur présence dès l'âge de la pierre polie, ainsi que l'établit M. Broca en démontrant leur coexistence non-seulement avec le renne, mais avec le mammouth et autres grands mammifères fossiles. Des crânes dolichocéphales ont ainsi été recueillis dans les îles Britanniques par M. Thurnam dans les long barroivs de l'âge de pierre de Norton, de Fyfield, de Figheldean et de Tilshead ; — en France, dans le Lchm d'Eguisbeim, non loin d'une molaire à'Eleplias primigenius, dans

le département du Haut-Rhin, par M. Faudel ; — dans une carrière de Clichy, avec des ossements d'éléphant et de rhinocéros, par M. Eugène Bertrand ; — dans la caverne de Sorgue du Larzac, dans le département de l'Aveyron, par M. de Sambucy ; — dans la grotte sépulcrale d'Aubussargues, avec des objets en pierre taillée, dans le département du Gard, par M. Àurès; — dans la caverne-abri de Lafave, à Bruniquel, par M. Brun; — dans l'allée couverte ou long barrow de risle-Àdam, exploré par M. Serres, monument primitif analogue à celui de Chaînant fouillé par M. le comte de Lavaulx dans le département de l'Oise, et à celui d'où provenaient également les anciens crânes dolichocéphales de Bellovaques, dont M. Pruner-Bey a donné les mensurations crâniométriques ; — sous le monument mégalithique de Yauréal, dans le département de Seine-et-Oise, par M. de Caix de Saint-Àymour ; — dans le round barrow et le cromleckh de Mainlenon, par MM. Lamy et Leguay ; — dans le coffre de pierre ou stone cist, stone coffin du jia>e Beker>os, butte du crieur de nuit de Quiberon, par M. de Closmadeuc ; — dans le tumulus de Genay, dans le département de la Côte-d'Or, par M. Bruzard; et dans maintes autres sépultures anté-historiques, ou au moins fort anciennes. (Pruner-Bey et Broca, Question anthropologique, in Congrès intern. d'archéol. et d'anthrop. préhislor., p. 545-550 et 567-402, et Bull, de la Soc. d'anthrop., 2esér., t. III, p. 454 et 584, etc. — Thurnam, Crânes Bretons et Gaidois ; crânes extraits des long barrows de la Grande-Bretagne, in Bull, de la Soc. d'anthr., t. V, p. 595; 2e sér., t. II, p. 557, 676, et t. III, p. 667, etc. — Serres, Comptes rendus de l'Ac. des sciences, 2e sem., 1854, t. XXIX, p. 514; voy. aussi 2e sem., 1855, p. 518, et Bull, de la Soc. d'anthrop., t. IV, p. 587. — Pruner-Bey, Bésultats de crâniométrie, in Mém. de la Soc. d'anthrop., t. II, tableau 2, Bellovaques. — Faudel, Découverte d'ossements humains fossiles dans le Lelmi de la vallée du Rhin, à Eguisheim,près de Colmar, in Acad. des sciences, 22 oct. 1866; mBidl. de la Soc. géologique de France, janvier 1867, n° 1 ; in Bull, de la Soc. d'anthrop., 2e sér., t. II, p. 129. — Voy. les Bull, de la Soc. d'anthrop. pour les crânes présentés et mesurés par Pruner-Bey, Broca, Hamy, Berfillon, et découverts par Eugène Bertrand, 2e sér., t. III, p. 529, 574, 408; par de Sambucy, l'e sér. t. VI, p. 29 et 492; par Aurès, 2e sér., t. I, p. 20|, 206; par Brun, 2e sér., 1. 1, p. 48, etc.; par de Lavaulx, 1» sér., t. IV, p. 513 ; t. V, p. 5 et 656 ; par de Caix de S lint-Aymour, 2e sér., t. II, p. 664 et 685 ; par Lamy et Leguay, lre sér., t. V, p. 884, etc.; par de Closmadeuc, lre sér. t- VI, p. 74, etc.; par Bruzard, 2e sér., t. IV, p. 89, 91, etc., etc.).

D'ailleurs ces crânes dolichocéphales se montrent en proportion encore plus considérable dans les sépultures de nos départements du Nord à partir de l'invasion des Francks, également d'origine germanique septentrionale; ainsi qu'en témoignent ceux recueillis à Hardcnthum, près de Marquise, dans le département du Pas-de-Calais, par MM. Haîgnéré et llamy ; à Clielles et à Champlieu, près de Pierrefonds, dans le département de l'Oise, par M. Broca; à Clayes, dans celui d'Eure-et-Loir, par M. de Belfort; à Chouy, dans le département de l'Aisne, par moi, etc. Hlarriv, Bull, de la Soc. d'anthrop., 2e sér , t II p 26l> et l III p 25. - Broca, /;„//., {* gér., t. IV, p. 464, 5U, et 2* sér., 't. III, p. 60. — De Belfort, Bull., 2' sér., t. III, p. 205, 280. -Lagneau, Bull., 1- sér., t. VI, p. 496, etc.).

L'étude «téologiqpe de ces grands dolichocéphale permet de leur assigner comme caractères ethniques, non-seulemeul la dolicbocéphalie et de «randes proportions, mais un front large, droit, un peu fuyant vers le haut, des bosses parie-

laies situées en arrière, un occipital saillant postérieurement, à | artie inférieure presque horizontale, des apophyses masloïdes peu volumineuses, peu saillantes extérieurement et dirigées en avant ; des arcs zygomatiques peu écartés ; une face haute, orlhognathe ; des orhites hautes, modérément larges ; des os malaires peu saillants; des maxillaires supérieurs hauts et droits; une mâchoire inférieure haute et massive ; des humérus longs, volumineux, ne présentant pas de perforation de la fosse olécranienne ; des fémurs longs, volumineux, peu courhés antéropôstériéurement, à col long, épais et horizontal; etc. (voy. les caractères du tvpe dolichocéphale regardé comme celtique par M. Pruner-Bey , Bull, de la Soc. d'anthr.,t. V, p. 079 ; t. VI, p. 462 ; 2e sér., 1. 1, p. 455, etc., aipsî que ceux du type dolichocéphale mérovingien observé par M. Broca, 2e sér., t. 111, p. 58 < i ailleurs).

MM. Lebret, Broca et Gratiolet ont rappelé que, d'après MM. Aitken Meigs, E. Huschke, la capacité crânienne dans la race germanique serait en général considérable ; cette grande capacité crânienne et le poids élevé de l'encéphale paraisraissant d'ailleurs se trouver en rapport avec la haute stature de cette race (Lebret , Rapport sur la collection de crânes humains de l'Acad. des science* de Philadelphie (coll. deMorton), in Comptes rendus et Mém. de la Soc. de Biologie hum., p. 89, 1857, publiés en 1858. — Aitken Meigs, Catalogue Âcad., Philadelphie, 1857, p .17; et p. 257 deNottet Gliddon, Indigenous Races of the Earth, Philadelphie, 1857, iu-8. — Emile Huschke, Sehadel, Hirn und Seele nach Alter, Geschlecht und Race, Iéna, 1854, in-folio, 5, GO. — Broca et Gratiolet, Discussionsur le volume, le poids et la forme du cerveau, 1861, in Bull, de la Soc. d'anthrop., t. II, p. 185, 420, 452, 441-445).

Après l'indication de ces caractères ostéologiques, il importe de rappeler les principaux caractères signalés par divers observateurs sur les représentants actuels de cette race grande, blonde et dolichocéphale de notre Europe occidentale, sur les descendants de ces Belges, Cimbres ou Cymris, auxquels M. Périer reconnaît une origine germanique, de ces Gaulois que M. Boget de Belloguet rapproche aussi du type germanique (Périer, Fragments ethnologiques, 5e fragm., p. 03, 82, elc. — Boget de Belloguet, Ethnogénie gauloise, p. 509, conclusions 1, 2. 5, etc., 1801).

Les habitants de la West-Frise nous rappelleraient encore de nos jours, les caractères anthropologiques des anciens Germains, décrits par Tacite. Les « hommes d'une taille communément élevée, plus svelte que large, aux épaules un peu étroites, suivant M. Lubacb, ont le visage ovale et allongé, le nez ordinairement grand, droit ou un peu courbé, avec la pointe descendant un peu plus bas que les ailes ; souvent la mâchoire inférieure n'est pas aussi avancée que la supérieure. Ils ont les yeux bleus ou gris, les cheveux jaunes, blonds ou d'un brun clair, la peau d'une blancheur éclatante surtout chez les femmes » (Lubach, Les Habitants de la Néerlande, in Bull, de la Soc. d'anthrop., t. IV, p. 493-494 |.

En Flandre, M. Vander-Kuitlere retrouverait fréquemment le même type, aux cheveux presque blancs dans l'enfance, blancs ou châtains à l'âge adulte, aux yeux clairs, au teint frais (Rech. sur l'etlinol. de lu Belgique, p. 00, 1872).

William Edwards assigne à peu près les mêmes caractères aux Kymris qui auraient peuplé, suivant lui, principalement le Nord de notre pays. « La tôle, dit ce savant observateur, est longue, le front large et élevé ; le nez recourbé la pointe en bas, et les ailes du nez relevées; le menton est fortement prononcé en avant. Les cheveux sont en général légers; et la taille est très-élcvée et très-grêle u

[Fragment, d'un Mémoire sur lesGaëh, iïtMém. de la Soc. ethnologique, t. II, Ire partie, 1845. p. 18, etc.).

Quelques recherches de M. Beildoe, de Clifton, sur la coloration des yeux et des cheveux chez les habitants de quelques localités du nord de la France, tendraient à montrer que, malgré le mélange avec les races occupant antérieurement le pays, les immigrants blonds, à yeux bleus, d'origine germanique, y comptent encore de nombreux représentants. Selon cet anthropologiste, il en serait de même dans quelques comtés du midi de l'Irlande; vraisemblablement par suite de la présence des descendants des anciens Firbolgs et aussi des Anglo-Saxons, et de nombreux immigrants flamands (Bull, de la Soc. d'anthrop. , t. VI, p. 507, et t. II, p. 50*2-507). Quoique les clans celtiques du nord de l'Irlande immigrés dans les montagnes occidentales d'Fcosse aient dû mêler leur sang avec celui des anciens Calédoniens aux cheveux roux, mentionnés par Tacite (Agric. vit., XI), selon Prichard, actuellement encore dans certains districts particuliers et dans quelques vallées du haut pays, on remarque que la majorité des habitants a les cheveux roux (Prichard, Hist. nat. de l'homme, trad. de Houlin, t. I, p. 264-705 ; Paris, 1845). Pareillement M. Mac Lean décrit dans ces montagnes un type de grande stature, dolichocéphale, à face allongée, à nez proéminent, à menton un peu trapézoïde, aux yeux souvent gris, ou bleu gris, aux cheveux d'un jaune roux, etc. (On the Comparative Anthropologg of Scotland, in The Anlhropological Review julg, 1806, t. IV, p. 219).

Un marchand de postiches en cheveux me disait que l'on tirait d'Allemagne beaucoup de cheveux blonds, jaunes, roux, généralement gros ; qu'en Belgique, principalement dans les environs de Courtray, se faisait un grand commerce de cheveux généralement de mêmes teintes, mais peut-être un peu plus fins; enfin que dans le nord de la France, surtout dans le voisinage du Catelet, petite ville du département de l'Aisne, dans laquelle pour cette région se concentrait cet étrange commerce, on trouvait également beaucoup de chevelures blondes. Suivant M. Paul Parfait, delà Belgique, qui annuellement fournirait 8,000 kilogrammes de cheveux, proviendraient les plus fins et les plus blonds, mais ils seraient peu abondants, puisqu'eu moyenne il faudrait douze chevelures pour égaler un kilogramme, c'est-à-dire le double qu'en Italie. Ce peu de poids deschevelures hlondesde Belgique tiendrait-il à l'état de misère portant atteinte au développement physiologique des cheveux, ou engageant h:s malheureuses femmes à les vendre avant qu'ils aient eu le temps de croître? On serait porté à le penser, du moins pour les cheveux provenant des pauvres villages des Flandres, Vlaandcren, lorsqu'on voit les commerçants en chevelures distinguer les cheveux maigres sous la triste dénomination de cheveux de la faim (P. Parfait, Les Chasseurs de chevelures, in le Siècle, 50 mai 1866).

Selon M. Pruner-lJey les cheveux blonds appartenant aux individus de race germanique présenteraient une section ovale et régulière (De la chevelure comme caraciér istîque des races, n° 22 ; in Mcm. delà Soc. d'anthr., t. II, p. 26).

Par suite d'une ossature massive, les extrémités des membres, dans la race germanique, mot généralement grosses et foi tes. Un fabricant de gants me signalait Ifi volume considérable des mains, surtout des poignets, cl moi-même j'ai lait la même remarque rhez quelques femmes blondes du nord de l'Allemagne.

M. Dochetnw (dé Boulogne) en Observant chez certains habitants de nos départements du Nord, en particulier chez ceux d'Andiescllc, près de Houlogne, les grandes dimensions des mains et des pieds plus ou moins plats, une certaine rectitude du racbisel du bassin, aux courbes peu accentuées, donnant un peu de rai-

(leur à la démarche; M. Giralclès, en remarquant la forme en pain de sucre plus conique qu'hémisphérique des seins des nourrices de nos déparlements du Nord- Est, paraissent également avoir signalé quelques-uns des caractères propres aux descendants des Belges d'origine germanique (Duchenne, Étude physiologique sur la courbure lombo-sacrée, in Archives de médecine, 1866, t. Ylll, p. 544. — Giraldès, Bidl. de la Soc. d'anthr., 2e série, t. I, p. 637).

M. Iluschke constate qu'en général les Allemands ont le tuhe digestif plus long et à parois plus épaisses et plus musculeuses que les hahilants de la France, ce que d'ailleurs il attribue à leurs aliments habituels plus abondants et plus lourds. Quoique depuis les expériences de Herbst (de Gœttingue), sur la capacité pulmonaire, les recherches spirométriques ou pneumalométriques de MM. Hulchinson, Arnold, Bonnet, résumées par M. Béclard, aient montré qu'en général cette capacité est en rapport avec la taille, M. de Jouvencel, qui s'appuie également de l'opinion de M. Henri Martin, insiste sur le grand développement des organes digestifs, et le moindre développement relatif, non pas absolu, des organes respiratoires chez les Allemands, dont la conformation thoracique motiverait en Prusse la forme aplatie, peu bombée des cuirasses usitées dans l'armée. M. Godron remarque également chez les Alsaciens, contrairement à ce que l'on observe chez les Lorrains, que les organes digestifs prédominent sur les organes respiratoires, et, insiste sur quelques autres caractères différentiels physiques, intellectuels, artistiques, comme l'aptitude musicale, qui sont sans doute propres à la race germanique (E. Iluschke , Traité de splanchnolologie, trad. franç. par Jonrdan, t. V de Y Encyclopédie anatomique. Paris, 1845, in-8, p. 61, cité par Godron, Études ethnologiques sur les origines des populations lorraines. Nancy, 1862, p. 37-38, broc. in-8. — Herbst, Capacité du poumon dans l'état de santé et de maladie, in Archiv fur Anatomie und Physiologie , 1828, et Arch. génér. de méd., t. XXI, p. 412-8, 1829. — Ilutchinson , On the Capacity of the Lungs and on the Respiratory Functions, in Transactions of the Med. Chirurg. Society of London, t. XXIX, 1846, et Thorax, mTodd's Cyclopediaof Anal. andPhys. 1850. — Arnold, Ueber die Athmungs-Grôsse des Menschen (De la capacité respiratoire de Vhomme), Ileidelberg, 1855. — Bonnet, Application du compteur à gaz à la mesure de la respiration, in Compt. rend, de l'Acad. des sciences, t. XLI1 et XLIll. — Béclard, Traité élémentaire de physiologie humaine , 5e éd. p. 359, etc., 1866. — De Jouvencel, Bull, de la Soc. d'anthr., t. 11, p. 465).

Basées sur les documents statistiques recueillis par MM. Uevot, Sislach et Boudin, les recherches elhnologiques de M. Broca sur les exemptions du service militaire pour défaut de taille en montrant que dans nos départements du Nord-Est correspondant à l'ancienne Gaule Belgique, la proportion des exemptés est beaucoup moindre que dans la plupart des autres départements de la France, et surtout quedansccux du centre et de notre Bretagne, faisant partie de l'ancienne Gaule celtique, met en évidence l'influence des immigrants germaniques de haute stature sur la population encore existante. Pareillement Boudin, en étudiant la répartition proportionnelle des recrues de grande taille, de plus de lm,732, taille des cuirassiers, a mis à même de reconnaître que les Belges ou Gaèls, dont les anciens nous signalent la grande taille, ont encore de nombreux descendants dans nos départements du Nord-Est, qu'ils peuplèrent en partie, tandis qu'ils ne se répandirent vraisemblablement qu'en petit nombre dans les autres régions de la Gaule, à laquelle ils donnèrent leur [nom (Dévot, Essai de stat. médic sur l 'es principales causes d'exemptions du service militaire. . thèse. Paris, 29 août 1855.

— Sistach, Études stat. sur les infirmités et le défaut de taille considérés comme causes d'exemptions du service militaire, mRec. demém.de méd. chir. et pharm. militaires, 5e sér. 1 802, p. 553, elc. — Boudin, | Traité de géographie et de statistique médicales, 1857 ; Études ethnologiques sur la taille, mRec. de mém. de méd. chir. et pharm. militaires 1 805 ; et De V accroissement de la taille, î ii Mém. de la Soc. d'anthr., t. II, p. 229, etc. — Broca, Rech. sur l'ethnologie de la France, et nouv. rech. sur l'anthropologie de la France, in Mém. de la Soc. d'unihr. t. I, p. 1-56 et t. III, p. 147-209).

D'ailleurs la croissance dans la race germanique se prolonge bien au delà de la 20e année. En Belgique, d'après M. Quélelet, les habitants grandissent au delà de la 25e année. De lm,675 à 25 ans la taille moyenne de l'homme s'élèverait à 50 ans à l",684. Dans le duché de Bade, en 1840, selon M. Cliampouillon, les conscrits de 1858, exemptés pour défaut de taille, ayant de nouveau été mesurés, furent pour la plupart trouvés notablement grandis. En Autriche, M. Liharzik, cité par Boudin, a également constaté l'accroissement progressif de la taille jusqu'à 25 ans (Quételet, Mémoire sur la croissance, in Annales d'hyg. et de méd. lég., 1851, t. VI, p. 96 et 105 ; voy. aussi 1855, t. X, p. 19. — Cliampouillon, Étude sur le développement de la taille. . . , in Rec . de mém. de méd. chir. et pharm. militaires, 5e série, t. XXII, p. 240, 1869. — Liharzik, in La loi de la croissance et de la structure de l'homme. Vienne, 1862, in-4, p. 7 à 10. — Boudin, Étud. ethn. sur la taille, l. c, p. 50 du tir. à part).

La puberté n'est pas hâtive en Alsace, disent MM. Stœber et Tourdes, ainsi que le remarquait Tacite dix-huit siècles auparavant, à propos des Germains (cap. XX). En effet, chez les femmes de la race germanique, la menstruation paraît se manifester assez tardivement. D'après les documents statistiques relatifs à l'âge moyen, lors de la première menstruation, de 1 ,941 jeunesiillesblondes,observéesparM.Louis Mayer Cde Berlin), de 1 57 filles de Gœttingue observées par Osiander, de 5,840 filles de Copenhague observées par M. Bawn et Leog, de 1,249 Alsaciennes observées par MM. Slolz et Lévy et aussi de quelques jeunes tilles blondes observées à Paris par M. Brierre de Boismont, et quelques autres médecins, cet âge moyen de la puberté féminine devrait être approximativement d'au moins 16 ans. Le développement tardif de la race germanique explique pourquoi, en Saxe, la loi ne permettrait pas le mariage des filles avant 18 ans, deshommes avant 21 ans, ainsi que l'indique M. Bertillon (LouisMayer, Exposé statistique de la menstruation dans /' 'Allemagne septentrionale, in Congres méd. international de PariseniSGl , p. 212, 1868. — Osian- (fer, Diss. inmed. defluxu menslruo atque uteri prolapsu, in-4, Gœttingue, 1808, et bmkvmrdigkeilen fiïr die lleilhunde undGcburtshulfe, nov. i 795. — Ravvn, Bibliolhek for Lœgcr, janv, 1850 ; sa statistique et celle de Léog ont été publiées par

Tilt, in Monlhly Journal of Médical Science, 1850, t. XI, p. 289 et suiv. Stolzet

Lévy; voy. Stœber et Tourdes, Topographie et IJist. méd. de Strasbourg et du iép. du Bas-Rhin, 1864, p. 267-8. — Bricric de Boismont, De la menstruation, in Mém. del'Acad. de méd., t. IX, p. 104, etc. Paris, 1841. — G. Lagneau, Rech. comp. mrja mcnstruat. sous lerap. ethnolog., in Congrès méd. int. de 1867, J. c. p. 170, etc. — Bertillon, art. Maiiiage, in Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, p. 19, 1872).

I)>:s recherches sur la répartition départementale des exemptions du service militaire, non plus pour défaut de taille, mais pour certaines infirmités, de ces recherches basées sur les documents statistiques donnés par MM. Devol, Boudin, Sistach, Magitot, il m'a paru résulter que les habitants de nos département! du

Nord et surtout ceux qui correspondent à l'ancienne Normandie, se faisaient en général remarquer, non-seulement par leur taille élevée mais aussi par une proportion assez considérable d'exemptés pour mauvaise denture, pour myopie, hernies, varices, varicoeèles ; dernières affections dont la fréquence serait, selon M. Broca, moins le fait d'une prédisposition héréditaire pathologique que de la haute stature moyenne de ces habitants, les individus de grande taille étant plus disposés que les autres à la dilatation des veines des régions sous-diaphragmatiques (Dévot, l. c. — Boudin, l. c. — Sislach, l. c. — Magitot, Recherches ethnologiques et stat. sur les altérations du système dentaire, in Bull, de la Soc. d'anthr. lie sér. , t. II, p. 79. — Broca, L'ethnologie de la France au point de vue des infirmités, mRevue dts cours scientifiques, 5 avril 1869, p. 285, lre col. — G. Lagneau Quelques remarques ethnologiques sur la répartition de certaines infirmités en France, in Mém. de VAcad. de méd., 1871, t. XXIX).

MM. Martin etFoley, ont montré que les Européens du Nord en général et que les Français de nos départements septentrionaux en particulier, la plupart d'origine germanique, présentaient en Algérie une mortalité plus considérable que les Européens du Midi, et que les Fi ançais des départements méridionaux, la plupart d'origine ibérienne. M. Bertillon a également insisté sur la grande mortalité et la minime natalité des immigrés allemands dans notre colonie d'Afrique. Tandis que 1,000 vivants d'origine espagnole présenteraient 46 naissances pour 50 décès, 1,000 vivants d'origine allemande ne donneraient que 51 naissances pour 56 décès. MM. Bouis et Laveran ont montré que, en Algérie, les Français du Nord , et les Européens des régions septentrionales principalement de race germanique étaient deux fois plus prédisposés que ceux du Midi aux abcès du foie dans le rapport de 158 à 71. De même, selon M. de Sémallé, nos soldats des départements du Nord-Est y seraient beaucoup plus sujets aux accidents cérébraux déterminés par l'insolation que ceux des autres départements. Lorsque l'on tient compte de ces faits, lorsqu'on se rappelleque dans les Indes, les Anglais, en partie de race germanique, présentent une mortalité considérable, et ne parviennent pas à se reproduire au delà de deux générations, selon MM. Boudin, Wise, Barnard Davis, Broca, on est amené à reconnaître, avec M. Beddoe, que de nos jours, commeau temps de Tacite (De mor. Germ., IV) et de Tite-Live (Hist. Rom., 1. V, cap. xLvm), les descendants des Germains et des Gaulois sont gravement éprouvés par les grandes chaleurs et, par suite, sont peu aptes à s'acclimater dans les pays chauds. Toutefois, tout en reconnaissant ce défaut d'aptitude de la race germanique à coloniser les contrées chaudes, il importe de constater que cedéfaut, dans certaines conditions particulières et insuflisamment déterminées, est loin d'être absolu, puisque, ainsi que le remarquait Martin de Moussy, au Paraguay, avec une température moyenne de 21 à 25 degrés, et au Brésil, à san Leopoldo, sous le 50e degré de latitude sud, dans la provincedeBio-Grande-do-Sul, des colonies d'Allemands se montrent en voie prospère, tout en conservant leurs caractères ethniques, leurs cheveux blonds, leurs yeux bleus et leur peau blanche (Martin et Foley, Uist. stat. delà colonisation algérienne, p. 109-252, Paris, Alger, 1851. — Bertillon, Acclimatement, in Dict. encgcl. des sciences méd., 1. 1, p. 297, etc. — Bouis, Rech. sur la suppuration du foie, 1860. — Laveran, in Algérie, Dict. encgcl. des sciences méd., t. II, p. 772.— Beddoe, Jour. oflheAnthr. Soc. oflondon, 1866, t. IV, p. xxu. —Boudin, Wise, Barnard Davis et Broca, Bull, de la Soc. d'anthr. iie sér., t. II, p. 487, 560, t. VI, p. 120, etc. — Martin de Moussy, Ml. de la Soc. d'anthr., 1" sér., t. I, p. 204-206 et 516).

Si maintenant on cherche à former un ensemble des principaux caractères précédemment-indiqués, ou arrive à assigner à la race germanique septentrionale, comprenant les Germains, les Cimbres, les Belges et les blonds Gaulois, la caractéristique anthropologique suivante: ci âne dolichocéphale, volumineux, à diamètre antéro-postérieur considérable, aux diamètres transversal et vertical peu considérables ; coronal large, droit, non globuleux, un peu fuyant supérieurement ; occipital saillant postérieurement, horizontal inférieurement ; arcades zygomatitiques peu écartées; face haute, longue, orthognathe; orbites hautes, peu larges, os malaires peu saillants; maxillaires supérieurs hauts; mâchoire inférieure haute, large, massive; os des membres longs et volumineux; humérus à fosse olécranienne non perforée ; fémur gros, long, peu courbé dans le sens antéro-postérieur. Cheveux d'un blond blanc dans l'enfance, jaunes ou roux à l'âge adulte, à section ovale, régulière ; yeux bleus au regard franc, quelquefois dur et farouche ; teint remarquablement blanc, frais et vermeil ; nez long, saillant, courbé au niveau de l'extrémité des os carrés, la pointe descendant plus bas que les ailes assez relevées, visage ovale, allongé: menton haut, parfois saillant; cou allongé, épaules larges, poitrine large et haute, mais peu saillante, antérieurement, peu profonde antéropostérieurement, courbes rachidiennes peu prononcées ; corps élancé ; membres longs, volumineux ; poignets gros ; mains fortes ; pieds grands ; stature très-élevée ; force considérable; courage impétueux, démarche raide, fière, altière, etc., etc.

Parmi les habitants de Gaules et des îles Britanniques, divisés en trois groupes ethniques distinct, par César (De Bell, gall., 1. I, cap. 1), Pline ( Hist. nat., 1. IV, cap. xxxi), Pomponius Mêla (l. c, 1. III, cap. n), Ammien Marcellin (l. c I. XV, cap. ix), Tacite (l. c, Agric. vit., XI), j'ai successivement cherché à indiquer les caractères des Aquitains, Ligures et Silures de race ihérienne,puis ceux des Germains, Cimbres, Belges, Gaëls de race germanique, immigrés des pays transrhénans, conformément à l'opinion des druides, rappelée par Ammien Marcellin; il importe maintenant de chercher, autant que possible, à déterminer les caractères anthropologiques des Celtes que Timagène dit être aborigènes dans nos régions occidentales (Timagène, ap. Ammien Marcellin, 1. XV, cap. ix, p. 41, texte et trad. Nisard, éd. Dubochet).

Les documents historiques ne fournissent que des renseignements très-imparfaits relativement aux caractères anthropologiques propres aux Celtes, car, dans la plupart de ces documents, le nom de Celles, principalement employé par les auteurs grecs, qui avaient d'abord connu les habitants de notre pays par les Phocéens de Marseille établis sur le territoire des Segobriges, Segobrigii (voy. Justin, I. XUII, § ni), est synonyme de Gaulois, c'est-à-dire d'habitants des Gaules, sans que par cette dénomination ils aient cherché à différencier les Celles des Gaëls, qu'on a vus précédemment être généralement dépeints avec la chevelure blonde, les yeux bleus, la peau blanche, la haute stature, et les autres caractères de la race germanique. Cependant certains passages d'auleurs anciens pcrmcllent d'inférer que la plupart des habitants des Gaules et des iles Britanniques différaient d'une part des Ibères, d'autre part des Germains. Lu effet, Tacite (Agric. vil., XI), en disant que la Grande-Bretagne était habitée par les Calédoniens dont l'origine germanique était reconnaissahle à leur chevelure rouge el à leurs membres volumineux, par les Silures dont la descendance ibérienne était attestée par leur teint basané et leurs cheveux bouclés ; enlin par d'autres insulaires, voisins des Gaules, semblables aux habitants de notre pays, parait différencier complètement

ces derniers des deux peuples précédents , au point de vue ethnologique.

Pareillement lorsque Suétone, dit qu'à la suile de sa prétendue campagne de Germanie, Caligula pour augmenter le nombre des prisonniers devant marcher près de son char de triomphe, choisit des Gaulois de la plus haute stature, et obligea quelques-uns de leurs chefs à teindre en rouge et à laisser croître leur chevelure, il nous amène à induire qu'en général les habitants de notre pays n'étaient pas si grands que les Germains, et n'avaient pas les cheveux aussi roux que les leurs. ... Galliarum quoque procerissimum quemque, et ut ipse dicebat, àSioO&iâu- 6a),ov, ac nonnullos ex principibus legit ac seposuit ad pompam : coeyitque non tantum rutilare, et submittere comam... (Suétone, Caligida , LXII, texte et trad. d'Ophellot de la Pause, t. III, p. 116).

Indépendamment des ces témoignages, qui semblent établir que les habitants des Gaules en général, voire même dans la région septentrionale voisine des îles Britanniques, c'est-à-dire dans la Gaule belgique, avaient les cheveux de couleur moins claire, moins blonde, que les immigrants de race germanique, Belges ou Gaëls, et les cheveux moins bouclés que ceux des Ibères.

Les passages suivants de Pline, de Diodore de Sicile, et ceux de bien d'autres anciens auteurs témoignant de l'usage qu'avaient certains habitants des Gaules, de rougir leurs cheveux, soit en les lavant avec de l'eau de chaux, soit en les guisaut avec des savons ou onguents composés de suif, de cendre, etc., paraissent également impliquer que la couleur naturelle de ces cheveux était notablement foncée. Peut-être même ne devrait-on voir dans ce singulier usage que l'expression du désir éprouvé par certains habitants à cheveux bruns de ressembler autant que possible aux conquérants blonds immigrés de Germanie.

Galliarum hoc inventum rutilandis capillis ; fit ex sebo et cinere (Pline, Hist. nat., 1. XXVIII, c. li, p. 282, texte et trad. de Litlré, éd. Dubochet, 1850).

TiTGtvou yàp a.wiï).<)'J.a.Ti orftêâVTêî t«ç rpî%aç gvjs%ûç... (Diodore de Sicile, 1. Y,

xxvin, p. 270).

Quant aux habitants de la Grande-Bretagne, à ethnogénie si complexe, si Strabon, qui, n'en ayant vu que quelques-uns à Borne, les dépeint comme étant moins blonds, plus grands, et de constitution plus molle que ceux de noire pays (1. P7, c.v, §2, p. 166, coll. Didot), Ossian, en mentionnant la chevelure brune'ou noire, les yeux bleus ou de couleur claire des guerriers Fingal, Dermid, Glassamor, Nathos, Fillan, des belles Bragella, Evirallina, Colmal, Minvane, Darthula,Slrina-Dona, montre qu'au troisième siècle de notre ère, les habitants du nord de l'Irlande qui avaient envahi la partie occidentale de l'Ecosse, n'étaient nullement blonds (Ossian Poésies qalliqiies, rec. par Macpherson, trad. par Lelourneur, t. I, p. 49, 75, 109, 130 ; t. II, p. 50, 51, 104, 138, 192 ; t. III, p. 9, 56, 78, 166 ; t. IV, p. 156, etc. Paris, an VI).

Or cette coloration foncée de la chevelure devait appartenir aux Celles occupant vraisemblablement très-anciennement une grande parlie du nord-ouest de l'Europe, mais par suite des immigrations germaniques, n'ayant laissé leur nom qu'à la Celtique ou partie centrale de notre pays, car, d'une part, quoique Diodore de Sicile liv. V, ch. xliii et xxxii) n'assigne pas aux Celtes des caractères anthropologiques précis, il les distingue complètement des Gaëls YcùAtm, blonds, à yeux bleus^ répandus sur le littoral septentrional de l'Europe ; et d'autre part Strabon (I. IV, c. i, §1 etc. ii, § I) dillérencie-complétement, au double point de vue ethnologique et linguistique, les habitants des pays situés au nord de la Garonne, des Aquitains de race ibérienuo, habitant au sud de ce fleuve, de même que Tacite (Agric.

i-if., XI) distingua les habitants du midi de la Grande-Bretagne de leurs voisins les Silures d'origine ibérienne.

Quant aux ossements humains recueillis dans les pays anciennement occupés par les Celtes, jusqu'à présent, ils n'ont guère fourni [de renseignements bien précis sur la caractéristique ostéologique à assigner à la race celtique, car, à côté de dolichocéphales, on y a trouvé des brachycéphales de divers types ethniques ; diversité de types qui d'ailleurs s'explique parfaitement par la coexistence de races diverses dès les temps reculés dans notre Occident, et aussi par les immigrations successives de différents peuples. Quoique cette multiplicité de types ethniques divers rende fort difficile de reconnaître quelle conformation ostéologique doit être attribuée aux Celles, sans s'arrêter à certains types anthropologiques spéciaux et exceptionnels, peut-être pourrait-on espérer arriver à cette détermination en éliminant, parmi les types ethniques principaux, d'une part le type dolichocéphale, de haute stature, précédemment rapporté à la race germanique septentrionale, ayant successivement fourni les migrations des Gaëls, des Belges, des Cimbres, des Francks, etc.; d'autre part le type brachycéphale à crâne peu volumineux, à prédominance occipitale, précédemment rapporté à la race ibérienne, ayant fourni les Ibères à la péninsule hispanique, les Aquitains et les Ligures aux Gaules et à l'Italie, les Silures à la Grande-Bretagne. Après l'élimination de ce type dolichocéphale {Soliyjn •/.i^xkh, longue tête), et de ce type brachycéphale Ci'.y./y.'/., courte), restent encore de nombreux crânes, que, vu leurs conformations différentes, M. Broca a cru devoir désigner sous les dénominations de mésaticéphales (uîs-kttj, moyenne), et d'eurycéphales (cùp-ïa, large).

Les crânes mésaticéphalcs, plus ou moins équidistauts de la dolichocéphale et de la brachycéphalie présentant un indice céphalique de Ti>7 àJLiJj très-nombreux dans les ossuaires, dans diverses sépultures anciennes ou modernes, entre autres parmi les crânes recueillis par M. Bourgeois dans le cimetière gallo-romain du mont Berny, près de Pierrefonds; parmi ceux de Paris, recueillis par M. Broca, peuvent être considérés comme des crânes de métis des deux principales races dolichocéphale et brachycéphale, ainsi que le remarque cet anthropologiste ; toutefois, avant de rejeter prématurément l'existence possible d'une race particulière mésaticéphale, que M. Hamy parait admettre, je crois, avec raison, comme élément constitutif de notre ethnogénie occidentale, il est bon de remarquer que la capacité crânienne de ces mésalicéphales, loin d'être intermédiaire, est notablement moindre que celle offerte par les crânes dolichocéphales, et par les crânes brachycéphales volumineux trouvés avec eux (Bourgeois, Broca, Hamy, Bull, de la Soc. danthr.,{.\S, p. 75, 15G, 201 ; t. Il, p. 501-513, G45-G47; t. III, p. 102-116 et p. 5*5; et 2' sér. t. III, p. 23).

Quant aux crânes eurycéphales des anciennes sépultures de Paris, volumineux, grands dans toutes leurs dimensions, présentant un diamètre antéro-poslérieur considérable, mais un diamètre bilatéral proportionnellement aussi, sinon plus considérable, de telle sorte que leurs diamètres excédent de beaucoup ceux des brachycéphales, quoique leur indice céphalique, c'est-à-dire le rapport do ces deux diamètres soit, comme celui de ces brachycéphales, supérieur à ftfr, s'élève | /; sur l'un des crânes trouvés par M. Ilobert sous le dolmen de Meudon, I „ sur le volumineux crâne recueilli par M. Morris d'I Iverslon dans un ancien puits de mine en Angleterre ; quant à ces crânes eurycéphales, M. Broca parait les regarder comme ne se rapportant pas à une race primitivement distincte, mais comme ayant appartenu à des individualités ayant joui d'un grand dévcloppe-

DICT. ESC. XIII. in

ment intellectuel. Si l'eurycéphalie, cette brachycéphalie volumineuse, ne caractérise pas une race spéciale, ce que cependant on pourrait être porté à admettre puisque M. Morris retrouve chez les habitants actuels de Kyrkby celte même conformation céphalique, il est au moins utile de faire remarquer que dans notre Europe occidentale de nombrèux brachycépbales diffèrent des brachycépbales de race ibérienne, précédemment décrits, au crâne peu volumineux à prédominance occipitale, par leur crâne non-seulement plus grand, mais aussi plus développé dans la région frontale que dans la région occipitale. Aussi « parmi les crânes bracbycéphales français, remarque M. Pruner-Bey, il en est de petits et de très-grands qui me paraissent provenir de souches différentes. » Les petits crânes bracbycéphales proviendraient « probablement des Ibères », les grands paraîtraient être « d'origine germanique », mais d'origine germaniqueméridionale. Les mensurations crâniomélriques de ce savant, celles de M. Bertillon, les remarques de M. de Jouvenccl, les observations de divers anthropplogistes, entre autres de Welcker cité par M. Thurnam, tendent en effet à montrer que la brachycéphalie est très-commune dans l'Allemagne du Sud. Mais néanmoins, à cette race germanique, à la race des Allemands occidentaux que Godron, eu les comparant aux Lorrains au crâne arrondi, dit présenter une configuration céphalique quasi géométrique, configuration qu'en France le vulgaire désigne sous la dénomination caractéristique de tête carrée, il paraît difficile de rapporter tous les crânes grands et bracbycéphales des îles Britanniques et des Gaules. On peut d'ailleurs faire remarquer que cette provenance germanique, ou plutôt celte dénomination germanique, impropre ou insuffisante dans sa compréhension n'écarterait pas forcément la possibilité d'une origine celtique, car si les Celtes paraissent avoir occupé anciennement une grande partie des pays du nord-ouest de l'Europe, vastes régions, où sur quelques points, en Ecosse, en Irlande, dans le pays de Galles, en basse Bretagne, sont encore parlés des dialectes celliques; si longtemps les Celtes ontlaissé leur nom à la Celtique, partie centrale des Gaules, selon plusieurs auteurs anciens entre autres Hérodote (1. II, c. xxm), DionCassius (1. XXXIX, c. 49), ces mêmes Celtes paraissent aussi avoir anciennement habité une grande partie de la Germanie, particulièrement les contrées méridionales, situées à l'orient du Rhin, celles où le Danube prend sa source, vastes régions où Strabon (1. IV, cap. i, § 15) ; César (De Bell, gall, 1. VI, cap. xxiv), Tacite {De mor. Germ., XXVIII), Tite-Live (1. V, c. xxxiv), et autres auteurs nous signalent aussi la présence de nombreux immigrants sortis des Gaules (Bull, de la Soc. cïanthr. : Broca, de Jouvencel, Pruner- Bey, t. II, p. 647-651 ; Robert, t. III, p. 321 ; Morris, 2e sér., t. II, p. 242 ; "Welcker : lre sér., t. V, p. 404; Bertillon, 2e sér., t. III, p. 517 ; el Dict. eue. des se. méd. : Bavière. — Morris, Journal of the Anthrop. Society, p. cxxm, vol. V, 1867. — Pruner-Bey, Bésultats de crâniométrie, in Mèm. de la Soc. d'anthr., t. II, tabl. il. — Godron, Étude ethnol. sur les origines des populations lorraines, p. 36, etc., broch. Nancy, 1862).

Contrairement à l'opinion de beaucoup de savants, entre autres de Retzius et de M. Pruner-Bey, qui croient pouvoir décrire les Celles comme des dolichocéphales, les crânes bretons armoricains bracbycéphales recueillis à Châteaulin par M. Halléguen, et dans d'autres localités, considérés par M. Pruner-Bey comme appartenant à une race mongoloïde, touranienne, ihéro-ligure, opinion que semble partager M. Guibert de Sainl-Brieuc, mais surtout les nombreux crânes d'Auvergnats, du centre de l'ancienne Celtique, récemment étudiés par M. Broca, par eur brachycéphalie, nullement mongoloïde, semblent témoigner que les Celtes

étaient brachycéphales, ou sous-brachycéphales, et non pas dolichocéphales. Néanmoins jusqu'à présent les études cràniométriques, à elles seules, ne paraissent pas permettre d'assigner positivement telle ou telle conformation céphalique à la race celtique (Pruner-Bev, Sur type celtique: Bull, de la Soc. d'antlir., t. II, p. G49, I. IV, p. 68, t. V, p. 657-680, t. VI, p. 458-468, 2e sér. , t. II, p. 17, etc. ; Sur des crânes de Bretons armoricains, in Bidl. de la Soc. d'anthr., 2e sér., t. III,

p 296. Guibert, Ethnologie armoricaine, hr. Saint-Brieuc, 1868; — Broca,

communication orale).

M. Boset de Belloguel, d'après quelques médailles portant les effigies de chefs de la Celtique, entre autres de Divitiac et de Dumnorix, personnages importants chez les Éduens, anciens habitants des environs d'Autun, admet qu'il existe dans notre pays un type à tête raccourcie ou ronde, chez lequel la hauteur de la face excède de peu la largeur au niveau des pommettes, et diffère peu du diamètre cràni en antéro-postérieur (Ethnogénie gauloise, p. 105, 1861).

Quant à l'observation directe des populations parlant encore les langues celtiques, sauf dans quelques comtés des îles Britanniques où se trouveraient des dolicéphales, elle semblerait plutôt devoir faire regarder la race celtique comme brachycéphale ou sous-brachycéphale, ainsi que cela paraît résulter de l'ensemble des descriptions, qui, pour la plupart, s'accordent à donner à ces populations une tète plus ou moins sphérique, globuleuse, au Iront bombé, et au visage arrondi.

Les Celtes, suivant Desmoulins constituent « une race d'hommes à la barbe et aux cheveux épais, toujours bruns ou noirs, ainsi que les yeux; à la peau d'un blanc terne, sans presque d'incarnat aux joues, au nez joint au front par une légère dépression, au visage plus arrondi qu'ovale ; aux membres et au corps si velus qu'un véritable pelage couvre souvent leur dos. Bobustes et peu sensibles aux intempéries de l'air» (A. Desmoulins, Hist. nat. des races humaines. Paris, p. 156, § 1).

Selon Bory de Saint-Vincent , la race celtique , de taille moyenne , aurait les cheveux considérablement fournis , châtains foncés ou bruns assez fins , le front plus ou moins bombé sur les côtés , mais fuyant avec une certaine grâce vers les tempes; le nez non rectiligne, distingué du front par une dépression plus ou moins marquée entre les yeux, généralement noirs ou bruns , quelquefois gris; la barbe fournie, un peu rigide; la bouche moyenne; le corps et les membres bien proportionnés, robustes, très-velus; les mollets très-forts, le bas de la jambe lin, le pied proportionnellement petit {l'Homme ou Essai zoologique sur le genre humain , t. I, p. 120, Paris, 4827, in-12).

William Edwards qui, de même que M. Amédée Thierry, ne croit pas devoir différencier les Celtes des Gaëls, après avoir parcouru diverses provinces de la partie moyenne de la France, la Bourgogne, la Savoie, le Poitou faisant anciennement partie de la Gaule celtique, décrit ainsi le type des populations par lui observées : « La tête est arrondie de manière à se rapporter à la forme sphérique, le front est assez large, sans cependant l'être beaucoup ; les yeux sont grands et ouverts ; le nez, à partir de la dépression à sa naissance, est à peu près droit, c'est-à-dire qu'il n'a aucune courbure prononcée ; les cheveux sont de couleur obscure, bruns ou noirs, et la taille est petite, mais assez robuste (Fragments d'un mémoire sur les Gaëls, in Me'm. de la Soc. ethnologique, Paris, 1" partie, t. II, p. 15-18, 1845).

Dans ses recherches sur la répartition des exemptions du service militaire pour défaut (fa taille, M. Broca, qui, après avoir d'abord employé indifféremment, connut1 les deux derniers auteurs, les noms de Gaëls et de Celles pour désigner une seule et même race, croit actuellement devoir préférer celui de Celtes pour dénommer

cette race de taille moyenne, au front bombé, fuyant vers les tempes, au nez à peu près droit, terminé par un lobule arrondi, au menton rond, à la tète ronde, se sert des documents statistiques recueillis par MM. Dévot et Boudin pour montrer' par des cartes départementales diversement ombrées, qu'en France ces exemptions sont relativement rares dans nos départements du .Nord-Est envahis par les peuples de races germaniques, et au contraire sont relativement fréquentes dans les autres départements, en grande partie peuplés de descendants de Celtes. M. Boudin, dans ses recherches sur la répartition des recrues de haute slature, de lra, 732, taille des cuirassiers, a montré également que tandis que les déparlements du Nord et de l'Est présentaient un assez grand nombre de ces recrues de haute taille, les autres départements n'en présentaient , en général, qu'une proportion fort minime. Ces derniers départements se feraient donc remarquer par le grand nombre d'hommes de moins de l"1, 56, et par le minime nombre d'hommes de lm, 752, double remarque permettant d'inférer une taille moyenne peu élevée. Dans une carte analogue à celles dressées par M. Broca, j'ai, en outre, cherché à faire voir que nos départements du Centre et ceux de la Bretagne, correspondant à l'ancienne Celtique, par leur grande proportion d'exemplés pour défaut, de taille, nonseulement se distinguaient complètement de ceux du Nord et de l'Est, mais aussi différaient un peu de ceux du Midi anciennement peuplés d'Aquitains et de Ligures de race ibérienne. La taille moyenne des habitants de l'ancienne Celtique semblerait donc moins élevée que la taille moyenne déjà peu élevée des populations ibériennes de nos départements méridionaux.

Dans des caries cantonnales relatives, soit seulement au déparlement des Côlesdu-Nord, soit à ce département, ainsi qu'aux départements du Finistère et du Morbihan, M. Guibert , de Saint-Brieuc, et M. Broca ont également mis en évidence que les cantons de l'intérieur de notre Basse-Bretagne, ceux où la population paraît s'être le moins mêlée ; la proportion des exemptés pour défaut de taille est considérable, tandis que cette proportion est généralement beaucoup moindre dans les cantons du littoral occupés par de nombreux immigrants gaëls , belges du midi de la Grande-Bretagne , saxons , normands , etc. Des recherches de statistique anthropologique de M. Guibert, qui a fait porter ses études relatives à la population du département des Côtes-du-Nord, non-seulement sur la taille, mais aussi sur la conformation céphalique et sur la couleur des yeux et des cheveux , il semble résulter que la sous-bracbycéphalie est assez générale dans ce département , car l'indice céphalique moyen sur le vivant serait environ de ce qui, d'après les relations ordinaires indiquées par M. Broca entre l'indice sur le vivant et celui sur le crâne, correspondrait approximativement à un indice d'un peu plus de pris sur le crâne. De ces recherches il résulterait encore que les cheveux, généralement de couleurs foncées , y sont bruns ou noirs dans la proportion tie 85 à 89 pour 100 dans la partie bretonne de ce département, et que les yeux y sont pour environ Yo de couleur brune et pour environ -fc de couleur bleue , indépendamment de ceux de couleurs neutres ou intermédiaires (Broca, Rech. sur l'ethnologie de la France, et Nouv. Rech. sur l'anthropologie de la France en général et de la Rasse-Bretagne en particulier, in Mém. de la Soc. d'anthr., t. I, p. 1-56; t. III, p. 147-209, etinjBuZl. de la Soc. d'anthr., t. I, p. 6- 15 et 2e série; t. I, p, 700-702; Comparaison des indices erphaliques sur le vivant et sur le squelette, in Bull, delà Soc. d'anthr., 2e série, t. III, p. 25-52. — Boudin, De l'accroissement de la taille en France, in Mém. de la Soc. d'anthr., t. II, p. 229, etc., et Études ethnologiques sur la taille, in Rec. de mém. de méd. et

ch. militaires, I8G3 et tir. à part, p. 40, etc. — Guibert, Ethnologie armori. caine, in Mem. du Congrès celtique international, 1867, tir. à part, 1808, Saint; Brieuc, et Lecture sur l'anthropologie du département des Côtes-du-Nord , Saiut-Brieuc, 1804, extrait dans Bull, de la Soc. d'Anthr., 2e série, t. II, p. 619- 621 . — G. Lagnean, Mém. de l'Acad. de me'd. , t. XXIX, p. 510, carte lre).

M. Beddoe (de Clifton), dont M. Guibert a suivi la méthode statislicpie relativement à la détermination des yeux et des cheveux de diverses teintes , a fait de nombreuses recherches sur les dillérenls peuples celtiques, principalement des îles Britanniques. Ce savant médecin qui, indépendamment des recherches faites dans divers comtés, a étudié au point de vue anthropologique quatre mille quatre cents personnes de ces différents comtés, entrées à sa clinique de l'hôpital de Bristol, paraît penser que les habitants des pays celtiques, tout en ayant le crâne souvent, mais non toujours, dolichocéphale, présenteraient, en général, avec une largeur crânienne considérable au niveau des régions pariétales postérieures, avec une largeur faciale considérable au niveau des os malaires et des arcades zygomatiques, la conformation céphalique carénée , décrite par M. Wilson comme étant en forme de poire. Leurs cheveux, leurs sourcils et leurs cils seraient de couleur foncée, et ils auraient l'iris clair, bleu, bleuâtre ou gris cendré, ce que M. Barnard Davis appellerait l'œil celtique. Chez les habitants des pays de Galles, les yeux, ainsi que les cheveux seraient souvent de couleurs foncées. Peut-être devrait-on attribuer cette coloration oculaire à l'origine ibérienne des habitants de la partie méridionale de celte région anciennement occupée par les Silures (Tacite, Agric. rit., XI). Chez les Irlandais d'origine celtique, comme la plupart de ceux du Nord et de l'Ouest, observés dans l'île d'Aranmore, à Sligotown, à Moylura dans le comté de Sligo, à Clilden dans celui de Galway, ainsi que chez les Ilig'ilanders de l'ouest de l'Ecosse, la proportion des habitants aux cheveux bruns avec les yeux bleus, de couleur claire serait très-considérable, très-prédominante. Ces caractères se feraient également remarquer assez généralement dans divers autres comtés de l'ouest de l'Angleterre, dans le Cornishire ou Cornouaille anglaise, mais seraient déjà moins répandus dans les populations du Wiltshire et du Glouccslershire. Pareillement M. Mackintosh donne à la plupart des habitants de l'ouest de l'Angleterre, une chevelure brune, parfois même très-foncée, mais tandis que parmi ceux du nord du pnvs de Galles, où, d'ailleurs, les types ethniques seraient assez mêlés , généralement la stature serait élevée, le crâne allongé, la face longue, étroite au niveau du front, et îles joues excavées, mais remarquablement large, au niveau des os malaires, immédiatement au-dessous des yeux , le nez long, élroit et saillant ; parmi les habitants du sud-ouest de rAnglelerre, la stature serait peu élevée, le crâne long i postérieurement, la face notablement prognathe, principalement au niveau du maxillaire supérieur, et le nez court et relevé. Les principaux caractères anthroipologiques, assignés par M. Mac Lean aux Celles brachycéphales d'Écossc, sont les suivants : tète large, profil droit, os malaires larges, menton souvent proéminent et pointu, nez généralement sinueux, mâchoire inférieure toujours plus étroite que la supérieure; Iront large, carré ; face diminuant rapidement des os malaires au menton: main carrée, articulations digitales, saillantes, mollet volumineux, jambe courte, thorax carré, large, et peau basanée, cheveux brun-roux ou noir corbeau, yeux gris loncé, brun foncé ou noirs. La plupart des voyageurs ayant parcouru les pays celtiques signalent également les cheveux noirs, bruns, de couleur foncée, les yeux gris, bleus, limpides, rarement noirs et grands des habitants. Si, en outre, M. Alpb. Ksquiros indique, chez ceux de la Cornouaille, une tète peu volumineuse,

ligure ovale aux traits allongés, un nez saillant, une bouche grande, des membres robustes et bien proportionnés, et chez ceux cm pays de Galles une notable saillie des os maxillaires, une apparence grave et sombre, divers caractères qui seraient propres à la race celtique; M. Hartmann, au contraire, regarde le vrai type irlandais, dans le voisinage de la ville celtique d'Antrim, au nord-est de l'île, comme caractérisé par un visage aux contours arrondis (Beddoe (de Clifton) Sur la couleur des yeux et des cheveux des Irlandais, in Bull, de la Soc. d'anlhr., t. 11, p. 562-566 ; tlie Headforms of tlie West of England; On Oie Evidence of Pltenomena in the West of England lo the Permanence of Anthropological Types, in Journal ofthe Anthropological Society, Jan. 5, 186C, p. GXCIX, et Dec. 5, 1865, p. XVIII, avec le vol. IV ; Memoirs read before the Anthropological Society, vol. II, p. 57 et 348, 1865-6, extrait dans Bull, de la Soc. d'anthr., 2e série, t. H, p. 251 et 260 ; tableau adressé par Beddoe au Congrès celtique international de SaintSrieuc et rapporté par M. Guibert, Ethnologie armoricaine, tabl. n° 5, Saint-Brieut, 1868. — Daniel Wilson, Inquiry into the Physcial Caractérisées of the Ancient and Modem Celt of Gauland Britain, in The Anthropological Beview, vol. lU, 1865, p. 52-84. — - Mackintosh , Comparative Anthropology of England and Walejs, in The Anthropological Revieiv, t. IV, jauv. 18GG, p. 1-21. — Hector Mac Lean, An the Comparative Anthropology of Scolland, in The Anthropological Beview, t. IV, July, 1866, p. 220. — Alph. Esquiros, L'Angleterre et la vie anglaise ; la Cortiouaille ; le sud du pays de Galles, in Bévue des Deux Mondes, nov. 1863, p. 415; mars 1864, p. 18 ; lévrier 1865, p. 818. — Hartmann, Revue des Deux Mondes, nov. 1871, p. 169).

Pareillement en parlant de l'Ecosse , l'anthropologiste Pricbard remarque que « dans presque toute la partie occidentale (celle occupée par les clans venus du nord de l'Irlande), les montagnards ont, en général des cheveux plats, d'un brun foncé, avec un teint assez brun, mais avec des yeux gris. Un homme à cheveux très-noirs et bouclés, avec des yeux noirs se remarque tout de suite comme faisant contraste avec la masse de la population. » Ce savant, qui parait différencier si bien ce type celtique aux cheveux bruns et aux yeux gris, du type ibérien aux cheveux noirs et bouclés, et aux yeux noirs, n'en regarde pas moins les Celtes comme ayant été anciennement blonds, car, comme bien d'autres anthiopologistes et historiens, il sait que la plupart des auteurs de l'antiquité mentionnent la blonde chevelure des anciens habitants de notre Occident, et lorsqu'il constate actuellement la couleur foncée de certaines populations occidentales, en particulier de celles parlant encore des dialectes celtiques, il est disposé à admettre qu'elles ont subi des modifications notables dans leurs caractères anthropologiques. Avant d'admettre cette mutabilité des caractères, peut-être devrait-on observer que les auteurs anciens, la plupart originaires de Grèce et d'Italie, dont les habitants ont en général une chevelure plus ou moins noire, et une stature moyennement élevée, durent remarquer davantage les peuples blonds, ou roux, de grande taille, de nos pays, occidentaux, que ceux à la chevelure foncée, et à la stature peu élevée. Peut-être aussi devrait-on observer (pie les peuples blonds, Gaëls, Cimbres et autres encore de race germanique, à l'humeur fort belliqueuse parraissent avoir pris la plus grande part aux migrations qui successivement mirent les peuples civilisés du midi de l'Europe en contact avec les conquérants sortis des Gaules et de la Germanie. Enfin on devrait surtout chercher à apprécier l'influence limitée des conditions dites de milieu, c'est-à-dire d'alimentations, de climats, de manière de vivre, etc., auxquelles on est généralement porté à attribuer les changements

<m'on croit être survenus dans les caractères ethniques de certaines populations.

Sans insister, avec M. N. Périer et. M. J. Beddoe, sur le. peu de valeur de la théorie du. brunissement de la chevelure, attribué tour à tour à des modifications climatériques, à des changements d'habitude, selon Price, « à l'action du temps et de la civilisation, » par M. Michelet, « au déboisement des Gaules, » par M. Eusèbe de Salles, au séjour dans les villes et à maintes autres causes dont l'influence est aus<i contestable ; il est bon de remarquer qu'en dehors des modification dues aux croisements de races diverses, pour les populations de nos pays occidentaux, où depuis les temps historiques les conditions climatériques semblent avoir peu varié, on doit accorder peu de créance à ces prétendues influences de milieu, quand, sous des climats les plus divers, dans des conditions d'alimentation les plus opposées, on voit coexister des races humaines brunes et blondes, grandes et petites. Au nord de l'Europe, à côté des Lapons petits, bruns, brachycéphales, habitent des Scandinaves grands, blonds, dolichocéphales. En Algérie, au milieu des Kabyles bruns se trouvent lesChaouia, les Neardie à la blonde chevelure (voy. art. Berbers dans le Dict. Encycl. des sciences médic. — Prich ard, Hist. nat. de l'homme, trad. deRoulin, t. I, p. 264, etc. — J. N. Périer, Fragments ethnologigues, l. c. 1857. — J. Beddoe, On thesupposed IncreasingPrevalence of DarkHair in Engiand, in The Anthropologiccd Review, v. I, p. 510 ; 1865. — T. Price, An Essay on the Physiognomy and Physiology of tfve Présent Inhabitants of Britain, with Référence to their Origin, as Gotlis and Celts. London, 1829. — Michelet, Hist. de France, 1. 1, p. 485 ; 1855. — Eusèbe de Salles, Hist. générale des races humaines, p. 257. Paris, 1849).

D'ailleurs, relativement aux cheveux bruns et aux yeux gris des populations celtiques, habitant actuellement les montagnes de l'Ecosse, dont en particulier parle Prichard, on a vu précédemment qu'au troisième siècle de notre ère, Ossian dépeignait également la plupart de ses compatriotes avec une chevelure brur.e et des yeux de couleur claire (Ossian, Poésies galliques, l. c).

Donc, sans admettre cette mutabilité, nullement démontrée, des caractères ethniques des Celtes, l'ensemble des documents précédemment rapportés, la plupart recueillis sur des populations, ayant parlé ou parlant encore les langues celtiques, semble permettre de regarder la chevelure brune et les yeux gris comme vraisemblablement propres aux représentants les plus purs de la race celtique. D'ailleurs, selon M. Henri Martin. « le type physique des Celtes bruns diffère beaucoup de celui des Ibères; les bruns aux yeux bleus ou gris d'Irlande, de Galles et de Bretagne, si fréquemment blonds dans l'enfance, puis châtains avant de devenir tout à fait bruns, différant entre eux (plus ou moins) de traits, sinon de couleur, ne ressemblent en rien, ni de couleur, ni de traits aux noirs d'Espagne » (Les race* brunes et les races blondes, ethnographie, in Revue nationale et étrangère, <■)' livraison, t. III, 10 mars, 1861, p. Ï2I).

Ces Celte* i la chevelure brune, aux yeux gris, et généralement de petite taille, quoique cependant M. lirown-Séquard (linll. delà Soc. d'anlhr., t. 1, p. 29, 50), d'après ses observations personnelles, et aussi d'après di s documents statistiques recueillis par M. Foibcs, soit porté à les regarder comme ayant une taille assez élevée an moins en certaines localités de l'Irlande et de l'Ecosse, entre autres sur le littoral du golfe de Galwav, les Celles aux ofieteUX bruns se retrouvent nonsenfemenl dani les pavs Celtiques précédemment mentionnés, mais aussi dans d'atltres régions anciennement occupée* par 1rs C-ll.es, ,,i;iis envahies par de nombreux et divers immigrants Hlrown-Séquard).

Si à Grain illc, M. de Quatrefagcs croit retrou \er une colonie de Basques de race ibérienne, que le teint brun des bommes, la pliysionomie vive et une certaine élégance des femmes peuvent tendre à faire accepter, la race celtique bretonne, aux cbeveux de couleur foncée, aux yeux gris, semble s'y observer également, ainsi que l'a l'ait remarquer M. Broca. Celle race brune, forle, trapue, se retrouve aussi dans la région circonvoisine. M. Beddoe qui a poui suivi snr le continent les recberches statistiques commencées par lui dans les îles Britanniques, a noté d'assez fortes proportions d'individus à la chevelure foncée et aux yeux clairs dans les départements du Calvados, de la Marne, des Ardennes, voire même dans le pays Wallon, diverses régions, où malgré le mélange des Celles, occupant antérieurement le pays, avec les immigrants plus ou moins nombreux Gaèls, Belges, Francks, Saxons ou Normands, la présence des premiers semble encore se manifester par un grand nombre de chevelures foncées, par un indice de nigrescence (pour se servir de la locution de M. Beddoe), variable, de à Bayeux, de ^ à Épernay, de à Reims, de à Charleville et Givet, etc., etc. (L)e Quatrefages, Broca, Bull, de la Soc. d'anthr., t. II, p. 407, 415, 417. — Beddoe, Bull, de la Soc. d'anthr., t. VI, p. 507-511, et tableau n° 5 rapporté par Guibert, Ethnol. armorie, l. c. St-Brieuc, 1868).

Pareillement, si dans des régions limitrophes de la Celtique et de la Belgique, dans les départements du Calvados, de la Seine-Inférieure, et surtout dans la partie méridionale du département de l'Aisne, principalement dans la vallée de la Marne, j'ai constaté, comme M. Beddoe, la présence, en grandes proportions d'habitants de cette race petite, aux cheveux bruns ou châtains, aux yeux souvent gris, à la tête globuleuse, au visage arrondi ; en Lorraine, MM. Godron etAncelon (de Dieuze) ont décrit aussi leurs concitoyens comme offrant des cheveux châtains ou noirs, des yeux de couleur foncée, une taille petite ou moyenne, un crâne brachycéphale au front saillant, des os malaires assez développés; un thorax ample, etc. ; caractères vraisemblablement peu différents de ceux qu'au centre, dans la Gaule celtique, dans les départements de la Creuse et de l'Aveyron, MM. Vincent et Durand de Gros, paraissent avoir observés sur la plupart des habitants, au crâne globuleux brachycéphale, au front saillant, aux cheveux noirs ou de couleur foncée; aux yeux souvent bruns (Godron, Étude ethnologique sur les origines des popidalions Lorraines. Nancy, 1862. — Ancelon, Mém. sur l'origine des populations lorraines, p. 22, br. — Vincent, Études anthropologiques sur le département de la Creuse, in Bidletin de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, p. 14, 20, etc., Gueret, 1865. — Durand de Gros, Excursion anthropologique dans l'Aveyron, in Bidl. de la Soc. d'anthr., 2e série, t. III, p. 135-147 et t. IV, p. 193-218).

Un fabricant de postiches me (lisait que les cheveux sont non pas noirs , mais d'un châtain très-foncé chez les habitants des environs du Puy-en-Velay, ainsi que dans l'Auvergne ; qu'ils sont châtains, mais de nuances plus variées chez ceux de la Bretagne eL de l'Anjou, où l'on voit aussi des cheveux blonds. M. P. Parlait, après avoir indiqué que les négociants en cheveux tirent environ chaque année 10,000 kilogrammes de cette singulière matière première de la Bretagne en y comprenant l'Anjou et le Haut-Poitou, 10,000 du Bourbonnais, de la Marche, du Limousin et du Périgord, et 4,000 de l'Auvergne et du haut Languedoc, remarque qu'en Bretagne il faut 1 0 chevelures pour fournir un kilogramme de cheveux, tandis qu'en Auvergne il n'en faut que 8, mais que les cheveux y sont moins beaux et plus gros (P. Parfait, in le Siècle, 50 mai 1866).

M. Léon Gros a (ait remarquer à M. Broca, et M. Regnard a montré par des tracés sphygmographiques que le pouls des jeunes mobiles bretons était remarquablement lent {Bull, de la Soc. d'anthr., 2e série, t. VI, 18 avril 1872).

M. Giraldès a remarqué qu'au lieu d'être coniques comme chez les nourrices dès départements du Nord, les seins de celles de la basse Bourgogne étaient plais, arrondis, à base large, mais cette conformation qui semblerait devoir être rapportée à la race celtique, ne constituerait pas, suivant ce savant, un caractère anthropologique [Bull, de la Soc. d'anthr., 2e série, t. 1, p. 638).

D'après les documents statistiques recueillis à Paris par MM. Marc d'Espine, Ménière, Brierre de Boismont, Baciborski, Paul Dubois et de Soyre ; à Lyon, par MM. Pélrequin et Bouchacourt, l'âge moyen des jeunes filles, lors de la première menstruation, semblerait pouvoir être fixé approximativement à 15 ans dans la race celtique. Pour le sexe masculin, M. H. Larrey a également fait remarquer que dans certains départements du centre de la France, comme ceux de la Corrèze et de la Haute-Vienne, la croissance se fait lentement et « n'est quelquefois tout à fait achevée qu'à l'âge de 25 ans. » M. Champouillon a même été amené par ses observations à penser que « la race celtique grandit jusqu'à 27 et 28 ans » (Marc d'Espine, Bech. sur quelques-unes des causes qui hâtent ou retardent la puberté, in Archives générales de médecine, XIe série, t. IX, p. 5 et 505, Paris, 1855. — Brierre de Boismont, De la menstruation, in Mém. de l'Acad. de méd., t. IX, p. 104, etc., Paris, 1841. — Baciborski, De la puberté et de l'âge critique chez la femme et de la ponte périodique, Paris, 1844. — P. Dubois, Traité complet de l'art des accouchements, t. I, p. 324 , Paris, 1849. — Desoyre , Gazette des hôpitaux, 22 septembre 1863. — Pélrequin, Becherches sur la menstruation, thèse, Paris, n° 511, 1855. — Bouchacourt, in Dictionnaire de médecine en 30 vol., art. Menstruation de Desormeaux et P. Dubois, p. 443-4. — Larrey, Bull. deVAcad. de méd., 50 avril 1872, p. 661. — Champouillon , Étude sur le développement de la taille, in Bev. de mém. de méd. chir. et pharm., militaires, 5e série, t. XXII, p. 249, 1869).

Par leurs études comparatives , MM. Sistach , Boudin et Bertillon ont mis à même de reconnaître que les habitants des départements de la Bretagne différaient de ceux de la Normandie par leur petite taille, par une mortalité beaucoup plus considérable, par une moindre proportion d'exemptés pour myopie, pour hernies et pour mauvaises dentures. Moi-même , me servant des documents statistiques recueillis par ces auteurs , j'ai cherché à faire voir que ces différences ne se manik-t.jient pas seulement entre les populations de ces deux provinces peuplées, la première principalement de Celtes, la seconde en partie de Celtes, eu partie d'immigrants saxons, normands, etc., mais se montraient d'une manière plus générale, quoique moins prononcée, entre les populations de l'ancienne Celtique formant au centre de la France, ainsi qu'au Nord-Ouest, en Bretagne, des groupes de départemets différant en général des départements du Nord-Est et voire même du Midi par une plus forte proportion d'exemptés du service militaire pour défaut de taille, et par de moindres propoi tionsd'excmptés pour infirmités en général, pour myopie, mauvaise denlurc , hernies, varices, varicocèles en particulier (Boudin, Sistach, Bertillon, résultats ethnologiques du recrutement dans l'armée fran- '■'"'■'"'• l'"IL ,lr >" s"r- d'anthr., t. II, p. 057-000. — G. La^ueau, quelques remarques ethnologiques sur la répartition géographique de certaines infirmités en France, in Mém. de l'Acad. de médecine, t. XXIX, 1871).

SeWn MM. Martin et Foley, les soldais originaires du la zone centrale de 1.»

France, c'est-à-dire de l'ancienne Celtique, seraient ceux, qui, dans l'armée d'Afrique, fourniraient proportionnellement à l'effectif, le moins de malades, mais qui une fois atteints par les maladies, présenteraient la plus forte mortalité proportionnelle (Hist. statistique de la colonisation algérienne au point de vue du peuplement et de l'hygiène, p. 205-252, etc., 1851, Paris-Alger).

De l'ensemble des documents fort incomplets , quoique déjà nombreux, précédemment rappelés, malgré de notables différences dans les caractères des diverses populations celtiques observées, différences vraisemblablement attribuables à l'immixtion d'éléments ethniques multiples, encore mal déterminés, on peut chercher à déduire d'une manière approximative la caractéristique anthropologique suivante de la race celtique : crâne sous-brachycéphale ou mésaticéphale, à région antérieure large et saillante, tandis que le crâne ibère présente une prédominance occipitale, et que le crâne germanique septentrional est dolichocéphale, allongé d'arrière en avant; — cheveux lisses, plats, non bouclés, blonds ou châtain clair dans l'enfance, bruns ou d'un châtain plus ou moins foncé dans l'âge adulte, tandis que les cheveux de race ibère sont généralement plus ou moins raides , frisés et bouclés, de couleur foncée dès l'enfance , noirs à l'âge adulte, et que les cheveux de la race germanique lisses, non bouclés sont presque blancs dans l'enfance, et blonds ou rouges à l'âge adulte; — dépression naso-frontale considérable; — yeux à iris gris clair , tandis que dans la race ibère les yeux grands, vifs ont l'iris d'un brun foncé, et que dans la race germanique il est d'un bleu clair; — face large, à menton arrondi, tandis qu'il est ordinairement petit et étroit dans la race ibère, et que la face allongée se termine intérieurement par un menton assez long dans la race germanique septentrionale; — teint frais et coloré, mais non pas basané comme dans la race ibérienne, ni d'une blancheur éclatante comme dans la race germanique ; — cou assez court, épaules larges et horizontalement placées, poitrine large et développée, courbes rachidiennes cervicale, dorsale et lombaire peu prononcées; tandis que, clans la race ibérienne, le cou est assez allongé, le thorax est bombé à sa partie antéro-supérieure, les épaules sont légèrement déclives, et les incurvations rachidiennes très-prononcées donnent delà souplesse , de l'élégance à la démarche; tandis que, dans la race germanique, le cou est long, les épaules larges, le thorax développé surtout verticalement, aplati antérieurement, et les incurvations rachidiennes peu prononcées donnent à l'attitude une certaine roideur non dépourvue de noblesse; — membres bien musclés, formes du tronc et des membres un peu courtes et trapues; tandis que dans la race ibère, avec un certain développement musculaire, les lormes sont sveltes, et les extrémités fines; et tandis que dans la race germanique, l'ossature est grande et massive, les membres sont volumineux, le tronc est long et élancé , les extrémités sont fortes et grosses; — taille petite, plus petite que la taille moyenne des populations de race ibérienne, mais surtout beaucoup plus petite que la taille trèsélevéedes populations de race germanique, etc., etc.

Arrivé à la fin de ce trop long travail sur les Celtes, travail qui, malgré son étendue, offre encore de bien nombreuses lacunes, et laisse subsister de bien grandes incertitudes sur noire elhnogénie si complexe, voire môme sur les principales caractéristiques anthropologiques de nos races humaines occidentales, bornons-nous pour les résumer, à remarquer qu'il milite en faveur de la coexistence dans l'ouest de l'Europe de trois races principales : les races ibérienne, celtique et germanique.

Aux Ibères, Aquitains, Ligures, Silures, Sicanes, aux cheveux noirs et aux yeux bruns, de race ibérienne, se rattacheraient la plupart de nos populations du sud-

CELTES (bibliographie). 77'J

ouest de l'Europe, au midi de la Garonne, voire même de régions plus septentrionales anciennement occupées ou colonisées par quelques-uns de ces peuples, qui actuellement encore paraîtraient avoir des descendants jusque dans les îles Britanniques. Ces peuples auraient vraisemblablement parlé des langues voisines de l'euskuara, encore actuellement en usage parmi les Basques des Pyrénées.

Les Celtes, sous-bracbycépbales, de petite taille, aux cheveux châtains et aux veux gris clair, auraient anciennement habité le centre, le nord et l'ouest de l'Europe; auraient chassé les Ligures de certaines régions du nord-ouest; auraient à leur tour été vraisemblablement conquis, puis en partie refoulés par les immigrants de race germanique principalement dans les régions occidentales des îles Britanniques, ainsi que dans le Nord-Ouest et dans le Centre de notre pays, longtemps appelé la Celtique ; se seraient aussi portés au sud des Alpes et des Pyrénées, où, mêlés aux Ibères, ils auraient formé les nations des Celtiques et des Celtibères. Des Celtes descendraient la plupart des habitants du nord-ouest de l'Europe, et quelques-uns de ceux dû Sud-Ouest. De leur langue, de la langue celtique, anciennement parlée dans les divers pays qu'ils occupaient, resteraient encore différents dialectes en usage dans les montagnes d'Ecosse, dans le pays de Galles, en Irlande et dans notre Bretagne.

Enfin les Gaëls, Gallois, Wallons, Welches, Belges, Cimbres, dolichocéphales, de grande stature, aux cheveux blonds, aux yeux bleus, de race germanique septentrionale, auraient successivement occupé les pays maritimes baignés par la Baltique, la mer du Nord, et la Manche; auraient envahi en diverses migrations les îles Britanniques, ainsi que notre pays ; enfin, toujours poussés par leur humeur belliqueuse, auraient pénétré dans le nord-ouest de la péninsule hispanique, dans le nord de l'Italie, dans la vallée du Danube, en Grèce, jusqu'en Asie Mineure. De ces peuples de race germanique descendraient les populations blondes, de haute stature, assez nombreuses dans les contrées septentrionales de l'Europe, dans le nord-est de la France, disséminées en proportions relativement minimes dans la plupart des autres pays où ils pénétrèrent. Gustave Lagneau.

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