‹ Celui qu'on oublieChapitre 11 sur 14 · UXE AUTRE AME SUR LA TERRE · texte numérisé non relu

UXE AUTRE AME SUR LA TERRE

Dis-nous, princesse Poésie, Pour couvrir ton corps peu vêtu.

Ton corps de lis et d'ambroisie, Quelle robe choisiras-tu ?

Pour ton manteau d'impératrice.

Nous qui sommes à tes genoux, Quelle nuance élirons-nous Dans l'arc-en-ciel de ton caprice ?

André, ton premier amoureux.

Broda dextrement, pour te plaire.

Sur un firmament aux yeux bleus Les saphirs de l'écrin stellaire.

Il fit pour tes seins palpitants.

Avec l'air, les bois, les rivages Et le blanc duvet des nuages, Une robe couleur du temps.

Puis ton soupirant Lamartine

Pilla l'argent des blancs pommiers,

La rose où l'abeille butine.

Et l'arbre où nichent les ramiers.

Il te fit, avec la nuit brune,

L'opale, la nacre, l'azur,

Et le sourire d'un ciel pur,

Une robe couleur de lune.

Alors Hugo prit ses ciseaux Et sur la blancheur de ta gorge Fixa des plumages d'oiseaux; Et, mêlant dans sa grande forge L'escarboucle à l'éclat vermeil Et les rubis couleur de braise.

Il fit sortir de sa fournaise Une robe où luit le soleil.

Dis, reine des capricieuses.

Préféreras- tu, sans remord, A ces trois robes précieuses La triste peau d'un âne mort ?

Ah ! pauvre, pauvre Poésie, Au lieu du beau tissu changeant Fait de lune et lamé d'argent, Quelle robe t'es- tu choisie ?

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