UNE AME DANS LE CIEL
Tu vis ce paradis dont on n'est jamais las, Frère, j'en fus témoin. Titan voleur de flammes. Tu dus entrer au ciel vivant, car tu parlas La langue que l'on parle au beau pays des âmes !
Ainsi ces voix chantaient dans l'horreur des forêts ;
Et pendant que, rêveur, en moi je comparais
A l'oubli des mortels la mémoire des choses ;
Que, songeant au héros de ces apothéoses.
Je pesais si l'on doit le plaindre ou l'envier,
Un vent s'était levé, vent qui faisait plier
Les arbres devant lui, comme un souffle d'apôtre.
Les chênes, les ormeaux, se penchant l'un vers l'autre. Se saluaient avec de doux gémissements.
La lune apparaissait au zénith, par moments, Puis un archange obscur la couvrait de son aile, Sans bruit : tel un remords, dans l'Ame criminelle, Tantôt surgit vengeur, tantôt s'évanouit. Comme d'énormes chiens, les souffles de la nuit, Avec des cris hurlants, avec de sourdes rages, S' acharnant au troupeau vagabond des nuages. Le chassaient devant eux dans les plaines du ciel.
Alors, sous l'ouragan sombre et torrentiel, Vaste rébellion qu'aucun roi n'eût fait taire, J'entendis se croiser, dans les vents furieux, La voix de la douleur qui montait de la terre Et la voix de l'espoir qui descendait des cieux.
PREMIÈRE VOIX « Ecoute ce qui fut.