VI. Été comme hiver, tout le monde était nu
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tête à roxtérieiir comme à riiitérieur; pour les promenades hors de rétablissement, le léger béret seulement; un cliapeau de paille en été servait à garantir des ardeurs du soleil dans les travaux en plein air. Point de cache-nez, et sauf les cas exceptionnels, pas de ces emmitouftlements de la tête et du con qui procurent ou favorisent refroidissements, rhumes, bronchites, etc.
Les garçons portaient les cheveux ras, coupés à la tondeuse d'ordonnance. Les fillettes conservaient les cheveux longs.
Vil. La journée d'un orphelin de Cempuis était divisée par des récréations au grand air, dans le bois, le parc ou la cour. Les enfants absolument libres dans ces vastes espaces se livraient aux jeux de leur âge, à cette gymnasllque naturelle qui consiste à grimper, courir, sauter, à se mouvoir sans autre impulsion que celle de l'attrait du mouvement, sans autre règle que l'instinct et la fantaisie. On facilitait, on encourageait ce libre exercice en plein air ; les enfants avaient à leur disposition, constamment, des jeux variés et nombreux : sautoir, cerceaux, jeux de tonneau, d'anneau, passe-boules, balles, ballons, cerf-volant, des échasses en quantité, quilles, une boule et un cylindre sur lesquels la plupart d'entre eux montaient habilement, des cordes, des raquettes, des jeux de grâce, jeux de croquet, etc.
Vlll. A cette gymnastique naturelle on ajoutait la gymnastique scolaire artificielle.
Les élèves, à partir de l'école primaire, étaient divisés en quatre sections, composées en tenant compte de la force et du degré d'instruction, plutôt que de l'âge et de la taille. Les lilles y étaient comprises
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comme les garçons, et elles prenaient part aux mêmes exercices, mêlées dans les groupes d'exécutants; la gymnastique des mouvements (rensemble est de telle nature quelle convient également ù Tun et à lautrê sexe ; il y a cependant une exception à faire à l'égard de certains exercices plus violents que les autres. En dehors de cette restriction, le mélange des enfants des deux sexes dans les exercices de mouvements d'ensemble n'otfrait aucun inconvénient et avait de nombreux avantages. 11 n'y avait pas jusqu'à l'aspect des exercices qui n'y gagnait en intérêt, en pittoresque et en grâce. C'était charmant de voir ainsi manœuvrer tout ce petit monde, les chevelures nouées de rubans et les robes courtes, parmi les tètes tondues et les blouses à ceinture.
Chacune de ces sections était en outre, pour la commodité de l'enseignement, divisée en deux escouades. Enfin, les élèves les plus instruits qui remplissaient les fonctions de moniteurs étaient souvent exercés à part, et spécialement en vue de leurs fonctions. C'étaient eux qui, d'une façon générale, et chacun à leur tour, commandaient les exercices des escouades, sous la direction du professeur, et avec son intervention autant qu'il ' était nécessaire'. De cette façon, le professeur était suppléé dans certaines de ses fonctions, à un moment donné, près d'un groupe d'élèves, et pouvait s'occuper d'un autre groupe, ce qui épargnait du temps.
Les élèves exécutaient soit des mouvements île développement et d'assouplissement à mains libres ou avec instruments : engins légers ou lourds, barres à sphères
I. Fêtes pédagogiques, ]'"' volume, p. 31() à '.VM). (hjninasliquc, Ch. Delon.
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OU hultiTes, soit des mouvements d'ordre, des alignements, des évolutions, des marches, etc.
Les garçons seuls prenaient part aux leçons de boxe, de canne, gymnastique trop violente pour les lillettes et exécutaient des exercices très hardis d'équilibre : pyramides, avec ou sans engins.
(lempuis possédait un yi/tmiase couvert très pourvu d'agrès, et Ton ne négligeait pas les exercices d'appli-
Jeiix dans la cour de l'ecréalion.
cation aux agrès hxes : échelles, barre lixe, barres parallèles, etc., ou mobiles, cordes à nœuds, échelle de cordes, trapèze, anneaux, etc.
IX. L'hiver, les enfants disposaient] de] patins à glace, en tout temps de patins à roulettes; presque tous y étaient fort habiles. Par les beaux temps d'hiver, par
le froid sec, ensoleillé, vivifiant, les enfants, garçons el iilles, se donnaient à cœnr joie de la glissade, du patinage, du traîneau.
Le cyclisme fut en honneur à Cempuis dès les premières années, dès 1881 ' ; ce furent d'abord les lourds bicycles de bois, mais dans les années qui suivirent, une vingtaine de bicyclettes et de tricycles roulaient constamment dans les allées du bois, de la cour et du parc.
De temps à autre, la manœuvre de la ponrpe à incendie remplaçait un exercice gymnastique ou était considérée comme récréation. Les élèves eurent à plusieurs reprises l'occasion, dans des incendies, de montrer leur vivacité, leur adresse et leur endurance-.
Tous les garçons, dès l'âge de dix ans, apprenaient le maniement du fusil. Le bataillon scolaire de l'orphelinat Prévost fut fonde avant ceux de Paris; il vécut après leur disparition'''. Fréquemment des exercices de lir au revolver, à la carabine, au fusil Gras avaient lieu. Les enfants y montraient quelque adresse. On n'y prenait le tir que comme récréation et exercice d'adresse,
1. Les eiifaiils de Cempuis sont certainement [larmi les premiers ([ui utilisèrent la hieycletle. Les fillettes qui y montaient aussi liien que les i;arç<ms ont C(intribu('' à pro[)ayer cet exercice parmi les dames.
2. iNotamiiienl le 24 mars 1890. Voir Bulletin de l'Orpheluint Prévost, 11" 3, mai- juin 1890.
:<. Les enfants maminivraieiit fort lûcii; si on leur dcmaiidail la tenue ( oirecle et Tensemble dans les mouvements, on n'exigeait (■('iiendanl [tas d'eux la figure renfrognée et sévère des vieux militaires ; ils pouvaient sourire sous les armes.
« Pendant l'eiKinète de 1894, on présente à MM. Jacoulet et Pissail l(! Itataillon scolaire. Un des jeunes élèves déride son front et sourit. l'oiir(|U(ii? peu importe. Mais i>L Pissart, cassant, s'écrie : << On ne rit pas sous les armes!... » Il n'y man(|uait plus que le mot de IJam(dlot. » {(',. Nissk.n, l'i tiplieliiiat de Cempnis. Notes d"uu témoin oculaire.)
et on avait soin de légitimer par là un exercice dont le but est généralement barbare ^
Certains dimanches, les plus grands élèves recevaient des leçons à'équitation. Quelques-uns d'entre eux firent de bonne heure d'excellents cavaliers.
Élèves de Cempuis en promenade scolaire.
Et dans tous ces exercices, aucune idée de sport excessif, de championnat occupant l'esprit des élèves
1. « Nous qui n'aimons pas la chasse, plaisir barbare, et encore moins la guerre, comment pouvons-nous Justifier l'exercice du tir dans ses diverses variétés?
" Il n'est pas sûr que nous ayons raison, mais à tout hasard, donnons les raisons banales usuelles : il faut être prêt à se défendre dans les diverses circonst;inces contre les gens et contre les animaux...
« [.e fait est que nous avons pris le tir comme récréation, sans plus. C'est' une récréation amusante... » {Fêtes pédagogiques, année 1891, p. 21.)
d'une façon malsaine. l'oint de vanité, de jalousie, de dépit, de découragement. Etre nu quelconque au milieu d'athlètes égaux, tel est l'idéal plus digne, plus humain qu'on cherchait à inspirer aux élèves.
X. Dans l'éducation physique des petits, les marches, les rondes, les évolutions, les jeux gymnastiques figurant une action quelconque, imitant les mouvements d'un métier, parexemple, et accompagnés de chants, prenaient une grande valeur par l'entraînement qu'ils communiquaient. La préoccupation des maîtresses des classes enfantines était d'en varier le répertoire. On ajoutait à cela des mouvements exécutés à mains libres et ne dilVérant de ceux des grands que par les ménagements que commandait la faiblesse de l'âge. Dans un but de variété et d'animation, on donnait aux petits, pour les mêmes mouvements, des engins d'une grande légèreté : baguettes, arceaux, barres à sphères.
XI. — Les promenades et les excursions étaient en grand honneur a Cempuis. Outre la promenade habituelle du dimanche, on eutrepn'uaitpar les beaux temps et en toute saison, dans la semaine, sans souci des fêtes, n'ayant pour guide que le soleil et pour but que le prolit physique, intellectuel et moral des enfants, de grandes promenades, de longues excursions qui, (|uelquefois, pendant les vacances, duraient plusieurs jours. Les grands seulement prenaient part à ces dernières. Graduellement entraînés, ils parvenaient à faire de' longues, très longues courses '.
1. Nous avons noté dans le Bulletin de l'Orphelinat Prévost le compte lendii do plus de trente excursions en dehors de celles
Le plus souvent on partait de très bonne heure, l'hiver, lorsque le ciel resplendissait encore d'étoiles, l'été quand le soleil commençait à se montrer au-dessus de l'horizon. On revenait au crépuscule ayant allègrement marché une bonne partie de la journée ; quand le fourgon suivait, portant les vivres, on s'arrêtait n'importe où, à l'heure de midi, sur le bord d'une route ombragée, dans une prairie près d'un ruisseau, dans un vallon, et on s'installait pour le repas; le chant, la fanfare ou le clairon, la botanique, la conversation animt'e, les mille spectacles de la nature, faisaient oublier la longue route et, à peine à la tin de la journée un des plus vaillants avait-il le pied blessé par la faute d'un pli de bas. Ses camarades trouvaient l'occasion de montrer leur esprit de solidarité en se disputant le plaisir de l'aider... Et |)uis ces excursions avaient toujours un but, la santé des enfants ou leur instruction, la visite d'une usine, d'une fabrique, la vue d'un spectacle de lu nature, dune source, d'une vallée, d'un monument historique ou pri'historique ', leçon vivante de science, de géographie, d'histoire et de morale.
des vacances et des promenades du dimanche. I.a plus courte fut de 18 kilomètres, la plus longue de 40 kilomètres.
Pendant les vacances de 1891, les élèves de Ceinpuis firent une excursion pédestre d'une durée de .seize jours, par Rouen, le Havre, la cote de la Manclie jusqu'au Tréport. (Voir à ce sujet les Fêtes pédagogiques, p. 233, et les Vraies Vacances scolaires, par A. SuYS, directeur de l'Ecole normale de Bruxelles, Revue pédagogique belge, 1891. j
1. Le 26 février 1893, les élèves de Cempuis étant en promenade avec un de leurs professeurs ont fait la découverte d'une station Iiréhistorique appartenant à l'âge de pierre et à la [dus ancienne époque. Cette station (atelier de taille) fut signalée à la Société d'Anthropologie, et deux savants y vinrent faire des fouilles. [Bulletin de f'Orphelinat Prévost, n" 2, avril 1893.)
Pendant les promenades, les élèves cherchaient aussi des pierres chantantes. Ils purent ainsi en avoir vingt-trois dont huit
11 nous paraît utile d'insister ici sur les détails pratiques de Torganisalion adoptée à l'Orphelinat Prévost, car les excursions sont maintenant à l'ordre du jour dans l'enseignement, et peut-élre l'expérience des pédagogues de Cempuis profitera-t-elle à d'autres.
Des excursionnistes à l'aise, voyageant en petit groupe, dépensent de 10 à 15 francs par jour (chemin de fer non compris). Dans ces conditions, ils n'ont pas à se préoccuper des détails matériels, couchent dans des lits, mangent ;i tahle d'hôte...
Cela n'est pas praticable pour les voyages scolaires. D'abord, c'est beaucoup trop cher : avec les dépenses d'un seul touriste, il faut pouvoir faire voyager huit ou dix écoliers ou ne pas s'en mêler. Ensuite, si on trouve dans les hôtels des petites villes, accommodation pour cinq ou six personnes, une troupe de cinquante écoliers n'est logeable à la manière ordinaire que dans les chefs-lieux, et non sans embarras.
Parlons d'abord des repas. Ce qui coûte dans un re|)as de restaurant, c'est moins ce qu'on y mange que tout l'accessoire, linge, vaisselle, services, loyer, patente, risques, bénéfices du patron.
On peut dans la communauté donner à un écolier un plantureux et succulent repas qm ne coûte pas plus de 40 à 5U centimes, et le restaurateur le plus modéré ne pourra demander moins de deux fois et demi ou trois fois ce prix.
Pour diriger une Iroupe d'écoliers voyageurs, comme
bonnes ou très bonnes et qucliiucs doubles pour cadeaux ou écbanjies. Avec ces pierres ils consliluèrent un litliophonc donnant la flamme clii'omati(|ue de ré dj à ul,-; et se régalèrent plusieurs fois de ce i|u'on a ap|)elé |)laisaniuient la nuisiqac préhistorique.
Gl
du reste des soldats en manœuvres ou en campagne, il faut éliminer toute difliculté, toute dépense accessoire, s'arranger pour être immédiatement à l'aise partout. Règle générale, résultant de notre longue pratique : chaque écolier (ainsi que chaque éducateur guidant ou suivant l'excursion) apporte dans sa musette, assiette en fer blanc, gobelet, cuiller, fourchette, couteau et serviette.
Promenade scolaire, déjeuner sur 1 liuibi.
Premier cas. — Voyage en pleine campagne déserte ou inconnue. — Apporter, en outre, avec soi, toutes les provisions pour la journée moins l'eau que l'on doit toujours pouvoir trouver (le contraire augmenterait la charge de 1.000 à 1.500 grammes) : 6 à 800 grammes de pain, auxquels on peut ajouter une centaine de grammes
de viande, œufs durs, fromage sec, noix, amandes, noisettes, pruneaux, raisins secs. Dans les vingt-quatre heures, on trouvera sans doute où renouveler la provision.
Deuxième cas. — Si les touristes sont accompagnés d'une voiture ou (fun fourgon, cela ajoute beaucoup au confort, au luxe même. On peut y charger les grosses provisions, le pain, les boîtes de viande conservt'C, et y ajouter quelques ustensiles commodes quand on est en grand nombre, plats, soupières, avoir aussi certains aliments dont il est moins facile dfmporter sa part individiielb', haricots, pois, riz, purée de pomme de terre, fromage frais, conliturcs... et enfin un petit appareil à faire le café, exc(dlent aliment de conserve dont il faut se garder d'alni'^er pour les enfants, mais dont on peut user modrrf'ment dans le cas d'un effort sortant de Tordinaii-e, excursion, fête gymnastique ou musicale, examens.
Le fourgon devient du reste assez indispensable si Ton doit rester plusieurs jours hors de portée de centres de ravitaillement en rapport avec l'importance de la troupe touriste. Toutefois des enfants de dix à quinze ans, garçons et filles, physiquement bien élevés, doivent être capables de se suffire pendant une journée entière, depuis un lever matinal jusqu'il la rentrée tardive au gîte.
Troisième cas. — Voyage avec svjour dans grandrs ou prfifcs villes. — S cnlendiM» (ravaiicc avec le possesseiii' d'un local suffisant quelconque, café, restaurant, ferme, grange. Qu'il vous mette, à heurt' dite, dans une grande marmite, eau. h'gunics, sel et 1 kilogramme de viande par huit à dix petits voyageurs
ÉDUCATION l'HYSlgUE 63
(compter les adultes pour deux). La troupe trouve à l'arrivée la soupe chaude, bœuf et légumes, met ellemême son couvert sur des tables, des bancs, des tonneaux, des planches ou par terre, sans donner d'embarras sérieux à l'hôte obligeant.
Il ne s'agit pas ici d'un service difficile, souvent même impossible, pour qui n'est pas organisé d'une manière permanente, mais d'une simple chauffe comme on en fait chaque jour dans les gros ménages ou dans les fermes.
Il n'y a pas à payer un tant par tête, toujours très cher, mais à rembourser le prix des matières premières, du combustible, du travail, et à ajouter tel modeste bénéfice qu'un industriel peut honnêtement compter.
Les correspondants naturels auxquels peuvent et doivent s'adresser des excursionnistes scolaires sont les maires et les instituteurs, qui toujours se hâtent de fournir les renseignements voulus, ou mieux, de faire eux-mêmes tous les arrangements nécessaires. La troupe de Cempuis n'a jamais trouvé d'exception que de la pari d'un maire de grande ville qui depuis a racheté sa faute.
Le contraire est plutôt ;i craindre, surtout lorsque, comme les enfants de l'Orphelinat Prévost, l'on offre aimablement quelques fêtes et réjouissances aux habitants : musique vocale, instrumentale, gymnastique, diction, pièces de théâtre, etc.
Ces excursions, accompagnées de fêtes encore si rares^ font un tel plaisirauxmunicipalités et aux populations des communes traversées qu'il fanf presque toujours lutter pour tem|)érer leur u'uthousiasme. lui-
tiateiirs, en cela comme en bien d'antres choses, les édncatenrs de Cempuis ne voulaient pas profiter égoïstemcnt d'une aubaine exceptionnelle; ils voulaient contribuer à établir des traditions. Que partout Ton reçoive bien les écoliers en voyage, que tous les écoliers voyagent à leur tour !
Et pour cela il faut s'en tenir à ce qui reste constamment possible, praticable en tout temps et pour tous : remboursement des dépenses et paiement du travail, ce qui n'ôte rien à la gratitude que conservent les écoliers pour ceux qui leur ont montré de la bienveillance.
Parlons maintenant du coucher.
Les excursions se font surtout pendant les vacances, Il y a des locaux vides dans les écoles, les écoles normales, les collèges. Quand les jeunes touristes y trouvent de bons lits gracieusement offerts, tant mieux pour eux ! Les élèves de Cempuis apprécièrent cet avantage à Beauvais, à Amiens, à Abbeville, et en outre nos fillettes il Breteuil, à Gournay, à Neufchâtel, à Arques; mais ce qui donne une singulière saveur à cette chose que tant de gens considèrent comme banale : coucher dans un lit, — c'est de savoir aussi coucher sur la paille.
Au début, allant en petit nombre et un peu au hasard, les ('lèves avaient simplement couché tout habillés sur la paille des granges; mais enfin, comme il ne faut pas être systématiquement sauvage, ils avaient vite adopté, en l'arrangeant, le système militaire dont ils usèrent au concours fédéral de gymnastique de Vincennes, en juin 1889.
Chaque touriste a deux sacs : l'un facultatif en toile
à matelas, ouvert sur le côté dans toute sa longueur et pouvant se fermer avec cinq ou six cordons; on peut partout le remplir avec de la paille qui ne perd guère de sa valeur quand on a couché une fois dessus. Un second sac, celui-ci presque indispensable, de fort coton, ouvert et fendu sur les côtés à un bout, remplace les draps; comme le soldat, l'enfant s'y introduit déshabillé. Une légère couverture ou simplement les habits étendus complètent le couchage.
C'est une bonne et hygiénique habitude que de dormir la tête assez basse. D'ailleurs les sybarites peuvent se faire un oreiller en entourant un bouchon de paille dans leur serviette.
Serviette, disons-nous, car il ne faut pas oublier que le jeune excursionniste, qui ne va pas coucher >à l'hôtel doit avoir dans sa musette outre son service de table, ses objets de toilette : serviette, savon, brosse à dents, brosse à tète, peignes.
La toilette se fait au grand air, à la matelotte : on va, suivant les occasions, à la rivière, à la pompe ou au grand baquet communautaire, et on frotte ferme face et torse du sommet delà tète à la ceinture.
Oh n'ajoute pas au bagage individuel le linge de rechange» indispensable, si l'excursion se prolonge. S'il ne faut pas alourdir le troupier adulte, à plus forte raison l'enfant. Suivant les circonstances, on use du fourgon ou du transport par voiture publique ou chemin de fer.
Il est bon di^ faire d'avance un bon plan d'excursion. Tout en- laissant à son projet assez d'élasticité pour profiter d'une bonne occasion imprévue, se tirer d'un mauvais pas, ou réparer un accident, il faut peu laisse
ail hasard. Il faut étudier sa route sur une carte, faire la part approximative de chaque jour.
Malheureusement, les cartes françaises sont inférieures. Si la planimétrie est exacte, le relief du terrain, aussi bien sur celles d'Etat-Major que sur celles du Service Vicinal, est absurdement représenté par un vilain barbouillage, qui assombrit le dessin et n'indique rien du tout.
Donc, à moins qu'une heureuse chance ne mette entre les mains une carte à courbes de niveau proprement tracées, il faut aller de l'avant sans se préoccuper des montées et des descentes.
Ce dernier point, moins intéressant pour les pédestriens, est d'importance capitale pour les cyclistes. Espérons que leur influence, qui grandit si vite en ce moment, contribuera à faire avoir bientôt pour toute la France des cartes comparables à celles des environs de Bruxelles et de Londres.
Un très heureux procédé employé avant une excursion était, à Cempuis, d'en exposer la carte sous verre; un trait tracé à l'encre si/r le verre indiquait le tracé projeté.
Les jeunes touristes venaient discuter le projet, étudier la carte avec une passion géographique des plus réjouissantes.
D'ailleurs, ce projet lui-même était fait en collaboration avec les élèves les plus avancés, à l'aide des géographies locales de Joanne, de Cortambert ou d'autres, mais surtout du très admirable Bottin.
Pendant l'excursion il faut emporter la carte; on faisait ainsi à Cempuis. A un voyage à Beauvais, ce fut la carte sous verre accrochée au fourgon; pendant
une grando excursion en 1888 par le pays de Bray, Neufchàtel, Dieppe, Tréport, chaque excursionniste avait une carte avec un texte résumé, le tout cliromographié par l'un d'eux; le plus souvent, c'étaient des quarts de feuilles d'Etat-Major.
Pour la topographie on emportait également \c prismatic compass (boussole de l'éllexion), précieux instrument inconnu en France, le baromètre anéroïde, le po-
Les Ijicvclisti's de Ceiupuis.
domètre et parfois le sextant de poche et le niveau d'Abney, plus quelques autres appareils pour les excursions spéciales de géologie et de botanique.
On n'oubliait pas la petite pharmacie de poche pour le Aoyage, en casd'accident, chute, blessure, insolation, fatigue anormale, etc;
Tous les grands garçons étant d'excellents bicyclistes, on aimait bien à avoir, pour les voyageurs à pied, un ou deux vélocipèdes qui servaient aux éclaireurs et pouvaient être utilisés dans tous les cas où une mission imprévue devait être rapidement exécutée.
Suivant les circonstances d'une excursion ou de ses diverses phases, on cheminait lentement dans une douce tlAnerie. s'arrêtant auxdiverscharmes de la route, (leurs, papillons, oiseaux, frais ombrages, points de vue, sites,
Uetoiir d'une pruiiieii;ulc h liic-ycleltc.
cultures, nioniiinents, manufactures... ou on se rendait d'un pas ferme vers un but doniu;.
Dans ce dernier cas, la iiiiisi([ii(' otfre le plus précieux concours. Que de fois un solide pas redoublé, joué par la fanfare, enleva les pédestiiens à la lin de la sixième, de la huitième, même de la dixième lieue, au
ÉDL'CAÏlOX PHYSIQUE 69
point de i'airo croire qu'ils commençaient la première.
A défaut de ce luxe, quatre à huit solides clairons, alternant solos et ensembles, remplissent le même but.
■Mais encore ceci n'est j)as dounc à tous et Cempnis lu' l'eut pas dès Fabord. Un simple flageolet, un de ces sifflets en fer blanc d'un sou (flûte hungToise) peut déjà produire un bon etïct d'entraînement.
Enfin et toujours, avec ou sans les moyens qui précèdent, le chant en chœur.
Il nous souvient d'un l'etour de 5 kilomètres sous une pluie battante avec des grands (!) enfauts de douze à quatorze ans et quelques petits imprudemment amenés en voyant le temps splendide au départ. M. Robin s'était mis en tète, chaulant un chaut d'école anglais très entraînant. (V^oir sa traduction : // nous faut de bons nifants, dans le recueil de F Association Galiniste.)
D'abord les enfants rient, ne comprenantpas. Toujours au pas accéléré, M. Robin expli(|uait, traduisait, répétait un seul vers à la fois, que les enfants répétaient après lui, puis les couplets entiers; tantôt on revenait aux vieux refrains français, puis au chaut anglais. Et la joyeuse troupe, ne sentant pas la pluie, avec les petits tantôt sur un dos, tantôt sur un autre, atteignait le home désiré, s'ans s'apercevoir que Ion venait de trotter dans la boue près d'une heure.
Point n'était besoin du reste de pluie ni d'anglais. L'inépuisable recueil ne perdait rien au beau temps.
Disons encore comment on ajoutait à un chant une variété qui est charmante dans l'entrain d'une promenade et paraîtrait j)eut-ètre monotone et fatigante dans la froideur d'un salon.
10 CEMPU19
Un soliste, maître ou élève, chantait un couplet. La troupe le répétait en chœur. Il était repris en ritournelle par un llageolet si Ton veut, ou encore par la troupe à bouche fermée. Autre couplet, autre soliste, autre reprise.
Avant que, par exemple, les onze couplets de la charmante ronde marche La (juultc (Tfau aient été ainsi tiercés, on a enlev»^ un fameux kilomètre'.
Mais, ne l'oublions pas, il faut pour ceci la musique facilement apprise, et la pratique du seul moyen qui y conduise infailliblement tous les écoliers, la méthode modale Galin-Paris-Chevé. II faut encore la mémoire d'un bon nombre de chants ayant le sens commun, chose rare, et non les absurdes et abrutissantes rapsodies que Ton entend si souvent, hélas ! sortir des Ijouches enfantines, ou de celles de nos braves soldais durant leurs étapes.
Terminons par un court résumé de l'hygiène des pédestrieus : Lever à quatre ou cinq heures; 6 à 8 kilomètres ; dé'jeuner; petit repos, la grande trotte; diner, repos, promenade (ne jamais manger et très rarement boire en dehors des repas), lin de la marche du jour, arrivée au gîte, souper, coucher. Les circonstances peuvent forcer à faire encoïc un bout de route après souper ; il faut l'éviter si possible. Mais si ce ne l'est pas, on ne doit jamais être vaincu par une difficult(', et quoi qu'il arrive au physique comme au moral, avoir pour devise, surtout en tourisme : En ara/if'^!
XII. Liu' (|uestion qui se lie à la préci'deutc est celle des co/o/iics scolaires de vacances.