LES AMAZONES IJ
OC Parmi les rayons morts et les cendres éteintes. Vos lèvres et vos yeux ne profaneront pas L'immortel souvenir d'héroïques étreintes.
Loin des couches sans âme et de Timpur repas, Vous garderez au cœur nos caresses empreintes Et nos soupirs mêlés aux soupirs du trépas ! »
Sommeil
SOméMEIL
Sommeil, ô Mort tiède, ô musique muette!
Ton visage s'incline, éternellement las, Et le songe fleurit à l'ombre de tes pas.
Ainsi qu'une nocturne et sombre violette.
Les parfums affaiblis et les astres décrus Revivent dans tes mains aux pâles transparences, Évocateur d'espoirs et vainqueur de souffrances Qui nous rends la beauté des êtres disparus.
L'Automne
L'Q4UT0m!;^E
'Automne s'exaspère ainsi qu'une Bacchante, Folle du sang des fruits et du sang des baisers Et dont on voit frémir les seins inapaisés... L'Automne s'assombrit ainsi qu'une Bacchante Au sortir des festins empourprés. Elle chante La moite lassitude et l'oubli des baisers.
Les yeux à demi-morts, l'Automne se réveSIe Dans le défailfement des clartés et des fleurs, Et le soir appauvrit le faste des couleurs.
Les yeux à demi-morts, l'Automne se réveille : Ses membres sont meurtris et son âme est pareille Aux coupes sans ivresse où s'effeuillent les fleurs.
Ayant bu l'amertume et la haine de vivre Dans le flot triomphal des vignes de l'été, Elle a connu le goût de la satiété.
L'éternelle amertume et la haine de vivre Corrompent le festin où le monde s'enivre, Étendu sur le lit de roses de l'été.
L'Automne, ouvrant ses mains d'appel et de faiblesse.
Se meurt du souvenir accablant de l'amour,
Et n'ose en espérer l'impossible retour.
Sa chair de volupté, de langueur, de faiblesse.
Implore le venin de la bouche qui blesse
Et qui sait recueillir les sanglots de l'amour.
l'automne 27
Le coeur à demi-mort, l'Automne se réveille Et contemple l'amour à travers le passé.
Le feu vacille au fond de son regard lassé.
Le cœur à demi-mort, l'Automne se réveille La vigne se dessèche et périt sur la treille... Dans le lointain pâlit la rive du passé.
Sonnet
SO^t^ET
ES algues entr'ouvraient leurs âpres cassolettes D'où montait une odeur de phosphore et de sel, Et, jetant leurs reflets empourprés vers le ciel, Semblaient, au fond des eaux, des lits de violettes.
La blancheur d'un essor palpitant de mouettes Mêlait au frais nuage un frisson fraternel ; Les vagues prolongeaient leur rêve et leur appel Vers la tiédeur de l'air aux caresses muettes.
Les flots très purs brillaient d'un reflet de miroir.. La Sirène aux cheveux rouges comme le soir Chantait la volupté d'une mort amoureuse.
.' Dans la nuit, sanglotait et s'agitait encor Un soupir de la vie inquiète et fiévreuse...
Les étoiles pleuraient de longues larmes d'or.
Chanson
CHoiSI^SOff^
L se fait tard... tu vas dormir, Les paupières déjà mi-closes.
Au fond de l'ombre, on sent frémir L'agonie ardente des roses.
Sur ton front lourd d'accablement Tes cheveux font de légers voiles.
Dans le ciel, brûle infiniment La flamme blanche des étoiles.
Et la Déesse du Sommeil, De ses mains lentes, fait éclore Des fleurs qui craignent le soleil Et qui meurent avant l'aurore.
Prophétie
40 CENDRES ET POUSSIÈRES i
Puisque telle est la loi lamentable et stupide, Tu te flétriras un jour, ahl mon Lys!
Et le déshonneur hideux de la ride Marquera ton front de ce mot : Jadis !
Tes pas oublieront le rythme de Tonde, Ta chair sans désir, tes membres perclus Ne frémiront plus dans l'ardeur profonde :
L'amour désenchanté ne te connaîtra plus!
Ton sein ne battra plus comme l'essor de l'aile Sous l'oppression du cœur généreux, Et tu fuiras l'heure étrange et cruelle Où l'ombre pâlit le front des heureux.
Ton sommeil craindra l'aurore où persiste Le dernier rayon des deçniers flambeaux :
Ton âme de vierge amoureuse et triste
S'éteindra dans tes yeux plus froids que les tombeaux.
Désir
VÉSI\
LLE est lasse, après tant d'épuisantes luxures. Le parfum émané de ses membres meurtris Est plein du souvenir des lentes meurtrissures. La débauche a creusé ses yeux bleus assombris.
Et la fièvre des nuits avidement rêvées
Rend plus pâles encor ses pâles cheveux blonds,
Ses attitudes ont des langueurs énervées.
Mais voici que l'Amante aux cruels ongles longs
Soudain la ressaisit, et Tétreint, et Tembrasse D'une ardeur si sauvage et si douce à la fois, Que le beau corps brisé s'offre, en demandant grâce. Dans un râle d'amour, de désirs et d'effrois.
Et le sanglot qui monte avec monotonie, S'exaspérant enfin de trop de volupté.
Hurle comme l'on hurle aux moments d'agonie.
Sans espoir d'attendrir l'immense surdité.
Puis, l'atroce silence, et l'horreur qu'il apporte. Le brusque étoulfement de la plaintive voix, Et sur le cou, pareil à quelque tige morte, Blêmit la marque verte et sinistre des doigts.
Chanson
CHo4V^SOD^
A mer murmure une musique Aux gémissements continus; Les sables font, sous les pieds nus, Des tapis de velours magique.
Et les algues, sœurs des coraux, Semblent, à demi découvertes.
D'étranges chevelures vertes De sirènes au fond des eaux.
Le vent rude des mers rugueuses Ne souffle point la guérison...
Ah! le parfum, ahl le poison De tes lèvres, fleurs vénéneuses !
Tu viens troubler les fiers desseins Par des effluves de caresses Et l'enchevêtrement des tresses Sur les frissons ailés des seins.
Ta beauté veut Tattrait factice Des attitudes et du fard :
Tes yeux recèlent le regard De réternelle Tentatrice.
La Pleureuse
Lyi TLEUT^EUSE
LLE vend aux passants ses larmes mercenaires, Comme d'autres Tencens et Todeur des baisers. L'amour ne brûle plus dans ses yeux apaisés Et sa robe a le pli rigide des suaires.
Son deuil impartial, à l'heure des sommeils, Gémit sur les Anciens aux paupières blêmies Et sur le blanc repos des vierges endormies, Avec la même angoisse et des gestes pareils.
f2 CENDRES ET POUSSIÈRES
Le vent des nuits d'hiver se lamente comme elle, Pleurant sur les pervers et les purs tour à tour, Car elle les confond dans un unique amour Et verse à leur néant la douleur fraternelle.
Les jours n'apportent plus, dans leurs reflets mouvants, Qu'un instant de parfum, de beauté, d'allégresse, A son âme qu'un râle inexorable oppresse.
Lasse de la souffrance ardente des vivants.
Vers le soir, quand décroît l'odeur des ancolies Et quand la luciole illumine les prés, Elle s'étend parmi les morts qu'elle a pleures. Parmi les rois sanglants et les vierges pâlies.
Sous les pieux cyprès, tels des flambeaux éteints, Elle vient partager leur couche désirable.
Et l'ombre sans regrets des sépulcres l'accable De sanglots oubliés et de désirs atteints.