‹ Cendres et poussièresChapitre 8 sur 10 · VELLÉITÉ · texte numérisé non relu

VELLÉITÉ

ÉNOUE enfin tes bras fiévreux, ô ma Maîtresse! Délivre-moi du joug de ton baiser amer, Et, loin de ton parfum dont l'opulence oppresse, Laisse-moi respirer les souffles de la mer.

Loin des langueurs du lit, de l'ombre de l'alcôve, J'aspirerai le sel du vent et l'âcreté Des algues, et j'irai vers la profondeur fauve, Pâle de solitude, ivre de chasteté!

Le Sang des Fleurs

LE Sc4t;^G VES FLEURS

Otav ràv uoxtvOcv av cupiat nci{ii.svs; àv^psç

E soir s'attriste encor de ses clartés éteintes. Des rêves ont troublé l'air pâle et languissant, Et chantant leurs amours, les pâtres, en passant, Écrasent lourdement les frêles hyacinthes.

L'herbe est pourpre et semblable à des champs de combats Sous le rouge d'un ciel aux tons de cornaline. Et le sang de la fleur assombrit la colline.

Le soleil pitoyable agonise là-bas.

Sans aspirer la paix des divines campagnes, Je songe avec ferveur, et mon cœur inquiet Porte le léger deuil et le léger regret De la muette mort des fleurs sur les montagnes.

Ton Ame

rOV^ cdéME

JL ON Ame, c'est la chose exquise et parfumée Qui s'ouvre avec lenteur, en silence, en tremblant, Et qui, pleine d'amour, s'étonne d'être aimée. Ton Ame, c'est le lys, le lys divin et blanc.

Comme un souffle des bois où sont les violettes. Ton souffle vient baiser le front du désespoir. Et l'on apprend de toi leé bravoures muettes. Ton Ame est le poème, et le chant, et le soir.

Ton Ame est la fraîcheur, ton Ame est la rosée. Sa très douce pitié console du destin Et ranime d'un mot l'espérance brisée.

' Ton Ame est le sourire au regard du matin.

Rythme saphique

\rTHéME Sa4THIQUE

Aé^uxe (Asv à aeXocvva WAnOA.

'ombre se drapait en des voiles de veuves, La mer aspirait le sang tiède des fleuves, L'Aphroditâ blonde au regard décevant Riait en rêvant.

8o CENDRES ET POUSSIÈRES

J'entendis gémir, au profond de l'espace, Celle qui versa la strophe ardente et lasse, Et dont le laurier fleurit et triompha :

La pâle Psapphâ.

ce Le rossignol râle et frémit par saccades, Et l'ombre engloutit la lune et les Pléiades L'heure sans espoir et sans extase fuit Au fond de la nuit.

oc Parmi les parfums glorieux de la terre.

Je rêve d'amour et je dors solitaire.

Vierge au corps pétri dans l'ivoire et dans l'or, Que je pleure encor! »

Locusta

LOC USTo4

UL n'a mêlé ses pleurs au souffle de ma bouche, Nul sanglot n'a troublé l'ivresse de ma couche, J'épargne à mes amants les rancœurs de l'amour.

J'écarte de leur front la brûlure du jour.

J'éloigne le matin de leurs paupières closes. Ils ne contemplent pas la ruine des roses.

Seule, je sais donner des nuits sans lendemains.

J'allume dans leurs yeux d'inexprimables fièvres, Et, fastueusement, je leur offre mes lèvres, Mes flancs, et la lenteur savante de mes mains.

Je verse les soupirs, Taccablante caresse

Et les mots de langueur murmurés dans la nuit.

J'estompe les rayons, les senteurs et le bruit.

Je suis la pitoyable et la tendre Maîtresse.

Car je sais les secrets des merveilleux poisons,

Insinuants et doux comme les trahisons

Et plus voluptueux que l'éloquent mensonge.

Lorsque au fond de la nuit un râle se prolonge Et se mêle à la fuite heureuse d'un accord, J'eiFeuille une couronne et souris à la Mort.

Je l'ai domptée ainsi qu'une amoureuse esclave. Elle me suit, passive, impénétrable et grave, Et je sais la mêler aux effluves des fleurs.

El la verser dans l'or des coupes des Bacchantes.

r importun du soleil Dans les yeux alourdis qui craignent le réveil Sous le regard perfide et cruel des amantes.

J'apporte le sommeil dans le creux de mes mains Seule, je sais donner des nuits sans lendemains.

A une Femme

c4 U^T^E FEéMéME

END RE à qui te lapide et mortelle à qui t'aime, Faisant de l'attitude un frisson de poème, O Femme dont la grâce enfantine et suprême Triomphe dans la fange et les pleurs et le sang,

Tu n'aimes que la main qui meurtrit ta faiblesse, La parole qui trompe et le baiser qui blesse, L'antique préjugé qui meurt avec noblesse Et le désir d'un jour qui sourit en passant.

Férocité passive, âme légère et .douce, Pour t'attirer, il faut que le geste repousse : Ta chair inerte appelle, en râlant, la secousse Et l'effort sans beauté du mâle triomphant.

Esclave du hasard, des choses et de l'heure, Être ondoyant, en qui rien de vrai ne demeure, Tu n'accueilles jamais la passion qui pleure Ni l'amour qui languit sous ton regard d'enfant.

Le baume du banal et le fard du factice, L'absurdité des lois, la vanité du vice Et l'amant dont l'orgueil contente ton caprice, Suffisent à ton cœur sans rêve et sans espoir.

Jamais tu ne t'éprends de la grâce d'un songe, D'un reflet dont le charme expirant se prolonge. D'un écho dans lequel le souvenir se plonge, Jamais tu ne pâlis à l'approche du soir.

Sonnet féminin

SOSSC^KET FÉéMItNiltNi

1 A voix a la langueur des lyres lesbiennes, L'anxiété des chants et des odes saphiques.

Et tu sais le secret d'accablantes musiques Où pleure le soupir d'unions anciennes.

Les Aèdes fervents et les Musiciennes T'enseignèrent l'ampleur des strophes erotiques Qui versent dans la nuit leurs ardentes suppliques, Ton âme a recueilli les nudités païennes.

Tu semblés écouter l'écho des harmonies; Bleus de ce bleu divin des clartés infinies, Tes yeux ont le reflet du ciel de Mitylène.

Les fleurs ont parfumé tes étranges mains creuses ; De ton corps monte, ainsi qu'une légère haleine, La blanche volupté des vierges amoureuses.

Devant la Mort

DEVaiV^r Lo4 é^O\T

LS me disent, tandis que je sanglote encore : oc Dans l'ombre du sépulcre où sa grâce pâlit, Elle aspire la paix passagère du lit.

Les ténèbres au front, et dans les yeux l'aurore.

« Elle aura la splendeur de l'Esprit délivré. Rêve, haleine, musique, essor, parfum, lumière. Le cercueil ne la peut contenir tout entière. Ni le sol, de chair morte et de pleurs enivré.

98 CPir»MS ET POUSSIÈRES

c Le cierge aux larmes d'or, le râle du Les lys fanés, ne sont qu'un symbole menteur : Dans une aube d'avril qui vient avec lenteur, Elle refleurira, violette mystique. »

— Et j'écoute parmi les temples de la mort.

Je sens monter vers moi la chaleur de la terre, Dont l'accablante odeur recèle le mystère Du sanglot qui se tait et du rayon qui dort.

J'écoute, mais le vent des espaces emporte L'audacieux espoir des infinis sereins... Elle ne sera plus dans l'heure que j'étreins. L'heure unique et certaine, et moi, je la crois morte.

La nuit, dont la langueur ne craint plus le soleil. L'enveloppant du bleu féerique de ses voiles, Eteint jusqu'aux lueurs lointaines des étoiles, Et le vin des pavots lui verse le sommeil.

Page 1