‹ Censure de 1827 (volume 2)Chapitre 24 sur 80 · DU MINISTÈRE · texte numérisé non relu

DU MINISTÈRE

ET

DE LA CENSURE

There is somethiiig voiten in tbe state. Tly a quelque chose de dorrowpu dans fétat,

Là E caractère de la Censure , telle qu'elle vient d'être

rétablie , annonce évidemment Tintention de détruire toute liberté en France. Il est peut-être temps encore d'écarter les périb qui nous menacent ; de prévenir ces déchiremens subits de la société^ qui/ pareils à ceux des nuag,es au moment de la tempête, laissent partir la foudre, et ne se referment que lorsque le, mal est consommé. Les ministres atteints de cette fièvre du pouvoir , dont l'eflEet inévitable est, de suspendre l'exercice de la raison, poussent rapidement l'état à sa ruine. L'avenir s'approche chargé d'un sinistre fardeau ;^ lès dangers se pressent ; et il est du devoir d'un citoyen , ami de son pays, d'élever la voix , même quand cette voix ne serait pas entendue. Les premiers actes du ministère annoncèrent

qu'il serait bientôt en hostilité avec les intérêts nationaux; et que n'osant d'abord attaquer de front les obstacles qui s'opposaient à ses desseins , il cbercberait à s'approcher graduellement de son but par des voie^ obliques. De là ^ la nécessité d'une majorité dévouée; delà aussi, les violences, les séductions, la corruption des élections de 1822; corruptions, séductions, violences avouées et constatées aux deux tribunes. Les élections terminées , il s'occupe à réunir les forces dont il croit pouvoir disposer pour l'accomplissement de ses projets.

Il fait la guerre d'Espagne pour donner une armée , non à la monarchie constitutionnelle, mais à la monarchie absolue ; il provoque la septennalité , pour se former un parti compacte et dominant dans la chambre des députés ; ne pouvant proscrire entièrement la liberté de la presse périodique, parce que c*était en défendant cette même liberté qu'il s'était élevé au pouvoir , il cherche à l'avilir par la corruption , à la neutraliser par la crainte , à l'anéantir sous les coups d'une législation exceptionnelle; il se croit certain de l'appui de la magistrature, et il compte sur le clergé. Pendant qu'il range ainsi en bataille contre la Charte tous les pouvoirs émanés de cette même Charte, l'opinion publique, qui n'est que l'expression des intérêts généraux, prend l'alarme; ^es écrivains courageux signalent les dangers du système ministériel ; mais en faisant le dénombrement de ses forces, en calculant surtout Tisolement des citoyens, les molles habitudes de la civilisation , le ministère rêve

un triomphe facile, et s'écrie, comme un autre conquérant : « Que les destins s^ accomplissent / » '

Cependant, au moment de l'action, de puissant auxiliaires sortirent de ses rangs; la magistrature française, si intéressée au mainti^i des lois, à la conservation de l'ordre, à l'application impartiale de la justice, repoussa généreusement l'alliance impie qu'on voulait lui imposer; on exigeait qu'elle servit d'instrument pour étoufier la voix retentissante de la presse périodique ; elle refusa de rendre cet indigne service , et se couvrit de gloire par des arrêts conformes au droit commun et à l'équité ^ Ce premier échec ne fit qu'irriter le ministère ; il voulut en tirer une vengeance éclatante, d'abord en destituant un magistrat ^ coupable de l'insigne délit d avoir une conscience ; ensuite par le rétablissement de la censure, fondé sur l'insuffisance des tribunaux. Il faut ici nous arrêter un instant.

Louis XVIII vivait encore , mais la main glacée de la mort était près de le saisir. Frappé d'une maladie incurable , privé de cette énergie morale qui sait démêler la pensée réelle sous des paroles spécieuses ; ne pouvant juger ni les faits , ni l'opinion, il était facile de le tromper; la censure fut établie. Peutêtre n'est-il pas superflu d'obseryer que la vieillesse des rois est souvent une époque féconde en malheurs publics. Certes , Louis XIV était puissamment doué par la nature^ la première partie deT son règne fut

^ Procès de VAristarque et de la Quotidienne.

2 M. Fréteau de Pény, avocat général à la cour de cassation.

brilIuDte par les faits, glorieuse par lea r^ultata; cette gloire brille encore d'un vif éclat apr^ pli» d'un siècle. Quelle dijB^rence entre la première et la sf%oade partie de ce règne mémorable? Louis XlV, atteint d'une infirmité douloureuse, n'est bile même homme , ni le même roi; plus il avance vers le terme de la vie, plus il devient incapable de régler tes destinés» de l'état; enfin il trànbe entre les mains d'un jésuite '', et tout s'obiicurcit autour de lui ; an arraché k sa caducité la révocation de Tédit de Maùtes , charte dé Henri IV, charte de tolérance et de paix , respectée moine par Richelieii; la France se couvre de déuil. Louis XIV laoguit et meurt ; la joie publique outrage sea funérailles. Quelle leçon pour les rois !

Louis XVin descend aussi au tombeau, et le nouveau règne s'annonce sous d'beUretis auspices. La France regrettait là liberté de la presse périodique , dérnierrempart dé ses droits menacés, et les transports de la reconnaissance nationale accueillirent l'abolitiœi d'une censure flétrie par ses actes, et dont l'odieux souvenir ne sera jamais efiacé. Les sermens de Reiins élevèrent au plus haut degré la joie et la confiance des citoyens. C'était pour le ministère le moment de revenir aux principes, de rentrer naturellement dans le régime constitutionnel; mais il aurait fallu de la franchise et quelque loyauté; le système un moment suspendu fut repris.

Les ministres reconnurent que l'opinion retranchée dans la presse périodique était un obstacle invincible

1 Le V. UteUier.

k rexeroice du pouvoir absolu, unique objet de leurs vOBU3(. Maisi on ne pouvait chasser brusquement Yopinion de sa citadelle; il devenait nécessaire d'en faire le siège en forme , d'ob^ver les endroits faibles, de miner le terrain^ et de saisir Finstant favorable pour l'ensevelir sous ses ruines. Bientôt les postes furent distribués , et les opérations commencèrent.

On s'était aperçu depuis quelques années des progrès de cette société.fameuse qui forme dans Téglise un éitat indépendant^ et qui veut dominer sur les rois et par les rois. Auxiliaires naturels du despotisme , leur existence*, comme corporation reconnue, est incompa-^ tible avec les libertés publiques. A leur arrivée en France, ils creusèrent des souterrains et s y caobèrent; mais on les reconnut bientôt à la turbulente activité de leurs missions, et à la téméraire exposition de leurs doctrines. Les^ amis de la liberté constitutionnelle s'a« larmèrent ; leur zèle signala les effets désastreux de ces misions, qui traînant l'incendie d'un bout de la France k lautre^ ressuscitent d'ignobles superstitions ensevelies dans Vouibli , et préparent toute une génération à Ik honte de la servitude. L'opinion publique fut avertie; alors survint le ministère avide de prétextes contre là liberté de la presse. Deux journaux de l'opposition furent déférés aux tribunaux , comme coupables de tendance anti-religieuse ; et tout fut mis en oeuvre pour assurer le succès de cette tentative.

Il n'est besoin de rappeler, ni le célèbre réquisitoire <ie M. le procureur-général Bcllart, à qui Dieu fasse paix; ni leséloquens plaidoyers de MM. Dnpin etMé*

rilhou , dans la défense des journaux attaqués ; tout cela est encore présent à la mémoire : jamais, non plus, ils' ne seront oubliés, ces deux arrêts solennels qui levèrent le voilé jeté sur les dangers du pays, et proclamèrent l'illégalité^ des congrégations jésuitiques. Loin de savoir gré à d'honorables magistrats du service immense rendu à la société, le ministère s'en irrita^; il vit avec une douleur concentrée qu'il devait renoncer à l'appui de la magistrature française, pour déti*uire la liberté de la presse. Il eut recours à d'autres moyens.

Les organes du ministère reçurent l'ordre de parler sans cesse de révolutions et de révolutionnaires, d'évoquer de tristes souvenirs , de, prendre la. défense de la religion comme si elle était attaquée, de dénaturermêmeaubesoinlespenséesetles paroles des écrivains de l'opposition. Cette tâche fut merveilleusement remplie ; mais par malheur , la raison publique était trop éclairée pour céder à de vaines déclamations. On comprit que les seuls révolutionnaires qui existent en France , sont précisément les ministres eux-mêmes , dont tous les efforts tendent à mettre le pays en révolution ; c'est-à-dire, à ruiner ou à dénaturer ses institutions, à substituer un i^gime illégal à la légalité, à concentrer.dans leurs mains toute la réalité du pouvoir. Les organes ministériels ne furent pas méoie écoutés; nouvel échec, nouvelle fureur! ■

A la même époque , le danger commun rapprocha des honmaes qui s'étaient long-temps combattus sans se connaître; la Charte était devenue l'unique refuge *4é nos libertés et de l'honneur national ; cette vérité

fut généralemeut admise, et Valliance porta des fruits heureux ; d'anciens préjugés, s'effacèrent ; de vieilles animosités furent apaisées ; ramertume des souvenirs s'affaiblit ; tout fut sacrifié au bien public. L'opposition compta dans ses rangs les talens et les vertus qui honorent l'époque^

Dans le même temps parurent quelques écrits scandaleux ; je veux parler de ces misérables petites biographies des Dames de la cour , de la Chambre des pairs y de la Chambre des députés ^ qui pullulèrent comme les insectes à l'approche d'un orage. On n'a jamais pu savoir au juste l'origine de ce débordement de sottises calomnieuses. Le doute en disait assez; mais le bruit qu'en fit le ministère en disait encore plus. Jamais service plus éminent ne lui avait été rendu; il en tressaillit de joie et d'espérance; enfin voilà un prétexte spécieux, a La presse a ses abus : tant mieux, cessera le moyen d'en proscrire l'usage. nous avons en notre faveur les amours-propres irrités dans les deux chambres , le dégoût qu'inspirent toujours les attaques dirigées contre des femmes titrées ou non titrées; nous réduirons la preisse au silence, et alors !.... » Telles étaient,, je n'en doute pas, les pensées et le langage des ministres.

On se met à l'œuvre. Toutes les capacités jésuitiques et ministérielles sont convoquées ; il faut une loi tellement captieuse que la presse périodique et non périodique, ne puisse échapper à la main de fer de l'arbitraire; qne cette loi soit semée de pièges inévitables , que le droit même de propriété y 3oit effacé ^

«ifia quela^eniièrë anere qui reûenct encore la CSiaite à flat'$oH coupée. Lesonvriers travailleiit jour et nuit, et fabriquent à grand peiiie cette prétendue' toi sur la police de lé presse , infernale combinaison de perfidie , de fraude et de despotisme, l^e fut mise au secret; mais le jour de son apparition n'était pas éloigné. ^

Tout avait été préparé pour le succès. Quelques oonsesjs'généraùx'desdépartemens^ dont les membres sont choisis par les agens du ministère , fisumireat lenrs^ tributs de phrases contre la liberté de la presse ; on retrouva les mémes^ escpressious dans des mander mens d'évéqùes qui n'aiment pas plus la liberté civile que la ' liberté religieuse ; enfin le ministère glissa quelques paroles accusatrices dans le discours de la couronne. Les' batteries ainsi disposées, on attendit av^ moins d'impatience le moment de. l'action. - IjCS réponses des deux chambres au discours de la couronne ne furent, comme il est d'usage^ que l'éoho d<^ ce même discours. Le ministère avaitpacié des abus de^ presse; on lui répondit que les abus de la presse devaiait être réprimés; cela parut suffire; on se crat assuré de la coopération des chambres, non pour réprimer, mais pour détruire..

On n'exigera pas de moi que je revienne sur les dispositions du projet de loi ministérid.' A peine fiit-il connu , qu'un cri général de réprobation ïaecueillit comme un arrêt de mort contre l'inteUigenee humaine. Le t ministère était enfin à découvcHTt ; il resta démontré que désormais chaque instant dé son esisteiïee serait une convulsion . d'agonie

pour la société*: Lei;^^4ébajts » ouvrent ki b chAQ^bre^ des depuis ^; et la (rîbuoe réyèlç tous, les cliogefs, ffjLii menaççQt les luiuière^ ^ , et. ^L'imprimerie eUv-^ mêiiQe ^ 1^ .pl^s^ /^elle. dé^oiiverte 4u t.géiûe de ITiomUi^ , 0t le j^lus Mt^ des arts, t^a société ^o(iè|^ s'émeut ; le premier c^ps littéraire de la Tr;9]ice devient, l'iaterprè te du ^entimeat i^énéral ; la presse pé« riodiqiie ireteatil; d'^éloqueotesréolamatious; .quelque spitle dévwnaeQt de^ipartia^DS du miaistère^. Une peut résister i^ntièrement k la mattifestî^tioxi de ropiniou publique ; Je projet de }çi .commenté , modifia > mui tilé, mais toujours dangereux « est transmis à la cbamn bre4eQ .pairs { .aloçs tous les; regarda, toutes les espéi:9nces .se tournent yecs a^tte noble assemblée. , •

J)ans le.tat actuel desr. choses^ la position de la chambre des pairs est digne, de. remaïque.' D'après, l'esprit de son institution , elle est destinée à veiller. 9a maintien de ia prérogative royale et de l'aristocratie constitutionnelle; c'est une barrière opposée à J'acciroissement démesuré de l'influence popu*laice, qui pourrait détruire l'équilibre des pouvoirs, ce qui . amènerait l^narchie ou le despotisme^ Mais les intérêts populaires, c'est-à-dire y les droits, publics et : privés des Français ^ n'ayant plus un HOimbre suffisant de défenseurs naturels, par i'asoen« daot démesuré du ministère, sur les élections ^ il s'eqsuitque si l'esprit d'aristocratie inconstitutionnelle , ou de servilité, domine dans la chambre él^tinse, tout équilibre est rompu et le govivernement représentatif anéanti, k moins que la ehambre héréditaire., siinté-^

restée à la conservation du i*égime constilutionnel , ne prenne elle-même sous sa protection les droits acquis et les intérêts généraux. Cela peut servir à expliquer la conduite de la chambre des pairs, conduite si honorable et si digne de reconnaissance. Une loi sur le jurj^ conçue dans le seul intérêt du pouvoir ministériel , avait été soumise à son examen , elle en avait fait une loifavolable à l'indépendance des élections et du jury ; aussi, ce ne fut ni sans crainte , ni sans répugnance , que le ministère lui présenta le nouveau projet dé loi sur la presse ; une commission fut immédiatement nonmiée et le rapporteur désigné. '

Cependant le bruit saccréditait que la chambre des pairs refusait de s'associer au ministère pour consacrer les vexations ^ l'arbitraire, la violation du droit de propriété , dont le projet de loi portait encore les marques visibles. On ajoutait que la commission examinerait religieusement les articles conservés , quelle s'entourerait des renseignemens nécessaires pour arriver à la connaissance de la vérité, et changer un instrument de destruction en une arme de défense. Tout k coup la loi est retirée; et l'on n'a pas oublié avec quelle explosion de joie et de gratitude cette nouvelle fut reçue sur tous les points du royaume. a Enfin, disait-on, la Charte est sauvée, et les mi* » nistres convaincus par leurs propres actes d*incapa- » cité ou de trahison, cesseront de s'interposer entre » le monarque et l'affection du peuple. Pour peu qu'as w soient dévoués au Roi , ils sentiront que leur pré* » sence est dangereuse dans ses conseils, et ils pren-

» dront le seul parti honorable qui leur reste, celui M de la retraite. » On vit aussitôt l'industrie se ran^niqr, le commerce reprendre ses ^Spéculations , et la confiance publique espérer un meilleur avenir. Ces illusions,, par une inexplicable fatalité, devaient bientôt s'évanouir et faire place, à d'affligeantes réalités. Déjà les bruyantes,. mais loyales manifestations de l'allégresse publique avaient été représentées comme des synaptômes révolutionnaires. Ceux qui en parlaient avec le plus de véhémence, n'y croyaient pas, et ne pouvaient y croire. Mais qui ne connaît la force de vieilles idées devenues fixes , et de terribles souvenirs qui dominent le jugement? Ce fut le point d'appui du ministère. De là , les rapports faux ou exagérés , les calomnies contre la France, et surtout contre la population de Paris. « Il ne faut rien céder à l'opinion, parce que chaque concession amène une exigence nouvelle ; l'emploi de la force est le seul qui convienne avec un peuple qui ose exprimer ses vœux ; il faut le rompre à lobéissance passive; cest ainsi qu'on obtient du repos et de la sécurité. » Tels sont les raisonnemens qui, à une certaine époque de la vie des nations, soulèvent tôt ou tard les sociétés, et engloutissent les trônes.

. Rectifions ces idées ! Chaque gouvernement a ses conditions d'existence. L'une des plus indispensables à la durée d'un gouvernement représentatif est la libre communication des idées, au moyen de la presse^ et, par une conséquence nécessaire ,^a libre expression de l'opinion publique. Tout le gouverne-

ment coïistitutioûiiel eiit là ; oe gouvernement n'existe plus, dè^ qtie ropinioU est oomprîméé, et né peut se faire entendre. Il vaudrait mieux alors proclamer le pouvoir absolu ; du moins on saurait à quoi s'en tenir, et aucun piège île serait tendu aux citoyens. On montrerait àu&sî par*là quelque franchise ; mais prétendre qu tl eidste an gouvernement libre lorsque l'expression du vœu public en faveur de la liberté dé la pressé, sauvée d'un grand péril, est regardéecomme séditieuse; où le méconteotemeût contre un ministère , qui s'acharne à la destruction de l'édifice constitutiounel , ne peut se produire sans étt^ considéré comme un crime digne de châtiaient ; c'est se jouer du' bon sens lé plus vulgaire, c'est insulter à ki pudeur publique; c'est imprimer à la restauration la flétrissure du mensonge.

Ou sait ce qui est arrivé à la dernière revue de la garde nationale parisienne. Aux acclamations unanimes les plus loyales, se mêlèrent d'autres acclama* tious qui révélaient le sentiment généra) qu'iûspire le ministère. Ce sentiment avait acquis une telle énergie que rien ne pouvait le contenir. Deé ministres attachés au roi et à la royauté auraient compris leur devoir; mais on les connaissait trop pour attendre d'eux quelque résolutiou généreuse. Cependant , je dois le dire , la dissolution imprévue de la gardé natiohalè surpassa même Fidée qu'on s était faite de leur audace. De grands services , un dcvouèinênt sans bornes, utie gloire encore resplendissanté, hé purent détourner la vengeance; tout fot

sacrifié à la colère; tout fut fraj^pé 4'uae surprise mêlée d'indignation , d,epuiâ les plus, hautsi rangs de. la siç^tciété y jusqu'à Thomme de peine qui gagne son pain k la sueur de son front. , ,

La session touchait à son terme; le. budget était emporté; et quoique constamment humilié aux. deux tribunes , encore tout honteux de ses défaites , privç de la coopération de la majorité, des pfiirs de France fidèles à leurs sermens, le ministère reconnut sa position; il ne pçuvait vivre que par la violence ^ et résolut de suivre le système meurtrier des coup^ d'état ; telle est loriginp de la censcire actuelle. Je m'arrêterai ici un instant. .

Ce qui surprend les étrangers, qqi ont tant admiré là valeur française sur les champs de bataille, c'est la résignation avec laquelle la France supporte des mesures qui lui révèlent un sombre avenir^ qui ahuv

ment tous les intérêts et blessent tous les cœurs: il leur

semble que la patience nationale ne peut être épuisée; et que chaque ministre pourra dire nn jour commç Taffirandii de Claude :

t J'ai cçnt lots» dans le cetirs ée ma grandeur passée , » Tenté leur patieace et nei'ai point lassée.

Je veux expliquer ee phénomène. Nul doute que le ministère actuel n'ait porté au comble le méconteur tement publie ; ce sentiment existe dans toutes les classes, sur tous le^ points du royaume, dans le plus humble viUajg;e eomm« dans les plus superbes cités, Il n'y a point aujourd'hui de partis en France; 1|?

ministère est d'un côté avec son armée servilé d'em* ploy es et de commis , et de Tautre y la nation livrée aux travaux des sdiences, des arts, de ragriculture, du commerce et de l'industrie. Dans un tel état de choses, ce que les citoyens redoutent le plus, et avec raison, ce sont les troubles civils qui menacent la fortune publique et les fortunes privées, les commotions politiques qui naissent les unes des autres, et se succèdent long-temps comme les flots d'une mer battue de la tempête. D'effrayans souvenirs appuient cette crainte générale des révolutions, qui ajournent à un si long terme les prospérités et mêq[ie la liberté des peuples. L'ordre et la paix sont des. besoins pressaiis pour les nations civilisées ; et c'est là ce qui rend, encore plus criminels les bommes qui substituent un régime arbitraire au régime légal, et administrent violemment une société paisible; de plus, les citoyens , accoutumés au gouvernençient constitutionnel, ne perdent jamais en* tièrément l'espérance; ils savent qu'une parole royale peut tout finir, cet espoir les soutient, et ils aiment à le nourrir. Us considèrent aussi, comme motifs de sécurité, la sagesse, l'intégrité, l'indépendance de la magistrature ; ils comptent sur la noble majorité de la chambre des'pairs, sur l'éloquence des protestations de la tribune, sur la force naturelle des choses , sur la puissance même des événemens imprévus. Une raison éclairée leur apprend qu'on ne peut long-temps demander, plus d'un milliard d'impôts anpuels , à un peuple livré aux caprices du pouvoir absolu. On ne peut guère s'imaginer que trois hommes si peu reoKirquables par le talent,

et que lejen seul des partis a poussés au sommet de la société^ aient la prétention de nous inlposer un despotisme ignominieux , et la fca'ce d'achever leur tâche: on s'arme donc tout à la fois de patieiice et de dédain. Mais que les ministres y prennent garde, il n'y a là dedans ni crainte, ni servilité.

D'après ces considérations, on ne sera point surpris que la nouvelle de l'imposition de-la Censuré ait peu ajouté à l'énergie du sentiment qu'inspire le ministère. C'était d'ailleurs une faute ; et elle ne pouvait lui échapper; c'était une faute, car les ministres démentaient eux-mêmes leurs paroles les plus solennelles et les promesses qui avaient aplani leur route au pouvoir ; tout ce qu'on pouvait dire à leur égard avait été mille fois répété , et se trouvait ineSaçablemeht gravé dans la mémoire publique. En imposan^t silence à l'opinion,. en proscrivant l'usage Uhve de la presse périodique , ils se privent même de leur argument banal, l'abus de la presse ; et, lorsque ]a tribune se réveillera à la prochaine session de$ chambres , il ne sera plus question que des abus de la Censure. Nous verrons quel profit les ministres en pourront tirer pour la nouvelle loi , destructive de la presse , qui s'élabore péniblement dans les ateliers ténébreux dé la contre-révolution.

Sans doute quelque orateur , interprète de l'opinion nationale, leur demandera quelles circonstances graves ont pu justifier une mesure réservée pour les périls extrêmes. Se rejetteront-ils encore sur quelques abus de la presse; mais ces abus , s'ils existent, justiciables

des tribunaux et facifement réprimés y s<mt inséparables de l'usage. Soot-ce là ces graves circonstances, ces dangers inmrinens, dont le législateur, honteux sans doute de violer la Charte , a exigé la présence reconnue comme le palliatif de cette violation ? L'amour de Tordre , le i^spect des lois, rattachement aux institutions nationales , le sentiment de l'honneur ne sontils plus les traits caractéristiques des Français ? Existet*il un peuple plus facile à gouverner par la franchise et la justice, plus sensible aux services rendus, plus généreux et plus lojal ? La paix intérieure sotidement établie , ne pouvant plus être troublée que par les soubresauts de la tyrannie ; treize ou quatorze cents millions arrivant annuellement sans effort , ides mains de l'opulence , et de l'épargne de la pauvreté , au trésor puUic ; une agriculture en état de progression ; une industrie , un commerce qui me demandent que des encouragemens et des débouchés; une société , où les longues haines s'apaisent , ou Firritation des souvenirs s'amortit sensiblement ^ où l'on aper^ coït une tendance manifeste à tenir moins aux opinions qui divisent qu'à celles qui unissant ; enfin mie génération amie de la liberté légale , dont l'activité se dirige wrs Texercioe des vertus* sociale» et la pratique des devoirs : voilà , voilà les gfaves cirooD»" tances au milieu desquelles l'ordonnance de Geâsure a proclamé la suspenâioB de la presse périodique* Aàne», la Censure est privée des oMidôtions nécessaires à son établissement; c'est on eoiq>^ dfétal, une mesure illégale , un crime flagrant dont l'impunité est un fléau de

plus. Il ne manquait que cette plaie à toutes celles que le ciel irrité yient d'infliger à la malheureuse France; et , par une fatalité remarquable , nous avons subi tout à la fois les inondations, les grêles , les incendies et la Censure.

J examinerai maintenant la Censure telle qu elle est

exercée; j'ai tardé à y venir, car c'est la partie la plus fâcheuse de mon sujet; on ne sera point étonné si j'éprouve quelque répugnance à traverser ce terrain fangeux; mais je ne saurais me soustraire à c,ette nécessité , et il faut savoir prendra son parti. Je m'occuperai pçu des individus ; et si je fais une exception en faveur de M, de Bonald , c'est que sa présence au conseil supérieur de la Censure est une indication formelle du système d'injustice et de. violence que nous subissons aujourd'hui.

On remarqua d'abord que l'ordonnance de Censure ne contenait point l'exposé des motifs de son établissement: on en conclut que le ministère, perdant toute pudeur, se déterriiinait à braver ouvertement Topinion, et abandonnait toute prétention à la légalité de ses mesures. Il ne fut plus permis d'en douter lorsqu'on vit M. de Bonald , pair de France , abaissé aux fonctions de président du conseil supérieur de surveillance de la Cetiswre, misérable parodie de l'ancienne commission sénatoriale de la liberté de la presse. M. de. Bonald, disciple de M. de Maistre, est le plus intrépide partisan du despotisme qu'il désigne par Xunité de pouvoir , et de la société jésuitique qu'il porte dans son cœur. Il

fut alors facile de tout que la Censure u était, instituée qu'au profit du ministère çt du parti idtranionûiiD. On se rappelle que M. de Bonald , dans la discussloa sur la loi d u sacrilège , avait prononcé , en parlant des prévenus ^ ces paroles ironiquement abominables; a Renvojez-les devant leur juge naturel! » c est-àdire: Tuez-l^s! Il est peu surprenant que les ministres aient vu le chef naturel de Tinquisition de la Censure , dans Fhomme qui avait exprimé cette pensée .digne du fameux Torquemada , ou d'un exéciM^ur de la Saint-Bartnélemy.

Dès le lendemain de l'organisation d^ la Censure, parut dans le Moniteur une longue apologie desinteotions du ministère. « La censure n'était rétablie que pour protéger la liberté de la presse; elle ne subirait ni l'influence d'un parti , ni celle des passions particulières et des intérêts personnels; l'arbitraire serait manié si doucement qu'on aurait peine à s'en apercevoir ; il ne s'agissait que de dégager les débats publics d'un certain esprit d^aigreur et de Tincoiivenance des personnalités* Du reste , toute indépendance de doctrine serait laissée aux écrivains de l'opposition. On leur faisait même le défi d'entrer en lice avec les champions du ministère. » Tel était le sens de ce patelinage officiel, qui fut diversement accueilli.

Quelques personnes ont pensé qu'il fallait négliger cette provocation et garder un morne silence. Bes motifs spécieux appuyaient une telle résolution. £a discussion publique, privée'd'uae entière liberté, n'était quuùe déception qu'encouragerait lé ministère, et

qui 'pouiTait tromper le public; c'était un piège qu'il' fallait éviter. Ces motifs n'avaient qu'une apparence dé solidité. Il était naturel de croire que le ministère, en provoquant ainsi les organes del'oipposition , espérait qo^ils refuseraient d'y répondre , et qu'il s'en ferait une arme à la tribune. « L'opposition, aurait-il dit, a re- » culé devant une discussion modérée et raisonnable ;' » elle ne peut ^e faire entendre sans le secours de là » licence et de l'injure; elle a pu discuter sans con- » trainte ; elle ne l'a pas voulu , et s'est jugée elle-mê- » me. » Quelle bonne fortune qu'un tel raisonnement , pour MM. Dudon, de Saint-Chamans et Gastel-Bajac !

J'étais préoccupé de ces idées,, lorsqu'au 1*'. juillet je fus appelé à la direction orageuse du Constitutionnel; l'opinion était fortement agitée, et paraissait se prononcer pour le silence; cela ne m'empêcha pas d'examiner froidement les raisons de parler ej; cqlles de s'abstjenir. Peu accoutumé à suivre la foule quand elle s'égare, à sacrifier Tintérét réd de la liberté à une exaltation irréfléchie , je pris la résolution d'accepter le défi du ministère , d'essuyer le feu dû Moniteur^ et dé le réduire au silence^, et, pour arriver plus facilement à ce but , je me plaçai sur son terrain.

Les écrivains du pouvoir ^ chargés de dissimuler

'* G'eft là probablement le prétexte de ces bruits calonipiei|x oolportés avec tant d'ai^deur contre If ConstituiionneL II ui^e rapognerait. de les .attrilMfter à Teavie quUnsptpe . tpujouvs v.u grand succès', ; t^ . à de hpnt^jS0.s rivalités. Ces bA;uits çq^ ré heaiicoap d*^cHos et peu à^ diip^i \e ppbiic est plus é et plus juste qu!on ne pen^e.

risolement du ministère^ séparé de tous les appuis légitimes d'un bon gouvernement , évoquaient une nouvelle puissance sous Tégide de laquelle ils plaçaient leurs patrons; celait cette omnipotence parlementaire, digne conception de M. de Frénilly, l'un des plus dignes surveillaus de la Censure, et l'un des plus chauds. ennemis de la presse. Je me déterminai à traiter cette question méthodiquement , et j'envoyai à la Censure un premier article , dont les suppressions sont indiquées en caractères italiques.

DE l'omnipotence PARLEMENTAIRE.

( Premier article. )

Les organes du ministère nous ont promis la franchise du raisonnement , la liberté de la discussion. JNous allons voir si cette promesse n'est qu'une de ces illusions politiques destinées à déguiser une marche dangereuse , et à séduire des esprits crédules. Nous allons donc soumettre à l'examen une question vitale , 1* omnipotence parlementaire , que des orateiu^ ont soutenue à la tribune , et qui a servi de texte à plus d'un commentaire dans les journaux ministériels. Cela revient à cette puissance de la majorité qui, depuis quelque temps, sert de base à tous les argumens du Moniteur ,

Nous posons d'abord comme principe que si cette doctrine était admise comme une vérité reconnue , il n'y aurait de sécurité ni pour le trône, ni pour les libertés publiques , et qu'elles seraient à la merci d'un Ministère malveillant ou instrument de malveillance. // pourrait alors n'y a\^oir d'autre omnipotence que celle de la corruption, qui engendrerait bientôt la ty^rannie. Le pouîfoir royal lui-même serait exposé à n'être plus ^que l* esclave d'une /action^ et cette

fausse position ne pourrait durer îong-temps sans produire des maux incalculables et de furieuses réactions, .

Si romnipotence se trouvait dans la majorité des chambres légifdatives , elle pourraient légalement abolir la Charte , ou la modifier, de manière qu'au lieu d'être le rempart des droits acquis , elles ne servirait plus que de citadelle à l'oppression . Cette théorie ne pourrait être agréable qu'à un ministère qui, se sentant de tout sonpoui^oir et de tous ses moyens d'influence pour dominer les élections , ou corrompre la majorité d'une chambre électù^e , et Jeter dans la chambre héréditaire un nombre suffisant de nouveaux pairs y pourrait , en i>ertu du principe que nous combattons , proclamer la contre^réifolution , et l\ai^ènement du pouvoir absolu.

Heureusement cette doctrine est d'une ahsurdité si choquante qu'elle ne peut faire de dupes. Bu moment qu'il existe une loi fondamentale qui établit les di*oits et règle les devoirs, cette loi doit être inviolable. Toute liberté jurée , tout droit solennellement reconnu , devient une propriété sacrée pour la nation en général , et pour chaque citoyen en particulier; ils peuvent en être dépouillés pai* le fait, jamais par le droit. Il n'y à point d'omnipotence qui puisse légitimement décider qu'un peuple libre redeviendra esclave. Un pouvoir qui s'élèverait au-dessus de tous les droits serait un pouvoir oppresseur , et il n'y a point de légitimité dans l'oppression ; les droits sont corrélatifs et se servent mutuellement de garantie. Le glaive peut ensanglanter la question , et non la résoudre.

» Mais , a-t-on dit , si la loi fondamentale est immuable^ » vous aurez à la longue une loi faite pour d'autres besoins, » d'autres mœurs , un autre siècle , un autre peuple. Yous » retombez dans les vieilles doctrines de l'Egypte et de l'Inde. »

Quel esprit assez stupide pourrait se laisser prendre à de pareils sophismes ? Quoi ! une Charte qui garantit , ou qui devrait garantir les droits des citoyens , qui consacre , ou doit consacrer la liberté de la presse , la liberté individuelle , la li-

berté religieuse et civile, l'égalité devant U lot, le vote constituttonnel dellmp^ti pourrait subir les injures du temps ? La France aurait un jour d'autres besoins que ceqx de la justice et de l'hnmanité ! il arriverait une époque où la liberté appuyée sur la loi ser^t repoussée comme un préjugé vieilli! En vérité, OD rougit de répondre à une telle ai^umentation. Non-, les nations ne vieillissent que sous le joug avilissant du pouvoir absolu i elles sont jeunes et [deines de vie , tant qn'eUes conservent leur liberté.

Nous nous bornons aujourd'hui à ces réflesions prélnuinaires. Dans un second article nous jetterons un coup d'œil sur l'histoire de la puissance de la majorité parlementaire en Angleterre. JYous verrons que cette puissance , qtda commeiUx au mUUu des factions , n'a êlè précisément avouée et reconnue que sous P administration la plus honteusement ainke dont Us annales britanniques aient ■conservé le soupetiii'. Ctst sous un ministre qui avait acheté par des emplois , des pensions et de for la majorité des deux chambres ; c'est tous fValpole le corrupteur que s'éleva cette puissance de la majorité dont les organes ministériels font aujourtFhui tant de bruit.

En recevant mon article ainsi mutilé, je ne Jtus m'empécher de sourire de la naïveté de la Censorf, et d'admirer sa tendre sympathie pour la mémoire de AValpole et pour son sjstème de corruption , qui fait encore rougir l'Angleterre. Je soupçonnai dès lors que la UîscussioD n'irait pas loin, et pour m'en assurer je fis passer à la Commi»sioQ te second article suivant :

sî

DE LOMNIPOTBNCE PARLËAtENTAlRE.

( Second article. )

Le principe de l'omnipotence parlementaire fut avance pour la première fois en Angleterre sous le règne de €har!es II , en 1678, après dix-huit ans de restauration; et Ton peut considérer cette doctrine comme* la source des désasl^'es qui ont affligé l'Angleterre jusqu'en 1688, et amené la chute de la famille des Stuarts. Les' deux chambres du parlement « on plutôt les majorités de «es deux assemblées, forcèrent 'le monarque à maintenir un ministère qui n'était que l'instru** ment d'une faction ; la liberté de la presse fut anéantie , et il devint alora évident qu'un tel état de choses ne pouvait finir que pai* une révolution. Elle n'éclata que sous le règne de Jacques II, parce que la faiblesse de Charles ne permettait pas les coups d'état trop violens; mais la désaffection était visible; et le sort de cette malheureuse famille, livrée à de funestes conseils , était décidé : ce fut V omnipotence parlementaire qui consomma la révolution de 1688.-

Voilà l'origine de ce principe ; il fut depuis modifié par )a déclaration des droits {bill ofrigths) qui servit de point d'appui à la succession protestante , et qui a maintenu la maison d'Hanovre sur le ti*ôae , parce que ses membres ont été fidèles à leurs sermens ; et que l'omnipotence pai'lementaire., qui re*-: * parut sous le règne de Georges II , n'exista que dans le fait et non par le droit. Il faut, avant de reprendre le cours de nos raisonnemens , faire connaître le ministre qui parvint à modifier ainsi le gouvernement anglais.

Robert Walpole se distingua d'iibord pai* une vive opposition contre le gouvernement. Voici le portrait qu'en a tracé le véridique historien Smollett^ : » Walpole était versé dans la

^Histoire d'jingUterre , tome 13, page 177, édition de Jaaet et CotoUe.

1» science des fonds publics et dans tous les secrets de l'a- » giotage ; de là ses liaisons avec les corporations de finances , » et l'augmentation de son crédit. Il voyait que la soif de Tor » était le mobile universel. Assez adroit pour faire tourner à » son avantage le vice dominant , il en fit d'avance la base de » son administration future ; il était devenu , sous le dernier » règne , un des meneurs de la chambre des communes , eo » parlant sur chaque question d'une manière décisive , en >» combattant les ministres , en présentant des plans dans » les discussions relatives aux finances. » '

Tel fut l'homme qui plaça la souveraineté dans les majorités parlementaires, pai*ce que , pendant un trop long ministère , il eut les moyens de les acheter par des pensions , des sinécures et des dignités. Nommé ministre des finances , et faisant allusion à la basse vénalité des membres de la chambre des communes, il disait, en montrant une poignée de guinées : « Voici » une drogue avec laquelle on adoucit toutes les mauvaises » humeurs i elle ne se vend ici que dans ma boutique, » Il ne manquait jamais , dans ses argumentations politiques, de s'appuyer sur la puissance de la majorité parlementaire.

Walpole fut attaqué avec violence dans les feuilles publiques; il acheta toutes celles qui voulurent se vendre, et restreignit , autant qu'il fut en lui , la liberté de la presse ; car quoiqu'il affectât beaucoup d'indifférence pour l'opposition, il ressentait vivement la critique, et aurait compromis Tétat lui-même pour sa propre sûreté. Il se servît de tous ses moyens d'influence et de corruption pour faire élire des députés de son choix , et ce fut un des griefs d'accusation qui furent portés contre lui à la fin de son désastreux ministère. Ce qui contribua principalement à sa chute fut l'énergique loyauté de l'héritier présomptif de la couronne. « Ce prince, dit Smollett, » déclara qu'il n'écouterait rien tant que sir Robert Walpole » serait à la tête des affaires publiques, qu'il le regardait » comme une barrière entre le monarque et l'affection de ses » sujets ; que ce ministre était , à ses yeux , l'auteur de tons

» les maux de la nation, tant au-dedans qu'au dehors, et la » caase unique du mépris que toutes les cours avaient conçu » pour ellè^. » »

( La suite au numéro prochain. )

Ce second article ne fut pas si heureux que le premier; il fut proscrit depuis la première ligne jusqu'à la dernière. On ne fit pas grâce au moindre paragraphe; il fut évident que la censure ne pouvait pas même supporter Thistoire. J'avais été très-scrupuleux à cet égard. Le passage où se trouve le portrait de Walpole est traduit de l'anglais de Smollett; et, pour n'avoir rien à me reprocher , je vérifiai soigneusement la fidélité de la traduction. Quant aux faits ils sont notoires. Après cet exemple, le Moniteur nous dira-t-ih encore que la discussion publique est dégagée d'entraves, qu'on peut traiter librement toutes les questions politiques, que le <îhamp est ouvert aux écrivains de l'opposition? Il garde le silence sur ce sujet; et il fait bien, car il serait trop aisé de le démentir par des faits positifs, et c'est l'avantage que je voulais obtenir. De quel front le ministère pourra-t-il maintenant reprocher à l'opposition d'avoir évité le combat? l'arme qu'il se préparait est déjà brisée entre ses mains ; il ne lui restera d'autres ressources , au jour du jugement de la tribune, que la stérilité des déclamations.

J'avouerai que j'avais mis la Censure à une grande épreuve; elle n'a paS eu la force de la supporter; elle

1 Histoire d'Angleterre j tome 13, page 339.

&est effarouchée de- l'effrayante ressemblance qui existe effectivement entre le ministère de l¥alpoIe et celui de M. de Villèle , entre le système de l'un et de L'autre , entre leurs moyens de domination. Eu France aujourd'hui, comme en Angleterre autrefois, c'est à l'aide de la violence , de la corruption, de la fraude, qu'on s'efforce de créer* des majorités parlementaii'es , et c'est dans ces majorités qu^on se réfugié, qu'on insulte à l'immense majorité de la nation , et qu'au milieu du mécontentement public on jette l'ancre dtî despotisme. L'action même de la Censure est une preuve de cette vérité. Quel rapprochement, quelle allusion avait-elle à craindre , s'il n^était pas de notoriété publique , que les élections sont tourmentées, que dé faux électeurs sont portés sur lès listes, que de véritables électeurs en sont arbitrairement éliminés , qu'on ne joue en6n la comédie du gouvernement représentatif, qiie pour séduire quelques esprits crédules, et pour tromper la royauté elle-même?

Toutefois, comme M. de Villèle est le seul des ministres qui ne manque, dit-on, ni d'esprit, ni de finesse , il est probable qu'il saura mauvais gré au censeur qui lui a appliqué si violemment sur la figure le masque de Walpole , et qui n'a pas voulu qu'on pût s'y méprendre. La Censure mal avisée me rappelle le trait d'un vieux censeur dramatique du consulat. Le bon homme se targuait d'une sagacité peu commune dans lart de flairer les rapprochemens , et de dépister les allusions ; il en trouvait même où il n'y en avait pas. L'un de ses rapports au ministre de Tintérieur se ter-

minait, aipsi : a Votre £xc. âpwendrsi sans doute » avec plaisir.^ que clans toutes les cpniédies nouvelles » où je trouve un valet fripon, du nom dé Dubois , j ai » grand soin de l'effacer par respect pour M. le préfet » de police. )> M. Dubois, magistrat aussi intègre qu'éclairé, aura ri sans doute, de cette impertinence; j'ir gnore si l'histoire deWalpole déridera le front soucieux de M. de Yillèle ; mais elle ne ntianquerait pas d'amu«fier le pjublic, si le sujet était moins sérieux $ si la grà*yité de notre situation ne préoccupait tous les esprits. On voit que la discussion avec le Moniteur sut la puissance parlementaire a été brusquement terminée, et que les promesses de tolérance étaient autant de mensonges ^ Depuis ce jour, le ilifowiVewr parle seul, et ses monologues sont déjà passés en proverbe. A. \^ vérité, peu de personnes les lisent, c'est la voix qui retentit dans le désert; mais, pendant ce temps, Jia Censure poursuit le cours de ses exploits. Elle sup-

* Il n'a pas même été permis d'annoncer au public, la cause de cette interruption. L'avis suivant fut envoyé à la Censure : « Nous avions formé le projet de discuter à fond la » question de X omnipotence parlement aite , mais nous ne poii- » voos poursuivre la discussion. Il s'y trouverait une lacune » qui interromprait la série de nos raisonnemens. Nous som- » mes donc dans la nécessité d'ajourner toute discussion à une » autre époque. Nous tâcherons de suppléer, dans le Consti- »tutionnelyk la polémique quotidienne, par les meilleurs » moyens que nous poun^ons ; ^il nous suffit , pour le présent , )> d'avoir constaté un fait dont la notoriété était nécessaire. » L'avis fut rejeté. On avouera qu'il est cruel d'être ainsi maltraité , et qu'il y a un peu trop de luxe dans cet arbitraire.

prime dans un journal littéraire V d'excellentes réflexions sur un ouvrage sérieux , plein de vérités et d'intérêt, de M. Charles Dupin. Elle proscrit les noms mêmes des académiciens connus par de grands ta-

' lens et uu noble caractère. MM. Villemain et Lemercier sont mis à l'index / l'éloge de M. le duc de Liancourt est interdit ;' la pairie est insultée. De simples annonces de livrés tels que l'Histoire de l'inquisition française, par Mi de Lamotte-Langon , de la Garde-Nationale parisienne, par M. Comte, sont sup-

• primées^. L'arbitraire d'abord un peu timide se fortifie par l'exercice, s'enhardit par l'impunité , s'irrite 'de la moindre résistance, s'allume au feu des passions, et finira, si le système continue, par nous conduire d'excès en excès à la dissolution de la société.

Le plan du ministère n'est plus un secret; c'est à la concentration de tous les pouvoirs qu'il aspire, 'soit par la ruse, soit par la violence; il s'agit de considérer par quels moyens on peut prévenir les désastres suspendus sur la France. La tâche est difficile; mais il y a de la gloire à l'entreprendre. Le grand obstacle à l'accomplissement du système à'absolutisme , c'est la liberté de la presse ; c'est donc cette liberté qu'il faut défendre avec énergie! Que tout Français qui pense, et qui sait exprimer ses pensées vienne à son aide ; que l'opinion générale se déclare

^ Le Globe.

^ Ce dernier ouvrage, qui sera bientôt dans toutes les bibliothèques, se trouve chez Sautelet , libraire , place de la Bourse. Prix : 6 francs.

par toutes les voies possibles; que la lumière soil versée à grands flots sur cette question de vie ou de mort; que le vœu national soit si bien connu et avéré, que tout député, tout pair de France qui se respecte, reçoive avec une profonde indignation les projets de loi qui, à la session prochaine, seront encore présentés, pour perpétuer la censure, et pour enchaîner la presse non-périodique. Je l'ai déjà dit, et on ne saurait trop le répéter, tout le gouvernement représentatif est dans la liberté de la presse ; qu'on supprime cette liberté, il ne reste plus que honte et servitude.

La maxime du pouvoir absolu est de diviser pour dominer : réunissons-nous pour être libres, les électeursde la ville d'Angoulême nous ont donné un grand exemple. Les deux oppositions avaient chacune son candidat; divisées, elles étaient battues, réunies, elles ont triomphé. Il appartenait aux constitutionnels royalistes de faire le sacrifice de leur choix d'affection pour envoyer à la chambre élective un député indépendant. Espérons que partout où ils seront en minorité, les royalistes constitutionnels agiront avec la même franchise ; c'est un devoir pour les uns et pour les autres; c'est même une nécessité; toutes les préventions, toutes les aveugles antipathies doivent céder au besoin de l'union. Qu'une coalition de toutes les probités, de tous les talens se forme contre l'ennemi commun , et la France peut encore être sauvée.

On parle d'une dissolution de la chambre élective ; elle sera , dit-on , prononcée lorsque la formation des

listes dépai^leihentales du jury sera teriiiinée'. Il fau< sup][>oser/ si là nouvelle a quelque fondement, que le ministère a calculé sur rindiflférence des citoyens à se faire porter sûr ces listes qui , d'après la nouvelle loi, formeront définitivement les listes électorales. Lesr employés, les fonctionnaires , tons les dépendam du pouvoir, pi^ivés de la liberté de conscience électorale, et auxquels le ministère impose ses candidats sous peine de destitution, seront inscrits d office. Que les électeurs in^dépendans de toutes les parties de la France redoublent de zèle et d'activité ; qu'ils se bâtent de se mettre en règle et de se faire inscrire sur les listes ouvertes jusqu'à la fin de septembre. Il faut former dans chaque département un comité central, échauffei* la tiédeur, encourager l'indolence, aplanir les difficultés, éviter les retards. 11 faut aussi étudier lés fraudes électorales si elles existent, et faire éliminer les faux électeurs. Quand les Français comprendront bien leurs droits et la nature du gouvernement constitutionnel, ils seront assez forts pour déflfîndi'e leurs libertés et protéger leurs institutions ^

Si <les crises se préparent,' organisons toutes les résistances légitimes, et laissons faire au temps; ïejetons loin de nous ces considérations person-

^ Yoyca, ace sujet, l'excellente brochure que M. de Chateaubriand, dont l'admirable zèle ne se ralentit point, vient de publier. Elle a pour titre : £è5> Amis de là Liberté de la presse ,• marche et effets de la Censuré. Diverises autres brochures remplies d'intérêt et de vérité ont liussî ^arù, et mil

nelles qui iaterdiseot la faculté du dévouement^ cette grande prérogative de rhumainë nature. L'époque est venue où l'isolement est presque un crime et le silence une lâcheté. Que reproche-t-on aux Français si brillans sur )es champs 4e bataille ? On leur reproche de manquer du courage civil, mille fois plus rare que le courage militaire, de craindre le froncement de sourcils, de l'homme puissant, les pertes de \çl fortune^ la calomnie, les persécutions arbitraires. Ces accusations sont exagérées; le courage civil est le premier fruit des institutions libres. Depuis quelques années il a fait des progrès mcontestables dans tous les rangs de la société; il se montre au milieu du mécontentement général; et s'il ne fallait que des martj^rs, pour assurer le triomphe de la liberté, il ne serait pas douteux. Combien je voudrais qu'une étincelle d éloquence pût enflammer ces pages rapidement tracées, et faire pénétrer au fond des cœurs ce sentiment de résistance constitutionnelle à l'oppression qui finit par lasser les oppresseurs ! Il est telle circonstance où le refus même de l'impôt peut devenir un devoir : aucun Français, digne de ce nom , ne reculerait au besoin devant ce dernier moyen d'opposition légale.

Les peuples qui ne savent défendre ni leur indé-

eu un prodigieux débit. Je ne citei'ai que celles de M.Pagè» et de M. deJussiçu^ toutes les deuiL improvisées avec taleôt. M. de Salvan4y.» T^^ ^^ ^^^ écrivains les plus distiiigués, s'est signalé dans cette polémique brillante çt utile; il a droit à toute la reconnaissaooe des bons citoyens*

pendanœ, ni leur liberté^ méritent de perdre Tune et lautre; les contemporains' les méprisent et l'histoire

n'a point de sympathie pour eux. Telle ne sera pas la destinée de la France; mais, ce qui étonne, .c'est l'aveugle opiniâtreté du ministère à tourmenter avec tant d'elForts une nation qui (^teste également .l'anarchie et le pouvoir absolu , au sein de ;laquelle n'existe aucun élément de révolution , et qui ne cherche de résistance que dans la loi. Supposons que les ministres aient achevé leur tâche, que le commerce déjà languissant soit anéanti, que l'industrie dont 4es pertes se multiplient chaque jour, tombe dans une complète inaction, que la liberté de la presse n^existe* plus, que l'opinion publique soit muette, que les intérêts nationaux n'aient plus de défeniseurs, que tout fléchisse sous l'omnipotence ministérielle, que le corps politique soit immobile et froid ; eh bien, dites-nous , grands hommeè d'état , dites-nous , ce que vous feriez de ce cadavre au milieu des nations vivantes de l'Europe, au milieu de ce mouvement général des peuples et de l'esprit humain qui élève les deux mondes au plus haut degré du perfectionnement social? Que deviendraient la splendeur du trône, l'honneur national, la religion même et la vertu ?

Vous avez fait les premiers essais de cet épouvantable système; car les libertés publiques se garantissent mutuellement; et quand l'une d'elles est •blessée, toutes les autres saignent, l'état est en péril. Vous vous flattez en v^in de donner le change à

l*ôphiion ei»fàiisant vou^mêmes votre apologie , en protestant d^ la pureté de vos intepitions, en supposant une licence qui ne pourrait exister que par vos provocations, vos mesures violentes, vos abus d'autorité. Parce que vous ne frappez. pas d'un seul coup, vous vantez votre modération; mais, après avoir tué une liberté, vous en tuerez une autre; vous faites naître l'agitation et le mécontentement , et vous arguez de ce mécontentemeht , de cette agitation pour justifier vos coups detat. Quel terme assigner aux malheurs qui naissent de cette mauvaise foi? Où s'arrêtera cette marche rapide vers le néant? Elle sera sans doute arrêtée; mais combien de calamités peuvent fondre sur la France avant que l'heure de la justice soit venue!

Personne ne l'ignore : lorsqu'on vous accuse , vous citez avec assurance le crédit dont vous jouissez, comme si Tagiotage,^ concentré en vos mains, était le vrai signe de la position sociale et politique du peuple. Mais qui prétendez-vous tromper ? Ne savonsnous pas qu'avec votre syndicat, votre caisse d'amortissement, et vos banquiers juifs, vous vendez d'une main et rachetez de l'autre, créant ajnsi à votre gré le cours des effets publics ? Venons au fait : les affaires languissent , le cours n'est qu'une fiction , que l'enflure de l'bydropique prêt k tomber en dissolution. Qu'il survienne un de ces événemens que le ciel tient souvent en réserve dans sa colère, tel qu'une guerre imprévue , une nécessité inopinée d'agir avec quelque vigueur, comment remueriez-vous une nation réfugiée

dans sa résUtauce d'inertie? comment 4ftuspendriei- VOU8 la dépréciatioiï. subite: et accélérée des valeurs publiqqes? Vous tomberiez sans doute; mais ce ne serait qu'une réparation tardive , et Vous auriez jeté au basard la fortune de ia France.

Au moment où j'écris ces dernières lignes , la lutte de la presse, non-périodique jcontre le pouvoir arbitraire s'engage avec vivacité. Cette polémique, longtemps suspendue par la liberté des journaux , a tout le charmé d'une jouissance nouvelle. Les brochures m répandent avec rapidité et vont dans toutes les pai'ties de la France réveiller et raflFermir l'opinion. Tous les honnêtes gens se reconnaissent et se rallient; ils savent que la forcé nait de l'union. Ne ralentissons point nos efforts; et du moins si trente millions de Français sont forcés de subir le joug de trois hommes armés du pouvoir , nous , amis de la liberté, nous i;i-aùrons. point de reproqhe.à nonsfaire, et peutêtre quelque estime récompensera notre dévouement \

^ M. Félix Bodin, Tun des rédacteurs du Constitutionnel, vient de publier un écrit très-piquant« intitulé la Malle- Poste , ou les DeuJt Oppositions, Je puis annoncer aussi des brochures successives de MM. Etienne, LçQpThiessé, Année, rédacteurs du même journal. D^autres écrivains de mérite ut mettent sur les rangs..

FIN

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