‹ Censure de 1827 (volume 2)Chapitre 46 sur 80 · LES ELECTEURS · texte numérisé non relu

LES ELECTEURS

DE L'ARRONDISSEMENT DE St-JUNIEN.

Le minîstèrQ y fidèle à ses antécédents ^ vient de faire prononce!*, par une Ordonnance royale, la dissolution de la Chambre, dans l'intention bien connue de reconquérir une septennalité qui lui échappe, et de conduire à fin, pour le malheur de la France , les sinistres projets quil a formé contre ses institutions. Lçs Collèges électoraux sont convoqués sur tous les

points du royaume 9 ^et jxoe a^u^elle y une dernière lutte peut-être, ra s*engager entre les amis d'une liberté sage et les aveugles partisans du despotisme minietériel. Dans ces graves circonstances, appelé ^ 1% candidature ^ non par mon mérite personnel, mais par la bienveillance de quelques Électeurs qui partagent mes opinions , et qui croient trouver dans mon caractère la garantie des leurs, j'ose me présenter. Messieurs, franchement à vous, fort de ma seule conscience et des principes que j'ai toujours professés. Ami dévoué de celte liberté qui brilla d'un éclat si pur aux beaai jours de quatre-vingt-neuf, avant que des furieux eussent ensanglanté ses nobles drapeaux, mon père ne cessa pas un instant de la chérir et de m'inspirer, dès mon jeun^ âge, cet amour de famille que le temps et les circonstances n'ont jamais pu altéri^r^ Ainsi ma route est tracée d'avance ^ et mes engag^iHients étaient irrévocablement pris long-temps avant que je pusse songer à l'honneur de la députation. Assurer par les voies légales le maintien des institutions qui nous régissent, de cette Qiarle qui, franchement exécutée, doit suffire à notre bonheur; résister avec force aux nyaistres actuels et a tous les ministres futurs qui pourraient leur ressembler; rejeter les distinctions, les honneurs, pour conserver, dans l'înlérêt de

la Pairie, une entière indépendance j défendre, en un mot, avec toute Fénergîe d'une âme pénétrée de ses devoirs , nos droits , nos lois et i|OS libertés , telle est , Messieurs , ma conscience politique, telles sont les obligations que je contracte publiquement, si vous me croyez digne de vos suffrages et de l'inappréciable bonneur de vous représenter.

Kecevez^ Messieurs, les assurances de la baute (considération de votre très dévoué serviteur,

DURAND-RICHEMONT fils.

Limoges^ k 1 1 novembre 1827.

Wm €kcUnt

rt U '^mtiù b'tttt M|rtnbt}»4<^

'(mMmr.

J'ai reçu voire lettre, elle m'a be;a!icoiip flatté. Je me félicite de ce que ma qualité d'Electeur ni'attiie cette politesse^ et me fournit cette occasion de me mettre en correspondance avec Tons. Puisque vous m'avez fait l'bonueur de m'écrire, je dois vous répondre; il me semble que c'est l'usage en France, et je ne vénx pas plus que vous manquer au caractère français.

Vous paraissez craindre beaucoup que je ne vous fiisse des repTocIies sur le parti que TAus avez pris de vous démettre

dés fonctions de Députe^ et ^ tous simmeltreà une nouvelle élection. Je c^yamence jk v«fa raisarer sur ce poiftu Diea me garde d'être asse^ faifuste pour VotÉi Cure des reproches à cette occasion ! ^

Je croîs qa'il n'y a pas en de. votre £iote; ]€ >p|nwm^ que votre iiv^qalîoii nb vous portait pas vers te partî'extréme. Je me rappelle feribienles-pîrrolefrqae vous prononçâtes à )a tribune, lorsque, sur la poignante affirmation de M. Boordean, il fut avéré que àepfL iànx Electeurs avaient concouru à voire élection. Vous élevâtes des doutes sift* le &ux dénoncé^ vous insinuâtes que les deux faux Electeurs n'avaient pas voté pour 'VOUS, que la corruption s^tait glissa dans le coHége, et qu'on avait voulu donner beaucoup, beaucoup d'argent pour vous écarter; enfin vous suppliâtes la Oiambre de ne pas vous ravir le bénéfice de la chose jugée, annonçant assez de fermeté ou de condescendance pour rester Député, quand même /•«..

Si donc plus tard vous avez pris le parti de vcoMOnmetlre à la réélection, on, suivant vos expressions, d^abdiquer, )'ai été disposé à croire que vous ne le faisiez qne comme contraint et forcé, et que vous nç méritiez pour cela nijouange,^ nflllÉme.

Entre nous, Monsieur, comment aurîez-vous pu faire autrement, alors qu'il devenait certain que votre élection était le résultat de la fraude, ou, en d'autres termes, qu'il n'y avait pas d'élection. Vous, magistrat chargé de punir la fraude, comment auriez-yous osé en profiter? Si certains amis, partisans intéressés des élections qui. ressemblent à la vôtre, ont appelé le sentiment qui vous contraignait à prçpdre ce "paLTii^ excessive délicatesse , délicatesse mal entendue ^ pour vous fixer sur le véritable sens de ces expressions, vous avez dû exsr miner d'où elles partaient , et ne pas oublier le proverbe : Un barbier rasei'autr^,

Yous voyez donc, Monsieur; que loin d'avoir des reproches

à Vous fatre^ je'ne puis qu'approuver le parti que vojas avez • pris; j^ l'approuve, non-seulemënt cohime bon, hiais encore comme nécessaire, à peine de déshonheùr.

Le. reste de vQl];e l^iure n^'appreoïl qpe vous V9|is ^râ^te». encore comme candidat, /g^ue.yo.us comptez sur^oos.^ij^iaf^^i^ et que vous cffo^ e?^ mévaç y avoir .des droitsk Je pe d^» pps «pp ^^ mais avanjL de^^éoider, je. voudrais biei^ savoir (si: ^ptefoj«;if; n'y a pas d'indiscr,e'tion) pourquoi vops yotilez é.tre , Députe'.

Vous BM dSlcs bien' que c'est ^pour défendre, au jaur dû danger, le trône, Ifls HbeH;^ pilMiquêsy les iristiiûtîleiis cbnsti-* ttttMKMsHei^ Mais jevMis^enuinderai (en vous priant «l'excuser cette qoestina/ qm «et faite avec toute sîocër4të) isi vous votis* proposez de défendre tiKites ces choses comme voiis les avez défenduEs jusqii'i présent^ ou bien d'une autare manière.

Jusqu'ici )e vous ai vu combattre sur une brèche oii vous avezt QUsporlédtaimit.iioB série de places preguessivemeBJt' ascendantes dans la magistcatiire* Cela et^cef lainement avââiisigeux: et honorable pour vous; mais je ne vois pas ce que le trône et

les libertés publiques y ont gagné.

n me semble aussi que vous avez, fait c^j)stapiim^ot.pavtîo^ intégrante de cette fameuse majorité,, si dévouée. aux je'siyiteset au ministère, et. qui travaillait apostoUiqu^ment à la des^ihic-. tion de nos libertés, tâchant de reEaii^e la France sur lempdi^I^ de TEspagne. Je crois bien qu'qo suivant ce parti, vous o^éifi^ez, à votre conscience; mais alors il. faudrait avouer qui?^ par cc^nn science et par conviction p. vous êtes .opposé aux. liber^ p«ibU^ ques , favorable au pouvoir absolu ,<et il ne faudrait,. pas vous» donner pour le défenseur d^ cbQ$es.q|ie "vqus auriez .envie de. détruire. Quels que s<\i^t à ce sujet Ica principes, d'Sscobar^^ soyez sûr qu'il n'y au^^itp^s de ^yaq|é k nous dirfLaiitti uha chose pour une autre.

Quant à la défense do trône, dont vous voulez bien vous

charger : cette défense gérait méritoire si elle de^renaii 5aire. Mais^ dites-moi^ qvi pienape le lii'eQei quels soot dangers ? Toujours nous irvons yu des gec^ inUr^idet coorir an secours do vainqueur ! Plus le pouvcnr est fert , plus on trouve de gens prêtSi à -le défendre. £|i Espagtie^ on se bat pour le pouvoir id>soItk, et contre le Roi intee /afin dé le contraindre k êtte plu» absolu qu'il ne veut ; on appelle cela défimdre te lirone.... En Portugal , oh couronne don Mîguel qui viole ses sermens', on détr^e le ftol légitime^ on déchire la Charte, et Ton appelle encore cela défendre le troné« EvFraace, on ne peut attaquer le trône qu'en attaquant Je^ ptinoipes oonstitn* tionnels'snr lesquels tt ]«pose^ c'est en défendant cet principes qu'il faut le défiendre , <ei c'est ce que je ae vous ai pas vu faire* Les bbnles blanches-sont des pw^ecttles avec lesquels on combat fort bien pour le miiUslère; mais fort mal pour ie «rtee quand le ministère dirige ses batteries contre la Charte.

Ainsi je «e vois pas c^ que voua, avec fi&il qui paÎMe servir dogacantîè à ee ^e voua promet tes de

Il se pourrait cependant qu'ayant conuuis des iautes et des erreurs (hélas! errare humanum est), vous reconnussiez que vote iivefe iuivj Jusqu'Ici mie mauvsâse iovue, et que vous eossies pris la résolution derenti*er dans la bonne. Mais s*il en est ainsi , pourquoi ne paa le déclarer naïvement^ pourquoi ne pas nous dire : peecûvi; pourquoi ne pas reconnattre vos erreurs et ne pas annoncer l'intention de les réjj^rer? Sachant alors à «pioi nous en tenir, notis verrions ce que noua aurions k faire ; mais au lieu de cela , Vous paraissez si content et si fier de la conduite que vous avei tenue , que Vous la présentez comme un titre de tecommandation. De là je conclue que vous êtes décidé k continuer tomme par le passé^c'est-à-^ire^à montrer aux Ministres une poliiesse si gracieuse; qu'ib n^auront jamais rien à vous refuser, ni vous à eux.

Vous me parlez aussi des services que vous, avez rend^ au département; je vous avoue que cela m'étonne. C'est sans doute une. faute d'impression ou de rédaction^ un lapsus calamL £o eâety quand je remémore et récapitule tous vos travaux par Ifsmentaires^ année par année, depuis fSiS, je trouve^ tout compte fait, et sauf ei^reyr de calcul, que votre constant ministérialisme n'a rendu service qu'à vous-même» Dites-moi dans quelle occasion vous a^fe^'pHs la défense de nos diroKtft,.de nos libertés? -Quand aVee-yons i^pelé les Ministve» k i'écooa^ mie? Quels efibrts atez<-vous fait pour allier his impÀtsqoi ^nous accablent? Qoakid avec- vous élevé la voii: contre ladite.^ pidatîon de la fortune publique? Quel mol parti de votre bouche., quet sigiie-méme de désapprobation on« p|i noCi^ faire oroire que vous étiez contraire à ces lois funestes q«if ^l'tn dcw nier,- Hienaçaiént k France? Que faisiea-vous quand Mv Boor-tdeau attaquait avec com-age tin »yst<ème déplorable^ signalait la marche défi ennemjs' intérieurs de la Fraser, ei méri«aît une desdttitifdii |»ar Paccompllssemerit de ées devoirs? Qui^ngln<«. fiait alors ve(ti<e tiletice, à vbii^ ^ut n'ïivic2>])âs besoiii de eou^ rage pour parler, et qui n'aviez pas, comme loi, i|ue destitn^ tien à craindre? Enfin, et pour ne parler que du département, quelles routes, quels canaux, quels étal^Ussemens publics, quels dégrèvemens d'knppts devons-nous à votfç crédit?—- AHons, il faut en convenir avec franchise, vous avez eu peutêtre l'intention de nous rendre des services», mais vous étiez pour vous-même trop occupé ^ le temps passe vite, et vos fonctions parlementaires n'ont duré que treize ans. Telles sont sans doute vos excuses : mais des excuses ne sont pas des titfes^ et de bonnes intentions ne sont pas des services.

Je dû donc foe li^ v«us demandez la dépuiation, c'est dai^ QOtre iatérdt ou 4ans le v6tret Dans le oôtre : ime trop loQgu^ expérience dou§ a prouvé que. vous ne voulez, ne ppuvez ou qe savez rien faire pour nous. Dans le vôtre : i^ la bonne heure. Je ne demaudevais pas mieux que de faire quelque chos^ qui

▼OQS UlI agrëable; mais il laut être juste : vous joaisses depuis Ireiie ans de la députation; ce temps a dû vous suffire : il j aurait de rindiscrétion à réclamer un plus long délai. D'ail* leurs, la jdace que vous remplissez pour votre satisfaction personnelle , un autre pourra l'occuper pour ravanlage de h. chose publique.

VmÊfk4tre me diccB^ous qu'un autre ne iera pas miens ^el qaey par consëquetft^ il ne vaut pas la peine de changer. J'ai tnmvié cet argument dans la bouche de ipielqiie»-ons de ceux qni se déclarent pour votre élection* A cela |e répond» ( avec k . n^ret de n'avoir pas un compliment à vous fiiire}, qoe noi intérêts ne pouvant être n^ligés par un autre plus que par vpas^ nous ne risquons rien de changer; nous aorons du moiitt ravantage d'avoir un Député qni ne sera pas lié par des aDtécédcDSy et qui , reconnaissant la route qu'il doit prendre dam celle ok vos pas ne sont^poinVmarqués^ pourra profiler de votre exemple pour ne pas le suivre^ de vos fiinies pour la éviter^ et surtout de la leçon que nous vous donnerons en ^ nommant ^ pour ne pas s'en attirer une pareille.

Trandiement, mettez la main sur la conscience , consulta h kaison et la justicie , et vous reconnaîtrez que vous avez tort de solliciter nos suffrages; que nous aurions bien plus grand tort de vous les accorder. Comme magistrat^ comme père de famille, comme homme privé, vous avez- certainement des qualité recommatidables': mais quelle nécessité de vous produire encore sur une scène pour laquelle vous n'êtes pas £ut? n faut, pour remplir lé mandat que vous nous proposex de vous confier, des vertus, d'un ordre plus élevé, un courage hicèrruptible, et Surtout cet amour de k Patrie et du Haï pid>lic , qui fait qu'oil oublie tout intérêt personnel pour ae songer qu'à l'intérêt général; en un mot, il no sn£ELt pas de savoir crier la clôture , et de pouvoir pajer au ministère If tribut de la boule blanche. IN'est-ce pas le plus simple, W

^lus âémentalre des devoirs d^un Député , de débattre conlre les Ministi^ ^ui disposent de Tiinpôt les intérêts de ceux qui le paient ? Eh bien, ce premier devoir, ce devoir si simple, dans quelle occasion Tavez-vpus rempli , du moins ostensiblement? et si vous ne l'avez pas rempli, pourquoi vouloir encoie eu être chargé?

Les Ministres , dit-on , vous proposent pour candidat, en vous conférant la jHrésidence du collège. Ils ont raison : si j*étaii Ministre, |e choisirais un Député ccmime vous; contribuable, j'ai des intérêts tout différons, et ]e me vois obligé de faire on autre choix.

Un, Electeur.

Limoges. Imprimerie d^Arditfier, rue de« Arèoes«

LA CENSURE

Page 1